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Full text of "Oeuvres. Éd. critique publiée par Abel Lefranc [et al.]"

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in  2009  with  funding  from 

Universityof  Ottawa 


http://www.archive.org/details/oeuvresdcritiq05rabe 


ŒUVRES 


DE 


FRANÇOIS  RABELAIS 


VOLUMES  PARUS  PRÉCÉDEMMENT  : 

Tomes  I  et  II.  GARGANTUA  (2^  édition). 
Tomes  III  et  IV.  PANTAGRUEL. 

PUBLIÉS    PAR 

ABEL  LEFRANC 

PROFESSEUR   AU    COLIÉGE   DE    FRANCE 

JACQUES    ROULENGER,   HENRI    CLOUZOT,    PAUL  DORVEAUX, 
JEAN   PLATTARD    et    LAZARE    SAINÉAN 


IL    A    ETE   TIRE    DE    CET    OUVRAGE  : 

28  exemplaires  sur  papier  impérial  du  Japon,  numérotés  de  i  à  28  ; 

55  exemplaires  sur  papier  de  Hollande  de  Van  Gelder,  numérotés  de  29 
à  83; 

et  3300  exemplaires  sur  papier  vergé. 


Tous  droits  réservés  en  tous  pays. 
Copyright  by  Edouard  Champion  (janvier  195 1). 

MAÇON,    PROTAT   FRÈRES,    IMPRIMEURS. 


'^M^S^- 


ŒUVRES 


DE 


FRANÇOIS  RABELAIS 

ÉDITION  CRITiaUE  PUBLIÉE  SOUS  LA  DIRECTION  DE 

ABEL    LEFRANC 

MEMBRE    DE    l'iNSTITUT 
PROFESSEUR    AU    COLLÈGE    DE    FRANCE 

TOME   CINQUIÈME 

TIERS    LIVRE 

INTRODUCTION     par    ABEL    LEFRANC 

TEXTE     ET    NOTES     par     HENRI    CLOUZOT,    D-^    PAUL    DELAUNAY, 
JEAN     PLATTARD     et    JEAN     PORCHER 


PARIS 


LIBRAIRIE    ANCIENNE    HONORÉ    CHAMPION 

LIBRAIRIE   DE    LA   SOCIÉTÉ   DES   ÉTUDES    RABELAISIENNES 

3,    QUAI     MALAQUAIS,     5 
I93I 


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t 

^ 


AVANT-PROPOS 


Le  tome  V  de  l'édition  critique  des  Œuvres  de  François  Rabelais,  qui 
paraît  aujourd'hui,  comprend  tout  le  Tiers  Livre  de  Pantagruel,  y  aurais 
souhaité  grandement  pouvoir  le  publier  plus  tôt,  mais  les  conséquences 
de  la  Grande  Guerre  se  sont  fait  sentir,  là  aussi,  comme  en  tant  d'autres 
domaines.  L'équipe  de  mes  cinq  collaborateurs,  si  heureusement  cons- 
tituée, et  qui  paraissait  assurée  de  se  maintenir  jusqu'à  l'achèvement 
de  l'entreprise,  a  vu,  au  seuil  du  Tiers  Livre,  plusieurs  de  ses  membres 
la  quitter.  Pour  des  motifs  divers,  trois  d'entre  eux,  dont  le  dévoue- 
ment et  la  compétence  avaient  été  si  appréciés  des  lecteurs  des  quatre 
premiers  volumes,  ont  été  amenés  à  interrompre  leur  précieux  con- 
cours, dont  l'annonce  m'avait  décidé  jadis  à  commencer  cette  grande 
tâche.  En  même  temps,  un  quatrième  collaborateur,  pareillement  rabe- 
laisant  de  marque,  ne  donnait  plus  à  l'œuvre  qu'un  concours  partiel. 
Après  l'immense  crise,  les  circonstances  ont  été  sans  nul  doute  plus 
fortes  que  les  volontés.  J'ai  regretté  vivement  ces  décisions  de  mes  com- 
pagnons de  la  première  heure,  mais,  croyant  plus  que  jamais  à  l'utilité 
de  l'entreprise,  je  me  suis  efforcé  d'en  assurer  la  continuation  en  faisant 
appel  à  de  nouveaux  associés. 

M.Jean  Porcher,  ancien  membre  de  l'École  française  de  Rome,  chargé 
de  conférences  à  l'École  pratique  des  Hautes  Études,  bibliothécaire  au 
département  des  imprimés  de  la  Bibliothèque  nationale,  a  été  chargé 
de  l'établissement  du  texte  et  des  variantes.  Il  a  été  aidé,  dans  ce  déli- 
cat labeur,  par  M.  Pierre  Pradel,  bibliothécaire  au  département  des 
médailles  de  la  Bibliothèque  nationale,  qui  s'est  occupé,  en  particu- 
lier, de  relever  les  variantes  des  diverses  éditions. 

En  ce  qui  touche  le  commentaire,  chacun  de  mes  trois  collaborateurs 


VI*  AVANT-PROPOS 

a  assumé  la  préparation  et  la  rédaction  des  notes  dans  une  ou  plusieurs 
spécialités,  selon  la  répartition  que  voici  : 

M.  Henri  Clouzot,  conservateur  du  Musée  Galliera,  a  fourni  des  notes 
pour  le  commentaire,  jusqu'au  chapitre  XXVII  du  Tiers  Livre,  sur  les 
matières  suivantes  :  topographie  et  allusions  locales,  folk-lore,  archéo- 
logie et  faits  historiques  ;  le  docteur  Paul  Delaunay,  ancien  interne  des 
Hôpitaux  de  Paris,  président  de  la  Société  d'Agriculture,  Sciences  et  Arts 
de  la  Sarthe,  auteur  de  savants  travaux  sur  Ambroise  Paré,  Pierre  Belon, 
etc.,  a  donné  le  commentaire  de  tout  ce  qui  concernait  la  médecine, 
la  pharmacopée  et  les  sciences  naturelles  ;  M.  Jean  Plattard,  professeur 
à  l'Université  de  Poitiers,  a  conservé  le  domaine  qui  lui  avait  été  attri- 
bué dans  les  volumes  précédents  :  écrivains  et  textes  de  l'antiquité  clas- 
sique et  humanisme  de  la  Renaissance.  Il  a  fourni,  en  outre,  la  suite 
des  notes  de  M.  Clouzot,  à  partir  du  chapitre  XXVIII,  et  rédigé  les 
explications  des  mots  et  vocables  susceptibles  d'éclaircissements'.  Le 
remarquable  ouvrage,  si  complet,  de  notre  ancien  collaborateur  Lazare 
Sainéan  :  La  langue  de  Rabelais  (2  vol.  in-8°,  Paris,  E.  de  Boccard,  1922- 
1923)  et  le  précieux  Dictionnaire  de  la  langue  française  du  seizième  siècle 
d'Edmond  Huguet,  tant  attendu  des  seiziémistes,  et  dont  le  second 
volume  est  en  cours  de  publication  (in-4°,  Paris,  Libr.  Honoré  Cham- 
pion, 1925  et  années  suiv.),  lui  ont  fourni  les  éléments  les  plus  utiles 
pour  cette  partie  du  commentaire.  D'une  manière  générale,  on  n'a  pas 
cherché,  dans  ce  nouveau  volume,  à  accroître  l'annotation.  Bien  des 
choses  avaient  été  dites  précédemment  qu'il  n'était  plus  à  propos  de 
répéter.  Il  reste  entendu  que  les  dix  volumes  de  la  Revue  des  Etudes  rabe- 
laisiennes (^i^Oj-1^12},  dont  il  existe  une  table  excellente,  et  les  seize 
volumes  parus  de  la  Revue  du  seizième  siècle  seront  toujours  utiles  à 
consulter  sur  les  points  qui  comportent  des  explications  étendues. 

L'auteur  de  ces  lignes  a  continué  à  assumer  la  direction  de  l'édition. 

I.  Comme  précédemment,  il  n'a  pas  paru  nécessaire  d'expliquer  les  mots  qui  se  trouvent  dans 
le  Dictionnaire  général  de.  la  langue  française  d'Hatzfeld,  A.  Darmesteter  et  A.  Thomas,  ni  cer- 
tains autres  que  donne  encore  le  Dictionnaire  de  Littré. 


AVANT-PROPOS  VII* 

En  dehors  de  l'introduction,  qui  est  son  œuvre  personnelle  (p.  i  à  ci), 
il  a  revu,  avec  tout  le  soin  qui  lui  incombait,  le  texte  et  les  variantes 
ainsi  que  les  notes  et  les  commentaires  dans  le  but  d'assurer  l'unité 
et  l'exactitude  de  l'œuvre.  Toutefois,  il  entend  bien  laisser  aux  rédac- 
teurs du  texte  et  des  notes  l'entière  responsabilité  de  leur  travail,  et 
notamment  pour  les  seconds,  celle  des  explications  et  des  citations 
qu'ils  ont  présentées.  Dans  le  cas  où  le  collaborateur  compétent  s'abs- 
tenait de  fournir  certaines  références,  jugées  par  lui  inutiles,  tels  que 
les  renvois  au  Digeste,  je  n'ai  pas  cru  devoir  ajouter  ces  données,  bien 
que  les  ayant  fait  réunir.  Les  initiales  des  rédacteurs  permettent  de 
spécifier  l'appoint  de  chacun  d'eux.  M.  Jean  Plattard  a  continué  d'as- 
sister le  directeur  dans  le  travail  d'organisation,  en  qualité  de  secrétaire 
de  l'édition,  avec  la  même  activité  dont  il  avait  fait  preuve  pour  les  pré- 
cédents volumes.  Il  a  procédé  spécialement  au  choix  et  à  la  répartition 
des  notes.  M.  Robert  Marichal,  des  Archives  nationales,  a  bien  voulu, 
de  son  côté,  nous  prêter  un  utile  concours  pour  certaines  révisions. 

Personne  n'ignore  que  les  difficultés  de  l'impression  se  sont  encore 
grandement  accrues  durant  ces  derniers  temps.  Ajoutons  que  le  concours 
de  la  librairie  Champion,  qui  s'est  chargée  de  tous  les  frais  de  la  con- 
fection matérielle  du  livre,  comme  aussi  celui  de  notre  imprimeur  ne 
nous  ont  pas  fait  défaut  au  cours  de  cette  longue  tâche.  Nous  espérons 
bien  que  les  volumes  suivants  paraîtront  à  des  intervalles  plus  régu- 
liers. Je  m'occupe  de  constituer,  dans  ce  but,  une  équipe  plus  nom- 
breuse en  faisant  appel  à  de  nouveaux  dévouements. 

Si  l'édition  critique  a  pu  être  commencée  en  1907,  ce  fut  grâce  à 
l'initiative  toute  spontanée  de  la  marquise  ArconatiVisconti,  fille  d'Al- 
phonse Peyrat.  Cette  femme  généreuse  et  éclairée,  à  l'intelligence  fine 
et  cultivée,  dont  le  nom  restera  attaché  à  tant  d'œuvres  utiles  et  à  toute 
une  série  de  fondations  scientifiques  et  d'enrichissements  de  nos  musées, 
s'est  éteinte,  à  Paris,  en  mars  1923.  Passionnée  pour  l'étude  du  sei- 
zième siècle,  et  spécialement  curieuse  de  l'histoire  de  la  Renaissance 
française,- elle  avait  voué  aux  ouvrages  de  Rabelais  un  véritable  culte, 


Viil*  AVANT-PROPOS 

qu'elle  se  plaisait  à  affirmer  en  toute  circonstance.  Ce  sentiment  s'était 
manifesté  dès  ses  années  de  jeunesse,  comme  le  prouvent  les  lettres  que 
lui  écrivait  Léon  Gambetta  en  1877  et  dont  nous  avons  publié  le  texte 
dans  la  R.  B.  R.  de  1904.  A  partir  de  cette  même  année,  elle  suivit 
assidûment  les  cours  que  le  signataire  de  ces  pages  professait  au  Col- 
lège de  France  sur  la  vie  et  les  œuvres  du  Chinonais.  Ce  fut  même  à 
l'issue  de  l'une  de  ces  leçons,  consacrée  à  Pantagruel,  qu'elle  lui  proposa, 
avec  cette  conviction  enthousiaste  et  communicative  qui  rendait  son 
amitié  si  précieuse,  d'organiser  le  travail. 

On  sait  le  reste.  Les  seiziémistes  n'oublieront  jamais  tout  ce  que  lui 
doivent  les  études  rabelaisiennes,  et  la  mémoire  de  la  Marquise  Arco- 
nati  sera  toujours  associée,  dans  leurs  cœurs  et  dans  leur  souvenir,  à 
la  publication  que  sa  pensée  vigilante  a  permis  d'entreprendre  et  que 
nous  souhaitons  ardemment  pouvoir  mener  à  bonne  fin. 

r-  A.  L. 


^ 


INTRODUCTION 


ÉTUDE  SUR  LE  «  TIERS  LIVRE  » 
Par  ABEL  LEFRANC 


A    LA    MÉMOIRE    DE 
JEAN-ABEL     LEFRANC 
14   MARS   1892   —   2    SEPTEMBRE    I928 
CITÉ   A   l'ordre    de   LA   NATION. 


CHAPITRE  I 
LA  GENÈSE  ET  L'HISTOIRE  DU  «  TIERS  LIVRE  » 

I.   Rabelais  de  i534  à  1546. 

Entre  la  publication  de  Gargantua,  en  1534,  et  celle  du  Tiers  Livre,  en 
1546,  Rabelais  n'a  offert  au  public  aucune  œuvre  nouvelle.  Il  s'est  contenté, 
entre  1535  et  1538,  de  donner  ou  de  laisser  paraître  des  rééditions  de  Pantagruel 
et  de  Gargantua  et  plusieurs  Almanachs.  Viennent  ensuite  quatre  années  de 
complète  abstention  :  rien  de  lui  ne  paraît  en  librairie.  En  1542  l'édition  défi- 
nitive des  deux  premiers  livres  et  de  la  Pantagrueline  Prognostication,  revus,  cor- 
rigés et  augmentés,  est  mise  en  vente  chez  François  Juste.  On  sait  assez  toute 
l'importance  de  ces  deux  petits  volumes  dans  l'histoire  du  texte  rabelaisien. 

Puis,  peu  après,  la  même  année,  autre  réédition,  cette  fois  non  expurgée,  des 
deux  livres,  chez  Etienne  Dolet,  faite  contre  le  gré  de  l'auteur,  et  à  laquelle 
succéda  aussitôt  une  seconde  publication  du  texte  définitif  chez  le  successeur  de 
François  Juste,  Pierre  de  Tours.  En  1543,  ce  même  libraire  remet  en  circula- 

LE   TIERS   LIVRE.  I 


X 


II  INTRODUCTION 

tion  l'édition  mise  au  jour,  Tannée  précédente,  par  Juste,  avec  un  titre  cartonné. 
Et  c'est  tout  jusqu'en  154e.  Nulle  velléité  chez  le  Maître,  avant  la  fin  de  1545, 
de  fournir  à  la  curiosité  fervente  de  tant  de  lecteurs  la  continuation  de  son  roman. 
Certes,  la  Bibliothèque  française  de  la  Croix  du  Maine  et  du  Verdier  nous  donne 
comme  publié  dans  cet  intervalle  un  ouvrage  dont  voici  le  titre  :  Stratagèmes, 
c  est-à-dire  prouesses  et  ruses  de  guerre  du  preux  et  très  célèbre  chevalier  Langey,  au 
commencement  de  la  tierce  guerre  Césariane,  traduit  du  latin  de  Fr.  Rabelais  par 
Claude  Massuau  ;  Lyon,  Seb.  Gryph.  1542.  Toutefois,  personne  n'a  jamais 
rencontré  un  exemplaire  de  ce  livre,  et  il  sera  prudent  de  n'en  pas  faire  état 
tant  que  son  existence  ne  sera  établie  que  par  cette  mention  ". 

Pourquoi  donc,  après  l'éclatant  succès  de  ses  premières  productions  litté- 
raires, ce  long  silence  de  près  de  douze  années,  durant  la  période  qui  fut  en 
somme,  pour  l'écrivain,  la  plus  florissante  et  la  plus  tranquille  de  son  existence? 
Il  est  difficile  de  le  dire  avec  certitude.  Son  activité  professionnelle  de  médecin, 
poursuivie  en  plusieurs  résidences  successives,  et  ses  voyages  fréquents  n'y  furent 
sans  doute  pas  étrangers.  Les  animosités  aussi  tenaces  que  redoutables  qu'il 
s'était  attirées  dans  le  clan  des  théologiens  firent  le  reste.  Il  faut  considérer, 
d'autre  part,  que  Gargantua  ne  laissait  prévoir  aucune  suite.  Avec  l'épisode  de 
Thélème,  les  différents  personnages  du  roman  avaient  conquis,  si  l'on  peut 
dire,  une  situation  de  tout  repos,  qui  ne  semblait  guère  comporter  de  nou- 
velles aventures.  Certes,  la  fin  de  Pantagruel  annonçait  une  continuation,  mais 
en  termes  tellement  burlesques,  malgré  certains  éléments  non  dépourvus  de 
logique,  que  l'on  ne  pouvait  y  chercher  des  données  plausibles  sur  les  inten- 
tions de  l'auteur.  Il  est  évident  que  la  verve  satirique  qui  avait  valu  à  notre 
grand  Tourangeau  un  double  succès  sans  précédent  n'était  nullement  épuisée- 
Tout  au  contraire,  entre  l'été  de  1535  et  1545,  les  péripéties  d'une  vie  quelque 
peu  agitée  et  nomade  qui  se  déroule  à  travers  la  France  et  même,  à  quatre 
reprises  différentes,  par  delà  les  Alpes,  la  fréquentation  des  milieux  les  plus 


I.  Les  éditeurs  du  Rabelais  Varionim  de  1825  (t.  VI,  p.  257,  n.  16)  disent  de  ce  livre  : 
«  Nous  avons  cette  traduction  dans  notre  bibliotlièque  sous  le  titre  de  Discipline  militaire, 
in-80,  Lyon,  1592,  et  il  en  existe  une  autre  édition  de  1551,  in-f"  ».  C'est  là  une  erreur  com- 
plète qu'il  importe  de  signaler.  La  Discipline  militaire,  attribuée  jusqu'à  ces  derniers  temps  à 
Guillaume  du  Bellay  et  qui  est  maintenant  reconnue  comme  étant  l'œuvre  de  Raymond  de 
Fourquevaux,  n'a  rien  à  voir  avec  Rabelais.  Nous  renvoyons,  sur  ce  point,  à  l'étude  que  nous 
avons  publiée  dans  la  R.  S.  S.,  t.  III,  191 5,  p.  109-154.  Il  est  possible  que  Rabelais  ait  écrit 
un  ouvrage  en  latin  sur  Guillaume  du  Bellay,  mais  ce  livre  n'a  pas  dû  être  imprimé.  Claude 
Massuau  est  cité,  avec  Rabelais,  parmi  les  familiers  du  grand  capitaine,  dans  le  Quart  Livre, 
chap.  xxvii. 


GENESE   DU    TIERS    LIVRE  III 

divers,  jusqu'à  et  y  compris  ceux  des  cours  de  France  et  de  Rome,  ses  luttes 
mêmes  avec  la  Sorbonne  et  les  adversaires  de  l'esprit  de  la  Renaissance  n'avaient 
fait  qu'enrichir  encore  le  trésor  de  son  expérience  et  fournir  de  nouveaux 
thèmes  à  sa  prestigieuse  imagination. 

Représentons-nous,  afin  de  rendre  cette  esquisse  plus  concrète,  la  série  des 
circonstances  exceptionnelles,  pour  ne  pas  dire  des  chances  singulières,  qui  le 
favorisèrent  durant  ces  douze  années.  Au  cours  des  huit  mois  qu'il  passe  en 
Italie  dans  l'entourage  du  cardinal  Jean  du  Bellay,  il  approche  presque  fami- 
lièrement un  grand  pape,  après  Clément  VII,  et  s'initie  aux  multiples  négocia- 
tions et  intrigues  politiques  qui  se  déroulent  dans  la  Ville  éternelle  (juillet  1535- 
avril  1536);  il  contemple  le  plus  puissant  monarque  de  la  chrétienté,  Charles- 
Quint,  lors  de  l'entrevue  d'Aigues-Mortes  (juillet  1538)  ',  à  laquelle  il  assiste  dans 
l'entourage  de  François  I"  ;  il  suit  de  près,  aux  côtés  de  l'évèque  de  Paris,  son 
protecteur  déclaré,  certaines  des  affaires  diplomatiques  les  plus  importantes  et 
les  plus  compliquées  du  règne,  spécialement  les  tractations  poursuivies  avec 
les  protestants  d'Allemagne  ;  il  s'initie,  à  diverses  reprises,  auprès  de  son  autre 
«  patron  »  Guillaume  du  Bellay,  seigneur  de  Langey,  l'illustre  capitaine,  l'une 
des  plus  hautes  figures  de  l'époque,  à  la  remarquable  organisation  du  Piémont, 
nouvellement  conquis.  Quelle  vie  intense  il  dut  mener  dans  ses  délicates  fonc- 
tions de  médecin,  de  secrétaire  et  de  confident  (milieu  de  1540  à  décembre 
1542)  !  Quelles  amitiés  précieuses  n'entretint-il  pas  avec  nombre  d'esprits  de  fine 
ou  profonde  culture  :  savants  de  tout  ordre,  écrivains,  penseurs^  diplomates  et 
agents  politiques,  artistes  !  On  en  pourrait  dresser  une  liste  impressionnante  : 
Georges  d'Armagnac,  Geoffroy  d'Estissac,  évêque  de  Maillezais,  Guillaume 
Pellissier,  évêque  de  Montpellier,  avec  lequel  il  correspond  si  volontiers,  l'illustre 
Guillaume  Budé,  qui  le  suit  depuis  sa  jeunesse  poitevine,  François  Errault,  seigneur 
de  Chemant,  qui  va  devenir  chancelier  de  France,  Pierre  de  Paschal,  Boys- 
sonné,  Hugues  Salel,  Clément  Marot,  Etienne  Dolet,  jusqu'à  la  brouille  qui 
survint  en  1542,  Antoine  Arlier,  Claude  Chappuys,  Briand  Vallée,  Maurice 
Scève,  sans  doute  André  Thevet;  citons  encore  les  amis  de  l'Orléanais  :  Fran- 
çois Daniel,  le  seigneur  de  Saint-Ayl,  Antoine  Hullot,  Framberge,  Massuau  ; 
les  poètes  latins  :  Salmon  Macrin,  Nicolas  Bourbon,  Visagier,  avant  la  rupture, 
Gilbert  Ducher,  Hubert  Sussanneau  ;  les  architectes  Philandrier,  Philibert  de 
l'Orme,  les  médecins  Rondelet  et  Schyron,  et  tant  d'autres  :  philologues,  archéo- 
logues, libraires  et  imprimeurs.   Une  poésie  de  Ducher,  publiée  en  1538  et 

I .  Peut-être  avait-il  déjà  vu  Charles-Quint,  à  Rome,  en  1536  (entre  le  5  et  le  11  avril).  Cf. 
V.  L.  Bourrilly,  Lettres  écrites  d'Italie  par  François  Rabelais,  Paris,  19 10,  in-8°  (Publication  de  la 
Société  des  Études  rabelaisiennes),  p.  21. 


IV  INTRODUCTION 

restée  longtemps  inconnue  de  ses  biographes,  nous  permet  d'apprécier  la  répu- 
tation d'esprit  supérieur,  hautement  philosophique,  que  Rabelais  s'était  acquise 
parmi  les  lettrés  de  son  temps.  Toute  une  série  de  témoignages  poétiques 
viennent  attester,  à  côté  de  celui-là,  l'estime  que  professent  à  son  égard  nombre 
d'écrivains  contemporains. 

A  la  philosophie,  à  propos  de  François  Rabelais  :  Des  plumes  plus  que  dédaliennes  garnissent 
tout  ton  corps  et  ce  n'est  pas  inutilement  ni  sans  motif.  Grâce  à  elles  tu  t'élèves  à  travers  les 
airs,  laissant  sous  tes  pieds  les  nuages  humides  jusqu'à  ce  que  tu  sois  arrivée  dans  les  régions 
où  le  ciel  est  éniaillé  d'étoiles.  Dans  ces  espaces,  pendant  le  jour,  Phœbus  brûle  de  mille  feux; 
la  nuit  Diane  répand  sa  pâleur  glacée.  De  là,  le  maître  des  airs  contemple  la  mer  que  sillonnent 
les  voiles,  et  les  terres  immobiles  et  les  enfers.  Un  tel  privilège  ne  suffit  pas  encore  à  te  rendre 
pleinement  heureuse  ;  tu  entraînes  et  ravis  dans  les  espaces  éthérés  tes  fidèles,  ô  divine.  Parmi 
eux,  au  premier  rang,  apparaît  Rabelais,  maître  suprême  dans  les  études  qui  te  révèlent,  ô  sagesse 
sacrée  '. 

Le  docte  praticien  n'est  pas  moins  prisé  :  si,  pour  des  causes  que  l'on  indi- 
quera plus  loin,  Rabelais  se  voit  forcé  d'abandonner  précipitamment  sa  charge 
de  médecin  de  l'Hôtel-Dieu  de  Lyon  (février  1535)  ^  il  réussira,  un  peu  plus 
tard,  à  poursuivre  sans  encombre  la  carrière  médicale.  Après  cette  fugue, 
entourée  de  mystère  —  Grenoble  fut  sans  doute  le  lieu  de  sa  retraite,  —  il  part 
pour  Rome,  où  il  séjournera  de  juillet  1535  au  début  d'avril  1536.  C'est  alors 
qu'il  obtient  du  pape  Paul  III  un  bref  d'absolution  de  son  «  apostasie  »,  c'est-à- 
dire  de  l'infraction  aux  statuts  ecclésiastiques  qu'il  avait  commise  en  quittant, 
sans  la  permission  de  ses  supérieurs,  sa  robe  de  moine,  pour  courir  le  monde 
en  habit  de  prêtre  séculier  et  prendre  ses  grades  de  médecine.  Cette  bulle  lui 
permettait  d'entrer  dans  un  couvent  de  l'ordre  de  Saint  Benoît,  à  son  gré  :  dans 
l'espèce,  l'abbaye  de  Saint-Maur-les-Fossés,  devenue,  par  une  bulle  de  Clé- 
ment VII  du  13  juin  1533,  une  collégiale  de  chanoines,  avec  l'évèque  de  Paris 

1.  Voy.  notre  article  :  Une  poésie  inconnue  sur  Rabelais  philosophe  dans  R.  E.  R.,  t.  I,  p.  202- 
203. 

2.  Nous  savons  par  le  texte  des  Arch.  Comm.  de  Lyon,  BB,  54,  f"  21,  que  ce  départ  soudain 
de  Rabelais,  sans  congé,  s'était  alors  produit  pour  la  seconde  fois.  On  n'a  pas  cherché  jusqu'ici 
à  savoir  quand  la  première  fugue  avait  pu  s'accomplir.  A  notre  avis,  celle-ci  se  place  très  natu- 
rellement après  la  condamnation  de  Pantagruel,  vers  la  fin  d'octobre  1533.  Rabelais  dut  dispa- 
raître prudemment  pour  quelque  temps.  On  constate  sa  présence  à  Lyon,  le  17  janvier  1534: 
il  y  reçoit  alors,  sur  son  traitement  de  40  livres  d'une  année,  allant  du  31  janvier  1533  au 
31  janvier  1534,  seulement  27  livres,  en  déduction  de  ses  gages.  L'évèque  de  Paris,  Jean  du 
Bellay,  l'emmène  aussitôt  avec  lui  à  Rome.  Il  y  aurait  donc  une  véritable  concordance  entre  la 
première  absence  irrégulière  et  la  seconde,  puisque  l'une  comme  l'autre  furent  suivies  d'un 
voyage  en  Italie  avec  Jean  du  Bellay. 


RABELAIS    MEDECIN  V 

—  alors  son  protecteur  Jean  du  Bellay  —  pour  doyen.  C'est  le  moment  où  il 
achève  de  se  familiariser  avec  les  questions  de  politique  générale  dans  le  lieu  du 
monde  le  plus  propice  à  une  telle  initiation. 

De  retour  en  France,  le  nouveau  prébendier  rencontre  chez  ses  confrères  de 
Saint-Maur  une  opposition  qu'il  ne  dut  pas  réussir  à  neutraliser'.  En  tout  cas, 
sa  qualité  de  chanoine  séculier  semble  bien  lui  avoir  procuré  le  moyen  de 
recouvrer  ses  droits  civils.  Dès  lors  qu'il  ne  peut  résider  dans  la  collégiale,  il  ne 
s'en  trouvera  que  plus  libre,  apparemment,  pour  rentrer  dans  le  siècle  (1536- 
1537).  Dans  le  remarquable  tableau,  trop  rarement  cité,  qu'Etienne  Dolet  a  tracé 
de  la  Renaissance  des  lettres,  sous  le  mot  Lilerse  de  ses  Commentaires  de  la  langue 
latine  (1536)  ^,  le  célèbre  érudit  nomme  Rabelais  parmi  les  six  médecins  fran- 
çais qu'il  considère  comme  les  plus  experts  à  l'heure  où  il  écrit.  L'auteur  de 
Pantagruel  assiste  à  Paris,  en  février  1537,  à  un  banquet  offert  au  même 
Dolet,  en  compagnie  de  Budé,  Bérauld^  Danès,  Toussain,  Macrin,  Bourbon, 
Visagier  et  Marot.  Revenu  à  Montpellier,  il  conquiert  le  grade  de  licencié  en 
médecine,  puis  celui  de  docteur  (mai  1537),  exerce  ensuite  à  Narbonne  et  sur 
les  bords  de  l'Aude.  On  le  voit,  peu  après,  professer  son  art  à  Lyon  et  y  diriger 
des  démonstrations  anatomiques  (juin  à  septembre  1537).  Après  quoi,  nous  le 
retrouvons  à  Montpellier,  où  il  donne  avec  un  grand  succès  des  leçons  sur  les 
Pronostics  d'Hippocrate  et,  de  nouveau,  une  démonstration  publique  d'anatomie- 
De  toute  évidence,  il  s'impose  par  sa  valeur  professionnelle  et  par  son  talent  de 
parole.  Ses  dons  de  séduction  le  rendent  populaire  dans  ces  divers  milieux,  et 
sans  doute  aussi  parmi  ses  malades,  tout  réjouis  «  par  la  face  joyeuse,  seraine, 
gracieuse  ouverte,  plaisante  »  de  leur  médecin .  Il  existe  une  série  de  poésies 
latines  qui  témoignent  de  sa  valeur  de  clinicien  et  de  psychologue. 

En  quels  lieux  et  dans  quelles  conditions  le  Chinonais  poursuivit-il  alors 
la  carrière  médicale  qui  semblait  s'ouvrir  devant  lui  facile  et  brillante  ?  L'état 
actuel  des  recherches  ne  permet  pas  de  le  savoir.  Sa  biographie  présente,  en 
effet,  à  ce  moment-là,  une  lacune  complète  de  deux  années.  Après  la  célèbre 
entrevue  des  deux  monarques,  qui  nous  le  montre  dans  l'entourage  de  Fran- 
çois \",  Rabelais  revient  à  Lyon  avec  le  roi  et  sa  suite  vers  la  fin  de  juillet 
1538  ;  mais,  à  partir  de  ce  retour,  nous  perdons  sa  trace  jusqu'au  mois  de  juil- 
let 1540,  époque  à  laquelle  on  constate  sa  présence  à  Turin.  Où  a-t-il  vécu 
cette  période  mystérieuse?  Est-ce  le  moment  qui  le  vit  aimer  une  femme  dont 

1 .  Voy.  sur  ce  point  l'article  si  neuf  d'Henri  Clouzot,  R.  E.  R.,  VII,  260. 

2.  Tome  I^r,  col.  1156-1159  :  «  Ex  medicorum  scholis  ad  certamen  concurrunt  Sympho- 
rianus  Campegius,  Jacobus  Sylvius,  Joannes  Ruellius,  Joannes  Copus,  Franciscus  Rabelsesus, 
Carolus  Paludanus.  » 


VI  INTRODUCTION 

le  nom  est  resté  ignoré,  et  connaître  les  joies  de  la  paternité  ?  Le  petit  Théo- 
dule,  qui  naquit  à  Lyon  et  vit,  au  dire  de  Boyssonné,  des  cardinaux  autour  de 
son  berceau  ',  mourut-il  en  Piémont  ?  La  conjecture  paraît  assez  vraisem- 
blable. Tout  en  poursuivant  la  pratique  de  son  art,  Rabelais  a  pu  remplir, 
durant  ces  années,  certaines  missions  politiques  ou  diplomatiques,  en  vivant 
dans  l'ambiance  des  du  Bellay,  au  «  paradis  de  salubrité,  aménité,  sérénité, 
commodité,  délices,  et  tous  honnestes  plaisirs  de  agriculture  et  vie  rustique  », 
c'est-à-dire  à  Saint-Maur-les-Fossés,  auprès  du  cardinal,  ce  type  achevé  de 
prélat  français,  qui  participe  à  toutes  les  curiosités  de  la  Renaissance,  ou  même 
déjà  à  Turin,  aux  côtés  du  seigneur  de  Langey,  qu'on  a  pu  appeler  l'honneur 
et  l'ornement  de  la  noblesse  française. 

Le  séjour  en  Piémont  s'étend  jusqu'à  la  fin  de  1542,  coupé  par  deux  voyages 
en  France  ;  le  premier  causé  par  une  correspondance  imprudente  de  Rabelais 
avec  Barnabe  de  Voré,  sieur  de  La  Fosse,  aventure  qui  prouve  à  quel  point 
notre  Tourangeau  persistait  à  s'occuper  de  négociations  d'ordre  politique  ;  le 
second,  par  le  besoin  qu'éprouvait  Langey  de  conférer  avec  le  roi  et  ses 
ministres  des  affaires  d'Italie.  Ce  voyage  (novembre  1541  à  mai  1542)  fut 
aussi  marqué  par  une  joyeuse  étape  de  notre  «  architriclin  »  en  pays  Orléa- 
nais, notamment  au  château  de  Saint-Ayl.  L'étroite  entente  qui  se  manifeste 
alors  entre  le  gouverneur  du  Piémont  et  son  médecin  achève  de  rendre  celui- 
ci  persona  grata  et  de  le  mêler  à  la  vie  de  la  cour.  Toutefois,  les  condamna- 
tions prononcées  par  les  théologiens  de  Paris  contre  Pantagruel,  en  octobre 
1533,  et  contre  Gargantua,  k  la  fin  de  1534,  restaient  gênantes  et  même  mena- 
çantes. Rabelais  se  décide  donc,  pour  sa  tranquillité  et  pour  celle  de  ses  pro- 
tecteurs, à  entreprendre  une  révision  de  ses  deux  livres.  Fort  adroitement  con- 
çue, cette  correction,  qui,  au  point  de  vue  littéraire,  confère  à  ses  ouvrages  une 
perfection  plus  grande  encore,  se  borne  à  atténuer  un  certain  nombre  de  har- 
diesses et  d'allusions  satiriques,  tout  en  en  laissant  subsister  d'autres,  non  moins 
agressives.  L'auteur  feint  un  amendement  général  qui  ne  va  pas  très  loin  quand 
on  y  regarde  de  près.  Cette  nouvelle  édition  paraît,  chez  François  Juste,  en 
1542.  Le  grand  nombre  de  coquilles  qui  la  déparent  donne  lieu  de  supposer 
que  l'écrivain  remit  son  texte  révisé  à  son  éditeur  en  repartant  pour  le  Pié- 
mont, vers  le  début  de  mai  1542,  et  qu'il  ne  corrigea  pas  les  épreuves,  en  rai- 
son de  son  éloignement. 

I.  Quem  cernis  tumulo  exiguo  requiescere  vivens 

Romanos  habui  pontifices  famulos, 

font  dire  à  l'enfant  les  vers  de  Boyssonné. 


RABELAIS     MAITRE    DES    REQUÊTES  VII 

Les  Sorbonistes  n'eurent  garde  de  se  tromper  sur  les  sentiments  véritables 
de  l'ancien  cordelier;  ils  répondirent,  peu  après,  à  cette  concession,  plus  appa- 
rente que  réelle,  en  renouvelant  leur  censure,  qu'atteste  un  catalogue  de  livres 
condamnés  rédigé  par  eux,  à  la  demande  du  Parlement,  le  2  mars  1543.  Sous 
leur  forme  adoucie,  les  deux  petits  livres  ne  trouvèrent  pas  grâce  devant  le 
tribunal  qu'ils  avaient,  quelque  dix  ans  plus  tôt,  couvert  d'un  ridicule  immor- 
tel. En  vain,  l'auteur  avait  remplacé  partout  les  mots  théologiens,  sorbotiagres, 
sorhonicoles,  etc.,  par  le  terme  sophiste  :  ces  changements  et  d'autres  ne  pouvaient 
donner  le  change  à  personne.  Bien  que  son  nom  ne  figurât  pas  sur  les  listes 
des  livres  censurés,  nul  n'ignorait  l'identité  de  l'auteur.  Donc,  du  côté  de  la 
Sorbonne  et  de  tous  les  partisans  des  doctrines  et  des  méthodes  du  passé,  une 
hostilité  foncière  continue  de  s'afBrmer,  qui  ne  désarmera  en  aucun  cas.  Seules, 
les  protections  qu'il  s'était  acquises  dans  les  milieux  dirigeants  et  chez  certains 
membres  du  haut  clergé,  sympathiques  aux  idées  de  la  Renaissance,  ont  pu 
engager  Rabelais  à  braver  ces  rancunes  vigilantes. 

Mais  voici  que  la  santé  du  grand  soldat-administrateur,  épuisée  par  tant 
de  labeurs  divers,  périclite  à  Turin.  Langey  dicte  son  testament,  où  Rabelais 
figure  pour  une  rente  de  50  livres,  en  attendant  qu'il  ait  obtenu  300  livres  de 
bénéfice,  et  rentre  en  France,  pour  y  mourir  près  de  Tarare,  le  9  janvier 
1543.  Aucun  événement  ne  dut  être  plus  douloureux  au  cœur  de  l'écrivain 
durant  tout  le  cours  de  son  existence.  Son  œuvre  en  témoigne  suffisamment, 
comme  aussi  le  tendre  dévouement  avec  lequel  il  poursuivit  l'accomplisse- 
ment des  dernières  volontés  de  son  maître,  jusqu'au  jour  des  obsèques  solen- 
nelles (5  mars  1543),  dans  la  cathédrale  du  Mans.  Ici  s'insère,  selon  toute 
probabilité,  l'admission  de  l'auteur  de  Paiitagruel  p3.rmi  les  maîtres  des  requêtes 
du  roi,  fait  révélé  par  le  Discours  de  la  Court  de  Claude  Chappuys,  publié  en 
1543  (privilège  du  21  mai),  et  qui  marque  en  quelque  sorte  l'apogée  de  sa 
faveur.  Il  est  à  présumer  que  l'intervention  du  cardinal  de  Bellay,  désireux  de 
récompenser  les  services  du  fidèle  collaborateur  de  son  frère,  et  l'appui  du 
nouveau  chancelier  de  France,  François  Errault,  dont  les  liens  d'amitié  avec 
Rabelais  nous  sont  connus,  et  probablement  aussi  celui  de  la  reine  de  Navarre 
ont  contribué  à  obtenir  cette  nomination  d'un  écrivain,  certes  déjà  célèbre, 
mais  dont  les  ouvrages  venaient  d'être  condamnés  pour  la  troisième  fois  par 
la  plus  haute  autorité  religieuse  du  royaume. 

A  partir  du  milieu  de  1543,  la  vie  du  Chinonais  nous  échappe  entièrement 
jusqu'au  19"  jour  de  septembre  1545,  où  nous  le  voyons  recevoir  un  privilège 
pour  son  troisième  Hvre.  Il  s'agit  donc  d'une  nouvelle  disparition  de  plus  de 
deux  ans  que  rien  ne  permet  encore  d'éclaircir.  A  notre  avis,  c'est  du  côté 


VIII  INTRODUCTION 

d'un  labeur  diplomatique  ou  politique  que  les  recherches  futures  des  rabe- 
laisants  devront  utilement  s'orienter.  Les  hypothèses  que  nous  espérons,  quelque 
jour,  pouvoir  formuler  au  sujet  de  ces  années  mystérieuses  s'appliqueront,  à  vrai 
dire,  à  une  activité  de  ce  genre. 

De  toute  façon,  on  vient  de  le  voir,  les  circonstances  étaient  devenues  favo- 
rables à  un  retour  du  Maître  vers  la  littérature.  En  dépit  des  hostilités  qu'il 
sentait  toujours  en  éveil,  il  lui  était  permis  désormais  de  penser  à  la  prépa- 
ration, puis  à  la  publication  de  son  Tiers  Livre.  Certes,  la  lutte  restait  inévi- 
table, mais  le  risque  lui  apparaissait  moins  grand  que  pendant  les  années  qui 
avaient  précédé  son  entrée  au  service  du  roi.  Du  reste,  l'œuvre  qu'il  médi- 
tait devait  être  différente  des  parties  antérieures,  d'un  ton  plus  philosophique, 
moins  agressif  peut-être  à  l'égard  des  idées,  mais  non  des  puissances  reli- 
gieuses et  judiciaires. 

La  période  de  la  carrière  de  Rabelais  que  l'on  vient  d'esquisser  l'a  conduit 
jusqu'à  l'âge  d'environ  cinquante  ans,  d'après  nos  supputations  ;  elle  lui  a  conféré 
une  maturité  dont  l'œuvre  qui  s'annonce  portera  l'empreinte.  Son  goût  pour 
la  science  n'a  fait  que  s'étendre  et  se  diversifier.  Les  autorités,  citations  et 
réminiscences  fournies  par  l'antiquité  vont  se  multiplier  dans  de  très  sensibles 
proportions.  Les  critiques  modernes  ont  reconnu  que  des  recherches  person- 
nelles avaient  contribué  à  ses  énumérations  et  références  et  qu'il  n'avait  pas 
tout  demandé,  tant  s'en  faut,  aux  compilations  alors  en  faveur  d'un  Ravisius 
Textor,  d'un  Rhodiginus  ou  de  leurs  émules.  Celles-ci  ont  pu  lui  être  utiles 
assurément,  mais  leur  rôle  apparaît,  somme  toute,  comme  secondaire.  Ses 
sources  préférées,  dont  on  a  traité  précédemment,  continuent  d'être,  en  pre- 
mière ligne,  Lucien,  Plutarque  et  Pline,  et  Erasme  parmi  les  modernes. 
D'autres  auteurs  anciens,  tels  que  Pausanias,  Philostrate,  Athénée,  Élien, 
Macrobe,  Valère-Maxinie,  le  commentaire  de  Virgile  par  Servius,  etc.,  lui, 
fournissent  des  références.  En  médecine,  en  physiologie  et  en  botanique,  ses 
connaissances  se  sont  précisées  durant  cette  période  d'études  et  de  pratique. 
L'art  de  la  divination  l'a  pareillement  attiré,  sans  qu'il  en  fût  dupe  '.  Pas  plus 
qu'un  Montaigne,  il  ne  devait  croire  à  la  sorcellerie,  mais  le  temps  n'était  pas 

I .  Voy.  par  exemple  :  A.  Garrigues,  La  Botaiwmancie  de  Rahelais,  Pamirge  che:(  Her  Trippa, 
Concours  médical,  49=  année,  no  43  bis,  26  octobre  1927,  p.  2831-2836,  et  W.  F.  Smith,  Le 
mauldict  livre  dupasse  temps  des  de\,  R.  E.  R.,  VII,  1909,  p.  367,  etc.  —  Ce  curieux  domaine 
de  la  divination  chez  Rabelais  soulève  encore  plus  d'une  question  intéressante.  On  constate, 
par  exemple,  que  son  ami  Gryphius  publie  justement  à  Lyon,  en  1 546,  une  réédition  du  livre 
intitulé  :  Arlemldori  Daldiani  philosophi  excellentissimi  de  Somniorum  interpretatione  libri 
quinque  :  Rabelais  aurait-il  été  pour  quelque  chose  dans  cette  publication? 


LES    SOURCES    DU    LIVRE  IX 

encore  propice  à  l'aveu  d'une  telle  opinion.  Il  savait  toutes  les  erreurs  lamen- 
tables commises  chaque  jour  dans  ce  domaine.  Aussi  a-t-il  soin  de  noter, 
touchant  la  sibylle  de  Panzoult,  qu'il  «  n'est  chose  confessée  ne  avérée  qu'elle 
soit  sorcière  ». 

Sa  compétence  en  matière  juridique,  qui  a  eu  son  point  de  départ  au  foyer 
paternel  —  n'oublions  pas  qu'il  est  le  fils  d'un  homme  de  loi  —  pour  se  déve- 
lopper ensuite  à  Fontenay-le-Comte^  auprès  de  Tiraqueau,  puis  à  Poitiers  et 
peut-être  aussi  à  Paris,  vers  1528,  s'affirme  tout  spécialement  dans  le  Tiers 
Livre.  Il  en  use  même  en  véritable  prestidigitateur.  Si,  en  effet,  les  références 
au  Digeste,  qu'il  met  dans  la  bouche  de  Bridoye,  sont  exactes,  il  est  hors  de 
doute  qu'elles  sont  alléguées  abusivement  et  à  contre-sens. 

Sans  prétendre  découvrir  chez  lui  des  notions  que  les  découvertes  les  plus 
récentes  de  la  science  nous  ont  permis  d'acquérir,  on  peut  cependant  signaler 
l'étonnante  prophétie  relative  à  l'aviation  qui  termine  le  chapitre  LI. 

Ces  derniers  temps,  les  recherches  d'un  pénétrant  historien  de  la  philosophie 
du  moyen  âge  nous  ont  mis  à  même  de  mieux  connaître  le  rôle  des  doctrines 
et  des  conceptions  particulières  de  cette  époque  dans  l'œuvre  de  Rabelais  '.  Ce 
n'est  pas,  certes,  qu'il  ne  se  rencontre  encore,  à  cet  égard,  plus  d'une  obscu- 
rité. Toutefois  les  rapprochements  déjà  acquis  suffisent  à  laisser  deviner  quelle 
pratique  sérieuse  l'ancien  cordelier  et  bénédictin  possédait  des  textes  médié- 
vaux. M.  Gilson  voit  dans  les  chapitres  m  et  iv  du  Tiers  Livre  un  résumé 
incroyablement  dense,  et  toutefois  d'un  mouvement  admirable,  de  toute  la 
physiologie  médiévale,  commandée,  du  reste,  par  l'œuvre  d'Aristote.  N'oublions 
pas  davantage  la  familiarité  de  Rabelais  avec  les  sermonnaires.  Dans  l'ensemble 
des  éléments  qui  contribuèrent  à  former  la  figure  unique  qu'il  représente  dans 
la  littérature  universelle,  il  serait  injuste  de  ne  pas  tenir  compte  de  la  présence 
du  «  sel  franciscain  ». 

Muni  d'une  expérience  et  d'une  érudition  qui  n'ont  cessé  de  s'accroître,  Rabe- 
lais se  sentait  mieux  armé  pour  exposer  sa  pensée  propre  sans  recourir  à  des 
symboles.  C'est  ainsi  qu'il  a  mis  plus  de  lui-même  dans  cette  troisième  partie 
que  dans  les  précédentes.  Il  use  amplement  de  la  discussion,  se  plaisant  à  peser 
le  pour  et  le  contre,  à  mêler  le  famiHer  au  sévère,  avant  de  conclure  en  parti- 
san résolu  de  la  mesure,  de  l'équilibre  et  du  bon  sens.  Son  art  merveilleux,  qui 
semblait  avoir  déjà  révélé  tous  ses  secrets,  connaît  encore  un  nouvel  épanouis- 
sement. Maître  d'une  observation  de  la  vie  et  d'une  fantaisie  qui  n'ont  sans 

I .  M.  Etienne  Gilson,  dans  la  Revue  d'histoire  franciscaine,  t.  I,  p.  257  et  suiv.,  Rabelais  francis- 
cain, et  t.  II,  p.  72  et  suiv.,  Notes  7nédiévales  au  a  Tiers  Livre  »  de  Pantagruel. 

LE   TIERS   LIVRE.  II 


X  INTRODUCTION 

doute  jamais  été  surpassées,  il  anime  cette  longue  enquête  par  un  perpétuel 
jaillissement  d'idées,  d'inventions  et  d'images  joyeuses  ou  burlesques.  Son 
style  emprunte  les  tons  les  plus  divers  :  tour  à  tour  grave,  savant,  populaire, 
humoristique  et  satirique,  toujours  spontané  et  entraînant.  Et  quel  triomphe 
dans  l'art  de  conter  !  Certaines  des  anecdotes  les  plus  savoureuses  et  les  plus 
parfaites  qui  existent  dans  notre  langue  se  rencontrent  à  travers  ces  pages.  Les 
scènes  comiques,  qui  abondent,  constituent  un  autre  attrait.  On  y  admire 
un  tel  mouvement,  une  si  étonnante  entente  des  procédés  dramatiques,  qu'on 
a  pu  y  découvrir  des  comédies  véritables.  Notre  plus  grand  poète  comique 
n'y  a-t-il  pas  puisé  des  modèles  de  dialogues  ?  Songeons,  en  outre,  que  plu- 
sieurs des  conversations  du  Tiers  Livre  nous  offrent,  plus  que  le  théâtre  con- 
temporain, des  spécimens  authentiques  de  conversations  de  l'époque.  Les 
historiens  seront  amenés,  quelque  jour,  à  en  faire  état. 

Est-il  besoin  d'observer  que  cet  enrichissement  de  sa  pensée  et  de  sa  science 
a  procuré  à  notre  écrivain  des  ressources  inattendues  en  matière  de  vocabu- 
laire ?  Quantité  d'expressions,  de  termes  techniques,  qui  font,  grâce  à  lui,  leur 
joyeuse  entrée  dans  notre  langue,  témoignent  de  ce  précieux  accroissement.  Si 
sa  syntaxe  semble  maintenant  plus  latinisée,  la  clarté,  l'aisance,  le  rythme  alerte 
de  la  phrase  ne  perdent  rien  de  leur  charme  souverain. 


II.  Rabelais  et  le  pouvoir  royal, 

Rabelais  obtint  du  roi  — c'était  la  première  fois  — ,  le  19  septembre  1545, 
un  privilège  d'une  durée  de  six  ans,  valable  pour  les  éditions  nouvelles  de  ses 
deux  premiers  livres  et  pour  ses  «  livres  et  œuvres  «  suivants,  à  partir  du  troi- 
sième volume.  Jusque-là,  il  avait  publié  tous  ses  ouvrages  sans  aucun  droit  de 
propriété  temporaire  et  sans  y  mettre  son  nom.  La  portée  de  cette  garantie  et 
surtout  les  termes,  exceptionnels  à  certains  égards,  dans  lequels  elle  fut  octroyée 
n'ont  guère  attiré  l'attention  des  biographes  et  des  éditeurs  du  Maître.  Un  tel 
document  marque  cependant,  sans  nul  doute,  une  date  décisive  dans  sa  car- 
rière. Signe  très  évident  de  la  faveur  dont  jouit  l'auteur  dans  l'entourage  royal, 
sinon  auprès  du  monarque  lui-même,  il  révèle,  de  plus,  une  défaite  sensible 
pour  le  parti  de  ses  adversaires  et  surtout  pour  la  Sorbonne.  La  lutte  que  cette 
dernière  poursuit  contre  Rabelais,  depuis  1533,  trouve  du  même  coup  une 
contre-partie  inattendue.  Le  roman,  objet  de  tant  d'attaques  et  de  censures, 
obtient,  par  cet  acte,  une  sanction  officielle  qui  permet  au  Tourangeau  de  ren- 


LE    PRIVILEGE    DE    FRANÇOIS    l"  XI 

trer  en  lice  à  visage  découvert  :  voilà  donc  Gargantua  et  Pantagruel  dûment 
autorisés  à  circuler  à  travers  le  inonde.  Examinons  cette  pièce  d'un  peu  près'. 

De  la  partie  de  nostre  aimé  et  féal  maistre  Françoys  Rabelais,  dit  le  texte  royal,...  nous  a 
esté  exposé  que  icelluy  suppliant  ayant  par  cy  davant  baillé  à  imprimer  plusieurs  livres,  mesme- 
ment  deux  volumes  des  faictz  et  dictz  héroïques  de  Pantagruel,  non  moins  utiles  que  délectables, 
les  Imprimeurs  auroient  iceulx  livres  corrumpu  et  perverty  en  plusieurs  endroictz  (au  grand 
déplaisir  et  détriment  dudict  suppliant  et  préjudice  des  lecteurs)  dont  se  seroit  abstenu  de 
mectre  en  public  le  reste  et  séquence  des  dictz  faictz  et  dictz  héroïques.  Estant  toutesfois  impor- 
tuné journellement  par  les  gens  scavans  et  studieux  de  nostre  royaume  et  requis  de  mettre  en 
l'utilité  commune  comme  en  impression  la  dicte  séquence,  nous  auroit  supplié  de  luy  octroyer 
privilège  à  ce  que  personne  n'eust  à  les  imprimer  ou  mectre  en  vente,  fors  ceux  qu'il  feroit 
imprimer  par  libraires  exprès  et  auxquels  il  bailleroit  ses  propres  et  vrayes  copies,  et  ce  pour 
l'espace  de  dix  ans  consecutifz,  commancans  au  jour  et  dacte  de  l'impression  de  ses  dictz  livres. 

Cette  première  partie  de  la  pièce  reproduit,  de  toute  évidence,  la  requête 
rédigée  par  l'auteur.  On  notera  que  le  titre  donné  à  l'œuvre  n'est  en  aucune 
façon  celui  de  Gargantua,  dont  le  nom  n'est  pas  évoqué,  ni  celui  de  Panta- 
gruel, mais  uniquement  le  titre  que  portera  le  Tiers  Livre,  lequel  ne  comporte, 
d'ailleurs,  rien  de  facétieux.  Rabelais  invente  assurément  l'existence  d'éditions 
corrompues  et  perverties  en  plusieurs  endroits,  qui  n'ont  jamais  été  signalées  ailleurs 
que  dans  cette  pièce  et  dans  celle  qui  l'a  suivie.  Il  use  avec  adresse  de  ce  fait 
que  ses  deux  livres  ont  été  publiés,  en  1542,  par  Etienne  Dolet,  sans  que  cet 
imprimeur  ait  tenu  le  moindre  compte  des  corrections  et  modifications  qu'il 
avait  fait  subir  à  son  texte,  un  peu  auparavant,  dans  l'édition  de  François  Juste. 
En  somme,  il  transforme  et  grossit  le  mauvais  tour,  certes  inopportun,  que  lui 
a  joué  son  ancien  ami  de  Lyon.  Il  crée  fort  à  propos  une  confusion  subtile 
qui  lui  permet  de  se  plaindre  d'une  grave  altération  de  texte,  alors  que  cette 
dernière  n'existe  pas  en  réalité,  puisque  la  rédaction  antérieure  à  1542,  repro- 
duite par  Dolet,  était  aussi  bien  son  oeuvre  que  la  nouvelle.  «  Ses  propres  et 
vrayes  copies  »  sont  tout  simplement  les  textes  amendés  de  Gargantua  et  de 
Pautagruel  tels  qu'ils  parurent  en  1542.  Notre  auteur,  on  l'a  vu,  sollicitait  un 
privilège  pour  dix  ans.  Sur  ce  seul  point  sa  requête  obtint  un  peu  moins  qu'il 
ne  souhaitait.  Il  aura,  en  revanche,  toute  satisfaction  à  cet  égard  en  l'année 
1550. 

Voici  maintenant  la  réponse  royale  : 

Pourquoy  nous,  .  .  .  desirans  les  bonnes  lettres  estre  promeues  par  nostre  royaume  à  Vuiiliiè  et 
érudition  de  nos  subjecti,  avons  audict  suppliant  donné  privilège,  congé,  licence,  et  permission 

I.  Nous  suivons  le  texte  de  l'édition  de  Lyon,  1546,  dont  nous  possédons  un  exemplaire. 


Xri  INTRODUCTION 

de  faire  imprimer  et  mettre  en  vente  par  telz  libraires  expérimentez  qu'il  aJvisera  ses  dictz 
livres  et  œuvres  consequens  des  faictz  heroicques  de  Pantagruel,  commancans  au  troisiesme 
volume,  avec  povoir  et  puissance  de  corriger  et  revoir  les  deux  premiers  par  cy  davant  par 
luy  composez  :  et  les  mectre  ou  faire  mectre  en  nouvelle  impression  et  vente,  faisans  inhibitions 
et  defTences  de  par  nous,  sur  certaines  et  grands  peines,  confiscation  des  livres  ainsi  par  eulx 
imprimez  et  d'amende  arbitraire,  à  tous  imprimeurs  et  auhres  qu'il  appartiendra  de  non  imprimer 
et  mectre  en  vente  les  livres  cy  dessus  mentionnez,  sans  le  vouloir  et  consentement  dudict 
suppliant  dedans  le  terme  de  six  ans  consecutifz,  commancans  au  jour  et  dacte  de  l'impres- 
sion de  ses  dictz  livres,  sur  poine  de  confiscation  des  dictz  livres  imprimez  et  d'amende  arbi- 
traire. De  ce,  etc. 

Rarement  privilège  a  été  accordé,  à  cette  époque,  en  termes  aussi  personnels 
et  empreints  d'une  pareille  bienveillance  :  le  roi  accorde  tout  ce  que  Rabelais 
lui  demande,  sauf  en  ce  qui  touche  la  durée  qu'il  fixe  à  six  ans,  chiffre  nor- 
mal. Il  donne  à  l'auteur  pouvoir  de  corriger  et  de  revoir  ses  premiers  livres  et  de 
les  rééditer,  mais  sans  l'y  obliger  en  aucune  manière,  ce  qui  revient  à  ne  tenir 
aucun  compte  des  censures  de  la  Faculté  de  théologie,  renouvelées  en  mars 
1543.  Ainsi  donc  ces  trois  condamnations  formelles  étaient  considérées  comme 
nulles  et  non  avenues.  Les  deux  pouvoirs  se  trouvaient  en  opposition  au  sujet 
de  l'écrivain  le  plus  répandu  et  le  plus  populaire  de  l'époque.  Un  tel  fait, 
négligé  jusqu'à  présent,  en  dit  long  sur  les  sentiments  véritables  du  gouverne- 
ment royal.  Est-il  besoin  d'ajouter  que  Rabelais  profita  de  la  liberté  qui  lui 
était  laissée  :  il  ne  corrigea  rien,  tout  en  rééditant  ses  livres  ? 

Il  y  a  mieux  :  laissons  passer  cinq  années,  qui  verront  François  l"  disparaître 
et  bien  des  événements  se  produire,  parmi  lesquels  l'exil  de  Rabelais,  fuyant 
jusqu'à  Metz  '  un  danger  que  la  sauvegarde  du  roi,  vieilli,  n'avait  pu  apparem- 
ment conjurer.  Un  nouveau  prince  préside  aux  destinées  du  royaume  :  la  poli- 
tique générale  comporte  donc  d'assez  grands  changements.  Notre  Chinonais 
va-t-il  rencontrer  dans  les  milieux  de  cour  l'ancienne  protection  ou  bien  l'hosti- 
lité ?  Il  sait  que  son  privilège  doit  expirer  dans  un  an  et  songe  à  publier  une 
nouvelle  édition  du  Tiers  Livre,  frappé,  lui  aussi,  d'une  censure,  dès  1546,  et 
ensuite  son  Quart  Livre  complet,  bien  que  l'épisode  des  Décrétales  n'ait  pu  être 
encore  composé.   Nous  sommes  en  juillet  1550.  Malgré  les  tendances  moins 

I.  Ce  voyage  au  pays  messin  nous  donne  l'occasion  de  compléter  un  curieux  parallélisme, 
déjà  amorcé  plus  haut.  Après  la  censure  de  Pantagruel  (octobre  1533),  Rabelais  doit  disparaître 
de  Lyon  (est-ce  à  ce  moment  qu'il  retourne  en  Chinonais  ?),  il  vovage  ensuite  en  Italie  ;  après 
la  censure  de  Gargantua  (fin  de  1534  ou  commencement  de  1535),  il  disparaît  pour  la  seconde 
fois  et  fait  un  second  voyage  par  delà  les  monts  ;  après  la  condamnation  du  Tiers  Livre,  c'est- 
à-dire  au  début  de  1546,  il  disparait  pour  la  troisième  fois  et  fait  un  nouveau  voyage  hors  de 
France.  Ainsi,  trois  censures,  trois  fuites  et  trois  séjours  à  l'étranger. 


LE    PRIVILEGE    DE    HENRI    II  XIII 

libérales  de  l'entourage  de  Henri  II,  il  n'y  aura  rien  de  changé.  Le  cardinal  Odet 
de  Châtillon  veille,  d'accord  avec  le  cardinal  du  Bellay  et  d'autres  puissants  amis 
de  Rabelais.  Un  nouveau  privilège  est  concédé  au  Maître  «  contre  les  calumnia- 
teurs  »  et  le  met,  comme  il  le  dira  fièrement  «  hors  de  toute  intimidation  ». 
La  pièce  qui  est  datée  du  6  août  1550,  «  en  présence  du  cardinal  de  Chastil- 
lon  »,  est  valable,  cette  fois,  pour  dix  ans,  ainsi  que  le  solHcitait  le  demandeur. 
Le  ton  n'en  est  pas  moins  chaud  que  cinq  ans  auparavant.  On  y  apprend  que 
Rabelais  a  fait  «  imprimer  plusieurs  livres  en  grec,  latin,  françois  et  thuscan  ». 
Nous  connaissons  les  ouvrages  imprimés  dans  les  trois  premières  langues,  mais 
notre  ignorance  est  complète  en  ce  qui  touche  le  «  thuscan  ».  Quels  sont 
donc  les  derniers  livres  ainsi  visés  ?  Aucune  édition  italienne  ne  s'est  retrouvée 
jusqu'à  ce  jour  portant  le  nom  de  Rabelais.  Nous  espérons  pouvoir  éclaircir 
prochainement  cette  petite  énigme  littéraire  :  la  traiter  ici  serait  anticiper  les 
événements.  Derechef,  notre  auteur  se  plaint,  dans  sa  requête,  que  les 
volumes  de  son  Pantagruel  aient  été  corrompus,  dépravés  et  pervertis  en  plusieurs 
endroits.  C'est  toujours,  sans  aucun  doute,  le  même  procédé,  fort  adroit,  et  qui 
était,  dans  l'espèce,  de  bonne  guerre.  Plusieurs  autres  livres  scandaleux  auraient, 
de  plus,  paru  sous  son  nom,  à  son  grand  déplaisir,  préjudice  et  ignominie.  Il 
a  eu  beau  les  désavouer;  il  doit  recourir  au  roi  pour  en  obtenir  la  suppression. 
Il  est  très  probable  que  ces  doléances  visent  tout  simplement  le  faux  V^  livre 
de  Pantagruel  de  1549,  satire  assez  âpre  qui  appartient  à  deux  auteurs  de  la  fin 
du  xv=  siècle,  comme  nous  l'avons  démontré  en  1903  '.  Le  requérant  expose,  en 
outre,  qu'il  désirerait  revoir  et  corriger  ses  ouvrages  authentiques,  dépravés  et 
déguisés,  les  réimprimer  et  mettre  en  lumière  la  suite,  c'est-à-dire  le  Quart 
Livre.  Le  roi,  dans  sa  décision,  affirme  qu'il  désire  traiter  bien  et  favorablement 
l'écrivain  et  lui  accorder  toutes  ses  demandes.  Rabelais  pourra  confier  ses 
œuvres  anciennes  et  futures  à  tels  imprimeurs  qu'il  avisera.  Les  premières 
seront  par  lui  revues  et  corrigées,  clause  qui  ne  fut  jamais  exécutée,  et  cela, 
de  toute  évidence,  avec  l'approbation  du  pouvoir.  En  dehors  du  privilège  même, 
les  considérants  étaient  donc,  d'un  côté  comme  de  l'autre,  de  pure  feinte  et 
destinés  à  sauvegarder  les  apparences.  Il  est  aisé  de  reconstituer  la  suite  des 
faits.  Quelle  que  fût  sa  bienveillance  à  l'égard  de  l'écrivain,  l'autorit.é  royale 
s'était  trouvée  dans  l'impossibilité  d'aller  à  l'encontre  de  plusieurs  arrêts  sévères 
de  la  Sorbonne.  Il  fallut  donc  trouver  un  biais  pour  tourner  la  difficulté.  Le 
premier  privilège  fut  censé  accordé  à  une  édition  revue  et  corrigée  de  Gargan- 
tua et  de  Pantagruel,  édition  qui  n'a  jamais  vu  le  jour  et  que  l'auteur  n'a  pas 

I.  Voir  dans  la  R.  E.  R.  àt  1905  :  Un  prétendu  V^  livre  de  Rabelais,  ou  le  tirage  à  part. 


XIV  INTRODUCTION 

songé,  un  instant,  à  donner.  Quant  au  grief  si  impressionnant  énoncé  au  sujet 
des  falsifications  commises  prétendument  par  certains  imprimeurs,  il  n'y  avait 
là  qu'un  moyen  piquant  de  décharger  Maître  François  des  accusations  sorbo- 
niques  comme  portant  à  faux.  Même  arrangement  dans  le  privilège  de  Henri  II. 
Les  ouvrages  scandaleux  se  ramènent  à  une  supercherie  en  réalité  assez  anodine  : 
personne  n'avait  dû  en  être  dupe.  Comment  ne  pas  voir  dans  ces  assertions  un 
grossissement  habilement  calculé  ?  Suggérées  visiblement  par  l'intéressé,  elles 
visaient  à  le  poser  en  victime  des  calomnies  des  «  caphars  et  des  cagotz  » . 
Cette  explication  des  deux  privilèges  méritait  d'être  mise  en  lumière  '  ;  elle 
prouve,  mieux  que  tout  autre  argument,  qu'entre  l'autorité  royale  et  Rabelais, 
jouant  le  rôle  de  publiciste  officiel,  il  exista  une  sorte  d'entente,  qui  apparaîtra 
de  plus  en  plus  comme  le  fait  le  plus  saillant,  sinon  le  plus  inattendu,  des  dix 
dernières  années  de  la  carrière  du  Maître.  On  verra  bientôt  que  les  allusions 
finales  du  prologue  du  Tiers  Livre,  de  même  que  celles  des  deux  prologues 
successifs  et  de  l'épître  dédicatoire  du  Quart  Livre,  s'accordent  avec  les  deux  pri- 
vilèges, et  pareillement  avec  l'histoire  des  poursuites  intentées  à  ce  dernier 
livre  devant  le  Parlement,  pour  rendre  cette  union  frappante. 

L'entente,  le  croirait-on  ?  dura  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie,  contrairement  à  toutes 
les  légendes  accréditées  jusqu'à  l'heure  présente.  C'est  ce  que  démontre  absolu- 
ment l'histoire  de  la  publication  du  Quart  Livre  et  du  rôle  joué  par  l'auteur  de 
Pantagruel  dans  la  grande  crise  gallicane  de  15 51-1552.  On  sait  que  l'auteur 
du  mythe  de  Papimanie  a  été  mêlé  de  très  près  à  ce  mémorable  conflit  qui 
mit  aux  prises  le  roi  Henri  II  et  le  Saint-Siège,  alors  occupé  par  Jules  III,  au 
point  de  laisser  entrevoir,  un  moment,  la  possibilité  d'un  schisme.  Quand  parut 
le  Quart  Livre,  en  février  1552,  la  crise,  d'abord  si  aiguë,  était  en  décroissance, 
et  la  violente  attaque  dirigée  par  Rabelais  contre  la  papauté,  dans  ses  chapitres 
XLV  à  Liv,  et  surtout  dans  le  célèbre  épisode  des  Décrétales,  risquait  ainsi  de  ne 
plus  être  de  circonstance,  et  par  là  même  de  se  retourner  contre  lui.  Or,  les  his- 
toriens du  conflit,  aussi  bien  que  les  biographes  récents  du  Maître,  ont  été 
unanimes  à  nous  représenter  ce  dernier  comme  ayant  été  désavoué  par  le  gou- 
vernement royal,  et  son  Quart  Livre  comme  condamné  aussitôt  par  le  Parle- 
ment de  Paris  (i^""  mars  1552),  avec  la  connivence  du  conseiller  Tiraqueau,  son 
ancien  ami.  Depuis  quelque  cinquante  ans,  cette  condamnation  du  Quart  Livre 
et  ses  graves  conséquences  constituent  l'épisode  essentiel,  et,  à  vrai  dire,  le  seul, 
de  la  dernière  période  de  l'existence  de  notre  auteur.  On  nous  le  représente, 
par  suite,  comme  faisant  figure  de  vaincu  durant  les  mois  qui   ont  précédé 

I.  Il  était  indispensable  de  traiter  ici  du  second  privilège.  Les  deux  textes  ne  sauraient  être 
étudiés  séparément. 


RABELAIS    ET    LE    POUVOIR    ROYAL  XV 

sa  mort  (avril  1553).  Une  étude  plus  approfondie  des  événements  et  des 
textes,  dont  plusieurs  sont  restés  ignorés  ou  négligés,  révèle  que  la  réalité  est 
tout  autre.  Cet  examen  prouve  que  le  gouvernement  royal  et  le  Parlement  de 
Paris  ont  eu,  dans  cette  affaire,  une  attitude  entièrement  opposée  à  celle  qu'on 
leur  a  prêtée.  La  Faculté  de  théologie  a  eu  beau  censurer  pour  la  quatrième  fois 
l'œuvre  du  magnifique  créateur  de  la  prose  française,  celui-ci  l'a  emporté,  fina- 
lement, sur  cette  corporation  redoutable.  Ni  le  roi,  ni  le  Parlement,  ni  «  le 
bon,  le  docte,  le  sage,  le  tant  humain,  tant  débonnaire  et  équitable  André 
Tiraqueau  »  '  ne  l'ont  abandonné.  Il  a  connu  alors,  contrairement  à  l'opinion 
générale,  le  plus  grand  succès  de  sa  carrière,  attesté,  d'autre  part,  par  cinq  édi- 
tions successives  du  Quart  Livre  pour  la  seule  année  1552,  et  une  sixième, 
au  début  de  1553,  sans  parler  de  l'édition  définitive  du  Tiers  Livre  qui  parut 
chez  Fezandat,  en  1552,  avec  des  additions  et  des  changements  notables.  Jamais 
il  n'avait  connu  pareille  vogue.  Cette  étonnante  victoire  du  Pantagruel  sur  la 
Sorbonne  comporte  une  signification  singulière  :  elle  modifie  d'une  manière 
appréciable  l'aspect  des  conflits  d'ordre  intellectuel  que  l'esprit  de  la  Renais- 
sance suscita  dans  notre  pays  pendant  une  grande  partie  du  xvi^  siècle. 


m.  La  publication  du  «  Tiers  Livre  ». 

Le  nouveau  livre  de  Rabelais  parut  sous  ce  titre  : 

Tiers  livre  des  1|  FAICTZ  ET  DICTZ  || 

Héroïques  du  noble  Pantagruel  :  compose:^  \\  par  M.  Franc.  Rabelais  docteiir  en  || 
Medicine,  et  Calloïer  des  \\  Iles  Hier  es. 

L'auteur  susdict  supplie  les  Lecteurs  \\  bénévoles,  soy  reserver  à  rire  au  soi\\  xante 
et  dixhuytiesme  Hure. 

A  PARIS, 
Par  Chrestien  Wechel,  en  la  rue  Sainct  \\  lacqùes  à  Vescu  de  Basle  :  et  en  la  rue 
saincl  \\  lehan  de  Beauuoys  au  Cheval  volant. 

M.  D.  XL VI. 
AVEC  PRIVILEGE  DV 

Roy,  pour  six  ans. 

I.  Prologue  de  l'édition  du  Quart  Livre  de  1552,  cartonnée  après  le  18  avril  de  cette  même 
année. 


XVI  INTRODUCTION 

Il  se  termine  par  la  mention  suivante  :  Imprimé  à  Paris  par  Chrestien  || 
Wechel  Libraire  juré  demeurant  ||  en  la  rue  Sainct  lacques  à  l'escu  ||  de  Basle. 
Pour  et  au  nom  de  M.  Franc.  Rabelais,  docteur  en  Me- 1|  cine  (sic). 

Pourvu  d'un  privilège,  Rabelais  doit,  pour  en  profiter,  renoncer  désormais 
à  l'anagramme  habituelle  et  à  l'appellation  burlesque  d'abstracteur  de  quinte 
essence.  Pour  la  première  fois,  son  nom  paraît  donc  sur  le  titre  d'un  livre  de 
son  roman.  Il  y  joint  sa  qualité  de  docteur  en  médecine  et,  pour  ne  pas  suppri- 
mer tout  élément  fantaisiste,  celle  de  «  calloïer  des  Isles  Hieres  » .  De  même, 
rintitulé  du  titre  est  tout  à  fait  sérieux  :  il  se  contente  d'annoncer  les  faict::^ 
et  dicti  héroïques  du  noble  Pantagruel.  Plus  d'horribles  et  espoventables  faict:(^  et 
prouesses,  plus  d'allusions  aux  géants.  Notons  que  son  nom  et  sa  qualité 
figurent  de  nouveau  à  la  fin  du  livre. 

On  peut  préciser  maintenant,  à  quelques  semaines  près,  l'époque  de  l'appa- 
rition du  volume.  L'erreur  commise  jusqu'à  ces  derniers  temps  par  les  bio- 
graphes touchant  les  véritables  dates  de  son  séjour  à  Metz,  avait  conduit  à  des 
supputations  fort  inexactes'.  En  effet,  ainsi  que  nous  l'avons  prouvé,  la 
présence  du  Chinonais  dans  cette  ville  est  désormais  établie  par  un  document 
formel  à  la  date  du  28  mars  1546  ^  La  lettre  écrite  alors  par  Jean  Sturm  au 
cardinal  du  Bellay  nous  représente  Rabelais  comme  arrivant  à  Metz  au  mois 
de  mars  de  cette  année,  chassé  de  France  par  les  difficultés  du  moment.  Il 
venait  d'annoncer  sa  venue  à  Sturm  et  semblait  disposé  à  se  rendre  à  Strasbourg. 
La  délivrance  du  privilège  octroyé  à  notre  auteur  pour  la  publication  de  son 
Tiers  Livre  étant  du  19  septembre  1545,  la  mise  en  vente  de  l'ouvrage  se  place 
ainsi  entre  cette  date  et  le  mois  de  mars  de  l'année  suivante.  Or,  les  derniers 
mois  de  1545  doivent  être  écartés  en  raison  de  la  date  1546  qui  figure  sur  le 
livre.  Il  est  clair  que  Wechel, — comme  Rabelais,  du  reste,  —  avait  une  tendance 
à  user  du  nouveau  style,  sans  doute  en  raison  de  ses  origines  germaniques. 
On  s'explique  donc  qu'il  ait  mis  1546  sur  une  publication  émise  au  cours  des 
deux  premiers  mois  de  cette  année-là,  bien  que,  d'après  le  style  alors  en  usage, 
on  fût  encore  en  1545  jusqu'au  25  avril  suivant.  Un  indice  qui  confirme  cette 
donnée  est  celui  que  fournit  le  catalogue  des  livres  censurés   entre  1544  et 


1.  M.  A.  Heulhard,  dans  son  ouvrage  :  Rabelais  :  ses  voyages  en  Italie,  son  exil  à  Met:(,  Paris^ 
in-40,  s.  d.,  p.  203,  place  l'apparition  du  Tiers  Livre  dans  l'automne  de  1546,  «  environ  trois  mois 
après  le  supplice  de  Dolet  (3  août)  ».  Ses  remarques  sur  le  prologue  de  ce  livre  sont,  par 
contre,  pleines  de  justesse. 

2.  Voy.  notre  étude  :  Les  dates  du  séjour  de  Rabelais  à  Meti  (i;46-i;4j),  dans  h  R.  E .  R., 
ITI,  1905,  p.  i-ii. 


RABELAIS    ET    LA    SORBONNE  XVII 

1551,  publié  SOUS  cette  dernière  date  par  la  Faculté  de  théologie  '.  Dans  le 
Catalogiis  librorum  ab  incertis  authoribiis  figurent,  sous  la  lettre  G,  Gargantua  et, 
sous  la  lettre  P,  Pantagruel  et  Gargantua  et  ensuite  Le  Tiers  Livre  de  Panta- 
gruel faict  par  Rabelais,  IJ4S.  La  Sorbonne  usant  toujours  de  l'ancien  style, 
cette  mention  s'accorde  ainsi  parfaitement  avec  la  date  du  livre.  D'Argentré, 
qui  a  connu  les  archives  de  la  Sorbonne,  donne  la  même  date  de  1545  dans  sa 
Collectio  de  novis  erroribus  ;  il  est  vrai  qu'il  semble  avoir  puisé  cette  indication 
dans  le  livret  publié  en  155 1  par  la  Faculté  de  théologie.  La  censure  portée 
par  cette  dernière  contre  le  nouveau  livre  de  Rabelais  fut  donc  rapide  et  suivit 
de  très  près  la  mise  en  vente  du  livre,  qui  doit  se  placer,  d'après  ces  divers 
indices,  et  surtout  si  l'on  tient  compte  du  moment  de  l'arrivée  de  Rabelais  à 
Metz,  au  début  de  1546,  très  probablement  dans  les  six  ou  huit  premières 
semaines  de  l'année. 

Se  croyant  désormais  en  sûreté,  grâce  à  la  protection  royale  qui  lui  parais- 
sait assurée,  Rabelais  n'avait  pas  hésité  à  braver  la  Sorbonne,  dirigeant  contre 
elle  et  les  groupes  qu'elle  inspirait  les  allusions  les  plus  transparentes  à  la  fin  de 
son  prologue.  Il  n'avait  pas  mesuré,  ce  faisant,  la  puissance  des  milieux  qui  lui 
étaient  personnellement  contraires,  ni  prévu  la  période  de  réaction  qui  allait  se 
dessiner,  et  dont  le  bûcher  de  Dolet  et  les  autodafés  de  Meaux,  aussi  bien  que 
ceux  qui  suivirent  (octobre  et  novembre),  allaient  marquer  les  tristes  étapes. 
Quelques  mois  plus  tard,  il  n'aurait  pu  songer,  contre  toute  prudence,  à  risquer 
des  attaques  aussi  directes. 

Tout  indique  donc  que  ses  prévisions  furent  trompées.  A  l'apparition  du 
Tiers  Livre,  en  raison  même  de  son  succès,  une  offensive  violente  se  déchaîna 
contre  lui,  et,  comme  il  arriva  plus  d'une  fois  au  cours  du  règne  du  Père  des 
Lettres,  le  gouvernement  royal  ne  put  ou  n'osa  l'enrayer.  De  cette  reprise  des 
hostiUtés,  la  censure  prononcée  par  la  Faculté,  puis  le  départ  pour  l'exil  cons- 
tituent des  preuves  décisives.  Néanmoins,  l'histoire  de  la  nouvelle  crise  est 
loin  d'avoir  livré  tous  ses  secrets.  Observons,  au  surplus,  que  cette  période  du 
règne  de  François  P'  a  été  très  insuffisamment  étudiée  ;  c'est  la  moins  connue 
du  règne.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  témoignages  fournis  par  le  Maître  au  cours  de 
l'ancien  prologue  du  Quart  Livre  (1548)  et  de  la  dédicace  adressée  au  cardi- 
nal de  Châtillon  (28  janvier  1552)  jettent  quelques  clartés  sur  ces  péripéties. 
On  sait  assez  quelle  verve  redoutable  il  a  déployée  pour  dénoncer  «  ces  calom- 

I.  Catalogue  des  livres  examine:^  et  censiire:^  par  la  Facilité  de  Théologie  de  l'Université  de  Paris, 
suyvant  VEdict  du  Roy.  Publié  en  la  Court  de  Parlement  le  troisiesme  jour  de  septembre  ijji .  Chez 
Jehan  Dollier,  sur  le  pont  Saint-Michel,  à  l'enseigne  de  la  Rose  blanche,  1551.  Le  Tiers  Livre 
est  cité  fol.  2-iij),  in  fine. 

LE   TIERS   LIVRF.  III 


XVrii  INTRODUCTIOX 

niateurs  diaboliques...  Diables  noirs,  blancs,  diables  privés,  diables  domes- 
ticques  »,  qui  avaient  tenté  de  faire  supprimer  ses  écrits,  sinon  l'auteur  lui- 
même.  «  Et  ce  que  ont  faict  envers  mes  livres,  ilz  feront,  si  on  les  laisse  faire, 
envers  tous  aultres  » .  La  dédicace  revient  avec  force  sur  la  calomnie  «  de  cer- 
tains Canibales,  misantropes,  agelastes,...  atroce  et  desraisonnée  ».  Aucun  d'eux 
n'a  réussi  à  prouver  les  hérésies  dont  ils  prétendaient  ses  ouvrages,  et  spéciale- 
mentle  Tiers  Livre,  tout  farcis.  «  Si  je  recognoissois  scintille  aulcune  d'heresie.  .  . 
par  moymesmes,  à  l'exemple  du  Phœnix,  seroit  le  bois  sec  amassé,  et  le  feu 
allumé,  pour  en  icelluy  me  brusler.  » 

François  I",  averti  de  telles  calomnies,  s'est  fait  lire  par  Pierre  Duchâtel  les 
livres  incriminés  '  ;  il  n'y  a  trouvé  aucun  passage  suspect.  Mieux  que  cela,  le  roi 
aurait  eu  en  horreur  quelque  mangeur  de  serpents  qui  fondait  une  hérésie  mor- 
telle sur  un  N  mis  pour  un  M,  par  la  faute  et  négligence  des  imprimeurs .  Il 
s'agit,  en  l'espèce,  de  trois  phrases  de  deux  chapitres  du  Tiers  Livre,  qui  se 
rencontrent  seulement  dans  les  éditions  de  1546  et  que  l'auteur  a  corrigées 
ou  amendées  ensuite  :  Panurge  dit  de  Raminagrobis  mourant  :  «  Son  asne  s'en 
va  à  trente  mille  panerees  de  Diables  »,  et  plus  loin  :  «  Son  asne  s'en  va  à  trente 
mille  charrettées  de  Diables  »  (chap.  XXII);  «  ...au  moins  s'il  perd  le  corps 
et  la  vie,  qu'il  ne  damne  son  asne  »  (chap.  XXIII)  ;  Trois  fois  de  suite,  asne 
est  ainsi  mis  pour  ame.  Le  roi  avait  souri  sans  doute,  mais,  prudemment,  notre 
Chinonais  supprima  cette  plaisanterie  dangereuse  ^ .  L'ancien  prologue  du  livre 
IV  offre  encore  une  autre  confirmation  de  la  bienveillance  du  souverain  :  «  Si, 
à  ce  propos,  je  vous  allègue  la  sentence  d'un  ancien  pantagrueliste,  encores 
moins  vous  fascheray  : 

Ce  n'est  (dict  il)  louange  populaire 
Aux  princes  avoir  peu  complaire.   » 

Le  sens  de  l'allusion,  fournie  par  une  citation  d'Horace,  n'est  pas  douteux. 

Selon  toute  apparence,  le  Tiers  Livre  connut  aussitôt  un  grand  succès  dans 
le  public  lettré.  Six  éditions  au  moins  en  furent  données  au  cours  des  années 
1546  et  1547,  malgré  l'absence  de  l'auteur,  réfugié  à  Metz.  Très  peu  de  temps 
après  la  publication  de  l'œuvre,  Marguerite  d'Angoulême,  reine  de  Navarre, 

1.  François  I^r  «  a  ouy  et  entendu  lecture  distincte  d'iceulx  Hures  miens  (je  le  diz,  parce 
que  meschantement  l'on  m'en  a  aulcuns  supposé  faulx  et  infâmes  ».  C'est  la  reprise  de  la  plainte 
formulée  dans  la  requête  relative  au  privilège. 

2.  V.  Les  sources  et  le  développement  du  Rationalisme  dans  la  littérature  française  de  la  Renais- 
sance (1533-1601),  par  Henri  Busson,  Paris,  1922,  in-S»,  p.  267-9. 


RABELAIS    ET    LA    REINE    MARGUERITE  XIX 

écrivant  à  son  mari  malade  une  lettre  en  vers,  se  plaît  à  évoquer  le  petit  chien 
de  Gargantua  (ch.  XXXV)  '. 

Il  est  possible  qu'une  amusante  aventure  ait  attesté  la  popularité  de  Rabe- 
lais lors  de  la  mise  au  jour  de  son  livre.  Il  nous  raconte  en  effet,  dans  l'ancien 
prologue  du  Quart  Livre,  qu'un  bréviaire,  fait  par  invention  mirifique,  avec 
réglets  (signets),  rose,  fermoirs,  reliure  et  couverture,  ornée  de  crocs  et  d'ins- 
criptions opportunes,  lui  aurait  été  offert  par  des  lecteurs  fervents.  Ce  bréviaire 
factice  était,  en  réalité,  un  «  naturel  flacon  »,  du  genre  de  ceux  dont  parle  l'au- 
teur avec  complaisance  en  divers  endroits  (1.  I,  xli  ;  IV,  xx  et  xxi  ;  V,  xlv), 
et  qu'il  appelle  tyrouer  ou  tirouer.  A-t-il  réellement  reçu  ce  symbolique 
cadeau  ?  N'y  a-t-il  ici  qu'une  plaisanterie  humoristique  ?  On  est  en  droit  de 
supposer,  à  lire  les  deux  passages  du  prologue,  que  l'anecdocte  n'a  pas  été 
inventée  de  toutes  pièces  et  qu'elle  peut  parfaitement  reposer  sur  un  fond 
de  réalité. 

Un  célèbre  dizain  dédie  le  livre  à  la  Perle  des  Valois,  l'exquise  Marguerite 
d'Angoulème,  reine  de  Navarre.  Un  tel  «  envoi  »  impUquait  sans  aucun  doute 
l'approbation  préalable  de  la  princesse.  Quels  furent  au  juste  les  rapports  de 
Maître  François  avec  la  grande  et  généreuse  protectrice  de  tous  ceux  qui  tra- 
vaillaient à  l'œuvre  de  la  Renaissance  ?  Il  est  difficile  de  les  connaître  avec  pré- 
cision. Dès  1532,  Rabelais  devait  songer  à  son  culte  enthousiaste  pour  les 
bonnes  lettres,  quand  il  écrivait  :  «  Que  diray  je  ?  Les  femmes  et  les  filles  ont 
aspiré  à  ceste  louange  et  manne  céleste  de  bonne  doctrine.  »  Le  premier  indice 
de  leurs  relations  apparaît  en  1537,  quand  une  lettre  imprudente  de  Rabelais, 
écrite  de  Lyon  à  un  correspondant  suspect,  manque  de  le  faire  arrêter  par  le 
cardinal  de  Tournon.  Celui-ci  écrit  alors  (ro  août)  au  chancelier  du  Bourg  :  «  Et 
si  il  n'eust  parlé  de  moy  en  ladite  lettre  et  aussi  qu'il  s'a[dvou]e  du  roy  et  royne 
de  Navarre,  je  l'eusse  fait  mectre  en  prison  pour  donner  exemple  à  tous  ces 
escripveurs  de  nouvelles.  Vous  m'en  manderez  ce  qu'il  vous  plaira,  remectant 
à  vous  d'en  faire  entendre  au  Roy  ce  que  bon  vous  en  semblera.  »  Ainsi, 
François  I"  sera  mis  au  courant  des  actes  de  Rabelais  :  c'est  dire  que  l'affaire 
en  valait  la  peine  et  que  le  personnage  n'était  pas  inconnu  du  roi.  Le  témoi- 
gnage est  précieux,  mais  on  aimerait  à  en  savoir  davantage.  De  toute  manière, 
la  sympathie  qu'il  atteste  de  la  part  de  Marguerite  n'est  pas  pour  nous  sur- 
prendre. Un  sentiment  de  ce  genre  concordait  avec  toutes  ses  affinités.  Que  le 
roi  de  Navarre  se  soit  associé  à  son  goût  pour  l'écrivain,  on  n'en  saurait  être 
davantage  étonné.  On  vient  de  voir  qu'un  texte  curieux  des  Marguerites  nous 

I.  Les  Marguerites  de  la  Marguerite  des  Princesses,  éd.  F.  Frank,  1873,  t.  III,  p.  237  et  248. 


XX  INTRODUCTION 

montre,  au  lendemain  de  l'apparition  du  Tiers  Livre,  les  deux  époux  déjà  assez 
familiers  avec  la  nouvelle  production  rabelaisienne  pour  que  la  reine  puisse 
faire,  en  écrivant  à  son  mari,  une  allusion  à  un  menu  fait  de  l'ouvrage. 

Dans  sa  pièce  de  vers  liminaire,  l'auteur  a  traduit  avec  un  rare  bonheur  les 
rêves  platoniciens  et  les  aspirations  idéalistes  qui  marquaient  alors  l'évolution 
spirituelle  du  poète  des  Prisons.  Faut-il  s'étonner  que  le  livre  dans  lequel  les 
femmes  sont  souvent  traitées  sans  bienveillance  ait  été  dédié  à  la  plus  fémi- 
niste d'entre  elles?  Il  est  vrai  que  les  belles  pensées  d'un  Hippothadée  devaient 
lui  rappeler  les  enseignements  du  philosophe  qu'elle  avait  aimé  et  soutenu,  lui 
procurant  un  asile  tranquille  pour  ses  dernières  années  :  le  vénérable  Lefèvre 
d'Étaples  '. 

IV.   Le  Prologue  :  date  et  signification. 

A  quel  moment  le  prologue  a-t-il  été  composé  ?  Selon  toute  apparence,  en 
décembre  1545  ou  janvier  1546,  c'est-à-dire  peu  de  temps  avant  l'apparition  du 
livre.  Le  cliquetis  guerrier  que  fait  entendre  ce  morceau  de  superbe  allure,  d'une 
richesse  unique  au  point  de  vue  du  vocabulaire,  et  qui  a  frappé  tous  les  com- 
mentateurs modernes,  paraît  susceptible  de  nous  fournir  d'utiles  indices. 
Certes,  les  préparatifs  de  défense  hâtivement  accomplis  par  les  Parisiens,  à 
l'heure  où  la  prise  de  Saint-Dizier  permettait  à  Charles-Quint  de  marcher  sur  la 
capitale,  en  septembre  1544,  avaient  pu  laisser  à  l'écrivain  des  impressions  assez 
fortes  ^.  Corinthe,  que  Philippe  entreprend  d'assiéger  et  de  ruiner,  c'est  la 
grande  ville  menacée  par  l'empereur  et  que  la  crainte  stimule.  Mais  il  y  a  lieu 
d'observer  que  cette  période  d'anxiété  fut  très  courte,  puisque  le  traité  de  Crépy 
y  mit  fin  le  18  septembre  ;  elle  dura  à  peine  une  quinzaine  de  jours  5,  A  la  fin 
de  1545,  elle  devait  être,  sinon  assez  oubliée,  du  moins  plutôt  étrangère  aux 
préoccupations  du  moment.  Il  est  clair  que  les  événements  auxquels  Rabelais 
s'est  plu  à  faire  allusion  étaient,  comme  il  le  constate  lui-même,  absolument 
contemporains  de  l'élaboration  du  prologue.  L'expression  «  aujourd'hui  » 
(1.  115)  et  l'emploi  du  temps  présent  l'indiquent  suffisamment.  Nous  admet- 


1.  Voy.  plus  bas,  chap.  III,  §  m. 

2.  D'autres  souvenirs,  antérieurs  à  ceux-là,  ont  peut-être  trouvé  aussi  leur  place  dans  cette 
description,  par  exemple  ceux  qu'avaient  laissés  à  Rabelais  les  opérations  du  Piémont  aux- 
quelles il  avait  assisté.  N'oublions  pas  que  notre  écrivain  avait  montré  déjà  dans  Gargantua  une 
connaissance  remarquable  des  choses  militaires. 

3.  Ernest  Lavisse,  Hist.  de  Fiance,  t.  V,  II,  par  H.  Lemonnier,  p.  115. 


LE    SENS    DU    PROLOGUE  XXI 

tons,  pour  cette  raison,  que  le  travail  général  de  fortification  du  royaume  qui 
se  poursuivit  depuis  la  fin  de  1545  et  occupe  toute  l'année  suivante,  dans 
l'éventualité  d'une  nouvelle  rupture  avec  l'Empereur,  a  dû  être  plus  directe- 
ment visé  dans  les  pages  préliminaires  du  Tiers  Livre  qu'anime  un  mouve- 
ment si  saisissant.  Le  seigneur  de  Langey,  Martin  du  Bellay,  à  la  famille 
duquel  Rabelais  était  attaché  partant  de  liens,  avait  été  désigné  comme  le  prin- 
cipal organisateur.  C'est  à  lui  qu'incombe  le  programme  le  plus  important  : 
celui  des  défenses  de  l'est.  Philibert  de  l'Orme,  de  son  côté,  que  notre  auteur 
proclame  le  «  grand  architecte  du  roi  Megiste  «,  est  chargé  des  fortifications 
du  duché  de  Bretagne  '.  On  sait  que  la  mort  inopinée  du  duc  d'Orléans  (8  sept. 
1545),  venait,  une  fois  encore,  de  bouleverser  toutes  les  combinaisons  en 
rendant  caduc  le  traité  de  Crépy  ;  cet  événement  remit  en  question  la  posses- 
sion du  Milanais  et  produisit  une  nouvelle  cause  de  méfiance  et  de  négocia- 
tions dangereuses  ^.  Voici,  donné  par  Martin  du  Bellay  lui-même,  le  tableau 
de  l'effort  d'organisation  défensive  auquel  il  présida  pour  la  plus  grande  part  '  : 

Estans  lesdits  ambassadeurs,  qui  fut  environ  la  Saint-André  (30  novembre  1545),  trouvèrent 
le  roy  à  Villiers  Costerets  ;  lequel  ayant  ouï  la  response  de  l'empereur,  cogneut  bien  qu'il  luy 
estoit  besoin  de  se  préparer,  et  qu'il  ne  restoit  à  l'empereur  que  l'occasion  de  commencer  la 
guerre  à  son  avantage...  Aussi  considérant  que  l'empereur  (s'il  venoit  à  chef  de  réduire  en  son 
obéissance  la  Germanie)  luy  ameneroit  sur  les  bras  toutes  les  forces,  tant  des  catholiques  que 
des  protestans,  depescha  devers  Monsieur  de  Vendosme,  son  lieutenant  gênerai  en  Picardie, 
thresoriers  et  argent  pour  fortifier  les  places  débiles  ;  et  aux  autres  gouvernemens  feit  le  sem- 
blable, mesmes  en  Bresse,  pour  fortifier  Bourg.  Et  ayant  expérimenté  par  la  précédente  guerre 
que  la  principale  descente  d'Allemagne,  pour  entrer  en  ce  royaume,  estoit  par  la  Champagne,  et 
toutesfois  qu'il  n'avoit  frontière  en  son  royaume,  si  mal  garnie  de  places  fortes,  pour  faire  teste 
à  une  grosse  armée,  délibéra  d'y  pourveoir.  Et  pour  cest  effect,  il  depescha  le  seigneur  de  Lan- 
gey, Martin  du  Bellay,  son  lieutenant  audit  pays  de  Champagne,  et  luy  donna  charge  de  visiter 
a  frontière,  depuis  Vervins  jusqu'à  Coiffi,  et  luy  faire  rapport  des  lieux  plus  nécessaires  de  for- 
tifier, pour  empescher  l'entrée  de  l'ennemy  en  ses  pays.  Lequel  seigneur  de  Langey  partit  cinq 
ou  six  jours  devant  Noël,  et  avecques  luy  Hieronyme  Marin,  Boulonnois,  homme  bien  entendu 
au  faict  des  fortifications.  Puis  après  avoir  faict  ladite  Visitation,  et  bien  recogneu  la  frontière, 
iceluy  de  Langey  fit  rapport  au  roy  qu'il  estoit  besoin  de  fortifier  une  place  entre  la  Chappelle 
et  Mésières,  d'autant  qu'il  y  a  grand  pays  ouvert,  comme  de  dix  huit  lieues,  et  qu'il  luy  sembloit 
que  Aubenton  estoit  bien  à  propos,  faisant  une  citadelle  au  hault  devers  les  bois,  pour  com- 
mander à  la  ville.  Mais  le  roy...  ordonna  que  la  fortification  se  feroit  au  dessus  d'un  village 
nommé  Maubert-Fontaine,  à  sept  lieues  de  Vervins  et  cinq  de  Mesieres,  à  la  saillie  du  bois  ; 


1.  A  partir  de  1544.  Voy.  Henri  Clouzot,  Philibert  de  VOrme,  Paris,  Pion,  p.  42-45. 

2.  Lavisse,  op.  cit.,  p.  118. 

5.  Mémoires  de  Martin  du  Bellay,  éd.  Buchon,  col.  796  et  suiv. 


XXII  INTRODUCTION 

puis  il  ordonna  de  fortifier  Mesieres  et  Mouson...  Si  est  ce  qu'il  y  fut  ordonné  ce  qu'on  veit  le 
plus  nécessaire,  sçavoir  est  une  traverse  de  muraille  de  bout  en  bout  de  la  ville,  par  dedans, 
pour  couvrir  ceux  qui  seroient  à  la  deffence,  et  dehors  un  grand  et  profond  fossé.  Et...  le  roy 
ordonna  de  faire  une  place  sur  la  rivière  de  Meuse...  laquelle  fut  édifiée  entre  ledit  Stenay  et 
Dun  le  Chasteau,  et  fut  nommée  Villefranche  sur  Meuse.  . . 

(Conflit  entre  l'empereur  et  le  roi  au  sujet  de  cette  place).  Aussi  le  roy  feit  besongner  au 
chasteau  de  Saincte  Menehoult  ;  à  Sainct  Dizier  feit  faire  trois  gros  boulleverts  ;  à  Chaumont 
en  Bassigni,  pareillement  commença  à  fortifier;  et  à  Coiffi,  feit  commencer  une  citadelle...  et 
à  Ligny,  feit  commencer  un  chasteau  sur  le  hault  de  la  montagne  tirant  à  Commercy  ;  mais  la 
mort  le  surprint  devant  qu'avoir  parachevé  Icsdites  fortifications. 

Comment  ne  pas  voir  aussi,  dans  l'exaltation  patriotique  qui  caractérise  notre 
prologue,  une  intention  d'ordre  politique  ?  II  s'agissait  alors  d'adresser  un  appel 
à  l'opinion  publique  pour  l'amener  à  accepter  les  sacrifices  demandés  par  le 
gouvernement  royal  aux  habitants  des  villes,  pour  couvrir  les  dépenses  de  ces 
grands  travaux  de  fortification.  Les  doléances  de  l'époque  nous  apprennent  que 
ces  réquisitions  d'argent  soulevèrent,  à  ce  moment  même,  des  récriminations 
véhémentes.  Le  peuple  parisien  manifesta,  en  particulier,  une  opposition  très 
nette  à  l'égard  des  taxes  nouvelles  à  partir  de  1544.  En  février  1545,  les  villes 
closes  du  royaume  furent  taxées  à  800.000  livres,  dont  120.000  devaient  être 
fournies  par  la  prévôté  et  la  vicomte  de  Paris.  En  1546  et  1547,  deux  autres 
impositions  de  800.000  livres  chacune  étaient  demandées  à  la  capitale,  sous 
prétexte  de  «  certains  advertissemens  des  grans  preparatifz  de  guerre  »  faits  par 
«  aucuns  puissans  princes  nos  voisins  »  '.  La  ville  de  Paris  fit  présenter  au  roi 
de  fermes  remontrances,  en  rappelant  qu'elle  avait  eu  à  souffrir  récemment  de 
la  peste,  de  la  cherté  du  blé,  des  impôts  mis  sur  presque  toutes  les  marchan- 
dises, etc.  Il  importait  donc,  à  la  fin  de  1545,  d'engager  les  citadins  à  s'incliner 
devant  des  nécessités  supérieures  en  pourvoyant  sans  murmure  à  la  sécurité 
des  villes  et  du  royaume.  Le  devoir  s'imposait  à  tous,  sans  distinction  de 
métier  ni  de  profession.  Par  ce  sursiim  corda,  par  ce  cri  de  ralliement,  car  c'en 
est  un,  Rabelais  a  donc  rempli,  une  fois  de  plus,  son  rôle  de  publiciste  royal,  qui 
apparaît  de  nouveau,  au  Tiers  Livre,  dans  les  chapitres  relatifs  aux  peuples  nou- 
vellement conquis,  à  la  réforme  de  la  procédure,  que  la  royauté  avait  cherché  à 
réaliser  par  les  ordonnances  récentes  de  1536  et  de  1539  «  sur  le  faict  de  la  jus- 
tice et  abbreviation  des  procès  »  ^,  et  aux  mariages  clandestins,  en  attendant 

1.  Lavisse,  op.  cit.,  p.  120. 

2.  Cf.  Les  Ordonnances  roy  aulx  sur  le  faict  de  la  justice  et  abréviation  des  procès,  faictes  par  les 
roys  François,  premier  du  nom,  et  Henry  deuxiesme  et  Charles  neuviesme  à  présent  régnant,  Paris, 
1573.  Cette  question  resta  longtemps,  on  le  voit,  à  l'ordre  du  jour.  V.  plus  loin  l'exposé  con- 
sacré à  l'épisoJe  de  Bridoye.  Il  faudrait  citer  ici  toute  une  série  d'ordonnances  de  François  !«■■, 


UN    PROGRAMME    DE    NATION    ARMEE  XXIII 

les  morceaux  célèbres  du  Quart  Livre  qui  s'appliquent  au  grave  conflit  survenu 
entre  Henri  II  et  le  Saint-Siège  (prologue  et  chap.  XLV  à  LIV)  et  à  notre  expan- 
sion coloniale.  Par  cela  même  qu'il  montrait  avec  force  la  légitimité  des 
mesures  prises  pour  la  défense  du  sol  français,  le  prologue  du  Tiers  Livre  ser- 
vait une  cause  infiniment  chère  au  roi.  Que  l'on  songe  au  ton  enthousiaste, 
quasi  religieux,  qu'emploie  Rabelais,  à  la  belle  vision  d'avenir  par  laquelle 
s'achève  son  tableau  guerrier,  chef-d'œuvre  d'une  vie  si  intense,  où  il  nous 
montre  la  France,  «  sa  patrie  »,  superbement  bornée  et  ses  habitants  enfin  assu- 
rés de  leur  repos,  et  l'on  verra  clairement  qu'il  ne  peut  s'agir  d'une  autre  con- 
joncture. Ni  les  circonstances  de  la  guerre  de  1544,  dont  la  paix  de  Crépy  mar- 
qua la  fin,  ni  aucun  des  événements  de  l'année  1545,  jusqu'à  l'automne,  ne 
sauraient  convenir  au  programme  tracé  par  notre  auteur  avec  tant  d'énergie. 
Pour  mieux  stimuler  le  zèle  patriotique  d'  «  un  chascun  »,  Rabelais,  hors 
d'efî"roi,  mais  non  hors  d'émoi,  ne  craint  pas  de  célébrer  par  avance  les  magni- 
fiques résultats  que  le  grand  plan  de  la  fin  de  1545,  déjà  en  cours  d'exécution, 
ne  pouvait  manquer  de  produire.  Devançant  son  siècle,  il  préconise  résolu- 
ment la  notion  toute  moderne  de  la  nation  armée. 

. .  .Consyderant  partout  ce  tresnoble  royaulme  de  France,  deçà,  delà  les  mons,  un  chascun 
aujourd'hui  soy  instantement  exercer  et  travailler  :  part  à  la  fortification  de  sa  patrie,  et  la 
défendre  :  part  au  repoulsement  des  ennemis,  et  les  offendre  :  le  tout  en  police  tant  belle,  en 
ordonnance  si  mirifique,  et  à  profit  tant  évident  pour  l'advenir  (car  désormais  sera  France 
superbement  bournée,  seront  François  en  repous  asceurez)  que  peu  de  chose  me  retient,  que  je 
n'entre  en  l'opinion  du  bon  Heraclitus,  affermant  guerre  estre  de  tous  biens  père  :  et  croye  que 
guerre  soit  en  Latin  dicte  belle,  non  par  Antiphrase,  ainsi  comme  ont  cuydé  certains  repetas- 
seurs  de  vieilles  ferrailles  Latines,  parce  qu'en  guerre  gueres  de  beaulté  ne  voyoient  ;  mais 
absolument,  et  simplement  par  raison  qu'en  guerre  apparoisse  toute  espèce  de  bien  et  beau,  soit 
decelée  toute  espèce  de  mal  et  laidure.  Qu'ainsi  soit,  le  Roy  saige  et  pacifie  Solomon,  n'a  sceu 
mieulx  nous  représenter  la  perfection  indicible  de  la  sapience  divine,  que  la  comparant  à  l'or 
donnance  d'une  armée  en  camp. 

On    peut   donc    découvrir  dans  ces  pages  une    manière    de  remercîment 
adressé  au  Père  des  Lettres,  dont  la  protection  sauvegardait  l'écrivain  exposé  à 

tendant  au  même  but.  Citons  seulement  celles  qui  sont  dites  de  Provence  (17  oct.  1539) 
touchant  la  réformation  de  la  justice,  la  modération  des  amendes,  la  modération  des  taux, 
salaires  et  émoluments  des  avocats,  procureurs  et  greffiers,  des  lieutenants,  des  juges  ordinaires, 
des  huissiers  et  sergents  (4  mars  1540),  etc.  En  critiquant  et  en  ridiculisant  les  abus  de  la  jus- 
tice, Rabelais  se  conformait  pleinement  aux  intentions  royales.  Il  est  très  probable  que  nous 
avons  aussi  dans  les  chapitres  xxxix  à  xliv,  surtout  dans  le  dernier,  une  attaque  en  règle  que 
l'on  ne  désapprouvait  pas  en  haut  lieu.  N'oublions  pas  que  le  privilège  exceptionnel  du 
19  septembre  1545  avait  été  accordé  à  un  livre  renfermant  ces  critiques,  tantôt  plaisantes, 
tantôt  très  âpres.  On  n'a  pas  assez  songé  à  tout  cela. 


XXIV  INTRODUCTION 

de  vieilles  inimitiés.  Écrites  peu  de  semaines  après  l'octroi  du  privilège  de  1545, 
qui  conférait  à  Maître  François  une  investiture  officielle,  elles  semblent  bien 
apporter  une  preuve  de  plus  en  faveur  de  l'entente  dont  on  a  parlé  plus 
haut. 

Plusieurs  épisodes  de  notre  livre  vont  offrir  d'autres  indices  du  rôle  d'un 

Rabelais  publiciste  royal. 


V.  Un  idéal  de  gouvernement  et  de  justice  chez  Rabelais. 

Le  premier  chapitre  nous  offre,  une  déclaration  très  nette  par  laquelle  l'au- 
teur affirme  ses  sentiments  d'humanité  à  l'égard  des  peuples  conquis,  devançant 
ainsi,  en  une  certaine  mesure,  l'admirable  profession  de  foi  des  Essais  de  Mon- 
taigne (I,  xxx;  III,  vi).  Aucune  idée  n'est  jamais  exprimée,  chez  lui,  au  hasard 
ni  sans  cause.  La  démonstration  des  liens  innombrables  qui  rattachent  ses 
œuvres  à  la  vie  et  à  la  réalité  ambiantes  n'est  plus  à  faire.  Ici  encore,  l'élément 
vécu  peut  se  découvrir  sans  peine  et,  chose  curieuse,  en  concordance  avec  les 
initiatives  gouvernementales.  C'est  le  résultat  de  l'expérience  acquise  par  lui  en 
pays  «  nouvellement  conquesté  »  qu'il  nous  apporte  dans  ces  pages.  Il  s'agit  du 
Piémont  et  du  séjour  que  Rabelais  y  fit,  aux  côtés  de  son  illustre  protecteur  et 
ami  Guillaume  du  Bellay,  de  1540  à  1542,  c'est-à-dire  pendant  la  période  de  sa 
vie  qui  précéda  immédiatement  la  préparation  du  Tiers  Livre.  Pour  comprendre 
à  quel  point  notre  écrivain  dut  s'intéresser  à  cette  question  de  la  politique 
humaine  et  bienveillante  à  l'égard  des  peuples  conquis,  il  n'y  a  qu'à  lire  les  cha- 
pitres III  et  IV  du  solide  et  judicieux  Guillaume  du  Bellay  de  M.  Bourrilly  '. 
Quand  le  seigneur  de  Langey  vint  en  Piémont,  amenant  avec  lui  son  médecin 
et  secrétaire  l'auteur  de  Pantagruel,  «  il  s'agissait  de  rattacher  solidement  au 
royaume  une  province  à  peine  conquise,  ruinée  par  la  guerre,  encore  foulée 
par  les  soldats.  Comment?  par  la  force?  en  faisant  peser  sur  toute  la  population 
la  terreur  des  bandes  qu'on  menace  de  lâcher  pour  ne  pas  avouer  qu'on  est  inca- 
pable de  les  tenir?  C'est  le  système...  que  les  Français  avaient  appliqué  jusque- 
là...  Langey  en  use  d'autre  sorte  :  il  a  recours  à  la  douceur  et  à  la  justice...  Il 
contient  les  soldats  et,  autant  qu'il  le  peut,  les  astreint  à  une  stricte  discipline 
que  l'on  admirera  fort  dans  la  suite,  sans  pouvoir  la  faire  revivre.  Loin  d'accabler 
les  habitants,  il  leur  vient  en  aide,  leur  fournit  à  meilleur  compte  de  quoi  se 
nourrir  et  reconstituer  leurs  forces.  Il  les  protège  à  la  fois  contre  la  rapacité  des 

I.   Paris,  1905,  in-80.  V.  notre  article  :  Rabelais  et  les  peuples  conquis,  R.S.S.,  1914,  P-  286. 


UN    IDEAL    DE    GOUVERNEMENT  XXV 

troupes  et  contre  les  exactions  des  gens  de  finances...  Il  est  convaincu  qu'il  est 
une  autre  force  qui  le  mettra  mieux  à  l'abri  de  leurs  coups  et  rendra  leurs  efforts 
inutiles  :  c'est  l'attachementdes  populations,  leur  sympathie  pour  une  domina- 
tion qui  n'a  pas  cru  s'affaiblir  en  consentant  à  se  manifester  généreuse  et 
aimable  »  '. 

Telle  fut  la  caractéristique  de  l'administration  du  pays  «  conquesté  »  à  laquelle 
prit  part  Maître  François  et  dont  il  put  apprécier  les  effets  bienfaisants.  Si  l'on 
veut  bien  entrer  maintenant  dans  le  détail  des  choses,  on  verra  jusqu'à  quel 
point  les  nobles  accents  du  début  du  Tiers  Livre  reproduisent  fidèlement  les 
conceptions  chères  à  du  Bellay  et  à  son  fidèle  conseiller.  Celles-ci  ne  furent 
réalisées,  du  reste,  que  pendant  le  gouvernement  exercé  par  le  généreux  capitaine 
à  Turin  et  dans  sa  banlieue,  la  politique  contraire  ayant  prévalu  avant  comme 
après.  Ce  sont  les  instructions  expédiées  par  le  roi  à  Langey  à  la  fin  de  1537,  les- 
quelles avaient  été  en  réalité  préparées  par  ce  dernier^  qui  nous  permettent  d'ap- 
précier la  rare  humanité  de  cette  politique  nouvelle. 

La  principale  préoccupation  de  du  Bellay  devait  être  de  faire  vivre  en  bon  ordre,  justice  et 
police  les  troupes  laissées  pour  défendre  la  place  et  de  les  empêcher  de  molester  les  habitants... 
Langey  évitera  autant  que  possible  de  loger  des  soldats  au  cœur  de  la  ville  pour  faciliter  les  tra- 
fics et  marchandises  des  habitants...  De  minutieuses  prescriptions  étaient  indiquées  pour  la  répar- 
tition des  soldats,  la  distribution  des  logements,  les  fournitures  en  logis  et  en  meubles  qu'on 
pourrait  exiger.  «  Et  seront  lesdicis  meubles  qui  se  fourniront  auxdicts  gens  de  guerre  consignez 
aux  chefz  de  chambre  ou  capz  d'escouade  qui  en  respondront  aux  capitaines,  et  les  capitaines  à 
ceux  qui  les  auront,  et  ne  pourront  les  hostes  estre  contrainctz,  s'ilz  ne  veulent,  à  fournir  aucune 
chose  aux  gens  de  guerre  sinon  les  logis  et  meubles...  »  De  même  il  était  formellement  interdit 
aux  soldats  de  prendre  n'importe  quoi,  foin,  fourrage,  bois,  sans  payer,  et  ce,  sur  peine  d'être 
punis  par  rigueur  de  justice  et  même  sur  peine  de  vie.  Pour  rendre  les  manants  et  habitants  plus 
dociles  aux  réquisitions  des  vivres,  le  roi  ordonnait  de  leur  faire  rembourser  le  prix  de  toutes 
celles  qu'ils  avaient  précédemment  fournies  aussi  bien  que  des  nouvelles.  Il  confirmait  en  outre 
à  la  ville  de  Turin  la  jouissance  de  ses  revenus,  émoluments,  privilèges  et  immunités.  Enfin  il 
laissait  au  gouverneur,  sous  le  contrôle  du  lieutenant  général,  l'initiative  la  plus  large  pour  réali- 
ser ce  qui  était  l'objet  essentiel  de  la  politique  française  dans  le  nord  de  l'Italie  :  se  concilier  les 
sympathies  des  habitants,  implanter  solidement  notre  influence  dans  le  Piémont,  faire  de  cette 
province  notre  base  d'opérations  dans  la  péninsule^. 


1.  Bourrilly,  op.  cit.,  p.  406-7.  Conclusion. 

2.  Bourrilly,  op.  cit.,  p.  258  et  suiv.  «  Le  peuple,  écrivait  peu  après  Paradin,  trouva  bien 
la  différence  qui  est  entre  un  gouverneur  mangeur  de  gens  et  pillard  et  un  noble  esprit,  vrai  père 
d'une  patrie.  »  Langey  compromit  toute  sa  fortune  personnelle  pour  remédier  à  deux  disettes  suc- 
cessives du  Piémont  et  faire  venir  à  grands  frais  des  blés  de  France  pour  le  ravitaillement  du 
pays. 

LE  TIERS   LIVRE.  IV 


XXVI  INTRODUCTION 

Il  importait  de  présenter  ici  ce  curieux  rapprochement  :  il  prouve,  au  seuil  du 
Tiers  Livre,  que  Rabelais  suivait  de  près  la  politique  royale,  s'associant  à  ses 
conceptions  et  les  secondant  avec  une  conviction  d'autant  plus  ardente  qu  elles 
s'accordaient,  dans  Tespèce,  avec  ses  propres  aspirations.  De  plus,  il  apparaît 
clairement  à  qui  lit  ce  premier  chapitre  avec  attention  que  Fauteur  a  voulu  s'y 
poser  en  adversaire  des  doctrines  de  Machiavel  et  tracer  en  même  temps  un  pro- 
gramme idéal  de  gouvernement  et  une  image  des  «  bons  princes  et  grands  Roys.., 
ornateurs  des  peuples  ».  Quand  il  plaidera  plus  loin  la  cause  d'une  meilleure  et 
moins  arbitraire  organisation  de  la  justice,  il  ne  fera  que  continuer  son  dessein 
de  réforme  politique,  qu'il  n'a  sûrement  pas  exposé  sans  l'aveu  des  représentants 
du  pouvoir  royal,  ni  sans  savoir  que  ses  idées  ne  leur  paraîtraient  pas  subversives. 

Les  critiques  dirigées  contre  le  système  judiciaire  devant  être  examinées  plus 
loin,  on  se  bornera  à  indiquer  un  dernier  aspect  de  cette  actualité  du  roman 
rabelaisien  :  nous  voulons  parler  de  l'invective  de  Gargantua  contre  les  mariages 
contractés  «  sans  le  sceu  et  adveu  »  des  parents,  au  chapitre  XL VIII.  Tous  les 
commentateurs  ont  été  frappés  de  la  virulence  de  l'attaque  dirigée  par  Rabelais 
contre  les  «  pastophores  taulpetiers  »,  suborneurs  de  jeunes  filles  et  instigateurs 
de  mariages  clandestins.  A  ses  yeux,  leur  crime  mérite  la  mort,  que  chacun 
peut  leur  infliger  par  représaille.  Or,  la  question  était  posée  devant  l'opinion 
publique,  au  moment  où  Rabelais  publiait  son  livre.  Des  magistrats  et  des  juristes 
français  avaient  déjà  entamé  une  campagne  contre  cet  abus  révoltant,  non  sans 
l'aveu  du  pouvoir  civil.  Dans  la  circonstance,  notre  écrivain  agit  donc  d'accord 
avec  ce  dernier  qui  se  trouve  désarmé  à  l'égard  de  ces  nombreuses  intrigues,  favo- 
risées par  la  hiérarchie  ecclésiastique.  L'auteur  de  Pantagruel  travaille  à  prépa- 
rer une  répression  que  sanctionneront  dix  ans  plus  tard  un  édit  de  Henri  II 
(février  1556)  sur  les  mariages  contractés  par  les  enfants  sans  le  conseil  et  volonté 
des  pères  —  presque  le  titre  du  chapitre  de  Rabelais  —  et  une  autre  ordonnance 
sur  les  mariages  clandestins,  rendue  à  Orléans  en  1559.  Charles  IX  demandera 
plus  tard  encore  au  concile  de  Trente  de  déclarer  nuls  les  mariages  contractés 
au  «  desceu  »  des  parents  '.  L'invective  de  Gargantua  avait  sûrement,  en  15 46, 
un  caractère  d'actualité  ;  elle  concordait  pleinement  avec  les  intentions  du  gou- 
vernement aussi  bien  qu'avec  les  plaintes  de  certains  de  ses  magistrats,  tels  qu'An- 
dré Tiraqueau  et  Jean  de  Coras. 


I .   Voy.  l'art,  de  Jean  Plattard  dans  la  R.  S.  S.,  t.  XIV,  p.  381. 


LA    RÉPONSE    DE    «    GARGANTUA    »    A    l'UTOPIE  XXVII 


VI.  Rabelais  et  le  sentiment  national  depuis  «  Gargantua  ». 

Unretour  enarrières'imposeici.Silesecond  livre  de  Tantagruel,  publié  en  1532, 
nous  révèle,  chez  son  auteur,  des  idées  singulièrement  hardies  en  matière  philoso- 
phique et  religieuse',  on  doit  constater,  deux  ans  plus  tard,  dzns  Gargantua,  une 
tendance  sensible  vers  une  réserve  ou  une  modération  plus  grande.  Des  préoccupa- 
tions de  politique  générale,  auxquelles  le  livre  antérieur  était  resté  étranger,  inter- 
viennent dès  1 5  3  4,  après  le  premier  voyage  en  Italie,  accompli  aux  côtés  de  l'évêque 
de  Paris,  Jean  du  Bellay.  Comment,  en  effet,  ne  pas  apercevoir,  au  cours  du  récit 
de  la  guerre  picrochohne,  des  intentions  clairement  satiriques  à  l'égard  de  Charles- 
Quint?  Plusieurs  critiques  ont  déjà  suggéré  un  rapprochement  assez  naturel,  et 
qui  n'avait  pas  dû  échapper  aux  contemporains,  entre  la  célèbre  séance  du  con- 
seil de  guerre  tenu  par  Picrochole,  au  chapitre  xxxiii%  et  les  ambitions  de 
l'empereur,  rival  de  François  I".  Un  argument  qui  n'a  pas  encore  été  produit 
va  donner  à  cette  hypothèse  une  confirmation  inattendue.  On  n'a  pas  remarqué 
jusqu'ici  que  cette  scène,  une  des  pages  les  plus  admirées  de  Rabelais,  consti- 
tuait une  réponse  certaine  à  une  scène  analogue  qui  se  rencontre  au  livre  I"  de 
V  Utopie  de  Thomas  Morus,  où  l'auteur  met  en  cause  le  roi  de  France,  François  I", 
et  les  visées  qu'il  lui  attribue  vers  la  monarchie  universelle  K  La  comparaison 
des  deux  séances,  que  l'on  ne  saurait  faire  ici,  est  absolument  probante.  Morus 
avait  déjà,  avant  Rabelais,  transformé  les  éléments  antiques  de  l'épisode,  tel 
qu'Use  rencontre  chez  Plutarque  et  chez  Lucien,  en  éléments  tout  à  fait  modernes. 
La  critique  très  nette  de  la  prétendue  mégalomanie  du  souverain  français  et  de 
ses  projets  supposés  de  conquête  générale  devait  appeler,  tôt  ou  tard,  une 
réplique.  Ce  fut  Rabelais  qui  se  chargea  de  la  faire  vers  1534,  c'est-à-dire  à  un 
moment  «  où  toutes  choses,  comme  disent  les  Mémoires  de  du  Bellay,  tendoient 
apparemment  à  ouverture  de  guerre.  »  Retournant  habilement  contre  Charles- 
Quint  la  scène  et  le  dialogue  satiriques  que  Thomas  Morus  avait  assez  arbitrai- 
rement appliqués  au  roi  de  France,  il  inaugura  par  un  coup  de  maître  son  rôle 
de  publiciste  national  que  ses  ouvrages  postérieurs  n'ont  fait  que  rendre  plus 

1 .  Voir  l'introduction  du  tome  III  de  la  présente  édition,  p.  XL  à  lix,  et  aussi  nos  récents 
articles  de  la  R.  S.  S.,  1929,  t.  XVI,  p.  164  et  356. 

2.  «  Comment  certains  gouverneurs  de  Picrochole,  par  conseil  précipité,  le  mirent  au  dernier 

péril.  » 

3  .  De  optimo  reipiiblicz  statu,  deque  nova  insula  Utopia,  Bâle  Froben,  15 18,  in-4»,  p.  54  à  57. 
Les  rapports  qui  existent,  par  ailleurs,  entre  l'œuvre  de  Morus  et  celle  de  Rabelais  ont  été 
signalés  dans  la  même  introduction,  p.  ix. 


XXVIII  INTRODUCTION 

manifeste.  Peut-être  n'a-t-il  rien  écrit  qui  l'emporte  sur  ce  petit  chef-d'œuvre 
d'humour  et  d'ironie.  Ce  même  sentiment  patriotique  se  retrouve  un  peu  plus 
loin  dans  la  saisissante  évocation  des  «  fuyars  »  de  Pavie  (ch.  XXXXI)  :  «  Je 
hayz  plus  que  poizon  un  homme  qui  fuyt  quand  il  fault  jouer  des  cousteaux. 
Hon,  que  je  ne  suis  roy  de  France  pour  quatre  vingts  ou  cent  ans!  Par  dieu,  je 
vous  metroys  en  chien  courtault  les  fuyars  de  Pavye.  Leur  fiebvre  quartaine  ! 
Pourquoy  ne  mouroient  ilz  là  plus  tost  que  laisser  leur  bon  prince  en  ceste 
nécessité  ?  N'est  il  meilleur  et  plus  honorable  mourir  vertueusement  bataillant, 
que  vivre  fuyant  villainement  ?  » 

Nous  pourrions  suivre  la  trace  de  ces  préoccupations  nouvelles  à  travers  la 
période  qui  s'étend  de  I534au  Tiers  Lwr^.  Il  suffira  deciterun  exemple  très  con- 
vaincant de  cette  attitude  du  Maître.  A  partir  de  1534,  les  trois  rois  de  France 
(Pharamond,  Pépin  et  Charlemagne)  qui  figuraient  jusque-là  parmi  les  person- 
nages ridiculisés  qu'Épistémon  rencontre  en  enfer  (chap.  XXX  du  second  livre) 
disparaissent  de  la  liste,  de  même  que  les  douze  pairs  de  France  qui  s'y 
trouvaient  dans  une  attitude  vraiment  humiliante.  De  tels  indices  marquent 
bien  le  changement  qui  s'était  accompli  dans  les  dispositions  de  Rabelais. 


VII.  L'évolution  des  personnages  dans  le  «  Tiers  Livre  ». 

Il  n'est  guère  surprenant  qu'après  une  interruption  si  longue  de  son  labeur 
littéraire,  les  caractères  de  ses  personnages  aient  évolué  assez  fortement.  Le 
seul  changement  de  la  trame  du  roman  suffisait,  du  reste,  à  amener  de  telles 
transformations  dans  la  psychologie  des  acteurs.  Constatons  tout  d'abord  que  le 
thème  gigantal  a  disparu.  Rien  n'atteste,  au  cours  du  Tiers  Livre,  la  taille,  ni  la 
force  prodigieuses  de  Pantagruel.  Il  en  est  de  même  de  son  père  Gargantua, 
qui  ne  rentre  en  scène  qu'à  deux  reprises.  A  peine  rencontrons-nous,  au  cha- 
pitre Li,  une  allusion  imprévue  à  la  grandeur  de  Pantagruel  «  naissant  on  monde  » 
et  à  son  rôle  à  l'égard  de  ceux  «  qui  sont  negligens  de  obvier  à  la  soif  immi- 
nente ».  En  revanche,  nous  le  voyons  devenir  «  l'idée  et  exemplaire  de  toute 
joyeuse  perfection  ».  Il  apparaît  comme  la  figure  du  Sage  supérieur  et  aussi 
comme  le  défenseur  de  toutes  les  idées  de  sens  commun  et  de  juste  équilibre 
(ch.  V,  VII,  XIII,  XXIX,  etc.).  En  même  temps,  la  doctrine  du  pantagruélisme 
se  précise  :  on  la  trouve  formulée,  dès  le  début,  au  cours  du  prologue  et  du  cha- 
pitre IL  On  admire  la  réflexion,  la  sérénité  constante  du  héros:  il  est  vrai  que 
son  indulgence  ne  va  pas  sans  quelque  faiblesse.  Il  n'a  pas  toujours  la  force,  ainsi 
qu'on  l'a  observé,  d'imposer  à  ceux  qu'il  aime  le  parti  qu'il  sait  être  le  meilleur. 


l'évolution    des    personnages  XXIX 

Chez  Panurge,  le  changement  n'est  pas  moins  manifeste.  Nous  l'avions  connu, 
au  livre II,  pervers,  surtout  rusé  et  cruellement  facétieux,  mais  par  contre  entre- 
prenant et  utile.  Le  nouveau  livre  nous  le  montre  sous  l'aspect  d'un  bouffon, 
beau  parleur,  doué  d'une  faconde  intarissable;  le  trait  le  plus  saillant  du  person- 
nage est  maintenant  la  couardise,  qui  contraste  singulièrement  avec  son  ancienne 
bravoure.  De  plus  en  plus,  il  s'éloigne  du  type  créé  par  Folengo.  Notons  aussi 
qu'une  vie  intense  et  une  étonnante  puissance  de  séduction  émanent  de  lui.  «  Ce 
développement  très  inattendu  du  caractère  de  Panurge,  remarque  avec  raison 
un  critique,  est  dû  en  grande  partie  à  Tenrichissement  philosophique  de 
l'œuvre.  Mais  il  provient  aussi  de  mobiles  esthétiques.  Les  personnages  ont 
beau  conserver  la  généralité  qui  sied  à  l'épopée,  à  mesure  qu'il  s'éloigne  du  mer- 
veilleux pour  aller  vers  le  réel,  Rabelais  éprouve  le  besoin  de  les  marquer  de 
caractères  plus  précis  et  de  les  rendre  plus  vivants.  Il  fait  un  pas  vers  la  comédie 
de  caractères  et  vers  la  comédie  de  mœurs'.  »  L'âme  monacale  de  Frère  Jean, 
qui  n'agit  plus,  mais  garde  toute  sa  verve  pittoresque,  nous  apparaît  encore  dans 
un  jour  plus  frappant.  Ce  sont  surtout  des  types  de  savants  et  de  juristes  qui 
contribuent  à  l'enrichissement  de  notre  livre  avec  Hippothadée,  Rondibilis, 
Trouillogan,  Bridoye,  et  spécialement  avec  Épistémon,  qui  voit  grandir  son  rôle 
et  intervient  fréquemment  dans  le  récit. 

I.  Pierre  Villey,  Maro/ e;  Rabelais,  Paris,  1923,  in-80,  p.  255,  On  a  pu  noter  aussi  la  dévotion 
sans  moralité  de  Panurge,  catholique  orthodoxe  et  chrétien  détestable,  mais  ce  trait  de  sa  psycho- 
logie s'affirme  surtout  dans  le  livre  suivant.  Voy .  Paul  Stapfer,  Rabelais  :  sa  personne,  son  génie, 
son  œuvre,  Paris,  in-i6,  1889,  p.  144  et  386. 


CHAPITRE    II 

LE    TIERS   LIVRE    DE    PANTAGRUEL 
ET  LA  QUERELLE  DES  FEMMES. 


Le  Tiers  Livre  de  Pantagruel  n'offre,  on  le  sait,  presque  rien  de  commun 
avec  les  deux  livres  précédents.  Ceux-ci  sont  à  peu  près  exclusivement  consacrés 
à  des  récits  d'aventures,  ils  se  développent,  comme  les  anciens  romans  de  che- 
valerie, au  moyen  d'une  foule  d'événements  plus  ou  moins  imprévus  et  d'inci- 
dents caractéristiques,  tandis  que  le  Tiers  Livre  est  absorbé,  pour  les  quatre  cin- 
quièmes de  son  texte,  par  la  question  de  savoir  si  Panurge  doit  se  marier  ou 
non,  et  quel  sort  lui  réserve  le  mariage.  L'examen  de  ce  cas  intéressant  et  les  con- 
sultations auxquelles  il  donne  lieu  constituent,  ou  peu  s'en  faut,  la  matière 
exclusive  et  l'objet  principal  de  ce  livre.  Il  est  clair  que  des  circonstances  spé- 
ciales ont  dû  amener  et  justifier  cette  nouvelle  orientation  de  l'œuvre  du  grand 
romancier.  Comment  le  conteur  français  par  excellence  a-t-il  été  amené  à  modi- 
fier aussi  profondément  sa  manière  et  à  employer  tout  un  livre  en  discussions 
et  en  enquêtes,  au  lieu  de  narrer  de  bonnes  histoires  ?  Quels  motifs  ont  pu  le 
décider,  après  un  silence  de  onze  ans,  à  rentrer  de  cette  façon  dans  l'arène  ?  En 
un  mot,  quelles  causes  expliquent  à  la  fois  ce  retour  inopiné  de  Rabelais,  vers 
1545-1546,  et  son  choix  d'une  matière  si  ample  et  si  continue  :  je  veux  dire  d'où 
la  variété  des  aventures  et  le  mouvement  prodigieux  des  deux  livres  précédents 
sont  volontairement  exclus  ?  Ce  sont  là  des  problèmes  attrayants  qu'il  vaut  la 
peine  d'agiter  et  dont  la  solution  peut  éclairer  d'une  vive  lumière  certains  aspects 
du  génie  de  Rabelais  et  même  de  l'histoire  intellectuelle  de  son  temps.  Aussi 
bien  notre  peine  ne  sera  pas  vaine.  On  peut  arriver  à  fixer  d'une  façon  sûre, 
à  l'aide  de  témoignages  contemporains  et  probants,  pourquoi  le  Tiers  Livre  a 
paru  au  moment  précis  où  il  fut  mis  en  vente,  en  montrant  les  raisons  qui  ame- 
nèrent Rabelais  à  le  composer  et  à  le  lancer  dans  la  bataille  littéraire,  car  c'est 
bien  d'une  bataille  qu'il  s'agit. 


LA    QUERELLE    DES    FEMMES    AU    MOYEN    AGE  XXXI 


I.  Les  controverses  sur  l'amour  et  les  femmes 
avant  le  XVP  siècle. 

En  effet,  des  circonstances  bien  définies  annoncent,  préparent  et,  si  l'on  peut 
dire,  rendent  nécessaire,  fatal  même,  ce  nouveau  livre.  Fait  qui  n'avait  pas  été 
signalé  jusqu'à  ces  derniers  temps,  sa  publication  se  rattache  à  une  grande 
querelle  qui  passionna  les  esprits,  de  1542  à  1550,  ou  environ,  et  qui  divisa,  à 
la  cour  et  à  la  ville,  la  presque  totalité  des  écrivains  français  :  poètes,  conteurs 
et  philosophes,  aussi  bien  que  leurs  lecteurs;  il  s'agit  de  la  «  querelle  des 
femmes  »,  qui  trouva  dans  l'apparition  de  L'Amie  de  Court  de  La  Borderie, 
puis  de  La  Parfaicte  Amye,  en  1542,  l'occasion  de  se  rouvrir  et  de  remettre  aux 
prises  les  défenseurs  et  les  adversaires  éternels  du  sexe  féminin.  C'est,  du  reste, 
une  vieille  querelle,  aussi  ancienne  que  le  monde,  puisqu'elle  commença  sans  doute 
à  l'aurore  de  l'humanité,  dès  que  notre  première  mère  eut  tendu  la  pomme  à  notre 
premier  père,  et  elle  durera  probablement  jusqu'à  la  fin  des  âges.  Pour  en  arriver 
tout  de  suite  à  une  période  voisine  de  celle  qui  nous  intéresse,  nous  dirons  que 
les  origines  immédiates  des  péripéties  de  ce  grand  débat,  au  xvi^  siècle,  nous  sont 
surtout  fournies  par  l'histoire  littéraire  du  siècle  précédent.  Néanmoins,  il  con- 
vient d'indiquer  d'un  mot  le  rôle  spécial  des  Arts  (TAînour  et  celui  des  fabliaux 
dans  l'histoire  de  cette  grave  question,  pendant  une  partie  du  moyen  âge,  l'in- 
fluence de  Jean  de  Meun,  le  grand  contempteur  des  femmes  dans  la  seconde 
partie  du  Roman  de  la  Rose,  alors  que  Guillaume  de  Lorris  avait  été  leur  défen- 
seur dans  la  première  partie  du  même  poème,  et  enfin  les  rudes  attaques  du 
clerc  Mathéolus  ',  de  Boulogne-sur-Mer,  implacable  dans  sa  haine  contre  le  sexe 
faible  et  le  mariage.  Il  suffira  de  nommer  ces  trois  auteurs  pour  évoquer  dans 
la  mémoire  des  familiers  de  notre  ancienne  littérature  le  souvenir  des  plus 
ardentes  controverses  qui  précédèrent  le  xv*  siècle.  Au  cours  de  cette  dernière 
époque,  la  querelle  acquit  sûrement  une  ampleur  et  un  relief  singuliers.  Citons 
les  noms  de  Christine  de  Pisan  ^,  l'énergique  défenseur  de  la  cause  des  femmes, 
avec  l'aide  résolue  du  chancelier  de  France,  Jean  Gerson,  —  dont  on  connaît 
l'admirable  réponse  à  Pierre  Col  en  faveur  de  cette  femme  remarquable  et  virile, 
—   d'Eustache   Deschamps,   l'ennemi  juré  du  mariage,  de  Jean  Le  Fèvre,   le 

1 .  Voy.  l'édition  donnée  par  Van  Hamel  :  les  Lamentations  de  Mathéolus  et  le  livre  de  Leesce  de 
Jehan  Le  Fèvre,  de  Resson.  Paris,  Bouillon,  1892  (Bibl.  de  VEcole  des  Hautes  Etudes,  fasc.  95  et  <)6). 

2.  Voy.  Le  livre  des  Trois  Vertus  de  Christine  de  Pisan  et  son  milieu  historique  et  littéraire, 
par  Mathilde  Laigle,  Paris,  in-80,  H.  Champion,  1912. 


XXXII  INTRODUCTION 

traducteur  de  Mathéolus,  d'Alain  Chartier,  respectueux  et  dévoué  serviteur  des 
dames,  de  Gaguin,  d'Olivier  de  la  Marche,  de  Villon,  d'Antoine  de  la  Sale, 
l'auteur  du  Petit  Jehan  de  Saititré,  et  surtout  de  Martin  Le  Franc,  l'auteur  du 
Champion  des  Dames  :  ces  seuls  noms  attestent  assez  l'extension  prise  par  la  que- 
relle au  cours  du  siècle  ardent  et  sensible  qui  prépare  la  Renaissance  et 
annonce  déjà  tant  de  curiosités  nouvelles.  En  ce  qui  touche  la  cause  du  fémi- 
nisme, l'ouvrage  essentiel  qui  nous  reste  du  temps  où  furent  composées  les 
Cent  Nouvelles  et  les  Qiiin:(e  Joyes  de  mariage  est,  sans  contredit,  celui  de  Mar- 
tin Le  Franc,  prévôt  de  Lausanne.  Ce  poète  composa  son  Champion  des  Dames 
de  1440  à  1442.  «  Il  faut  voir  dans  cette  œuvre,  a  dit  M.  Piaget',  un  résumé 
ou  plutôt  une  collection  des  idées  du  moyen  âge  sur  les  femmes  ;  c'est  là  pré- 
cisément ce  qui,  loin  d'en  faire  le  ridicule,  fait  l'intérêt  de  ce  poème.  »  La  con- 
troverse se  déroule  entre  le  champion  et  l'adversaire  du  sexe  féminin.  A  l'appui 
de  leurs  arguments,  les  deux  combattants  puisent  dans  la  mythologie,  la  Bible 
et  l'histoire,  de  nombreux  exemples  de  femmes  et  d'hommes  qui  se  sont  dis- 
tingués par  leurs  vertus  ou  par  leurs  vices,  depuis  Eve  jusqu'à  Jeanne  d'Arc. 
Ce  hvre  est  une  source  précieuse  de  données  pour  l'histoire  des  mœurs  à 
la  fin  du  moyen  âge.  L'adversaire  ne  manque  pas  de  disserter  sur  la  beauté 
des  femmes  et  de  nous  donner,  chemin  faisant,  une  foule  de  renseignements 
sur  la  toilette  et  les  modes  du  temps.  On  trouvera  l'analyse  du  poème  de  Le 
Franc  dans  l'étude  de  M.  Piaget.  Ce  critique  constate,  en  manière  de  conclusion, 
que,  malgré  sa  longueur  et  son  importance,  le  Champion  des  Dames  ne  mit  pas 
fin  au  long  débat  des  partisans  et  des  adversaires  du  sexe  féminin,  chose  qui 
n'est  pas  pour  nous  surprendre.  Il  semble,  au  contraire,  lui  avoir  valu  une  recru- 
descence sensible.  La  seconde  moitié  du  xv«  siècle  et  les  premières  années  du 
xvi^  siècle  voient,  en  effet,  se  succéder,  plus  encore  que  les  époques  précédentes, 
des  pièces  pour  ou  contre  les  femmes  ^.  La  production  la  plus  notable  du 
XV'  siècle,  après  le  Champion,  paraît  être  le  Chevalier  aux  Dames,  poème  allé- 
gorique de  plus  de  5.000  vers.  Citons  aussi  la  Louenge  des  Dames,  le  Miroir  des 
Darnes^  les  Biens  et  les  Maux  qui  sont  en  amours,  dont  fait  partie  la  jolie  pièce  inti- 
tulée :  la  Pipée  du  Dieu  d'Amours;  la  Déduction  du  procès  de  Honneur  féminin 
ou  YAdvocat  des  Dames,  de  Pierre  Michaut,  etc.  Il  faut  citer  encore  les  7.000 
vers  du  poème  de  la  Faulseté,  trahyson,  et  les  tours  de  ceulx  qui  suivent  le  train 
d'amours.  En  général,  les  pièces  qui  viennent  d'être  citées  sont  des  plaidoyers 
en  faveur  des  femmes.  Le  Grand  Blason  des  Faulses  amours,  de  Guillaume 


1.  Martin  Le  Franc, prévôt  de  Lausanne,  par  Arthur  Piaget.  Lausanne,  1888,  ia-12. 

2.  Cf.  A,  Campaux,  la  Querelle  des  femmes  au  XV^  siècle,  1865,  in-80,  41  p. 


LA    QUERELLE    DES    FEMMES    AU    XV^    SIECLE  XXXIII 

Alecis,  un  moine,  prieur  de  Bussy,  auquel  plusieurs  érudits  attribuent  présente- 
ment la  farce  de  Pathelin,  rentre  dans  le  groupe  des  réquisitoires  dirigés  contre 
elles.  Le  xv^  siècle  n'a  guère  produit  de  satire  plus  âpre  que  celle-là.  Le  Con- 
tre-Blason, qu'il  suscita,  est  à  peu  près  illisible  aujourd'hui.  En  revanche,  le 
Loyer  des  folks  amours  offre  de  charmants  passages.  C'est  une  pièce  spirituelle, 
qui  repose  sur  un  développement  de  l'aphorisme  :  Pas  d'argent,  pas  d'amour. 
Rarement  voit-on  un  auteur  essayer  de  prendre  dans  le  débat  la  position  inter- 
médiaire de  conciliateur.  Robert  du  Herlin,  à  la  fin  du  xv^  siècle,  fut  cependant 
tenté  par  ce  rôle,  qu'il  chercha  à  tenir  dans  VAcort  des  mesdisans  et  bien  disans, 
dédié  à  Anne  de  Bretagne  (1493).  Un  peu  plus  tard,  Jean  Marot,  le  père 
de  Clément,  reprit  la  lutte  contre  les  médisants  dans  la  Vray-Disant  Advocate 
des  Dames.  Dès  1490,  paraît  le  poème  plein  de  charme  et  d'émotion  qui  s'ap- 
pelle L Amant  rendu  Cordelier  à  l'Observance  d'Amours.  Le  genre  dramatique  ne 
tarde  pas  à  intervenir  dans  la  querelle.  Les  deux  opinions  sont  représentées  dans 
le  Monologue  fort  joyeux  auquel  sont  introduits  deux  Advocat:^  et  ung  fuge,  devant 
lequel  est  plaidoyé  le  bien  et  le  mal  des  Dames.  Dans  la  Résolution  d'Amours,  impri- 
mée au  xv=  siècle,  un  poète  anonyme  attaque  les  femmes  et  Vénus,  la  «  sotte 
déesse  »,  avec  une  singulière  violence.  Presque  toutes  ces  compositions  datent 
de  la  seconde  moitié  du  xv^  siècle,  et  quelques-unes  seulement  des  premières 
années  du  xvi^  \  Il  faudrait  citer,  par  exemple,  la  Louenge  et  beauté  des  Dames; 
la  Réformation  des  Dames  de  Paris  faicte  par  les  Lyonnaises  et  la  Réplicque  faicte 
par  les  Dames  de  Paris  contre  celles  de  Lyon  ;  la  Grant  Malice  des  Femmes  ;  les 
Ténèbres  de  mariage  ;  le  Doctrinal  des  nouveaux  mariés  ;  la  Complaincte  du  nouveau 
marié;  Sermon  nouveau  et  fort  joyeulx  auquel  est  contenu  tous  les  maulx  que  l'homme 
a  en  mariage;  le  Danger  de  se  marier  ;  les  Secrets  et  loix  de  mariage,  par  Jehan 
d'Ivry;  Sermon  joyeux  de  la  patience  des  femmes  obstinas  contre  leur  marys,fort 
joyeux  et  récréatif  à  toutes  gens"-.  On  peut  dire  que,  de  1450  ou  environ,  jusqu'aux 
années  qui  virent  le  commencement  de  la  Réforme,  le  mariage  apparaît  comme 
une  institution  fortement  battue  en  brèche.  Les  attaques  ou  satires  dirigées 
contre  lui  se  révèlent  comme  infiniment  plus  nombreuses  que  les  panégyriques- 

1.  Le  texte  d'un  certain  nombre  d'entre  elles  se  rencontre  dans  le  Recueil  de  poésies  françoises 
des  XV«  et  XVI^  siècles,  réunies  et  annotées  par  Anatole  de  Montaiglon  et  James  de  Rothschild 
(treize  volumes).  D'autre  part,  le  précieux  Catalogue  des  livres  composant  la  bibliothèque  de  Jeu 
M.  le  baron  James  de  Rothschild,  par  M.  Emile  Picot  (tome  ler),  fournira  des  renseignements, 
curieux  sur  plusieurs  de  ces  oeuvres  satiriques  ou  laudatives.  Le  dépouillement  complet  du 
Recueil  de  poésies  françoises  pourrait  accroître  encore  notre  liste  d'une  façon  notable. 

2.  On  trouvera  dans  notre  ouvrage  :  Grands  écrivains  français  de  la  Renaissance  (Paris,  1914, 
in-80),  p.  255  et  suiv.,  une  série  d'autres  titres  appartenant  à  cette  même  catégorie. 

LE   TIERS    LIVRE.  V 


XXXIV  INTRODUCTION 

Il  fournit  un  thème  facile  et  joyeux  à  quantité  de  complaintes  quasi-populaires. 
Un  livre  célèbre,  «  le  premier  en  date  parmi  les  plus  parfaits  ouvrages  qui 
soient  en  notre  langue  »,  puisqu'il  remonte  peut-être  aux  premières  années  du 
XV'  siècle,  avait  contribué  singulièrement  à  préparer  l'éclosion  de  cette  litté- 
rature antiféministe  :  nous  avons  nommé  les  Quinze  joyes  de  Mariage,  petite  mer- 
veille de  finesse,  d'ironie,  de  patelinage,  d'un  charme  profond,  d'une  obser- 
vation si  aiguë,  si  prenante,  et  qui,  malgré  toutes  les  recherches,  garde  encore  le 
secret  de  son  origine.  Il  est  peu  d'ouvrages  auxquels  la  prose  française  doive 
autant.  Rien  d'aussi  achevé  n'avait  encore  paru  dans  notre  langue.  En  même 
temps  que  les  XF  joyes,  les  célèbres  Arrêts  d'Amour  de  Martial  de  Paris,  dit 
d'Auvergne,  concoururent  à  agiter  une  foule  de  problèmes  d'ordre  sentimental 
et  conjugal  et  à  porter  vers  eux  la  curiosité  du  grand  public.  Ajoutons  à  cette 
liste  le  nom  de  Coquillart,  qui,  dans  les  Droits  nouveaux  '  et  dans  son  Blason 
des  Armes  et  des  Dames  -,  développe  un  éloge  éloquent  et  chaleureux  de 
l'amour  et  des  dames  : 

Dames  font  croistre  honnesteté  : 
Dames  font  les  cueurs  resjouyr; 
Dames  fout  aymer  loyaulté  ; 
Dames  font  cruauté  fouyr. 

On  pourrait  évoquer  aussi  le  dernier  épisode  d'un  autre  petit  chef-d'œuvre  : 
l'exquis  roman  de  Jehan  de  Paris,  et  divers  rajeunissements  d'anciennes  œuvres 
du  moyen  âge  ou  des  traductions  d'œuvres  étrangères,  comme  celle  du  Triunfo 
de  las  donas  de  Juan  Rodriguez  de  la  Càmara^. 


II.  La  querelle  de  l'amour  et  des  femmes  au  XVP  siècle. 

Avec  le  xvi=  siècle,  la  vogue  des  écrits  pour  ou  contre  l'amour,  loin  de  se 
ralentir,  persiste.  Seulement,  la  controverse  prend  un  caractère  plus  sérieux  et 
une  allure  plus  serrée.  Elle  profite  du  progrès  général  des  esprits,  de  la  connais- 
sance plus  solide  des  deux  antiquités,  de  la  rénovation  des  études  juridiques,  du 
développement  de  la  médecine  et  de  toutes  les  sciences  d'observation.  Jean 
de  Nevizan,  Erasme,  J.  de  Pontalais,  Roger  de  CoUerye,  Pierre  Gringore,  Jean 


1.  Œuvres  de  Coquillart,  éd.  Ch.  d'Héricault,  t.  I,  p.  50. 

2.  Ihid.,  t.  II,  p.  161. 

3.  M.  Piaget  (p/'.  cit.,  p.  160)  donne  un  résumé  de  cet  ouvrage. 


JEAN   DE    NEVIZAN  XXXV 

Boucher,  l'ami  de  Rabelais,  le  médecin  lyonnais  Symphorien  Champier, 
Michel  d'Amboise,  D,  de  Masan,  Laurent  des  Moulins,  Gratien  Dupont,  sieur 
de  Drusac,  Tiraqueau  et  Aymery  Bouchard,  autres  amis  du  Chinonais,  figurent 
parmi  les  écrivains  les  plus  en  vue  qui  intervinrent  dans  ce  débat  pendant  les 
trente  ou  quarante  premières  années  du  xvi=  siècle. 

Le  jurisconsulte  Jean  de  Nevizan,  en  première  ligne,  né  à  Asti  et  mort  en 
1540,  auteur  du  livre  fameux  intitulé  :  Sylvx  nuptialis  libri  sex,  in  qiiibus  materia 
Matrimonii,  Dotiutn^  Filiationis,  Adidterii,  Originis,  Siiccessionis,  et  Monitorialium 
plenissime  discutitnr  :  Unà  ciim  remediis  ad  sedandum  factio?ies  Guelphorum  et  Giehe- 
linonim.  Ite.  modiis  judicandi  et  exeqiiendi  jussa  Principum.  Ad  hœc,  de  aulhoritati- 
bus  Doctorum,  privilegiisque  miserabilium  pèrsonarum.  Qux  omnia  ex  qusesiione  : 
An  nubendum  sit,  vel  non,  desumpla  sunt.  Ce  livre,  quoique  l'œuvre  d'un  Italien, 
fut  d'abord  publié  à  Paris,  en  1521,  puis  à  Lyon,  en  1526  et  1572  '.  C'est 
donc  en  France  qu'il  exerça  en  premier  lieu  son  action,  et  celle-ci  fut  vraiment 
très  marquée.  En  1550,  François  Billon,  l'auteur  de  l'apologie  :  Le  Fort  inexpu- 
gnable de  V Honneur  féminin  ^  dont  il  sera  question  plus  loin  et  qu'il  est  si  utile 
de  consulter  pour  l'histoire  de  la  Querelle,  cite  Nevizan,  avec  Jean  Boccace  et  le 
seigneur  de  Drusac,  parmi  les  trois  prisonniers  qui  personnifient  au  premier 
chef  le  mouvement  antiféministe.  Ces  trois  personnages  sont,  à  ses  yeux,  —  avec 
Rabelais,  —  les  représentants  les  plus  notoires,  les  plus  dangereux  et  les  plus 
caractérisés  du  groupe  des  adversaires  de  l'honneur  féminin.  «  La  Forest  de 
Mariage,  nous  dit  Billon,  ayant  été  apperceue  des  Dames  de  Thurin  pour 
hbelle  diffamatoire,  son  Autheur  (icy  prisonnier)  fut  incontinent  empougné  et 
honteusement,  par  elles,  dechacé  à  belles  pierres.  Vray  est  que,  certain  temps 
après,  il  obteint  son  Rappel  de  ban,  au  moyen  de  l'obéissance  et  honorable 
Amende  qu'il  leur  veint  faire  à  genouz  ployez  ». 

Dans  les  deux  premiers  livres  de  son  ouvrage,  Nevizan,  sous  le  titre  :  Non 
est  nubendum,  examine  les  raisons  qui  peuvent  détourner  du  mariage  ;  dans  les 
deux  suivants,  sous  le  titre  :  Est  nubendum,  il  traite,  au  contraire,  toutes  les  rai- 
sons qui  peuvent  engager  à  contracter  ce  lien.  Les  deux  derniers  livres,  sur  la 
manière  de  juger  et  sur  les  devoirs  des  juges,  n'offrent  qu'un  lien  très  éloigné 
avec  les  quatre  premiers  qui  constituent  la  partie  essentielle  du  livre.  Rabelais  a 
certainement  connu  ce  traité  et  s'en  est  inspiré  d'une  façon  visible  dans  les  dis- 
cussions qui  remplissent  son  Tiers  Livre.  L'idée  de  son  enquête  sur  le  mariage 
dérive  en  partie  de  Nevizan.  Plusieurs  citations  ou  anecdotes  de  la  Sylva  nup- 

1.  Autres  éditions  :  Venise,  1570,  1584;  Cologne,  1656. 

2.  Composé  en  1550  et  publié  en  1555,  à  Paris. 


XXXVI  INTRODUCTION 

tialis  se  retrouvent  dans  le  Pantagruel.  La  question  même  qui  sert  de  point  de 
départ  au  Tiers  Livre,  à  savoir  si  Panurge  doit  se  marier  ou  non,  n'est  autre 
que  la  reproduction  de  celle  qui  avait  inspiré  toute  la  controverse  de  la  Sylva 
nuptialis.  Si  ce  traité  renferme  beaucoup  de  médisances  à  l'égard  des  femmes, 
il  est  juste  d'observer  que  son  auteur  nous  expose  successivement  les  deux  thèses 
et  qu'il  sait,  le  cas  échéant,  rendre  justice  au  sexe  faible.  Il  cherche  à  paraître 
impartial  en  faisant  la  part  égale  à  la  critique  et  à  l'éloge. 

Le  livre  de  Nevizan  est  un  véritable  trésor  d'histoires  gaillardes.  Il  traite  des 
problèmes  les  plus  scabreux  avec  cette  liberté  complète  d'expression  que  les 
casuistes  de  toutes  les  époques  se  sont  octroyée  sans  le  moindre  scrupule.  Son  livre 
nous  offre  ainsi  une  véritable  anthologie  des  nombreux  conteurs,  poètes  et  sati- 
riques grivois  du  vieux  temps.  Il  recourt  aussi  bien  aux  auteurs  de  l'antiquité 
qu'à  ceux  du  moyen  âge  et  aux  contemporains.  Ses  autorités  et  ses  sources 
sont  toujours  indiquées  avec  une  grande  exactitude.  Il  est  à  noter  qu'il  s'est 
plu  à  faire  la  part  singulièrement  belle  à  Platon,  qu'il  invoque  en  ces  termes 
contre  le  mariage,  tout  au  début  de  son  livre,  à  côté  de  Ficin  et  de  Pétrarque  : 
«  Deveniendo  igitur  ad  questionem  nostram  quam  post  Platonem  qui  fuit  divi- 
nus  et  in  cujus  scriptis  reperitur  ferme  totum  evangelium  Joannis  scilicet  :  In 
principio  erat  verbum,  etc..  Marsilius  Ficinus...,  Petrarca...  examinarunt... 
Conclusio  suprascriptorum  est  quod  non  sit  utile  nubere  »  (éd.  1526,  fol.  viii^  v°). 
L'autorité  du  Sauveur  n'est  citée  qu'un  peu  plus  loin(Matth.,  XIX),  côte  à  côte 
avec  celle  de  Cicéron.  On  reconnaît  là  l'humaniste.  Cet  ouvrage  constituait 
donc  une  sorte  d'encyclopédie  des  matières  relatives  au  mariage  ;  son  usage  était 
encore  facilité  par  une  de  ces  tables  abondantes  que  les  éditeurs  de  ce  temps 
savaient  joindre  à  leurs  publications  savantes. 

En  1526  paraissait  V Institution  du  mariage  chrétien  d'Erasme,  dédié  à  la  reine 
d'Angleterre,  chef-d'œuvre  de  finesse,  de  grcâce  et  de  clairvoyance,  où  le  grand 
écrivain  déployait  dans  toute  leur  ampleur  ses  merveilleuses  facultés  de  mora- 
liste. Véritable  précurseur  des  psychologues  modernes  les  plus  raffinés,  il  montre 
dans  ce  livre  une  délicatesse  de  sentiments,  un  sens  des  nécessités  sociales,  une 
compréhension  des  progrès  à  réaliser  qui  suffisent  à  le  mettre,  dans  ce  domaine 
comme  en  tant  d'autres,  hors  de  pair  entre  tous  les  savants  de  son  époque. 
Érasme  place  résolument  le  mariage  au-dessus  du  célibat  religieux.  Il  montre  avec 
force  toute  la  gravité  de  ce  pacte,  les  réflexions  et  l'étude  mutuelle  des  carac- 
tères qui  doivent  le  précéder,  invitant  le  jeune  homme  à  ne  pas  se  préoccuper 
exclusivement  de  trouver  chez  sa  future  femme  des  manières  plus  ou  moins 
puériles,  mais  avant  tout  une  âme  cultivée  et  bien  équilibrée.  Ce  traité  célèbre 
ne  contribua  pas  peu  à  attirer  l'attention  des  personnes  lettrées  sur  l'ensemble 


TIRAQUEAU    ET    LE    CENACLE    DE    FONTENAY  XXXVII 

des  questions  qui  se  posaient  alors  touchant  les  femmes  et  le  mariage.  Il  est 
cependant  peu  probable  qu'il  ait  exercé  une  action  ^profonde  en  dehors  des 
cercles  instruits.  Les  œuvres  proprement  littéraires  consacrées  à  ce  grand  débat 
continuèrent  évidemment  à  solliciter  davantage  la  curiosité  du  grand  public. 
Remarquons  que  l'Eloge  de  la  Folie  avait  été  moins  tendre  que  le  Mariage  chré- 
tien au  sexe  féminin.  On  relève  parfois,  chez  Érasme,  certains  propos  agressifs  : 
«  La  femme  est  un  animal  inepte  et  ridicule.  Platon  avait  raison  de  se  demander 
dans  quelle  catégorie  la  placer,  celle  des  êtres  raisonnables  ou  des  brutes...  La 
femme  est  toujours  femme,  c'est-à-dire  stupide.  »  Dans  son  livre  du  Soldat 
chrétien  (1504),  Erasme  a,  par  contre,  intercalé  un  magnifique  éloge  de  la 
femme,  image  de  Dieu  :  à  savoir  de  la  piété,  modestie,  sobriété  et  chasteté. 

Deux  ans  avant  le  Mariage  chrétien  d'Érasme,  l'Espagnol  Louis  Vives,  fécond 
écrivain,  moraliste  généreux,  d'une  belle  hardiesse  d'esprit,  avait  publié  en  latin 
un  ouvrage  qui  eut  alors  une  grande  vogue  et  qui,  traduit  par  Pierre  de  Changy, 
sous  ce  titre  :  Livre  de  V Institution  de  la  femme  chrétienne,  fut  l'objet  de  nom- 
breuses éditions  à  partir  de  l'année  1543. 


III.  André  Tiraqueau  et  la  question  des  femmes. 

Au  reste,  Nevizan  aussi  bien  qu'Erasme  avaient  été  précédés  de  plusieurs 
années  par  un  jurisconsulte  français,  dont  le  nom  seul  suffit  à  évoquer  des  sou- 
venirs nombreux  et  précis  chez  tous  les  amis  de  Rabelais  :  nous  voulons  parler 
d'André  Tiraqueau,  lieutenant  au  bailliage  de  Fontenay-le-Comte.  On  sait 
quelle  hospitalité  intelligente  Rabelais  trouva  chez  ce  magistrat  érudit  et  quelle 
docte  compagnie  il  y  fréquenta  '.  Il  est  permis  de  penser  que  la  préparation 
du  Tiers  Livre  a  dû  commencer  en  quelque  sorte  dans  les  conversations  de 
l'aimable  cénacle  de  Fontenay,  dont  l'assemblée  du  théologien,  du  médecin  et 
du  philosophe,  à  la  table  de  Pantagruel,  devait  donner  une  idée  assez  exacte. 
Tiraqueau  avait  publié  dès  15 13  un  traité  juridique  sous  le  titre  :  De  legibus  con- 
nubialibus .  .  .,  dont  de  nouvelles  éditions,  remaniées  et  augmentées,  parurent 

I.  Yoy., passim,  rÉgh'se  réformée  de  Fontenay-ïe-Comte,  par  Benjamin  Fillon  (Niort,  Clouzot, 
in-40)  ;  André  Tiraqueau,  par  Bourgnon  de  Layre  (Poitiers,  1840,  in-80)  ;  J.  Plattard,  L'Adolescence 
de  Rabelais  en  Poitou  (Paris,  les  Belles-Lettres,  1923,  in-12)  et  une  étude  de  M.  Alfred  Richard 
dans  les  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  V  Ouest  de  1909.  On  trouvera  un  beau  portrait  de  Tira- 
queau dans  le  volume  intitulé  Andreae  Tiraquelli  régit  in  senatu  parisiensi  consiliarii  tractatus 
(Paris,  Kerver,   1552). 


XXXVIII  INTRODUCTION 

en  1515,  1524,  1546  et  1554  '.  Rabelais  approuva  ce  livre  et  s'y  intéressa  de 
près.  Dans  cet  ouvrage  fortement  documenté  et  où  se  rencontrent  d'innom- 
brables citations  (en  très  grande  partie  de  première  main,  empruntées  aux 
auteurs  sacrés  et  profanes,  mais  surtout  aux  seconds),  le  légiste  poitevin  a  su 
montrer  une  connaissance  également  personnelle  et  approfondie  tant  des  auteurs 
de  l'antiquité  que  de  ceux  du  moyen  âge  et  de  son  époque  -. 

On  peut  dire,  sans  crainte  de  trop  priser  sa  valeur,  que  le  De  legibus  place  le 
chef  du  petit  cénacle  fontenaisien  en  bonne  place  parmi  les  humanistes  les  plus 
autorisés  du  règne  de  François  I".  Il  serait  curieux  de  rechercher  dans  quelle 
mesure  exacte  les  juristes,  qui,  durant  la  plus  grande  partie  du  moyen  âge  et 
pendant  tout  le  xV  siècle,  avaient  maintenu  le  goût  et  la  pratique  d'un  certain 
nombre  d'auteurs  anciens,  ont  contribué  à  l'œuvre  générale  de  la  Renaissance. 
Il  est  manifeste,  en  effet,  que,  seuls,  ils  ont  conservé  le  contact  permanent 
avec  toute  une  catégorie  d'idées  et  de  doctrines  de  l'antiquité.  Pour  beaucoup 
d'entre  eux,  la  pensée  de  la  vieille  Rome  était  demeurée  sacrée.  Aux  moments 
mêmes  où  la  réflexion  philosophique  se  trouva  le  plus  abaissée,  où  la  littéra- 
ture méconnut  davantage  les  beautés  des  lettres  grecques  et  latines,  ils  ne 
cessèrent  d'invoquer  l'autorité  toute  laïque  du  droit  romain.  Ils  furent  ainsi 
comme  le  lien  vivant  qui  rattacha  le  monde  moderne  au  monde  ancien.  Par 
les  juristes,  l'étincelle  de  la  raison  antique  fut  conservée  à  travers  le  moyen  âge. 
Que  Rabelais  ait  vécu  dans  l'intimité  de  plusieurs  jurisconsultes  à  l'aurore  de  sa 
carrière,  c'est  là  un  fait  qu'on  ne  saurait  trop  rappeler.  Le  Tiers  Livre  atteste 
plus  que  tout  autre  que  l'influence  de  ce  milieu  restait  toujours  agissante,  après 
vingt-cinq  ans. 

Bien  qu'il  ait,  en  plus  d'un  cas,  rendu  justice  aux  filles  d'Eve,  notamment  en  ce 
qui  concerne  le  point  de  vue  strictement  juridique,  le  lieutenant  de  Fontenay, 
l'homme  le  mieux  informé  en  son  temps  de  tout  ce  qui  regardait  la  femme,  se 

1 .  L'édition  de  1 546  n'avait  pas  été  signalée  durant  longtemps.  C'est  M.  Barat  qui  en  a 
constaté  l'existence.  Il  a  montré  le  parti  qu'on  en  doit  tirer  pour  l'étude  des  rapports  qui 
peuvent  être  signalés  entre  l'œuvre  de  Tiraqueau  et  le  111^  livre  de  Rabelais.  Son  étude  a  paru 
dans  la  Revue  des  Études  rabelaisiennes,  1905,  p.  158  et  suiv.,  et  253  et  suiv.,  puis  en  tirage  à 
part.  Ajoutons  que,  d'après  sa  collation,  l'édition  de  1546  offre  des  différences  marquées  avec 
les  éditions  précédentes.  Nous  avons  traité  dans  divers  cours,  en  1901-02,  de  l'influence  exercée 
par  le  milieu  savant  et  lettré  de  Fontenay-le-Comte  sur  la  formation  de  Rabelais. 

2.  Ficin,  Symphorien  Champier,  Savonarole,  etc.  —  Platon,  parmi  les  anciens,  est  fréquem- 
ment cité,  ainsi  qu'Averroés,  Avicenne,  Proclus,  Paul  d'Égine,  Hippocrate,  Galien,  etc.  Le 
relevé  des  autorités  alléguées  par  Tiraqueau  nous  prendrait  plusieurs  pages.  Ses  ouvrages 
témoignent  d'une  connaissance  sérieuse  du  grec.  Il  convient  de  rappeler,  en  outre,  que 
Tiraqueau  paraît  avoir  fait  le  voyage  de  Rome. 


LES    LOIS    MATRIMONIALES  XXXIX 

montra  plutôt  hostile,  dans  son  livre,  au  sexe  fragile,  risquant  même  à  son  en- 
droit des  appréciations  très  dures  et  très  crues,  voire  d'une  singulière  obscénité. 
S'il  faut,  —  comme  c'est  le  cas  présent, — leranger  nettement  dans  l'un  ou  dans 
l'autre  des  deux  groupes  opposés  qui  ont  parlé  des  femmes  et  du  mariage,  il  n'y  a 
guère  à  hésiter  :  c'est  dans  la  catégorie  des  contempteurs  du  sexe  féminin  qu'il 
convient  de  le  classer.  Notons  cependant  que  notre  auteur  a  protesté  avec  éner- 
gie contre  l'accusation  de  parti  pris  dirigée  contre  lui.  Heureux  en  ménage,  il 
croyait  avoir  attaché  autant  de  prix  aux  idées  favorables  à  la  femme  qu'à  celles 
qui  lui  étaient  contraires,  ayant  cité  des  textes  plutôt  que   formulé  des  juge- 
ments. N'avait-il  pas  défendu  les  épouses  contre  les  maris  tyrans  ?  Il  parle 
même  de  consacrer  plus  tard  un  livre  à  la  louange  des  femmes,  et  certaines 
p'ages  du  De  legibus  semblent  attester  qu'il  en  réunit  les  éléments.  Le  volume  de 
Tiraqueau  fut,  dès  son  apparition,  l'objet  d'un  succès  flatteur  :  on  le  lut,  on 
le   consulta,    on    le  pilla  beaucoup.    M.  Barat  croit    même  pouvoir   affirmer 
qu'hrasme    et    plus    tard    Rabelais    lui    firent  plusieurs    emprunts.    Il   a    dû 
contribuer  pour  une  large  part,  sinon  à  réveiller   les  polémiques    relatives  à 
la  question  féminine,  dont   l'activité  n'avait  jamais  cessé  de  se  manifester, 
du  moins  à  en  augmenter  l'intérêt,  à  l'heure  précise  où  la  Renaissance  posait 
une  foule  de  problèmes  nouveaux,  ouvrant  des  horizons  insoupçonnés,  exci- 
tant les  curiosités  du  grand  public,  et  surtout  apportant,  grâce  à  la  révélation 
des  httératures  anciennes,  un  contingent  considérable  de  textes,  de  théories  et 
d'arguments  non  entrevus  jusque-là.  Le  progrès  général  des  sciences  d'observa- 
tion favorisait  encore  la  vogue  de  ces  discussions  ;  il  en  haussait  le  ton  et  la  portée. 
Un  ami  de  Tiraqueau  et  de  Rabelais,  en  même  temps  leur  voisin,  choqué  des 
théories  du  De  legibus,  qu'il  considérait  comme  injurieuses  pour  les   femmes, 
entreprit  de  se  constituer  leur  champion  et  de  répondre  à  ce  «  réquisitoire  ».  Il 
se  nommait  Aymery  ou  Amaury  Bouchard  et  exerçait  les  fonctions  importantes 
de  président  à  Saintes.  C'était  un  tempérament  idéaliste,  pénétré  des  doctrines 
platoniciennes;  —  son  traité  de  Y  Immortalité  de  T  âme,  ouvrage  resté  manuscrit, 
en  témoigne   encore  aujourd'hui.  —  Il   semble  avoir  été  lié  principalement 
avec  Pierre  Amy,  le  savant  cordelier,  helléniste  remarquable  et  philosophe  d'une 
rare  élévation  d'esprit,   comme  le  prouve  sa  correspondance  avec  Guillaume 
Budé,  et  qui  a  été  le  véritable  maître  de  Rabelais.  Or,  Amy,  ne  l'oublions  pas, 
choisi  comme  arbitre  dans  la  controverse,  fut,  aussi  bien  qu'Amaury  Bouchard, 
un  adepte  convaincu   des   doctrines  néoplatoniciennes  '.    Ce  lien  intellectuel 

I .  Voy.   notre  article  intitulé  :  le  «  Platon  »  de  Rabelais,  dans  le  Bulletin  du  bibliophile  du 
15  avril  1901. 


XL  INTRODUCTION 

dut  favoriser  l'intimité  de  leurs  rapports,  dont  une  intéressante  lettre  (qui  n'a 
pas  revu  le  jour  depuis  l'année  1522  et  que  les  rabelaisants  trouveraient  sans 
doute  plaisir  à  lire  '),  fournit  un  témoignage  fort  explicite.  Ce  texte  nous 
prouve  que  Pierre  Amy  faisait  chez  le  président  de  Saintes  des  séjours  prolongés- 
Il  s'y  trouvait,  justement  au  moment  où  Bouchard  prépara  et  publia  son  traité 
féministe  dirigé  contre  Tiraqueau  :  Ahnarici  Bouchardi  T-?;ç  vuvaixsîa;  ©jtay;?, 
adversiis  Andream  Tiraquellmn.  Venundatur  in  a^dibus  Ascensianis,  1522, 
in-4°.  Quoique  assez  vive  de  ton,  cette  riposte  savante  ne  paraît  pas  avoir 
altéré  d'une  manière  sensible  les  relations  cordiales  qui  existaient  entre  le 
magistrat  saintongeois  et  le  lieutenant  fontenaisien.  Cependant  Tiraqueau  fut 
piqué  au  jeu  et  fit  paraître,  deux  ans  plus  tard,  une  nouvelle  édition  remaniée 
de  son  De  legibus  connubialibus ,  dans  laquelle  ses  doctrines  peu  sympathiques  à 
la  femme,  «  inférieure  à  l'homme  »,  n'étaient  nullement  atténuées,  et  où 
Rabelais  et  Pierre  Amy,  qui  avaient  dû  suivre  de  près  la  préparation  de  ce 
livre,  étaient  plus  d'une  fois  cités,  loués  et  même  invoqués.  Un  petit  dis- 
cours de  Rabelais  s'y  trouve  ainsi  rapporté,  sans  parler  de  son  épigramme 
grecque.  Telle  de  ces  pages  reflète  sûrement  les  conversations  qui  s'étaient 
tenues,  peu  de  temps  auparavant,  sous  le  bosquet  de  lauriers  du  petit  jardin  de 
Fontenay-le-Comte.  Ce  fut  seulement  deux  ans  après  cette  nouvelle  édition 
du  De  legibus  que  le  Mariage  chrétien  d'Érasme  vit  le  jour. 

Le  traité  féministe  de  Cornélius  Agrippa,  l'auteur  que  Rabelais  a  mis  en 
scène  sous  le  nom  transparent  de  HerTrippa,  De  prœcellmtia  fœminei  sexus,  sou- 
leva également,  vers  la  même  époque,  d'assez  vives  disputes  (1529).  «  A  côté 
d'enfantillages  et  de  plaisanteries,  observait  récemment  un  bon  juge,  que  de  vues 
justes  et  hardies  pour  ce  temps  !  «  Agissant  contre  tout  droit  divin,  violant 
impunément  l'équité  naturelle,  la  tyrannie  de  l'homme  a  privé  la  femme  de 
la  liberté  qu'elle  reçoit  en  naissant...  Dès  son  enfance,  elle  est  tenue  en  oisi- 
veté à  la  maison  et,  comme  si  elle  n'était  pas  capable  d'un  plus  haut  office, 
il  ne  lui  est  permis  de  toucher  autre  chose  que  l'aiguille  et  le  fil.  »  Plus 
tard,  c'est  le  mariage  qui  l'asservit  à  un  maître  jaloux  ou  bien  le  couvent  où 
on  l'enferme  pour  toujours.  Et  cependant  elle  a  des  droits.  Elle  joue  un  rôle 
plus  important  que  l'homme  dans  la  naissance  des  enfants,  par  quoi  se  per- 
pétue l'espèce...  N'est-elle  pas  aussi  intelligente  que  les  représentants  de 
l'autre  sexe  ?  Elle  a  même  plus  de  finesse  et  de  pénétration  ;  éclairée  par  un 
instinct  qui  est  un  privilège  de  sa  nature,  elle  voit  souvent  plus  juste  que  les 
philosophes  et  les  savants.    Elle  a,  de   naissance,  la  parole  facile,  le  don  de 

I .   Il  s'agit  de  la  lettre-préface  de  louvrage  qui  va  être  cité. 


LES    FEMMES    ET    LA    RENAISSANCE  XLI 

l'éloquence,  et  Agrippa  ajoute  en  souriant  :  «  Il  n'y  en  a  guère  de  muettes  ». 
Pourquoi  donc  limiter  si  misérablement  le  champ  de  son  activité,  pourquoi  lui 
fermer  des  emplois  auxquels  elle  serait  propre  ?  «  Ce  qui  se  fait,  non  par  raison, 
mais  parla  force  de  l'usage,  par  l'éducation,  parle  hasard,  et  principalement 
par  la  violence  de  l'oppression.  »  \ 


IV.    Le  Rôle  des  femmes  au  temps  de  la  Renaissance. 
La  Tradition  «  courtoise  ». 

Comme  on  peut  le  penser,  les  poètes  du  temps  firent  volontiers  des  allu- 
sions aux  controverses  suscitées  par  la  question  féminine.  Nous  avons  énuméré 
plus  haut  les  principales  pièces  qui  se  rattachent  à  cette  polémique.  Rappelons 
encore,  à  côté  des  écrivains  qui  viennent  d'être  cités,  les  noms  de  Lemaire  de 
Belges,  Gringore,  Pontalais,  du  polygraphe  Symphorien  Champier,  l'auteur  de 
la  Nef  des  Dames,  etc.  Tout  le  monde  sentait  alors,  —  les  partisans  des  idées 
traditionnelles  aussi  bien  que  les  adeptes  des  conceptions  nouvelles  introduites 
par  la  Renaissance,  —  que  les  données  du  problème  étaient  fortement  modifiées. 
La  femme  tendait  à  jouer  un  rôle  social  de  plus  en  plus  grand  ;  sa  place  n'était 
plus  seulement  au  foyer  ;  elle  n'avait  plus  pour  unique  mission  de  vaquer  aux 
soins  du  ménage  ;  elle  visait  à  se  rapprocher  de  l'homme.  L'éclat  inouï  des 
grandes  cours  royales  d'Angleterre,  de  France,  d'Espagne,  celui  des  cours  prin- 
cières  moins  vastes,  mais  infiniment  brillantes,  d'Italie,  où  l'influence  des 
femmes  s'affirmait  chaque  jour  plus  puissante;  les  succès  politiques,  littéraires, 
poétiques  dont  leur  sexe  pouvait  s'enorgueillir  :  tout  cela  indiquait  assez  l'ou- 
verture d'une  ère  nouvelle  pour  les  contemporaines  de  Marguerite  d'Angoulême, 
de  Jeanne  d'Aragon  ^,  de  Vittoria  Colonna,  de  Louise  Labé  et  d'Olympia 
Morata. 

Quand  on  songe  à  la  place  que  tiennent  en  leur  siècle  non  seulement  les 
femmes  illustres  dont  on  vient  de  rappeler  les  noms,  mais  encore  une  Anne 
de  Bretagne,  une  Marguerite  d'Autriche,  une  Louise  de  Savoie,  une  Renée  de 
France  et  ses  filles,  une  Marguerite  de  France,  une  duchesse  de  Guise,  une 
Diane  de  Poitiers,  une  Anne  Boleyn,  —  et,  après  elles,  Catherine  de  Médicis, 

1 .  Gustave  Reyuier,  La  Femme  au  XVII<^  siècle,  Paris,  1929,  in-12,  p.  6  et  suiv.  —  V.  plus 
loin,  dans  notre  chapitre  III,  les  pages  consacrées  à  Her  Trippa. 

2 .  Peinte  par  Raphaël  et  célébrée  par  Niphus  dans  son  livre  De  Pulchro  et  Atnore,  le  premier 
traité  d'esthétique  qu'ait  produit  la  philosophie  moderne. 

LE  TIERS   LIVRE.  VI 


XLII  INTRODUCTION 

Jeanne  d'Albret,  Marie  Stuart,  Marguerite  de  Valois,  Elisabeth  d'Angleterre, 
—  ou,  dans  un  rang  plus  modeste,  Anne  de  Graville,  Louise  de  Montmo- 
rency, Marguerite  du  Bourg,  Jeanne  Gaillarde,  Claudine  et  Jeanne  Scève, 
Pernette  du  Guillet,  Anne  Tallonne,  Claude  de  Bectoz,  Helisenne  de 
Crenne,  les  filles  de  Thomas  Morus,  les  sœurs  Seymour  et  tant  d'autres,  il  ne 
semble  guère  utile  de  chercher  à  démontrer  plus  longuement  l'influence  conquise 
par  les  femmes  dans  la  première  moitié  du  xvi<=  siècle. 

Une  société  moins  rude,  plus  galante,  plus  artiste,  plus  polie,  aux  manières 
raffinées,  accessible  au  sentiment  de  la  beauté  physique,  sensible  par  là  même 
aux  complications  sentimentales  et  aux  mystères  de  la  vie  du  cœur,  et  où  les 
droits  de  la  passion  paraissaient  presque  légitimes,  se  prépare  en  France  au  len- 
demain des  guerres  d'Italie.  Les  poètes  s'aperçoivent  les  premiers  du  change- 
ment accompli  et  notent  les  succès  continus  du  nouvel  idéal.  Le  célèbre  et 
joli  rondeau  de  Clément  Marot,  les  définitions  de  l'amour  de  Mellin  de  Saint- 
Gelais  et  de  Marguerite  de  Navarre  ne  sont,  entre  beaucoup  d'autres,  que  les 
échos  mélancoliques  ou  joyeux  des  sentiments  suscités  par  cette  transformation. 
Cependant,  une  série  de  blasons,  parfois  très  osés,  module  comme  une  glorifica- 
tion ardente  et  sensuelle  de  toutes  les  parties  du  corps  féminin,  sorte  d'hymne 
païen  à  la  louange  de  la  Vénus  physique,  auquel  Clément  Marot,  en  dépit  des 
regrets  exprimés  dans  ï Amour  du  siècle  antique  (rondeau  52,  éd.  Jannet,  II,  p. 
162),  ne  dédaigne  pas  de  s'associer.  Remarquons,  dès  maintenant,  que  les  sym- 
pathies de  ce  poète  et  de  certains  de  ses  disciples  ont  connu  d'autres  inspirations 
que  celle  de  la  tradition  gauloise.  Plusieurs,  comme  Rabelais,  dans  l'épisode  de 
l'abbayedeThélème,  où  «  le  tout  estoit  faict  selon  l'arbitre  des  dames  »,  rendent 
un  hommage  explicite  à  l'égalité  des  sexes,  voire  même  à  la  prééminence  du 
sexe  féminin.  Gargantua,  on  l'a  vu,  célèbre  les  progrès  intellectuels  des  femmes 
et  des  filles  qui  ont  «  aspiré  à  ceste  louange  et  manne  céleste  de  bonne  doctrine  »  ; 
mais  il  faut  bien  reconnaître  que  ces  éloges  apparaissent  plutôt  comme  des 
effusions  momentanées,  et  que  tout  le  reste  des  deux  premiers  livres,  d'où  la 
femme  est  absente,  sinon  traitée  avec  peu  de  sympathie,  tend  à  les  contredire. 
Dans  son  tableau  d'une  société  idéale,  l'auteur  de  Gargantua  glorifie  les  dames 
parce  que  cela  est  nécessaire  à  sa  conception  antimonastique,  mais  il  ne  les  loue 
point  pour  elles-mêmes.  C'est  sur  sa  doctrine  profonde  un  élégant  placage  qui 
ne  doit  pas  faire  illusion.  En  réalité,  cet  ancien  moine  n'a  pas  flatté  la  femme  : 
il  est  resté  plutôt  fidèle  à  la  vieille  tradition  gauloise  et,  en  dépit  des  pages 
admirables  de  l'abbaye  de  Thélème  et  du  discours  d'Hippothadée,  à  la  con- 
ception satirique  et  méprisante  du  moyen  âge  à  l'égard  du  sexe  faible. 

Un  procureur  poitevin,  poète  de  l'école  des  Rhétoriqueurs,  Jean  Bouchet, 


TRADITION    GAULOISE   ET  TRADITION    COURTOISE  XLIII 

ami  et  correspondant  de  notre  Tourangeau,  composa  vers  1530  divers  poèmes 
qui,  s'ils  ignorent  encore  l'idéal  naissant  dont  il  vient  d'être  question,  du  moins 
ne  lui  sont  pas  contraires.  Ils  se  rattachent  même,  par  quelques  endroits,  à  la  con- 
ception de  la  vie  courtoise  du  moyen  âge,  en  tenant  compte,  dans  certaines 
pages,  des  aspirations  plus  pures,  plus  désintéressées,  que  les  adeptes  de  la 
Renaissance  cherchaient  à  introduire  dans  les  choses  de  l'amour  et  de  la  vie 
sentimentale.  Il  importe  de  remarquer,  à  ce  propos,  que  l'idéal  de  courtoisie,  dont 
les  romans  de  chevalerie  nous  font  connaître  les  éléments  caractéristiques,  pré- 
para la  poussée  d'idéalisme  qui  apparut  en  France  dans  les  environs  de  1530 
à  1540.  Ce  courant  moderne,  plus  large,  plus  noble,  plus  profond,  trouva  en 
France  un  terrain  propice,  grâce  aux  conceptions  maintenues  durant  les  siècles 
par  une  partie  de.  la  littérature  romanesque,  celle-là  même  qui  venait  justement 
de  trouver  un  regain  d'actualité  avec  les  nombreuses  et  belles  éditions  illustrées 
qui  apparurent  entre  1490  et  1550'.  En  somme,  deux  traditions  contraires 
n'ont  pas  cessé  de  coexister  ni  de  se  développer  dans  notre  pays,  en  ce  qui  con- 
cerne l'amour  et  les  femmes  :  la  tradition  gauloise,  d'ordre  satirique,  franchement 
dénigrante,  et  la  tradition  idéaliste,  tendant  à  l'exaltation  et  au  panégyrique  du 
sexe  féminin  et  des  sentiments  amoureux.  La  première  n'a  pas  beaucoup  modi- 
fié sa  tactique  à  travers  les  âges,  ni  ses  arguments,  ni  sa  dialectique,  ni  ses 
moyens  d'action,  ni  ses  visées  de  critique  systématique  ;  la  seconde,  au  con- 
traire, s'est  modifiée  suivant  les  époques,  se  transformant  d'une  manière  déci- 
sive à  partir  de  la  Renaissance,  fusionnant  en  quelque  sorte  toutes  les  ten- 
dances mystiques,  courtoises,  sentimentales  et  philosophiques,  et  se  renfor- 
çant, grâce  à  l'appoint  des  conceptions  antiques,  d'éléments  infiniment  pré- 
cieux qui  lui  communiquent  un  caractère  de  grandeur  et  d'élévation  qu'elle 
n'avait  point  encore  connu. 

Les  deux  ouvrages  de  Bouchet  portent  les  titres  suivants  :  Les  Triumphes  de  la 
noble  dame  amoureuse  et  l'art  d'honnestement  aimer,  composés  par  le  Traverseur  des 
Voyes  périlleuses,  et  Les  Angoysses  et  remèdes  d' Amour .  Ils  se  composent  de  prose 
et  de  poésie  mêlées.  Le  premier,  véritable  traité  de  théologie  et  de  morale,  fut 
successivement  réédité  dix-huit  fois  à  partir  de  1530  ^.  Le  second  n'eut  guère 
moins  de  vogue  à  partir  de  1536.  On  a  peine  à  concevoir  les  raisons  de  ce  suc- 
cès :  ces  deux  livres,  très  quintessenciés,  d'allure  quasi  mystique,  étant  à  peu 
près  illisibles  aujourd'hui.  On  peut  considérer  leur  difi'usion  comme  un  indice 

1 .  Voy.  Ambroise  Firmin  Didot,  Essai  de  classijicatioti  méthodique  et  synoptique  des  Romans  de 
chevalerie  inédits  et  publiés,  Paris,  1870,  in-80,  et  Emile  Besch.  Les  adaptations  en  prose  des  chansons 
de  geste  au  XV^etau  XVI^  siècle,  dans  la  Rev.  du  Seizième  Siècle,  1915,  p.  155. 

2.  1530,  IS32,  1534,  1535,  1536,  1537,  IS39'  1541,  1545,  iSSS,  etc. 


XLIV  INTRODUCTION 


probant  du  besoin  que  beaucoup  de  personnes  éprouvaient  alors  de  réagir  contre 
les  tendances  purement  gauloises.  A  ce  titre,  ils  deviennent  presque  intéressants. 
On  y  retrouve  l'arsenal  symbolique  du  Roman  de  la  Rose  et  ses  formules.  L'inta- 
rissable homme  de  loi  est  un  adepte  des  anciennes  écoles;  il  demande  ses  inspi- 
rations au  passé  et  ne  pressent  guère  l'avenir. 


V.  Gratien  Dupont.  —  Evolution  du  sentiment.  —  Grande  controvere 
féminine.  —  L'Amye  de  Court  et  La  parfaicte  Amye.  —  Polémiques 
suscitées  par  ces  ouvrages.  —  Rabelais  s'y  trouve  mêlé. 

Bien  qu'on  ne  puisse  prétendre  que  la  tradition  satirique  et  antiféministe 
ait  été  assoupie  et  oubliée  à  aucun  moment,  un  poète  toulousain  semble  bien 
lui  avoir  apporté,  très  peu  de  temps  après  la  publication  de  Pantagruel  et  de  Gar- 
gantua, un  regain  d'actualité  et  comme  une  consécration  nouvelle.  Gratian  ou 
Gratien  Dupont,  seigneur  de  Drusac,  lieutenant  général  de  la  sénéchaussée  de 
Toulouse,  se  chargea,  en  effet,  vers  1534,  de  pousser  le  cri  d'alarme  contre  les 
panégyristes  du  beau  sexe.  Ce  gros  personnage,  poète  à  ses  heures  et  auteur 
d'un  traité  de  versification,  était  convaincu  que  l'influence  de  plus  en  plus 
notoire  exercée  par  les  femmes  dans  les  divers  milieux  sociaux  constituait  un 
danger  redoutable.  Sous  le  titre  peu  ambigu  de  Controverses  des  sexe  masculin 
et  fœminin,  il  pubHa  à  Toulouse,  en  1534,  un  vaste  poème  divisé  en  trois  livres, 
qui  n'est  qu'une  suite  d'invectives  violentes,  souvent  grossières,  à  l'égard  des 
femmes,  et  comme  une  contre-partie  du  Champion  des  Dames  de  Martin  Le 
Franc,  réédité  en  1530  '.  Il  paraît  que  l'auteur  avait  été  mal  marié,  ce  qui 
l'excuse  peut-être,  sans  le  justifier.  Nous  savons  par  lui  qu'en  dehors'de  ses  inten- 
tions antiféministes,  il  avait  encore  le  dessein  de  donner,  à  l'usage  des  jeunes 
gens  auxquels  il  dénonçait  les  embûches  des  filles  d'Eve,  des  modèles  et  des 
exemples  de  toute  sorte  de  rimes  et  des  vers.  C'est  ainsi  qu'il  a  accumulé  au 
cours  de  son  œuvre  quantité  de  ballades,  de  lays,  de  rondeaux,  de  virelais,  de 
chansons  et  de  chants  royaux.  Très  expert  dans  les  secrets  de  nos  vieux  arts 
poétiques,  il  composedes  pièces  dans  les  rimes  les  plus  compHquées  et  les  moins 
connues  :  la  Batelée,  la  Latinisée,  la  Rétrograde,  l'Enchaînée,  la  Brisée,  l'Équi- 
voque, la  Senée,  la  Couronnée,  l'Emperière,  etc.  Mais,  en  aucun  cas,  les 
variétés  du  rythme  n'ont  empêché  Drusac  de  poursuivre  son  but  :    compiler 

I .  M.  Charles  Oulmont  a  publié  dans  la  Revue  des  Études  rabelaisiennes  de  1904,  p.  i  à  28,  et 
135  a  153,  l'étude  qui  nous  manquait  sur  Gratian  du  Pont,  sieur  de  Drusac,  et  les  femmes. 


LES    «    CONTROVERSES    »    DE    GRATIEN    DUPONT  XLV 

tout  ce  que  les  écrivains  sacrés  et  profanes  ont  écrit  contre  les  femmes,  défendre 
de  la  façon  la  plus  énergique  le  sexe  masculin  contre  le  sexe  féminin,  dévoiler 
le  caractère  des  mauvaises  femmes,  —  il  n'y  en  a  guère  de  bonnes,  d'après  lui, 
—  leur  vain  caquetage,  leurs  tours,  les  diversités  infinies  de  leurs  mensonges  et 
de  leurs  tromperies,  les  pièges  qu'elles  tendent  aux  pauvres  amoureux  et  les 
mobiles  trop  souvent  inavouables  de  leur  conduite.  Il  faut  lire  notamment  (fol. 
6i  v°  de  l'édition  de  1541)  la  définition  en  règle  de  la  femme,  cause  de  la  chute 
de  l'humanité,  source  première  du  péché,  et  qui  «  jamais  à  l'homme  ne  fut  pro- 
fitable »,  ainsi  que  les  anathèmes  odieux  dirigés  contre  l'amour.  Les  plus 
ingénieuses  figures  de  poésie  ne  servent,  chez  lui,  qu'à  accumuler  les  épithètes, 
les  allusions,  les  comparaisons,  les  rimes  virulentes,  quand  elles  ne  sont 
pas  obscènes.  Pendant  plus  de  vingt  pages  (du  fol.  87  au  fol.  96),  on 
voit  s'étaler  sans  interruption  des  jeux  de  mots  d'une  grossièreté  révoltante, 
grâce  aux  thèmes  fournis  par  une  syllabe  fatidique  chère  à  tous  les  conteurs 
gaillards,  mais  dont  nul  n'a  usé  aussi  librement  et  avec  moins  de  légèreté.  Au 
folio  180,  on  trouvera  la  plus  cynique  des  comparaisons  que  l'imagination  de 
l'homme  ait  pu  inventer  contre  les  femmes.  Le  troisième  livre  du  poème  contient 
de  nombreuses  anecdotes  toutes  plus  tendancieuses,  plus  insultantes  les  unes  que 
les  autres.  On  y  rencontre  (fol.  191  v°)  l'histoire  de  «  Deux  Nonnains  de  cer- 
tain monastère  qui,  par  superbe,  s'en  allèrent  au  Pape  pour  obtenir  de  se  con- 
fesser l'une  de  l'aultre,  sans  estre  tenues  s'adresser  aux  prebstres  pour  se  confes- 
ser »,  que  raconte  Rabelais  au  chapitre  xxxiv  de  son  livre  III  en  l'attribuant 
aux  nonnains  de  Fontevrault.  Gratien  Dupont  personnifiait  au  premier  chef,  à 
Toulouse,  les  tendances  rétrogrades  ;  il  fut  en  particulier  l'adversaire  acharné 
de  Dolet.  Son  poème  obtint  cependant,  et  peut-être  à  cause  de  cette  attitude 
même,  un  succès  dont  il  n'était  guère  digne  ;  il  fut  réédité  en  1537  et  en  1541. 
Il  importe  de  noter  au  passage  cette  dernière  date.  Observons  encore  que  le 
second  livre  des  Controverses  des  sexes  masculin  et  fœminin  s'ouvre  par  le  récit  de 
deux  combats  allégoriques  soutenus  successivement  par  l'auteur  contre  «  ung 
gros  nombre  de  souldars  de  Venus  »  et  contre  les  femmes  muguettes.  Drusac 
décrit  minutieusement  les  deux  armées  assaillantes  et  lance,  chemin  faisant,  plu- 
sieurs allusions  locales  assez  curieuses.  Ces  pages  constituent  la  partie  la  plus 
amusante  de  son  poème  '.  François  de  Billon  reprendra  plus  tard,  contre 
Rabelais,  le  thème  de  ce  combat  symbolique. 

Les  années  comprises  entre  I530°et  1542  eurent  une  action  très  appréciable 
sur  le  développement  des  tendances  idéalistes  que  l'on  a  caractérisées  plus  haut. 

I .   A  signaler  encore,  au  fol.  181,  le  morceau  intitulé  :  «  Les  auteurs  qui  blasment  les  femmes 


XLVI  INTRODUCTION 

Aux  alentours  de  l'année  1530,  la  situation  du  royaume  fut,  d'une  façon  géné- 
rale, singulièrement  favorable  aux  progrès  de  la  Renaissance  :  les  traductions 
et  les  impressions  savantes  se  multiplient,  le  Collège  royal  est  fondé,  les  pro- 
ductions artistiques  les  plus  mer\'eilleuses  naissent  de  toute  part,  la  pensée  fran- 
çaise acquiert  une  force,  une  grâce  et  une  justesse  qu'elle  n'avait  pas  encore 
connues  ;  Marot,  Rabelais,  Marguerite  d'Angoulême  et  bientôt  Calvin  touchent 
à  leur  plein  développement.  Certes,  les  luttes  religieuses  qui  s'annoncent  vont 
retarder  ou  compromettre  en  plus  d'un  cas  cette  poussée  magnifique  :  elle  con- 
tinuera pourtant,  pour  aboutir,  peu  après  1540,  à  une  civilisation  intellectuelle 
infiniment  supérieure,  dans  l'ensemble,  à  celle  de  la  période  précédente.  Les 
milieux  sociaux  qui  virent  s'élaborer  des  œuvres  telles  que  \q  Pantagruel ,  VHep- 
taméron  et  V Institution  chrétienne  supposent  une  culture,  une  élégance,  une  finesse 
et  une  force  de  raisonnement  que  les  âges  antérieurs  n'avaient  point  atteintes. 
Ces  dix  ou  douze  années  virent  donc  s'accomplir  un  travail  de  transformation 
intense  dont  les  conséquences  se  manifestèrent  bientôt.  Divers  recueils  de  ron- 
deaux nous  permettent  de  saisir  sur  le  vif  cette  évolution  décisive.  Une  simple 
âme  de  femme,  demeurée  inconnue,  fit  alors  entendre  les  premiers  cris  du  cœur 
et  le  langage  de  la  passion  vraie  '.  Le  drame  de  sa  vie  fut,  sans  doute,  à  peu 
près  ignoré  de  ses  contemporains  ;  on  peut  y  voir  cependant  la  preuve  la  plus 
saisissante  de  cette  révolution  du  sentiment  caractérisée  par  Michelet  quand  il 
a  écrit  :  «  La  vraie  Renaissance, . .  c'est  la  renaissance  du  cœur  » .  Le  premier  roman 
sentimental  de  la  littérature  françaisedate  de  ce  moment(i538).  Il  est  l'œuvre 
d'une  femme  demeurée  quelque  peu  mystérieuse,  Helisenne  de  Crenne_,  dont 
le  véritable  nom  était  Marguerite  Briet.  Les  Angoysses  douloureuses  qui  procèdent 
d'amours,  contenant  troys  parties  composées  par  dame  Helisenne  de  Crenne,  laquelle 
exhorte  toutes  personnes  à  ne  suyvre  folle  amour,  sont  une  confession  plaintive, 
que  l'auteur  a  voulu  rendre  complète  et  qu'il  a  fait  remonter  jusqu'aux  pre- 
mières années  de  sa  jeunesse.  Une  telle  autobiographie,  riche  de  confidences 
curieuses,  n'eût  pas  été  possible  seulement  dix  ans  plus  tôt^. 

et  en  quel  lieu.  »  On  trouve,  p.  53  v,  ces  quatre  vers,  qui  rappellent  de  très  près  un  passage 
de  Rabelais,  III,  chap.  32  : 

De  quoy  Platon  des  philosophes  maistre 
Doubtoit  si  point  les  femmes  debvoit  mestre 
Au  ranc  des  bestes  par  raison  dominées, 
Ou  bien  des  brutes  du  monde  abominées. 

1.  Les  cent  cinq  rondeaulx d'Amour,  Lyon,  Arnoullet,  1533  (rééd.  par.  Ed.  Tross,  en  1863). 

2.  Nous  renvoyons  au  pénétrant  article  de  Louis  Loviot  sur  Helisenne  de  Crenne  dans  la  Reinie 
des  Livres  anciens,  t.  II,  p.  157,  à  la  note  publiée  par  nous,  ibid.,  p.  376,  et  à  l'analyse  donnée 


«    LE   COURTISAN    »    DE    CASTIGLIONE  XLVII 

Ce  fut  sans  doute  en  ce  qui  touche  le  rôle  dévolu  à  la  femme  et,  pareillement, 
l'apologie  de  l'amour  idéal  et  de  la  beauté,  que  le  changement  fut  le  plus 
soudain  et  le  plus  apparent.  Un  tout  petit  livre,  presque  une  simple  plaquette, 
en  apporta  la  révélation  :  je  veux  parler  de  La  Parjaicte  Amyt  d'Antoine  Héroët 
de  la  Maison  Neufve,  qui  fit  si  grand  bruit  au  cours  d'une  querelle  longue  et 
passionnée,  dont,  précisément,  la  publication  du  Tiers  Livre  de  Pmîtagruel  ne 
fut  qu'un  épisode  entre  plusieurs  autres.  Les  controverses  auxquelles  il  fut 
mêlé  furent  infinies  et  se  prolongèrent  pendant  plus  de  quinze  ans  '.  Voici 
comment  elles  débutèrent. 

En  1528,  avait  paru  à  Venise,  chez  Aide,  //  libro  del  Cortegiano  du  Comte 
BalthazarCastiglione,  composé,  de  l'aveu  même  de  l'auteur,  sur  le  désir  exprimé 
par  François  I"  et  pour  lui  complaire.  Dans  ce  livre,  conçu  à  la  manière  d'un 
dialogue  de  Platon  et  qui  fut  si  admiré  et  si  lu  pendant  un  demi-siècle,  les  inter- 
locuteurs :  Pietro  Bembo,  Lodovico  Canossa,  le  futur  évêque  de  Bayeux, 
Julien  de  Medicis,  le  cardinal  Bibbiena,  Federigo  Fregoso,  L'Arétin,  et  dix 
autres  gentilshommes  ou  lettrés,  groupés  autour  de  la  duchesse  Elisabeth  Gon- 
zague,  dans  le  palais  du  duc  d'Urbin,  exposent  tour  à  tour  leur  opinion  tou- 
chant les  qualités  propres  au  courtisan.  Les  quatre  livres  de  l'ouvrage  cons- 
tituent une  sorte  de  code  de  savoir-vivre  à  la  cour.  Le  premier  livre  traite  du 
caractère  du  «  parfait  courtisan  »,  des  connaissances  et  des  talents  qu'il 
doit  acquérir;  le  second,  de  la  prudence  à  observer  dans  ses  rapports  avec  le 
prince  et  les  autres  courtisans;  dans  le  troisième,  les  devisants  s'efforcent  de 
peindre  la  «  dame  de  palais  »,  en  concordance  avec  le  «  portrait  du  cavalier 
accompli.  »  Bembo  expose  avec  éloquence,  dans  le  quatrième,  la  théorie  pla- 
tonicienne de  l'amour  pour  décider  si  le  courtisan,  devenu  vieux,  peut  encore 
concevoir  de  l'amour.  Moins  de  dix  ans  plus  tard,  en  1537,  le  lecteur  du  roi 
François  I",  Jacques  Colin,  esprit  cultivé  et  poète,  publiait  une  traduction  du 
Corîegiano  qui  répandit  et  fit  goûter  l'œuvre  italienne  dans  notre  pays.  Son 
succès,  attesté  par  une  série  d'éditions,  fut  très  grand  ^  «  Ce  qui  en  fit  le  livre  à 

par  M.  Reynier  du  roman  d'Hélisenne  dans  Le  roman  sentimental  avant  VAstrée  (Paris,  1908,  in- 
12).  Ce  livre  fournira  également  d'utiles  indications  sur  les  nouvelles  et  romans  italiens  et  espa- 
gnols qui  ont  exercé  une  influence  sur  les  Français  de  la  première  moitié  du  xvie  siècle. 

1 .  Les  Œuvres  poétiques  d'Héroët  (ou  Héroet)  ont  été  réunies  en  une  édition  critique  due 
à  M.  FeMinand  Gohin  et  pourvue  d'une  excellente  notice  biographique  (Paris,  Soc.  des  Textes 
français  modernes,  1909,  in- 12).  M.  Gohin  a  fixé  avec  précision  l'ordre  de  succession  des 
différents  ouvrages  mêlés  à  cet  épisode  de  la  «  Querelle  des  femmes  ». 

2,  V.  l'éd.  du  Cortegiano  de  V.  Cian,  Florence,  iS<^4,  Jacques  Colin,  par  V.-L.  Bourilly,  Paris, 
1906,  in-80,  et  Gohin,  op.  cit.,  p.  xx  et.  suiv. 


XLVIII  INTRODUCTION 

la  mode,  observe  M.  Gohin,  ce  fut  la  partie  relative  à  l'amour  et  à  la  femme... 
dans  laquelle  Castiglione  traçait  les  règles  de  conduite  à  suivre  pour  les  dames  de 
la  cour;  il  y  soulevait  des  questions  de  sentiment  fort  délicates  qui  mettaient 
en  cause  la  vertu  même  de  la  femme  et  dont  la  discussion  devint,  semble-t-il, 
un  jeu  de  société.  »  On  chercha  à  savoir  si  la  critique  présentée  par  Castiglione 
de  certains  traits  propres  aux  dames  de  la  cour  était  fondée. 

Dès  1537,  parut  à  Lyon,  chez  François  Juste,  l'éditeur  de  Rabelais,  un 
poème  d'Almaque  Papillon,  valet  de  chambre  de  François  I"et  ami  de  Clément 
Marot,  sous  ce  titre  :  La  Victoire  et  triomphe  d' Argent  contre  Cupido^  dieu  d'amours ^ 
naguières  vaincu  dedans  Paris,  auquel  Charles  Fontaine  '  riposta  aussitôt  par 
sa  Response  faicte  à  f  encontre  d'un  petit  livre  intitulé  le  Triomphe  et  la  victoire  d'Ar- 
gent contre  Cupido  naguières  vaincu  dedans  Paris.  La  première  publication  appar- 
tenait à  la  vaste  catégorie  des  ouvrages  dirigés  contre  les  femmes.  Elle  prélu- 
dait, en  réalité,  à  la  grande  controverse  qui  n'allait  pas  tarder  à  s'engager,  sur- 
tout à  partir  de  1542,  entre  adversaires  et  partisans  du  sexe  faible.  Fontaine, 
platonisant  de  marque,  appartenait  au  groupe  des  apologistes.  A  quelques  années 
de  là,  ces  deux  auteurs  devaient  se  retrouver  en  face  l'un  de  l'autre,  toujours 
dans  des  camps  opposés.  A  la  fin  de  1541,  on  mit  en  vente,  à  Paris,  une  nou- 
velle traduction  de  l'ouvrage  de  Cornélius  Agrippa  :  La  louenge.  . .  du  Sexe 
Féminin  ;  elle  était  due  au  «  Banny  de  Liesse  »,  c'est-à-dire  à  François  Habert, 
l'auteur  du  Songe  de  Pantagruel^. 

Au  commencement  de  1542,  fut  édité,  à  Paris,  un  commentaire  en  vers, 
assez  maladroit,  de  cette  partie  du  Courtisan  qui  préoccupait  tant  l'opinion.  Ce 
monologue  devint  le  point  de  départ  du  débat  célèbre  dans  lequel  intervint 
un  peu  plus  tard  La  Parfaicte  Amye,  et  qui  allait  retenir  l'attention  des  lettrés  et 
des  mondains  durant  plusieurs  années.  Cette  publication  n'était  autre  que 
LAmye  de  Court  '  de  Bertrand  de  La  Borderie,  poète  normand,  dont  Marot 
avait  apprécié  les  premières  productions  '^.  Ce  gentilhomme,  valet  de  chambre 

1 .  Voy.  Maistre  Charles  Fontaine  Parisien,  by  R.  L.  Hawkins,  Cambridge  (Mass.),  Harvard 
University  Press,  19 16,  in-8°,  p.  70  et  suiv. 

2.  Le  jardin  de  fœlicité,  avec  la  louenge  et  haiiltesse  du  sexe  féminin  en  ryme  francoyse,  divisée 
par  chapitres .  Extraicte  de  Henricus  Cornélius  Agrippa,  par  le  Banny  de  Liesse.  On  les  vend  par 
Maistre  Pierre  Vidoue,  Imprimeur  et  Libraire  juré  de  Paris.  Privilège  du  27  novembre  1541. 
Petit  in-80. 

3.  Privil.  du  9  mars  I542(n.  s.) 

4.  Voir  sur  ce  personnage  l'article  de  V.-L.  Bourrilly,  Bertrand  de  la  Borderie  et  le  discours  du 
voyage  à  Constant inople  (15  37-1 5  38),  dans  la  R.  E.  R.,  191 1,  p.  185  et  suiv.,  et  celui  de  Charles 
H.  Livingston  dans  la  Revue  du  Sei:(ième  siècle,  1929,  fasc.  3-4.  Entre  1544  et  1546,  UAmye  de 
Court  fuc  réimprimée  sept  fois  dans  des  recueils. 


LAMYE    DE    COURT  XLIX 

du  roi,  qui  avait  parcouru  l'Orient  comme  chargé  d'une  mission  diplomatique 
par  François  I",  connaissait  à  merveille  les  milieux  de  cour.  Son  petit  poème, 
d'allure  satirique,  «  s'annonce  comme  une  protestation  contre  toutes  les  com- 
plaintes qui  célébraient  la  puissance  divine  de  l'amour,  tels  certain  Trophée 
d'Amour  ou  la  Définition  de  V Amour  de  Saint-Gelais  ou  Douleur  et  Volupté 
d'Héroët  »  '.  Inspirée  par  la  tradition  gauloise,  VAmye  de  Court,  tour  à  tour 
ironique  et  agressive,  voire  même  cynique,  offre  cependant  un  caractère  très 
particulier.  On  y  découvre  un  reflet  curieux  et  sans  doute  exact  des  mœurs 
libres  du  temps,  telles  qu'on  les  voit  se  développer  dans  certains  milieux  de 
cour  et  dans  les  grandes  villes,  sous  la  poussée  du  luxe,  du  bien-être  et  des 
appétits  matériels,  favorisée  par  l'accroissement  général  des  richesses.  L'Auteur 
ne  montre  aucun  souci  de  la  délicatesse  des  sentiments;  la  préoccupation  de 
l'idéal  lui  reste  étrangère.  Le  type  qu'il  préconise  est  celui  d'une  coquette,  sorte 
de  Célimène  avant  la  lettre,  précieuse  et  galante,  qui  comprend  l'amour  comme 
une  fantaisie,  et  ne  veut  y  voir,  à  aucun  prix,  la  source  des  nobles  sentiments, 
du  «  désir  de  vertu  »,  ni  de  la  perfection. 

L'attaque  dirigée  par  La  Borderie  contre  l'amour,  considéré  comme  une 
vaine  idole,  appelait  une  réponse.  Un  disciple  parisien  de  Marot,  Charles  Fon- 
taine, ami  d'Héroët,  le  traducteur  d'Ovide  et  d'Ausone,  futur  auteur  de  la  Fon- 
taine d Amours  (1546)  et  des  Ruisseaux  de  Fontaine,  s'en  chargea  ^.  Il  publia, 
peu  après,  La  ContrAmye,  protestation  généreuse  et  parfois  éloquente  dirigée 
contre  les  théories  utilitaires  qui  venaient  de  trouver  en  La  Borderie  un  inter- 
prète habile  et  quelque  peu  goguenard '.  Cette  œuvre,  de  1282  vers,  très  atta- 
chante à  divers  points  de  vue,  et  où  abondent  des  aperçus  larges  et  variés  et 
même  des  théories  scientifiques  fort  imprévues,  est  une  apologie  de  l'amour 
désintéressé,  uniquement  fondé  sur  l'honneur,  en  opposition  absolue  avec  celui 
qu'éprouve  l'Amye  de  Cour, 

Trop  enchantée  et  endormie 

Aux  honneurs  et  biens  de  ce  monde. 

Comment  ne  pas  remarquer  que  VAmye  de  Court,  dans  l'édition  du  recueil 
des  Opuscules  dAmour  de  1547'',  est  suivie  d'une  pièce  d'allure  facétieuse   qui 

1 .  Gohin,  op.  cit.,  p.  xxv. 

2 .  Voy.  sur  les  œuvres  de  Charles  Fontaine  l'ouvrage  d'Hawkins,  cité  plus  haut. 

3.  V.  Éd.  Gohin,  p.  xxviii. 

4.  P.  146-147. 

LE   TIERS   LIVRE.  VII 


L  INTRODUCTION 

fournit  une  réponse  piquante  et  imprévue  à  l'énigme  qui  rendait  Panurge  si 
perplexe  '  ? 

A  L'UN  DE  SES  AMYS. 

Amy,  pourquoy  me  veux  tu  tant  reprendre 
Que  ne  devois  si  soudain  femme  prendre  ? 
Ne  me  fais  plus  la  guerre  :  je  te  dis 
Que  je  l'ai  faict  pour  avoir  paradis  : 
Et  ne  sçavois  faire  un  meilleur  ouvrage 
Pour  mon  salut,  qu'entrer  en  mariage  : 
Car  tous  marys  sont  d'un  cas  soucieux, 
Qui  me  rend  seur  d'aller  jusques  au  (sic)  cieux. 
Le  grand  hazard  d'estrecoquu  les  fasche. 
Si  je  le  suis,  et  que  point  ne  le  sache, 
Innocent  suis.  Or  tous  les  innocens 
Seront  sauvez,  y  en  eust  il  cinq  cens. 
Si  maugré  moy  je  puis  veoir  et  sentir 
Que  l'on  me  faict  coquu,  je  suis  martyr. 
Les  bons  martyrs  iront  là  sus  tout  droit  : 
Je  ne  doy  donc  rien  craindre  en  cest  endroit. 
Et  si  je  prens  femme  sage  et  honneste, 
Bienheureux  suis  de  si  rare  conqueste. 
Les  bienheureux  (si  l'on  croit  l'escriture) 
Iront  en  gloire,  et  moy  donc  par  droiture . 
Regarde  donc  si  je  ne  suis  pas  sage. 
D'avoir  au  ciel  assigné  mon  partage. 
Que  fusse  tu,  pour  le  bien  qu'il  m'en  semble. 
Bien  marié,  et  coquu  tout  ensemble  ! 

C'est  alors  qu'entre  en  scène  Antoine  Héroëtde  La  Maison  Neufve,  l'auteur  de 
l'Andros^yiie  de  Platon  (1536)  et  de  la  délicieuse  Complainte  d'une  dame  surprime 
nouvellement  d'amour,  «  qui  dénote  une  singulière  délicatesse  d'observation  et 
de  style  ».  Ce  tendre  écrivain,  que  la  Perle  des  Valois  avait  protégé  et  encou- 
ragé dès  son  jeune  âge,  publie  à  son  tour,  en  réponse  à  L'Amye  de  Court,  le 
poème  de  La  Par f aie  te  Amy  e,  qui  porta  le  débat  à  une  hauteur  qu'il  n'avait  pas 
connue  jusque-là.  Platonicien  fervent^,  familier,  en  particulier,  avec  les  doctrines 
de  Marsile  Ficin,  Heroët  occupait  une  place  de  choix  dans  le   cercle   littéraire 


1 .  M.  BourriUy  a  reproduit  cette  pièce  d'après  de  notre  exemplaire  des  Opuscules  d'Amour, 
op.  cit.,  p.   219. 

2.  Sur  le  platonisme  de  la  Renaissance  française  et  aussi  sur  le  rôle  de  la  reine  de  Navarre, 
voy.  notre  ouvrage  Grands  écrivains  français  delà  Renaissance,  "p.  63  à  139. 


LA    PARFAICTE   AMYE  LI 

de  la  reine  de  Navarre,  à  côté  de  Mellin  de  Saint-Gelais  et  de  Claude  Chappuys, 
avec  lequels  il  collabora,  à  côté  aussi  des  promoteurs  de  la  renaissance  du  plato- 
nisme dans  notre  pays  :  Bonaventure  des  Périers,  Pierre  du  Val,  Jean  de  la 
Haye,  Charles  de  Sainte-Marthe,  qui  tous  travaillèrent  à  l'œuvre  commune, 
sous  la  gracieuse  égide  de  la  Marguerite  des  Marguerites.  Le  poème  parut 
d'abord  à  Lyon,  chez  Etienne  Dolet,  lui-même  fervent  platonicien,  en  juin  1 542, 
puis  chez  Pierre  de  Tours,  ensuite  à  Troyes,  à  Rouen,  etc.  A  partir  de  1542 
jusqu'à  1568,  il  fut  réimprimé  au  moins  dix-sept  fois,  car  la  série  des  éditions 
continua  avec  les  recueils  collectifs  des  opuscules  d'amour.  L'œuvre  connut  donc 
un  succès  pour  ainsi  dire  sans  précédent,  auquel  tous  les  contemporains^  parti- 
sans et  adversaires,  ont  rendu  hommage. 

Le  docte  Heroët  à  la  veine  héroïque 
Chante  son  Androgyne  en  haut  sens  Platonique, 
Et  sa  Parfaite  amie,  oeuvre  entier  et  parfait 
Qui  tesmoigne  l'esprit  de  celuy  qui  l'a  fait, 

a  dit  Guy  le  Fèvre  de  La  Boderie,  dans  La  Galliade  (1578,  f°  123  v°).  u  Ce 
petit  œuvre  qui  en  sa  petitesse  surmonte  les  gros  ouvrages  de  plusieurs  »,  comme 
le  notait  Pasquier  un  demii-siècle  plus  tard,  valut  à  «  l'heureux  illustrateur  du 
haut  sens  de  Platon  »  l'admiration  et  l'amitié  des  meilleurs  écrivains  du  temps  : 
il  offrait  une  véritable  codification  de  l'amour  spirituel  ou  «  honnête  amitié  ». 

L'auteur  met  en  scène,  a  dit  un  critique  ',  une  amante  qui  raconte  comment  et  pourquoi 
elle  a  aimé,  comment  elle  aime,  et  qui  se  préoccupe  de  raconter  les  accidents  métaphysiques, 
non  les  faits  extérieurs  et  matériels,  de  son  histoire.  Elle  veut  nous  prouver,  par  son  exemple,  ce 
que  c'est  que  la  perfection  d'amour,  elle  expose  tout  ce  qu'elle  a  ressenti,  tout  ce  qu'elle  a 
trouvé  en  elle-même,  de  nécessairement  et  logiquement  passionné.  L'intention  bien  marquée  du 
poète  est  de  montrer  le  type  exquis  de  la  femme  ensevelie  dans  le  dévouement  amoureux  :  il 
nous  amène  Vénus,  tout  entière  à  sa  proie  attachée,  mais  la  Vénus  des  premières  heures  de  la 
Renaissance. 

Jamais  peut-être,  dans  tout  le  cours  du  xvi^  siècle,  une  œuvre  littéraire  n'a 
réussi  à  produire  une  pareille  émotion.  De  1542  à  1555,  et  même  plus  tard 
encore,  le  grand  public  suivit  avec  une  attention  soutenue  les  passes  d'armes 
retentissantes  suscitées  par  l'apparition  de  ce  petit  livre.  La  «  Querelle  des 
femmes  »  lui  dut  une  acuité  toute  nouvelle,  et  l'on  peut  dire,  sans  crainte 
d'exagération,  que  dans  les  huit  ou  dix  années  qui  précédèrent  l'avènement  de 
la  Pléiade,  elle  demeura,  avec  la  résurrection  du  platonisme,  le  fait  le  plus  sail- 

I .   Ch.  d'Héricault,  dans  le  Recueil  des  poètes  français  de  Crépet,  t.  I. 


LU  INTRODUCTION 

lant  de  l'histoire  des  idées.  Au  reste,  pour  peu  que  Ton  se  reporte  aux  témoi- 
gnages de  singulière  estime  décernés  au  «  poète  philosophe  »  par  Joachim  du 
Bellay  et  ses  confrères  de  la  Pléiade,  on  comprendra  que  la  jeune  école  n'a 
point  cherché  à  diminuer  le  prestige  d'Héroët  ni  à  discuter  l'élévation  ou  la 
justesse  de  ses  conceptions.  Ronsard  et  ses  disciples,  en  mettant  au  premier 
plan,  dans  leurs  poésies,  là  préoccupation  de  l'amour  et  de  la  femme,  n'ont  fait 
que  donner  un  nouvel  essor  aux  aspirations  qui  avaient  tant  divisé  les  écri- 
vains de  la  période  précédente.  Il  y  a  lieu  d'observer  que  le  succès  soudain  et 
prodigieux  des  premiers  contribua  à  rejeter  dans  l'ombre,  pour  un  certain 
temps,  les  détracteurs  des  filles  d'Eve. 

Après  Fontaine  et  Heroët,  qui  se  rangent  ainsi  avec  ferveur  dans  le  camp 
féministe,  un  quatrième  jouteur  entre  en  lice  :  Paul  Angier,  de  Carentan  '  ;  il 
prit  parti,  dans  L'Experietice.  .  .  contenant  une  brefve  defence  en  la  personne  de  Vhon- 
neste  Amant  pour  l'Amye  de  Court  contre  la  Contraniye,  pour  la  thèse  de  La  Borde- 
rie,  pendant  que  le  Bourguignon  Almaque  Papillon,  valet  de  chambre  de  Fran- 
çois I*"",  autre  ami  de  Marot,  se  classe,  dans  le  Nouvel  Amour,  du  côté  de  la 
ContrAmye.  Toutes  les  pièces  du  procès  ne  tardèrent  pas  à  être  réunies  par  dif- 
férents éditeurs  en  un  seul  volume,  ce  qui  augmenta  encore  leur  diffusion.  A 
Paris  et  à  Lyon  parurent  de  charmants  recueils  sous  ces  titres  :  Le  Mespris  de  la 
Court  (de  Guevara),  etc.,  ou  Opuscules  d'amour,  etc.,  dont  de  nombreux  exem- 
plaires viennent,  aujourd'hui  encore,  attester  la  vogue  passée  (éd.  de  1544,  1545, 
1546,  1547,  1549,  1550,  1551,  1556,  1568).  En  présence  de  cette  extraordi- 
naire diffusion,  la  plupart  des  écrivains  du  temps  se  trouvèrent  ainsi  amenés  à 
prendre  nettement  parti  dans  le  débat;  et,  naturellement,  en  première  ligne,  à 
côté  des  poètes,  figurent  les  morahstes  et  les  conteurs,  les  derniers  surtout  qui, 
depuis  des  siècles,  faisaient  porter  sur  les  relations  des  deux  sexes  le  principal 
effort  de  leur  invention.  Le  problème  posé  leur  appartenait,  si  l'on  peut  dire, 
autant  qu'aux  poètes. 

Pour  continuer  l'énumération  sommaire  des  premiers,  nous  citerons  d'abord 
les  poètes  de  l'école  lyonnaise,  dont  l'inspiration  se  porta  avec  une  prédilec- 
tion particulière  vers  les  définitions,  l'analyse  et  la  glorification  de  l'Amour.  Le 
plus  représentatif  de  tous,  Maurice  Scève,  pubUa  à  Lyon,  en  1544,  c'est-à-dire 
au  moment  de  la  querelle  de  la  Par/aide  Amye,  son  poème  de  Délie,  object  de 
plus  haute  vertu  (rééd.  par  E.  Parturier,  19x6)^  empreint  de  platonisme,  et  où 

I.  M.  Gohin  croit  pouvoir  identifier  Paul  Angier  avec  La  Borderie,  qui  aurait  ainsi  pris  un 
pseudonyme  pour  défendre  son  œuvre,  mais  cette  hypothèse  n'a  été  acceptée  ni  par  M.  E. 
Picot  ni  par  M.  E.  Roy  (cf.  Gohin,  op.  cit.,  p.  xxxv).  Paul  Angier  figure,  à  côté  de  Rabelais, 
dans  une  liste  de  poètes  de  l'époque  (/?.£.  R.,  1905,  p.  448). 


LES    CONVERSATIONS    DE    L  HEPTAMERON  LUI 

rinfluence  pétrarquiste  peut  également  revendiquer  une  large  part.  Si  cette 
œuvre  paraît  au  premier  abord  obscure,  artificielle  et  compliquée,  il  est  juste  de 
reconnaître  qu'une  étude  plus  attentive  y  révèle  des  beautés  véritables  et  qu'il 
se  rencontre,  chez  cet  ancêtre  des  précieux,  nombre  de  passages  d'uu  sentiment 
délicat  et  d'un  souffle  vraiment  moderne.  Après  lui,  Pernette  du  Guillet,  dont  les 
poésies  parurent  en  1545,  Jeanne  Gaillarde,  Clémence  de  Bourges  et  Louise 
Labé,  — dont  les  œuvres,  parmi  lesquelles  le  Débat  de  Folie  et  d'Atnour,  virent  le 
jour  en  1555,  —  revendiquèrent  avec  une  énergie  singulière  les  droits  de  la 
femme  et  de  la  passion.  «  Le  plus  grand  plaisir  qui  soit  après  Amour  est  d'en 
parler,  »  disait  la  Belle  Cordière.  Si  ses  vers  portent  la  marque  d'une  exaltation 
sensuelle  non  dissimulée,  on  y  relève,  d'autre  part,  la  trace  d'un  désir  profond 
de  purifier  l'amour,  de  l'épurer,  de  le  placer  plus  haut  et  plus  loin  des  réalités 
terrestres  :  double  tendance,  quasi  contradictoire,  dont  on  retrouverait  aisément 
plus  d'un  exemple  dans  la  littérature  féminine. 

Pendant  que  s'élaboraient  toutes  ces  œuvres  d'un  accent  si  nouveau,  la  reine 
de  Navarre  composait  pour  un  cercle  choisi  de  lettrés  et  de  femmes  spirituelles 
ses  poésies  les  plus  significatives  :  la  Distinction  du  vray  Amour,  la  Mort  et  Résur- 
rection d'amour,  plusieurs  épîtres  en  vers  à  son  frère,  la  Response  à  une  chanson 
faicte  par  une  Dame  et  les  admirables  pièces  du  manuscrit  5 112  de  la  bibliothèque 
de  l'Arsenal  '  ;  elle  rédigeait  les  nouvelles  de  V Heptaméron  et  leurs  moralités, 
aujourd'hui  sans  prix  pour  nous,  puisqu'elles  nous  permettent  de  saisir  sur  le 
vif,  après  trois  siècles  et  demi,  les  conversations  d'un  des  milieux  les  plus  raffi- 
nés qui  furent  alors,  et  dont  les  problèmes  relatifs  à  l'amour,  aux  femmes,  à  la 
passion,  au  mariage,  formaient  Tune  des  préoccupations  dominantes.  Sans 
doute,  ces  contes  circulèrent  d'abord  sous  le  manteau,  c'est-à-dire  sous  la  forme 
de  copies  manuscrites,  mais  leur  action  n'en  fut  pas  moins  sensible. 

En  1546  et  1547,  parurent  coup  sur  coup  une  série  de  poèmes  qui  se  rap- 
portent manifestement  à  la  querelle.  C'est  d'abord  le  Beauvaisien  Gilles  d'Auri- 
gny  qui  publie  le  Tuteur  d'Amour  (1546,  1547,  1553).  dans  lequel  il  se  pro- 
nonce pour  l'amour  vertueux  et  honnête  ;  puis  François  Habert,  d'Issoudun, 
connu  dans  le  monde  des  écrivains  sous  le  nom  de  Banny  de  Liesse,  cherche 
dans  La  Nouvelle  Vénus,  par  laquelle  est  entendue  pudique  Amour  (1547)  et 
dans  le  Temple  de  chasteté  (l'^^oi)  à  s'élever  à  une  conception  plus  épurée,  plus 
désintéressée  de  l'amour,  supérieure  à  celle  qui  avait  prévalu  dans  l'ancienne 
poésie.  Toutefois,  le  ton  général  de  ses  productions  reste  si  froid  et  si  pédant, 
l'abstraction  et  l'allégorie  y  jouent  un  rôle  si  déplaisant,  qu'il  ne  saurait  être 

I .  Publiées  pour  une  partie  par  Le  Roux  de  Lincy  et  pour  le  reste  par  nous. 


LIV  INTRODUCTION 

rangé  parmi  les  adeptes  sincères  de  la  nouvelle  école.  En  1546,  paraît  à  Poitiers 
le  Commentaire  du  Banquet  de  Marsile  Ficin,  traduit  par  J.  de  la  Haye,  avec  une 
poésie  d'allure  toute  platonicienne  comme  préface. 

Au  cours  de  l'année  1547,  fut  mis  au  jour  également  ce  joli  Conte  du  Rossignol 
attribué  à  l'imprimeur  parisien  Gilles  Corrozet,  et  qu'on  prendrait  pour  une 
nouvelle  de  la  reine  de  Navarre  mise  en  vers.  Ce  petit  poème,  on  le  sait  depuis 
peu,  s'inspire  en  entier  d'un  épisode  du  Peregrin  de  Caviceo  \  Destiné  à  glori- 
fier l'amour  chaste,  il  nous  charme  par  l'aisance  du  ton  et  l'ingéniosité  du  sym- 
bolisme, malgré  l'absence  d'invention. 

En  même  temps,  des  publications  de  textes  et  de  nombreuses  traductions  tant 
de  dialogues  platoniciens,  par  Des  Périers,  Dolet,  etc.,  que  de  poèmes  italiens 
consacrés  à  l'amour  et  à  la  femme  viennent  renforcer  l'effort  des  œuvres  fran- 
çaises. Je  citerai  seulement,  sans  parler  des  ouvrages  de  Boccace,  ï Hecatomphile 
de  L.  B.  Alberti,  traduit  en  1534,  les  trois  Dialogues  sur  V Amour  de  Léon 
Hebrieu,  publiés  en  italien  dès  1535  et  traduits  en  1549,  puis  deux  fois  en  155 1, 
le  P^rfon'n  de  Caviceo,  traduit  avant  1540,  le  traité  de  la  Nature  d'Amour  àt 
Mario  Equicola,  les  Asolains  de  Bembo,  les  ouvrages  de  Ficin,  devenus  l'objet 
de  traductions  multiples,  le  Livre  de  la  dignité  des  femmes  àe.  Sperone  Speroni,  édité 
en  1542  et  en  1550,  etc.  On  doit  noter  comme  un  fait  très  rare  la  publication, 
en  1547,  d'une  traduction  en  vers  par  Michel  d'Amboise  d'un  ouvrage  italien 
dirigé  contre  les  femmes  :  le  Ris  de  Democrite  et  le  pleur  d'Heraclite. .  . ,  invention 
de  Fregoso  -. 

Il  faudrait  énumérer  maintenant  les  compositions  poétiques  éditées  entre 
1549  et  1555  :  telle  plaquette  comme  la  Louenge  des  femmes,  «  invention  extraite 
du  commentaire  de  Pantagruel  sur  VAndrogyne  de  Platon  »,  15  5 1,  satire  en  vers 
âpre  et  cynique,  ou,  dans  le  sens  opposé,  les  divers  recueils  d'Olivier  de  Magny. 
les  odes  et  sonnets  de  Jacques  Tahureau  et  enfin  les  premiers  poèmes  de  la 
Pléiade,  et  tout  d'abord  les  Erreurs  ainoureuses  de  Pontus  de  Tyard,  Y  Olive  de 
du  Bellay,  les  Odes  et  les  Amours  de  Ronsard  ;  puis  des  œuvres  à  la  fois  en  prose 
et  en  vers,  comme  le  Discours  des  champs  Faë:^  à  Vhonneur  et  exaltation  del'Afiiour 
et  des  Dames,  de  Cl.  de  Taillemont  (1553),  ^^  dialogue  latin  de  P.  Godefroy 
(1552),  puis  encore  Les  très  merveilleuses  victoires  des  femmes  du  Nouveau  Monde 
et  comme  elles  doibvent  à  tout  le  monde  par  raison  cotmnander  et  mesme  à  ceulx  qui 

1.  Voy.  Jean  Festugière,  La  Philosophie  de  Vaviour  de  Marsile  Ficin  et  son  influence  sur  la  litté- 
rature française  au  XV  l^  siècle,  Coimbra,  1923,  gr.  i  11-8°,  p.  164. 

2.  Plusieurs  traductions  ou  adaptations  d'ouvrages  espagnols  seraient  également  à  citer.  On 
en  trouvera  l'indication  dans  la  première  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Revnier  mentionné  plus 
haut. 


RABELAIS    ET    LA    QUERELLE    DES    FEMMES  LV 

auront  la  monarchie  du  monde  vieil  (1553),  par  Guillaume  Postel,  apologie  du 
sexe  féminin,  les  Dialogues  de  Tahureau  contre  les  femmes  (antérieurs  à  1555), 
les  Colloques  d'Amour  et  le  Monophile  d'Etienne  Pasquier,  les  traductions  des 
différents  livres  de  VAmadis,  qui  se  succèdent  à  partir  de  1540  et  dont  le  succès 
a  été  favorisé  par  le  débat  qui  vient  d'être  raconté,  et  enfin  le  célèbre  Fort  inex- 
pugnable de  Vhonneur  féminin,  v  construit  »  par  François  du  Billon,  composé 
dès  1550  et  publié  en  1 5  5  5  ^ 

Nous  avons  dit  quelle  place  tient  VHeptafnéron,  —  quoique  publié  seulement 
en  1558,  —  dans  ce  grand  conflit.  Telle  nouvelle,  la  XIX=  par  exemple,  cons- 
titue un  véritable  manifeste  des  nouvelles  doctrines  sur  l'Amour;  telle  autre 
apparaît  comme  la  plus  éloquente  revendication  des  droits  de  la  femme,  telle 
autre  encore  comme  un  appel  à  l'élargissement  de  la  vie  sentimentale.  Noël  du 
Fail,  le  principal  conteur  de  l'époque  après  Rabelais,  a  fort  bien  noté  et  expli- 
qué dans  ses  Propos  rustiques  et  plus  tard  dans  ses  Baliverneries  le  changement 
des  façons  d'aimer  survenu  de  son  temps,  aussi  bien  que  le  rôle  plus  considé- 
rable joué  dès  lors  par  les  femmes,  même  dans  les  milieux  de  petite  ville  et  de 
village. 

Les  pages  qui  viennent  d'être  consacrées  aux  péripéties  de  la  «  Querelle  »  et  à 
leur  retentissement  à  travers  la  littérature,  spécialement  entre  1540  et  1550, 
nous  ont  paru  nécessaires.  Elles  aident  à  montrer,  croyons-nous,  que  la  plu- 
part des  écrivains  en  vue  de  ces  dix  années  ont  pris  part  à  cette  controverse  sen- 
timentale et  psychologique.  Comment  admettre,  dès  lors,  que  le  plus  grand 
d'entre  eux,  le  plus  représentatif,  le  plus  désireux  d'associer  son  œuvre  aux  préoc- 
cupations sociales,  politiques,  religieuses,  scientifiques  et  même  coloniales  de 
son  époque,  ait  pu  demeurer  en  dehors  de  la  lutte  ?  Tout  semble  a  priori  con- 
tredire une  telle  hypothèse.  Rabelais  a  dû  s'identifier,  bien  au  contraire,  et  de 
la  façon  la  plus  naturelle,  avec  ce  mouvement  d'idées  si  curieux,  si  attrayant 
aussi,  et  c'est  certainement  dans  ce  but  qu'il  a  composé  et  lancé  son  Tiers  Livre- 
L'induction  la  mieux  fondée  suffirait  à  établir  un  tel  rapprochement,  mais  si, 
par  surcroît,  nous  réussissons  à  appuyer  cette  constatation  sur  un  témoignage 
contemporain,  il  ne  restera  plus  qu'à  l'introduire  sans  réserve  dans  l'histoire 
du  Maître  et  dans  celle  de  son  roman  '. 

I.  Depuis  le  premier  exposé  de  notre  explication  de  la  genèse  du  Tiers  Livre  (1904),  des  adhé- 
sions qu'on  peut  qualifier  d'unanimes  sont  venues  l'appuyer  et  la  confirmer.  Citons  seulement 
celles  de  MM.  Tilley,  Lanson  (Revue  des  Cours  et  Conférences,  21e  année,  2^  série,  p.  108-109), 
Jeanroy,  Miss  C.  Ruutz-Rees,  MM.  Bourrilly,  H.  Clouzot,  J.  Boulenger,  J.  Plattard,  G.  Cohen, 
Barat,  M.  Braunschwig,  P.  d'Espezel,  etc.  C'est  pourquoi  nous  avons  cru  devoir  reproduire  ici 
une  partie  notable  de  notre  démonstration,  après  l'avoir    naturellement  remaniée  et  complétée. 


LVI  INTRODUCTION 


VI.  Caractère  du  Tiers  Livre.  —  Contrastes  qu'il  offre  avec  les  précédents. 
—  Le  Songe  de  Pantagruel  de  François  Habert  (1542)  a  donné  à  Rabe- 
lais l'idée  générale  des  consultations  et  plusieurs  des  thèmes  de  son 
livre.  —  Le  Fort  inexpugnable  de  François  de  Billon.  —  Preuves  décisives 
qu'il  apporte  au  sujet  des  rapports  qui  existent  entre  le  Tiers  Livre  et  la 
Querelle  des  Femmes. 

Le  Gargantua  et  le  l"  Vivre  an  Pantagruel  gardent  d'un  bouta  l'autre  le  carac- 
tère de  récit;  ils  ne  perdent  en  aucun  cas  l'allure  du  conte  ;  ils  renferment  des 
mythes,  des  descriptions  mais  pas  une  seule  dissertation  morale.  L'histoire  se 
développe  normalement;  discours  et  discussions  n'y  tiennent  d'autre  place  que 
celle  qui  leur  revient  légitimement  pour  les  besoins  de  la  trame  ou  du  récit.  Le 
Tiers  Livre  offre  un  aspect  entièrement  différent  ;  il  semble  n'avoir  presque  rien 
de  commun  avec  le  reste  de  l'ouvrage;  un  fil  très  ténu,  si  même  il  existe,  le  rat- 
tache aux  deux  livres  précédents.  C'est  une  question  spéciale  qu'on  y  trouve 
traitée  dans  les  quatre  cinquièmes  de  ses  chapitres.  Ajoutons  que  le  Quart  Livre, 
censé  motivé  par  le  voyage  de  Pantagruel  ei  de  Panurge,  en  quête  de  roracle 
qui  doit  résoudre  le  problème  posé  à  la  fin  du  livre  précédent,  ne  s'occupe 
pas,  en  somme,  de  ce  même  problème.  Ses  rapports  avec  le  Tiers  Livre  sont 
très  lointains  au  point  de  vue  de  la  matière  traitée.  Il  reprend  le  caractère 
des  deux  premiers  livres  et  présente,  comme  nous  croyons  l'avoir  démontré,  le 
tableau  exact  et  concret  d'un  périple  maritime  bien  défini  '.  On  peut  donc  affir- 
mer que  le  IIP  livre  tient  dans  le  roman  rabelaisien  une  place  absolument  à  part, 
et  que  le  conteur  n'a  pas  pu  changer  du  tout  au  tout  sa  manière,  le  ton  et,  si 
j'ose  dire,  le  rythme  de  son  ouvrage,  sans  des  raisons  vraiment  décisives.  D'autre 
part,  près  de  douze  années  s'étaient  écoulées  depuis  l'apparition  du  second  livre 
et,  lorsqu'il  rentre  soudain  en  scène,  c'est  justement  pour  rompre  avec  son  plan 
primitif,  ne  plus  parler  du  voyage  annoncé  à  la  fin  du  IP  livre,  suspendre  la 
narration,  changer  brusquement  au  bout  de  quelques  chapitres  le  lieu  où  agissent 
ses  héros,  en  nous  ramenant  des  régions  fantaisistes  d'Utopie  (fiction  si  commode 
pour  un  roman  de  chevalerie)  en  pleine  Touraine,  sans  même  nous  en  avertir, 
en  un  mot  pour  nous  conduire  vers  un  ordre  d'idées  aussi  nouveau  qu'imprévu. 
Et  cet  arrêt  ne  dure  point  quelques  pages,  il  se  prolonge  pendant  près  de  qua- 
rante chapitres.  L'œuvre,  empreinte  jusque-là  d'une  inlassable  fantaisie,  se  trans- 

I.  Voy.  notre  ouvrage  :  Les  Navigations  de  Pantagruel,  étude  sur  la  géographie  rabelaisienne 
(Paris,  Leclerc,  in-S»,  1905). 


LE    SONGE    DE    PANTAGRUEL  LVII 

forme  en  enquête,  en  dissertation.  Plus  d'aventures  :  des  consultations,  des 
conversations  dogmatiques,  des  aperçus  juridiques,  théologiques,  moraux,  éco- 
nomiques, etc.  Bref,  un  auteur  encore  infiniment  savoureux,  toujours  savant, 
toujours  rempli  d'humour,  mais  dominé  par  de  tout  autres  préoccupations, 
nous  apparaît.  Subissant  la  contagion  commune  aux  penseurs  et  aux  écrivains 
vers  15^2,  Rabelais  n'a  plus  d'attention  que  pour  les  énigmes  redoutables  du 
mariage  et  de  la  femme  ;  il  songe  à  faire  entendre  sa  voix  dans  le  concert 
général.  Cet  homme,  que  le  mystère  de  la  destinée  et  de  la  liberté  humaines 
a  toujours  si  profondément  attiré  et  troublé,  concentre  maintenant  toutes  les 
puissances  de  sa  réflexion  sur  un  aspect  particulier  de  ce  grand  secret.  A  cer- 
tains moments,  l'horizon  semble  sur  le  point  de  s'élargir  ;  mais  l'auteur 
ramène  aussitôt  son  investigation  vers  le  but  volontairement  limité  qu'il  s'est 
choisi  ;  il  obéit  à  une  pensée  constante  et  fermement  définie. 

Circonstance  étrange,  et  que  nous  avons  signalée  pour  la  première  fois  en 
1914,  un  poète  contemporain  avait  indiqué  à  Rabelais  par  avance,  si  l'on  peut 
dire,  l'orientation  qu'il  convenait  de  donner  à  son  Tiers  Livre.  François  Habert 
d'Issoudun,  le  poète  berrichon,  a  publié  en  effet  vers  la  fin  de  1542  (privilège 
daté  du  9  septembre  de  cette  année)  un  singulier  ouvrage  en  vers  qui  a  pour 
titre  Z,^  Songe  de  Pantagruel  \  Dans  ce  poème,  l'auteur  suppose  que  Pantagruel 
rêve  qu'il  offre,  dans  son  palais  royal,  un  grand  banquet  où  sont  conviés  tous 
les  esprits  bien  nés  et  doués  de  bon  jugement,  auxquels  il  demande  de  lui  révé- 
ler la  Vérité  qu'il  s'efforce  de  découvrir.  Il  les  écoute,  enregistre  leurs  réponses 
et  se  décide,  la  nuit  suivante,  à  consulter  Gargantua,  «  son  père  mort  ».  Celui- 
ci  lui  adresse  une  sorte  de  harangue  morale  qui  comporte  une  satire  très  vive 
de  la  plupart  des  classes  sociales  d'alors  (soldats,  marchands,  juges,  nobles, 
moines).  L'auteur  y  afiïrme,  en  particulier,  son  sentiment  de  la  justice  et  des 
préoccupations  d'humanité  qui  sont  en  pleine  harmonie  avec  celles  que  Rabelais 
exprime  en  toute  occasion.  Il  n'y  a  de  vertu  que  chez  les  bergers,  assure-t-il. 
Survient  Panurge  qui  arrive  de  Babylone,  tenant  un  lis  en  main,  et  qui  raconte 

I.  Le  Songe  de  Pantagruel,  avec  la  deploration  de  feu  messire  Anthoine  du  Bourg,  chevalier,  Chan- 
cellier  de  France.  Avec  privilège.  Imprimé  à  Paris  par  Adam  Saulnier.  Petit  in-40  de  24  feuillets. 
Dans  la  dédicace,  Habert,  s'adressant  à  François  du  Bourg,  demande 

De  présenter  cest  escript  à  ta  face, 

Œuvre  petit,  où  Pantagruel  songe 

Mille  propoz,  soubz  couleur  de  mensonge... 

Voy.  sur  Habert  :  Auguste  Théret,  Littérature  du  Berry. . .  avec  François  Habert. . .  Paris,  Francis  Laur, 
1900,  in-80;  et  Henri  Franchet,  Le  Philosophe parfaict  et  le  Temple  de  Vertu,  Paris,  H.  Champion, 
1923,  in-80. 

LE   TIERS   LIVRE.  VIII 


LVIII  INTRODUCTION 

à  son  maître  un  tournoi  extraordinaire  auquel  il  assista  en  Orient.  Cette  fête,  à 
laquelle  le  Soudan  a  convié  la  plupart  des  héros  des  anciens  romans  d'aventures: 
Giglan,  Jourdain,  Tristan  et  «  Ysaye  »,  Perceforest,  Lancelot,  Gauvain,  le  roi 
Artus,  Roland,  Baudoin,  Regnault  de  Montauban,  Huon  de  Bordeaux,  Valen- 
tin  et  Doon  de  Mayence,  à  côté  de  Mars,  d'Hercule  et  de  Charlemagne,  consiste 
en  un  tournoi  auquel  prennent  part  tous  ces  personnages.  Panurge,  à  cette  occa- 
sion, revient  à  ses  anciens  instincts  :  il  commet  des  vols  subtils  au  détriment  de 
ces  illustres  personnages  et  se  voit  bientôt  jeté,  pour  ce  motif,  dans  les  prisons 
du  Soudan.  La  fille  de  ce  prince,  appelée  Mélusine,  s'éprend  de  lui;  elle  le  fait 
évader,  en  lui  donnant,  pour  l'adieu,  un  baiser  et  un  anneau  d'un  grand  prix. 
De  retour  à  Paris,  il  troque  son  joyau,  sur  le  Pont-au -change,  contre  une  somme 
de  deux  mille  écus,  dont  il  fait  ensuite  un  prêt  à  Gérés  et  à  Bacchus,  avec  le  concours 
de  Genius  qui  a  passé  le  contrat.  On  devine  à  quels  festins  et  «  beuveries  »  cet 
argent  a  pu  servir.  Mais  voici  que  Pantagruel  revoit  son  père,  toujours  en  songe. 
Celui-ci  crie  très  fort  et  demande  avec  instance  à  son  fils  de  prendre  femme, 
lui  adressant  une  série  de  conseils  de  morale  pratique,  en  vue  d'un  prochain 
mariage  qu'il  appelle  de  ses  vœux.  Quand  son  discours  est  achevé,  l'apparition 
s'évanouit  et  Pantagruel  se  réveille. 

On  peut  observer  que  le  poète  s'est  conformé  aux  données  fournies  par  le 
romancier  quand  il  nous  présente  Panurge  arrivant  du  pays  des  Turcs  (II,  xiv) 
et  racontant  les  aventures  qui  ont  marqué  son  séjour  en  Orient.  Voici  tout 
d'abord  l'entrée  en  scène  de  Panurge  : 

Ainsi  disoit  Gargantua  mon  père 

(Ce  me  sembloit).  O  songe  tresprospere, 

Disoys  je  lors,  puis  en  tournant  le  chef 

Ung  songe  grand  m'a  saisi  derechef  : 

Advis  me  fut  veoir  Panurge  venant 

De  Babylone  ung  lis  en  main  tenant, 

Qui  me  comptoit  un  tornoy  de  grand  pris 

Par  le  Souldan  et  ses  gens  entrepris. 

Pantagruel  (dist  il  en  soubzriant), 

J'ay  l'occident  passé  et  l'orient 

Depuis  six  moys,  sans  craindre  la  grimace 

Des  Turs  félons,  non  point  tant  par  audace 

Que  par  moyens  et  subtile  finesse, 

Qui  en  ces  lieux  me  donnoit  seure  addresse. 

Le  grand  Souldan,  en  Mars  sur  le  printemps. 

Pour  rendre  plus  tous  ses  subjectz  contens, 

Feit  un  tournoy  excellent  publier 

Dont  je  ne  puis  l'excellence  oublier. 


LE    MARIAGE    DE    PANTAGRUEL  LIX 

Je  l'ose  bien  préférer  aux  tournoys 
Du  Roy  Artus  et  d'Oger  le  Dannoys... 

C'est  dans  la  dernière  partie  du  So7ige  que  se  rencontre  le  développement  qui 
nous  intéresse  ici.  Il  suffira  de  citer  les  vers  qui  contiennent  les  recommanda- 
tions adressées  par  le  père  à  son  fils  en  vue  de  son  futur  mariage  : 

Ne  cherche  point  en  ce  monde  une  femme 

Dont  à  jamais  tu  puisse  avoir  diffame  ; 

Ne  cherche  point  une  femme  lubricque, 

Tant  seulement  apte  au  jeu  venerique, 

Aymant  plaisirs  qui  sont  desordonnez, 

Cherchant  esbatz  à  malheur  adonnez, 

Et  qui  n'a  rien  en  sa  simple  cervelle 

Qu'abitz  nouveaulx,  pour  estre  ou  sembler  belle. 

Ne  cherche  point  une  faulse  hypocrite,  /^ 

Railleuse  (à  part)  plus  fort  que  Democrite, 

Malicieuse,  ou  celle  qui  a  cure, 

Si  tu  luy  fais  mal,  te  faire  injure, 

Ne  celle  en  qui  gist  faulse  affection, 

Suyvant  le  monde  et  son  ambition. 

Pleine  d'erreur  et  de  concupiscence, 

De  jalousie  et  de  folle  insolence. 

Ne  celle  aussi  qui  d'autant  qu'elle  est  belle 

Est  contre  toy  furieuse  et  rebelle,  etc. 

Près  de  quatre  ans  avant  l'apparition  du  Tiers  Livre,  Habert  fournit  au  Maître 
comme  une  sorte  de  programme  de  son  futur  livre.  Assurément,  les  consulta- 
tions répondaient  alors  à  une  préoccupation  générale;  elles  étaient,  pour  ainsi 
dire,  dans  l'air.  Il  n'en  est  pas  moins  évident  que  l'écrivain  berrichon  a  fourni  à 
la  continuation  de  Pantagruel  son  thème  essentiel,  en  même  temps  que  sa  direc- 
tion tout  à  fait  imprévue.  N'oublions  pas  que  si  l'enquête  relative  au  mariage 
de  Panurge  occupe  dans  le  Tiers  Livre  une  place  prépondérante,  l'union  que 
Gargantua  souhaite  ardemment  pour  son  fils  est  également  l'objet  de  la  sollici- 
tude de  l'auteur.  Le  chapitre  XLVIII,  avec  la  sortie  véhémente  dirigée  contre 
les  mariages  clandestins,  n'est-il  pas  entièrement  consacré  au  prochain  étabUsse- 
sement  du  jeune  prince  ? 

Fils  trescher,  dit  le  bon  home  Gargantua  à  son  fils,  je  loue  Dieu  qui  vous  conserve  en 
désirs  vertueux  et  me  plaist  très  bien  que  par  vous  soit  le  voyage  perfaict.  Mais  jevouldroys  que 
pareillement  vous  vint  en  vouloir  et  désir  vous  marier.  Me  semble  que  dorénavant  venez  en 
aage  à  ce  compétent.  Panurge  s'est  assez  efforcé  rompre  les  difîicultez  qui  luy  pouvoient  estre  en 
empeschement.  Parlez  pour  vous.  — Peretresdebonnaire  (respondit  Pantagruel)  encores  n'yavoys 
jepenséde  tout  ce  négoce  :  je  m'en  deportoys  sus  vostre  bonne  voluntè  et  paternel  commande- 


LX  INTRODUCTION 

ment.  Plus  tost  prie  Dieu  estre  à  vos  piedz  veu  roydde  mort  en  vostre  desplaisir  que  sans  vostre 
plaisir  estre  veu  vif  marié...  —  Puis  doncques  que  de  vostre  mariage  sus  moy  vous  déportez,  j'en 
suis  d'opinion.  Je  y  pourvoiray... Pendant  vostre  absence,  je  feray  les  apprestz  et  d'une  femme 
vostre,  et  d'un  festin,  que  je  veulx  à  vos  nopces  faire  célèbre,  si  oncques  en  feut. 

Le  mariage  de  Pantagruel,  sujet  principal  du  Songe,  a  conduit  assez  naturelle- 
ment le  Chinonais  à  envisager  le  mariage  de  Panurge  en  même  temps  que 
celui  de  son  Maître,  d'autant  mieux  que  le  «  gentil  compagnon  »  occupe  dans 
le  poème  d'Habert  une  place  de  premier  plan.  Les  adjurations  matrimoniales  de 
Gargantua  ne  succèdent-elles  pas,  précisément,  à  l'épisode  qui  met  Panurge  en 
scène  ?  Certes,  Rabelais  avait  inséré  à  la  fin  de  son  second  livre  (ch.  XXXIV)  une 
promesse  burlesque  :«  Vous  aurez  le  reste  de  l'histoire  à  ces  foires  de  Francfort 
prochainement  venantes,  et  là  vous  verrez  comment  Panurge  fut  marié  et  cocqu 
dès  le  premier  moys  de  ses  nopces  et  comment  Pantagruel .  .  .  conquesta  les 
isles  de  Perlas  ;  comment  il  espousa  la  fille  du  roy  de  Inde  nommée  Presthan  ». 
Il  va  de  soi  que  cette  annonce  plaisante  d'un  double  mariage  ne  correspondait, 
dans  ses  intentions,  à  aucune  réalité  '.L'enquête  multiple  du  Tiers  Livre,  sérieuse 
et  scientifique  en  plus  d'une  partie,  n'a  rien  à  voir  avec  une  facétie  de  ce  genre. 
Au  reste  Panurge  étant  présenté  comme  marié  et  «  cocqu  »,  la  question  ne  se 
pose  plus  ;  il  en  est  de  même  en  ce  qui  touche  Pantagruel.  C'est  dans  les 
recommandations  formulées  par  Gargantua  au  cours  du  Songe,  que  Rabelais  a 
pris  l'idée  qui  a  si  heureusement  excité  sa  verve  en  lui  suggérant  l'immortelle 
série  des  consultations  poursuivies  parle  châtelain  de  Salmigondin  ^ 

Il  y  a  mieux.  Tel  épisode  de  ce  Hvre,  parmi  ceux  qui  ont  été  le  plus  souvent 
cités,  a  été  inspiré,  selon  toute  évidence,  par  un  passage  du  Songe  de  Panta- 
gruel :  nous  voulons  parler  du  célèbre  morceau  consacré  aux  debteurs  et  emprun- 
teurs qui  remplit  les  admirables  chapitres  III,  IV  et  V.  Voici  l'amorce  certaine 
de  cette  louange  dts  debteurs  c^\  se  rencontre  dans  le  rêve  imaginé  par  François 
Habert  et  fait  partie  du  récit  de  Panurge.  Il  s'agit  du  prétendu  prêt  consenti  par 
ce  dernier  à  Cérès  .et  à  Bacchus  : 

Hz  sont  tenus  de  me  rendre  la  somme 
Quant  on  verra  content  estre  tout  homme. 
Et  quant  mourra  du  monde  l'heresie 
Ou  bien  d'un  gras  moine  l'hypocrisie, 

1.  Sur  la  signification  géographique  de  tout  ce  passage  du  chap.  XXXIV,  voir  Les  Navigations 
de  Pantagruel,  p.  27-3 1 . 

2.  Il  peut  être  à  propos  de  remarquer  que  le  Genethliacum  d'Etienne  Dolet  (1559),  traduit  sous 
ce  titre  :  Uavant  Naissance  de  Claude  Dolet,  fil^  de  Estienne  Dolet  (même  date),  renferme  les  con- 
seils que  Dolet,  alors  ami  de  Rabelais,  adresse  à  son  fils,  qui  venait  de  naître,  en  traçant  un  pro- 
gramme de  vie  et  spécialement  des  conseils  sur  le  futur  mariage  de  l'enfant. 


«    LE    SONGE    »    ET   LA    LOUANGE    DES    «    DEBTEURS    »  LXI 

Ou  quant  prelatz  n'auront  qu'ung  bénéfice 
Et  que  puny  sera  tout  maléfice  ; 
Quant  on  verra  mettre  fin  aux  procès, 
Et  qu'on  verra,  sans  querelle  et  excès, 
Vivre  le  monde,  et  en  tranquillité 
Quictes  debteurs  et  estre  en  liberté  : 
Ou  que  tous  ceux  qui  ont  des  thresors  maintz 
S'esforceront  en  descharger  leurs  mains. 
Le  temps  escheu  qu'on  verra  charité . 
Ressusciter,  ou  quant  la  vérité 
(Qui  est  par  tout  si  bien  preschée) 
Sera  en  nous  fermement  cachée, 
Et  qu'on  verra  toute  humaine  pasture 
Croistre  et  venir  sans  soing  d'agriculture. 
A  vostre  advis  ce  contract  est-il  seur 
Si  que  jesoys  en  brief  temps  possesseur 
De  ce  thresor  qui  est  preste  par  moy. 
Dont  le  default  me  mect  en  grand  esmoy  ? 
Je  croyque  non  :  car  Genius  s'en  mocque 
Et  ung  chascun  pour  s'en  rire  il  provoque. 
Mais  en  despit  de  Bacchus  et  Ceres, 
Chappons,  Perdrix,  connilz  vous  en  aurés. 
Puis  si  la  trongne  en  vient  faire  bacchus, 
Venez,  flaccons,  et  mettez  à  bas  culz, 
Car  a  grands  coups  de  lances  de  fougères 
Vous  ne  pourrés  contre  moy  durer  gueres. 

On  le  voit  :  le  thème  fameux  se  découvre  ici,  indiqué  de  la  manière  la  plus 
nette  '.  Dans  cette  vision  d'un  avenir  aussi  mirifique.que  problématique,  le  déve- 
loppement inoubliable  du  début  du  chapitre  IV  se  trouve  en  germe.  Il  en 
résulte  que  dans  la  première  partie  du  Tiers  Livre,  c'est-à-dire  en  dehors  même  de 
l'enquête  relative  au  mariage,  un  motif  essentiel  apparaît  qui  provient  sans 
aucun  doute  du  Songe.  La  connaissance  d'un  tel  fait  n'est  nullement  indifférente  ; 
elle  prouve  que  la  composition  des  huit  premiers  chapitres,  qu'on  aurait  pu 
croire  antérieure  à  celle  du  reste  du  livre,  puisqu'elle  n'a,  avec  les  quarante-quatre 
autres  chapitres,  qu'un  lien  assez  ténu,  doit  être  également  postérieure  à  la  fin 
de  1542,  en  d'autres  termes  à  la  publication  du  Songe  de  Pantagruel. 

De  pareils  rapprochements  permettent  de  surprendre,  à  quelques  égards,  les 
procédés  de  composition  de  Rabelais.  D'une  donnée  plaisante  mais  dépourvue 
de  fantaisie  et  où  l'imagination  ne  joue  qu'un  faible  rôle,  son  génie  a  tiré  un 
parti  fort  inattendu  et  réalisé  l'invention  la  plus  étourdissante. 

I .  Nous  soulignons  certains  vers. 


Lxil  INTRODUCTION 

Le  petit  poème  de  François  Habert  contient,  de  plus,  une  autre  annonce,  non 
moins  topique,  puisqu'il  représente  Pantagruel  réunissant  autour  de  sa  table 
tous  les  esprits  sagaces  de  son  pays  pour  conquérir,  par  leur  entremise,  la  con- 
naissance de  la  Vérité  dernière.  Le  prince  espère  ainsi  obtenir  la  révélation 
d'ordre  général  que,  dans  le  roman  rabelaisien,  Pantagruel,  Panurge  et  leurs 
compagnons  vont  chercher  jusque  dans  l'Inde,  sous  le  mythe  de  l'Oracle  de  la 
Bouteille,  et  dont  le  sort  du  futur  mariage  de  Panurge  ne  constitue  plus,  en  fin 
de  compte,  qu'un  aspect  secondaire.  Il  suffit  de  lire  avec  attention  les  chapitres 
XLV  à  XLVII  du  V"  livre  pour  s'en  assurer.  Rabelais  paraît  donc  avoir  accepté 
qu'un  écrivain  de  second  plan  lui  suggérât  le  thème  de  la  continuation  de  Pan- 
tagruel. Son  génie  ne  dédaignait  pas  d'emprunter  à  un  tiers  certaines  idées  direc- 
trices. 

Un  autre  passage  de  notre  livret  paraît  annoncer  encore  tel  épisode  carac- 
téristique du  Tiers  Livre  qui  met  en  cause  ',  avec  Bridoye,  les  procédés  des 
hommes  de  loi  «  sugçans  bien  fort  et  continuellement  les  bourses  des  parties  », 
et  leur  cynique  exploitation  des  procès.  Déjà  Gargantua  avait  déploré,  en  termes 
véhéments,  les  injustices  criantes  dont  les  bergers  —  c'est-à-dire  le  peuple  — 
avaient  à  pâtir  en  matière  de  procès  ;  à  son  tour,  Panurge  avait  fait  allusion 
aux  lenteurs  interminables  de  ceux-ci,  annonçant  que  sa  créance  lui  serait  payée 

Quant  on  verra  mettre  fin  aux  procès, 

c'est-à-dire  jamais.  Cette  fois,  c'est  Gargantua  qui  parle  de  nouveau,  et  son 
accent  nous  révèle  combien  ces  abus  criants  préoccupaient  alors  l'opinion  :  Rabe- 
lais se  fera  bientôt  son  porte-parole  : 

Quel  estât  donc  entends  je  où  tu  t'aplique  ? 
Seroit  ce  point  les  droictz  et  la  pratique 
Qui  les  procès  gouvernent  cautement  ? 
Certes,  nenny,  car  tout  publiquement 
Tu  voys  assez  la  malice  et  la  ruse 
Dont  procureur  et  dont  l'avocat  use  : 
Qui  ressemblans  aux  faiseurs  de  pipée, 
Soubdain  qu'ilz  ont  la  personne  grippée. 

I.  En  un  autre  endroit,  Habert  parle  encore,  mais  cette  fois  par  la  bouche  de  Gargantua,  de 
la  ladrerie  des  prêteurs  : 

En  voiez  vous  ung  seulement  qui  preste, 
Si  vous  n'avez  en  main  la  somme  preste  ? 
Certes,  nenny,  si  vous  ne  laissez  gage, 
Où  profiter  il  puisse  d'advantaîge. 


LA   REFORME   JUDICIAIRE  LXIII 

Qui  veult  plaider,  si  sa  bourse  est  fornye, 
Jusques  à  ce  qu'elle  soit  dégarnie, 
Ne  cesseront  si  bien  la  manier 
Qu'elle  n'aura  ni  maille  ni  denier.. . 

Plus  loin,  Gargantua  insiste  derechef  sur  l'art  qu'ont  les  gens  de  justice 
d'  «  entretenir  »  habilement  les  procès,  pour  leur  plus  grand  profit  et  pour  la 
ruine  des  plaideurs.  Il  est  difficile,  en  entendant  cette  critique  des  mœurs  du 
palais,  de  ne  pas  songer  au  chapitre  XLII  du  Tiers  Livre  :  «  Comment  naissent 
les  procès  et  comment  ils  viennent  à  perfection  »,  malgré  toute  la  distance  qui 
sépare  la  satire  du  poète  marotique  du  chef-d'œuvre  rabelaisien. 

Car  Dieu  voyant  que  c'est  leur  propre  cas 

D'entretrenir  noyses  et  altercas, 

Il  les  envoyst  au  siège  stigial 

Devant  Minos,  le  grand  juge  infernal  : 

Pensent  sur  ce  qu'on  dict  communément 

Qu'un  advocat  est  saulvé  seulement, 

Parce  que  si  Dieu  plus  en  eust  receu, 

Tousjours  procès  au  ciel  eust  apperceu. . . 

Estime  doncq  combien  est  dommageable 

L'estat,  qui  est  à  Dieu  abominable, 

Veu  qu'il  est  plein  de  querele  et  procès... 

Remarquons,  pour  terminer,  que  le  «  Banny  de  liesse  »  accuse,  tout  comme 
son  voisin  le  Tourangeau,  une  hostilité  antimonacale  très  prononcée.  Certaines 
de  ses  attaques,  par  exemple  celle  qui  vise  les  moyens  préconisés  par  les  «  pres- 
cheurs  ;;  pour  «  alléger  »  les  âmes  des  trépassés  et  les  délivrer  du  purgatoire, 
ont  trouvé  un  écho  dans  les  propos  du  poète  Raminagrobis  '.  Une  dernière 
analogie  de  sentiments  doit  être  signalée  :  Habert  professe  à  l'égard  de  la  vio- 
lence la  même  horreur  qu'affirme  Rabelais  en  toute  occasion,  et  spécialement  au 
chapitre  I  du  Tiers  Livre. 

I.  Non  comme  ceulx  qui  prescherent  jadis 

Que  par  argent  on  gaignoit  paradis. 
Et  qui  disoient  que  sans  mérite  ou  œuvre 
Pan  pour  argent  son  paradis  nous  euvre, 
En  recepvant  grande  somme  d'argent. 
Dont  y  a  maint  povre  homme  indigent. 
Qui  pour  tirer  bergers  de  purgatoire, 
Vaches  et  veaulx  mectoient  en  inventoire 
Pour  alléger  âmes  des  trespassez. 
Dont  ilz  tiroieni  biens  de  tout  le  plus  chiche... 


LXIV  INTRODUCTION 

Une  pareille  utilisation  d'un  ouvrage  antérieur  n'est  nullement  exceptionnelle 
chez  Rabelais.  A  cet  égard,  peut-être  sera-t-il  à  propos  de  rapprocher  le  vieux 
Maître  d'un  de  nos  grands  prosateurs  modernes,  Chateaubriand,  qui  composait 
de  préférence  en  partant  d'une  page  ou  d'une  rédaction  déjà  existantes,  qu'elles 
fussent  de  lui  ou  d'un  autre  auteur  \  Pantagruel  s'appuie,  en  effet,  sur  les  Grandes 
Cronicqius;  Gargantua  également,  et,  en  outre,  sur  Pantagruel,  qui  l'avait  pré- 
cédé de  deux  ans.  Le  Tiers  Livre,  comme  on  vient  de  le  constater,  prend  cer- 
tains éléments  essentiels  de  son  canevas  dans  le  Songe  de  Pantagruel.  Les  qua- 
trième et  cinquième  livres  ont  leur  point  de  départ,  non  seulement  dans  VHis- 
toire  véritable  de  Lucien  et  dans  divers  récits  de  voyages,  mais  surtout,  et  plus 
directement,  dans  les  Navigations  de  Panurge  ou  le  Disciple  de  Pantagruel,  opuscule 
d'ailleurs  curieux,  et  dont  le  rôle  a  été  plus  grand  qu'on  ne  l'a  dit.  Dès  1538, 
ce  petit  livret  traçait  au  Chinonais  le  programme  du  voyage  de  Pantagruel  et 
de  ses  compagnons  vers  l'Inde  majeure  ou  supérieure.  Les  préparatifs  de  l'em- 
barquement, les  épisodes  de  Bringuenarilles,  des  Farouches,  des  Andouilles,  avec 
la  monstre  après  la  bataille,  de  la  tempête,  de  l'ile  de  Ruach,  des  Ferremens, 
de  Lanternois,  etc.  :  voilà  autant  de  rencontres  incontestables  qui  démontrent 
l'influence  de  cette  publication  anonyme  sur  l'invention  rabelaisienne.  Quant  à 
l'épisode  de  l'Oracle,  dans  le  V'  livre,  il  s'inspire,  de  la  façon  la  plus  manifeste, 
du  Songe  de  Poliphile.  Il  s'agit  donc,  presque  toujours,  d'œuvres  contemporaines. 
L'écrivain,  qui,  au  jugement  de  l'auteur  des  Mémoires  d'Outre  Tombe,  v.  créa  les 
lettres  françaises  »,  paraît  donc  avoir  éprouvé  le  besoin  de  choisir  son  point  de 
départ  dans  un  ouvrage  déjà  mis  en  circulation,  qui  lui  suggérait  en  quelque  sorte 
la  trame  future  de  sa  composition.  Sa  merveilleuse  imagination  brodait  dès 
lors  sur  ce  léger  canevas,  qu'il  ne  perdait  plus  de  vue  au  milieu  de  ses  inven- 
tions les  plus  fantastiques.  Le  Songe  de  Pantagruel  apporte  une  preuve  frappante 
de  cette  idiosyncrasie  littéraire,  puisqu'il  offre  des  éléments  utilisés  par  Rabe- 
lais aussi  bien  dans  les  premiers  chapitres  que  dans  le  développement  principal 
et  la  fin  du  Tiers  Livre. 

Au  fond,  ce  livre,  dépourvu  d'épisodes  fantastiques  ou  mythiques,  se  pré- 
sente comme  le  plus  sérieux  de  tous.  C'est  celui  où  il  y  a  le  plus  d'érudition, 
le  plus  de  textes,  de  citations  ;  c'est  le  livre  de  l'humaniste,  du  philologue,  du 
juriste,  du  botaniste,  du  médecin,  l'ouvrage  de  la  maturité,  celui  de  l'homme 
qui  a  vécu,  agi  et  douté.  Aussi,  malgré  l'absence  de  trame  véritable^  n'est-il  pas 
pour  nous  le  moins  prenant.  Un  bon  juge,  Anatole  France,  ne  s'y  est  pas  trompé 
quand  il  l'appelle  «  ce  merveilleux    Tiers  Livre,  le   plus  riche,  le  plus  beau 

I.  Tel  écrivain  illustre  a  offert,  de  nos  jours,  une  particularité  assez  semblable. 


LE    «    FORT    »    DE    BILLON    CONTRE    LE    «    TIERS    LIVRE    »  LXV 

peut-être,  le  plus  abondant  en  scènes  comiques  de  tout  le  «  Pantagruel»...  Je 
ne  connais  pas  de  pages,  dans  toute  la  littérature  française,  d'un  style  aussi 
riche,  d'un  sens  aussi  plein  »  '. 

L'enquête  sur  le  mariage  commence  avec  le  chapitre  IX,  mais,  dès  le  cha- 
pitre VI,  la  question  est  annoncée  et  posée.  On  a  vu  plus  haut  que  le  livre  avait 
dû  être  composé  d'une  seule  venue. 

On  peut  distinguer  quinze  consultations  différentes  :  celle  de  Pantagruel  ; 
les  sorts  virgilianes,  par  le  sort  des  dés;  la  divination  par  les  songes;  la  visite  à 
la  sibylle  de  Panzoult  ;  la  divination  par  les  signes  ;  les  consultations  successives 
du  poète  Raminagrobis,  d'Épistémon,  de  Her  Trippa,  de  Frère  Jean  des  Entom- 
meures,  du  théologien  Hippothadée,  du  médecin  Rondibilis,  du  philosophe 
Trouillogan,  du  juge  Bridoye  et  du  fou  Triboulet.  La  consultation  de  l'oracle 
de  la  Dive  Bouteille,  qui  fera  l'objet  des  voyages  racontés  dans  les  livres  IV  et 
V,  forme  la  quinzième  et  suprême  tentative  de  nos  Pantagruélistes,  celle  qui 
amène  le  dénouement  de  l'œuvre  et  qui  nous  dévoile  l'énigme  de  la  destinée 
humaine,  dont  Rabelais  place  la  solution  dans  un  déterminisme  peu  compatible 
avec  la  liberté. 

Le  seul  examen  de  l'ouvrage,  les  remarques  et  les  rapprochements  de  toute 
nature  qui  viennent  d'être  formulés  suffisent  à  nous  révéler  avec  certitude  le 
lien  certain  et  étroit  qui  rattache  le  IIP  livre  de  Pantagruel  à  la  «  Querelle  des 
femmes  ».  Sans  chercher  à  pousser  plus  loin  la  démonstration,  il  importe  main- 
tenant de  confirmer  cette  explication  nouvelle  du  Tiers  Livre  à  l'aide  d'un  texte 
qui  nous  prouve  que  les  contemporains  de  Rabelais  en  ont  bien  jugé  ainsi. 
Or,  ce  texte  nous  le  possédons,  aussi  clair,  aussi  probant  qu'il  était  possible  de 
le  souhaiter.  < 

Un  écrivain  du  xvi=  siècle  s'est,  en  effet,  dans  le  camp  féministe,  constitué 
l'historien  quasi  officiel  de  la  querelle  :  il  s'agit  de  François  de  Billon,  qui  a  con- 
sacré tout  un  gros  volume  au  récit  de  la  controverse.  Dès  1550,  nous  le  savons 
par  son  propre  témoignage,  son  livre  était  écrit,  donc  du  vivant  de  Rabelais;  il 
le  publia  en  1555  sous  ce  titre  déjà  mentionné  plus  haut  :  Le  Fort  inexpugnable 
de  l'honneur  du  sexe  féminin,  construit  par  Françoys  de  Billon,  secrétaire. —  On 
les  vend  à  Paris,  chez  Jan  d'Allyer,  libraire,  sur  le  pont  Sainct  Michel,  à  l'en- 
seigne de  la  Rose  blanche.  1555,  in-4°  de  vi-2éo  feuillets  (532  pages).  Cet 
ouvrage  est  le  triomphe  de  l'allégorie.  Dédié  à  Catherine  de  Médicis,  à  Mar- 
guerite de  France,  duchesse  de  Berry,  à  Jeanne  d'Albret,  à  Marguerite  de  Bour- 
bon, duchesse  de  Nevers,  et  à  Anne  de  Ferrare,  il  constitue  le  panégyrique  le 

I.  Œuvres  complètes,  t.  XVII,  Rabelais,  p.  146  et  169. 

LE   TIERS      IVRE.  IX 


LXVr  INTRODUCTION 

plus  enthousiaste,  le  plus  passionné,  qui  ait  été  peut-être  jamais  composé  en  l'hon- 
neur des  femmes.  Sans  doute,  un  symbolisme  indiscret  nuit  à  sa  valeur  litté- 
raire ;  le  style  est  étrangement  lourd  et  incorrect,  l'attaque  parfois  brutale,  sur- 
tout à  l'égard  de  Rabelais  ;  mais  on  ne  saurait  lui  refuser  le  sens  du  pittoresque 
ni  une  science  assez  sérieuse  de  son  sujet.  Il  a  essayé  d'écrire,  avec  une  érudi- 
tion quelque  peu  pédante,  l'une  des  premières  histoires  morales  des  femmes. 
François  Billon  avait  visité  l'ItaUe;  il  exerça  en  Piémont  les  fonctions  de  secré- 
taire de  Guillaume  du  Bellay,  dont  Rabelais  fut  le  médecin,  il  connut  donc,  et 
de  près,  l'auteur  du  Pantagruel,  et,  s'il  lui  réserva,  dans  son  œuvre,  une  place 
très  particulière,  ce  fut  en  parfaite  connaissance  de  cause. 

Notre  auteur  suppose  l'honneur  du  sexe  féminin  représenté  par  une  forte- 
resse inexpugnable,  pourvue  de  tous  les  bastions  S  tours,  fossés,  canons,  engins 
et  munitions  qu'il  est  possible  d'imaginer.  Dès  le  début,  nous  assistons  à  une 
sortie  ou  escarmouche  qui  permet  à  l'ingénieur  du  fort  de  faire  trois  prison- 
niers, vieux  capitaines,  qui  «  ont  bien  osé  dresser  en  campagne  d'écriture 
grandes  batailles  au  deshonneur  de  tout  l'honorable  Sexe  Féminin  »,  à  savoir  : 
Jean  Boccace,  auteur  du  Labyrinthe  d'Amour,  Jean  de  Nevizan,  auteur  de  la 
Forêt  de  Mariage,  et  enfin,  Drusac,  auteur  des  Controverses  des  sexes  masculin  et 
foemenin.  C'est,  d'ailleurs,  dans  ce  dernier  ouvrage  (f°^  41a  47)  que  se  trouve 
déjà  exposé  un  programme  de  guerre  et  de  siège  symboliques  de  même  nature. 

L'historien  nous  donne  un  peu  plus  loin  (fol.  29  v°)  la  liste  des  poètes  qui 
ont  combattu,  de  son  temps,  dans  le  camp  de  la  Vertu,  c'est-à-dire  des  Dames  : 
Jean  de  Vauzelles,  Salel,  qui  fit  l'éloge  de  Rabelais  en  1534,  «  Heroet  (dit  la 
Maison  neuve),  qui  du  Poète  philosophe  a  le  nom,  non  sans  mérite  »,  Ronsard, 
du  Bellay,  Saint-Gelais,  Marot  (?),  Jodelle,  Baïf,  Pelletier,  Belleau,  Tyard, 
Mailly,  etc. 

Pour  nous  en  tenir  aux  adversaires,  observons  qu'à  côté  des  trois  noms 
notoires  de  Boccace,  Nevizan  et  Drusac,  Billon  cite  encore  plusieurs  autres 
écrivains  ou  artistes  de  moindre  importance,  ennemis  des  femmes  ou  mêlés 
directement  à  la  «  querelle  »  :  l'auteur  des  Mot\  dore:(^  de  Caton,  le  musicien  Clé- 
ment Janequin,  messer  Speron,  auteur  de  la  Dignité  des  Femmes,  et  l'auteur 
anonyme  de  cette  Louenge  des  femmes  citée  plus  haut  : 

(Fol.  17  ro.)  Comme  en  semblable  se  peult  bien  dire  d'un  autre  petit  traitté  qui  trotte  encor' 
par  le  Palais  de  Paris,  et  qui  s'appelle  [La  Louenge  des  Femmes]  composé,  comme  se  peult 
croire,  de  quelque  bon  Pantagrueliste,  dans  lequel  l'Esprit  de  Maistre  Jan  du  Pontalais  a  voulu 
tenir  les  assises,  pour,  en  gergonnant  des  Femmes,  faire  rire  tout  gaudisseur  varlet  de  boutique. 

I.  Chacun  d'eux  porte  un  nom  :  Force,  Magnanimité,  Chasteté,  etc. 


i 


LES    PANTAGRUÉLISTES    ENNEMIS    DES    FEMMES  LXVII 

Le  nom  de  Pantagruéliste  nous  apparaît  ici  comme  synonyme  de  contemp- 
teur des  femmes. 

Mais  tous  ces  agresseurs  du  sexe  féminin  pâlissent  bientôt  auprès  de  son  plus 
célèbre  adversaire,  qui  n'est  autre  que  François  Rabelais  :  voici  comment  son 
III'  livre  est  apprécié  dans  les  pages  qui  suivent  : 

Le  Docteur  Rabelais  est  présenté  aux  Dames  pour  Butin. 

(Fol.  i8  vo  '.)  Voire  mais,  du  butin  (pourroit  dire  quelqu'une)  qu'en  a-t-il  été  fait  ?  Quel 
bagage,  quelles  munitions  avez  vous  peu  buttyner  sus  noz  ennemys,  pour  témoingnage  plus  apa- 
rent  du  retour  de  votre  escarmouche?  A  cela,  Dames,  se  responderoit,  que  pas  grand  cas.  Car 
moy  étant  seul  combatant,  et  seulement  armé  du  compas  et  de  la  plume  pour  mettre  main  à 
l'œuvre  :  je  me  veis  environné,  à  l'improveù,  d'une  flotte  d'ingratz  et  mesdisans,  tant  que  petite 
faveur  de  Ciel  ne  m'a  été  à  me  detraperde  leurs  griff'es  :  et  m'avoient  prins.  Mais  je  les  ay  pour- 
tant jusques  icy  attraynez  comme  Chevaliers  de  Bretaigne. 

L'Authetir  entend  que  tous  petite  détracteurs  suyvent  Pantagruel. 

Toutesfois,  et  nonobstant  qu'ilz  m'ayent  donné  affaire,  je  n'ay  été  si  fort  éblouy  de  bon  sens 
que  je  ne  puisse  bien  certifier  tout  leur  bagage  avoir  tousjours  été  gardé  de  prés,  par  un  tas  de 
morfonduz  Pantagruelistes,  lesquelz  (la  prinse  de  leur  gens  apperçue,  et  pour  n'abandonner  le 
Pyot,)  se  sont  gettez  daus  un  vieil  marécage  fangeux.  J'ay  dit  Pantagruelistes,  à  celle  fin  qu'on 
ne  pense  que  se  feussent  quelques  Landores  dégoûtez.  Car  se  sont  tous  gens  de  myse  satirique, 
qui,  pour  vous  dénigrer  Dames  en  propoz  et  écritz,  suyvent  volontiers  le  Guidon  d'un  gros 
Rabelier,  qui  (comme  Rondibilis  ^  qu'il  est),  ne  courut  onc  en  guerre,  mais  y  mené  ses  supos 
en  roullant,  non  pas  comme  Olivier  proprement,  mais  bien  comme  un  baril  autant  ou  moins 
aquatique  que  Diogenique,  encores  qu'il  se  soit  dit  le  vray  Philosophe  du  Tonneau  3 .  De 
manière  qu'il  a  si  bien  triboulé  son  vaisseau,  que  pensant  les  prisonniers  cy  dessus,  qui  sont  de  sa 
livrée,  estre  par  moy  attraynez  à  quelques  noces,  s'est  aussitost  trouvé,  avant  sa  mort,  arrêté 
aux  fossez  de  cete  Place,  qu'un  Conte  Guillaume  Allemant  aux  trenchées  du  camp  de  Jallon  en 
Champagne  lan  mil  cinq  cens  quarente  trois. 

Rabelais  guydon  des  Pantagruelistes. 

Tant  y  a,  Dames,  que  le  brave  Guydon  dont  il  est  question  fut  surnommé  Rabelais,  lequel 
(ou  son  nom  pour  luy)  vous  sera  icy  présenté  au  lieu  de  toutes  les  munitions  de  voz  adver- 
saires, comme  celluy  qui  tousjours  étoit  (Dieu  luy  face  mercy)  si  bien  fourny  de  ce  qu'attend 
une  chaire  percée  après  la  décoction,  qu'il  n'eust  jamais  rendu  sa  place  par  faute  de  vituailles*. 
Pour  Butin  vous  étoit  aussi  offert,  comme  la  plus  belle  hapelourde  qui  feust  de  Paris  à  Chinon  : 

1.  On  n'a  point  reproduit  la  ponctuation  spéciale  de  l'auteur  ni  respecté  ses  multiples  majus- 
cules. 

2.  Billon  identifie  Rabelais  avec  Rondibilis.  C'est  là  un  fait  intéressant  à  noter. 

3.  Voir,  dans  les  fascicules  de  1903  de  la  Revue  des  Études  Rabelaisiennes,  les  articles  de 
MM.  Laumonier,  Vaganay  et  Lefranc  sur  la  «  légende  »  de  Rabelais,  formée  de  très  bonne 
heure. 

4.  Allusion  au  prologue  du  Tiers  Livre. 


LXVIII  INTRODUCTION 

et  si  ne  fut  onc  un  tel  Joyau,  ny  une  si  fine  pièce  en  tout  l'amaz  de  ceux  qui  contre  vous  font 
bander  l'écriture.  Or.  qu'il  me  soit  frotté  pour  avoir  plus  beau  lustre.  Ja  seroit  ce  dommage,  et 
peu  nous  estimeroient  ses  supos  de  l'épargner.  Et  pourtant,  arrière,  arrière  qui  voudra  murmu- 
rer ou  dire  que  c'est  trop  hardiment  fait  de  toucher  ainsi  les  valeurs  ou  estimés  d'un  qui  ne 
s'estimoit  lui  mesme  pour  estimer  ou  taxer  tout  le  monde... 

L'Autheur  retorque  contre  Rabelais  les  termes  dont  il  use  en  son  Pantagrml  contre  les  femmes. 

Par  ainsi,  quel  malheur  a  peu  causer  cet  effect  par  rE[s]prit  d'un  tel  MéJecin,  d'aller  si  pre- 
sumptueusement  faire  anatomie  cruelle  des  qualitez  et  des  parties  intérieures  des  Dames,  sus 
Bouticque  d'Imprimerie  ?  En  estimant  par  luy,  que  tout  ainsi  qu'aucuns  peuvent  avoir  dans  leurs 
petitz  boyaux  d'éléfant,  un  animal,  une  chose  intestine  et  vive,  toute  intreuse,  mordicante,  lans- 
quinante,  d'altération  chatouillante,  qui  ravit  tous  leurs  sens,  entérine  leurs  affections  et  confond 
tous  leurs  pensementz  à  l'environ  du  mespreis  d'autrui  (comme  il  a  bien  ozé  écrire  contre  vous, 
Dames,  au  trente-deuxième  Chapitre  du  tiers  Livre  de  son  Pantagruel),  il  faille  aussi  conclurre 
et  croire,  selon  son  opinion,  que  les  Femmes  soient  naturellement  tourmentées  de  pareille  sorte 
d'animal.  De  manière  que  Plato  (dit-il)  ne  sache  pour  cela  en  quel  ranc  les  colloquer,  ou  en 
celluy  des  animaux  de  raison,  ou  en  celluy  des  bestes  brutes.  O  belle  et  bien  formée  réverye 
philosophique,  mais  plus  tost  Pantagrueilique,  digne  à  bon  droit  d'une  vraye  cornucopie  de 
raillerie  :  tout  au  contraire  de  quoy,  icelluy  Plato  et  son  disciple  Aristote  ont  mille  fois  écrit, 
ainsi  qu'est  facile  de  recongnoistre  à  l'œil  es  environs  de  ce  fort,  en  ses  raisons  trop  plus 
qu'inexpugnable. 

Ainsi  donc.  Monsieur  Rondibilis  mon  Amy,  en  ensuyvant  votre  opinion,  quand  vous 'disiez 
Femme,  vous  juriez  sus  les  ambles  de  votre  mulet,  que  c'est  un  sexe  tant  fragile,  tant  variable, 
tant  inconstant  et  imperfait,  que  Nature  vous  semble  avoir  été  égarée  de  son  bon  sens  quand  elle 
feit  la  Femme,  et  avez  bien  présumé  d'enregistrer  cela  au  livre  susnommé.  En  déterminant,  de 
plus,  que  si  ce  n'étoit  un  peu  de  honte  qui  retient  les  femmes,  on  les  verroit  (ce  dites  vous)  faire 
de  sauvages  tours.  Depuis  quand,  je  vous  prie,  êtes  vous  si  rogue  devenu  envers  chose  si  douce 
qu'est  la  Femme  ?  Y  en  a  il  quelqu'une  qui  vous  ayt  autrefois  forclos  du  regard  de  son  urine  ? 
Mais  encor',  si  les  femmes  sont  telles  que  les  arguez,  par  valable  conséquence,  vous  êtes  donc  tel, 
qui  êtes  nay  de  Femme.  Si  vous  n'étiez,  peult  estre,  filz  unique  de  la  Femme  de  votre  mulet 
duquel  vous  aymez  tant  les  ambles.  J'ay  dit  peult  estre,  à  toutes  aventures,  remémorant  qu'en 
l'année  Mil  cinq  cens  quarante  huit,  il  fut  bien  veii  à  Rome  un  chevreau  barbu  et  à  teste  humaine, 
sorty  du  ventre  d'une  chèvre.  Mais  confessé  que  vous  soiez  sorty  du  corps  d'une  honneste  Femme, 
de  vous  tant  déprimée  en  son  Sexe  :  et  s'ainsi  est  aussi  que  comme  homme  (de  soy  subjet  à 
erreurs),  et  non  comme  mulet  qui  bronche,  vous  ayez  diligemment  cherché  et  trouvé  par  vertu 
de  lunette  anatomique  les  femmes  avoir  en  leurs  personnes  un  animal  si  étrange  que  dit  est,  et 
que  l'avez  fait  entendre  par  rapport  d'écriture.  Gardez  que  ne  soyez  cetuyla  propre,  lequel  votre 
Mère  getta  hors  ses  intestins,  ne  le  pouvant  plus  comporter,  tant  étiez  intreux  et  mordicant. . . 

Sommairement,  Dames  très  aymées,  et  pour  ne  contester  davantage  avec  convaincuz,  voire  par 
un  qui  ne  sçait,  sinon  d'autant  qu'il  désire  savoir  :  celluy  dont  question  fut  un  Médecin  fort 
renommé  en  tout  point  de  Literature,  mais  il  ne  s'est  pas  pour  ce  coup  voulu  montrer  tel  en 
votre  endroit  ;  et  si  a  un  defect  ordinaire  de  Médecin,  qui  est  de  ne  se  pouvoir  guérir  soy  mesme  : 
comme  ne  s'etant,  cetuyla,  peii  garantir  du  mal  de  letargie,  au  regard  des  offenses  qu'il  vous  a 
faites.  Lequel  mal  a  rendu  sa  langue  ingrate  envers  vous,  pour  n'avoir  eu  souvenance  des  biens 
passez  par  luy  receûz  de  vos  grâces  nécessaires.  Des  secrètes  conditions  duquel,  mais  plus  tost 


RABELAIS    CHEF   DES    PANTAGRUELISTES  LXIX 

de  celles  d'aucuns  non  incongnuz  qui  contre  vous  s'aydent  de  ses  armes,  je  vous  reserve  une  his- 
toire de  plaisante  nouveauté  avant  que  Pantagruel  ayt  fait  terminer  le  riz  réservé  en  son 
soixante  et  dix  huitième  livre. 

Tout  commentaire  serait  superflu.  Rabelais  nous  est  donc  présenté  par  l'his- 
torien le  mieux  informé  des  circonstances  et  des  péripéties  de  la  «  querelle  » 
comme  le  chef  des  Pantagruélistes,  adversaires  nés  des  femmes,  et  comme  celui 
qui  les  a  menés  au  combat  pendant  la  mémorable  controverse  ;  son  Tiers  Livre 
est  directement  et  obstinément  visé.  Nous  savons  désormais  pourquoi  le  voyage 
de  Pantagruel  et  de  Panurge,  annoncé  à  la  fin  du  second  livre,  sous  une  forme 
burlesque,  a  été  remis  au  IV*,  pourquoi  Rabelais  a  changé  de  ton  et  pourquoi, 
rentrant  soudainement  en  scène,  il  a  consacré  tout  un  livre  aux  femmes.  Le 
cordelier  de  Fontenay-le-Comte,  ami  de  Tiraqueau,  vivait  toujours  en  lui. 


CHAPITRE  III 
LA  RÉALITÉ  DANS  LE  TIERS  LIVRE  DE  PANTAGRUEL 


I.  Raminagrobis. 

Au  cours  des  deux  introductions  précédentes,  nous  avons  étudié  avec  détail  la 
réalité  de  Gargantua  et  de  Pantagruel.  On  n'a  pas  à  rappeler  ici  les  résultats 
que  ces  recherches  nous  ont  permis  d'obtenir.  On  les  trouvera  exposés  au 
tome  I  (p.  L  à  Lxxxvii)  et  au  tome  III  (p.  xxv  à  xxxix).  Il  nous  faut  exami- 
ner maintenant  si  le  Tiers  Livre,  soumis  à  une  enquête  analogue,  est  suscep- 
tible d'apporter  la  même  moisson  d'éléments  réels  que  l'étude  des  deux  pre- 
miers livres  a  révélés  en  si  grand  nombre.  Examinons,  dans  ce  but,  les  person- 
nages nouveaux  que  l'auteur  a  introduits  dans  l'ouvrage  de  1546,  en  raison, 
spécialement,  des  consultations  que  poursuit  Panurge  pour  connaître  le  sort  de 
son  futur  mariage. 

Quel  est  le  mystérieux  poète  Raminagrobis  que  Rabelais  fait  agir  et  parler 
d'une  manière  si  originale  aux  chapitres  XXI  et  suivants  :  «  Nous  avons  icy 
près  la  Villaumere,  un  homme  et  vieulx  et  poète,  c'est  Raminagrobis,  lequel 
en  secondes  nopcesespousa  la  grande  Guorre,  dont  nasquit  la  belle  Bazoche...  »  ? 
Il  ne  s'agit  nullement,  selon  nous,  de  Guillaume    Crétin  %  comme   la  plupart 

I.  Il  est  bon  de  remarquer  que  si  les  vers  transcrits  par  Raminagrobis  (III,  ch.  xxi),  et 
d'ailleurs  modifiés,  sont  assurément  de  Crétin,  Rabelais  ne  spécifie  point  que  Raminagrobis  en 
soit  l'auteur.  Il  les  cite  sans  doute  comme  des  vers  contemporains  du  vieux  poète  qu'il  met  en 
scène,  et  bien  connus  encore  au  temps  où  paraissait  son  livre.  —  L'édition  originale  de  Crétin 
porte  ce  titre  :  Chanta  royaulx,  oraisons  et  aullres  petite  traicte^  faicts  et  composeï  par  Jeu  de  bonne 
mémoire  maistre  Guillaume  Crétin.  Paris,  Jehan  Sainct  Denys,  s.  d.  (vers  1527),  in-40.  Les  Chants 
royaux  aussi  bien  que  les  oraisons  sont  des  œuvres  pleines  de  piété  dont  les  sentiments  exprimés 
par  Raminagrobis  sont  aussi  éloignés  que  possible.  Jean  Le  Maire  entretint  des  rapports  d'amitié 
avec  Crétin,  au  moins  pendant  une  période  de  sa  vie,  puisqu'il  lui  dédia  son  Tiers  Livre  des  Illus- 
trations de  Gaule  en  15 12.  Il  lui  gardait  une  reconnaissance  particulière  d'avoir  favorisé  ses 
débuts  dans  la  carrière  littéraire. 


JEAN    LE    MAIRE    ET    LA    GRANDE   GUORRE  LXXI 

des  commentateurs  l'ont  cru  jusqu'ici,  mais,  selon  une  grande  vraisemblance, 
du  célèbre  Jean  Le  Maire  de  Belges,  dont  on  connaît  les  idées  très  hardies  en 
matière  de  politique  religieuse  :type  prononcé  d'anticlérical'  que  Rabelais  s'est 
plu  à  nous  montrer  comme  tel  dès  le  second  livre  (ch.  XXX)  : 

Je  veiz  maistre  Jean  le  Maire  qui  contrefaisoit  du  pape  et  à  tous  ces  pauvres  roys  et  papes  de 
ce  monde  faisoit  baiser  ses  piedz,  et  en  faisant  du  grobis  leur  donnoit  sa  bénédiction,  disant  : 
Gaignez  les  pardons,  coquins,  guaignez,  ilz  sont  à  bon  marché.  Je  vous  absoulz  de  pain  et  de 
souppe,  et  vous  dispense  de  ne  valoir  jamais  rien,  et  appella  Caillette  et  Triboulet,  disant  : 
Messieurs  les  Cardinaulx,  depeschez  leurs  bulles,  à  chascun  un  coup  de  pau  sur  les  reins  :  ce 
que  fut  faict  incontinent. 

Jean  Le  Maire  nous  est  donc  présenté  comme  faisant  du  grobis^,  et  précisé- 
ment l'anagramme  de  Raminagrobis  donne  Mair  en  grobis.  D'autre  part,  l'auteur 
des  Illustrations  de  Gaule  et  singularité'^  de  Troye  semble  bien  avoir  épousé  la 
grande  Guorre,  dont  il  parle  avec  une  abondance  et  une  rancune  singulières,  et 
sur  l'existence  de  laquelle  reposent  en  réalité  ses  Trois  contes  de  Cupido  et  d'Atro- 
pos>  avec  leur  symbolisme  si  curieux.  L'ouvrage  était  fait,  on  le  comprend,  pour 
intéresser  Rabelais  au  premier  chef. 

Voici  le  passage  du  second  Conte  où  Jean  Le  Maire  énumère  les  différentes 
appellations  de  la  grande  Guore,  qui  forme,  de  toute  évidence,  le  sujet  véritable 
de  ces  poèmes  allégoriques  : 

Ne  ne  sceut  onc  luy  bailler  propre  nom. 
Nul  médecin,  tant  eust  il  de  renom... 
Mais  le  commun  quand  il  la  rencontra, 
La  nommoit  Gorre,  ou  la  Vérole  grosse. 
Le  mal  François  la  nomment  les  Lombards, 
Qui  n'espargnoit  ne  couronne  ne  crosse... 
Si  ha  encores  d'autres  noms  plus  de  quatre. 
Les  Allemans  l'appellent  Groisse  blatre  ; 
Les  Espaignolz  Lesbones  l'ont  nommée; 
Et  dict  on  plus,  que  la  puissante  armée 

1.  Pour  avoir  une  idée  de  ses  opinions,  il  suffit  de  lire  la  conclusion  du  Traicté  de  la  différence 
des  schismes...,  p.  56-57  de  l'édition  de  1549. 

2.  «  Tiercement,  dit  Panurge  à  Frère  Jean,  avecques  ton  froc  et  ton  domino  de  grobis, 
retourne  à  Raminagrobis  »  (ch.  XXIII). 

3 .  L'authenticité  du  troisième  Conte  a  été  contestée  par  certains  érudits  modernes,  mais  ce  doute 
est  tout  récent.  Les  contemporains  de  Rabelais  le  croyaient  absolument  l'œuvre  de  Jean  Le 
Maire.  Notons  que  les  trois  contes  de  ce  dernier  ont  été  imprimés  dans  les  premières  éditions  du 
Triumphe  de  haulte  et  puissante  Dame  Verolle  (Lyon,  Françoys  Juste,  l'éditeur  de  Rabelais,  1537  ; 
Paris,  A.  Lotrian,  1540,  etc.). 


LXXII  INTRODUCTION 

Des  forts  François  à  grand  peine  et  souffrance 
En  Naples  l'ont  conquise  et  mise  en  France, 
Dont  aucuns  d'eux  le  Souvenir  la  nomment, 
Et  plusieurs  faits  sur  ce  content  et  somment, 
Les  Savoysiens  la  Clavelàla  disent...'. 

Les  malades  invoquent  sainte  Raine  ou  saint  Job  : 

Peu  de  guéris  en  sont,  de  morts  beaucoup. 

Dès  l'édition  de  1525,  les  trois  contes  sont  attribués  à  Jean  Le  Maire.  Sa  devise, 
De  peu  asseï,  se  retrouve  imprimée  au-dessous  du  troisième.  Or,  ce  dernier  conte 
place  à  Tours,  le  i""  septembre  1520,  les  Grans  Estas  chargés  de  résoudre  le  conflit 
soulevé  entre  Atropos,  d'une  part,  et  Cupidoet  Vénus,  de  l'autre;  et  l'auteur  est 
censé  s'être  trouvé  là  pour  assister  à  ces  États.  Cette  circonstance  semblait  donc 
indiquer  aux  contemporains  que  Le  Maire  avait  vécu  dans  cette  région  durant 
ses  dernières  années^.  La  seule  figure  de  poète  de  la  génération  antérieure  à 
Rabelais  qui  corresponde  au  portrait  tracé  par  le  grand  Tourangeau  est  assuré- 
ment celle  de  Jean  Le  Maire  de  Belges,  véritable  précurseur  en  matière  de  lucia 
nisme,  alors  que  la  figure  de  Guillaume  Crétin  s'oppose  à  peu  près  de  tout 
pointa  celle  de  Raminagrobis.  Ajoutons  que  le  nom  même  de  la  résidence  de 
ce  dernier  :  la  Villaumère  (qui  s'orthographie  aussi  la  Villaumaire),  indique  bien 
de  la  part  de  Rabelais,  l'intention  formelle  de  mettre  en  scène  le  remarquable 
écrivain  qui  fut,  au  point  de  vue  du  style  et  de  certaines  conceptions  caracté- 
ristiques, son  prédécesseur  immédiat.  Nul  doute  qu'en  envoyant  Panurge,  Épis- 
témon  et  Frère  Jean  près  de  la  Villaumère,  qui  n'est  pas  même  un  hameau,  mais 
un  modeste  manoir  fort  ignoré,  un  simple  Ueudit,  Maître  François  ait  voulu  tout 
bonnement  choisir  un  nom  qui  évoquât  celui  du  personnage  auquel  il  songeait. 
De  cette  manière  quand  les  contemporains  lisaient  les  quelques  lignes  du  cha- 
pitre XXI  :  «  Nous  avons  icy,  près  la  Villaumère,  un  homme  et  vieulx  et 
poëte,  c'est  Raminagrobis,  lequel  en  secondes  nopces  espousa  la  grande  Guorre^, 
dont  nasquit  la  belle  Bazoche.  .  .  »,  tous  les  lecteurs  qui  avaient  quelque  désir 
de  savoir  qui  était  Raminagrobis  pouvaient  songer  assez  naturellement  a 
Jean  Le  Maire. 

1.  Éd.  des  Œuvres  de  Jean  Le  Maire  de  1549.  Lyon,  p.  5,   col  i.   Dans  cette  édition,   le  3e 
conte  est  également  suivi  de  la  devise  de  Le  Maire. 

2.  Le  Maire  avait  séjourné  à  Tours  et  à  Blois  en  1 5 1 1 . 

3.  L'expression  «   en  secondes  nopces   espousa  la  grande    Guorre  »   s'explique   fort  bien, 
puisque,  nécessairement,  d'autres  «  nopces  »  doivent  précéder  celles-là. 


LA    FIN    DE   JEAN    LE    MAIRE  LXXIII 

La  suite  de  l'épisode,  avec  les  déclarations  de  Raminagrobis,  si  audacieuses  et 
si  nettement  agressives  à  l'égard  de  la  gent  monacale,  ne  pouvait  que  les  con- 
firmer dans  cette  pensée.  Il  est  même  possible  que  nous  ayons,  dans  ce  récit 
célèbre,  un  tableau  des  circonstances  qui  accompagnèrent  la  mort  de  Jean  Le 
Maire. 

Ce  poète,  très  mêlé  à  toutes  les  luttes  politiques  et  ecclésiastiques  de  l'époque 
de  Louis  XII,  disparaît  de  la  scène  peu  de  temps  après  l'avènement  de  Fran- 
çois I".  Sa  fin  est  restée  jusqu'ici  entourée  du  plus  profond  mystère.  On  peut 
penser  qu'il  a  terminé  sa  carrière  en  Touraine,  vers  un  3 1  Mai,  au  temps 
de  la  jeunesse  de  Rabelais,  réfugié  dans  quelque  château  ami,  à  l'abri  des 
haines  redoutables  que  son  attitude  indépendante  et  ses  polémiques  gallicanes 
lui  avaient  attirées.  Comme  Raminagrobis,  il  a  sans  doute  souhaité  «  le  silence  » 
pour  mourir.  Rabelais,  qui  lui  était  tant  redevable  et  dont  il  était,  à  plus  d'un 
égard,  le  précurseur,  a  dû  garder  fidèlement  sa  mémoire.  On  s'explique  sans 
peine  qu'il  ait  tenu  à  le  mettre  en  scène  en  plaçant  en  Touraine,  peut-être 
avec  une  entière  vérité,  en  tout  cas  sans  invraisemblance,  l'épisode  qui  le  con- 
cerne. Tout  concourt  assurément  à  nous  faire  penser  que  Raminagrobis  et 
Jean  Le  Maire,  l'auteur  de  la  Différence  des  schisfnes  et  des  conciles,  des  Illus- 
trations de  Gaule  et  singularité:^  de  Troye,  si  contraires  à  tout  idéal  ascétique, 
et  des  Trois  Contes,  destinés  à  présenter  le  tableau  saisissant  des  méfaits  de  la 
Grande  Guore,  ne  sont  qu'un  seul  et  même  personnage'. 

I.  V.  sur  Jean  Le  Maire,  avec  les  ouvrages  de  Thibaut  et  de  Ph.-Aug.  Becker,  le  résumé  de 
notre  cours  du  Collège  de  France  sur  La  Renaissance  en  France,  dans  la  Revue  des  Cours  et  Confé- 
rences (i"  trim.  de  191 1),  H.  Guy,  Hist.  de  la  poésie  française  au  XFI'  siècle,  t.  I,  1.  II,  ch.  m; 
Paul  Spaak,  fean  Lemaire  de  Belges  (extr.  de  la  Revue  du  XV I^  siècle,  t.  VIII,  IX  et  X).  M.  Spaak 
examine  en  détail  (p.  1 33-141  du  tirage  à  part)  l'hypothèse  que  nous  présentons  ici,  d'après  notre 
article  :  Lidenlification  de  Raminagrobis,  publié  dans  la  R.  E.  R.,  t.  IX,  191 1,  p.  144  et  suiv.  Il  la 
considère  comme  absolument  vraisemblable  II  y  ajoute  même  (p.  139,  n.  5)  un  rapprochement 
de  plus,  en  notant  que  Le  Maire  a  été,  en  son  temps,  comparé  à  Homère  ;  Marot  lui  attri- 
buait même  l'âme  «  d'Homère  le  grégeois  «.  Rabelais  a  pu  se  rappeler  cette  expression  d'un 
poète  qu'il  avait  beaucoup  lu  et  jouer  doublement  sur  le  mot  «  La  Villaumère  ».  De  même 
M.  Arthur  Tilley,  dans  la  Revue  dn  XVI'  siècle,  t.  II,  p.  32,  conclut  ainsi  un  article  sur 
Rabelais  et  fean  Le  Maire  de  Belges  :  «  En  somme  il  faut  ajouter  aux  sources  multiformes  où 
Rabelais  a  puisé  une  source  de  plus.  Il  faut  aussi,  si  je  ne  me  trompe  pas,  regarder  la  prose  de 
Jean  Le  Maire  comme  ayant  exercé  sur  son  successeur  une  vraie  influence.  Le  Maître  a  payé 
sa  dette  en  lui  assignant  une  place  dans  son  épopée.  Il  y  figure  assez  honorablement  dans  son 
tableau  des  Champs-Elysées,  et  l'on  aime  à  croire,  d'après  l'heureuse  conjecture  de  M.  Abel 
Lefranc,  qu'il  y  figure  aussi  comme  «  le  vieil  poëte  françois  nommé  Raminagrobis  ».  V.  aussi, 
sur  le  mot  Raminagrobis,  les  pages  de  L.  Sainéan  dans  R.  E.  R.,  t.  IX,  p.  275-282,  Revue  du 
XVI^  siècle,  t.  I.  p,  505-6,  et  La  Langue  de   Rabelais,  t.   II,    p.  489.  Ajoutons  encore  que   Le 

LE   TIERS   LIVRE.  X 


LXXIV  INTRODUCTION 

II.  Her  Trippa. 

Les  commentateurs  de  Rabelais  se  sont  accordés  pour  identifier  le  person- 
nage appelé  Her  Trippa  qui,  au  chapitre  XXV,  nous  est  présenté  comme  pré- 
disant toutes  choses  futures  «  par  art  d'astrologie,  geomantie,  chiromantie, 
metopomantie  et  aultres  de  pareille  farine  »,  avec  Henri  Cornélius  Agrippa  de 
Nettesheim,  médecin  originaire  de  Cologne,  l'auteur  bien  connu  du  D&  inctr- 
titudine  et  vanitate  Scientiarum  et  Artium.  Toutefois,  on  n'a  peut-être  pas 
essayé  de  justifier  par  tous  les  arguments  désirables  cette  identification  piquante, 
bien  faite  assurément  pour  exciter  la  curiosité  des  rabelaisants,  puisqu'elle  met 
en  cause,  au  cours  d'un  épisode  célèbre  du  Pantagruel,  l'une  des  plus  énigma- 
tiques  figures  de  l'époque  de  la  Renaissance.  Pour  quels  motifs  Rabelais  a-t-il 
fait  intervenir  ainsi  cet  étrange  personnage  dans  l'enquête  poursuivie  par 
Panurge  sur  les  femmes  et  le  mariage;  existe-t-il,  entre  le  rôle  joué  par  Her 
Trippa  dans  le  Tiers  Livre  et  le  caractère  et  les  doctrines  de  Corneille  Agrippa, 
une  concordance  manifeste;  enfin,  est-il  possible  de  relever  entre  la  vie  de 
Rabelais  et  celle  de  l'écrivain  allemand  des  points  de  contact,  sinon  certains, 
du  moins  vraisemblables,  et  peut-on  croire  qu'ils  se  sont  connus  au  cours  de 
leur  existence  quelque  peu  vagabonde  ? 

Si  Rabelais  a  fait  intervenir  Cornélius  Agrippa  dans  l'enquête  du  Tiers  Livre, 
c'est  que,  précisément,  l'écrivain  des  bords  du  Rhin  avait  pris,  on  l'a  vu,  une 
part  bruyante  à  la  «  querelle  des  femmes  »  qui  se  déroula  pendant  la  première 
moitié  du  xvi^  siècle.  Agrippa  publia,  en  1529,  à  Anvers,  son  curieux  traité  Z)e 
nobilitate  et  prxcellentia  fxminei  sextis,  composé  dès  1509,  à  Dôle,  lequel  cons- 
titue le  panégyrique  le  plus  enthousiaste,  sinon  le  plus  nuancé,  que  le  xvi^  siècle 
ait  vu  paraître  en  faveur  du  sexe  féminin.  L'auteur  prête  à  celui-ci  toutes  le 
qualités  et  toutes  les  vertus.  Agrippa  ne  se  contente  pas  de  soutenir  la  thèse  de 
l'égalité  absolue  des  deux  sexes,  il  prétend  encore  démontrer  la  supériorité  du 
sexe  féminin  sur  l'autre.  L'ouvrage  trouva  forcément,  du  côté  des  féministes, 
alors  nombreux,  une  vogue  marquée;  il  fut  traduit  de  très  bonne  heure  et, 
chose  digne  de  remarque,  parut  en  français  en  1537,  à  Lyon,  chez  François 
Juste,  l'éditeur  même  de  Rabelais.  Celui-ci,  on  le  devine,  dut  lire  avec  une 
ironie  peu  bienveillante  cette  apologie  outrée  et  indiscrète,  si  éloignée  de  ses 
propres  idées,  et  c'est  avec  une  satisfaction  assez  naturelle  qu'il  songea,    au 

Maire  fut  lié  d'amitié  avec  Cornélius  Agrippa,  que  Rabelais  a  certainement  mis  en  scène  sous 
les  traits  de  Her  Tripa.  —  La  mort  de  Le  Maire  doit  se  placer  au  plus  tard  vers  1524.  M.  Hum- 
pers  la  fixe  en  15 15  ou  15 16,  comme  dernière  limite,  mais  sa  démonstration  n'implique  pas 
une  évidence  complète  (V.  Spaak,  op.  cit.,  p.  142). 


CORNELIUS    AGRIPPA    ET    RABELAIS  LXXV 

moment  de  la  préparation  de  son  Tiers  Livre,  à  mettre  en  scène  le  trop  ardent 
panégyriste,  heureux^  apparemment,  de  saisir  une  occasion  favorable  de  le  rendre 
ridicule.  Entre  ces  deux  confrères,  le  premier  d'un  jugement  si  alerte  et  si 
juste,  le  second,  —  malgré  certaines  conceptions  intéressantes,  etparfois  remar- 
quables, formulées  dans  ses  ouvrages  —  d'un  esprit  si  peu  équilibré  et,  semble- 
t-il,  d'une  sincérité  sujette  à  caution,  aucune  sympathie  intellectuelle  ne  pou- 
vait exister.  Certes,  Rabelais  connaissait  fort  bien,  comme  médecin  et  comme 
habitant  de  Lyon,  la  psychologie  du  personnage,  ses  œuvres  principales,  notam- 
ment le  De  vanitate  Scientiarum,  ses  doctrines  quelque  peu  retentissantes  dans 
le  domaine  de  l'astrologie,  de  la  divination  et  des  sciences  occultes,  ses  aventures 
singulières,  son  genre  dévie  et  ses  occupations  favorites.  Il  savait  que  la  profes- 
sion médicale,  pratiquée  par  Agrippa  avec  un  sérieux  fort  discutable,  ne  cons- 
tituait qu'un  des  aspects  de  son  activité  multiple.  «  Pour  le  populaire,  c'était 
une  espèce  de  sorcier  (nous  dit  l'un  de  ses  meilleurs  biographes').  Agrippa 
était  en  correspondance  avec  des  gens  qui  lui  parlaient  de  chiromancie  et  d'as- 
trologie. Il  faisait  lui  même  de  l'alchimie  ;  il  donnait  des  horoscopes.  »  C'est 
exactement  le  genre  de  consultation  que  Panurge  vient  demander  à  Her  Trippa 
sur  le  conseil  d'Épistémon. 

Entre  le  rôle  de  Her  Trippa,  tel  qu'il  apparaît  au  chapitre  XXV  du  Tiers 
Livre,  et  celui  des  moyens  d'existence  de  Cornélius  Agrippa  qui  avait  dû 
retenir  davantage  la  curiosité  de  ses  contemporains,  en  représentant  à  leurs 
yeux  le  côté  original  de  son  labeur  pseudo-scientifique,  la  concordance  était 
complète.  Nombre  de  lecteurs  du  Pantagruel  pouvaient  ainsi  reconnaître  sans 
peine  notre  personnage,  d'autant  mieux  que  le  Her  de  l'appellation  forgée  par 
Rabelais  suffisait  à  désigner  un  Allemand,  pendant  que  le  nom  Trippa,  proba- 
blement choisi  avec  une  intention  satirique,  évoquait  par  sa  désinence  le  nom 
même  du  prétendu  philosophe.  Que  si,  maintenant,  nous  ouvrons  soit  le  traité 
De  occulta  philosophia- ,  soit  le  Devanitate  Scientiarum  d' Agrippa ',  nous  y  décou- 

1 .  Les  sciences  et  les  arts  occultes  au  XVh  sikh  :'Corneille  Agrippa,  sa  vie  et  ses  œuvres,  par  Aug. 
Prost,  Paris,  H.  Champion,  1882,  2  vol.  in-8,  t.  II,  p.  217. 

2.  Henrici  Cornelii  Agrippz  ah  Nettesheym  a  consiliis  et  archivis  Indiciarii  sacrx  Cesares  Majes- 
tatis  De  occulta  philosophia  lihri  très.  Cum  gratia  et  privilégia  Cssarex  Majestatis  ad  triennium.  — 
A  la  fin  :  Occultas  philosophias  Henrici  Cornelii  Agrippse  finis.  Anno  MDXXXIII,  mense 
Julio  (s.  1.  n.  d.  chez  Jean  Soter,  à  Cologne).  —  Bibl.  Nat.  Z  1983  A.  (Voy.  Prost,  II, 
p.  531).  Cet  ouvrage,  commencé  dès  1509  et  complété  à  diverses  reprises  par  des  additions, 
contient  probablement  les  résultats  des  plus  anciens  travaux  d'Agrippa,  c'est-à-dire  de  ceux  qui 
remontaient  au  temps  de  sa  jeunesse.  Le  traité  de  l'incertitude  et  de  la  vanité  des  sciences  appar- 
tient à  son  âge  mûr.  L'ensemble  des  oeuvres  d'Agrippa  est  dominé  par  ces  deux  ouvrages. 

3.  J'utilise  l'édition  publiée  à  Anvers  sous  ce  titre  :  Splendidx  nobilitatis  viri  et  armatz  mili- 


LXXVI  INTRODUCTION 

vrons  aisément  les  genres  de  divination  conjecturale  ou  magique  (il  y  en  a 
trente-sept)  proposés  par  Her  Trippa,  étudiés  et  décrits  avec  tout  le  détail 
désirable.  On  sait  en  effet  que  la  magie,  dont  Agrippa  était  un  fervent  adepte 
et  dont  son  De  occulta  philosophia  forme  un  véritable  traité,  comprenait,  avec  la 
sorcellerie  et  les  arts  magiques  proprement  dits,  la  divination  soit  conjecturale, 
procédant  de  l'observation  des  signes,  soit  plus  spécialement  magique,  fondée 
sur  des  pratiques  mystérieuses'.  A  la  divination  magique  se  rapportaient  l'astro- 
logie, l'art  de  tirer  des  probabilités  de  l'examen  des  corps,  des  aspects  divers  de 
la  figure  de  l'homme  ou  de  ses  membres,  de  l'explication  des  songes,  de  l'étude 
des  sorts  (chiromancie,  metoposcopie,  alectryomancie,  onomancie,  stoicheo- 
mancie,  etc.).  A  la  divination  magique  appartenaient  les  révélations  obtenues  du 
démon  par  divers  procédés  (géomancie,  aéromancie,  pyromancie,  nécromancie, 
gastromancie,  catoptromancie,  axinomancie,  cephalaeonomancie,  etc.),  et  enfin 
les  oracles  (augures,  auspices,  aruspices,  etc.).  Les  consultations  qu'offre  le 
personnage  de  Rabelais  à  ses  visiteurs  ont  leur  correspondance  et  leur  explication 
dans  les  publications  d' Agrippa.  Il  suffit  de  parcourir  la  table  initiale  qui  donne 
les  titres  des  chapitres  du  de  Vanitaîe  pour  y  retrouver  les  appellations  mêmes 
des  sciences  qui  sont  spécialement  professées  par  Her  Trippa  et  dont  l'indica- 
tion est  présentée  au  début  du  chapitre  XXV  du  Tiers  Livre  :  De  astrologia, 
de  geomantia,  de  inetoposcopia  ^,  et  ainsi  de  suite.  Le  parallélisme  est  donc  com- 
plet ;  il  apparaît,  d'ailleurs,  comme  si  évident  qu'il  n'est  pas  besoin  d'y  insis- 
ter davantage  5 . 

Maintenant  que  le  rapport  entre  les  deux  personnages  est  établi  d'une  manière 
sûre,  il  est  à  propos  de  répondre  à  l'autre  question  :  Rabelais  et  Agrippa  ont- 
ils  été  à  même  de  se  rencontrer  ?  Certes,  l'auteur  du  De  Vanitate  avait  beaucoup 
séjourné  en  France,  à  Paris,  à  Avignon,  à  Autun,  à  Chalon-sur-Saône,  à  Metz, 

tix  Equitis  atirati  ac  utriusque  Jnris  Doctoris  Sacrx  Cxsarx  Majestatis  a  consiliis  et  archivis  Judi- 
tiarii  Henrici  Cormlii  Agrippai  ah  Nettesheytn  De  Incertitiidine  et  Vanitate  Scientiariim  et  Artium 
atque  excellentia  Verhi  Dei  Declamatio.  —  Johannes  Graphetis  excudebat  anno  a  Christo  nato 
M.  D.  XXX.,Mense  septemb.,  Antverpix.  Le  dernier  feuillet  est  occupé  par  la  très  belle  marque  qui 
représente  la  Charité. 

1.  Cf.  Prost,  op.  cit.,  t.  I,  p.  x.xxix  et  suiv. 

2.  «  Icy,  près  l'isle  Bouchart,  demeure  Her  Trippa,  (dit  Epistemon)  ;  vous  sçavez,  comment 
par  art  d'astrologie,  geomantie,  chiromantie,  metopomantie  et  aultres  de  pareille  farine,  il 
prsedict  toutes  choses  futures;  conférons  de  vostre  afïaire  avecques  luy  ». 

j.  Remarquons  qu'un  quatrième  livre  fut  ajouté  de  bonne  heure  à  l'ouvrage  d'Agrippa,  livre 
qui  contient  une  énumération  classique  des  procédés  de  la  magie  qu'il  est  intéressant  de  rap- 
procher de  celle  du  Tiers  Livre.  On  la  trouvera,  par  ex.,  dans  une  éd.  de  l'ouvrage  d'Agrippa 
datée  de  1565,  Lyon  (Bibl.  Mazarine,  28.458). 


AGRIPPA   ET   RABELAIS    A    GRENOBLE  LXXVII 

mais  surtout  à  Lyon.  Il  arriva  dans  cette  dernière  ville  vers  les  premiers  mois 
de  l'année  1524  et  y  demeura  quatre  années.  Il  y  devint  conseiller  et  médecin 
du  roi  de  France,  et  fut  attaché  à  la  personne  de  la  reine  mère  Louise  de 
Savoie.  Après  le  départ  de  sa  royale  maîtresse,  il  ne  put  obtenir  le  payement 
de  ses  gages  et  tomba  en  une  complète  disgrâce  en  même  temps  que  dans 
une  situation  très  précaire.  Aigri,  désenchanté,  il  écrivit  le  traité  «  de  l'incerti- 
tude et  de  la  vanité  des  sciences»,  qui  porte  la  trace  continue  de  ses  mélancoliques 
dispositions  d'esprit,  a  satire  emportée,  a-t-on  dit  justement,  des  mœurs  des 
lois,  des  usages  et  du  régime  entier  de  la  société  de  son  temps.  »  Il  laissa  donc 
à  Lyon  des  souvenirs  nombreux  et  précis,  à  la  suite  de  ce  séjour  qui  marque 
l'une  des  crises  les  plus  graves  de  sa  vie.  Quand  Rabelais  y  arriva  quelques 
années  plus  tard,  en  1532,  il  n'eut  pas  de  peine  à  les  recueillir.  En  1535,  du 
reste,  Agrippa  se  rendit  de  nouveau  à  Lyon,  venant  de  Bonn.  Ce  changement 
ne  lui  fut  pas  favorable.  Il  se  vit  jeter  en  prison  par  ordre  du  roi  ;  cette  incar- 
cération fut  motivée,  croit-on,  par  la  hardiesse  avec  laquelle  il  aurait  écrit 
antérieurement  contre  la  reine  mère.  Ses  amis  intervinrent,  et  il  fut  relâché. 
Il  se  retira  alors  à  Grenoble,  où  il  mourut  peu  de  temps  après,  au  cours  de 
l'année  1535,  âgé  de  49  ans,  sans  qu'on  puisse  préciser  le  mois  de  son  décès. 
Sa  fin  arriva  non  pas  à  l'hôpital,  dans  la  maison  de  Saint-Antoine  de  la  rue  de 
la  Perrière,  comme  on  l'a  prétendu,  mais,  selon  toute  vraisemblance,  au  logis 
même  de  François  de  Vachon,  président  au  parlement  du  Dauphiné,  qui  l'avait 
recueilli  chez  lui,  et  par  les  soins  duquel  il  fut  inhumé  honorablement  dans 
l'église  des  Frères  Prêcheurs,  suivant  le  témoignage  de  l'érudit  dauphinois  Guy 
Allard.  Un  compatriote  et  contemporain  de  celui-ci,  Chorier,  confirme  tous 
ces  renseignements,  mais  place  le  trépas  du  savant  allemand  dans  le  logis  du 
conseiller  au  parlement  Ferrand,  où  était  mort  le  jurisconsulte  Guy  Pape  vers 
le  milieu  du  xv'  siècle'.  Le  fait  de  la  mort  d' Agrippa,  survenue  en  1535,  à 
Grenoble,  est,  en  tout  cas,  hors  de  doute. 

Or,  personne  n'a  jamais  remarqué  que,  précisément  au  cours  de  cette  même 
année  1535,  Rabelais  avait  effectué  un  voyage  semblable  à  celui  qui  marqua 
la  fin  de  l'existence  d'Agrippa.  Inquiet,  se  trouvant  sous  la  menace  de  pour- 
suites, il  quitta  brusquement  Lyon,  le  13  février,  pour  aller  se  réfugier  à  Gre- 
noble ^,  où  il  trouva  un  asile  dans  la  maison  du  président  François  de  Vachon, 

1.  Chorier,  La  jurisprudence  du  célèbre  conseilkr  et  Jurisconsulte  Guy  Pape,  eic...,  Lyon,  1692, 
dans  la  vie  de  Guy  Pape  qui  figure  en  tête  de  cet  ouvrage  (cité  par  Prost,  II,  p.  405). 

2.  Voy.  V.  de  Valons,  Rabelais  à  Lyon,  Lyon,  1881,  p.  8;  notre  article  de  la  Revue  des  Etudes 
rabelaisiennes,  1908,  p.  148  et  suiv.  ;  et  Le  séjour  de  Rabelais  à  Grenoble,  par  Albert  Ravanat, 
Grenoble,  1891. 


LXXVIII  INTRODUCTION 

le  même  chez  lequel  Guy  Allard  suppose  que  s'éteignit  Agrippa.  En  outre, 
Guy  Allard  remarque,  à  l'article  Vachon  de  sa  Bibliothèque  de  Datiphiné{i6So), 
que  ce  personnage,  «  président  à  mortier  en  ce  Parlement  soubs  Henri  III,  ne 
passoit  point  agréablement  les  heures  de  son  loisir  s'il  n'estudioit  pas,  et  ses  plus 
charmantes  conversations  estoient  avec  les  gens  de  lettres;  aussi  recueillit-il 
Rabelais  et  Agrippa  dans  sa  maison  »  ' . 

Il  semble  donc,  d'après  ce  texte,  rédigé,  il  est  vrai,  au  xvii=  siècle,  que 
Rabelais  et  Agrippa,  qui  tous  deux  séjournèrent  à  Grenoble  en  1535,  aient  pu 
se  retrouver  dans  la  demeure  hospitalière  du  président  F.  de  Vachon.  Et  même 
il  ne  serait  pas  impossible  qu'ils  se  fussent  rencontrés  déjà  à  Lyon,  si  l'arrivée 
d'Agrippa  dans  cette  ville  avait  été  antérieure  à  la  mi-février.  Quoi  qu'il  en  soit, 
il  est  intéressant  de  constater  que  les  circonstances  ont  imposé  à  chacun  d'eux, 
vers  la  même  époque,  un  déplacement  et  une  retraite  absolument  semblables, 
conseillés  parla  prudence.  Une  telle  constatation  nous  amène  à  nous  demander 
s'il  n'existerait  point  une  relation  entre  le  départ  de  l'un  et  celui  de  l'autre,  et 
si  le  même  rapport  ne  se  manifesterait  pas  en  ce  qui  touche  le  choix  du  lieu  du 
refuge.  Quand  Rabelais  s'enfuit  précipitamment  de  Lyon,  c'est  que,  nouvelle- 
ment censuré  par  la  Sorbonne  %  il  a  lieu  de  craindre  pour  sa  sûreté,  eu  égard 
à  la  situation  générale  et  aux  dispositions  des  pouvoirs  locaux;  il  nous  paraît 
vraisemblable  que  si  Agrippa  fut  incarcéré  dans  la  même  ville,  cette  mesure 
dut  être  prise  beaucoup  plus  en  raison  de  ses  idées,  réputées  téméraires  et  dan- 
gereuses, qu'en  punition  d'un  écrit  plus  ou  moins  oublié,  dirigé  contre  la  reine 
mère,  morte  depuis  quatre  ans.  A  diverses  reprises,  son  orthodoxie  donna  lieu 
à  de  graves  soupçons  >.  Mais  ce  qui  mérite  de  retenir  davantage  notre  attention, 
c'est  cette  circonstance  que  le  De  Vanitate  et  son  auteur  furent  condamnés  par 
la  Sorbonne  le  2  mars  1535.  L'ouvrage,  censuré  comme  entaché  des  doctrines 

1.  La  Bibliothèque  de  Dauphiné,  contenant  les  noms  de  ceux  qui  se  sont  distinguei  par  leur  sçavoir 
dans  cette  province  et  le  dénombrement  de  leurs  ouvages  depuis  XII  siècles.  Dressée  par  M.  Guy 
Allard.  A  Grenoble,  chez  Laurent  Gilibert,  1680.  Vis  Rabelais,  Agrippa  et  Vachon. 

2.  J'incline  à  croire  que  la  censure  portée  contre  le  Gargantua  fut  prononcée  par  la  Faculté 
de  théologie  vers  le  mois  de  février  1535  et  qu'elle  fut  la  cause  déterminante  du  départ  soudain 
de  Rabelais. 

5.  Son  biographe  remarque  (t.  II,  App.  X,  p.  463  et  suiv.)  «  que  les  tendances  d'Agrippa 
vers  la  Réforme  sont  incontestables  et  permettent  de  douter  de  la  sincérité  de  ses  paroles  dans 
les  témoignages  qu'il  donne  parfois  d'opinions  qui  seraient  contraires  aux  novateurs.  La  commu- 
nauté d'idées  entre  Agrippa  et  les  hérésiarques  du  xvi*  siècle  s'accuse  dans  maint  passage  de 
ses  écrits,  mais  tout  particulièrement  dans  son  traité  de  l'incertitude  et  de  la  vanité  des  sciences. 
Tels  sont  les  passages  qui  concernent  le  célibat  des  prêtres,  le  culte  des  saints,  le  purgatoire, 
etc.  » 


HER   TRIPPA    ET    AGRIPPA  LXXIX 

luthériennes  (attaques  contre  le  culte  des  images,  des  temples,  des  fêtes  et  des 
cérémonies  de  l'Église  ;  blasphème  contre  les  écrivains  du  saint  canon),  fut 
condamné  à  être  brûlé  publiquement  '.  Voilà,  selon  nous,  la  véritable  cause  de 
l'emprisonnement  de  l'ardent  sectateur  des  sciences  magiques.  Les  mêmes  cen- 
sures qui  frappèrent  Rabelais,  aussi  bien  du  côté  catholique  que  du  côté  protes- 
tant, l'atteignirent  pareillement.  Cela  est  si  vrai  que  Calvin,  un  peu  plus  tard, 
rapproche  le  nom  de  Rabelais  de  celui  d'Agrippa,  en  les  présentant  l'un  et 
l'autre  comme  deux  libres  penseurs  «  frappez  d'un  mesme  aveuglement  ^  ».  De 
toute  manière,  l'auteur  du  Pantagruel  dut  souvent  entendre  parler  d'Agrippa. 
S'il  l'a  connu  personnellement,  comme  bien  des  indices  permettent  de  le  croire 
il  n'a  sans  doute  éprouvé,  malgré  quelques  idées  communes  et  la  similitude  des 
dangers  courus  vers  le  même  temps,  aucune  sympathie  pour  son  confrère  ;  ce 
champion  des  sciences  occultes  ne  pouvait  séduire  à  aucun  degré  son  esprit  si 
clair  et  tout  épris  de  réalité. 

Que  faut-il  penser  de  l'allusion  du  début  du  chapitre  XXV  relative  aux  infor- 
tunes conjugales  de  Her  Trippa  ?  Il  est  possible  qu'elle  évoque  un  bruit  plus 
ou  moins  fondé  répandu  par  la  malignité  publique.  Her  Trippa  y  apparaît 
comme  fréquentant  la  cour  pendant  son  premier  séjour  à  Lyon,  détail  qui  est 
parfaitement  exact  en  ce  qui  touche  Agrippa.  On  sait  qu'il  fut  marié  trois  fois. 
L'une  des  femmes  qu'il  épousa  passait  pour  très  belle.  Quant  aux  cadeaux  faits 
à  Her  Trippa,  en  dehors  des  «  cinquante  beaux  angelotz  »  qu'il  reçoit,  leur  énu- 
mération  ne  présente  rien  que  de  vraisemblable.  Les  imprécations  que  Panurge 
adresse  à  notre  occultiste,  en  quittant  sa  «  tanière  »  (fin  du  chapitre),  ne  sont 
pas  non  plus  pour  surprendre.  Visiblement,  l'auteur  de  Pantagruel  tient  à  détour- 
ner de  lui  tout  soupçon  d'une  ancienne  entente  avec  ce  personnage  réputé  dan- 
gereux :  c(  A  trente  diables  soit  le  coqu,  cornu,  marrane,  sorcier  au  Diable, 
enchanteur  de  l'Antichrist.  Retournons  vers  notre  roy.  Je  suis  asceuré  que  de  nous 
content  ne  sera,  s'il  entend  une  foys  que  soyons  icy  venuz  en  la  tesnière  de  ce  diable 
engiponné.  Je  merepens  d'y  estre  venu...  Vray  Dieu!  comment  il  m'a  perfumé 
de  fascherie  et  diablerie,  de  charme  et  de  sorcellerie  !  Le  diable  le  puisse  empor- 
ter! »  Ce  sont  là  autant  d'allusions  qui  s'expliquent  fort  bien  de  la  part  d'un 
contempteur  de  la  magie  en  général  et  spécialement  des  théories  d'Agrippa. 
L'allusion  faite  aux  sentiments  du  roi  à  l'égard   de  celui-ci  concorde   avec  les 


1.  D'Argentré,  Colkctio  judiciorum  de  navis  errorlbus,  Paris,  1728,  in-fo,  t.  II,  p.  85.  Le  De 
occulta  philosophia  fut  condamné  également  à  Cologne,  en  1533. 

2.  Calvin,  Traité  des  Scandales  (1550),  éd.  de  1566,  p.  1182,  dans  le  Recueil  des  Opuscules  de 
Calvin  donné,  à  cette  date,  par  Th.  de  Bèze. 


LXXX  INTRODUCTION 

péripéties  de  son  premier  séjour  à  Lyon,  je  veux  dire  avec  sa  disgrâce,  autant 
qu'avec  l'aventure  fâcheuse  du  second  séjour,  même  si  l'on  admet  que  son  incar- 
cération fut  en  partie  causée  par  un  pamphlet  contre  la  mère  du  souverain.  En 
résumé  :  aucun  trait  de  l'épisode  du  Pantagruel  qui  ne  convienne  exactement 
à  la  personnalité  d'Agrippa  '.  Il  y  a  donc  identité  entre  le  célèbre  médecin  et  la 
figure  introduite  par  Rabelais  dans  son  roman.  Une  fois  encore,  tous  les  traits 
de  la  satire  rabelaisienne  s'expliquent  et  se  justifient  de  la  manière  la  plus  com- 
plète et,  si  j'ose  dire,  la  plus  naturelle.  HerTrippanous  apparaît,  lui  aussi,  comme 
un  personnage  emprunté  à  la  réalité  la  plus  concrète. 

m.  Hippothadée. 

Nous  nous  trouvons  maintenant  en  face  de  la  quadruple  consultation  d'un 
théologien,  d'un  médecin,  d'un  légiste  et  d'un  philosophe.  Rabelais,  en  annon- 
çant leur  participation  à  l'enquête  de  Panurge,  tient  à  spécifier  la  situation  res- 
pective de  chacun  d'eux  en  ce  qui  touche  les  liens  du  mariage.  Il  nous  apprend 
ainsi  que  le  théologien  Hippothadée  n'a  jamais  connu  ces  liens,  alors  que  le 
médecin  Rondibilis  est  marié,  le  juriste  Bridoye,  veuf,  et  le  philosophe  Trouil- 
logan,  remarié  en  secondes  noces. 

On  peut  dire  que  les  chapitres  XXX,  XXXI  et  XXXII,  qui  mettent  en 
scène  le  théologien  et  le  médecin  renferment  l'essentiel  de  la  pensée  du  Tiers 
Livre.  «  Les  Sorts  virgilianes,  a  remarqué  avec  raison  M.  Barat,  la  Sibylle  de 
Panzoult,  Frère  Jean,  Raminagrobis  ne  donnent  que  des  oracles  incertains 
ou  trop  manifestement  joyeux  pour  qu'on  y  puisse  voir  la  pensée  profonde  de 
l'auteur.  On  peut  dire  que  les  réponses  d'Hippothadée  et  de  Rondibilis  sont  le 
noyau  véritable  du  livre.  »  A  quelle  personnalité  d'alors  a  pu  songer  Rabelais  en 
évoquant  la  belle  figure  du  théologien  ?  A  notre  avis,  les  discours  si  fermes  de 
«  nostre  père  Hippothadée  »,  qui  parle  «  à  la  révérence  de  tous  les  assistants 
en  modestie  incroyable  »,  appartiennent,  mieux  qu'à  tout  autre  contemporain, 
au  vénérable  Lefèvre  d'Etaples,  le  philosophe  et  le  théologien  que  l'auteur  de 
Pantagruel  devait  admirer  comme  le  représentant  le  plus  éminent,  à  côté 
d'Erasme,  de  la  pensée  de  son  époque.  Les  nobles  propos  du  moraliste  du 
Jiers  Livre  dérivent  principalement  de  son  célèbre  Commentaire  des  épîtres  de 

I.  Le  seul  trait —  avons-nous  besoin  de  le  dire  ? —  qui  ne  convienne  pas  à  Agrippa,  c'est  celui 
de  sa  résidence  à  L'Ile-Bouchard.  Comme  les  faits  du  Tiers  Livre  se  déroulent  en  Touraine, 
cette  supposition  était  nécessaire.  Il  est  possible  d'ailleurs  qu'une  explication  permette  un  jour  de 
préciser  la  raison  du  choix  fait  par  Rabelais  de  cette  localité  de  son  pays  chinonais. 


HIPPOTHADEE    ET    SAINT    PAUL  LXXXI 

saint  Paul  (15 12)  et  reflètent  avec  une  netteté  singulière,  de  la  première  à  la 
dernière  ligne,  les  doctrines  et  les  conseils  chers  au  vieux  maître  dont 
l'influence  fut  si  grande  sur  les  commencements  de  notre  Renaissance. 

Dès  son  entrée  en  matière,  Hippothadée  formule  une  question  d'allure  pau- 
linienne  :  a ...  En  cestuy  estrif,  avez  vous  de  Dieu  le  don  et  grâce  spéciale  de 
continence  ?  —  Ma  foy  non,  respondit  Panurge.  »  Et  aussitôt  le  «  père  »  s'appuie 
explicitement  sur  l'enseignement  de  saint  Paul,  citant  le  précepte  fameux  de  la 
i'*  Épître  aux  Corinthiens  (VII,  9)  :  «  Mariez  vous  donc,  mon  amy  :  car  trop 
meilleur  est  soy  marier  que  ardre  on  feu  de  concupiscence  '.  » 

Dans  son  second  propos,  Hippothadée  persiste  à  s'inspirer  de  l'Apôtre.  Qui 
ne  reconnaîtrait  l'accent  de  l'auteur  des  Épîtres  dans  le  développement  que 
commande  cet  aphorisme  :  «  .  .  .  Rien  sans  luy  n'estre,  ne  valoir,  rien  ne  povoir  : 
si  sa  saincte  grâce  n''est  sus  nous  infuse  »  ?  Et  tout  le  reste  du  chapitre,  ou  peu 
s'en  faut,  dans  lequel  l'auteur  trace  le  portrait  de  l'épouse  idéale,  dérive  pareille- 
ment de  la  I"  Epître  aux  Corinthiens  (chap.  XI,  v.  7).  «  L'homme  est  l'image 
et  la  gloire  de  Dieu,  au  lieu  que  la  femme  est  la  gloire  de  l'homme  ».  «  C'est 
au  fond,  observe  Paul  Stapfer  ^,  ce  que  dit  le  théologien  Hippothadée  dans  la 
sage  consultation  qu'il  donne  à  Panurge,  lorsqu'il  compare  la  femme  à  un  miroir 
précieux,  non  par  les  dorures  et  les  pierreries  du  cadre,  mais  par  la  pureté  de  la 
glace;  de  même,  la  femme  la  plus  à  estimer  n'est  pas  celle  «  qui  seroit  riche, 
belle,  élégante,  extraicte  de  noble  race;  mais  celle  qui  plus  s'efforce  avec  Dieu 
soy  former  en  bonne  grâce,  et  conformer  aux  mœurs  de  son  mary  ».  La  belle 
définition  du  mariage  chrétien,  qui  se  rencontre  au  début  un  chapitre  V  de 
l'Epître  aux  Ephésiens,  s'accorde  pleinement  avec  les  préceptes  émis  par  Hippo- 
thadée. Quand  nous  voyons  reparaître  cette  figure  respectée,  à  la  fin  du  cha- 
pitre XXXV,  c'est  encore  un  texte  de  saint  Paul  qui  fournit  la  matière  de  son 
discours  :  «  Le  Sainct  Envoyé  (dist  Hippothadée)  me  semble  l'avoir  plus  aper- 
tement  éclairé,  quand  il  dict  :  Ceulx  qui  sont  mariez  soient  comme  non  mariez  : 
ceulxqui  ont  femme  soient  comme  non  ayans  femme  K  »  Cette  parole  delà  pre- 
mière Epître  aux  Corinthiens  suggère  aussitôt  à  Pantagruel  un  petit  discours 
empreint  d'une  sagesse  pratique  qui  doit  refléter  les  propres  idées  de  l'auteur. 


1.  Quod  si  non  se  continent,  nubant.  Melius  est  enim  nubere  quam  uri. 

2.  Rabelais,  sa  personne,  son  génie,  son  œuvre,  Paris,  1889,  p.  275.  —  On  trouverait  encore, 
chez  l'Apôtre,  d'autres  textes  voisins  des  conseils  d'Hippothadée,  par  ex.  Ép.  aux  Col.,  III,  18  : 
«  Femmes,  soyez  soumises  à  vos  maris...,  maris,  aimez  vos  femmes,  et  ne  soyez  pas  amers  envers 
elles  ». 

3.  I"  Ep.  aux  Corinthiens,  VII,  29. 

LE   TIERS   LIVRE.  XI 


LXXXII  INTRODUCTION 

Il  apparaît  donc  que  notre  théologien  a  voulu  s'inspirer  avec  une  certaine  con- 
tinuité, dans  sa  consultation,  de  la  doctrine  paulinienne  '.  N'est-ce  pas  la  preuve 
sensible  du  dessein  qu'a  eu  Rabelais  de  faire  parler  ici  l'homme  que  ses  amis  et 
lui-même  considéraient  à  la  fois  comme  l'une  des  plus  hautes  intelligences  de 
son  temps  et  comme  l'interprète  par  excellence  de  la  pensée  de  l'Apôtre.  Ainsi 
qu'on  l'a  déjà  observé,  Hippothadée  est  le  seul  théologien  qui  fasse  bonne  figure 
dans  le  roman  rabelaisien.  Sa  modestie  incroyable  correspond  très  exactement 
à  une  qualité  semblable  signalée  par  les  contemporains  chez  Lefèvre.  Il  est  l'ob- 
jet, de  la  part  de  tous  les  assistants,  de  celte  même  «  révérence  »  que  le  théolo- 
gien picard  rencontrait  dans  tous  les  milieux  où  il  paraissait.  Quand  Hippotha- 
dée, traçant  le  portrait  de  l'épouse  fidèle,  la  représente  comme  «  aymant  com- 
plaire à  Dieu  par  foy  et  observation  de  ses  sainctz  commendemens,  craignant 
l'offenser  et  perdre  sa  grâce  par  defaiilt  de  foy  »  ^,  il  insiste  sur  les  deux  idées 
essentielles  qui  sont  à  la  base  de  la  doctrine  de  Lefèvre  :  le  salut  par  la  foi  et 
le  rôle  de  la  grâce  divine.  Dès  ses  premières  paroles,  Hippothadée  n'avait-il  pas 
tenu  à  marquer  cette  action  de  la  grâce,  en  demandant  à  Panurge  :  «  Mais  en 
cestuy  estrif  avez  vous  de  Dieu  le  don  et  grâce  spéciale  de  continence?  »  Et,  un 
peu  plus  loin  :  «  Rien  sans  luy  n'estre...,  si  sa  saincte  grâce  n'est  sus  nous 
infuse.  »  De  telles  déclarations  équivalent  à  une  signature.  De  même  quand, 
quelques  lignes  plus  haut,  parlant  du  sort  futur  du  mariage  de  Panurge,  le 
«  père  »  dit  :  «  Mon  amy,  vous  ne  serez  poinct  coqu,  si  Dieu  plaist.  Pour  sçavoir 
sur  ce  quel  est  son  plaisir,  ne  fault  entrer  en  desespoir,  comme  de  chose  abs- 
conse, et  pour  laquelle  entendre,  fauldroit  consulter  son  conseil  privé  et  voya- 
ger en  la  chambre  de  ses  très  sainctz  plaisirs.  Le  bon  Dieu  nous  a  faict  ce  bien 
qu'il  nous  les  a  révélez,  ajinonce^,  declaire:^,  et  apertement  descript^  par  les  sacres 
bibles  »,  nous  entendons  le  précepte,  j'allais  dire  le  mot  d'ordre,  que  Lefèvre 
d'Etaples,  traducteur  et  commentateur  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testament, 
n'a  cessé  de  répéter  dans  ses  ouvrages  comme  à  ses  disciples,  et  qui  a  été  le  fon- 
dement de  sa  pensée  religieuse  :  Il  faut  revenir  aux  Écritures,  qui  sont  le  seul 
fondement  de  la  doctrine  du  Christ.  En  présence  de  signes  aussi  probants,  il 
n'est  pas  possible  d'hésiter  :  Rabelais  a  clairement  désigné  son  personnage. 

Examinons  maintenant  si  l'épisode  ne  nous  fournirait  pas  quelque  autre  indice 
de  l'intention  qu'a  eue  le  Chinonais  d'y  évoquer  le  commentateur  des  Epîtres, 
Interrogeons  d'abord  le  nom  même  d'Hippothadée,  d'allure  assez  étrange.  Il  est 

1.  Rabelais  possédait  un  exemplaire  d'un  autre  commentaire  de  saint  Paul  :  Theophylacti  archie- 
piscopi  Bulgariae  in  omnes  divi  Pauli  epitsolas  (sic)  enarrationes.  Paris.  Jean  Petit,  1539,  iii-f°- 

2.  C'est  nous  qui  employons  l'italique. 


STAPULENSIS    ET    HIPPOTHADEE  LXXXIII 

évident  que  ce  nom  est  un  composé  du  mot  grec  It.zzç,  cheval  —  et  non  ûzc, 
comme  tant  de  commentateurs  l'ont  supposé  tout  à  fait  à  tort  —  et  du  nom  de 
l'apôtre  Thadée  ou  Thaddée,  qui  est  le  même  que  saint  Jude'.  Comment 
expliquer  cette  évocation  inattendue  du  nom  grec  du  cheval  dans  le  nom  du 
théologien?  Très  logiquement,  s'il  s'agit  de  Letevre  d'Étaples.  En  effet,  ce  per- 
sonnage est  souvent  appelé  dans  les  textes  latins  de  son  époque  :  Stapulensis  tout 
court,  du  nom  de  la  ville  dont  il  était  originaire  (Stapiilaé).  Il  faut  songer  qu'au 
xvi^  siècle,  le  bâtiment  qui  abrite  les  chevaux  s'appelait  non  pas  écurie,  comme 
aujourd'hui,  mais  étable.  Tout  un  chapitre  de  Gargantua  (XII)  roule  sur  «  les 
estables  des  grans  chevaulx  » .  "\--oq  désigne  donc  ici  celui  qui  habite  dans  l'étable, 
c'est-à-dire  en  latin  :  Stabidensis  ou  Stapulensis.  Quant  au  mot  Thadée,  il  est  à 
propos  de  rappeler  que  l'apôtre  de  ce  nom,  qui  est  appelé  également  Jude,  était 
le  frère  de  saint  Jacques  le  Mineur.  Or,  Lefèvre  portait  le  prénom  de  Jacques. 
D'autre  part,  c'est  sous  le  nom  de  Jude  ou  Thaddée  que  figure  dans  le  canon 
du  Nouveau  Testament  1  epître,  souvent  citée  au  cours  des  controverses  sus- 
citées par  la  protestantisme,  qui  contient  un  avertissement  très  net  dirigé  contre 
les  docteurs  hérétiques.  Faut-il  penser  qu'en  utilisant  ce  nom,  notre  écrivain  a 
eu  l'intention  piquante  de  retourner  le  reproche  d'hérésie  aux  adversaires  de 
Lefèvre,  précurseur,  à  certains  égards,  de  la  Réforme,  mais  qui  s'est  toujours 
défendu  d'être  hérétique  ?  Il  est  avéré  que  l'épître  de  saint  Jacques,  frère  de  saint 
Thaddée,  a  tenu  une  place  toute  spéciale  dans  la  doctrine  de  notre  philosophe. 
Cherchant  surtout  à  mettre  en  lumière  l'enseignement  de  saint  Paul  tel 
qu'il  le  comprend,  il  tente  une  conciliation  entre  Jacques  et  Paul  :  «  Il  y  avait 
autrefois  deux  partis,  dont  l'un  se  fiait  aux  œuvres,  l'autre  à  la  foi  sans  se  sou- 
cier des  oeuvres.  Jacques  réfute  celui-ci,  Paul  celui-là.  Et  toi,  si  tu  as  la  sagesse 
de  l'esprit,  ne  te  fie  ni  à  la  foi,  ni  aux  oeuvres,  mais  à  Dieu,  et  considère  comme 
l'essentiel,  pour  obtenir  le  salut  de  Dieu,  la  foi  d'après  Paul,  et  ajoute  à  cela  les 
œuvres  d'après  Jacques,  car  elles^sont  le  signe  d'une  foi  vivante  et  féconde  »  ^ 
C'est,  on  le  voit,  le  pendant  du  portrait  tracé  par  Hippothadée  de  la  femme 

1 .  Dans  la  première  édition  du  Tiers  Livre,  seulement,  se  rencontre  la  forme  ParatJmdée,  qui 
disparaît  dans  les  autres  éditions  de  1546,  pour  ne  plus  reparaître  ensuite.  Ilapa  devait  avoir,  dans 
ce  vocable,  le  sens  de  auprès,  à  côté  de,  suivant,  désignant  ainsi  un  personnage  proche  de 
Thadée,  c'est-à-dire  de  l'Apôtre  de  ce  nom,  un  autre  Thadée. 

2.  J.  Viénot,  Histoire  de  la  Réforme  Jrançaise,  Paris,  in-80,  1926,  p.  48.  —  Un  frère  Thadée, 
des  Augustins  de  Lyon,  a  beaucoup  contribué,  vers  1528,  à  répandre  dans  cette  ville  les  idées 
évangéliques.  On  le  trouve,  en  1530,  prêchant  à  Toulouse.  Ce  frère  exerçait  son  action  dans  les 
mêmes  milieux  que  Rabelais  fréquenta  un  peu  plus  tard.  Cf.  Imbart  de  la  Tour,  Les  origines  de 
la  Réforme,  t.  III,  p.  400-1. 


LXXXIV  INTRODUCTION 

idéale  :  «  aymant  complaire  à  Dieu  par  foy  et  observation  de  ses  sa  inctz  com- 
mandemens  ».  Ajoutons  que  le  petit  cénacle  de  Fontenay-le-Comte  devait  être 
imprégné  des  idées  du  philosophe  picard. 

Autre  élément  qu'il  convient  de  ne  pas  omettre  :  la  grande  protectrice  de 
Lefèvre  d'Étaples  a  été  la  reine  Marguerite  de  Navarre.  Cette  généreuse  prin- 
cesse le  recueillit  pendant  ses  dernières  années,  et  ce  fut  chez  elle  qu'il  mourut 
en  1537.  Dédiant  son  Tiers  Livre  à  la  reine,  Rabelais  était  conduit  assez  aisé- 
ment à  donner  un  rôle  à  son  protégé,  dont  le  nom  avait  été  si  souvent  rappro- 
ché de  celui  de  la  Marguerite  des  princesses,  depuis  iS3i-  Enfin,  Lefèvre  avait 
été  précepteur  d'un  des  enfants  de  François  I".  Il  devint  ensuite  bibliothécaire 
du  roi  à  Blois.  Cette  double  fonction  l'amena  à  résider  à  la  cour  de  France 
pendant  quelque  temps,  avant  de  trouver  asile  à  la  cour  de  Navarre.  On  s'ex- 
plique donc  aisément  son  intervention,  sous  le  nom  d'Hippothadée,  dans  une 
enquête  qui  se  déroule  à  la  cour  de  Gargantua  et  de  Pantagruel,  en  un  châ- 
teau des  bords  de  la  Loire.  Ses  doctrines  les  plus  particulières  se  retrouvent,  et 
non  d'autres,  dans  les  discours  d'Hippothadée,  dont  le  nom  même,  comme  on 
l'a  indiqué,  fournit  un  équivalent  à  celui  du  célèbre  traducteur  de  la  Bible. 

IV.  Rondibilis. 

Maître  Rondibilis  a  été  identifié  d'assez  bonne  heure,  par  les  commentateurs, 
avec  Guillaume  Rondelet  ou  Rondellet,  camarade  d'études  de  Rabelais  à  la 
Faculté  de  Médecine  de  Montpellier,  en  15 30-1 531.  Rondelet  était,  à  cette  date, 
procureur  des  étudiants.  Il  s'occupa  certainement,  en  cette  qualité,  des  représen- 
tations dramatiques  données  par  les  étudiants,  durant  ces  deux  années,  à  l'époque 
de  la  Fête  des  Rois,  et  dont  les  frais  furent  soldés  par  ses  soins  '.  Il  fut  l'eçu 
docteur  la  même  année  que  Rabelais  (1537).  Leurs  noms  et  leurs  signatures 
figurent  côte  à  côte  sur  un  certain  nombre  de  documents  des  archives  de  l'Uni- 
versité de  Montpellier,  attestant  nettement  le  parallélisme  de  leurs  carrières.  Ana- 
tomiste,  zoologiste  et  botaniste,  véritable  émule  de  Pierre  Belon,  Guillaume 
Rondelet  jouit,  en  son  temps,  d'une  grande  réputation,  surtout  en  raison  de  son 


I.  Reddition  de  comptes  de  Guillaume  Rondelet,  du  15  Décembre  1530  à  la  fin  de  janvier 
1531  :  Pro  compositore  moralitatis,  stulticie  et  comédie,  quatuor  aureos,  valentes  VIII  libras 
turonensium.  En  1532.  l'auteur  reçut  8  livres  :  S'ensuyt  la  mise  faicte  pour  la  feste  des  roys... 
Pour  celui  qui  composa  la  cène,  sotie,  moralité,  farce  et  sermon  ordonné  par  la  congrégation, 
huit  livres.  Cf.  A.  Dubouchct,  F.  Rabelais  à  Montpellier  (MontpdUev,  1887,  in-40),  p.  79-80. 


RONDELET    ET    RABELAIS  LXXXV 

Histoire  des  Poissons  (1558)  ',  dont  l'édition  latine  avait  été  publiée  en  1554- 
1555.  Il  obtint  une  chaire  à  l'Université  au  cours  de  l'année  1545,  donc  un  peu 
avant  l'apparition  du  Tiers  Livre.  D'un  caractère  aimable,  expansif,  il  offrait 
plus  d'un  trait  de  ressemblance  morale  avec  son  condisciple  de  Chinon.  Il  était, 
au  physique,  de  taille  courte,  d'aspect  ramassé,  et,  suivant  un  témoignage  con- 
temporain, «  impense  crassus  »  ce  qui  concorde  bien  avec  le  nom  de  Rondi- 
bilis^.  Rabelais  fait  remarquer  que  ce  personnage  «  marié  est,  et  ne  l'avoit  esté  », 
ce  qui  était  exact  pour  Rondelet,  en  1546  '.  Au  chapitre  XXXIV  du  Tiers 
Livre,  c'est  Panurge  qui,  s'adressant  à  Rondibilis,  énumère  les  auteurs  de  la 
comédie  de  Montpellier  :  «  Monsieur  nostre  maistre,...  j'ay  prins  moult  grand 
plaisir  vous  oyant...  Je  ne  vous  avois  oncques  puys  veu  que  jouastez  à  Mont- 
pellier avecques  nos  antiques  amis  Ant.  Saporta,  Guy  Bouguier,  Balthasar 
Noyer,  Tollet,  Jan  Quentin,  François  Robinet,  Jan  Perdrier  et  François  Rabe- 
lais, la  morale  comœdie  de  celluy  qui  avoit  espousé  une  femme  mute.  Je  y 
estois  (dist  Epistemon).  » 

Ainsi,  Rondibilis  est  désigné  en  première  ligne  par  Panurge  comme  l'un  des 
acteurs  de  la  comédie  jouée  en  1530  ou  1531.  Puisque,  d'autre  part,  Rondelet 
ne  figure  pas  parmi  les  acteurs  nommément  cités  et  qu'il  a  été  mêlé  de  très 
près,  en  sa  qualité  de  procureur,  à  cette  représentation,  où  il  a  dû  sûrement 
remplir  un  rôle,  il  est  donc  tout  naturel  d'identifier  le  personnage  de  Rondi- 
bilis avec  l'ancien  camarade  de  Rabelais,  devenu  l'un  des  professeurs  de  la 
Faculté  de  Médecine  de  Montpellier,  déjà  renommé  pour  sa  compétence  de 
médecin  et  de  naturaliste  et  son  talent  de  parole  4.  En  tout  cas,  à  s'en  tenir 
à  ce  texte,  à  la  donnée  relative  au  mariage  de  Rondibilis  et  à  l'aspect  physique 
que  présage  son  nom,  on  ne  peut  guère  reconnaître  en  lui  Rabelais  lui- 
même.  Il  est  probable,  cependant,  que  le  Tourangeau  a  pu  introduire,  dans 
les  admirables  chapitres  qui  mettent  un  médecin  en  scène,  certains  traits  qui 


1.  Traduction  de  Joubert.  Les  deux  éditions  latine  et  française  parurent  avec  d'intéressantes 
et  nombreuses  figures. 

2.  Sa  psychologie  et  son  aspect  physique  ont  été  décrits  par  J.-E.  Planchon,  dans  deux  bro- 
chures :  Rondelet  et  ses  disciples,  Montpellier,  1866,  in-8°.  Ces  détails  sont  rapportés  dans  la  pre- 
mière brochure  (p.  21)  d'api-ès  le  témoignage  d'un  contemporain,  Joubert.  Rondelet,  dont  l'hu- 
meur vive  anime  d'un  refïet  d'épicurisme  les  graves  et  doctes  pensées,  aimait  la  bonne  chère 
les  danses,  la  musique  et  les  amusements  scéniques.  Sa  parole  était  facile,  abondante,  variée  ;  il 
captivait  l'attention  et  semait  de  traits  piquants  un  enseignement  sérieux,  etc.  M.  Planchon 
donne,  dans  la  seconde  brochure,  divers  renseignements  sur  les  acteurs  de  la  comédie  (p.  23). 

3.  Son  second  mariage  se  place  après  1560. 

4.  Panurge,  notons-le,  atteste  qu'il  a  pris  grand  plaisir  à  l'entendre. 


LXXXVI  INTRODUCTION 

lui  appartenaient  également  et  que  ses  affinités  avec  son  ancien  compagnon 
d'études  rendaient  d'autant  plus  plausibles  '. 

V.  Trouillogan. 

Le  personnage  que  Pantagruel  appelle  «  nostre  féal  le  philosophe  Trouillo- 
gan,...le  philosophe  perfaict»,  n'a  jamais  été  l'objet  d'une  hypothèse  quelconque. 
Les  commentateurs  n'ont  cherché,  en  aucune  manière,  non  seulement  à  l'iden- 
tifier, mais  même  à  le  rattacher  à  une  école  philosophique  de  l'époque.  Nous 
n'avons  sur  lui  qu'un  seul  détail  concret  :  à  savoir  qu'il  est  remarié.  La  quali- 
fication de  «  nostre  féal  »  que  le  prince  lui  octroie,  chaque  fois  qu'il  lui  adresse 
la  parole,  tendrait  à  faire  supposer  qu'il  appartient  à  l'entourage  du  souverain. 
Restent  son  nom  et  Timmortel  dialogue  qui  se  poursuit  dans  les  chapitres 
XXXV  et  XXXVI  ^  pour  nous  renseigner  sur  ses  doctrines.  Examinons 
d'abord  son  nom.  «  Trouillogan,  dit  M.  Lazare  Sainéan  ',  nom  du  philosophe 
«  ephecticque  «  consulté  par  Panurge,  sur  son  mariage,  et  qui  lui  donne  des 
réponses  «  répugnantes  et  contradictoires  »  (1.  III,  ch.  XXXV).  Le  nom  se  rat- 
tache au  poitevin  trouil,  dévidoire.  »  Mais  nous  n'avons  ici  qu'une  partie  du  vocable. 
Que  cache  le  reste  du  mot  :  oga^i  ?  Nous  n'hésitons  guère  à  répondre  :  le  nom 
d'un  célèbre  philosophe  du  moyen  âge,  celui  d'Ockam  '^,  qu'on  prononçait 
Okan,  à  peine  modifié  et  facilement  reconnaissable.  Trouillogan  représenterait 
ainsi  le  «  dévidoire  d'Ockam  ».  Et  le  rapprochement  se  présente  avec  d'autant 
plus  de  vraisemblance  que  le  scepticisme  de  Trouillogan,  tel  que  le  dialogue 
nous  le  révèle,  est  tout  à  fait  voisin  de  celui  du  nouvel  occamisme  qui  se  déve- 
loppe en  France,  spécialement  dans  l'Université,  à  la  fin  du  xv^  siècle  et  pendant 
le  premier  quart  du  siècle  suivant.  On  l'a  dit  souvent  :  la  conséquence  du  prin- 
cipe nominaliste  et  plus  encore  de  l'occamisme,  c'est  le  scepticisme.  Il  n'est  pas 
douteux  que  Rabelais  a  toujours  professé  à  l'égard  de  ces  théories  une  anti- 
pathie déclarée,  que  prouvent  ses  allusions  au  scotisme,  à  Ockam  et  à  ceux  de 

1.  Nous  avons  fait  remarquer  ailleurs  que  François  Billon  avait  cru  reconnaître  Rabelais  en 
Rondibilis. 

2.  Est-il  besoin  de  rappeler  tout  le  parti  que  Molière  en  a  tiré  dans  Le  Mariage  forcé  ?  Il  est 
à  noter  que  Le  Médecin  malgré  lui  renferme  également  des  emprunts  au  Tiers  Livre. 

5.  La  Langue  de  Rabelais,  II,  489. 

4.  Guillaume  d'Ockam,  cordelier  anglais  (1270- 1347),  disciple  de  DunsScot,  professa  à  Paris 
comme  son  maître.  On  sait  la  place  occupée  dans  la  philosophie  médiévale  par  celui  qu'on  a  sur- 
nommé le  prince  des  nominalistes,  le  docteur  unique. 


TROUILLOGAN    ET    OCKAM  LXXXVII 

ses  contemporains  qui  les  continuaient  par  cette  sorte  de  conceptualisme  qu'on 
a  appelé  le  terminisme  :  les  Pierre  Tateret,  les  Thomas  Bricot,  les  Jean  Mair 
ditMajoris.  Concordance  vraiment  frappante,  ces  principaux  tenants  de  l'occa- 
misme  du  temps  de  Rabelais  sont  cités  tous  les  trois,  avec  Duns  Scot  et  Ockam, 
dans  le  Catalogue  de  la  Bibliothèque  de  Saint- Victor  :  «  Tartaretus  de  modo 
cacandi, .  .  .  Bricot  de  differentiis  soupparum  ',. . .  Majoris,  de  modo  faciendi 
boudinos...  Barbouilamenta  Scoti.  .  .  les  Marmitons  de  Olkam  à  simple  ton- 
sure. »  On  rencontre,  de  plus,  dans  Gargantua  cette  autre  mention  satirique 
(viii)  :  «  Lors  commença  le  monde  attacher  les  chausses  au  pourpoinct,  et 
non  le  pourpoinct  aux  chausses,  car  c'est  chose  contre  nature,  comme  ample- 
ment a  déclaré  Olkam  sus  les  exponibles  de  M.  Haultechaussade  ». 

Nos  «  terministes  »  sont  alors  les  représentants  les  plus  qualifiés  de  la  philo- 
sophie occamiste,  dérivée  du  scotisme.  En  formulant  le  terminisme  conceptua- 
listequifaitlefonddesa  doctrine,  Ockam,  observeM.  deWulf,  a  contribué  grande- 
ment à  déchaîner  l'invasion  de  sophistique  qui  marque  la  fin  du  quinzième  siècle  ^ 
En  face  de  Lefèvre  d'Étaples  et  de  ses  disciples,  Pierre  Tateret  maintient  la  tra- 
dition scotiste.  C'est  à  ce  moment  que  son  émule,  Bricot,  écrit  son  Tractahis  in- 
soluhilium.  Ce  renouveau  de  l'occamisme  aboutit  aisément  à  l'indifférence.  Les 
choses  ne  sont  pas  telles  que  nous  les  concevons  ;  la  vérité  reste  introuvable, 
inaccessible  à  l'homme.  Quand  Panurge  déclare  au  début  du  chapitre  XXXVI, 
s'adressant  à  Trouillogan  :  «  Je  croy  que  je  suis  descendu  on  puiz  ténébreux 
Duquel  disoit  Heraclytus  estre  Vérité  cachée.  Je  ne  voy  goutte  :  je  n'entends  rien, 
je  sens  mes  sens  tous  hebetez. .  .  »,  il  exprime,  en  une  formule  saisissante,  l'abou- 
tissement de  cette  doctrine,  en  nous  orientant  très  clairement.  C'est  donc  du 
côté  de  cette  école,  déjà  rudement  malmenée  au  second  livre,  qu'il  y  a  chance 
de  rencontrer  les  pyrrhoniens  Aporrhétiques,  Sceptiques  et  Ephectiques  tant 
détestés  par  Rabelais.  On  découvrira  peut-être  un  jour  la  vraie  figure  de  celui 
qu'il  a  voulu  ridiculiser  comme  étant  Iq  Dévidoire  d' Ockam .  Il  conviendra  cepen- 
dant de  le  chercher,  non  parmi  les  membres  de  la  Faculté  de  théologie  ou 
du  clergé,  mais  parmi  les  laïques,  puisqu'il  est  donné  comme  remarié  :  par  exemple 
dans  le  groupe  des  médecins  qui  se  sont  occupés  de  philosophie. 


1.  Ces  deux  titres  ne  sont  séparés  que  par  un  seul  article. 

2.  V.  M.  de  Wulf,  Histoire  de  la  philosophie  médiévale,  p.  356-360.  V.,  surtout  ce  mouvement, 
l'ouvrage  d'A.  Renaudet,  Préréforme  et  Humanisme  à  Paris  pendatit  les  premières  guerres  d'Italie, 
Paris,  Champion,  1916,  in-80.  On  trouvera  à  la  table  de  très  nombreux  renvois  aux  noms  de  ces 
personnages  et  au  mot  Ockam.  Cf.  en  particulier,  p.  591  et  suiv. 


LXXXVIII  INTRODUCTION 


VI.  Bridoye  et  Perrin  Dendin. 


Si  les  divers  personnages  que  l'on  vient  d'étudier  à  travers  le  Tiers  Livre  cor- 
respondent à  des  figures  réelles,  n'y  aurait-il  pas  maintenant  une  exception 
dans  le  cas  du  légiste  Bridoye,  dont  la  consultation  suit  celle  de  Trouillogan,  en 
attendant  celle  du  fou  Triboulet  ?  A  notre  avis,  une  telle  hypothèse  est  à  écarter. 
Tout  ce  que  rapporte  Rabelais  au  sujet  de  ce  magistrat,  juge  ou,  autrement  dit, 
lieutenant  de  Fonsbeton,  où  l'on  a  voulu  voir  une  allusion  à  Fontenay-le-Comte, 
donne  bien  l'impression  d'un  personnage  ayant  vécu  en  chair  et  en  os  et  que 
l'auteur  a  personnellement  connu  dans  quelque  ville  du  Poitou.  Nous  savons 
qu'il  avait  étudié  le  droit  à  Poitiers,  qu'il  était  veuf  et  fort  âgé,  comptant  qua- 
rante ans  et  plus  de  services  à  Fonsbeton^  pendant  lesquels  il  avait  rendu  plus 
de  quatre  mille  sentences  définitives,  et  deux  mille  trois  cent  neuf  autres  pour 
lesquelles  il  y  avait  eu  appel  et  que  la  Cour  souveraine  du  Parlement  de  Myre- 
lingues  avait  toutes  approuvées  et  confirmées.  Epistémon  tient  à  nous  apprendre 
que  Bridoye  est  «  son  antique  connaissance  »  et  se  charge  d'aller  l'inviter,  aux 
lieu  et  place  de  Carpalim,  à  se  rendre  au  palais  de  Pantagruel,  désirant  entretenir 
le  vieux  magistrat  de  l'avancement  d'un  sien  fils,  honnête  et  docte,  qui  étudie  le 
droit  à  Toulouse  sous  l'auditoire  du  très  savant  et  vertueux  Boyssonné.  Panta- 
gruel, qui  se  déclare  tout  prêt  à  favoriser  la  carrière  du  jeune  homme  et  l'éléva- 
tion en  dignité  de  son  professeur  toulousain,  traite  visiblement  Bridoye  avec 
estime  et  considération  ;  il  se  plaît  à  l'appeler  «  notre  bon  Amy  »,  déclarant 
qu'il  a  toujours  vécu  «  tant  sainctement  »  en  son  état.  Epistémon  fait  du  reste 
un  voyage  inutile,  car  Bridoye  est  absent,  depuis  la  veille,  de  son  logis,  ayant  été 
cité  par  un  huissier  du  parlement  de  Myrelingues  à  comparoir  devant  cette  haute 
juridiction,  pour  rendre  raison  de  certaine  sentence  prononcée  par  lui  contre  l'élu 
Toucheronde  et  qui  ne  semblait  du  tout  équitable  à  la  Cour  souveraine.  Panta- 
gruel, apprenant  cela,  se  déclare  aussitôt  disposé  à  faire  le  voyage  de  iMyrelingues 
pour  défendre  le  juge.  Quand  Bridoye  a  confessé  avoir  jugé  au  sort  des  dés,  non 
seulement  cette  affaire,  mais  toutes  celles  qui  lui  ont  été  jamais  soumises,  le  prince, 
prié  par  le  premier  président  de  faire  office  de  juge,  exprime  le  vœu  de  voir 
absoudre  le  comparant  de  ce  cas,  eu  égard  à  sa  vieillesse  et  à  sa  «  simplesse  ». 
Cette  faute  unique  doit  s'éteindre  dans  la  mer  de  tant  de  jugements  rendus  par 
Bridoye,  d'autant  mieux  que  pendant  une  si  longue  magistrature  on  n'a  jamais 
trouvé  en  lui  acte  digne  de  répréhension.  Il  fait  observer  qu'«  à  cesjugemens  de 
sort  toutes  les  pr^ecedentes  sentences  »  ont  été  trouvées  bonnes  en  la  vénérable 
et  souveraine   juridiction  de  la  Cour.  Celle-ci  octroyera  donc  au  comparant. 


LE  SENS    DU    PROCES    DE    BRIDOYE  LXXXIX 

qui  a  vécu  si  bien,  son  entier  pardon.  Un  légiste  plus  jeune,  expert  et 
vertueux,  lui  sera  adjoint  à  titre  de  conseil.  Si,  toutefois,  le  Parlement  estime 
devoir  déposer  totalement  le  juge  de  son  office,  Pantagruel  trouvera  sans 
peine  le  moyen  de  l'employer  ailleurs  dans  ses  États.  Nous  avons  résumé  à 
dessein  les  données  qui  confèrent  à  cet  épisode  célèbre  un  caractère  plausible, 
malgré  l'inoubliable  satire  qui  s'y  trouve  développée.  Tant  de  détails  topiques 
et  vraisemblables  ne  figurent  pas  sans  motif  dans  ces  cinq  chapitres.  On  devine 
que  le  Maître,  selon  une  habitude  qui  lui  est  chère  et  dont  nos  précédentes 
recherches  ont  clairement  établi  l'intérêt  et  la  persistance,  s'est  inspiré  de  la 
réalité  ambiante  et  qu'il  n'a  pas  inventé  de  toutes  pièces  ces  précisions.  Visi- 
blement, il  transpose  des  faits  observés  autour  de  lui  et  décrit  des  figures  qui 
lui  étaient  familières.  Sans  risquer  une  hypothèse  téméraire,  on  peut  penser  qu'il 
a  connu  une  histoire  de  ce  genre,  pendant  ses  séjours  en  Poitou,  à  Ligugé  ou  à 
Fontaine-le-Comte,  dans  le  couvent  de  l'abbé  Ardillon,  qui  se  trouvent  juste- 
ment évoqués  l'un  et  l'autre  à  la  fin  du  chapitre  XLIII.  Le  procès  de  Bridoye 
ne  semble  pas  être  une  pure  fiction  ;  le  fond  de  l'histoire  doit  être  réel.  Il 
n'est  nullement  absurde  d'imaginer  qu'on  trouvera  quelque  jour  dans  les 
archives  du  parlement  de  Paris,  dont  dépendaient  les  juridictions  du  Poitou,  la 
trace  d'une  affaire  de  ce  genre  :  un  vieux  magistrat  de  cette  province  cité 
devant  la  cour  suprême  pour  injustice  notoire  ou  abus  de  pouvoir.  Rabelais  a 
tiré  d'un  tel  fait  un  parti  merveilleux  ;  son  ironie  prestigieuse  a  élargi  singu- 
lièrement les  proportions  de  cette  procédure,  jusqu'à  y  introduire,  en  même 
temps  qu'une  satire  générale  des  pratiques  de  la  judicature,  qui  n'était  pas 
pour  déplaire  au  pouvoir  royal,  une  démonstration  assez  piquante  du  rôle 
que  joue  le  sort  des  dés,  c'est-à-dire  le  hasard,  en  dépit  des  prétentions  con- 
traires de  l'esprit  humain  dans  la  conduite  des  affaires  de  ce  monde.  N'oublions 
pas  que  «  l'estrange  histoire  des  perplexités  du  jugement  humain  »  fait 
immédiatement  suite  au  récit  de  l'audience  du  parlement  de  MyreHngues  ' 
(ch.  XLIV). 

I.  Le  nom  Myrelingues  (Mirelingues,  seulement  dans  l'éd.  de  1552)  et  ses  dérivés  ont  fait 
l'objet  d'un  certain  nombre  de  conjectures.  Le  Duchat  interprétait  le  mot  comme  signifiant  mille 
langues  en  songeant  au  mot  grec  li-uptot.  Plusieurs  commentateurs,  par  ex.  Moland,  en  parlant 
de  ce  sens  présumé,  y  ont  vu  une  allusion  à  Paris,  d'autres  ont  opté  pour  Toulouse  ou  pour  la 
Bretagne.  M.  L.  Sainéan,  dans  son  excellent  ouvrage,  LaLangue  de  Rabelais,  t.  II,  p.  451,  déclare 
l'étymologie  de  Le  Duchat  purement  fantaisiste,  mais  il  n'en  donne  pas  une  autre.  Il  est  très  possible 
que  Rabelais  ait  eu  en  vue  une  étymologie  plus  ou  moins  plaisante,  permettant  de  suggérer  au  lec- 
teur l'idée  de  la  grande  ville.  Rappelons  que  pour  revenir  de  Myrelingues  aux  bords  de  la  Loire, 
une  longue  chevauchée  était  nécessaire  (ch.  XLV,  début). 

LE   TIERS    LIVRE.  XII 


XC  INTRODUCTION 

Ces  remarques  s'appliquent  également  au  personnage  de  Perrin  Dendin  évo- 
qué par  Bridoye,  qui  l'avait  connu  à  Semervé  %  près  de  Ligugé,  au  temps  où 
il  étudiait  le  droit  à  Poitiers.  Très  répandu  dans  la  région,  recherché  de  tous, 
l'appointeur  de  procès  avait  un  fils,  Ténot,  grand  hardeau  et  galant  homme, 
dont  l'aventure  nous  est  racontée  avec  détail  (ch.  XLI).  Frère  Jean,  qui,  comme 
il  arrive  souvent,  peut  représenter  ici  Rabelais,  a  rencontré  Perrin,  lui  aussi, 
au  temps  où  il  demeurait  à  Fontaine-le-Comte,  sous  le  noble  abbé  Ardillon, 
resté  cher  à  l'auteur  de  Pantagruel.  Il  en  est  de  même  de  l'élu  Toucheronde 
(ch.  XXXIX)  dont  le  nom  se  retrouve  sur  un  ancien  plan  appliqué  à  un  hameau 
des  environs  de  Lioiigé  ^. 


*t>"e>^ 


VII.  Trinquamelle. 

Myrelingues  est  susceptible  de  représenter  Paris,  comme  de  bons  commenta- 
teurs l'ont  supposé.  Un  indice  se  révèle,  tout  à  fait  probant,  qui  nous  autorise 
à  penser  que  l'auteur  a  voulu  évoquer  réellement  le  parlement  de  la  capi- 
tale. Il  appelle,  en  effet,  la  juridiction  suprême  chargée  de  juger  Bridoye  : 
«  icelle  court  centum  virale  »  (chap.  XXXIX).  Or,  Guillaume  Budé,  dans  ses 
Forensia(tà.  1548,  II,  p.  64),  donne  cette  définition  :  «  La  cour  de  Parlement 
de  Paris,  principal  siège  de  justice,  curia  centenaria  justitiœ  jus  dicentis  sedes 
priecipua.  »  Et  plus  loin  :  «  les  chambres  de  la  Cour  :  ciirix  centumviralis 
classes.  Décurie  promiscu^.  »  Toutes  les  expressions  dont  Rabelais  se  sert  au 
cours  de  cet  épisode  se  retrouvent  dans  le  double  Index  àt  Budé,  appliquées  au 
parlement  de  Paris.  L'intention  de  notre  écrivain  est  donc  claire,  et  nous  pou- 
vons, avec  sécurité,  en  tirer  d'intéressantes  conséquences.  Il  ne  sera  pas 
sans  intérêt  d'examiner  si  Rabelais  a  pu  avoir  en  vue  quelque  figure  contempo- 
raine quand  il  fait  intervenir  dans  plusieurs  chapitres  (XXXIX,  XL,  XLII,  XLIII) 
le  grand  président,  c'est-à-dire  le  premier  président  de  la  cour  du  Parlement,  qu'il 
appelle  Trinquamelle.  La  juridiction  de  cette  cour  s'étend  «  tant  de  çà  que  là 
Loire  ».  Le  rôle,  très  logiquement  présenté,  de  ce  haut  magistrat  est  empreint 
d'une  gravité  toute  professionnelle  ;  les  questions,  d'ailleurs  pleines  de  sens,  qu'il 
pose  à  Bridoye,  au  cours  de  son  interrogatoire,  n'offrent  rien  de  ridicule.  Toute 
la  satire  se  trouve  dans  les  réponses  du  juge  poitevin,  à  qui  l'âge  et  la  «  sim- 

1.  Sraarves,  dans  le  canton  de  la  Villedieu,  arr.  de  Poitiers  (Vienne). 

2.  Dans  tout  l'Ouest  de  la  France,  une  touche  est  un  petit  bois  de  haute  futaie  (V.  Dict.  de  la 
France,  \°  touche,  et  R.  XVI^  siècle,  op.  cit.  ).  Il  y  a  un  lieudit  toucheronde  aux  environs  de  Fontaine- 
le-Comte. 


TRINQUAMELLE    ET   TIRAQ.UEAU  XCI 

plesse  »  laissent  une  liberté  de  parole  exceptionnelle.  Lorsque  le  moment  est 
venu  de  rendre  l'arrêt  sur  «  la  matière  tant  nouvelle,  tant  paradoxe  et  estrange 
de  Bridoye  »,  le  petit  discours  adressé  par  Trinquamelle  au  prince  Pantagruel, 
pour  lui  attribuer  la  décision  de  l'affaire,  s'inspire  d'un  tact  parfait.  Un  président 
du  parlement  de  Paris  n'aurait  pu  rendre  hommage  au  Dauphin,  venu  à  une 
audience  de  la  Cour,  avec  une  convenance  plus  discrète.  Serait-il  donc  surpre- 
nant que  le  Chinonais  eût  songé,  en  faisant  parler  le  chef  de  la  Cour  souve- 
raine, à  son  ami  André  Tiraqueau,  qui  appartenait  au  Parlement  de  Paris  depuis 
le  22  novembre  1541,  date  à  laquelle  il  avait  pris  séance,  en  qualité  de  con- 
seiller à  la  Grand'  Chambre,  sans  passer  par  la  chambre  des  Enquêtes  :  privi- 
lège extrêmement  rare,  qui  attestait  la  haute  opinion  que  l'on  avait  de  la  valeur 
juridique  de  l'ancien  lieutenant  du  siège  de  Fontenay-le-Comte,  confirmée,  d'ail- 
leurs, par  les  témoignages  les  plus  explicites'? 

On  a  confondu,  en  général,  le  nom  de  Trinquamelle  avec  le  mot  trinqua- 
molle  qui  se  rencontre,  au  chapitre  XXX  du  livre  II,  appliqué  à  Drusus,  avec  la 
signification  de  «  fanfaron,  fendeur  de  naseaux  »,  mais  on  ne  saurait  souscrire 
à  cette  opinion.  Tout  d'abord,  ce  n'est  pas  absolument  le  même  mot,  et,  si  la 
différence  est  légère,  elle  existe.  Comment,  en  outre,  admettre  que  Rabelais  ait 
pu  donner  un  nom  aussi  défavorable  au  premier  magistrat  d'un  royaume  dont 
Gargantua  est  le  roi  et  Pantagruel,  le  prince  héritier?  Rien,  je  le  répète,  ne  jus- 
tifie pareille  assimilation,  contraire  à  toutes  les  habitudes  de  Rabelais.  Or,  jus- 
tement, le  nom  de  Trinquamelle  offre  l'anagramme  de  «  Tiraquellum  ».  Toutes 
les  lettres  de  ce  dernier  mot  se  retrouvent  dans  Trinquamelle,  en  admettant,  ce 
qui  n'a  rien  que  de  très  plausible,  l'équivalence  des  lettres  u  et  n,  si  souvent 
confondues  paléographiquement  -.  Comme  nous  croyons  devoir  écarter  l'idée 
d'une  brouille,  survenue,  à  un  certain  moment,  entre  les  deux  amis  du  cénacle 

1.  François  le-"  prit  l'initiave  de  sa  nomination  ;  remise  fut  faite  à  Tiraqueau,  sur  son  ordre,  de 
la  somme  que  le  nouveau  conseiller  avait  à  verser  pour  la  délivrance  de  son  office. 

2.  Si  Trinquamelle  évoque  Tiraqueau  en  quelque  manière,  il  ne  sera  pas  hors  de  propos  de 
rappeler  ici  que  Bridoye  est  lieutenant  de  Fonsbeton,  où  des  commentateurs  ont  voulu  voir  une 
allusion  à  Fontenay-le-Comte,  qui  tirait  son  nom  de  sa  célèbre  fontaine  et  que  Tiraqueau  habita 
longtemps  comme  lieutenant,  c'est-à-dire  avec  les  mêmes  fonctions  qu'exerçait  Bridoye  au 
moment  de  sa  comparution.  Le  nom  de  Fonsbeton  doit  cacher  en  tout  cas  une  lo-alité  ou  Poi- 
tou, susceptible  d'avoir  un  lieutenant.  L'appellation  Fonheton  est  encore  donnée  aujourd'hui  à 
une  source  qui  se  trouve  près  de  l'ancien  chemin  de  Poitiers  à  Ligugé,  dans  les  Gros-Bois  (V. 
R.  XVI<^  s.,  t.  XV,  p.  240).  Bridoye  serait-il  un  prédécesseur  de  Tiraqueau,  inquiété  sur  la  fin 
d'une  longue  carrière  juridique,  vers  15 10,  date  de  l'entrée  en  fonctions  de  Tiraqueau?  Rabelais, 
vivant  à  Fontenay,  aurait  été  à  même  de  connaître  ce  vieux  juge.  Cela  expliquerait  Fonsbeton, 
évoquant  Fontenay,  Trinquamelle  et  toute  l'ambiance,  exclusivement  poitevine,  de  l'épisode. 


XCII  INTRODUCTION 

fontenaisien,  rhj^pothèse  que  l'on  vient  d'indiquer  ne  se  heurte  à  aucune  invrai- 
semblance foncière;  elle  se  concilie  même  sans  peine  avec  les  procédés  littéraires 
de  Maître  François.  Au  surplus,  l'allusion  était  de  celles  qu'un  auteur,  dans  le 
cas  où  quelque  surprise  viendrait  à  se  manifester,  peut  toujours  démentir.  Tira- 
queau,  jurisconsulte  clairvoyant,  humaniste  à  l'esprit  critique  et  libre,  devait  être 
le  premier  à  critiquer  les  habitudes  et  les  préjugés  de  bien  des  juges  d'alors,  voire 
même  de  certains  de  ses  collègues.  Après  Budé,  mais  avant  Rabelais,  il  avait 
manifesté  son  hostilité  à  l'égard  des  gloses  médiévales  du  droit,  si  souvent  ridi- 
culisées dans  Pantagruel.  La  dédicace  des  Lettres  de  Manardi  que  lui  adressa  le 
Tourangeau,  le  3  juin  1532,  contient  sur  ce  point  des  déclarations  précieuses  ; 
«...  Ces  gens  ont  beau  voir  l'esquif  du  mensonge  brisé  et  faisant  eau  de  toute 
part,  ils  retiennent  par  force,  par  violence,  les  livres  auxquels  ils  sont  accoutu- 
més dès  leur  enfance.  Si  on  les  leur  arrache,  ils  croient  qu'en  même  temps  on 
leur  arrache  l'âme.  Ainsi,  tandis  que  cette  science  du  droit,  dans  laquelle  tu 
excelles,  en  est  arrivée  là  qu'il  n'y  a  plus  rien  à  désirer  pour  sa  restauration,  il 
est  toutefois  des  gens  encore  à  qui  l'on  ne  peut  tirer  des  mains  \qs  gloses  suran- 
nées des  Barbares  ».  En  songeant  à  cette  ancienne  entente  des  deux  Fontenai- 
siens,  on  ne  trouvera,  dans  l'intention  probable  de  Rabelais,  que  de  l'humour  et 
de  l'à-propos  '.  Remarquons,  en  outre,  que  Tiraqueau  laissa  en  mourant  un 
traité  De  pœnis  legum,  qui  est  empreint  des  plus  rares  sentiments  d'humanité. 

I.  Nous  avons  toujours  été  frappé  du  caractère  particulièrement  âpre  des  propos  placés  dans 
la  bouche  d'Épistémon,  au  chapitre  XLIV  :  «  Je  ne  vouldroys  penser  ne  dire,  aussi  certes  ne 
croy  je,  tant  anomale  estre  l'iniquité,  et  corruptele  tant  évidente  de  ceulx  qui  de  droict  respondent 
en  icelluy  parlement  Myrelinguois  en  Myrelingues,  que  pirement  ne  seroit  un  procès  décidé  par 
ject  des  dez,  advint  ce  que  pourroit,  qu'il  est  passant  par  leurs  mains  pleines  de  sang  et  de 
perverse  affection.  Attendu  mesmement,  que  tout  leur  directoire  en  judicature  usuale  a  esté 
baillé  par  un  Tribunian,  homme  mescreant,  etc.  »  Une  si  vive  critique  adressée  par  Epistémon 
à  Pantagruel,  à  l'égard  de  la  cour  souveraine  qui  émanait  et  dépendait  du  prince  lui-même,  nous 
paraissait  insolite  et  déplacée.  Or,  les  variantes  nous  révèlent  que  cette  déclaration  était  d'abord 
formulée,  dans  toutes  les  éditions  de  1 546,  par  Pantagruel  lui-même,  et  non  par  Epistémon,  ce 
qui  est  tout  différent.  Dans  les  premières  éditions  du  Tiers  Livre,  c'est  Epistémon  qui  raconte 
l'histoire  d'Abecé  et  de  Effegé,  laquelle  provient  d'une  source  antique,  et  c'est  bien  là  le  rôle  du 
savant.  Pantagruel  lui  répond  par  des  considérations  philosophiques  et  par  sa  critique  des  cours 
judiciaires,  ce  qui  est  d'accord  avec  son  caractère  et  avec  l'exercice  de  la  puissance  souveraine. 
L'édition  définitive  du  livre,  qui  intervertit  les  rôles,  nous  déroute  incontestablement.  Dans  quel 
but,  Rabelais  a-t-il  accompli  ce  changement,  tout  à  fait  exceptionnel?  Évidemment  cette  interver- 
sion a  une  cause.  On  peut  penser  qu'une  critique  si  acerbe,  mise  sur  les  lèvres  du  prince,  offrait 
une  portée  et  une  signification  trop  grandes.  Epistémon,  en  la  prenant  à  son  compte,  n'enga- 
geait que  lui  :  ce  n'était  plus  qu'une  opinion  très  osée.  Le  fait  paraît,  en  tout  cas,  des  plus  curieux. 
Se  concilie-t-il,  après  cela,  avec  une  identification  du  genre  de  celle  qu'on  vient  de  mentionner? 


TIRAQUEAU    ET    LE    «    TIERS    LIVRE    »  XCIII 

Il  y  énumère,  jusqu'à  soixante-quatre  causes  d'adoucissement  des  peines.  Entre 
Rabelais  et  lui,  il  y  avait  une  affinité  complète  de  tendances  et  d'aspirations. 

Un  indice  d'une  portée  réelle  contribue  encore  à  rendre  cette  identification 
plus  vraisemblable  :  nous  voulons  parler  des  rapports  qui  rattachent  certaine- 
ment rédition  du  De  Jegibus  de  Tiraqueau,  publiée  en  1546,  à  la  préparation 
du  Tiers-Livre.  Les  recherches  de  M..  Barat  ont,  en  effet,  démontré  que 
Rabelais  avait  dû  avoir  communication  du  manuscrit  de  l'ouvrage  du  conseiller  au 
parlement  au  moment  où  il  écrivait  la  suite  de  son  Pantagruel.  Les  chapitres  XXVII, 
XXXI  et  XXXII,  en  particulier,  fournissent  matière  à  des  rapprochements 
vraiment  probants  ' .  On  note  de  pareilles  ressemblances  entre  le  chapitre  XXXVII, 
qui  nous  raconte  Tanecdocte  du  «  fol  »,  et  le  De  legibus  qui  offre  aussi  cette 
histoire.  Des  deux  côtés,  les  mêmes  sources  sont  énumérées,  et  dans  le  même 
ordre.  Il  est  clair  que,  d'une  manière  générale,  le  De  legibus  a  fourni  à  Rabelais 
une  partie  de  sa  documentation  sur  les  femmes  et  le  mariage.  Les  deux  auteurs 
ont  une  conception  semblable  de  la  faiblesse  naturelle  de  la  femme.  Il  est 
permis  d'inférer  de  tout  cela  l'existence  de  relations  étroites,  vers  1545,  entre 
le  célèbre  jurisconsulte  et  l'écrivain  tourangeau,  relations  dont  le  nouveau 
prologue  du  Quart  Livre  devait  attester  par  la  suite  la  persistance. 


La  question  prêterait  à  une  discussion  intéressante.  Nous  supposons  que  «  ceulx  qui  de  droit 
respondent  en  icelluy  parlement  »  sont  les  membres  de  cette  juridiction,  bien  que  la  formule 
soit  un  peu  ambiguë.  Ch.  Estienne,  dans  son  Dictionnaire  latin-français,  explique  la  formule 
cicéronienne  :  de  jure  respondere,  par  :  donner  conseil  et  résolution  des  difficultés  de  droit  à  ceux 
qui  viennent  consulter,  ce  qui  n'est  pas  tout  à  fait  le  cas  ici.  L'expression  juridique  répondre  veut 
dire  aussi  se  présenter  en  justice  sur  une  demande  ;  ressortir,  reconnaître  une  juridiction  supé- 
rieure, se  défendre  en  justice,  ce  qui  pourrait  expliquer  le  passage  assez  différemment,  en  l'appli- 
quant aux  juges  des  juridictions  inférieures  au  Parlement,  cités  devant  lui.  Mais  le  contexte  nous 
incline  à  considérer  la  Cour  comme  mise  réellement  en  cause.  Dans  «  leurs  mains  pleines  de 
sang  et  de  perverse  affection  »,  y  aurait-il  une  allusion  aux  arrêts  rendus  par  le  Parlement  dans 
les  affaires  religieuses  ou  d'ordre  intellectuel  ?  J'incline  à  le  croire.  Ce  sont  là,  on  le  voit,  des 
problèmes  d'importance,  qui  montrent  combien  ces  textes  doivent  être  étudiés  de  près  et  quel 
secours  les  variantes  peuvent  apporter  à  leur  interprétation.  Rabelais,  évidemment,  prend  une  for- 
mule assez  vague,  plutôt  restrictive  :  ceux  qui  de  droit  répondent  en  ce  parlement,  pour  ne  pas 
dire  :  les  conseillers,  les  sénateurs.  De  cette  façon,  l'allusion  était  moins  directe.  Déjà  Panurge, 
au  chapitre  II,  avait  risqué  une  appréciation  qui  donne  beaucoup  à  penser  :  «  Et  de  moy  pour 
ceste  heure  prendrez  advertissement,  que  ce  qu'on  me  impute  à  vice  a  esté  imitation  des  Uni- 
versité et  Parlement  de  Paris,  lieux  es  quelz  consiste  la  vraye  source  et  vive  idée  de  Panthéo- 
logie,  de  toute  justice,  aussi,  Hœreticque  qui  en  double,  et  fermement  ne  le  croyt.  »  Une  telle 
ironie  annonce,  dès  le  début  du  Hvre,  la  grave  déclaration  que  nous  venons  d'examiner.  On  ne 
saurait  trop  y  insister  :  le  privilège  de  1545  couvrait  bien  des  choses. 

I .   Voy.  Barat,  Linfluence  de  Tiraqueau  sur  Rabelais,  1905,  p.  21-24  du  tir.  à  part. 


XCIV  INTRODUCTION 

VIII.  Géographie  et  topographie 

Au  momeni  où  s'ouvre  le  Tiers  Livre,  Pantagruel  et  ses  compagnons  se 
trouvent  encore  en  Extrême-Orient,  où  les  a  conduits  une  longue  navigation, 
c'est-à-dire  du  côté  de  la  Chine  ou  Cathay,  non  loin  de  la  région  qui  figure 
sur  les  cartes  du  temps  sous  l'appellation  d'Indie  supérieure.  C'est  là,  on  se 
le  rappelle,  que  Rabelais  place  l'Utopie  et  aussi  le  pays  limitrophe  des 
Dipsodes  que  Pantagruel  vient  de  conquérir,  et  où  il  transfère,  par  mesure 
de  sécurité  politique,  une  colonie  d'Utopiens,  artisans  et  professeurs.  Le 
fils  de  Gargantua  organise  le  gouvernement  de  cette  nouvelle  province  et 
assigne  à  Panurge  la  châtellenie  de  Salmigondin.  Rien  ne  nous  avertit  d'un 
changement  quelconque  touchant  le  théâtre  des  événements,  lorsque  nous 
nous  voyons  subitement  transportés,  au  chapitre  XVI,  sur  les  bords  de  la  Loire, 
en  pleine  Touraine,  au  moment  où  Pantagruel  conseille  à  Panurge  de  conférer 
avec  une  «  sibylle  de  Panzoust,  »  près  le  Croulay.  Certes,  il  n'y  a  pas  lieu  de 
s'étonner  outre  mesure  de  cette  désinvolture  toute  rabelaisienne.  Remarquons 
cependant  qu'une  modification  aussi  soudaine  est  tout  à  fait  exceptionnelle 
dans  son  œuvre.  C'est  à  peu  près  la  seule  fois,  et  cette  affirmation  pourra  sur- 
prendre, que  l'auteur  de  Pantagruel  a  manqué  à  la  règle  constante  de  son 
réalisme  en  matière  de  géographie.  Son  immense  fantaisie  ne  l'entraîne  jamais 
à  méconnaître  les  lois  de  l'espace.  Partout  ailleurs,  dans  Gargantua  aussi  bien 
que  dans  les  deuxième,  quatrième  et  cinquième  livres,  le  Maître  est  resté  fidèle, 
en  matière  de  géographie  et  de  topographie,  à  une  sorte  de  logique  qui  rend 
tous  les  déplacements  de  ses  héros  naturels  et  explicables.  Nous  croyons  avoir 
suffisamment  établi  ce  tait  au  cours  de  nos  précédentes  études.  Faut-il  inférer 
de  cette  particularité  propre  au  Tiers  Livre  et  qui,  d'ailleurs,  ne  se  reproduit  plus 
dans  le  reste  de  l'ouvrage,  que  la  rédaction  de  ces  pages  a  subi  des  intermit- 
tences ?  Mais,  comme  on  l'a  indiqué  plus  haut,  une  telle  hypothèse  se  conci- 
lierait mal  avec  l'enchaînement  si  frappant  des  thèmes  divers  fournis  par  le  Songe 
de  Pantagruel. 

Un  indice  nous  permet  de  constater  d'une  façon  sûre  que  l'auteur  suppose 
Pantagruel  et  ses  compagnons  déjà  revenus  en  Touraine  quand  commence 
le  chapitre  XIV  de  notre  livre.  C'est  alors  que  Panurge,  se  présentant,  sur 
les  sept  heures  du  matin,  devant  Pantagruel,  trouve  auprès  du  prince  Epis- 
témon.  Frère  Jean  des  Entommeures,  abbé  de  Thélème,  Ponocrates,  Eudémon, 
Carpalim  et  autres.  Or,  Frère  Jean,  Ponocrates  et  Eudémon  —  ce  dernier, 
personnage  tout  épisodique  —  ne  figuraient  que  dans  le  seul  Gargantua-,  ils  ne 


TOPOGRAPHIE    DU    (C    TIERS   LIVRE    »  XCV 

pouvaient  en  aucune  façon  avoir  été  appelés  à  accompagner  Pantagruel  dans 
son  grand  voyage  en  Utopie,  entrepris  au  chapitre  XXIII  du  second  livre 
avec  le  concours  de  Panurge,  d'Epistémon,  d'Eusthènes  et  de  Carpalim.  Si 
l'auteur  nous  montre  les  trois  personnages  en  question  aux  côtés  du  prince, 
c'est  que  celui-ci  les  a  retrouvés  sur  les  bords  de  la  Loire,  en  son  palais  de 
Touraine,  dont  Frère  Jean  en  particulier  ne  s'est  jamais  éloigné  '. 

Où  résident  Gargantua  et  Pantagruel,  à  partir  du  moment  où  les  voyageurs 
reparaissent  sur  la  terre  de  France?  Sans  aucun  doute  dans  la  région  de  la 
Loire,  tant  fréquentée  par  les  souverains  depuis  Louis  XI  :  le  premier,  appa- 
remment, dans  son  château,  qui  n'est  autre  que  la  Devinière,  dont  le  clos  et 
le  «  bon  vin  blanc  »  sont  évoqués  incidemment  au  chapitre  XXXIII  ;  le  second, 
dans  le  palais  de  Thélème,  vers  l'embouchure  de  l'Indre,  non  loin  du  bon  pays 
de  Verrou.  Le  père  et  le  fils  s'y  rejoignent,  on  le  sait,  à  plusieurs  reprises.  Presque 
toutes  les  localités  citées  au  cours  du  livre  appartiennent  à  la  Touraine  ou  au 
Poitou.  Une  fois  de  plus,  l'écrivain  chinonais  manifeste  à  l'égard  de  ces  deux 
régions,  également  chères  à  sa  jeunesse,  une  préférence  marquée  qui  paraît 
attester  un  séjour  récent  dans  ces  provinces.  Ce  voyage  pourrait  se  placer  après 
les  obsèques  de  Guillaume  de  Bellay,  au  Mans  (5  mars  1542),  ou —  si  l'on 
prétère  laisser  à  cette  hypothèse  une  latitude  plus  grande,  —  au  cours  des 
trente  mois  qui  se  sont  écoulés  entre  la  cérémonie  du  Mans  et  l'obtention  du 
privilège  de  septembre  1545.  Ce  serait  également  dans  ce  même  espace  de  temps 
qu'une  visite  au  pays  malouin  pourrait  s'insérer  avec  quelque  vraisemblance. 

Après  Panzoult,  près  le  Croulay,  qu'elle  a  mis  trois  jours  à  atteindre,  la  petite 
troupe  des  enquêteurs  visite  la  Villaumère,  puis  l'Ile- Bouchard,  pour  revenir, 
par  Huismes,  vers  le  château  de  Pantagruel,  tout  en  entendant,  le  long  de  la 
route,  les  cloches  de  Varennes-sur-Loire  (ch.  XXVII).  C'est  dans  cette  rési- 
dence que  se  réunissent  un  beau  dimanche,  pour  le  dîner,  Hippothadée,  Ron- 
dibilis  et  Trouillogan,  mandés  par  le  prince.  Seul  Bridoye  manque  au  rendez- 
vous,  en  raison  de  l'assignation  qu'il  a  reçue  du  parlement  myrelinguois. 
Gargantua,  précédé  par  son  petit  chien  Kyne,  survient  au  cours  du  banquet. 
Les  trois  consultations  achevées,  Pantagruel  décide  de  se  rendre  à  Myrelingues, 
«  qui  est  delà  la  rivière  de  Loyre  »,  avec  «  ses  domesticques  »,  pour  assis- 
ter au  jugement  du  lieutenant  de  Fonsbeton.  Nous  avons  exposé  plus  haut 
comment  cette  capitale  judiciaire  du  royaume  de  Gargantua  suggérait  une 
identification  assez  évidente  avec  Paris.  Le  prince  et  ses  compagnons  arrivent 
à  cheval,  le  jour  suivant,  en  Myrelingues.  Détail  peu  logique  encore  :  le  retour 

I .  Il  y  a  lieu  de  noter  que  tous  reparaîtront  dans  le  livre  IV. 


XCVI  INTRODUCTION 

prend  beaucoup  plus  de  temps  que  l'aller  ;  Pantagruel  est  censé  ne  rentrer 
chez  lui  que  le  sixième  jour  subséquent,  au  lieu  du  lendemain,  à  la  même 
heure  que  Triboulet,  qui  arrive  de  Blois  par  eau  '. 

L'origine  de  Bridoye  et  l'évocation  des  faits  que  comporte  son  plaidoyer 
pro  domo  justifient  amplement  l'énumération  des  villes  et  des  villages  du  Poitou 
qu'offre  le  chapitre  XLI,  et  à  laquelle  vient  s'ajouter,  à  la  fin  du  chapitre  XLIV, 
le  souvenir  déférent  donné  au  noble  abbé  Ardillon,  de  Fontaine-le-Comte. 
Cependant,  Pantagruel  agrée  la  demande  de  Panurge,  désireux  d'aller  consulter 
l'oracle  de  la  dive  Bouteille.  Il  lui  reste  à  obtenir  Tassentiment  de  Gargantua 
avant  d'entreprendre  les  préparatifs  de  ce  voyage  lointain.  Le  prince  aborde 
son  père  dans  la  grande  salle  du  château,  au  moment  où  celui-ci  sort  du  conseil, 
«  tenant  en  ses  mains  deux  gros  pacquetz  de  requestes  respondues,  et  mémoires 
de  respondre,  »  qu'il  baille  à  Ulrich  Gallet,  son  fidèle  maître  des  requêtes  et 
libelles.  On  se  souvient  d'avoir  rencontré  ce  personnage  dans  l'épisode  de  la 
guerre  pricrocholine  :  nous  avons  retrouvé  alors  en  lui  un  proche  parent  des 
Rabelais,  l'avocat  chinonais  Jean  Gallet,  mêlé  de  près  au  procès  de  Gaucher  de 
Sainte-Marthe  ^.  Cette  première  mention  était  par  cela  même  pleinement 
justifiée  ;  la  seconde,  toute  fortuite,  et  qui  nous  montre  le  dignitaire  royal 
dans  l'exercice  de  sa  fonction  la  plus  caractéristique,  ne  serait-elle  pas,  de  la 
part  du  Chinonais,  une  adroite  allusion  à  sa  propre  charge  de  maître  des 
requêtes  de  François  I",  dont  l'octroi  doit  se  placer  aux  alentours  de  1543  ? 
Notons  qu'aucun  autre  fonctionnaire  de  la  cour  ne  se  trouve  mis  en  cause  dans 
le  Tiers  Livre.  Il  paraît  infiniment  probable  que  notre  écrivain  a  fait  naître  ici 
une  occasion,  assez  piquante,  de  rappeler  le  rôle  qu'il  remplissait  auprès  du 
Père  des  Lettres. 

Rien  n'est  plus  normal  que  l'embarquement  de  Pantagruel  près  de  Saint- 
Malo,  qui  fut  le  point  de  départ  de  plusieurs  des  grandes  entreprises  mari- 
times du  temps  et  vit  naître  le  célèbre  explorateur  Jacques  Cartier.  C'est  là 
que  ce  hardi  marin  prit  la  mer  pour  aller  découvrir,  en  trois  voyages  succes- 
sifs, la  plus  notable  partie  des  côtes  du  golfe  de  Saint-Laurent  et  enfin  le 
Canada.  Rabelais  n'a  pas  choisi  sans  intention  le  port  breton,  ou  du  moins  un 
lieu  qui  en  est  tout  voisin,  pour  y  faire  commencer  la  navigation  dont  le  récit 
va  remplir  les  quatrième  et  cinquième  livres  de  son  roman.  Déjà  Saint- 
Malo  et  les  «  isles  Ogygies   »  avaient  été  évoqués  au  cours  du  chapitre  XXIV 

1.  Même  si  on  comprend  le  sixième  jour  comme  s'appliquant  à  l'ensemble  du  voyage,  il  reste 
encore  une  différence  très  sensible  entre  les  deux  chevauchées. 

2.  V.  t.  I"  de  la  présente  édition,  p.  Lxvii  et  les  chapitres  suiv.  do  Gargantua. 


THALASSE    ET    SAINT-MALO  XCVII 

du  Tiers  Livre.  Il  est  très  possible  que  ces  diverses  mentions  attestent,  dans  les 
deux  cas,  le  souvenir  d'un  séjour  fait  par  Rabelais  à  Saint-Malo  un  peu  avant 
la  composition  de  son  ouvrage,  séjour  que  l'affirmation  formulée  par  l'histo- 
rien malouin  Jacques  Doremet  rend  par  ailleurs  assez  vraisemblable  '. 

Quel  est  donc  ce  grand  arsenal  de  Thalasse,  situé  près  de  Saint-Malo,  que 
Gargantua  met  à  la  disposition  de  son  fils,  et  qui  va  jouer  un  rôle  si  important 
dans  les  préparatifs  du  voyage  ?  Il  existe  précisément  aussi  près  que  possible  de 
Saint-Malo,  puisqu'il  forme  l'un  des  côtés  de  son  port,  un  lieu  bien  connu 
dans  son  histoire  qui  s'appelle  Tallard  ou  le  Tallard.  Cet  emplacement  qui 
limitait  à  l'est  et  au  sud-est  le  port  de  Saint-Malo,  jadis  deux  fois  plus  grand 
qu'aujourd'hui,  fournissait  matière,  par  son  nom  même,  à  l'un  de  ces  jeux  de 
mots  que  Rabelais  affectionnait.  Nul  doute  que  cet  arsenal  de  Thalasse  (fiilazzx, 
mer,  et  par  extension  marine)  ne  désigne  le  Tallard,  situé  juste  en  face  de 
l'enceinte  fortifiée  de  Saint-Malo  et  qui,  tout  en  limitant  son  port,  pouvait 
être  considéré  comme  un  territoire  distinct.  Aujourd'hui  encore,  les  chantiers 
de  construction  de  cette  ville  et  son  bassin  à  flot  sont  bornés  à  l'est  par  le 
Petit-Tallard  ^.  C'est  en  somme  le  seul  nom  ancien  et  vraiment  caractéristique 
qui  ait  persisté  dans  la  nomenclature  topographique  du  port  '. 

Y  a-t-il  lieu  de  penser  que  Rabelais,  en  donnant  une  telle  importance  à  l'ar- 
senal de  Thalasse,  qu'il  présente  comme  un  endroit  tout  spécialement  cher  à 
Gargantua  et  dont  lesouverain  aie  droit  d'être  fier,  ait  obéi  à  des  préoccupations 
particulières?  C'est  là  une  hypothèse  que  nous  admettrions  volontiers.  Si  notre 
auteur  a  choisi  le  voisinage  de  Saint-Malo,  ce  fut  d'abord  en  raison  des  liens 
qui  existaient  entre  cette  ville  et  Jacques  Cartier,  personnage  avec  lequel  tous 
les  critiques  s'accordent  à  identifier  le  pilote  principal  de  Pantagruel  nommé 
Jamet  Brayer.  Il  est  permis  de  supposer  aussi  avec  une  certaine  vraisemblance 
que,  vers  cette  époque,  des  projets  d'extension  furent  élaborés  en  faveur  du 
port  breton,  qui,  comme  Dieppe  et  La  Rochelle,  fournissait  alors  à  la  France  ses 
marins  les  plus  expérimentés  et  les  plus  hardis.  On  sait  que  François  I"  songea 
à  divers  agrandissements  de  ce  genre.  Avant  de  choisir  le  Havre  pour  y  faire 
exécuter  des  travaux  si  considérables,  il  avait  hésité  entre  plusieurs  autres  points 
du  littoral  de  la  Manche  qu'il  n'oublia  pas  par  la  suite. 

1.  Les  Navigations  de  Pantagruel,  p.  59  et  suiv. 

2.  Le  Petit-Tallard  donne  son  nom  à  un  quai  et  à  un  espace  assez  vaste  au  nord  de  la  gare 
actuelle.  Il  figure  sur  les  plans  les  plus  réduits  du  port  et  de  la  ville. 

3.  Voir  la  belle  gravure  en  couleurs  de  Garneray  représentant  une  vue  de  Saint-Malo,  prise 
du  Tallard  pendant  un  gros  temps  et  dans  un  changement  de  vent,  et  la  gravure  de  Tassin, 
géographe  du  roi  Louis  XIIL 

LE   TIERS    LIVRE.  XIII 


XCVIII  INTRODUCTION 

Remarquons,  en  effet,  que  ce  prince  témoigna  une  prédilection  toute  spéciale 
à  l'égard  de  Saint-Malo,  qu'il  avait  solennellement  visité  dès  le  début  de  son 
règne,  en  1518.  La  gloire  qui  lui  reste  d'avoir  fondé  le  Havre  ne  doit  pas 
faire  oublier  les  autres  tentatives  faites,  d'après  ses  ordres,  en  vue  d'établir  sur 
les  côtes  de  la  Manche  et  de  l'Océan  divers  points  d'appui  pour  le  commerce  et 
les  expéditions  maritimes  de  la  France.  Les  noms  de  Brouage,  Lorient,  Brest, 
Rochefort  ne  sauraient  être  omis  dans  l'histoire  de  son  règne.  Il  est  donc  infini- 
ment probable  qu'à  un  certain  moment  Saint-Malo  et  son  port  furent  l'objet 
d'études  préparatoires.  On  dut  songer  à  agrandir  son  bassin,  déjà  extrêmement 
actif  et  reconnu  insuffisant,  d'autant  mieux  que  les  visées  royales  dirigées  vers 
l'Amérique  du  Nord  lui  conféraient  une  utilité  plus  opportune  que  jamais.  Rabe- 
lais voulut,  semble-t-il,  faire  à  ce  projet  une  allusion  susceptible  de  plaire  au 
monarque  et  de  rendre  son  dessein  plus  populaire.  Il  est  si  vrai  que  toute  exten- 
sion du  port  et  de  la  ville  de  Saint-Malo  devait  avoir,  par  définition,  le  Tallard 
pour  objectif,  que  Ton  voit,  dans  l'exposé  d'un  plan  d'élargissement  de  la  vieille 
cité  ',  ce  même  emplacement  donné  comme  le  plus  favorable  à  la  nouvelle  agglo- 
mération. Cette  dernière  se  serait  trouvée  de  la  sorte  à  égale  distance  de  Saint- 
Servan  et  de  Saint-Malo.  Si  Rabelais  a  fait  partir  de  là  son  héros  pour  l'expédi- 
tion qui  va  remplir  toute  la  fin  de  son  roman,  c'est  apparemment  qu'il  existait 
une  raison  pour  choisir  de  préférence  cette  côte  malouine.  Cette  raison,  il  n'est 
pas  téméraire  de  la  chercher  dans  des  projets  caressés  quelque  temps  par  Fran- 
çois P"",  et  dont  on  parlait  volontiers  à  la  cour  et  dans  les  milieux  officiels  ^. 


IX.  Souvenirs  régionaux. 

Sans  vouloir  donner  une  liste  des  lieux  cités  par  Maître  François  dans  cette 
partie  de  son  roman,  on  peut  observer  que,  même  en  dehors  du  cadre  topogra- 
phique qui  vient  d'être  esquissé,  il  est  resté  fidèle  à  ses  souvenirs  tourangeaux 
et  chinonais.  Il  cite  avec  complaisance  les  fruits  de  Tours  (ch.  XIII),  la  métai- 
rie de  Cinais,  où  sa  famille  possédait  des  terres  (ch.  XX),  les  prêcheurs  et  les 
cloches  de  Varennes-sur-Loire  ^^  où  se  trouvait  le  domaine  paternel  de  Chavi- 
gny-en- Vallée,  le  frère  de  Parillé,  près  de  Seuilly  (ch.  VI),  le  receveur  du  Cou- 

1 .  Notice  sur  Saint-Malo,  par  Robert  de  Salles. 

2 .  Sur  les  rapports  de  Rabelais  et  de  la  Bretagne,  voir  Les  Navigations  de  Pantagruel,  passim 
et  .\ppendice  B.  Une  allusion  aux  neuf  évècliés  de  Bretagne  et  à  Saint-Yves  est  à  signaler  au  cha- 
pitre IV.  Le  «  vin  breton  »  du  ch.  xlv  ne  vient  pas  de  Bretagne. 

3.  Nous  avons  retrouvé  des  données  sur  ces  cloches  (Voy.  R.  E.  R.,  1907,  t.  V,  p.  227). 


SOUVENIRS    RÉGIONAUX  XCIX 

dray,    au  gué  de  Vède  (ch.  XXIII),  les  crapaudines  de  Beuxes  (ch    XVID 

?T^%l\r\"  n,^''  .^^  '"^  ^'''^^  ^'^-  ^^^"^'  ^"  ^^°"^^§^^  de  Bréhémom 
^u     ^^^y)'    P^^^^^^-lès-Tours     (ch.    XXIV).     Il    loue    le    climat   d'Olonne 
Cchap.  XLIX)  —  en  même  temps   que  celui  de   Rosea,  près    Pr^neste  en 
babmie,  -  et  cite  des  souvenirs  qui  s'attachent    à  d'autres  villes  ou  réaions 
également  familières  :  la  passion  de  Saumur  et  les  jeux  de  Doué  (ch    Ilî)   h 
passion  de  Saint-Maixent,  les  foires  de  Niort  et  de  Fontenay  (ch    XIII)     les 
mouhns  àventdu  pays   de  Mirebeau  (ch.  XX),  le  maire  et  les  bourgeois  de 
La  Rochelle  (ch.  XXXVII),  l'histoire  de  la  «  prevoste  »  d'Orléans  (ch  XXIII) 
et  les  cornemuses  de  Saulieu  et  de  Buzançay  (ch.  XLVI).   La  Breta-ne  fi-ure 
avec  Saint-Malo  et  ses  neuf  évêchés  (ch.  IV).  Montpellier  et  son  université, 
1  aima  mater  de  1  auteur,  fournissent  le  thème  comique  que  l'on  sait    et  Castres 
une  allusion  à  son  «  moine  «  (ch.  XXXIII  et  XXVII)  ^  Paris    avec   l'épisode 
de  Myrehngues  et  les  autres  passages  relatifs  à  son  Parlement  et  à  son  Univer- 
sité (ch.^  II,  III,  XXXIII  et   XXXVIl)  occupe  une  belle  place  :   l'histoire  du 
«  fol  >)  s  y  passe  à  la  rôtisserie  du  Petit-Châtelet  (ch.  XXXVIl),  donnant   au 
satirique  l'occasion  de  railler,  une  fois  de  plus,   la  badauderie  des  Parisiens 
En  revanche,  Lyon  n'est  visé  nulle  part,  ce  qui  surprend  un  peu.  L'Italie    si 
souvent  visitée   entre  1534   et  1542,  est  plutôt  laissée  de  côté  :  on  ne  relève 
guère  qu  une  mention  de  la  colonne  Trajane  et  de  l'arc  de  triomphe  de  Septime- 
bevere  (ch.   VII  ),   une  allusion  au    tribunal    de  la  Rote  (ch     XXXVIl)  et 
une  autre  au  gonfanon  de  Rome  (ch.  XXXII).  Les  Alpes,  avec  Embrun  etBrian- 
çon,  le  Piémont  et  Larigno  (ch.  LU),  et  la  Suisse,  avec  l'un  de  ses  lacs,  celui  de 
Thun^  (ch.  XXVIII),  semblent  attester,  cependant,  les  souvenirs  qu'avaient 
laisses  al  auteur  ses  voyages  par-delà  les  monts.  Au  dernier  chapitre,  les  vins  de 
Grave,  d  Orléans,  de  Beaune,  de  Mireval,  d'Argenton  et  de  Saint-Gaultier  en 
Limousin  reçoivent  un  hommage  qu'on  n'est  jamais  surpris  de  rencontrer  sous 
la  plume  de  1  amateur  de  bons  crus. 

Quelle  allusion  se  cache  sous  l'appellation,  prise  par  Rabelais,  de  «  calloier 
des  islesHieres»,  nommées  ailleurs  «  mes  isles  Hieres,  anticquement  dictez 
Stœchades  «  (ch.  L)  ?  On  n'a  pu,  jusqu'ici,  rien  découvrir  de  précis  à  ce  sujet 
Eaut-il  supposer  un  voyage  accompli  par  l'auteur  durant  la  période  de  sa  vie 
restée  s.  obscure,  quivade  1543  à  1 545,  ou  ne  voir,  sous  ce  titre,  qu'un  simple 
souvenir  du  temps  où  ses  séjours  d.ns  le  Sud-Est  ont  pu  l'amener  à  visiter  ces 
lies,  chères  au  botaniste  ?  Peut-être  le  nom  à'Aurex  Insu/œ  qui  leur  fut  octroyé 

1 .  L'allusion  à  la  Lorraine  (ch.  XLVi)  :   «  En  Lorraine  Fou  est  nrp.;Tr,M  ..  „-^ff  o  •     • 
fication  particulière.                                                                           ^         °"  '  "  °^''  '"'""'  ''§"'- 

2.  V.R.S.  5.,  1925,  t. XII,  p.  196. 


C  INTRODUCTION 

à  l'époque  de  la  Renaissance,  l'a-t-il  conduit  à  se  représenter,  par  antiphrase, 
comme  un  religieux  maître  de  ces  belles  solitudes.  Un  hasard  heureux  pourra 
seul  procurer  la  solution  de  cette  petite  énigme. 

On  sait  que  l'épisode  du  Pantagruelion  s'appuie  sur  l'éloge  du  Un  qui  ouvre 
le  XIX*'  livre  de  l'Histoire  Naturelle  de  Pline.  On  est  cependant  en  droit  de  se 
demander  si  l'écrivain  n'a  pas  été  poussé  par  une  circonstance  spéciale  à  compo- 
ser ces  chapitres  célèbres.  Nous  avons  eu  déjà  l'occasion  de  faire  remarquer  que 
le  père  de  Rabelais  avait  possédé  des  «  chenevreaux  »  '  et  que  le  pays  tourangeau 
a  été  souvent  cité  comme  l'une  des  régions  les  plus  favorables  à  cette  plante 
textile.  Toutefois,  un  rapprochement  dece genre  ne  suffit  pas  à  expliquer  le  pres- 
tigieux éloge  du  chanvre  qui  termine  le  Tiers  Livre.  Y  aurait-il,  dans  ces  pages, 
un  écho  de  projets  contemporains  relatifs  à  un  développement  de  cette  culture, 
devenu  désirable  en  raison  de  nouveaux  besoins  économiques?  Un  pareil  oppor- 
tunisme cadrerait  assez  bien  avec  les  habitudes  du  conteur.  L'histoire  culturale 
et  industrielle  du  règne  de  François  I"  n'a  pas  encore  livré  tous  ses  secrets.  Aussi 
ne  craignons-nous  pas  de  risquer  l'hypoihèse,  bien  que  les  faits  actuellement 
connus  ne  nous  fixent  pas  sur  son  degré  de  vraisemblance. 

Personne  n'ignore  que  le  fou  Triboulet  a  vécu  en  chair  et  en  os  à  la  cour 
de  François  I".  Il  n'est  pas  jusqu'à  l'épisode  de  la  sibylle  de  Panzoult  qui  n'ait 
emprunté  des  éléments  à  la  réalité.  «  On  montre  encore,  dans  ce  village,  «  la 
grotte,  creusée  dans  le  roc,  où  habitait  jadis  cette  sorcière  ;  son  état  actuel  répond 
à  la  description  faite  par  l'auteur  de  Pantagruel...  ».  Les  peintures,  qui  jadis 
ornaient  les  murs  de  cette  grotte  et  qu'accompagnaient  des  inscriptions,  ont  dis- 
paru. On  les  voyait  encore  en  1811.  Une  tradition,  recueillie  au  xvii^  siècle  par 
Bouchereau,  nous  représente  cette  diseuse  de  bonne  aventure  comme  une  «  femme 
qui  bailloit  des  herbes  pour  guérir  la  fiebvre  ».  Bernier  nous  dit,  de  son  côté, 
que  la  sibylle  était  «  une  dame  de  Panzoult,  proche  Chinon  »,  morte  très  âgée  ^. 
Le  site  correspond,  par  sa  sauvagerie,  avec  la  description  donnée  par  Rabelais. 
L'un  de  ses  plus  récents  visiteurs  a  très  justement  noté  cette  concordance  '  : 


1.  R.  E.  R.,  1905,  t.  III,  p.  402. 

2.  Voy.  R.  E.  R.,  t.  V,  p.  70,  et  t.  VIII,  p.  200,  art.  de  H.  Grimaud,  avec  une  planche  repré- 
sentant la  grotte. 

5.  Art.  d'André  Hallays  dans  \q.  Journal  des  Débats  du  14  avril  1929  :  L antre  de  la  sibylle  de 
Patiioust.  Cet  écrivain,  dont  la  perte  a  été  si  vivement  ressentie,  avait  consacré  dans  le  même 
journal  (le  9  juin  suivant)  un  remarquable  article  :  Dans  le  Cbinonais.  La  Guerre  picrocholitie , 
dans  lequel  il  apporte  une  approbation  complète  aux  conclusions  de  notre  introduction  du  t.  I^r  : 
La  réalité  dans  le  roman  de  Rabelais. 


LES    ÉLÉMENTS    DU    «    TIERS    LIVRE 


CI 


Cest  un  s.te  mystérieux,  sévère,  presque  sauvage,  comme  on  n'en  voit  guère  dans  la  molle 
et  douce  Tourame.  Une  levée  qui  barre  le  vallon,  auprès  d'un  vieux  moulin:  retient  les  eaux  du 
Croulay  et  forme,  au  milieu  des  bois  qu'elles  reflètem,  un  étang  mélancolique.  C'est  ici  qu'une 
très  ancienne  tradition  fixe  la  place  où  vécut  une  sorcière  guérisseuse  et  diseuse  de  bonne 
aventure.  Des  habitats  de  troglodytes  sont  creusés  dans  la  falaise  qui  domine  l'étant  Dans  l'un 
d  eux,  les  voûtes  et  les  parois  sont  recouvertes  d'un  enduit  où  l'on  distingue  encore  des  traces 
de  peintures  :  ceux  qui  ont  vu  ces  peintures,  il  y  a  quelques  années,  ont  affirmé  qu'elles  repré- 
sentaient des  sujets  grotesques;  aujourd'hui  ces  vestiges  ont  disparu.  Cependant  l'étrangeté  du 
heu  rend  la  tradition  vraisemblable,  et  c'est  là  qu'ilfaut  évoquer  le  merveilleux  tableau  deRabe- 
lais. . .  Ces  quelques  lignes  suffiront  peut-être  à  faire  pressentir,  une  fois  de  plus,  sur  quel  fond 
de  vente  s  est  constamment  exercé  le  génie  de  Rabelais.  Celui-  ci  est  venu  à  Panzoust,  il  a  remonté 
le  vallon  du  Croulay,  il  a  peut-être  consulté  la  .  vaticinatrice  >,,  ou  bien,  s'il  ne  Ta  fait  lui- 
même.  Il  a  entendu  ses  amis  chinonais  lui  conter  les  tours,  les  contorsions  et  les  transes  de  cette 
sibylle  de  village. 

En  résumé,  le  rôle  joué  par  les  éléments  empruntés  à  la  réalité  concrète  reste 
dans  le  Tiers  Livre,  aussi  marqué  que  dans  les  deux  premières  parties.  Les  qua- 
trième et  cinquième  livres  ne  feront  que  mettre  davantage  en  relief  cet  aspect 
essentiel,  et  trop  longtemps  méconnu,  du  chef-d'œuvre  rabelaisien 


Abel  Lefranc. 


NOTRE  TEXTE. 


A  notre  connaissance,  le  Tiers  livre  a  été  publié  séparément  huit  fois  du 
vivant  de  Rabelais.  Voici  la  liste  de  ces  éditions  : 

A.  Tiers  livre  des  faictz  et  dictz  héroïques  du   noble  Pantagruel  :  compo- 
sez par  M.  Franc.  Rabelais  docteur  en  medicine  et  calloïer  des  isles  Hieres.. . 
—  Paris,  Chrestien  Wechel,  1546.  In-8°. 

(Bibl.  nat.,  Réserve  Y^  2159.) 

B.  Tiers  livre...  —  Paris,  1546.  In-ié. 
(Bibl.  J.  de  Rothschild,  n°  15 12.) 

G.  Tiers  livre...  — Toulouse,  Jacques  Fournier,  1546.  In-ié. 
(Vente  H.  B.  (Porquet  1897),  n°  éi.) 

L.   Tiers  livre...  —  Lyon,  1546.  In- 16. 

(Bibl.  de  M.  Abel  Lefranc.  —  Vente  H.  B.  (Porquet  1897),  n°  éo.  —  Deuxième 
vente  Pichon,  n°  979.) 

D.  Tiers  livre...  —  Paris,  1547.  In-i6. 

(Bibl.  du  Comte  de  Mosbourg  (Porquet  1893),  "°  ^^7-) 

E.  Tiers  livre...  —  Lyon,  I547.1n-i6. 
(Bibl.  nat.,  Réserve  Y=  2161.) 

F.  Le  Tiers  livre  des  faicts  et  dicts  héroïques  du  bon  Pantagruel  :  composé 
par  M.  Fran.  Rabelais  docteur  en  medicine.  Reveu  et  corrigé  par  l'autheur 
sus  la  censure  antique...  —  Paris,  Michel  Fezandat,  1552.  In-S". 

(Bibl.  nat.,  Réserve  Y^  2162.) 

G.   Tiers  Livre...  —  Lyon,  Jehan  Chabin,  sur  la  copie  imprimée  à  Paris, 
1552.  In-i6. 
(Bibl.  nat.,  Réserve  Y^  2163.) 

Il  faut  ajouter  à  cette  liste  deux  éditions  collectives  :  celle  de  Claude  La  Ville 
(Valence,  1547,  3  vol.  In-i6)  qui  contient  Gargantua,  le  Second  livre  et  le  Tiers 


NOTRE    TEXTE  CI  II 

livre,  celle  de  Pierre  de  Tours  (Lyon,  s.d. ,  4  vol.  In-ié)  qui  contient  Gargan- 
tua, le  Second,  le  Tiers  et  le  Quart  livre  \ 

Le  texte  se  présente  sous  deux  formes  :  une  première  rédaction,  en  47  cha- 
pitres (46,  par  suite  de  l'omission  du  chiffre  27),  laquelle  est  donnée  par  les 
éditions  de  1546  et  1547  (A  à  E)  ainsi  que  par  les  éditions  collectives,  et  une 
seconde,  en  52  chapitres  (F  et  G).  Nous  examinerons  successivement  l'une  et 
l'autre. 

Première  rédaction  (47  chapitres). 

La  première  édition,  celle  de  G.  Wechel  1546  (A),  est  précédée  du  privilège 
suivant,  daté  du  19  septembre  1545  : 

Francoys,  par  la  grâce  du  Dieu  Roy  de  France,  au  Prévost  de  Paris,  Bailly  de 
Rouen,  seneschaulx  de  Lyon,  Tholouse  Bordeaulx  et  de  Poictou,  et  à  tous  noz  justi- 
ciers et  officiers  ou  à  leurs  Lieutenans,  et  à  chacun  d'eulx  si  comme  à  luy  apartien- 
dra,  salut.  De  la  partie  de  nostre  aimé  et  féal  maistre  Francoys  Rabelais,  docteur  en 
medicine  de  nostre  Université  de  Montpellier,  nous  a  esté  exposé  que  icelluy  sup- 
pliant, ayant  par  cy  davant  baillé  à  imprimer  plusieurs  livres,  mesmement  deux 
volumes  des  faictz  et  dictz  heroïcques  de  Pantagruel,  non  moins  utiles  que  délec- 
tables, les  imprimeurs  auroienticeulx  livres  corrumpu  et  perverty  en  plusieurs  endroictz 
au  grand  déplaisir  et  détriment  du  dict  suppliant  et  préjudice  des  lecteurs,  dont  se 
seroit  abstenu  de  mectre  en  public  le  reste  et  séquence  des  dictz  faictz  et  dicts 
heroïcques  ;  estant  toutesfoys  importuné  journellement  par  les  gens  scavans  et  stu- 
dieux de  nostre  Royaulme  et  recquis  de  mectre  en  l'utilité  comme  en  impression  la 
dicte  séquence.  Nous  auroit  supplié  de  luy  octroyer  privilège  à  ce  que  personne  n'eust 
à  les  imprimer  ou  mectre  en  vente  fors  ceulx  qu'il  feroit  imprimer  par  libraires, 
exprès,  et  aux  quelz  il  bailleroit  ses  propres  et  vrayes  copies,  et  ce  pour  l'espace 
de  dix  ans  consecutifz,  commancans  au  jour  et  dacte  de  l'impression  de  ses  dictz 
livres.  Pour  quoy  nous,  ces  choses  considérées,  desirans  les  bonnes  letres  estre  pro- 
menés par  nostre  Royaulme  à  l'utilité  et  érudition  de  noz  subjectz,  avons  au  dict 
suppliant  donné  privilège,  congé,  licence  et  permission  de  faire  imprimer  et  mectre 
en  vente,  par  telz  libraires  expérimentez  qu'il  advisera,  ses  dictz  livres  et  oeuvres 
consequens  des  faictz  heroïcques  de  Pantagruel,  commancans  au  troisiesme  volume, 
avec  povoir  et  puissance  de  corriger  et  revoir  les  deux  premiers  par  cy  davant  par 
luy  composez  et  les  mectre  ou  faire  mectre  en  nouvelle  impression  et  vente,  faisans 
inhibitions  et  deffences  de  par  nous  sur  certaines  et  grands  peines,  confiscation  des 
livres  ainsi  par  eulx  imprimez  et  d'admende  arbitraire  à  tous  imprimeurs  et  aultres 
qu'il  appartiendra,   de   non  imprimer  et  mectre  en  vente  les  livres  cy  dessus  men- 

I .  On  trouvera  la  description  de  toutes  ces  éditions  dans  la  Bibliographie  rabelaisienne  de 
M.  P.-P.  Plan,  p.  123  et  ss. 


CIV  INTRODUCTION 

tionnez  sans  le  vouloir  et  consentement  dudict  suppliant,  dedans  le  terme  de  six  ans 
consecutifz,  commancans  au  jour  et  dacte  de  l'impression  de  ses  dictz  livres,  sur  poine 
de  confiscation  des  dictz  livres  imprimez  et  d'admende  arbitraire.  De  ce  faire  vous 
avons  chascun  de  vous  si  comme  à  luy  apartiendra  donné  et  donnons  plein  povoir, 
commission  et  autorité,  mandons  et  commandons  à  tous  noz  justiciers,  officiers  et 
subjectz,  que  de  nos  praesens  congé,  privilège  et  commission  ilz  facent,  seuffrent,  et 
laissent  jouyr  et  user  le  dict  suppliant  paisiblement,  et  à  vous  en  ce  faisant  estre  obey. 
Car  ainsi  nous  plaist  il  estre  faict.  Donné  à  Paris,  le  dixneufiesme  jour  de  sep- 
tembre, l'an  de  grâce,  Mil  cinq  cens  quarante  cinq,  et  de  nostre  règne  le  XXXI. 
Ainsi  signé  :  parle  conseil,  Delaunay.  Et  scellé  sur  simple  queue  de  cire  jaulne. 

Le  texte,  imprimé  en  caractères  italiques,  est  très  correct;  ila  été  suivi  exac- 
tement, autant  que  nous  pouvons  en  juger,  par  les  éditions  postérieures  de  la 
même  rédaction.  Exactement,  quant  à  la  disposition  générale,  mais  non  fidèle- 
ment. Il  semble,  en  effet,  que  les  éditions  désignées  ici  par  les  sigles  B  à  E  (nous 
disons  il  semble,  parce  que  nous  n'avons  pu  consulter  ni  C  ni  D)  aient  été 
imprimées  pour  un  public  moins  sensible  à  la  perfection  typographique  que 
soucieux  de  sa  propre  commodité  :  elles  sont  de  petit  format,  in-i6,  donc 
peu  encombrantes  ;  les  graves  erreurs  qu'elles  contiennent  indiquent  que  la 
correction  des  épreuves  a  été  fort  négligée,  mais  il  n'y  avait  pas  là  de  quoi 
rebuter  un  lecteur  peu  difficile  ;  en  revanche,  et  c'est  une  preuve  qu'elles 
s'adressaient  à  des  gens  médiocrement  instruits,  les  citations  grecques  y  sont 
toujours  ou  transcrites  en  caractères  latins,  et  très  mal,  ou  tout  bonnement 
supprimées. 

Voici,  d'après  E,  quelques  exemples  de  ces  fautes,  dont  certaines  défigurent 
le  texte  jusqu'à  le  rendre  incompréhensible  : 

n  estre  un  pour  n  estre  veit  (Prol.,  1.  iio) 

avoit  —  avoir  (1, 4) 

de  sol  —  du  sol  (I,  17) 

tandis  —  tondis  (1, 24) 

linges  —  iynges  (I,  77) 

Dcbve^-vous  tousjours  Doibve:^  tous  jours 

à  quelqu'un?  —  à  quelqumt  (ll\,  "j -S) 

peine  en  ce  monde  —  poine  ce  monde  (IV,  42) 

acte  vexation  —  acre  vexation  (IV,  1 00) 

la  momie  du  paillard  —  la  momie  de  mon  paillard 

.  .  .  corps  . .  .  corps  (V,  5  6) 

conspirent  —  conspirèrent  (Ylll,  32) 


NOTRE   TEXTE  CV 

Merveille  pour  Mervilk  (VIII,  73) 

mère,  famille  —  nierefamiles  (IX,  62) 

vente  figuré  —  vente  figure  (XII,  44) 

L'Isle  de  Candie  —  Dicte  de  Candie  (XII,  52) 

mais  un  Argus  —  un  niais  Argus  (XII,  60) 

Aesope  —  Asope  (XII,  62) 

retient  —  relirent  (XIII,  92) 

est  à  longtemps  expirée  —  est,  longtemps  a,  expirée  (XIII,  123-124) 

duvet  —  dnmet  (yi\\\,  130) 

Vous  ...voule:{  inférer  —  Vous  ...voule^  inférer  que  les  songes  des 
que  les  coquu:;^  coqu:{  (XIII,  155) 

Il  serait  vain  de  prolonger  la  liste  de  ces  bévues.  Elles  reposent  toutes  sur 
une  mauvaise  lecture  de  A;  c'est  particulièrement  évident  à  la  ligne  60  du  cha- 
pitre XII  :  A  portait  un  mais  Argus,  faute  bien  facile  à  corriger,  mais  les  édi- 
tions postérieures  l'ont  conservée  en  l'aggravant  ;  leur  leçon  mais  un  Argus, 
qui  rétablit  un  ordre  des  mots  logique,  produit  un  non-sens.  F  donne  la  bonne 
leçon,  niais.  De  même,  au  ch.  XL,  1.  45  :  A  donne  motam,  que  L  a  lu  mortam; 
E  corrige  en  mortem  ;  F  rétablit  motam. 

Rabelais  a-t-il  eu  part  à  la  publication  de  textes  aussi  médiocres  .'*  Certai- 
nement non.  Toutefois,  les  termes  du  privilège  qu'il  obtint  le  6  août  1550 
et  qui  accusent  les  imprimeurs  d'avoir  «  corrompu,  dépravé  et  perverti  en  plu- 
sieurs endroits  »  ses  livres  '  ne  sauraient  s'appliquer  à  de  telles  fautes.  Il  est 
clair  que  les  défenses  notifiées  dans  le  privilège  de  1545  de  faire  paraître  le 
Tiers  livre  autrement  que  revu  sur  les  «  propres  et  vraies  copies  »  de  l'auteur 
ne  sont  pas  motivées  par  des  erreurs  de  ce  genre.  L'édition  de  Claude  La 
Ville  (1547)  porte  bien  qu'elle  a  été  nouvellement  revue;  il  n'en  est  rien,  et 
la  seule  modification  qu'elle  apporte  est  le  dixain  suivant  : 

Jean  Faure  au  lecteur 

Ja  n'est  besoing  (amy  lecteur)  t'escrire 
Par  le  menu  le  prouffit  et  plaisir 
Que  recevras  si  ce  livre  veux  lire 
Et  d'iceluy  le  sens  prendre  as  désir  : 
Vueiile  donc  prendre  à  le  lire  loisir, 
Et  que  ce  soit  avec  intelligence  : 
Si  tu  le  fay,  propos  de  grand'plaisance 

I .   Voir  plus  bas,  p.  3. 


CVr  INTRODUCTION 

Tu  y  verras,  et  moult  prouffiteras, 
Et  si  tiendras  en  grand'resjouyssance 
Le  tien  esprit,  et  ton  temps  passeras. 

Deuxième  rédaction  (52  chapitres). 

Le  titre  de  l'édition  de  M.  Fezendat  1552  (F),  indique  que  le  texte  en  a  été 
«  revu  et  corrigé  »  par  Rabelais.  Il  aurait  pu  porter  en  outre  «  augmenté  », 
car  l'auteur  a  modifié  son  livre  en  une  centaine  d'endroits  et,  le  plus  souvent, 
pour  le  développer. 

Ces  modifications  apportées  à  la  rédaction  primitive  se  classent  en  plusieurs 
catégories  : 

corrections  à  la  forme  des  mots  ou  à  la  syntaxe  ', 

changements  de  termes  ou  de  noms  propres  % 

changements  au  texte ', 

suppléments  ;  ceux-ci,  qui  forment  la  catégorie  de  beaucoup  la  plus  nom- 
breuse, peuvent  se  répartir  en  plusieurs  groupes,  selon  qu'ils  servent  à  étoffer 
le  texte +,  à  en  préciser  le  sens  5,  à  introduire  de  nouveaux  exemples '',  de  nou- 
velles références".  Rabelais,  relisant  son  œuvre,  cède  au  goût  de  l'abondance 
verbale  qui  lui  était  naturel  et  dont  les  livres  précédents  ont  déjà  fourni  mainte 
preuve.  Il  ne  retranche  en  tout  que  deux  mots  (X,  6). 

L'impression  est  bonne  ;  elle  contient  cependant  quelques  fautes  ^,  que  repro- 
duira l'édition  de  J.  Chabin  (Gj.  Celle-ci  correspond,  pour  la  deuxième  rédac- 
tion, à  ce  qu'étaient  les  éditions  B-E  pour  la  première  :  elle  leur  ressemble  par 

1 .  Prol.,  1.  136  ;  XII,  107  ;  XIII,  155  ;  XVI,  9,26  ;  XVII,  65  ;  XVIII,  29  ;  XIX,  84,  85-86, 
96,  99;  XXII,  10  ;  XXIII,  64;  XXIV,  80;  XXV,  150;  XXXI,  27,  108  ;  XXXVI,  13  ;  XLIV, 
59;  XLIX,8. 

2.  Prol.,  1.  120;  XII.  59;  XXXIII,  76  ;  XXXV,  51,  51  ;  XLVIII,  115  ;  LI,  108. 

3.  XVII,  1.  3  ;  XIX,  68-69,  81  ;  XXIII,  7  ;  XXV,  126  ;  XXXIV,  15  ;  XLIV,  36;  XLVIII, 
43-44;  LI,  29-30. 

4.  Prol.,  1.  4,  15,  54-136,  230,  249-250  ;  XI,  46-48  ;  XV,  10-39;  ^ï^>  ^^  5  X^'  24-25  ; 
XXV,  42,  75-106;  XXVI,  16  et  ss.  ;  XXVIII,  22-25;  XXXIV,  59,62;  XXXV,  11  ;  XXXVI, 
12-27,  50-51;  XXXVIII,  15-28,  69-70;  XL,  39, 53  ;  XLVIII,  10  ;  XLIX,  55-62. 

5.  Prol.,  I.  114;  IV,  23-24,  35-36  ;Xin,  23-25;  XVII,  57-62;  XXII,  9  ;  XXV,  71;  XXXI, 
129-130;  XLVI,  39  ;  XLVn,  45. 

6.  Prol.,  1  165-166;  XII,  66-67;  XIII,  130-132  ;  XVII,  10-12  ;  XVIII,  45-46  ;  XIX,  12-13  ; 
XXm,  31  ;  XXIV,  57-60;  XXXVII,  29-35,  78;  L,  26-27;  LL  8-1 1,  21  ;  LU,  63-68. 

7.  111,66-67;  X,  33-45,74-94;  Xm,  II,  25;  XXI,  10;  XXV,  66,  68,  70;  XXX,  9;  XL, 
77-79  ;XLII,  52-33,  58-59;  LU,  57-58. 

8.  Fautes  que  nous  avons  corrigées,  mais  que  l'on  trouvera  dans  les  variantes. 


NOTRE   TEXTE  CVII 

le  format,  par  les  erreurs  qu'elle  ajoute  à  la  copie  qu'elle  prétend  reproduire, 
par  la  transcription  en  caractères  latins  ou  la  suppression  des  citations  grecques. 
Elle  ne  présente  pas  plus  d'intérêt  qu'elles  pour  le  texte. 

D'une  seconde  édition  originale  signalée  par  Brunet. 

Brunet  mentionne  dans  ses  Recherches  une  édition,  antérieure,  dit-il,  à  1552, 
qui  contient  quelques  suppléments  et  dont  le  texte  est  réparti  en  49  chapitres 
au  lieu  de  47  par  une  division  des  ch.  ^o  et  45  '.  Il  ajoute  que  cette  édition, 
que  personne  n'a  vue  après  lui,  a  été  suivie  par  l'édition  collective  sans  adresse 
de  1556  et  les  éditions  hollandaises  du  xvii*'  s.  En  fait  l'édition  de  1556  se  com- 
pose bien  de  49  chapitres,  mais,  s'il  est  exact  qu'elle  suive  l'édition  signalée  par 
Brunet,  celui-ci  a  fait  erreur  :  le  ch.  40  (42  de  la  seconde  rédaction)  est  con- 
forme à  celui  de  la  première  rédaction  ;  le  42^  a  formé  deux  chapitres,  numé- 
rotés 41  et  42  (44  et  45  de  la  seconde  rédaction);  puis  la  numérotation  conti- 
nue, ainsi  décalée  par  rapport  à  celle  de  la  première  rédaction,  jusqu'au 
moment  où  elle  la  rejoint  en  répétant  deux  fois  le  chiffre  45.  Enfin  le  chapitre 
-^6  y  est  divisé  en  deux  et  le  chiffre  47  est  omis  :  les  chapitres  46,  48  et  49 
correspondent  donc  aux  ch.  46  et  47  de  la  première  rédaction,  aux  ch.  49  à  52 
de  la  seconde.  Quant  au  texte  lui-même,  il  est  conforme  à  celui  des  édi- 
tions in-i6  antérieures  à  1552,  erreurs  comprises. 

De  deux  choses  l'une  :  ou  l'édition  de  1556  ne  représente  pas  la  «  seconde 
originale  »  de  Brunet,  ou  cette  dernière  n'a  pas  l'importance  que  Brunet  lui 
attribue.  Dans  le  doute  nous  ne  pouvions  en  faire  état,  non  plus  que  des  édi- 
tions hollandaises  du  xvii^  s.  ;  leur  modèle,  si  modèle  il  y  a,  n'était  original  que 
pour  avoir  ajouté  un  chapitre  à  la  rédaction  primitive,  qu'il  reproduisait  par 
ailleurs  exactement. 


* 
*  * 


Il  résulte  de  ce  qui  précède  que  seules  A  et  F  peuvent  entrer  en  ligne  de 
compte  pour  l'établissement  du  texte.  Nous  reproduisons  F,  édition  définitive 
publiée  par  Rabelais,  ainsi  que  les  variantes  de  A.  Nous  avons  ajouté  celles  de 
E,  comme  exemple  des  déformations  subies  par  la  première  rédaction. 

I .  Recherches  bibliographiques  et  critiques  sur  les  éditions  originales  des  cinq  livres  du  roman  sati- 
rique de  Rabelais,  Paris,  1852,  p.  97. 


CVm  INTRODUCTION' 

Transcription  du  texte. 

On  a  adopté  ici  les  mêmes  règles  que  dans  les  volumes  précédents  pour  la 
transcription  des  /et  les  n,  les  accents  et  cédilles,  la  ponctuation,  les  majuscules. 
A  part  cela  notre  édition  copie  F  aussi  fidèlement  que  possible.  Les  citations,  celles 
du  Code  et  du  Digeste  en  particulier,  ont  conservé  la  forme  que  leur  a  donnée 
Rabelais.  Nous  n'avons  pas  cru  devoir  corriger  en  y.jê'.rràv,  comme  avait  fait 
Mart3--Laveaux,  le  y-ugî-Oa'.  de  la  1.  64  du  ch.  -|  5  :  Rabelais  a  tiré  cet  infinitif  d'un 
y.u5iTT(T>  donné  par  Budé,  et  il  s'est  trompé  :  on  ne  saurait  mettre  ce  lapsus  sur 
le  compte  de  l'imprimeur.  Partout  ailleurs  nous  avons  corrigé  les  coquilles 
évidentes  de  F,  en  rejetant  la  mauvaise  leçon  dans  les  variantes  '. 

I.  Je  remercie  très  cordialement  M.  Pierre  Pradel,  qui  a  bien  voulu  se  charger  de  coUaiionner 
les  différentes  éditions,  ainsi  que  M.  Michel  Le  Grand,  archiviste  aux  Archives  nationales,  qui  l'a 
aidé  dans  cette  besogne  minutieuse.  —  Je  dois  à  l'amabilité  de  M.  Roger  Gaucheron  d'avoir  pu 
consulter  le  seul  exemplaire  connu  de  l'édition  B,  appartenant  à  la  Bibliothèque  J.  de  Rothschild. 

l .   Porcher. 


4" 


TIERS  LIVRE 

DES     FAICTS     ET  DICTS 

j/efoiefues  du  bon  Pantagruel  : 

Compose  par  ^^.Fran, 

i{ahelais  doEîeur 

en  i^edi- 

cine, 

Rcucu,  &  corrigé  par  l'Autheur,  Tus 
la  cenfure  antique. 

L'AVTHEVR     SVSDICT 

Jupplie  les  LeEleurs  heneuales^Joy 

rejeruer  a  rire  aufiixante 

(^  dixhuytiejhi€ 

Liure* 

PARIS. 

De  l'imprimerie  de  Michel  Fe7andac,auinom 
S.  Hilaire,  a  l'hoftel  d- Albre;. 

I  î  S  i. 

Auec  priuilegc  du  Roy. 


\ 


Le  II  tiers  livre  J  des  faicts  et  dicts  \\  Héroïques  du  bon  Pantagruel  : 
Il  Composé  par  M.  Fran.  |1  Rabelais  '  docteur  \\  en  Medi-  \\  cine  \  ||  Reveu, 
&  corrige  par  FAiitheur,  sus  \\  la  censure  antique.  ||  LAntheur  susdict  || 
supplie  les  lecteurs  bénévoles,  soy  ||  reserver  à  rire  au  soixante  ||  et  dixhuy- 
tiesme  ||  LivreK  ||  A  Paris,  ||  de  T imprimerie  de  Michel  Fe:{andat,  au 
mont  II  S.  Hilaire,  à  Thostel  d'Albret.  \\  ij)2.  \\  Avec  privilège  du  Roy. 


Ligne  8. 
duction. 


A,  E  ajoutent  et  Calloïer  '  des  Isles  Hieres  4  —  1.  9  et  suiv.  Voir  l'Intro- 


j.  Rabelais  met  ici  son  nom  pour  la  pre- 
mière fois  sur  son  livre,  ce  qui  s'explique  par 
le  privilège  flatteur  qu'il  avait  obtenu  de 
François  1^^,  le  19  septembre  1545,  «  pour  ses 
livres  et  oeuvres  consequens  des  faictz  heroïc- 
ques  de  Pantagruel,  commençans  au  troisiesme 
volume  ».  Le  ton  général  du  Tiers  livre  et  les 
hautes  questions  qui  s'y  trouvent  traitées  de- 
vaient également  encourager  l'auteur  à  l'a- 
vouer pour  sien.  (C.) 

2.  R.  était  inscrit  comme  docteur  à  la  facul- 
té de  Montpellier  depuis  le  22  mai  1537,  mais 
il  avait  pris  le  titre  de  docteur  en  médecine 
sur  ses  A himimchs  dès  1533.  Cf.  R.  E.  R.,  IV, 
272,396  etVn,  268.  (C.) 

3.  Beau  prêtre,  de  -/.aXô;,  beau,  et  Upsùç, 
prêtre.  Nom  des  moines  dans  tout  l'Orient. 
Cf.  P.  Belon,  Observations  de  plusieurs  siiigu- 
larite\  de  divers  pays  en  Turquie,  1553, 
p.  34  :  «  Il  n'y  a  sinon  une  seule  différence 
de  religieux  par  toute  la  Grèce,  qui  de  nom 
propre  sont  appelez  Caloieres,  et  Calogria 
pour  les  femelles.  Lequel  nom  rendu  en  notre 
langue  représente  ce  que  le  vulgaire  appelle 
un  beau  père.  Toutefois  caloiere  signifie  pro- 
prement   bon    vieillard    et     calogria     bonne 

LE   TIERS   LIVRE. 


vieille.  Pour  lesquelz  le  Mont  Athos  fut  an- 
ciennement dédié  et  eurent  privilège,  qui 
encore  dure  pour  le  jourd'huy,  que  nul  autre 
Grec  ne  Turc  y  puisse  habiter  s'il  n'est  Crt- 
/o/>;v.»  R.E.R.,  IV,  197  et  VIH,  354.  (C.) 

4.  Les  îles  d'Hyères,  dans  la  Méditerranée, 
sur  la  côte  de  Provence  (Var)  sont  au  nombre 
de  trois  :  l'île  du  Levant  ou  des  Titans,  Por- 
querolles  et  Port-Cros.  Au  ch.  l,  R.  les  appel- 
lera :  «  mes  isles  Hieres  anticquement  dictez 
Stœchades.  »  On  ne  peut  faire  que  des  conjec- 
tures sur  la  venue  de  R.  aux  îles  d'Hyères.  Si 
elle  est  réelle,  il  est  aussi  logique  de  la  rappro- 
cher de  la  publication  du  Tiers  livre  (1544- 
1545),  par  exemple,  que  de  la  rapporter  aux 
études  médicales  de  Montpellier  en  1537.  Cf. 
Chronologie,  p.  cxxxvii  (C). 

5.  Parodie  d'une  formule  par  laquelle  les 
écrivains  sollicitaient  l'attention,  voire  la  pa- 
tience de  leurs  lecteurs.  Cf.  Joachim  du  Bellay, 
Deffense  et  Illustration...  «  L'auteur  prye  les 
lecteurs  différer  leur  jugement  jusques  à  la  fin 
du  livre...  »  et  Meigret,  Traité  touchant  le  com- 
mun usage  de  Vcscritutr/rançoise  (1^48),  chap.  l  : 
«  Je  vous  prye  d'avoir  patience  et  de  ne  me 
condamner  point  sans  m'oyr.  »  (P.) 

I 


FRANÇOIS  RABE- 

lais  à  l'esprit  de   la  royne 
de  Navarre  ' 


lO 


Esprit  ahstraict,  ravy,  et  ecstatic  % 
Qui  fréquentant  les  cieiilx,  ton  origine, 
As  délaissé  ton  hoste  et  domestic, 
Ton  corps  concords  \  qui  tant  se  morigine'^ 
A  tes  edicl:^,  en  vie  percgrine  ^ 
Sans  sentement  ^,  et  comme  en  Apathie  ^  : 
Voiddrois  tu  poinct  faire  quelque  sortie 
De  ton  manoir  divin,  perpétuel? 
Et  ça  bas  ^  veoir  une  tierce  partie  ^ 
Des  faicti  joyeux  du  bon  Pantagruel  ? 


Ligne  6.  A  :  Jjouste  —  1.  lo.  E  :  vouldroys  —  1.  13.  A  :  joyeulx 


I.  Les  anciens  éditeurs  de  R.  ont  interprété 
ce  dizain  comme  une  dédicace  aux  mânes  de 
la  reine  de  Navarre.  En  1546,  lorsque  parut  le 
Tiers  livre,  elle  vivait  encore.  Mais  elle  incli- 
nait de  plus  en  plus  au  mysticisme,  comme 
l'attestent  ses  dernières  poésies.  R.  l'invite 
donc  à  abandonner  quelque  temps  les  cieux,  où 
fréquentait  ordinairement  son  esprit  extatique, 
pour  redescendre  sur  la  terre  et  se  divertir  à 
la  lecture  de  son  liyre.  (P.) 

2.  Extatique.  Néologisme.  Ces  trois  épi- 
thètes  caractérisent  à  merveille  l'évolution  reli- 
gieuse de  Marguerite  de  Navarre,  accomplie 
entre  1540  et  1549,  sous  l'influence  des  doc- 
trines platoniciennes  et  qui  l'ont  amenée  au 
plus  pur  mysticisme.  L'amour  divin  lui  a  fait 
délaisser  sans  regret  son  corps  pour  s'élever 
jusqu'à  l'Etre  par  excellence,  dont  la  voix  l'ap- 
pelle. Cf.  Dernières  poésies,  p.  240  : 

Q.ue  si  la  voix  en  moy  eust  fait  demeure 
Tant  seulement  une  minute  d'heure 
Si  doulce  estoit  qu'elle  eust  esté  suyvic 
De  ma  pauvre  ame  estant  d'amour  ravie, 


Car  sans  regret  elle  eust  lessé  mon  corps 
Pour  estre  unye  à  ses  divins  accords.  (C.) 

S.  Harmonieux.  Latinisme:  concors,  m(:m& 


4.  Se  morigène.  Forme  archaïque.  Le  terme 
est  employé  ici  dans  son  sens  étymologique  : 
qui  règle  ses  mœurs.  (P.) 

5.  Étrangère  (lat.  percgrina,  même  sens). 
La  vie  terrestre  n'est  pour  l'âme  chrétienne 
qu'un  pèlerinage  en  terre  étrangère. 

6.  Sentiment.  Forme  archaïque. 

7.  Apathie  ;  néologisme,  du  grec  à^râOsia 
même  sens. 

8.  Ici-bas. 

9.  Marguerite,  qui  dès  cette  époque  songeait 
à  doter  les  lettres  françaises  d'un  décaméron  sur 
le  modèle  de  celui  de  Boccace,  dut  acquiescer 
volontiers  à  l'invitation  de  R.  On  trouve,  en 
effet,  dans  une  de  ses  poésies,  Epistre...  au  roy 
de  Navarre  malade,  t.  III,  p.  237,  une  mention 
de  Pantagruel,  qui  est  vraisemblablement  un 
souvenir  du  ch.  xxxv  du  Tiers  livre.  (P.) 


Privilège  du  Roy 

HEXRY  par  la  grâce  de  Dieu  Roy  de  France,  au  Prévost  de  Paris, 
Bailly  de  Rouen,  Seneschaulx  de  Lyon,  Tholouze,  Bordeaux, 
Daulphiné,  Poictou,  et  à  tous  nos  autres  justiciers  et  officiers,  ou  à 
leurs  lieutenants,  et  à  chascun  d'eulx  sicomme  à  luy  appartiendra, 
salut  et  dilection.  De  la  partie  de  nostre  cher  et  bien  aymé  M.  Fran- 
çois Rabelais  docteur  en  medicine,  nous  a  esté  exposé  que  icelluy 
suppliant  ayant  par  cy  devant  baillé  à  imprimer  plusieurs  livres  :  en 
Grec,  Latin,  François,  et  Thuscan,  mesmement  certains  volumes  des 
faicts  et  dicts  Héroïques  de  Pantagruel,  non  moins  utiles  que  délec- 
tables :  les  Imprimeurs  auroient  iceulx  livres  corrompuz,  dépravez, 
et  pervertiz  en  plusieurs  endroictz.  Auroient  d'avantaige  imprimez 
plusieurs  autres  livres  scandaleux,  ou  nom  dudict  suppliant,  à  son 
grand  desplaisir,  préjudice,  et  ignominie  par  luy  totalement  desad- 
vouez  comme  faulx  et  supposez  :  lesquelz  il  desireroit  soubs  nostre 
bon  plaisir  et  volonté  supprimer.  Ensemble  les  autres  siens  advouez, 
mais  dépravez  et  desguisez,  comme  dict  est,  reveoir  et  corriger  et 
de  nouveau  reimprimer.  Pareillement  mettre  en  lumière  et  vente  la 
suitte  des  faicts  et  dicts  Héroïques  de  Pantagruel.  Nous  humblement 
requérant  sur  ce,  luy  octroyer  nos  letres  à  ce  nécessaires  et  conve- 
nables. Pour  ce  est  il  que  nous  enclinans  libéralement  à  la  supplica 
tion  et  requeste  dudict  M.  François  Rabelais  exposant,  et  desirans  le 
bien  et  favorablement  traicter  en  cest  endroit.  A  icelluy  pour  ces 
causes  et  autres  bonnes  considérations  à  ce  nous  mouvans,  avons 
permis  accordé  et  octroyé.  Et  de  nostre  certaine  science  pleine  puis- 
sance et  auctorité  Royal,  permettons  accordons  et  octroyons  par  ces 
présentes,  qu'il  puisse  et  luy  soit  loisible  par  telz  imprimeurs  qu'il 
advisera  faire  imprimer,  et  de  nouveau  mettre  et  exposer  en  vente  tous 
et  chascuns  lesdicts  livres  et  suitte  de  Pantagruel  par  luy  composez 
et  entreprins,  tant  ceulx  qui  ont  ja  esté  imprimez,  qui  seront  pour 
cest  effect  par  luy  reveuz  et  corrigez.  Que  aussi  ceulx  qu'il  délibère  de 


4  LE   TIERS    LIVRE 

nouvel  mettre  en  lumière.  Pareillement  supprimer  ceulx  qui  faul- 
cement  luy  sont  attribuez.  Et  affin  qu'il  ayt  moyen  de  supporter  les 
fraiz  nécessaires  à  l'ouverture  de  ladicte  impression  :  avons  par  ces 
présentes  tresexpressement  inhibé  et  deffendu,  inhibons  et  deffendons 
à  tous  autres  libraires  et  imprimeurs  de  cestuy  nostre  Royaulme,  et 
autres  nos  terres  et  seigneuries,  qu'ilz  n'ayent  à  imprimer  ne  faire 
imprimer  mettre  et  exposer  en  vente  aucuns  des  dessusdicts  livres, 
tant  vieux  que  nouveaux  durant  le  temps  et  terme  de  dix  ans  ensui- 
vans  et  consecutifz,  commençans  au  jour  et  dacte  de  l'impression 
desdicts  livres  sans  le  vouloir  et  consentement  dudict  exposant,  et 
ce  sur  peine  de  confiscation  des  livres  qui  se  trouverront  avoir  esté 
imprimez  au  préjudice  de  ceste  nostre  présente  permission  et 
d'amende  arbitraire. 

Si  voulons  et  vous  mandons  et  à  chascun  de  vous  endroict  soy  et 
sicomme  à  luy  appartiendra,  que  nos  presens  congé  licence  et  per- 
mission, inhibitions  et  deffenses,  vous  entretenez  gardez  et  observez. 
Et  si  aucuns  estoient  trouvez  y  avoir  contrevenu,  procédez  et  faictes 
procéder  à  l'encontre  d'eulx,  par  les  peines  susdictes  et  autrement. 
Et  du  contenu  cy  dessus  faictes,  ledict  suppliant  jouyr  et  user  plaine- 
ment  et  paisiblement  durant  ledict  temps  à  commencer  et  tout  ainsi 
que  dessus  est  dict.  Cessans  et  faisans  cesser  tous  troubles  et 
empeschemens  au  contraire  :  car  tel  est  nostre  plaisir.  Nonobstant 
quelconques  ordonnances,  restrinctions,  mandemens,  ou  deffenses  à 
ce  contraires.  Et  pource  que  de  ces  présentes  l'on  pourra  avoir  à 
faire  en  plusieurs  et  divers  lieux,  Nous  voulons  que  au  vidimus 
d'icelles,  faict  soubs  seel  Royal,  foy  soit  adjoustée  comme  à  ce  présent 
original.  Donné  à  sainct   Germain   en   laye  le  sixiesme  jour 

d'Aoust,  L'an  de  grâce  mil  cinq  cens  cinquante.  Et  de  nostre  règne  le 
quatreiesme. 

Par  le  Roy,  le  cardinal  de  Chastillon  pr^esent. 
Signé  Du  Thier. 


PROLOGUE  DE  L'AUTHEUR, 

M.  François  Rabelais,  pour  le  tiers  livre 
des  faicts  et  dicts  Héroïques  du  bon  Pantagruel. 

Bonnes  gens,  Beuvenrs  tresillustres,  et  vous  Goutteux  '  tresprecieux,  veiste^ 
5  vous  oncques  Diogenes,  le  philosophe  cynic?  Si  F  avez  veu,  vous  n'avie^  perdu 
la  veue  %  ou  je  suis  vrayement  forissu  '  d'intelligeiice  et  de  sens  logical.  Cest 
belle  chose  veoir  la  clairté  du  (vin  et  escu:^  ■*)  Soleil.  J'en  demande  '  à  Y  aveugle 
né,  tant  renommé  par  les  tressacrés  bibles  ^,  lequel  ayant  option  de  requérir 
tout  ce  qu'il  vouldroit,  par  le  commandement  de  celluy  qui  est  tout  puissant 
ï°  et  le  dire  duquel  est  en  un  moment  par  effect  représenté,  rien  plus  ne  demanda 
que  veoir. 

Vous  item  neste^i  jeunes,  qui  est  qualité  compétente  pour  en  vin,  non  en  vain, 
ains  plus  que  physicalement  philosopher  "'  et  désormais  estre  du  conseil  Bac- 
chicque,  pour  en  lopinant  ^  opiner  des  substance,  couleur,  odeur,  excellence. 

Lignes  1-3.  A  :  Prologue  du  tiers  livre;  E  :  Prologue —  L  4.  A,  E  :  Bonnes  gens  manque  — 
A  :  tresprecieulx  —  E  :  visles  —  L  5.  E  :  vous  nave\  —  L  6.  E  :  foryssu  —  L  8, 
E  :  tressacrées  —  I.  9.  A  :  commendement  —  E  :  celuy  —  L  1 3.  E  :  plus  manque  —  ^  :  et 
manque  —  L    14.  E  :  coleur. 

1 .  Goutteux  est  sans  doute  pris  ici  au  sens  est  plaisante  :  le  vin  étincelant  dans  le  verre  et 
actuel.  Sur  l'évolution  du  sens  du  mot  voiitte       l'éclat  de  l'or  dans  les  m«  (P.) 

en  nosologie,  voir  A.  Delpeuch,  Histoire  des  5.  J'en  appelle.  Locution  familière,  peut-être 

Maladies.  La  goutte  et  le  rhumatisme,    Paris,  tirée  des  jeux  de  cartes. 

1900,  in-80,  ch.  XIV,  p.  348-365.  (D.)  6.  La  guérison  de  l'aveugle-né  par  Jésus- 

2.  Le  ton  de  ce  prologue  à  son  début  est  Christ  est  racontée  dans  Mathieu,  xx,  30-34, 
celui    d'un   boniment,  qui   admet  de  grosses  Marc,  x,  51  et  Luc,  xviii,  35-43.  (P.) 
facéties.  (P.)  7.  Philosopher  de  matières  supérieures  à  la 

3.  Banni.  Archaïsme.  VoirSainéan,  Langue  physique,  c'est-à-dire  traiter  de  métaphysique. 
de  Rabelais,  t.  II,  p.  117.  (P.) 

4.  Jeu  de  mots.  Le  conteur  feint  un  lapsus  8.  Cotgrave  traduit  par  reciner,  c'est-à-dire 
et  au  lieu  du  mot  soleil  qui  est  appelé  par  le  goûter,  probablement  manger  un  lopin  de 
sens,  énonce  d'abord  deux  choses  dont  la  vue  quelque  mets.  (P.) 


6  LE   TIERS    LIVRE 

15  eniinence,  propriété,  faculté,  vertus,  effect  et  dignité  du  benoist  et  désiré  piot  ^ 

Si  veu  ne  Vave:^  (^comme  facilement  je  suis  induict  à  croire),  pour  le  moins 

ave^  vous  oiiy  de  luy  parler.  Car  par  l'aër  et  tout  ce  ciel  est  son  hruyt  et  nom 

jusques  à  présent  resté  mémorable  et  célèbre  asse^,  et  puys  vous  estes  tous  du 

sang  de  Phrygie  extraicti  '°  (ou  je  me  abuse)  et,  si  nave^  tant  d'escu^  comme 

20  avoit  Midas'\  si  ave:;^  vous  de  luy  '"■  je  ne  sçay  quoy,  que  plus  jadis  louoient 
les  Perses  ''  en  tous  leurs  Otacustes  '"*  et  que  plus  soubhaytoit  F  empereur  Anto- 
nin  '%  dont  depuys  feut  la  serpentine  de  Rohan  '^  surnommée  Belles  aureilles. 


Ligne  15.  A,  E  :  propriété,  faculté,  vertus  manque  — 1.  16.  A  :  suys —  E  :  croyre 
—  1,  17.  E  :  air  et  par  tout  ;  —  E  :  son  nom  :  —  1.  18.  E  :  célébré  —  E  :  puis  —  1.  19. 
E  :  m'abuse  —  1.  20.  E  :  louoyent  —  1.  21.  E  :  souloaytoit —  1.  22.  E  :  depuis. 


9.  Vin.  Cf.  L  I,  ch.  v,  n.   115. 

10.  Allusion  à  la  légende,  vulgarisée  par  les 
lUustratious  de  Gaule  et  Singularitei  de  Troyt 
de  Jean  Lemaire  de  Belges,  qui  rattachait  la 
race  française  au  Troyen,  ou  Phrygien,  Fran- 
cus,  hls  d'Hector.  Dans  le  prologue  du  Quart 
livre,  R.  qualifie  Ésope  le  Phrygien  de 
Français.  (P.) 

1 1 .  Les  Français  descendants  des  Phrygiens, 
race  de  Midas,  ont  en  commun  avec  ce  roi  de 
larges  oreilles,  comme  il  convient  à  des  gens 
avides  d'apprendre.  Cf.  Pantagrueline  Prognos- 
ticatiou,  ch.  m  (P.) 

12.  Ovide  a  raconté  longuement.  Métamor- 
phoses, XI,  85-193, la  légende  de  Midas,  roi  de 
Phrvgie,  qui  changeait  en  or  tout  ce  qu'il  tou- 
chait et  qui  fut,  par  la  suite,  affligé  d'une  paire 
d'oreilles  d'âne  par  la  volonté  d'Apollon. 
Erasme  avait  résumé  cette  fable  aux  Adages 
Midae  Jivitiae  (I,  6,  24)  et  Midas  auriculas 
fl5m/(I,  3,67.)(P.) 

13.  Au  témoignage  de  Plutarque,  De  la  Cti- 
riosité,  p.  169  :  «  Or  le  premier  qui  eut  rière  soy 
de  telles  mouches  que  l'on  appelle  Otacoustes, 
comme  qui  diroit  les  oreilles  du  prince,  fut  le 
jeune  Darius  qui  ne  se  fioit  pas  à  soy-mesme 
et  avoit  tout  le  monde  suspect.  »  (P.) 

14.  Espions,  du  grec  m-xv.o-jq-.t^z,  écouteur. 
Ce  mot  se  trouve  cité  dans  l'adage  d'Erasme 


Midas  auriculas  asini.  R.  pouvait  le  rencontrer 
encore  dans  le  De  Asse  de  Budé,  1.  V  :  «  Hic 
[Midas]  auribus  asininis,  non  aureis  insignibus 
innotuit.  Ex  eo  enim  in  proverbium  venit, 
quod  multos  Otacusias,  id  est  auricularios  et 
emissarios  haberet,  rumorum  captatores  et 
sermonum  delatores,  cujusmodi  habere  soient 
Principes  mali,  qui  stimulante  conscientia  se- 
curi  esse  nequeunt.  »  (P.) 

15.  Antonin  Caracalla  entretenait  une  nom- 
breuse police  secrète,  au  dire  de  Dion  Cassius, 
77,  17,  I.  R.  le  mentionne  de  nouveau,  1.  IV, 
ch.  LV  :  «  A  l'exemple  de  Antonin  l'empereur, 
aucuns  opposions  nos  mains  en  paulme  der- 
rière les  oreilles.  »  (P.) 

16.  R.  fait  allusion  à  une  légende  dont  la 
trace  n'est  pas  venue  jusqu'à  nous.  Il  ne  serait 
pas  étonnant  cependant  que  les  Rohan  aient 
songé,  comme  les  Lusignan,  à  se  donner  une 
origine  fabuleuse.  D'après  Jehan  d'Arras,  Mélu- 
sine  et  Raymondin  eurent  un  fils  Urian  ou 
Vrian,  dont  les  oreilles  étaient  grandes  comme 
les  «  manilles  d'un  van  ».  Peut-être  faut-il  voir 
dans  ce  passage,  qui  figure  au  même  chapitre 
que  le  voyage  en  Bretagne,  l'origine  de  la  plai- 
santerie rabelaisienne.  Mélusine  a  laissé  d'ail- 
leurs dans  la  région,  plusieurs  traces  de  sa  lé- 
gende, à  Nantes,  au  château  de  Boisroux,  au 
château  de  Fougères,  à  Sarzeau,  etc.  (C.) 


PROLOGUE  DE    L AUTHEUR  y 

Si  n'en  ave:{  oiiy  parler,  de  liiy  vous  veidx  présentement  une  histoire  narrer 
pour  entrer  en  vin  Çbeuvei  doncques}  et  propous  (escoiite:^  doncques),  vous 

25  advertissant  Çaffin  que  ne  soie:^  en  simplesse  pippe^  comme  gens  mescreans'"'^ 
qu'en  son  temps  il  fetit  philosophe  rare  et  joyeux  entre  mille.  S'il  avoit 
quelques  imperfections,  aussi  avez^  vous,  aussi  avons  nous.  Rien  n'est,  sinon 
Dieu,  perfaict.  Si  est  ce  que  Alexandre  le  grand  '^  quoy  quil  eust  Aristoteles 
pour  précepteur  et  domestic,  Tavoit  en  telle  estimation,  qu'il  souhhaytoit,  en 

30  cas  que  Alexandre  nef  eust,  estre  Diogenes  Sinopien  '^ 

Quand  Philippe,  royde  Macedonie,  entreprint  assiéger  et  ruiner  Corinthe  '°, 
les  Corinthiens,  par  leurs  espions  adverti:^^  que  contre  eidx  il  venoit  en  arand 
arroy  et  exercite  numereux,  tous  feurent  non  à  tort  espovente^,  et  ne  feurent 
negligens  soy  soigneusement  mettre  chascun  en  office  et  dehvoir  pour  à  son 

5  5  hostile  venue  résister  et  leur  ville  défendre.  Les  uns  des  champs  es  forteresses 
retiraient  meubles,  hestail,  grains,  vins,fruict~,  victuailles  et  munitions  néces- 
saires^'. 


Ligne  23.  E  :  hystoire  —  1.  24.  E  :  propos  —  1.  25.  E  :  soyei  —  l.  26.  E:  fit—  E  : 
joieux  —  1.  28.  E  :  parfaid  —  1.  29.  E  :  précepteur  —  E  :  souhaitait  —  I.  30.  E  :  fust  — 

1.  31.  E  :  Macédoine  —  1.  32.  E  :  advertis  —  1.  33.  E  -.furent. 

17.  Lesmécréants,  dansl'opinion  des  simples,  cace  de  ses  Annotations  aux  Pandectes.  Il  semble 
sont  des  gens  abusés  par  des  imposteurs.  (P.)  s'en  être  inspiré.  D'autre  part,  son  imagination 

18.  Trait  vraisemblablement  emprunté  par  a  donné  aux  circonstances  de  l'anecdote  un 
R.âux  Apophtegmes  d'Èvâsme,  m  Diogenes,  26:  développement  prodigieux.  Voir  Plattard, 
«  Indignantibus  amicis  quod  Alexander  illi  cani  L'œuvrs  de  R.,  p.  294. 

tantum  habuisset  honoris:  Immo,   inquit,  ni  21.  Il  y  a,  dans  ce  tableau,  des  souvenirs  de 

Alexander  essem,  Diogenes  esse  vellem.  »  Cf.  R.  la  mise  en  état  de  défense  de  Paris   contre  les 

E.  R.,  VI,  226.  (P.)  Impériaux,    sous  la   direction  du  cardinal   du 

19.  De  Sinope,  sur  la  Mer  Noire,  en  Anato-  Bellay  (fin  de  juillet  1536).  R.  était  aux  côtés 
lie.  C'était  la  ville  natale  de  Diogène.  Cf.  Plu-  de  son  protecteur,  qui  en  huit  jours  fit  fortifier 
tarque,  Alexandre,  ch.  14;  Diogène  Laërce,  III,  et  ravitailler  la  ville  pour  un  an.  Cf.  R.E.R., 
38  ;  Juvénal,  XIV,  311.  (P.)  VII,  265.  C'est  sans  doute  à  cette  alarme  que 

20.  L'anecdote  de  Diogène  au  siège  de  Co-  du  Fail  fait  allusion,  dans  un  passage  où  il 
rinthe  est  racontée  par  Lucien  dans  l'introduc-  s'inspire  du  prologue  de  R.  «  C'estoit  une... 
tion  de  son  traité  Sur  la  manière  d'écrire  Vins-  tragédie  pire  que  celle  de  Sirap  [Paris]  quand 
toire.  R.  Ta-t-il  traduite  directement  de  Lucien?  l'oyseau  a  la  grand'  coronne  s'apparut  devant 
Il  en  connaissait  certainement  une  traduction  entre  les  deux  colonnes  herculiennes  (armes 
latine,  celle  de  Guillaume  Budé  dans  la  dédi-  de  Charles-Quint).  ->  (C.) 


LE   TIERS   LIVRE 


Les  autres  '*  remparoient  murailles, 

dressaient  bastions, 
40       esquarroienf'  ravelins"^*, 

cavoient^'fosse:^, 

escuroient  contremines  '^, 

gabionnoient  défenses, 

ordonnoient  plates  formes  -^ 
45       vuidoient  chasmates  ^^ 

rembarroient  ^^  fauhes  brayes  '°, 

érigeaient  cavalliers'\ 

ressapoicnt  contrescarpes  '% 

enduisoient  ''  courtines  '•*, 
5  o       produ  isoient  moyneaux  '  ' , 


Ligne  39.  E  :  bastilloiis  —  1.  43.  E  :  gahinoient  —  1.  45.  E  :  vuydoient. 


22.  Dans  rétonnante  k\Tielle  de  termes  mi- 
litaires qui  va  servir  à  R.  à  dépeindre  l'agita- 
tion des  Corinthiens,  les  emprunts  à  l'antiqui- 
té sont  en  minorité.  Les  termes  du  xvie  siècle 
dominent,  avec  quelques  appellations  désuètes 
du  moven  âge.  Remarquons  toutefois  que  R. 
ne  pousse  pas  l'anachronisme  jusqu'à  faire  entrer 
dans  son  énumération  les  bouches  à  feu  du 
1.  I,  ch.  XXVI.  (C.) 

25.  Tailler  à  angle  droit.  Variante  phoné- 
tique de  éqiiarrir. 

2^.  Ravelin  ou  revelin,  demi-lune,  de  l'ita- 
lien rivellino,  même  sens. 

25.  Creuser.  Terme  dialectal  encore  en  usage 
dans  certaines  provinces  (Champagne).    (P.) 

26.  Galeries  souterraines  préparées  à  l'avance 
autour  de  la  place  assiégée  pour  s'opposer,  en 
les  éventant,  aux  mines  de  l'ennemi. 

27.  Élévation  de  terre  ou  de  madriers  éta- 
blie sur  les  remparts  pour  dominer  de  plus  haut 
les  assaillants.  (C.) 

28.  Fossés.  C'est  la  transcription  du  grec 
yâaaaTa,  et  non  l'équivalent  de  l'italien  casa- 
matta  (casemate).  R.  E.  R.,  IV,  408.  (C.) 


29.  Garnir  de  nouvelles  barres. 

30.  Chemins  extérieurs  crénelés,  dressés  de- 
vant les  courtines,  au  niveau  de  la  contrescarpe 
du  fossé,  pour  battre  les  glacis  et  les  fossés. 

(C.) 

3 1 .  Plate-forme  élevée,  faite  de  terre  ou  de 
madriers  ;  néologisme  venant  de  l'italien  cava- 
lière, même  sens. 

32.  Talus  extérieur  du  fossé  ;  néologisme, 
de  l'italien  contrascarpa,  même  sens. 

3  3 .  Couvrir  d'un  enduit,  crépir. 

34.  Muraille  de  défense  portant  créne 
lage  et  chemins  de  ronde  et  réunissant 
deux  tours.  Au  xvi^  siècle,  les  courtines  étaient 
terrassées  du  côté  de  l'intérieur  pour  résister 
aux  batteries  de  l'assaillant  et  pour  placer  l'ar- 
tillerie au  niveau  des  chemins  de  ronde. 

(C.) 

35.  Sorte  de  guérite  que  l'on  plaçait  au  de- 
vant de  la  courtine  pour  la  défense  du  pied 
de  la  muraille.  L'italien  par  une  métaphore 
analogue  désignait  cet  ouvrage  de  fortification 
du    nom    de    monachi.   Voir    Sainéan,    t.     I, 


PROLOGUE    DE   L AUTHEUR 


taluoient  parapetes  '^, 
enclavoient  "  harhacanes^^, 
asser oient  mâchicoulis  '', 

renoiioient  herses ^°  Sarraiinesqiies  et  Cataractes'^', 
55       assoy oient  sentinelles, 
forissoient '''■  patrouilles. 
Chasciin  estoit  au  guet,  chascun  portoit  la  hotte. 

Les  uns  polissaient  corselet:^^\  vernissaient  alecret^^\  nettoiaient  bardes' 
chanfrains^^ ,  auhergeons^\  briguandines*\  salades^\  havieres^°,  cappelines 


Ligne  53.  E  :  machkolis  —  1.  54.  A,  E  : Sarraiinesques  manque  — I.  55.  E  :  asseoient 
—  1.  56.  E  :  fiortssoient  —  1.  58.  E  :  allecreti,  nettoyaient  —  1.  59.  E  :  chanfrain,  auher- 
geon —  A,  E  :  bavieres...  guisarmes  manque. 

36.  Parapet.  Ce  terme,  alors  nécessaire  dans 


la  langue,  est  ainsi  expliqué  par  Claude  Fauchet  : 
«  Ces  créneaux,  unis  et  non  entrecoupez,  de- 
puis peu  de  temps  ont  esté  nommez  Parapet^, 
d'un  nouvel  emprunt  des  Italiens,  pour  ce 
qu'ils  couvrent  et  parent  aux  coups  de  la  poi- 
trine qu'ils  appellent  petto.  »  Voir  Sainéan,  t.  I, 
p.  82. 

37.  Terme  de  construction.  Encastrer  une 
pierre  dans  d'autres  qui  sont  déjà  fixées  (Littré). 

38.  Meurtrières  protégées  par  un  auvent  et, 
par  extension,  ouvrages  avancés,  garnis  de  meur- 
trières et  destinés  à  défendre  l'entrée  d'un  pont 
ou  d'une  ville.  Le  terme  est  ici  employé  dans 
le  premier  sens.  (C.) 

39.  Trous  carrés  ou  larges  rainures  prati- 
qués horizontalement  le  long  d'un  chemin  de 
ronde  ou  d'une  courtine  et  permettant  d'en 
défendre  le  pied  en  laissant  tomber  des  pierres, 
des  pièces  de  bois  ou  des  matières  brûlantes. 

(C.) 

40.  Grilles  qui  fermaient  à  volonté  les  portes 
d'accès  des  places  fortes  du  moyen  âge,  et 
qu'on  manœuvrait  en  les  élevant  dans  l'épais- 
seur de  la  voûte.  C'est  la  cataracte  des  anciens. 

(C.) 

41.  Cataractes,  herse  de  porte  de  ville.  Néo- 
logisme ;  du  grec  xaTapâxxr];,  même  sens. 

42.  Archaïsme  :  faisaient  sortir. 

43.  Corps  de  cuirasse  légère,  comme  le  hal- 

LE  TIERS   LIVRE 


lecret,  mais  sans  manches  ni  tassettes.  Le  cor- 
selet s'ouvrait  en  deux  battants,  que  fermaient 
des  boutons  sur  la  ligne  médiane  du  thorax. 
A  la  diftérence  de  la  brigantine,  il  se  composait 
de  pièces  rigides.  C'était  l'arme  défensive  des 
piquiers  jusque  vers  la  fin  du  xvie  siècle,  où 
on  le  vit  tomber  en  désuétude.  (C.) 

44.  Cuirasse  légère.  Cf.  1.  I,  ch.  ix,  n.  41. 

45.  Armure  du  cheval  de  guerre.  Les  bardes 
de  mailles  du  xiiF  siècle  avaient  fait  place,  au 
xye  siècle,  par  des  transformations  successives, 
à  une  véritable  carapace  d'acier,  composée 
du  chanfrein,  des  bardes  de  crinière  et  de 
poitrail,  des  flançois  et  de  la  barde  de  croupe 
ou  culière.  Les  plattners  allemands  en  faisaient 
des  modèles  d'une  grande  richesse.  (C.) 

46.  Défense  de  tête  du  cheval  primitivement 
en  cuir,  puis  en  acier,  usitée  depuis  le  xiii" 
siècle,  et  devenue  au  xv^  et  au  xvi^  siècles  une 
véritable  pièce  d'orfèvreiie  ou  de  ciselure.  Cf. 
le  chanfrein  de  l'armure  de  Philippe  II,  autre- 
fois au  musée  d'artillerie.  Cf.  1.  II,  ch.  xxvii. 
Lis.  (C.) 

47.  Plus  court  que  le  haubert,  le  haubergeon 
resta  en  usage,  avec  ou  sans  manches,  jusqu'à 
la  fin  du  xvie  siècle,  surtout  parmi  les  estra- 
diots.  Cf.  1.  I,  ch.  XI,  n.  48.  (C.) 

48.  Pourpoint  armé,  formé  de  petites  lames 
d'acier  imbriquées  et  rivées,  avec  une  doublure 
de  peau  ou  d'étofii'e  et  garni  extérieurement  de 


10 


LE   TIERS    LIVRE 


60  gmsarmes^',armet^'^\  mourions^\  mailles^ ^jazerans^^,  brassai:,  '',  iassettes^^, 
gousset:^^^,  guorgen:^^°,hoguines^\plastrons^\  lamines^\  aiihers^*,pavoys^'\ 
boucliers ^^,  caliges^',  grèves ^^,  soleret^^'^,  esprons. 


Ligne  60.  A,  E  :  morrions —  A,  E  :  jaierans...  tassettes  manque  —  1.  éi.  E 
gerii  —  E  :  aulbers  —  1.  62.  E   :  espérons. 


velours  traversé  par  les  têtes  des  rivets.  En 
usage  pendant  tout  le  xve  siècle,  la  hrigandiiie 
commençait  à  être  délaissée  en  1 557.  Cf.  Four- 
quevaux,  Discipline  militaire,  fol.  24  :  «  Les 
harquebusiers,  archers  et  arbalestriers...  en 
défaut  de  chemises  de  maille,  ils  auront  des 
pourpoints  d'escaille  et  de  bonnes  brigantines, 
jaçoit  que  cecy  sente  un  peu  son  temps  jadis.  » 
(Gay,  Ghss.)  (C.) 

49.  C'est  le  terme  générique  des  armures 
de  tête,  ouvertes  ou  fermées.  Au  xvi^  siècle, 
il  désigne  spécialement  le  casque  complètement 
clos,  l'armet.  La  salade  était  portée  aussi  bien 
par  les  gens  de  pied  que  par  les  cavaliers.  (C.) 

50.  Pièce  d'armure  destinée  à  protéger  le 
menton  et  la  bouche  jusqu'au  nez.  Elle  était 
indépendante  du  casque  et  se  fixait  sur  le  plas- 
tron de  la  cuirasse.  Son  usage,  qui  com- 
mença au  milieu  du  xive,  cessa  au  début  du 
xvie  siècle,  quand  l'armet  se  fut  généralisé.  (C.) 

5 1 .  Chapeau  de  fer,  à  forme  hémisphérique 
et  à  bords  droits  ou  déclives,  porté  par  les  gens 
de  pied  au  moyen  âge.  (C.) 

52.  Arme  d'hast  à  longue  hampe  usitée  du 
xiie  au  XYiie  siècle,  et  dont  la  forme  semble 
avoir  été  très  variable.  Au  xvie  siècle,  c'était 
une  arme  à  taillant  concave,  terminée  par  un 
dard  dans  le  prolongement  du  manche  et  pos- 
sédant un  ou  plusieurs  crochets.  Les  francs 
archers  étaient  armés  de  la  guisaniie.  Cf.  ran- 
çon, n.  81.  (C.) 

53.  La  plus  légère  et  la  plus  parfaite  des 
armures  de  tête.  Malgré  la  définition  de  Pas- 
quier,  viii,  662  :  «  ce  que  nos  anciens  appe- 
lèrent heaume,  on  l'appela  sous  François  1er 
armet,  »  le  mot  et  l'arme  remontent  au  début 
du  xve  siècle.  L'armet  se  composait  d'un  timbre 
rond  qui  emboîtait  le  crâne,  et  de  deux  valves 


ouvrantes,  modelées  sur  la  forme  de  la  nuque, 
du  cou  et  du  menton.  La  face  était  abritée 
par  une  visière  mobile  en  forme  de  bec  de 
moineau.  (C.) 

54.  Morions  ;  terme  venu  de  l'espagnol  mo- 
rione,  même  sens,  par  Fintermédiaire  de  l'ita- 
lien. Casque  des  arquebusiers,  au  timbre  élevé  et 
comprimé  sur  les  côtés,  avec  crête  très  haute. 
Il  apparaît  en  France  vers  le  milieu  du  xvi^ 
siècle,  un  peu  plus  tôt  en  Italie.  Voir  Sainéan, 
t.Lp-85. 

55.  Terme  générique  embrassant  tous  les 
vêtements  de  mailles,  tels  que  hauberts,  hau- 
bergeons,  etc.  (C.) 

56.  Chemises  de  mailles,  primitivement  im- 
portées d'Alger  ou  fabriquées  à  la  mode  algé- 
rienne. Cf.  Raoul  de  Coucy,  xii^  siècle,  145 
(Littré)  : 

Gentix  hom  sire,  je  te  pri  et  comant 
Que  li  estez  son  \\2M\)tr  ja:^eiaut. 
(C.) 

57.  Défense  des  bras  dans  l'armure  de  plate 
du  xvie  siècle.  Le  brassard  comprenait  trois 
pièces,  le  canon  d'avant  et  le  canon  d'arrière- 
bras,  articulés  avec  la  cubitière  protégeant  le 
coude.  (C.) 

58.  Pièces  de  l'armure  de  plate  qui  proté- 
geaient le  devant  des  cuisses.  Elles  se  compo- 
saient de  plusieurs  lames  imbriquées  qui  se  rat- 
tachaient à  la  braconnière  et  épousaient  la 
courbure  de  la  cuisse.  (C.) 

59.  Pièce  de  l'armore  de  plate  qui  se  pla- 
çait sous  les  aisselles.Cf.  l.I,ch.xxvii,n.7.(C.) 

60.  Gorgerin.  Voir  1.  II,  ch.  xxvii,  n.  9 

61.  Terme  général,  désignant  le  harnais  de 
bras  ou  de  jambe  dans  l'armure  de  plate  du  xv* 
et  du  xvie  siècles.  (C.) 

62.  Pièce  forgée,  de  grande  dimension,  dé- 


PROLOGUE    DE    LAUTHEUR 


II 


Les  autres  apprestoient  arcs,  fondes '°,  arbalestes,  glands'^',  catapultes ''\ 
phalarices'^\  micraines'\  pot:^,  cercles'^'  et  lances  à  feiP^,  haUstes"^',  scor- 


Ligne  63.  E  :  appresioyent  —  1.  64.   A,  E  :  phalarices  manque 


fendant  la  poitrine  dans  l'armure  de  plate.  Au 
xve  siècle,  elle  se  composait  de  deux  parties  à 
recouvrement  :  le  plastron  proprement  dit, 
couvrant  l'épigastre,  et  la  pansière,  couvrant 
l'hypogastre.  (C.) 

65.  Lames  imbriquées  formant  plastron  et 
permettant  les  mouvements  de  flexion  du  torse 
dans  les  corselets,  halecrets  et  autres  cuirasses 
légères.  (C.) 

64.  La  longue  chemise  de  mailles  du  xiii« 
siècle  s'était  considérablement  raccourcie,  jus- 
qu'à devenir  au  xvi^  siècle  une  simple  jaque 
de  mailles.  Cf.  Nicot  :  «  Haubert.  C'est  propre- 
ment une  cotte  de  maille  à  manches  et  gorge- 
rin...  on  l'appelle  aussi haubergeon  en  diminu- 
tif. »  (C.) 

6).  Grand  bouclier  très  haut  ou  rectangu- 
laire dont  les  arbalétriers  du  xive  et  du  xv* 
siècles  se  servaient  pour  s'abriter  pendant  qu'ils 
bandaient  leur  arme.  Les  valets  qui  portaient 
le  pavois  s'appelaient  pavescheurs.  C'est  l'an- 
cien scutum  des  Romains  et  le  bouclier  gaulois, 
modifié  avec  le  temps.  (C.) 

66.  Le  moyen  âge  a  donné  au  bouclier  les 
noms  de  targe,  écu,  rondelle  ou  rondache.  Au 
xvie  siècle,  on  exécuta  pour  les  armures  d'ap- 
parat, des  boucliers  à  l'antique  qui  sont  de  vé- 
ritables merveilles  d'orfèvrerie.  Mais  ici  R., 
comme  pour  le  terme  suivant,  vise  le  bouclier 
romain.  (C.) 

67.  Chaussure  militaire  des  anciens  Ro- 
mains, faite  d'une  forte  semelle  garnie  de  clous 
pointus,  à  laquelle  était  cousu  un  cuir  découpé 
en  lanières  formant  réseau  autour  du  talon  et 
du  pied.  Elle  était  portée  par  les  soldats  et  les 
officiers  jusqu'au  grade  de  centurion  inclusive- 
ment. (C.) 

68.  Armure  des  jambes.  Cf.  1.  II,  ch.  xxvii, 
n.  7.  (C.) 


69.  Parties  de  l'armure  de  plate  qui  défen- 
daient les  pieds.  Au  xive  et  au  xye  siècles,  les 
solerets  composés  de  lamelles  en  gouttière 
imbriquées,  suivent  les  modifications  de  la 
chaussure,  longues  poulaines,  puis  pieds  d'ours, 
becs  de  cane,  etc.  (C.) 

70.  Frondes.  Cf.  1.  I,  ch.  xxv,  n.  68. 

71.  Balles  de  plomb,  quelquefois  de  terre 
cuite  que  les  anciens  lançaient  avec  la  fronde 
(Virgile,  Tite-Live,  César,  Saliuste,  etc.)  (C.) 

72.  Machine  de  guerre  dont  les  Grecs  et  les 
Romains  se  servaient  pour  lancer  des  pierres  ou 
des  traits  à  plus  de  500  ou  i.ooo  mètres  de  dis- 
tance. On  en  trouve  la  description  dans 
Végèce.  (C.) 

73.  Fabrique.  Flèche  incendiaire,  en  usage 
dans  l'antiquité.  Cf.  Tite-Live,  XXI,  8,  et 
Virgile,  Enéide,  IX,  705 .  On  la  remit  en  usage 
au  xvie  siècle.  La  fusée  se  composait  de  soufre, 
de  salpêtre,  de  camphre  (Gay,  Gloss.).  (C.) 

74.  Grenade.  Cf.  1.  II,  ch.  xxv,  n.  7. 
C'était  au  xvie  siècle  une  boule  de  fer  ou  un 
tonnelet  rempli  de  poudre  et  de  pierres  qu'on 
lançait  tout  enflammé  sur  les  assiégeants.  Cf. 
Ph.  de  Clèves,  Traité  delà  guerre^  vers  1520: 
«  pierres  à  feu  qui  s'appellent  grenades  et  autres 
tonnelets  de  feu  que  l'on  fait  pleins  de  pierres.  » 
(C.) 

75.  Machine  de  guerre  composée  de  deux 
ou  trois  grands  cercles  de  bois,  liés  ensemble 
avec  du  fil  d'archal  et  autour  desquels  on  atta- 
chait des  grenades  et  autres  feux  d'artifice.  On 
les  faisait  rouler  du  haut  des  remparts  sur  les 
travaux  des  assiégeants  pour  les  incendier.  (C.) 

76.  Fusée  emmanchée  d'un  bâton,  qu'on 
jetait  sur  les  travaux  des  assiégeants  pour  les 
incendier,  ou  qu'on  employait  sur  les  murailles 
pour  empêcher  l'escalade.  (C.) 

77.  Machine  de  guerre  dont  se  servaient  les 


12 


LE   TIERS    LIVRE 


65  pions '^  et  autres  machines  bellicques  repugnatoires  et  destructives  des  Helepo- 
lides  '\ 

Esguisoient  vouges  ^°,picques,  ramons  ^  ' ,  halebardes,  hanicroches  ^  ^ ,  voîains  ^  ' , 
lances,  a^es  guayes^"^,  fourches  fières^^,  partbisanes  ^^ ,  massues  ^\  hasches, 
dards  ^^,  dar  délies  ^^,  j  aveline  s '^°,  javelotT^,  espieux^'. 


Ligne  67.  E  :  esgiiisoyent  —  E  :  hallebardes  —  A,  E  :  volains  manque 
ai^es —  E  :  parthisanes,  genitaires,  massues  — L  69.  E  :  dard[ 


1.68.  A,E: 


anciens  pour  lancer  à  120  ou  160  mètres  des 
pierres  de  250  livres  au  maximum.  Il  est  inu- 
tile de  faire  remarquer  que  les  contemporains 
de  R.  n'en  faisaient  pas  usage  et  qu'il  s'agit 
d'un  emprunt  fait  aux  auteurs  anciens,  Végèce 
IV,  22,  Ammien  Marcellin,  xviii,  4,  etc.  (C.) 

78.  Machine  de  guerre  en  usage  dans  l'anti- 
quité. C'était  une  sorte  de  grande  arbalète 
montée  sur  un  plateau,^  actionnée  par  un  treuil 
et  lançant  de  gros  traits.  (C.) 

79.  Transcription  du  grec  iXéizolii,  qui  dé- 
signe chez  Diodorede  Sicile,  20,48,  et  Plutarque 
(Denietriits,  21),  une  machine  en  forme  de 
tour  employée  aux  sièges  des  villes.  (P.) 

80.  Arme  d'hast,  à  hampe  de  quatre  à  six 
pieds.  Cf.  1.  I,  ch.  xxv,  n.  13. 

81.  C'est  une  variété  de  corsèque  dont  les 
oreillons  crochus  sont  fortement  dirigés  en 
bas.  Elle  fut  en  usage  en  Italie  du  xv^  au  xviie 
siècle  (roncone),  et  servait  dans  les  sièges  et 
les  assauts  aussi  bien  que  dans  les  abordages 
maritimes.  Ses  oreillons  crochus  agrippaient 
les  combattants  comme  les  cordages.  (C.) 

82.  Arme  d'hast,  à  fer  recourbé  en  bec  de 
cane.  Voir  Sainéan,t.  I,p.9i  e\.R.E.R.,Y,  392. 

83.  Volants.  Serpe  courbée  en  croissant  et 
pourvue  d'un  long  manche,  encore  employée 
en  Poitou  pour  tailler  les  arbres.  (C.) 

84.  Zagaye,  arme  d'hast  des  cavaliers  maures. 
Cf.  Fourquevaux,  Discipl.  milit.,  p.  51  :  «  Les 
estradiots... auront...  une:(agayeâu  pointlongue 
de  loou  12  pieds,  ferrée  par  chacun  bout  d'un  fer 
bien  aigu  et  tranchant.  »  Le  mot  était  entré  dans 
la  langue  avant  R.  Cf.  R.  E.  i^,  VI,  3 1 5.  (C.) 


85.  Fourche  de  guerre,  très  usitée  dans  les 
combats  de  brèche  pour  écarter  les  assaillants. 
C'est  l'outil  rustique  modifié  en  arme  avec  une 
très  grande  hampe.  L'usage  en  durait  encore 
sous  Louis  XIV  et  ce  mot  se  rencontre  dans 
La   Fontaine  (C.) 

86.  Pertuisane.  Arme  d'hast  en  usage  depuis 
la  fin  du  xve  siècle,  caractérisée  par  un  fer  de 
glaive  large  à  la  base,  muni  de  deux  oreil- 
lons en  croissant,  les  pointes  dressées.  Quand  ces 
oreillons  étaient  très  développés,  l'arme  devenait 
une  corsèque  :  s'ils  se  recourbaient  vers  la  terre, 
l'arme  prenait  le  nom  de  rançon.  (C.) 

87.  Pour  expliquer  le  terme  aiguiser  appli- 
qué à  une  massue,  il  faut  supposer  que  R.  a  eu 
en  vue  les  massues  d'armes  du  xv^  siècle,  en 
fer  et  acier,  destinées  à  briser  les  armures  de 
plates  et  munies  à  leur  extrémité  d'ailerons 
découpés  et  épointés.  (C.) 

88.  La  darde  était  une  arme  de  jet  à  courte 
hampe,  dont  le  fer,  en  forme  de  feuille,  était 
muni  de  deux  tranchants.  C'est  à  peu  près  la 
demi-pique.  (C.) 

89.  Courte  lance.  Cf.  1.  II,  ch.  xxvii,  n. 
52. 

90.  Arme  de  trait,  que  les  anciens  lançaient 
avec  la  main  ou  avec  une  machine.  Les  varié- 
tés en  étaient  nombreuses.  Le  javelot  était  in- 
connu dans  l'ancienne  France.  (C.) 

91.  Arme  d'hast  en  usage  à  la  guerre  et  à 
la  chasse.  Nicot  la  définit  ;  «  Javeline  dont  le 
fer  est  large,  plat,  à  arestes  au  milieu, 
s'empoinctant  en  grain  d'orge  et  plus  long  que 
celuy  descrit  par  Végèce.  »  (C.) 


PROLOGUE   DE   LAUTHEUR 


13 


70  Affilaient  cimeterres,  brands  d'assier^\  badeJ aires '^\  paffui'^\  espées,  ver- 
duns  9%  estocT^  ^\  pistolet^  ^\  virolet^^\  dagues,  mandoiisianes  ^\  poignars, 
cousteaidx,  allumeUes '°° ,  raillo7is'°\ 

Chasain  exerceoit  son  penard'°-,  chasciin  dcsronilloit  son  hracquemard  '°K 


Ligne  70.   E  :  AffiUoyent  —  A,  E  :  paffiii  manque  —  1.  71.  A,  E,  F  :  vitoleti  — 
I.  75,  A  :  exerceoyt  —  E  :  braquemard. 


92.  C'est  l'épée  chevaleresque  du  moyen 
âge  à  large  et  forte  lame.  Cf.  Villon,  Lais, 
V.  81    : 

Item  a  maistre  Ythier  Marchant, 
Au  quel  je  me  sens  très  tenu 
Laisse  mon  branc  d'acier  tranchant. 

R.  emploie  le  même  terme,  1.  IV,  ch.  xxxiv, 
dans  le  sens  général  de  lame  d'acier  :  «  persoit 
brancs  d'assier,  boucliers  espois,  plastrons 
asserez.  »  (C.) 

93.  «  Manière  d'espée  à  un  dos  et  un  tran- 
chant large  et  courbant  en  croissant  vers  la 
pointe  ainsi  que  le  cimeterre  des  Turcs  »  (Ni- 
cot).  Cf.  Rec.  des  poètes  fr.,  t.  III,  p.  196.  Gilles 
d'Aurigny  (1540):  «  A  son  côté  (Mercure) 
pendoit  un  badelaire...  sur  l'allemele  estoit  taillé 
l'histoire  des  fiers  geans.  »  Le  badelaire  était 
plus  grand  que  le  malchus.  Cf.  1.  IV,  ch.  XL  : 
«    Frère  Jan  avecques  son  grand  badelaire.   » 

(C.) 

94.  Paffut  ou  espaffut,  sorte  de  lame.  Voir 
Sainéan,  t.  I,  p.  72. 

95.  Estoc  assez  court,  à  forte  lame  très  ai- 
guë, de  section  quadrangulaire,  porté  surtout 
par  les  gens  de  pied.  Cf.  1.  III,  ch.  xlii  :  «  ad- 
vise  que  mon  verdim  ne  soit  plus  long  que  ton 
espade.  »  Ces  épèes  étaient  sans  doute  fabri- 
quées originairement  à  Verdun.  (C.) 

96.  Épée.  Cf.  1.  II,  ch.  XXVII,  n.  6. 

97.  Dagues  de  Pistoie.  Cf.  Tabourot,  Bigar- 
rures (dans  Lacurne)  :  «  Pistolet  a  esté  ain- 
si nommé  premièrement  pour  une  petite  dague 
ou  poignard  qu'on  souloit  faire  à  Pistoye,  pe- 
tite ville  distant  deux  lieues  de  Florence,  et 
furent  à  ceste  raison  nommez  premièrement 


pistoyers,  depuis  pistoliers   et  enfin  pislolet^. 
(C.) 

98.  Probablement  une  dague  à  lame  en  spi- 
rale, comme  il  s'en  fabriquait  en  Italie.  Frois- 
sart,  vol.  II,  ch.  xcix,  parle  de  «  bastons  d 
virolle  »  en  usage  en  Flandre,  c'est-à-dire  de 
cannes  armées  à  leur  extrémité  d'un  «  picquot 
de  fer  à  virolle  ».  (C.) 

99.  Épée  large  et  courte  à  la  vieille  mode. 
Voir  Sainéan,  1. 1,  p.  71. 

100.  Lames  en  général,  et  particulièrement 
d'épées.  Cf.  Marot,  t.  I,  p.  140  : 

Où  l'on  a  veu  de  guerre  maintz  esbatz, 
Advanturiers  esmouvoir  gros  combatz 
Pour  leur  plaisir;  sur  petites  querelles 
Glaives  tirer  et  briser  alumelles.  (C.) 

10 1.  Vieux  mot,  désignant  un  trait  d'arba- 
lète. Cf.  Villon,   Test.,  v.  1885  : 

«  Cy  gist  et  dort  en  ce  soUier 
Q.u'Amours  occist  de  son  raillon, 
Ung  povre  petit  escollier, 
Qui  fust  nommé  Françoys  Villon.  » 

102.  Poignard,  du  langued.  penard,  même 
sens.  (S.) 

103.  Epée  courbe,  à  un  seul  tranchant,  ser- 
vant à  frapper  de  taille.  Cf.  1. 1,  ch.  11,  n.  74.  — 
Dans  ce  tableau  de  la  mise  en  état  de  défense 
d'une  ville,  il  y  a  peut-être,  outre  les  souvenirs 
de  juillet  1536,  ceux  du  spectacle  que  Poitiers 
avait  offert  à  R.  en  1525,  lorsqu'au  len- 
demain de  Pavie,  la  régente  Louise  de 
Savoie  avait  prescrit  de  ravitailler,  armer  et 
fortifier  la  place.  V.  Plattard,  L Adolescence  de 
R.  en  Poitou,  p.  87-91. 


14  LE   TIERS    LIVRE 

Femme  n  estait,   tant  preiide  ou  vieille  feiist,  qui  ne  jeist  fourbir  son  har- 
75  noys  '°'*  ;  comme  vous  sçave:^^  que  les  antiques  Corinthiennes  estaient  au  com- 
bat couraigeuses  '°K 

Diogenes,  les  voyant  en  telle  ferveur  mesnaige  remuer  et  n  estant  par  les 
magistrat^  employé  à  chose  aulcune  Jaire,  contempla  par  quelques  jours  leur 
cantenence  sans  mot  dire.  Puys,  comme  excité  d'esprit  Martial,  ceignit  son 
80  palle  '°^  en  escharpe,  recoursa  '°"  ses  manches  jusques  es  coubtes,  se  troussa  en 
cuilleur  de  pommes  '°^,  bailla  à  un  sien  compaignon  vieulx  sa  be:(asse,  ses 
livres  et  opistographes  '°'^,  feit  hors  la  ville  tirant  vers  le  Cranie''°  (gui  est 
une  colline  et  promontoire  le:(  Corinthe')  une  belle  esplanade,  y  roulla  le  ton- 
neau fie  til  '"  qui  pour  maison  Itiy  estoit  contre  les  itijures  du  ciel,  et,  en  grande 
85  véhémence  d'esprit  desployant  ses  bra^,  le  tournoit,  viroit,  brouilloit,  barbouil- 
loit, 

hersoit"\  ver  soit,  renversait, 

nattoit,  grattait,  flattait  ' ' ', 

barattait'"',  bastoif',  boutait,  butait,  tabustoif^,  cullebutait, 


Ligne  75.  E  :  estoyent  —  I.  76.  E  :  courageuses  —  1.  77.  E  :  fureur  —  E  :  mes- 
nages  —  1.  78.  E  :  employé^  —  E  :  aucune  —  1.  79.  E  :  contenance  —  E  :  Puis  — 
1.  80.  E  :  couldes  —  1.  81.  E  :  cueilleur  —  1.  82.  E  :  fuit  —  E  :  quesl  —  1.  84.  E  : 
fstil  —  1.  85.  A,  E  :  barhouilloit  manque  —  1.  88-89.  A,  E  :  nattoit... barattait 
manque  ■ —  1.  89.  E  :  huloit  manque  —  E  :  fabutoit. 

104.  On  fourbissait  les  armures  de  guerre  «  ât-jy/avc  7=','^  8tâywv  jv  tw  Kpaveîw  ko  rpô 
en  les  froUant  à  l'émeri.  Ici  l'expression  a  un      -f,i  KopîvGou  Yu;j.v(za''w.  »  (P.) 

sens  libre,  très  usité  au  moyen  âge.  (C.)  1 1 1 .  D'argile.  Latinisme,  de  fctilis,  même 

105.  Corinthe  était  fameuse  dans  l'antiquité  sens.  Le  tonneau  de  Diogène  était  une  amphore. 
par  ses  courtisanes.  Cf.  1.  II,  ch.  xiv,  n.  74  et      (P.) 

R.E.R.,\1,226.  (P.)  112.  Étriller.  Cf.;?.  £.i?.,  IX,  288. 

106.  Manteau.  Du  latin  pallium,  même  113.  Nattait.  Terme  d'équitation,  synonyme 
sens.  ào.  flotter,  au  sens  de  caresser  (un  cheval  fou- 

107.  Retroussa.    Archaïsme,   que  Ronsard  gueux).  Cf. /?.  £.  i?.,  IX,  289. 

emploiera,  puis  biffera  de  ses  œuvres.  114.  Agiter,  proprement  battre  de  la  crème 

108.  Sur  cette  locution  proverbiale,  cf.  1.  II,  dans  une  baratte  pour  faire  du  beurre.  Cf.  R.  E. 
ch.  IX,  n.  6.  R.,  IX,  287. 

109.  Tablettes  sur  lesquelles  on  écrivait  au  115.  Bâtait.  Proprement  agiter  le  bât.  Cf. 
verso  (oniaOêv),  comme  au  recto.  (P.)  R.  E.R.,  IX,  289. 

iio.  C'est  là  que  se  tenait  ordinairement  le  116.  Agiter  bruyamment.   Cf.  tabus,  1.   I, 

philosophe  d'après  Diogène  Laerce,  VI,  2,  77  :      ch.  liv,  n.  17. 


PROLOGUE    DE   L AUTHEUR 


M 


90       trepoif',  trempoit,  tapoit,  timpoit''^, 
estouppoit,  destotippoit,  detraqtioit  "', 
triqiiotoit  '^°,  tripotoit  '-',  chapotoit^^\ 
croulloit,  elançoit,  cbamailloit, 

hransloit,  eshransloii,  levait ,  lavait,  d avait  "'^  entravait, 
95       bracqnaif'^,  bricquait'^'\  blacqnait, 
tracassait,  ramassait,  clabassait  '^^, 
af estait  '^",  affustait  '-^ 
bajfauait'^^,  encloiioit,  amadouait, 
gaildrannoit,  mittannait''°,  tastannait, 
100       bimbelatait''\  clabassait,  terrassait, 

bistarioit  ''\  vrelappait'^\  chaliippait  ''•^, 
charmait  ''%  armait,  gi^armait  ''^ 


Ligne  93.  E  :  eslançoit —  A,  E  :  cbamailloit  manque  —  1.  97.  E  :  affichait,  affustait 
—  1.  98-101.  A,  E  :  baffauit...  chaluppoit  manque  —  1.  102.  E  :  guiiarmoit . 


117.  Trépigner.  Archaïsme. 

118.  Faire  résonner.  Cf.  ch.  xxxvii  :  «  le 
timpoit  sur  la  paulme  de  sa  main  gauche.  » 

119.  Terme  de  manège  :  faire  perdre  à  un 
cheval  ses  bonnes  allures.  Cf.  R.  E.  R.,  IX, 
288. 

1 20.  Se  dit  d'un  cheval  qui  remue  les  jambes 
assez  vite  en  marchant,  mais  qui  n'avance  pas. 
R.E.R.,IX,  228. 

121.  Frappait  du  pied,  sens  encore  usuel  dans 
certains  patois  (par  exemple,  le  champenois). 
C'est  un  fréquentatif  de /r^/j^r,  voir  n.  117. 

122.  Cogner  à  coups  répétés.  Terme  encore 
usuel  en  ce  sens  dans  le  Lyonnais.  (P.) 

123.  Latinisme,  pour  clouer. 

124.  Braquait.  Tourner  le  timon  d'un  clia- 
riot,  terme  courant  au  xvie  siècle.  Cf.  R.  E.  R., 
IX,  288. 

125.  Variante  phonétique  du  mot  précédent, 
ayant  probablement  le  même  sens. 

126.  Forme  pnmiùvQ  d' esclabosser  (moderne 
éclabousser)  signifiant  secouer  et  salir  en  même 
temps.  Cf.  R.  E.  R.,  IX,  295. 

127.  Disposer  un  canon  sur  le  faite  ou  som- 
met. a.R.E.R.,  IX,  291. 


128.^  Affûtait.  Mettre  sur  l'affût. 

129.  Attacher  avec  une  corde  est  le  sens  pri- 
mitif de  bafouer,  qui  se  rencontre  encore  dans 
le  patois  angevin.  Cf.  R.E.  R.,  VII,  337-339. 

130.  Faire  cuire  à  petit  feu,  d'où  préparer 
doucement  et  caresser.  Cf.  R.E.R.,  IX,  293. 

131.  Remuer,  agiter  des  hmbelots  ou  jouets 
d'enfants. 

132.  Inciser  comme  avec  un  bistouri.  Cf. 
1.  IV,  ch.  XXXI  :  «  le  visage  bistorié  comme 
un  bast  de  mulet.  » 

133.  Varloppait.  Forme  encore  usuelle  en 
Berry.  (S.) 

134.  Le  sens  propre  de  ce  mot  est  :  trier  des 
noix.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  163. 

155.  Que  vient  faire  ce  mot  dans  cette  ky- 
rielle verbale,  dont  les  éléments  sont  emprun- 
tés aux  vocabulaires  du  charretier,  du  cavalier, 
du  marin,  de  l'homme  de  guerre,  etc.  ?  Char- 
nioit  a  été  appelé  par  armoît,  qui  le  suit,  la  re- 
cherche de  l'assonance  jouant  un  grand  rôle 
dans  l'invention  et  le  groupement  de  ces  vo- 
cables. Cf.  R.  E.  R.,X,  249,  et  Plattard,  L'œuvre 
de  R.,  p.  317. 

1 56.  Verbe  forgé  par  R.  sur  gi:;^ar me,  ou  gui- 


lé  LE   TIERS   LIVRE 

enharnachoit,  empennachoit,  caparassonnoit, 

le  devaîloit  de  mont  à  val  et  prœcipitoit  par  h  Cranie,  puys  de  val  en 

105  mont  le  rapportoit,  comme  Sisyphus  faict  sa  pierre  :  tant  que  peu  s'en  faillit 
qu'il  ne  le  defonçast. 

Ce  voyant  qiielqun  de  ses  amis,  liiy  demanda  quelle  cause  le  mouvoit  à  son 
corps,  son  esprit,  son  tonneau  ainsi  tormenter.  Auquel  respondit  le  philosophe 
qu'à  aidtre  office  n'estant  pour  la  republicque  employé,  il  en  ceste  façon  son 

1 10  tonneau  t empestait  pour,  entre  ce  peuple  tant  fervent  et  occupé,  n'estre  veu  seul 
cessateur  et  ocieux. 

fe  pareillement,  quoy  que  soys  hors  d'effroy  ''',  ne  suis  toutesfoys  hors  d'es- 
mov,  de  moy  voyant  n'estre  faict  aulciin  pris  digne  d' œuvre,  et  consyderant 
par  tout  ce  tresnoble  royaulme  de  France,  deçà,  delà  les  nions,  un  chascun 

1 1 5  aujoiird'hny  soy  instantement  exercer  et  travailler,  part  à  la  fortification  de 
sa  patrie  et  la  défendre,  part  au  repoulsement  des  ennemis  et  les  offendre  '^^  ; 
le  tout  en  police  tant  belle,  en  ordonnance  si  mirificque  et  à  profit  tant  évi- 
dent pour  T advenir  (car  désormais  sera  France  superbement  bournée,  seront 
François  en  repous  asceure:0,  que  peu  de  chose  me  retient  que  je  71' entre  e?t 

120  r opinion  du  bon  Heraclitus,  affermant  guerre  estre  de  tous  biens  pere''^:  et 
croye  que  guerre  soit  en  latin  dicte  belle  non  par  antiphrase,  ainsi  comme  ont 
cuydé  certains  repetasseurs  de  vieilles  ferrailles  latines,  parce  qu'en  guerre 
gueres  de  beaidté  ne  voyaient  "*°,  mais  absolument  et  simplement,  par  raison 


Ligne  104.  E  :  puis  —  1.  107.  E  :  qudquun  —  E  :  amys  —  1.  109.  E  :  autre  — 
1.  no.  E  :  n  estre  un  —  1.  112.  E  :  toutes/ois  —  1.  113.  E  :  aucun  —  E  :  considérant 
—  1.  1 14.  A,  E  :  de  France  manque  —  E  :  deçà  et  delà  —  1.  1 15.  E  :  instamment  — 
1,  119.  A,  E  :  Françoys  —  E  :  asseurei  —  1.  120.  A,  E  :  disant  —  E  :  croy  —  1.  122, 
A  :  nos  antiques  repetasseurs  ;  E  :  noi  ajitiqnes  r.  —  1.  123.  E  :  guère. 

:^arme,  nom  d'une  arme  d'hast,  composée  d'un  ch.  xlviii,  370  D  :  «  ;:ôXeu.oç  7:âvxwv  [xèv  ra-r^p 

tranchant  long,  recourbé  et  d'une  pointe  droite.  l's-'.,  Tzàvxwv  81  paaiXsuç,  »  et  Erasme,  Adages, 

Voir  Sainéan,  t.  I,  p.  72.  III,  5,  56  :  Beiliim  omnium  pater.  (P.) 

137.  Depuis  la  paix  de  Crépy,  24  septembre  140.  Le  grammairien  Priscien  écrivait,  Par- 
1544,  la  France  respirait  et  pouvait  travailler  à  titiones  XII,  Vers.  Princ.  Aen.,  VIII  :«  Bellum 
se  fortifier.  Mais  à  quel  «  repoussement  des  en-  unde  derivatur  ?  Ab  eo  quod  est  bonum  bel- 
nemis  »  est-il  fait  allusion  ici  ?  (P.)  lum  diminutivura  est  ;  per  aniiphrasim,  hoc  est 

138.  Offenser.  Néologisme,  du  \àûn  offen-  per  contradictionem,  promalo  bellum  dicitur.» 
dire,  même  sens.  R.    connaît    vraisemblablement    ce  texte    par 

139.  Voir  Piutarque,    de  Iside   (t    Osiride,  Êrâsmn,  Adages,  lY,  i,  1  :  Duke  hélium  itiexper- 


PROLOGUE    DE    L AUTHEUR  1^ 

qu'en  guerre  apparaisse  toute  espèce  de  bien  et  beau,  soit  deceUe  toute  espèce  de 
125  mal  et  laidure.  Qu  ainsi  soit,  h  Roy  saige  et  pacifie  Salomon  n'asceu  mieulx 
nous  reprœsenter  la  perfection  indicible  de  la  sapience  divine,  que  la  compa- 
rant à  T ordonnance  d'une  armée  en  camp  "^'. 

Par  doncques  nestre  adscript  et  en  ranc  mis  des  nostres  en  partie  offensive, 
qui  me  ont  estimé  trop  imbecilleet  impotent  ^^\  de  l'autre,  qui  est  défensive, 
130  n'estre  employé  aucnlnement,  feust  ce  portant  hotte,  cachant  crotte,  ployant 
rotte  ''*'  ou  cassant  motte,  tout  m'estoit  indiffèrent,  ay  imputé  à  honte  plus  que 
médiocre  estre  veu  spectateur  ocieux  de  tant  vaillans,  disers  et  chevalereux 
personnaiges,  qui  en  veue  et  spectacle  de  toute  Europe  jouent  ceste  insigne 
fable  et  tragicque  comédie,  ne  me  esvertuer  de  moy  mesmes  et  non  y  consom- 
135  mer  ce  rien,  mon  tout,  qui  me  restoit.  Car  peu  de  gloire  me  semble  accroistre 
à  ceulx  qui  seulement  y  emploictent  leurs  œili,  au  demeurant  y  espargnent 
leurs  forces,  cèlent  leurs  escu^,  cachent  leur  argent,  se  grattent  la  teste  avecques 
un  doigt '"^"^  comme  landore:^'^''  desgoiistei,  baislent  aux  mousches  comme 
veaidx  de  disme,  chauvent'^^  des  aureilles  comme  asnes  de  Arcadie  ''*''  au 

Ligne  125.  E  :  sage  —  E  :  nha  —  1.  126.  A,  E  :  représenter  —  I.  127.  E  :  en  camp, 
bien  équipée  et  ordonnée  —  1.  129.  E  :  mont  —  E  :  imbécile  —  1.  130.  E  :  aucunement 
—  E  :  fust  ce  —  A,  E  :  ployant  rotte  manque  —  1.  133.  E  :  personnages  —  1.  134.  E  : 
m  esvertuer  —  1.  136.  E  :  y  manque  —  A,  E  :  yeidx  —  1.  138.  E  :  landores  —  1.  139. 
E  :  d' Arcadie. 

tis  :  «  Neque  non  viderunt  haec  grammatici  144.  Réminiscence  de  Juvénal,  Satire  IX, 

quorum  alii  bellum  xa-:'  àv-riypaaiv  dictum  vo-  v.  133  : 

lunt,  quod  nihil  habeat  neque  bonum,  neque  ^  .  , 

bellum.  »  (P.)  ^"'  ^'^'^°  scalpunt  uno  caput. 

141.  Dans  le  Cantique  des  Cantiques,  Yl,  9  :  Expression  commentée  ainsi  par  Érasme, 
«  Terribilis  ut  castrorum  acies  ordinata.  »  Cf.  Adages,  I,  8,  34  :  «  Unico  digito  scalpit  caput. 
/?.  £.  i?.,  VIII,  301.  (P.)  Molles    atque    effœminati    uno    digito    caput 

142.  Ces  deux  termes  ne  doivent  peut-être  scalpere  dicuntur.  »  Cf.  R.E.R.,  VI,  226. 
pas  être  entièrement  pris  au  figuré.  Il  est  fort  (P.) 

possible  que  la  santé  de  R.  ait  été  compromise  145.  Paresseux.  Cf.  1. 1,  ch.  xxv,  n.  32. 

vers  cette  époque,  et  que  son  séjour  aux  îles  146.  Dressent  les  oreilles.  R.  donne  chauver 

d'Hyères  ait  eu  pour  motif  le  soin  de  se  réta-  et  chover.  Littré,  chauvir. 
blir.  Aul.  IV, /)?o/.,  nous  le  verrons  souhaiterla  147.  Cette  comparaison  est  empruntée  aux 

santé  avec  une  telle  ferveur  qu'il  n'est  pas  té-  Adages  d'Érasme,  I.  i,  35  :  «  Est  autem  asino 

méraire  de  conjecturer  qu'il  l'avait  déjà  perdue.  naturale  subinde  mavere  auriculas,  velut  signifi- 

(C.)  canti  se  jam  intelligere,  cum  nihil  etiam  audie- 

143.  Branche  flexible  servant  à  lier  un  fa-  rit.  »  Érasme  avait  fait  lui-même  une  applica- 
got  (band  of  fagot,  Cotgrave).  Le  patois  poite-  tion  de  cette  locution  dans  l'Éloge  de  la  Folie, 
vin  riorte3ile  même  sens.  (C.)  VI.  (P.) 

LE   TIERS   LIVRE.  J 


i8 


LE   TIERS    LIVRE 


140  chant  des  musiciens  et  par  mines  en  silence  signifient  qn'il^  consentent  à  la 
prosopopée  '^^ 

Prins  ce  choys  et  élection,  ay  pensé  ne  faire  exercice  inutile  et  importun 
si  je  remuois  mon  tonneau  Diogenic,  qui  seul  m'est  resté  du  naufrage  faict  par 
le  passé  on  far' ^^  de  Maf  encontre.  A  cetrihallement  de  tonneau  que  fer  ay  je  en 

145  vostre  advis?  Par  la  vierge  qui  se  rebrasse  '^°,  je  ne  sçay  encores.  Attende:^ 
un  peu  que  je  hume  quelque  traict  de  ceste  bouteille  :  c'est  mon  vray  et  seul 
Helicon  '^\  cest  ma  fontaine  Caballine,  c'est  mon  tinicque  enthusiasme.  Icy 
heuvant  je  délibère,  je  discours,  je  resoid^  et  concluds.  Après  l'epdogue  je  ri:^, 
fescrip:{,  je  compose,  je  boy.  Ennius  '  ^  ^  beuvant  escrivoit,  escrivant  beuvoit. 

150  jEschylus  (si  à  Plutarche'^^  joy  ave^in  Symposiacis)  beuvoit  composant, 
beuvant  composoit.  Homère  jamais  il  escrivit  à  jeun  '^'^.  Caton  jamais  n  escrivit 
que  après  boyre  '^K  Affin  que  ne  me  dicte^  ainsi  vivre  sans  exemple  des  bien 
lous^etmieulx  prise^.  Il  est  bon  et  jrays  asse:^^,  comme  vous  dirie:;^  sus  le  com- 
mencement du  seco?id  degré  '^^  ;  Dieu,  le  bon  Dieu  Sabaoth  (c'est-à-dire  des 

155  armées^ en  soit  éternellement  loué.  Si  de  mesmes  vous  autres  beuve^  un  grand 


Ligne  142.  E  :  ce  manque  —  1.  144.  E  :  au  far  —  1.  147.  E  :  unique  —  1.  148.  E  : 
ry  —  1.  149.  E  :  escry  —  1.  151.  A  :  jun  —  E  :  iiescripvit  —  1.  152.  A,  E  :  qu'après 
—  E  :  hoire  —  E  :  dictes —  F  :  biens  —  1.  1 5  5 .  E  :  frai\  —  E  :  direi  —  1 .  1 5  5 .  A  :  aultres. 


148.  R.  est  le  prômier  écrivain  qui  ait  em- 
ployé ce  mot  emprunté  du  grec.  Il  lui  donne 
le  sens  de  «  desguisement,  fiction  de  personne  », 
dans  la  Briefve  déclaration.  Cf.  ci-dessous,  ch. 
VII,  et  1.  IV,  Epistre  au  Card.  de  Chaslilhn 
enfin  1.  V,  prol.  (P.) 

149.  Le  détroit  de  Messine  s'appelait  le 
phare:  R.  emploie  le  mot  dans  le  sens  de  passe 
dangereuse.  A  quelle  malencontrc  fait-il  allu- 
sion ?  on  l'ignore.  (P.) 

1 50.  On  ne  peut  déterminer  avec  certitude 
si  R.  fait  allusion  ici  à  quelque  image  popu- 
laire. Peut-être  s'agit-il  de  sainte  Marie  l'Egyp- 
tienne qui,  avant  sa  conversion,  se  livrait  à 
tout  venant.  (P.) 

151.  L'Hclicon  est  la  montagne  des  Muses, 
Hippocrène,  la  fontaine  qui  jaillit  sous  le  sabot 
du  cheval  de  Pégase.  Cf.  1.  II,  ch.  v,  n.  9.  (P.) 


152.  R.  avait  déjà  invoqué  l'exemple  d'En- 
nius.  Cf.  1.  \,  prol.,  n.  105. 

153.  Le  trait  est  rapporté  par  Plutarque,  au 
ch.  VII  des  Symposiaca.  Mais  R.  l'a  sans  doute 
emprunté  à  Érasme,  Adages,  IV,  3,  58  :  «  Quin, 
ut  refert  in  Symposiacis  Plutarchus,  .^schylus 
tragœdias  suas  potando  scripsit.  »  (P.) 

154.  Cf.  I.  I,  prol.,  n.  105  et  G.  Bouchet, 
Serées,  I,  4. 

155.  Réminiscence  d'Horace,  Odes  III,  2 1 ,  II  : 

Narratur  et  prisci  Catonis 
Ssepe  mero  caluisse  virtus. 

156.  Dans  l'ancienne  médecine,  on  divisait 
en  quatre  degrés  certaine  extension  des  quali- 
tés élémentaires.  Le  poivré  était  chaud  à  tel 
degré.  Dans  l'ancienne  physique,  ces  mêmes 
qualités  élémentaires  étaient  partagées  en  huit  : 


PROLOGUE    DE    L AUTHEUR 


19 


OU  deux  pefiti  coups  en  robbe''',  je  n'y  trouve  inconvénient  aulcun,pour- 
veu  que  du  tout  loueT^  Dieu  un  tantinet. 

Puys  doncques  que  telle  est  ou  ma'''^  sort  ou  ma  destinée  (car  à  chascun 
n'est  oïdtroyé  entrer  et  habiter  Corinthe')  '^^  ma  délibération  est  servir  et  es  uns 

160  et  es  autres  :  tant  s  en  fauJt  que  je  reste  cessatêur  '^°  et  inutile.  Envers  les  vasta- 
dours  '^\  piomiiers  et  rempareurs,  jeferay  ce  que  feirent  Neptune  et  Apollo  '^"^ 
e7i  Troie  soubs  Laomcdon,  ce  que  feit  Renaud  de  Montaidban  '^'  sus  ses 
derniers  jours  :  je  serviray  les  massons  '^^,  je  mettray  bouillir  pour  les  massons, 
et,  le  past  terminé,  au  son  de  ma  musette  mesurer ay  la  musarderie  des  musars. 

165  Ainsi  fonda,  bastit  et  édifia  Amphion  '^'  so7inant  de  sa  lyre  la  grande  et 
célèbre  cité  de  Thebes.  Envers  les  guerroyans  je  voys  de  nouveau  percer  mon 
tonneau.  Et  de  la  traicte  (laquelle  par  deux  prmcedens  volumes  (si  par  l'im- 
posture des  imprimeurs '^^  n'eussent  esté  perverti:;^  et  brouille^  vousfeust  assez^ 

Ligne  156.  E  :  aucun  —  1.  158.  E  :  Puis  —  E  :  tel  —  E  :  mon  sort  —  1.  159.  E  : 
octroyé  —  1.  léo.  A  :  aultres  —  1.  161.  E  :  Appollo  —  1.  162.  E  :  Troye  —  E  :  soubi 
—  E  :  Renaiild  et  Montaulhan  —  1.  165.  E  :  meiray  —  1.  165-1 66.  A,  E:  Ainsi... 
Thebes  manque  —  1.  166.  A  :  guerroians  —  E  :  vays  —  1.  167.  E  :  preceâens  —  1.  168. 
E  :  traducteurs. 


le  feu  était  chaud  au  huitième  degré  et  sec  au 
quatrième.  (Littré.) 

157.  Sous  cape,  à  la  dérobée.  Cf.  ch.  xxxv  : 
«  Dea,  si  j'osasse  jurer  quelque  petit  coup  en 
robbe.  ». 

158.  R.  donne  ici  au  mot  sort  le  genre  qu'a- 
vait en  latin  sors,  même  sens.  (P.) 

159.  Non  cuivis  homini  contingit  adiré  Co- 
rinthum,  dit  Horace,  Ép.  I,  17,  36.  La  forme 
habituelle  du  dicton  était  :  non  licet  omnibus 
adiré  Corinthum.  (P.) 

160.  Néologisme  vraisemblablement  traduit 
du  latin  de  Guillaume  Budé  :  «  ne...  cessator 
esse  videar.  «  Voir  Plattard,  L'œuvre  de  R. 
p.  299.  Sur  l'accouplement  des  termes  cessa- 
têur et  ocieux,  voir  Sainéan,  t.  II,  p.  77. 

161.  Pionniers  (en  provençal). 

162.  Apollon  et  Neptune  durent,  par  ordre 
de  Jupiter,  construire  les  murailles  de  Troie 
pour  le  roi  Laomédon.  Cf.  Homère,  Iliade,  ch. 
XXI,  v.  442-457  et  Ovide,  Meta.,  xi,  v.  199  et 
suiv.  (P.) 


163.  Renaud,  sur  ses  vieux  jours,  pour  faire 
pénitence,  aidait  les  maçons  qui  construisaient 
la  cathédrale  de  Cologne.  Voir  les  Quatre  fils 
Aymon,  ch.  xxiv.  (P.) 

164.  Tâche  par  excellence  rebutante  et  pé- 
nible. Cf.  Villon,  Test.,  v.  252  : 

Pas  ne  ressemblent  les  maçons, 
Que  servir fanlt  à  si  grand  peine  ; 

et  Marot, 

Ballade,  du  temps  qu'il  estait  au  Palais  à  Paris  : 

Et  mieux  vauldroit  tirer  à  la  charrue 
Qu'avoir  tel'  peine,  ou  servir  unmasson.  (P.) 

165.  Amphion,  fils  de  Zeus  et  d'Antiope, 
avait  reçu  de  Mercure  une  lyre,  aux  accents  de 
laquelle  les  pierres  vinrent  d'elles-mêmes  se 
ranger  pour  construire  les  murs  de  Thebes. 
Cf.  Horace,  Odes,  III,  11,  2  et  Art  poétique, 
V.  394.  (P.) 

166.  Cette  protestation  de  R.  ne  doit  pas 
être  prise  à  la  lettre,  et  figure  ici  plutôt  comme 


20 


LE   TIERS   LIVRE 


congneuè)  leurs  tirer  du  creu  de  nos  passeiemps  epicenaires'^Hm  giiaJlant  tier- 
170  cin  et  consécutivement  un  joyeulx  quart  de  sentences  '^^  Pantagrnelicqiies ;  par 
moy  licite  vous  sera  les  appeller  Diogenicques.  Et  me  auront,  puys  que  com- 
paigtiofi  ne  pew^  estre,  pour  Architriclin^^^  loyal,  refraischissant  à  mon  petit 
povoir  leur  retour  des  alarmes,  et  laudateur,  je  di^  infatiguable,  de  leurs 
prouesses  et  glorieulx  Jaicts  d'armes.  Je  ny  faiddray  par  Lapathium  ^'°  acu- 
175  tum  de  Dieu,  si  Mars  ne  failloit  à  Quaresme''^' ;  mais  il  s'en  donnera  bien 
guarde,  le  paillard. 

Me  souvient  toutesfoys  avoir  leu  que  Ptolemé,  fil^deLagus  '^%  quelque  jour, 
entre  autres  despouiUes  et  butins  de  ses  conquestes,  présentant  aux  /Egyptiens 


Ligne  169.  E  :  creui  —  E  :  noi  —  E  :  gallant  —  1.  170.  E  :  joieux  —  1.  171.  E  :  vous 
sera  licite  —  E  :  nC auront  —  E  :  puis —  1.  172.  E  :puis  —  E  :  refraichissant  —  1.  173. 
E  :  pouvoir  —  'E  :  dy  —  A,  E  :  infatigable  —  1.  174.  A,  E  :  faict\  —  1.  17e.  A,  E  : 
garde  —  1.  177.  E  :  Ptolemée —  1.  178.  E  :  présentant. 


une  excuse  des  hardiesses  de  langage  qui  lui 
avaient  valu  la  censure  du  Parlement,  pour  le 
livre  II  tout  au  moins.  Le  privilège  de  Fran- 
çois I,  de  1545,  qui  reproduit  évidemment  les 
termes  d'une  supplique  de  R.,  s'exprime  à  peu 
près  dans  les  mêmes  termes  :  «  Iceluy  sup- 
pliant ayant  par  cy  devant  baillé  à  imprimer 
plusieurs  livres...  les  imprimeurs  auraient  iceiilx 
livres  corrompu^  et  perverti:^  en  plusieurs  en- 
droicti.  »  (C.) 

167.  D'après-dîner.  Mot  forgé  vraisembla- 
blement par  R.  avec  la  préposition  grecque  è-î, 
après,  et  le  mot  latin  coena,  repas.  (P.) 

168.  R.  joue  sur  le  titre  d'un  livre  de  théo- 
logie du  xiie  siècle,  le  Quart  [livre]  des  sentences 
de  Pierre  Lombard  (cf.  1.  II,  ch.  xvii,  n. 
60),  qu'on  lisait  encore  dans  les  Facultés  de 
théologie  au  xvie  siècle.  Cf.  R.E.R.,  IX, 
235.  (P.) 

169.  Ordonnateur  du  festin  aux  noces  de 
Cana.  Cf.  Jean,  II,  9.  Au  moyen  âge  on  a  pris 
ce  personnage  pour  l'hôte  qui  donnait  le  festin. 
Cf.  Ane.  poés.  fr.,  t.  II,  p.  m  : 

Ce  fut  qu'il  mua  l'eaue  en  vin 
Aux  nopces  de  Architriclin. 


Le  terme  reparaît  au  ch.  xx,  et  dans  la 
Pant.  Prognost.  prol.  Cf.  R.E.R.,  IX.  (P.) 

170.  Serment  fondé  sur  un  jeu  de  mots  :  h- 
pathiiun  se  prononçant  lapation,  comme  la  pas- 
sion du  Christ.  —  Lapathium  acutum,  c'est  Vo- 
xylapathum  des  Anciens.  Voir  Pline,  xx,  85  et 
Dioscoride,  1.  II,  108.  Ce  serait  d'après  Fée, 
notre  Rumex  acutus  L.  D'après  Legré,  interpré- 
tant les  scolies  de  Hugues  de  Solier  siir  Aëtius,  le 
Rumex  oxylapathim  (tertium  genus)  d'Aëtius  se- 
rait \e  Rumex  crispus  L.,  le  quartum  genus  étant 
notre  R.  acetosa  L.  (D.) 

171.  Si  mars  venait  à  faire  défaut  au  carême. 
Locution  proverbiale  encore  usitée  sous  la 
forme  :  «  arriver  comme  mars  en  carême  », 
pour  désigner  une  chose  immanquable,  le 
mois  de  mars  faisant  nécessairement  partie  du 
temps  de  carême.  (C.) 

172.  Cette  anecdote  est  racontée  par  Lucien 
In  Piomethea  dicentem,  ch.  iv.  Mais  R.  l'a  sans 
doute  empruntée  aux  Antiqux  lectiones  de  Cas- 
lius  Rhodiginus  qui  l'avait  traduite  en  latin 
pour  expliquer  le  sens  de  l'adage  Camelus 
Bactriana.  Voir  Plattard,  L'œuvre  de  R.,  p. 
296. 


PROLOGUE   DE   L AUTHEUR  21 

enplain  théâtre  un  chameau  Batrian  ''^  tout  noir  et  un  esclave  biguarré,  telle- 

i8o  ment  que  de  son  corps  l'une  part  estoit noire,  Vautre  blanche  ''■*,  non  en  com- 
partiment de  latitude  par  le  diaphragme,  comme  feut  celle  femme  sacrée  à 
Venus  Indicque  laquelle  feut  recongnue  du  philosophe  Tyanien  '"^  entre 
le  fleuve  Hydaspes  et  le  mont  Caucase,  mais  en  dimension  perpendiculaire, 
choses  non  encores  veues  en  ^Egypte,  esperoit  par  offre  de  ces  nouveaulte:^ 

185  l'amour  du  peuple  envers  soy  augmenter.  Qu'en  advient-il  ?  A  la  production 
du  chameau  tous  feurent  effroye^  et  indigne:^  ;  à  la  veiie  de  l'home  biguarré 
aulcuns  se  mocquerent,  autres  le  abhominerent  comme  monstre  infâme,  créé 
par  erreur  de  nature.  Somme,  T espérance  qu'il  avoit  de  complaire  à  ses 
^Egyptiens,  et  par  ce  moyen  extendre  l'affection  qiiilx_  luy  pourtoient  natu- 

190  rellement,  luy  decoulla  des  mains.  Et  entendit  plus  à  plaisir  et  délices  leurs 
estre  choses  belles,  eleguantes  et  perfaictes,  que  ridicules  et  monstrueuses. 
Depuys  eut  tant  l'esclave  que  le  chameau  en  mespris  :  si  que  bien  toust  après, 
par  négligence  et  faulte  de  commun  traictement,  feirent  de  Vie  à  Mort 
eschange. 

195  Cestuy  exemple  mefaict  entre  espoir  et  craincte  varier,  doublant  que  pour 
contentement  propensé  je  rencontre  ce  que  je  abhorre,  mon  thesaur  soit  char- 
bons ^''^,  pour  Venus'"  advieigne  Barbet'''^  le  chien,  en  lien  de  les  servir  je 

Ligne  179.  E  :  plein  —  A,  E:  Bacirian  —  A,  E  :  bigarre  —  1.  181.  E  :/;//  —  I.  182. 
E  :  fut  —  E  :  Tyaneaft  —  1.  183.  E  :  Caucas  —  1.  i8é.  A,  E  :  bigarré  —  1.  187. 
E  :  aucuns  —  E  :  V abhominerent.  —  1.  189.  E  :  jnoien  —  1.  191.  A,  E  :  élégantes  —  E  : 
parfaictes  —  1.  192.  E  :  Depuis —  A,  E  :  tost  —  I.  195.  E  :  dobiant  —  1.  196.  E  : 
pourpensè  —  E  :  thresor —  1.  197.   E  :  advienne. 

173.  Camelus  hactriamis  L.,  chameau  à  contra  dans  les  Indes  une  femme  dont  la  tête 
deux  bosses,  de  l'Asie  centrale  et  orientale,  es-  et  le  buste  étaient  blancs  et  le  reste  du  corps 
pèce  déjà  distinguée  par  Aristote,  Hist.  an.,  noir.  R.  introduit  dans  sa  traduction  du  texte 
1.  II,  ch.  I,  et  par  Pline,  1.  VIII,  ch.  xxvi.  (D.)  grec  des  termes  empruntés  à  la  langue  médi- 

174.  L'albinisme    partiel    n'est    point  in-  cale,  qui  lui  était  familière.  (P.) 

connu  chez  les  nègres.  Voir  R.    Blanchard,  176.  Cf.  Érasme,  Ad.l,  9,    30:  Thésaurus 

Sur  un   cas  inédit  de  Négresse  pie   au   XVIII^  carbones  erunt.  In  eos  competit...  qui  magnifi- 

sikle,  Zoologische   Annalen,    1904,  I,   p.  41-  cis   rébus    expectatis  meras   nugas   reperiunt. 

46.  —  Encore  sur  les  nègres  pies.  Un  cas  inédit  R.E.R.,  VI,  227. 

du  début  du  XIX«^  siècle.  Bull,  de  la  Soc.  franc.  177.  Terme  du  jeu  des  osselets.  Les  osse- 

d'hist.  de   la    médecine,  t.  V,    1906,  p.  210-  lets  ou  taies  avaient  quatre  faces  sur  lesquelles 

219.  —  Un  nouveau  nègrepie,  ibid.,  t.  IX,  1910,  ils  pouvaient  aisément  s'arrêter  (les  deux  extré- 

p.  212-217.  (D.)  mités   étant    trop  arrondies   pour  cela).  Elles 

175.  Philostrate  raconte,  dans  sa  Vied'Apol-  étaient  numérotées  i,  3,  4,  6.  Le  plus  mauvais 
lonius  de   Tyane,  3,  3,  que  ce  philosophe  ren-  coup  était  les  quatre  as,  appelés  damnosi  canes. 


22  LE  TIERS   LIVRE 

les  fasche,  en   lieu  de  les  eshaiidir  je  les  offense,  en  lien  de  leurs  complaire 
je  desplaise,  et  soit  mon  adventiire  telle  que  du  coq  de  Euclion  ''',  taîit  célébré 

200  par  Plante  en  sa  Marmite  et  par  Ausone  en  son  Gryphon  '^°  et  ailleurs  : 
lequel,  pour  en  grattant  avoir  descouvert  le  thesaur^  eut  la  couppe  guorgée  '^'. 
Advenent  le  cas,  ne  seroit-ce  pour  chevreter'^^  ?  Autresfoys  est  il  advenu  : 
advenir  encores  pourvoit.  Non  fera.  Hercules  !  Je  recongnois  en  eulx  tous 
une  forme  specificque  et  propriété  individuale'^\  laquelle  nos  majeurs  nom- 

205  moient  Pantagruelisme'^^,  moienant  laquelle  jamais  en  matûvaise partie  ne 
prendront  choses  quelconques  il^i  congnoistront  sourdre  de  bon,  franc  et  loyal 
couraige.Je  les  ay  ordinairement  veuT^  Ion  vouloir  en  payement  prendre  et  en 
icelluy  acquiescer,  quand  débilité  de  puissance  y  a  esté  associée. 

De  ce  poinct  expédié,  à  mon  tonneau  je  retourne.  Sus  à  ce  vin,  com- 

210  paings.  Enfans,  beuve\  à  pleins  guodet^.  Si  bon  ne  vous  semble,  laisse:^  le.  Je 
ne  suys  de  ces  importuns  lifrelofres  '^%  qui  par  force,  par  oïdtraige  et  vio- 

Ligne  198.  A  :  offence  —  1.  199.  E  ;  déplaise  —  1.  201.  E  :  thresor —  E  :  coppe  gor- 
aèe  — 1.  202.  A,  E  :  Advenant  — 1.  203.  E  :  recongnoys  —  I.  204.  A,  E  :  individuable 

1.  205.  E  :  moiennant —  E  :  mauvaise  —  1.  207.  E  :  courage  —  1.  208.   E  :  ha  — 

1.  210.  A,  E  :  godeti  —  1.  21 1 .  E  :  suis  —  E  :  oultrage. 

Le  coup  le  plus  hvorable,  Venus,  nécessitait  181.  La  gorge  coupée.  Cf.   1.  II,  ch.  xxx, 

quatre  points  différents,  un  as,  un  3,  un  4,  et  n.i. 

un  6.  On  l'appelait  aussi  basilicits,  çârce  qu'il  182.  Se  dépiter,  prendre  la  chèvre.  Conservé 

fnUait  l'amener  pour   être    roi    du  festin.  Cf.  dans  quelques  patois   sous  la  forme  chèvre)-. 

Horace,  Odes  II,  VII  :  (Littré). 

Quem  Venus  arbitrum  185.  La   logique  scolastique  définit  un  être 

Dicet  bibendi.  ^"  l^i  assignant  une  espèce  (forme  spécifique') 

Cf    1   I    ch    XXIV    n    8    ce  )  ^^  ensuite  en  le  distinguant  des  autres  indivi- 

178.  Nom  d'une  sorte  de  chien  à  poil  long  dus  de  la  même  espèce,  soit  par  sa  forme  (doc- 
et  frisé.  Cf.  Paré,  Anim.,  I  (Littré)  :  «  la  do-  ^""e  thomiste)  soit  par  une  détermination  in- 
cilité  du  barbet.  »  dividueUe  positive  (doctrine  scotiste).   R.  suit 

179.  L'aventure  du  coq  d'Eudion,  qui  eut  ici  la  tradition  franciscaine  et  scotiste.  Cf.  Cil- 
la tête  tranchée,   pour  avoir  gratté  la  terre  à  son.  Notes  médiévales  au  Tiers  livre.  (P.) 
l'endroit  où  l'avare  avait  enfoui  son  trésor,  est  184-  R-  qui  avait  défini,  1.  I,  ch.  i,  1.  58,  le 
racontée  dans  VAutularia,  acte  III,  se.  iv.  (P.)  pantagruelisant  celui  qui  «  boit  à  gré  »  en  lisant 

180.  Gryplion  traduit  le  titre  du  poème  Gry-  Pantagruel,  donne  ici  une  acception  morale  au 
phus,  qu'Ausone  prétend  avoir  découvert  dans  mot  pantagruelisme.  Dans  le  prologue  du  1.  IV,  il 
la  poussière  d'une  bibliothèque,  comme  le  coq  l'entendra  dans  un  sens  philosophique  :  «  cer- 
d'Euclion  découvrit  son  trésor  :  velut gallinaceus  taine  gayeté  d'esprit  conficte  en  mespris  des 
Euclionis.   On  voit  comment  dans  l'esprit  de  choses  fortuites.»  (P.) 

R.  le  souvenir  du  coq  d'Euclion  amène  celui  185.  Buveur  infatigable,  à    la  manière  des 

du  gryphus.  (P.)  Allemands.  Cf.  1.  II,  ch.  11,  n.  25. 


PROLOGUE    DE    L AUTHEUR  23 

îence,  contraignent  les  lans  '^^  et  compaignons  trinquer ,  voire  caros  et  alln^  '^\ 
qui  pis  est.  Tout  Beuveur  de  bien,  tout  Goutteux  de  bien,  altère:^,  venens  à  ce 
mien  tonneau,  sïl:^  ne  voulent,  ne  heiivent  ;  sil\  voulent  et  le  vin  plaist  au 

215  guoust  de  la  seigneurie  de  leurs  seigneuries,  beuvent  franchement,  librement, 
hardiment,  sans  rien  payer,  et  ne  Tespargnent.  Tel  est  mon  décret.  Et  paour 
ne  aye^  que  le  vin  faille,  comme  feist  es  nopces  de  Cana  en  Galilée  '^^  Autant 
que  vous  en  tireray  par  la  dille  '^^  autant  en  entonneray  par  le  bondon  ''°. 
Ainsi  demeurera  le  tonneau  inexpuisible.  Il  a  source  vive  et  vene  perpe- 

220  tuelle.  Tel  estoit  le  brevaige  contenu  dedans  la  couppe  de  Tantalus  repré- 
senté par  figure  entre  les  saiges  Brachmanes'^'  ;  telle  estoit  en  Iberie  la  mon- 
taigne  de  sel  tant  célébrée  par  Caton  "^^  ;  tel  estoit  le  rameau  d'or  sacré  à  la 
déesse soubsterraine  tant  célébré  par  Virgile^^^.  C'est  un  vray  Cormicopie  '^"^ 
de  joyeuseté  et  raillerie.  Si  quelque  foYs  vous  semble  estre  expuysé  jusques  à 

225  la  lie,  non  pourtant  sera  il  à  sec.  Bon  espoir  y  gist  au  fond,  comme  en  la 

bouteille  de  Pandora  '^^  ;  non  desespoir,  comme  on  bussart  '^^  des  Dana'ides. 

Note^  bien  ce  que  fay  dict,  et  quelle  manière  de  gens  je  invite.  Car  (jiffu 


Ligne  212.  A  :  constraignent  —  E  :  voyre  carous  —  1.  213.  A,  E  :  veiians  —  1.  214.  E  : 
veulent  —  E  :  boivent  —  E  :  veulent —  1.  215.  A,  E  :  goust  — E  :  boivent  —  1.  21e.  — 
E  :  paier  —  1.  217.  E:  n'aie^ — E  :  feit  —  1.  219.  E  :  ha  force  vive — E  :  veine — 1.  220. 
A  :  représenté  —  1.  221 .  E  :  sages  —  1.  223.  A,  E  :  célébrée  —  E  :  Vergile  —  1.  224.  E  : 
fois —  E  :  expuisé  —  1.  225 .  E  :  pourtant  ne  sera  sec  —  1.  22e.  E  :  au  —  1.  227.  E  :  afin. 

186.  Compagnons.  Cf.  1.  I,  ch.  v.  n.  95.  Primo  avulso,  non  déficit  alter 

187.  Termes  empruntés  au  langage  des  lans-  Aureus,  et  similis,  frondescit  virga  métallo, 
quenets  suisses,  et  qui  signifient  vider  son  verre  194.  Corne  d'abondance,  latinisme  :  cor;n<- 
jusqu'au  fond,  boire  jusqu'à  extinction  de  force.  copia,  même  sens. 

Cf.  R.E.R.,  1.  IV,  p.  287,  t.  VII,  p.  83.  195.  Et  plus  bas,  ch.  m.   «  Vous  penserez 

188.  Réminiscence  de  l'évangile  de  saint  proprement  que  là  eust  Pandora  versé  sa  bou- 
Jean,  II,  3.  teille.   »    Les  poètes   prêtent  à  Pandore  une 

189.  Fausset.  Cf.  1.  I,  ch.  xi,  n.  72.  boite,  -j?;';.   Hésiode,  Travaux  et  Jours,  v.  94 

190.  Petite  bonde.  emploie  cependant  le  mot  -160;  tonneau,  am- 

191.  Réminiscence  de  Philostrate,  Vie  d'J-  phore,  en  parlant  de  la  fable  de  Pandore. 
poltonius,  III,  25  et  32.  (P.)  (C.) 

192.  C'est  par  Aulu-Gelleque  R.  connaît  ce  196.  Tonneau  d'une  capacité  d'environ  268 
trait  rapporté  par  Caton  :  «  Sunt  in  his  regio-  litres.  Cf.  I.  I,  ch.  iv,  n.  52.  R.  traduit  vul- 
nibus,..  mons  ex  sale  mero  magnus  :  quantum  gairement  le  mot  latin  dolium,  qui  est 
demas,tantuin  adcrescit.  y>  Nuits  Attiques,  II,  22.  employé  ordinairement  pour  désigner  le  ton- 
(P.)  neau  des  Danaïdes.   Voir  Horace,   Odes,  III, 

193.  Cf.  Virgile,  £«fVie,  VI,  143  :  n,  23.  (P.) 


H 


LE   TIERS   LIVRE 


que  personne  ny  soit  trompe^  à  l'exemple  de  Lncillius  "^' ,  lequel  protestoit 
n'escrire  que  à  ses  Tarentins  et  Consentinois,  je  ne  Tay  perse  que  pour  vous 

230  Gens  de  bien,  Beuveurs  de  la  prime  cuvée,  et  Goutteux  de  franc  alleu '^^. 
Les  géants  doripbages  "^^  avalleurs  de  frimars^°°  ont  au  cul  passions  """^ 
asseï  et  asse^  sacs  au  croc^""^  pour  venaison  :  y  vacquent  s'il^ivoulent,  ce  n'est 
icy  leur  gibbier. 

Des  ccrveaulx  à  bourlet  ^°'  grahelcurs  ^°*  de  corrections  ne  me  parlei,  je 

235  vous  supplie  on  nom  et  révérence  des  quatre  fesses  qui  vous  engendrèrent,  et 
de  la  vivificque  cheville  qui  pour  lors  les  coupploit.  Des  caphars  ^°'  encores 
moins,  quoy  que  tous  soient  beuveurs  oultre:^,  tous  verolle^  croustelevcÂ,  ^°^ 


Ligne  228.  E  :  Lucilius  —  L  229.  E  :  qiià  —  \.  230.  A,  E  :  Gens  de  bien  manque  — 
L  231.  E  :  geans  Dorophages  avelhurs  —  \.  232.  E  :  veulent  —  L  234.  E  :  cerveaux 
—  L  235.  A,  E  :  supply  —  E  :  au  nom  —  L  237.  E  :  beuveurs  manque. 


197.  D'après  Cicéron,  De  Finihus,  7,  I,  qui 
nous  rapporte  que  le  poète  satirique  Lucilius, 
craignant  le  jugement  des  gens  de  goût  raffiné 
comme  Scipion,  prétendait  n'écrire  que  pour 
les  Tarentins,  les  Calabrais  de  Cosenza  et  les 
Siciliens  :  «  quorum  ille  judicium  reformidans, 
Tarentinis  ait  se  et  Consentinis  et  Siculis  scri- 
bere.  »  (P.) 

198.  Par  analogie  avec  goutteux  «  fieffez  » 
ch.  I.  Malades  qui  tiennent  la  goutte  en  bien 
héréditaire  et  exempt  de  tout  droit.  (C.) 

199.  Qui  vivent  de  présents.  Hésiode  em- 
ploie dans  ce  sens  le  mot  Stopoçàyo;.  R.  applique 
cette  épithète  aux  juges,  qui  recevaient  alors 
des  èpius.  (P.) 

200.  Avaleurs  de  brouillards.  Cette  expres- 
sion existait  avant  R.  Voir  André  de  la  Vigne, 
Complainte  de  la  Ba:;^oche  : 

Rustres,  galiers,  avaleurs  de  frimars. 

Elle  désignait  les  juges,  qui  se  rendaient  à 
leurs  audiences  de  bon  matin.  (P.) 

201.  Jeu  de  mots  populaire  au  xvie  s.  :  cf. 
Ane.  poés.fr.,  t.  XII,  p.  182,  Prenostication  de 
Songe  creux  (vers  1527)  : 


Maintes  femmes  sont  soubz  les  cieulx 
Lesquelles  auront  si  diverse 
.4u  cul  passion  qu'en  maintz  lieulx 
Trébucheront  à  la  renverse, 
ou  encore  Ane.  poe's.  fr.,  t.  I,  p.  167,  La  vraye 
médecine  : 

Si  vos  filles  mal  adverties 
N'ont  aucune  occupation, 
Frottez  leur  [bien]  le  cul  d'orties  r 
Elles  auront  au  cul  passion.  (C.) 
202.  Il  s'agit  des  sacs  contenant  les  pièces 
de  procédure.  On  les  suspendait  à  des  crochets, 
lorsque  l'examen  de  la  cause  était  diflféré.  Cf. 
A.  du  Saix,  Esperon  de  discipline  : 
Ayez  argent,  il  vous  sera  vendu, 
Sinon,  au  croc  le  procès  est  pendu.  (P.) 
205.  Docteurs,  à  cause  du  bourrelet  qui  gar- 
nissait leur  bonnet.  (C.) 

20|.  Éplucheurs  minutieux.  Cf,  1.  I,  ch.  xx, 
n.  39. 

205.  Faux  dévots.  Cf.  1.  I,  n.  23. 

206.  R.  compare  les  syphilides  crustacées 
au  pain  dont  la  croûte  s'est  soulevée  et  séparée 
de  la  mie  au  cours  de  la  cuisson.  (D.) 


PROLOGUE    DE    L AUTHEUR 


25 


guarni/i  de  altération  inextinguible  et  manducation  insatiable.  Pourquoy  ? 
Poiirce  quili  ne  sont  de  bien,  ains  de  mal,  et  de  ce  mal  duquel  journelle- 

240  ment  à  Dieu  requérons  eslre  délivre^,  quoy  qu'ils  contrefacent  quelques  foys 
des  gueux ^°\  Oncques  vieil  cinge  ne  feit  belle  moue''°^.  Arrière,  mastins! 
Hors  de  la  quarriere,  hors  de  mon  soleil,  cahuaille-°^  au  Diable!  Fene^  vous 
icy  cidletans  articider  ^'°  mon  vin  et  compisser  mon  tonneau  ?  Voye^^  cy  le  bas- 
ton  que  Diogenes  ^"  par  testament  ordonna  estre  près  luv  posé  après  sa  mort 

245  pour  chasser  et  esrener  ^'^  ces  larves  ^ ' '  bustuaires  ^^"^et  mastins  cerbericques  ^'\ 
Pourtant  arrière,  cagot^f  Aux  ouailles'''^,  mastins!  Hors  d' icy,  caphards,  de 
par  le  Diable  hay!  Este-^  vous  encores  là?  Je  renonce  ma  part  de  Papima- 
nie  ^^\  si  je  vous  happe.  G22.  g222.  g222222  ~'^.  Davant  davani!  Iront  il^  ? 
Jamais  ne  puissiez  vous  jianter  que  à  sanglades  d'estrivieres^'^,  jamais  pisser 

250  que  à  restrapade^''°,  jamais  eschauffer  que  à  coups  de  baston  ^^'  / 


Ligne  238.  E  :  garnis  d'altération  —  1. 
E  :  errener  —  1.  248.  E  :  Devant,  devant 
jamais...  estrapade  manque —  1.  250.  A,  E 

207.  Mendiants.  Allusion  aux  ordres  men- 
diants. Cf.  1.  I,  ch.  Liv,  n.  12  :  «  gueux  mitou- 
flez.  » 

208.  Cf.  Villon.  Test.  v.  439. 

Tousjours  viel  cinge  est  desplaisant. 

209.  Moinaille,  dérivé  de  cahuet  capuchon. 

210.  Rédiger  une  accusation  en  articles. 
Cf.  l.II,  ch.  XXXIV,  1.  43.  (P.) 

211.  C'est  vraisemblablement  aux  Apo- 
phtegmes de  Plutarque,  traduits  en  latin  par 
Erasme,  que  R.  emprunte  ce  détail.  Voir  Apoph. 
Diogène,  107.  Il  est  rapporté  également  par 
Cicéron,  Tuscuïanes,  1,45,  104.  (P.) 

212.  Rompre  les  reins,  éreinter.  Cf.  1.  I, 
ch.  XXVII,  n.  70. 

213.  Ailleurs,  ch.  x,  R.  compare  les  moines 
à  des  farfadets. 

214.  Funéraires.  Néologisme,  du  latin  his- 
tum,  bûcher. 

215.  De  l'enfer,  semblables  à  Cerbère. 

216.  Aux  moutons!  cri  des  bergers,  pour 
lancer  leurs  chiens  à  la  garde  du  troupeau. 


241.  E  :  singe  —  1,  245.  E  :  et  manque  — 
—  1.  249.  E  :  qu'à  —  I.  249-250.  A,  E  : 
:  jamais  ne  puissiez  vous  eschauffer  qu'à. 

217.  A  la  locution  usuelle  :  ma  part  de  para- 
dis, R.  substitue  ici  Papimanïe,  pays  de  cocagne 
pour  les  dévots  Papimanes.  Le  Quart  livre  dé- 
crira longuement  ce  pays,  ch.  xlviii-liv.  (P.) 

218.  Autre  cri  des  bergers  pour  exciter  leurs 
chiens  à  courir. 

219.  En  stimulant  la  contraction  des  muscles 
abdomino-pelviens,  la  flagellation  peut  favori- 
ser la  défécation.  «  Campanella,  note  Brémond, 
dit  avoir  connu  un  prince  incommodé  d'une 
constipation  si  grande...  que  le  seul  moyen 
qu'il  eût  de  se  procurer  une  selle  était  de  se 
faire  fouetter.  »  (D.) 

220.  Sur  le  supplice  de  Yestrapade,  voir  1.  H, 
ch.  XII,  n.  95.  Peut-être  le  mot  est-il  pris  ici 
dans  son  sens  étymologique  :  strappata,  en  ita- 
lien, trait  de  corde. 

221.  Allusion  aux  effets  de  la  flagellation 
sur  l'ardeur  amoureuse.  J.  H.  Meibomius  a,  sur 
ce  sujet,  publié  un  ouvrage  :  Epistola  de  flagro- 
ritm  usu  in  re  veiierea  et  himboruni  reutwique 
officia  (Leyde,  1629,  in- 12  et  nombreuses  éd. 
postérieures.)  (D.) 


LE   TIERS    livre. 


Comment  Pantagruel   transporta  une  colonie 
de  Utopiens  en  Dipsodie. 


Chapitre  I. 


Pantagruel  ',  avoir-  entièrement  conquesté  le  pays  de  Dipsodie,  en 
5  icelluy  transporta  une  colonie  de  Utopiens  en  nombre  de  9876543210 
hommes  ',  sans  les  femmes  et  petitz  enfans  *,  artizans  de  tous  mestiers, 
et  professeurs  de  toutes  sciences  libérales,  pour  ledict  pays  refraichir, 
peupler  et  orner,  mal  autrement  habité  et  désert  en  grande  partie. 
Et  les  transporta  non  tant  pour  l'excessive  multitude  d'hommes  et 
10  femmes,  qui  estoient  en  Utopie  multipliez  comme  locustes  ^  (vous 
entendez  assez,  ja  besoing  n'est  d'adventaige  vous  l'exposer,  que  les 
Utopiens  avoient  les  genitoirestant  féconds  et  les  Utopienes  portoient 


Ligne  4.  E  :  avoit  —  E  :  pais  —  1.  5.  E  :  iceluy  —  1.  6.  E  :  peiis  —  E  :  artisans  — 
1.  7.  E  :  refraischir  —    1.   11.   E  :  d'aveniage  —  1.  12.  E  :   Uiopiennes 


1.  R.  reprend  son  récit  de  la  campagne  de 
Pantagruel  contre  les  Dipsodes,  au  point  où  il 
l'avait  interrompu,  1.  II,  chap.  xxxi  (t.  IV, 
p.  3  2  5  )  pour  raconter  «  comment  Panurge  traicta 
son  prisonnier  le  roy  Anarche.  »  Mais  on  remar- 
quera que,  dès  ce  premier  chapitre,  la  disserta- 
tion ou  l'exposé  des  idées  va  l'emporter  sur  le 
récit  dans  des  proportions  que  nous  n'avions 
pas  encore  rencontrées  chez  R.  (P.) 

2.  Après  avoir.  Cette  construction  elliptique, 
qui  se  rencontre  ici  pour  la  première  fois  dans 
le  texte  de  R.,  est  rare  chez  les  autres  écrivains. 
La  sotie  des  Béguins  (1524)  en  fournit  un 
exemple  : 


Doncques  Bon  Temps,  nostre  père  et  ami. 
Retournez  cy,  avoir  vu  les  présentes. 
Recueil  Picot,  1.  II,  p.  287.  (P.) 

3.  Au  ch.  XXXI  du  1.  II,  la  colonie  n'était 
que  de  1856011. 

4.  Imitation  burlesque  d'une  locution  bi- 
blique. Cf.  I.  I,  ch.  XVII,  n.  13.  On  trouve  le 
même  trait  plaisant  dans  Coccaie,  1.  XXII, 
p.  314. 

5.  Criquets,  ou  acridiens,  variété  de  sau- 
terelles redoutées  en  Orient  pour  leurs  ravages 
(surtout  le  criquet  pèlerin,  Schistocerca  peregri- 
na  Oliv.)  (D.) 


28  LE   TIERS    LIVRE 

matrices  tant  amples,  gloutes^,  tenaces,  et  cellulées"  par  bonne  archi- 
tecture, que,  au  bout  de  chascun  neufvieme  moys,  sept  enfans  pour 

15  le  moins,  que  masles  que  femelles,  naissoient  par  chascun  mariage,  à 
l'imitation  du  peuple  Judaïc  en  vEgypte,  si  de  Lyra  ^  ne  delyre)  non 
tant  aussi  pour  la  fertilité  du  sol,  salubrité  du  ciel  et  commodité  du 
pays  de  Dipsodie,  que  pour  icelluy  contenir  en  office  et  obéissance 
par  nouveau  transport  de  ses  antiques  et  feaulx  subjectz,  lesquelz  de 

20  toute  mémoire  autre  seigneur  n'avoient  congneu,  recongneu,  advoué 
ne  servy,  que  luy,  et  les  quelz  des  lors  que  nasquirent  et  entrèrent  on 
monde,  avec  le  laict  de  leurs  mères  nourrices  avoient  pareillement 
sugcé  la  doulceur  et  debonnaireté  de  son  règne,  et  en  icelle  estoient 
tousdis  ^  confictz  et  nourriz  :  qui  estoit  espoir  certain  que  plus  tost 

25  defauldroient  de  vie  corporelle  que  de  ceste  première  et  unicque  sub- 
jection  naturellement  deue  à  leur  prince,  quelque  lieu  que  feussent 
espars  et  transportez;  et  non  seulement  telz  seroient  eulx  et  les  enfans 
successivement  naissans  de  leur  sang,  mais  aussi  en  ceste  feaulté 
et  obéissance  entretiendroient  les   nations  de   nouveau  adjoinctes  à 

30  son  empire.  Ce  que  véritablement  advint,  et  ne  feut  aulcunement 


Ligne  13.  E:  glouttes  —  1.  14.  A,  E:  neufviesme  — 1.  15.  E:  nayssoieni  —  1.  16.  E  : 
lyra  —  1.  17.  E  :  de  sol  —  1.  20.  A  :  aultre  —  E  :  cogneii,  recogneu  —  1.  21.  E  : 
entrèrent  au  —  1. 23.  E  :  succé  —  1.  24.  E  :  tandis —  1.  26.  E  :  fussent  —  1.  28.  E  :  n'ays- 
sans  —  A  :  mays  —  1.  29.  E  :  entretiendroyent  —  1.  30.  E  -.fut  aucunement 

6.  Gloutonnes.  Cf.  ci-dessous,  ch.  xxvii.  d'un  commentaire  de  la  Bible.  Cf.  1.  II,  ch.  iv, 

7.  Ce  mot  de  cellulées  perpétue  une  vieille  n.  23.  Dans  son  commentaire  sur  VExode,\,'], 
erreur  anatomique  déjà  ébauchée  dans  Galien  il  dit,  en  effet  :  «  Dicunt  Hebrei  quod  mulieres 
(JDe  usupartiiim,  XIV,  4),  qui  divisait  la  matrice  hebreaa,  in  quolibet  partu,  pariebant  plures 
en  deux  cavités.  Pour  Hali-Abbas,  elle  compor-  pueros  et  aliquando  usque  ad  quatuor,  ali- 
tait trois  loges.  Chauliac  parle  de  «  sept  récep-  quando  usque  ad  sex.  »  Le  nom  de  Lyra  avait 
tacles  »  (éd.  Nicaise,  p.   67).  Bonaceolus  et  déjà  prêté  à  un  jeu  de  mots  latin  : 

Ennéas  en  compteront  dix  !  Béranser  de  Carpi  _  , 

r       ■  .  .     1  •  Si  Lyra  non  lyrasset, 

protesta  contre    ces   fantaisies   et,  après  lui,  ^    ^^  ^  ^. 

Ambroise  Paré  :  «  Ne  faut  chercher,  dit  ce  der- 


Luther  non  delirasset. 


nier  (1.  III,  ch.  34)  autres  cellules  et  cachots  en  Cf.  R.  E.  R.,  VIII,  301 .  (P.) 
l'amarry,  que  les  anciens  ont  imaginé  estre  9.  Toujours.  Archaïsme,   qu'on   rencontre 

infinis,  que  ceste  partie  dextre  et  senestre.   »  dans  Gréban  et  dans  Jean  Le  Maire.  Il  s'est 

(D.)  conservé    en    picard.     Voir    Sainéan,    t.    II, 

8.  Nicolas  de  Lyra,  franciscain  italien,  auteur  p.  104. 


CHAPITRE    I  29 

frustré  en  sa  délibération.  Car  si  les  Utopiens,  avant  cestuy  transport, 
avoient  esté  feaulx  et  bien  recongnoissans,  les  Dipsodes,  avoir  peu  de 
jours  avecques  eulx  conversé,  l'estoient  encores  d'adventaige,  par  ne 
sçay  quelle  ferveur  naturelle  en  tous  humains  au  commencement  de 

35  toutes  œuvres  qui  leur  vienent  à  gré.  Seulement  se  plaignoient, 
obtestans  tous  les  cieulx  et  intelligences  motrices  '°,  de  ce  que  plus 
toust  n'estoit  à  leur  notice  venue  la  renommée  du  bon  Pantagruel. 

Noterez  doncques  icy,  Beuveurs,  que  la  manière  d'entretenir  et  rete- 
nir pays  nouvellement  conquestez  n'est  (comme  a  esté  l'opinion  erro- 

40  née  de  certains  espritz  tyrannicques  à  leur  dam  et  deshonneur)  "'  les 
peuples  pillant,  forçant,  angariant  '^  ruinant,  mal  vexant  et  régissant 
avecques  verges  de  fer  :  brief,  les  peuples  mangeant  et  dévorant,  en  la 
façon  que  Homère  appelle  le  roy  inique  Demovore  '^  c'est  à  dire  man- 
geur  de  peuple.  Je   ne  vous  allegueray  à  ce  propous   les   histoires 

45  antiques,  seulement  vous  revocqueray  en  recordation  de  ce  qu'en  ont 
veu  vos  pères,  et  vous  mesmes,  si  trop  jeunes  n'estez.  Comme  enfant 
nouvellement  né  les  fault  alaicter,  berser,  esjouir.  Comme  arbre  nou- 
vellement plantée  les  fault  appuyer,  asceurer,  défendre  de  toutes 
vimeres  '\  injures  et  calamitez.  Comme  personne  saulvé  de  longue 

50  et  forte  maladie  et  venent  à  convalescence  les  fault  choyer,  espargner, 
restaurer.  De  sorte  qu'ilz  conçoipvent  en  soy  ceste  opinion,  n'estre 
on  monde  roy  ne  prince,  que  moins  voulsissent  ennemy,  plus 
optassent  amy.  Ainsi  Osiris,  le  grand  roy  des  ^Egyptiens  '\  toute  la 


Ligne  32.  E:avoyent  —  1.  33.  E  :  avec  —  E  :  d'aventage  —  l.  35.  A,  E  :  viennent.  — 
1.  37.  A,  E  :  tost  —  1.  38.  E  :  donc  —  1.  39.  E  :  comme  ha  esté  —  1.  40.  E  :  esperiti  — 
1.  41 .  A  :  forciant  —  1.  42.  E  :  avec  —  1.  43  •  A  :  facion  —  A  :  o-riao^ôpov  ;  E  :  Demo- 
borom  —  1.  44.  E  -.propos  —  1.  45.  E  :  r évoquer ay  —  1.  46.  E  :  n  estes  —  E  :  enfans  — 
1.  47.  E:  nei  —  E  :  allaiçter  —  1.  48.  A  :  appuyr  —  A,  E  :  asseurer  —  1.  49.  E  :  saul- 
vée  —  1.  50.  A,  E  :  venant  —  1.   5 1.  E  :  conçoivent  —  1.  52.  E  :  a«  monde 

10.  Dans  l'astronomie  d'Aristote,  chaque  12.  Écraser  par  des  corvées.  Voir  Sainéan, 
sphère  est  mue  par  un  moteur  propre.  A  ces      t.  II,  p.  72. 

moteurs   la  Scolastique  avait   donné  le  nom  13.  Le  mot   se  trouve  dans  les  reproches 

^'intelligences.  Cf.  Gilson,  op.  cit.,  p.  74.  (P.)  d'Achille  à  Agamemnon,  Iliade,  I,  231  :  hy\^o- 

11.  R.   vise  vraisemblablement  Machiavel,  6opo;  paaiXeù?,  â-î oj-ctoavoraiv  avâacjst;.  (P.) 
dont  le  livre  fut  publié  en  1532,  lu  et  discuté  14.  Orages.  Terme  poitevin. 

en  France  après  le  mariage  de  Henri  II  et  de  15.  Ce  développement  sur  Osiris  est  em- 

Catherine  de  Médicis  (1535).  (P.)  prunté  à  Plutarque,  De  Isidc  et  Osiride,  ch.  12, 


30  LE   TIERS    LIVRE 

terre  conquesta,  non  tant  à  force  d'armes,  que  par  soulaigement  des 

5  5  angaries,  enseignemens  de  bien  et  salubrement  vivre,  loix  commodes, 
gratieuseté  et  biensfaicts.  Pourtant  du  monde  feut  il  surnommé  le 
grand  roy  Evergetes  (c'est  à  dire  bienfaicteur)  par  le  commendement 
de  Juppiter  faict  à  une  Pamyle. 

Defaict  Hésiode   en  sa  Hiérarchie  '^  colloque    les    bons  daemons 

60  (appeliez  les  si  voulez  anges  ou  génies)  comme  moyens  et  médiateurs 
des  dieux  et  hommes,  supérieurs  des  hommes,  inférieurs  des  dieux. 
Et  pource  que  par  leurs  mains  nous  advienent  les  richesses  et  biens 
du  ciel  et  sont  continuellement  envers  nous  bienfaisans,  tousjours 
du  mal  nous  praeservent,  les  dict  estre   en  office  de  roys  :  comme 

65  bien  tousjours  faire,  jamais  mal,  estant  acte  unicquement  royal  '^ 
Ainsi  feut  empereur  de  l'univers  Alexandre  Macedon.  Ainsi  feut  par 
Hercules  '^  tout  le  continent  possédé,  les  humains  soullageant  des 
monstres,  oppressions,  exactions  et  tyrannies,  en  bon  traictement 
les  gouvernant,  en  équité  et  justice  les  maintenant,  en  bénigne  police 

70  et  loix  convenentes  à  l'assiete  des  contrées  les  instituent,  suppliant  à 
ce  que  deffailloit,  ce  que  abondoit  avalluant  '^  et  pardonnant  tout 
le   passé,  avecques  oubliance  sempiternelle  de  toutes  offenses  praece- 


Ligne  54.  E  :  soulagement  —  I.  55.  E  :  angariei,  enseignement  —  I.  56.  A  :  bien- 
faicti  —  E  :  fut  —  1.  57.  E  :  bien/acteur  —  E  :  commandement  —  1.  58.  A,  E  :  Jupiter 
—  1.  59.  A  :  collocque  —  E  :  démons  —  1.  60.  A,  E  :  ou  génies  manque  —  1.  62.  A,  E  : 
adviennent  —  1.  64.  E  :  preservans  —  1.  66.  E  :  fut  —  1.  67.  A  :  soullaigeant  ;  E  :  sou- 
lageant —  1.  69.  A,  E  :  équité  —  1.  70.  A,  E  :  convenantes  —  A,  E  :  instituant  —  1.  71. 
E  :  ravallant  —  1.  72,  E  :  avec  —  A,  E  :  toutes  les  offenses  —  E  :  précédentes 


355.  Pamyle  était  une  femme  de  Thèbes,  qui  jours,  128)  est  rapportée  dans  un  traité  de  Plu- 

entendit  un  jour  une  voix  sortant  du  temple  tarque  bien  connu  de  R.,  le  De  defectii  oraculo- 

de  Jupiter  et  lui  ordonnant  d'annoncer  la  nais-  rum.  (P.) 

sance  d'un  grand  roi  bienfaiteur,  Osiris.  (P.)  18.  Ce  rapprochement  entre  Alexandre  et 

16.  Référence    inexacte    :    c'est    dans    les  Hercule  est  emprunté  à  Plutarque,  De  Alexan- 
Œuvres  et  jours,  v.   122,  que  se  trouve  cette  dri  fortuna.  (P.) 

qualification  des  bons  dévions.  R.  l'a  d'ailleurs  19,  Evaluer,  ramener  à  sa  valeur  réelle.  Cf. 

vraisemblablement  empruntée  au  même  traité  ch.  l  :  «  Ceulx  qui  a  profict  plus  évident  la 

de  Plutarque,  ch.  26.  (P.)  veulent  avalluer.  »  Archaïsme.  Voir  Sainéan, 

17.  Cette   sentence   d'Hésiode   (Œuvres  ei  t.  II,  p.  106. 


CHAPITRE    I  ^j 

dentés  '°,  comme  estoit   la  Amnestie  ''   des   Athéniens,    lors    que 
feurent  par  la  prouesse  et  industrie  de  Thrasybulus  les  tyrans  exter- 

75  minez,  depuys  en  Rome  exposée  par  Ciceron  --  et  renouvellée  soubs 
l'empereur  Aurelian  ^\ 

Ce  sont  les  philtres  '^  iynges  '^  et  attraictz  d'amour,  moienans  les- 
quelz  pacificquement  on  retient  ce  que  péniblement  on  avoit  con- 
questé.  Et  plus  en  heur  ne  peut  le  conquérant  régner,  soit  roy,  soit 

80  prince  ou  philosophe,  que  faisant  Justice  à  Vertus  succéder.  Sa  vertu 
est  apparue  en  la  victoire  et  conqueste,  sa  justice  apparoistra  en  ce 
que  par  la  volunté  et  bonne  affection  du  peuple  donnera  loix,  publiera 
edictz,  establira  religions,  fera  droict  à  un  chascun  ^^  comme  de  Octa- 
vian  Auguste  dict  le  noble  poëte  Maro  : 

85  II,  qui  estoit  victeur,  par  le  vouloir 

Des  gens  vaincuz  faisoit  ses  loix  valoir  ^' . 

C'est  pourquoy  Homère,  en  son  Iliade  ^^  les  bons  princes  et  grands 


Ligne  73.  E  :  T Amnestie —  1.  74.  E  :  furent  —  1.  75.  E  :  depuis  —  A  :  Ronime  —  1.  77. 
E  :  linges  —  E  :  moyennant  —  1.  79.  E:  peult  —  1.  80.  E  :  vertu  —  1.  86.  E  :  les  loix 


20.  La  source  probable  de  R.  est  ici  encore  24.  Charme.  Néologisme,  du  grec  çt'ÀToov, 
Érasme,  Adages,  II,  i,  94  :  AV  malorum  memi-  même  sens. 

7ieris,  qui  rapporte  à  la  fois  la  clémence  de  25.  Sortilèges.    Néologisme,  du   grec  Tuy?, 

Thrasybule  et  la  mention  qu'en  fit    Cicéron  qui  désigne  soit  la  bergeronnette,  soit  le  tor- 

dans  un  de  ses  discours.  (P.)  col,  oiseau  qui  jouait  un  rôle  dans  les  incanta- 

21.  Néologisme.  Le  mot  ne  passa  dans  la  tions  magiques.  Cf.  Théocrite, /rfy//e II,  v.  17. 
langue  qu'au  xviie  s.  et  avec  la  forme  amnistie.  (D.) 

Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  40.  A  la  fin  du  xvi^  s.,  26.  Cette  phrase  semble  traduite  du  com- 

Guillaume  du  Vair,  citant  la  loi  de  Thrasybule  mentaire  que  donne  Servius  du  vers  des  Géor- 

l'appelle  la  loy  d'otiUiance,  V oulilia7ice perpét nette .  giques  (IV,  5  59)  :  «  Unum  virtutis  est,  aliud  est 

Remontrance  aux  Imhitants  de  Marseille,  éd.  Ra-  justitiae   :  nam  vincere  virtutis  est,   volentibus 

douant,  p.  194.  (P.)  imperare  jiistiiiœ.  «  R.  E.  R.  IV,  352. 

22.  Au  début  de  la  première  P/ji7î/)/»/^?<^,  I,  I.  27.  VirgWe,  Géorgiqiies,ÏV,v.  559etsuiv. 

23.  Voir  Vopiscus,  Vita  Auretii,  39  :  «  Am-  Caesar  dum  magnus  ad  altum 
nestia  etiàm  sub  eo  delictorum  publicorum  Fulminât  Euphraten  bello,  victorque  votentes 
décréta  est  de  exempta  Attieniensium,  cujus  rei  Per  populos  dat  jura.  (P.) 

etiam  Tutlius  in  Pt?ilippicis  meminit.  V  (P.)  28.  Voir  Iliade,    ch.    i,   vers    375    et    III, 


3  à  LE   TIERS   LIVRE 

roys  appelle  xoffixrjTopac  Xawv,  c'est  à  dire  ornateurs  des  peuplés.  Telle 
estoit    la   considération    de    Numa    Pompilius   ^^    roy    second    des 

90  Romains,  juste,  politic  et  philosophe,  quand  il  ordonna  au  dieu 
Terme,  le  jour  de  sa  feste,  qu'on  nommoit  Terminales,  rien 
n'estre  sacrifié  qui  eust  prins  mort,  nous  enseignant  que  les  termes, 
frontières  et  annexes  des  royaulmes  convient  en  paix,  amitié,  debon- 
naireté  guarder  et  régir,  sans  ses  mains  souiller  de  sang  et  pillerie. 

95  Qui  auîtrement  faict  non  seulement  perdera  l'acquis,  mais  aussi 
pâtira  ce  scandale  et  opprobre  qu'on  le  estimera  mal  et  à  tort  avoir 
acquis,  par  ceste  conséquence  que  l'acquest  luy  est  entre  mains  expiré. 
Car  les  choses  mal  acquises  mal  dépérissent  '°,  et  ores  qu'il  en  eust 
toute  sa  vie  pacificque  jouissance,  si  toutesfoys  l'acquest  dépérit  en 

100  ses  hoirs  '\  pareil  sera  le  scandale  sus  le  defunct,  et  sa  mémoire  en 
malédiction,  comme  de  conquerent  inique.  Car  vous  dictez  en  pro- 
verbe commun  :  «  Des  choses  mal  acquises  le  tiers  hoir  ne  jouira.  » 
Notez  aussi,  Goutteux  fieffez,  en  cestuy  article,  comment  par  ce 
moyen   Pantagruel  feit  d'un   ange  deux,  qui   est   accident  opposite 

105  au  conseil  de  Charles  Maigne,  lequel  feist  d'un  diable  deux  quand  il 
transporta  les  Saxons  en  Flandre  et  les  Flamens  en  Saxe  ''.  Car,  non 
povant  en  subjection  contenir  les  Saxons  par  luy  adjoincts  à  l'empire, 


Ligne  88.  E  :  Kosmitoras  laon  —  1,  94.  E  :  garder  —  1.  95.  E  :  autrement  —  E  : 
perdra  —  1.  96.  A,  E  :  Vestimera  — 1.  98.  E  :  aquises — 1.  99.  E:  toutesfois  —  1.  loi.  A, 
E  :  conquérant  —  E  :  dictes — 1.  102.  E  :  jouyra  —  1.  104.  E  :  fist  —  1.  105.  E  :  Charle- 
maigne  —  A,  E  :  feit  —  1.  106.  A,  E  :  Flandres  —  1.  107.  E  :  pouvant 

V.  236.  R.  pouvait  connaître  ce  texte  par  un  et  commentée  par  Érasme,  Adages,  I,  7,  82. 

ouvrage  de  Plutarque  qu'il  a  cité  dans  le  Pro-  Voir  i?.  E.  R.,  VI,  228,  VII,  366 et  X,  377.  (P.) 
logue,  les  Symposjaca,  ch.  i.  (P.)  31.  Traduction  d'un  dicton  latin  qui  avait 

29.  Emprunté  à  Plutarque,  Ouestiones  roma-  cours  au  moyen  âge  : 

nae,  15.  R.  suit  de  près  le  texte  grec  :  No'juâ;  De  maie  quaesitis,  vix  gaudet  tertius  haeres. 

Ô£  HofjL-îXio;,  àvrjp  0''y.a'.o;  xaî  tzoÀit'.zÔ;  tov,  zal  (P.) 

«piXdaoço;  Ysvo'tAHvoç...  wexo  o£Ïv  ai'aaTo; -/.al  spd-  32.  R.   connaissait    vraisemblablement   par 

vou  xaôapôv  zal  àtxîavTov  oiasuXxT-Eiv.  »  (P.)  quelque  roman  de  chevalerie  ou  quelque  vieille 

30.  Sentence  du  poète  latin  Naevius,  citée  chronique  cet  épisode  de  l'histoire  de  Charle- 
par  Cicéron,  Philippiques,  II,  27,  63  :  magne,  rapporté  par  le  chroniqueur  Sigebert, 

Maie  parta,  maie  dilabuntur,  pour  l'an  802.  (P.) 


CHAPITRE    i 


33 


que  à  tous  momens  n'entrassent  en  rébellion,  si  par  cas  estoit  dis- 
traict  en  Hespaigne,  ou  autres  terres  loingtaines,  les  transporta    en 

no  pays  sien  et  obéissant  naturellement,  sçavoir  est  Flandres  ;  et  les 
Hannuiers  ''  et  Flamens,  ses  naturelz  subjectz,  transporta  en  Saxe,  non 
doubtant  de  leur  feaulté,  encores  qu'ilz  transmigrassent  en  régions 
estranges.  Mais  advint  que  les  Saxons  continuèrent  en  leur  rébellion 
et  obstination  première,  et  les  Flamens  habitans  en  Saxe   embeurent 

115   les  meurs  et  contradictions  des  Saxons  '*. 


Ligne  108.  E  :  qu'à  tous  —  I.  109.  A  :  aultres 


33.  Habitants  du  Hainaut. 

34.  Ce  premier  cliapitre  offre  en  raccourci 
l'image  du  Tiers  Livre.  Quelques  lignes  de  nar- 
ration :  Pantagruel  transporta  en  Dipsodie  une 
colonie  d'Utopiens,  fournissent  à  R.  l'occasion 
d'une  dissertation  de  trois  pages  sur  la  coloni- 
sation pacifique,  qui  se  rattache  au  portrait  du 


souverain  idéal  décrit  dans  Gargantua,  ch.  xxxii, 
XLVi,  L.  Ces  considérations  sur  la  politique 
bienveillante  qu'il  convient  de  pratiquer  à 
l'égard  des  peuples  nouvellement  conquis  sont 
le  fruit  des  observations  qu'il  avait  faites  en 
Piémont  auprès  de  Guillaume  du  Bellay.  Cf. 
A.  Lefranc,  R.  XVh  s.,  1914,  p.  285-288. (P.) 


LE  TIERS  LIVRE. 


Comment  Paniirge  feiit  faict  chaskUain  de  Sahniguondin 
en  Dipsodie,  et  mangeait  son  bkd  en  herbe. 


Chapitre  II. 

Donnant  Pantagruel  ordre  au  gouvernement  de  toute  Dipsodie  \ 
5  assigna  la  chastellenie  de  Salmiguondin  ^  à  Panurge,  valent  par  chas- 
cun  an  6789106789  royaulx  '  en  deniers  certains,  non  comprins  l'incer- 
tain revenu  des  hanetons  et  cacquerolles  ^,  montant  bon  an  mal  an 
de  2435768  a  2435769  moutons  à  la  grande  laine  '.  Quelques  foys  reve- 
noit  à  1234554321  seraphz  ^,  quand  estoit  bonne  année  de  cacque- 
10  rolles  et  hanetons  de  requeste  ".  Mais  ce  n'estoit  tous  les  ans.  Et  se 
gouverna  si  bien  et  prudentement  Monsieur  le  nouveau  chastellain, 
qu'en  moins  de  quatorze  jours  il  dilapida  le  revenu  certain  et  incertain 


Ligne  i.  E  :  fut  —  A,  E  :  Salmigondin  —  1.  5.  E  :  chasteleiue  —  A,  E  :  Salmigondin 
—  Eivallant  —  1.  6.  E  :  6/8pioyS^  —  E  :  nom  comprins  —  1.  6-7.  E  :  Tincertation  du 
revenu  —  1.  8.  E  •.fois  —  1.  9.  E  :  seraph  —  I.  1 1.  E  :  prudemment  —  E  :  chastelain  — 
1.   12.  A,  F  :  certain  incertain 


1.  Les  chapitres  ii,  m  et  iv  se  rattachent 
encore  à  la  conquête  de  Dipsodie,  la  geste 
principale  du  Pantagruel,  puisqu'ils  nous 
montrent  comment  se  comporta  Panurge  après 
la  victoire.  En  fait,  ce  personnage  nous  est 
présenté  ici  sous  un  nouveau  jour.  Ce  n'est  plus 
le  type  de  l'homme  adroit  et  rusé,  c'est  un  rhé- 
teur, qui  excelle  à  trouver  des  arguments 
variés  et  inattendus  pour  développer  cette  thèse 
paradoxale  :  qu'il  est  bon  de  s'endetter.  (P.) 

2.  Ce  fief,  au  1.  II,  ch.  xxxii,  avait  été 
donné  à  maître  Alcofribas  lui-même.  Cf. 
t.  IV,  p.  336  etn.  30. 

3.  Les  royaux,  ou  francs  à  pied,  étaient  une 
monnaie  d'or,  usitée  depuis  Charles  V  jusqu'à 


Charles  VII.  Elle  vaudrait  15  à  14  francs-or. 
(C.) 

4.  Escargots.  En  languedocien  :  cagalaus. 
C'est  le  petit  gris,  escargot  comestible  :  Hetix 
aspersa  Mùll.  (D.) 

5.  Pièces  d'or  marquées  sur  une  de  leurs 
faces  d'un  agnus  dei.  Cf.  1. 1,ch.  viii,  n.  125. 

6.  Monnaie  égyptienne  ou  persane.  Cf.  1.  I, 
ch.  VIII,  n.  113. 

7.  Quand  les  hannetons  étaient  recherchés. 
Sur  le  sens  de  cette  expression,  cf.  A.  du  Saix, 
Esperon  de  discipline,  {°  II,  ro  : 

Il  peust  venir  qu'après  le  corps  defunct 
Encor  auront  ces  relicques  requeste.        (P.) 


CHAPITRE    II  3  5 

de  sa  chastellenie  pour  troys  ans.  Non  proprement  dilapida  ^  comme 
vous  pourriez  dire  en  fondations  de  monastères,  érections  de  temples, 

15  bastimens  de  coUieges  et  hospitaulx,  ou  jectant  son  lard  aux  chiens  ^ 
mais  despendit  en  mille  petitz  bancquetz  et  festins  joyeulx  ouvers  à 
tous  venens,  mesmement  tous  bons  compaignons,  jeunes  fillettes  et 
mignonnes  gualoises  '°,  abastant  boys,  bruslant  les  grosses  souches 
pour  la  vente  des  cendres,  prenent  argent  d'avance,  achaptant  cher, 

20  vendent  à  bon  marché,  et  mangeant  son  bled  en  herbe  ". 

Pantagruel,  adverty  de  l'aifaire,  n'en  feut  en  soy  aulcunement  indi- 
gné, fasché  ne  marry.  Je  vous  ay  ja  dict  et  encores  rediz  que  c'estoit 
le  meilleur  petit  et  grand  bon  hommet'^  que  oncques  ceigneït  espée. 
Toutes  choses  prenoit  en  bonne  partie,  tout  acte  interpretoit  à  bien  'K 

25  Jamais  ne  se  tourmentoit,  jamais  ne  se  scandalizoit.  Aussi  eust  il  esté 
bien  forissu  du  deificque  manoir  de  raison,  si  aultrement  se  feust 
contristé  ou  altéré.  Car  tous  les  biens  que  le  ciel  couvre  et  que  la 
terre  contient  en  toutes  ses  dimensions  :  haulteur,  profondité,  longi- 
tude et  latitude,  ne  sont  dignes  d'esmouvoir  nos  affections  et  trou- 

30  bler  nos  sens  et  espritz  '^. 

Seulement  tira  Panurge  à  part,  et  doulcettement  luy  remonstra  que 


Ligne  lé.  E  :  banqueii  —  E  :  joyeux  —  1.  17.  A,  E  :  venatis  —  E  :  à  tous  bon  — 
1.  18.  E  :  galoises  —  E  :  abattant  —  1.  19.  A,  E  :  prenant  —  E  :  acheptant  chier  — 
1.  20.  A,  E  :  vendant  —  I.  21.  E  :  fut  —  E  :  aucunement  —  1.  22.  E  :  fâché  —  E  : 
encore  redy — 1.  23.  A,  E  :  qu  oncques  ceignit  —  1.  25.  E  :  scandalisoit  —  1.  26.  E  : 
deifique  —  E  :  autrement  —  E  :  fust  —  1.  28.  A  :  profundité  —  1.  29.  E  :  noi   — 

I.  30.  E  :  noi  —  E  :  esperit^ 

8.  R.  joue  sur  le  mot,  qui  signifie  propre-  12.  Cf.  t.  IV,  p.  327,  1.  59  :  «  Je  ause  bien 
ment  disperser  les  pierres  d'un  édifice,  le  à.\r&  ({\xt  c'tstoxXlQtneilteur petit  bon  homme  ({m 
détruire.  Il  le  prend  au  sens  de  consumer  sa       fust  d'icy  au  bout  d'un  baston.  » 

fortune  en  édifices  de  pierres  (lapides).  (P.)  13.  C'est  la  définition  même  du  Pantagrué- 

9.  Cf.  Oudin,  Cîirî05i7e:5;,  p.  297  :  «  Il  ne  jette  lisme,  que  R.  vient  de  donner  dans  le  Pro/., 
pas  son  lard  aux  chiens.  »  On  dit  aujourd'hui  :       1.    206. 

«  Il  n'attache  pas   ses  chiens  avec  des  sau-  14.  Cette  ataraxie  épicurienne  est  le  prin- 

cisses.  »  (C.)  cipe  même  du  pantagruélisme,  qui  est  «  cer- 

10.  Galantes.  Cf.  1.  I,  ch.  vi,  n.  34.  taine  gayeté  d'esprit  conficte  en  mespris  des 

1 1 .  Expression  proverbiale.  Cf.  Anc.poés.fr. ,  choses  fortuites.  »  Quart  livre,  Prologue. 

II,  52,  V,  228,  VI,  22.  (P.) 


3  6  .  LE  TIERS   LIVRE 

si  ainsi  vouloit  vivre  et  n'estre  aultrement  mesnagier  '\  impossible 
seroit,  ou  pour  le  moins  bien  difficile,  le  faire  jamais  riche. 

«  Riche?  respondit  Panurge.  Aviez  vous  là  fermé  vostre  pensée? 

35  Aviez  vous  en  soing  pris  me  faire  riche  en  ce  monde?  Pensez  vivre 
joyeulx,  dé  par  li  bon  Dieu  et  li  bons  homs  '^  !  Autre  soing,  autre  soucy 
ne  soit  receup  on  sacrosainct  domicile  de  vostre  céleste  cerveau,  La 
sérénité  d'icelluy  jamais  ne  soit  troublée  par  nues  quelconques  de 
pensementpassementéde  meshaing  '^  etfascherie.  Vous  vivent  joyeulx, 

40  guaillard,  dehayt  '^  je  ne  seray  riche  que  trop.  Tout  le  monde  crie  : 
mesnaige,  mesnaige.'Mais  tel  parle  de  mesnaige,  qui  ne  sçayt  mie  que 
c'est.  C'est  de  moy  que  fault  conseil  prendre.  Et  de  moy  pour  ceste 
heure  prendrez  advertissement,  que  ce  qu'on  me  impute  à  vice  a  esté 
imitation  des  Université  et  Parlement  de  Paris  :  lieux  es  quelz  con- 

45  siste  la  vraye  source  et  vive  Idée  de  Pantheologie  '^  de  toute  justice 
aussi.  Haereticque  qui  en  doubte  et  fermement  ne  le  croyt.  Hz  tou- 
tesfoys  en  un  jour  mangent  leur  evesque,  ou  le  revenu  de  Tevesché 
(c'est  tout  un)  pour  une  année  entière,  voyre  pour  deux  aulcunes  foys  : 
c'est  au  jour  qu'il  y  faict  son   entrée  ^°.  Et  n'y  a  lieu  d'excuse,  s'il  ne 

50  vouloit  estre  lapidé  sus  l'instant. 

c(  A  esté  aussi  acte  des  quatre  vertus  principales*'  :de  Prudence,  en 

Ligne  32.  E  :  autrement  —  1.  33.  E  :  dificile  —  1.  35 .  E  :  prins  —  1.  3  6.  A  :  aultre  — 
1 .  3  7 .  E  :  receu  —  A  :  on  sacras  and  ;  E:  au  sacrosand  —  1 .  3  8 .  E  :  iceluy  —  1 .  39.  E  :  meshain 
— A,  E  :  vivant — 1.  40.  E  -.gaillard — 1.  40-41.  E  :  crye  mesnage,  mcsnage  —  1.  41.  E 
mesnage  —  E  :  scait  —  1-  45.  E  :  m'impute  —  E  :  ha  esté  —  1.  46.   A  :  aussy  —  E 
Hérétique —  E  :  croit  —  1.  46-47.  E  :  toutesfois  — 1.  48.  E  :  aucunes  fois  —  1.  49.  A 
lieux  —  1.  5 1 .  A  :  aussy 

15.  Ménager,  administrant  avec  économie  20.  Allusion  aux  banquets  qui  accompa- 
sa  maison.                                                               gnaient  l'entrée  solennelle  d'un  nouvel  évèque 

16.  Le  bon  Dieu  et  les  bons  hommes!  Sur      à  Paris. 

cette  locution,  voir  1.  II,  Prol.,  n.  73.  21.  Panurge  suit  ici  les  traditions  de  la  sco- 

17.  Chagrin.  Archaïsme.  Voir  Sainéan,  t.  II,  lastique  en  donnant  aux  quatre  vertus  dites 
p.  103.  aujourd'hui  cardinales  le  qualificatif  de  prin- 

18.  De  bonne  humeur.  Cf.  1.  I,  ch.  v,  cipales  ;  il  les  énumère  également  dans  l'ordre 
n.  97.  traditionnel.    Cf.    Gilson,    op.    cit.,    p.    74. 

19.  Théologie  universelle.  L'Université  de  Quant  au  paradoxe  que  R.  développe  ici,  il  se 
Paris  était  fameuse  surtout  par  sa  Faculté  de  rattache  à  certaines  argumentations  facétieuses, 
théologie.  (P.)  comme  l'éloge  de  la  goutte  et  l'éloge  de  la 


CHAPITRE   II 


37 


prenent  argent  d'avance,  car  on  ne  sçayt  qui  mord  ne  qui  rue".  Qui 
sçayt  si   le   monde  durera  encores  troys  ans  ?  Et  ores  qu'il  durast 
d'adventaige,  est  il  home  tant  fol  qui  se  ausast  promettre  vivre  troys 
55  ans? 

Oncq'  homme  n'eut  les  Dieux  tant  bien  à  main, 
Qu'asceuré  feust  de  vivre  au  lendemain  ^J. 

«  De  Justice  :  commutative  ^*,  en  achaptant  cher  (je  diz  à  crédit),  ven- 
dant à  bon  marché  (je  diz  argent  comptant).  Que  dict  Caton  en  sa 

éo  mesnagerie  sus  ce  propos?  Il  fault  (dict  il)  que  le  perefamiles''*  soit  ven- 
deur perpétuel  ^^  Par  ce  moyen  est  impossible  qu'en  fin  riche  ne 
devieigne,  si  tousjours  dure  l'apothecque  ^".  Distributive  :  donnant  à 
repaistre  aux  bons  (notez  bons)  et  gentilz  compaignons,  lesquelz 
Fortune  avoit  jecté,  comme  Ulyxes  ^^  sus  le  roc  de  bon  appétit,  sans  pro- 

65  vision  de  mangeaille,  et  aux  bonnes  (notez  bonnes)  et  jeunes  gua- 


Ligne  52.  A,  E  :  prenant  —  E  :  scait  —  1.  54.  E  :  d'advantage  —  A,  E  :  homme  — 
E  :  s'ausast  —  E  :  trois  —  1.  57.  E  :  asseuré  fust  —  1.  58.  E  :  je  dy  —  1.  59.  E  :  je  dy  — 
1.  éo.  E  :  père  de  famille  —  1.  61.  A  :  moien  —  1.  62.  E  :  devienne  —  E  :  î'apotheqne  — 
64.  E  :  jectei  —  1.  65-66.  A,  E  :  guaîoises  manque 


mouche    par   Lucien,   l'éloge  de  la  folie  par  tient   le  rapport  d'égalité  entre   ce  que  l'on 

Érasme,  et  à  d'autres  parodies  de  la  dialectique,  achète  et  ce  que  l'on  paye,  dans  les  transactions 

qui  se  rencontrent  dans  les  jeux  des  étudiants  commerciales.  La  justice  distributive  est  celle 

et  des  bazochiens.  (P.)  qui  donne  à  chacun  proportionnellement  à  ses 

22.  R.  joue  sur  le  premier  terme  de  l'ex-  mérites.  Cf.  Gilson,  op.  cit.,  p.  75,  (P.) 
pression  :  on  ne  sait  qui  meurt,  ni  qui  vit.  25.  Père  de  famille.  Néologisme,  du  latin 
Mord,  qui  peut  se  dire  d'un  cheval,  a  appelé  paterfamilias,  même  sens. 

par  association  d'idées  :  ruer.  (P.)  26.  Réminiscence  du  De  re  rustica,  2,  55,  7, 

23.  Traduction  de  deux  vers  de  Sénèque-le-  Patremfamilias  veiuiacein,  non  emacemesseopor- 
Tragique,  Thyeste,  61^  :  tet,    sentence  que   R.   pouvait   lire   dans  les 

Apophtegmes d'Èvasme,  Caton,  54.  Voir/?.  E.R., 

Nemo  tam  divos  habuit  faventes  VI,  228.  (P.) 

Crastinumut  posset  sibi  polliceri.      (P.)  27.  Provision.   Néologisme,   tiré    du    grec 

à:;o9r/.Ti,  même  sens.  (P.) 

24.  La  justice  commutative  est,  d'après  Aris-  28.  Allusion  au  naufrage  d'Ulysse  dans  l'île 
xote.  Ethique  à  Nicomaque,  V,  4,  celle  qui  main-  des  Phéaciens.  Voir  Odyssée,  v,  fin.  (P.) 


38  LE   TIERS    LIVRE 

loises  (notez  jeunes  :  carscelon  la  sentence  de  Hippocrates  -',  jeunesse 
est  impatiente  de  faim,  mesmement  si  elle  est  vivace,  alaigre,  brusque, 
movente,  voltigeante).  Lesquelles  gualoises  voluntiers  et  de  bon  hayt 
font  plaisir  à  gens  de  bien  et  sont  platonicques  et   ciceronianes  '" 

70  jusques  là  qu'elles  se  reputent  estre  on  monde  nées  non  pour  soy  seu- 
lement, ains  de  leurs  propres  personnes  font  part  à  leur  patrie,  part  à 
leurs  amis. 

(c  De  Force,  en  abastant  les  gros  arbres,  comme  un  second  Milo  5%  rui- 
nant les  obscures  forestz,  tesnieres  de  loups,  de  sangliers,  de  renards, 

75  réceptacles  de  briguans  et  meurtriers,  taulpinieresde  assassinateurs  ^% 
officines  de  faulx  monnoieurs,  retraictes  d'hiereticques,  et  les  compla- 
nissant  en  claires  guarigues  et  belles  bruieres,  jouant  des  haulx  boys 
et  prasparant  les  sièges  pour  la  nuict  du  jugement  -^ 

«  De  Tempérance:  mangeant  mon  bled  en  herbe,  comme  un  hermite, 

80  vivent  de  sallades  et  racines,  me  émancipant  des  appetitz  sensuelz, 
et  ainsi  espargnant  pour  les  estropiatz  et  souffreteux.  Car  ce  faisant. 


Ligne  66.  E  :  selon  —  1.  67.  A  :  fain  —  1.  68.  A  :  voltigeante)  gualoyses  ;  Lesquelles 
voluntiers  ;  E  :  voltigeante,  galoyse.  Lesquelles  voluntiers  —  1.  69.  E  :  Platoniques —  1.  70, 

E  :  au  monde  —  1.  71.  E  :  partie  —  1.  72.  E  :  amys  —  1.  73.  E  :  ahatant  —  1.  74,  E  : 

regnards  —  1.  75.  A,  E  :  brigans  —  1.  76.  E  :  monnoyeurs  —  E  :  hereticques  —  1.  77-78  : 
de  haulx  boys  et  musettes  et  préparant  —  1.  78.  A  :  nuyct  —  1.  80.  A,  E  :  vivant  —  1.  81. 
A  :  soufreteux 

29.  Voir  Hippocrate,  Aphorismes,  I,  13  :  d'arbre.  Voir  Valère-Maxime,  IX,  12,  et  Aulu. 
«  Jejunium  senes  non  decrepiti  ferunt  facil-  Celle,  XV,  16.  (P.) 

lirne,  secundum  hos  qui  constantem  setatem  32.  Assassin.  De  l'italien  a5M55îHfl/o;«,  même 

agunt,  minus  adolescentes  ;  minime  omnium  sens.  Cf.  R.E.  R.,  VI,  314. 

pueri,  atque  inter  eos  maxime  qui  acriore  surit  33-  Abattre  les  bois  de  haute  futaie  était  la 

et  vividiore  ingénie  prxditi.  »  (D.)  ressource  des  gentilshommes  endettés.  Cf.  Hep- 

30.  Le  contexte  indique  le  sens  imprévu  que  ''""''''""'  "°"^-  ^p^'î!;  "  ^^  ™,^''°"  ^"'  ^^'" 
_  ,  ,  .  ,  ,,  ,  tôt  rendue  si  embrouillée  que  1  on  commen- 
R.  donne  a  ces  epithetes.  Il  semble  se  souve-  ceoit«.o»/.;..r/«/;.n.^h7.-etengagerlesteiTes. ., 
nir  ici  d'un  des  Adages  d'Érasme,  IV,  6,  81,  Le  jeu  de  mot  jouer  des  hauts  hois  était  tradi- 
Nemosihinascitiir,  dans  lequel  sont  cités  et  Pla-  tionnel.  Cf.  G.  Bouchet,  t.  III,  p.  124,  et  Dict. 
ton  et  Cicéron  {de  Officiis,  I,  22).  (P.)  '^f  V Académie,  fc  édition,  s.  v.  hauthois.  L'ima- 

,,,     .      .  ,    ,.        j     j    u    ,  1.      If,  gination  de  R.  se  représente  les  souches  de  ces 

31.  Allusion  a  la  légende  de  1  athlète  Milon,  ^,                .             ^              j      ••                 1 

-*                               °                                      '  arbres  coupes  comme  autant  de  sièges  pour  le 

qui  mourut  en  essayant  de  fendre  un  tronc  iucrement  dernier.  (P.) 


CHAPITRE    II 


39 


j'espargne  les  sercleurs,  qui  guaingnent  argent,  les  mestiviers,  qui 
beuvent  voluntiers  et  sans  eau,  les  gleneurs,  es  quelz  fault  de  la  fouace, 
les  basteurs,  qui  ne  laissent  ail,  oignon  ne  eschalote  es  jardins  par 

85  lauctorité  de  Thestilis  Virgiliane  ''^,  les  meusniers,  qui  sont  ordinaire- 
ment larrons  '^,  et  les  boulangiers,  qui  ne  valent  gueres  mieulx.  Est  ce 
petite  espargne,  oultre  la  calamité  des  mulotz,  le  deschet  des  greniers 
et  la  mangeaille  des  charrantons  '^  et  mourrins  "  ?  De  bled  en  herbe  vous 
faictez  belle  saulse  verde  '^,  de  legiere  concoction,  de  facile  digestion, 

90  laquelle  vous  esbanoist  '^  le  cerveau,  esbaudist  les  espritz  animaulx''°, 
resjouist  la  veue,  ouvre  l'appétit,  délecte  legoust,  assere  le  cœur,  cha- 
touille la  langue,  faict  le  tainct  clair,  fortifie  les  muscles,  tempéré  le 
sang,  alliege  le  diaphragme"*',  refraischist  le  foye,  desoppile  la  râtelle  "^^ 
soulaige  lesroignons,  assoupist  les  reins,  desgourdist  les  spondyles  "^^ 


Ligne  82.  E  :  guignent  —  1.  83.  E  :  boivent  — E  :  glaneurs  —  1.  84.  E  :  batteurs  — 
1.  85.  E  :  Vergiliane  — E  :  les  musniers  —  1.  86.  E  :  boulengiers  — E  :  vallent  —  1.  88. 
A,  E  :  cltarantons  —  1.  89.  E  :  faictcs  —  1.  90.  E  :  esbanouist  — •  1.  91.  E  :  asseure —  A  : 
cueur  —  1.  91-92.  A  :  chattouille  —  1.  93.  E  :  allège  —  1.  94.  A,  E  lassouplist  —  E  ; 
splondyles 


34.  Thestylis  est  dans  Virgile,  Églogues,  II, 
10,  une  paysanne  qui  prépare  le  repas  des  mois- 
sonneurs. 

Thestylis  et  rapido  fessis  messoribus  aestu 
Allia,  serpyllumque  herbas  contundit  olentes. 

(P.) 

35.  CLP.LeRoux, Dictionnaire,  t.  Il,  p.  5  : 
«  Il  n'y  a  rien  de  si  hardi  que  la  chemise  d'un 
meunier  »  (parce  qu'elle  prend  tous  les  matins 
un  voleur  à  la  gorge).  (C.) 

56.  Nom  limousin  du  charançon,  ou  calandre 
du  blé  (Calandra  granaria,  Ol.),  qui  fait  de 
grands  dégâts  dans  les  greniers  à  blé.  (D.) 

37.  Le  mourrin  est  une  variété  de  charan- 
çon, de  couleur  noir  luisant. 

38.  Sur  cette  sauce,  voir  1 .  Il,  ch.  xxxi,  n.  i . 

39.  Egaie.  Archaïsme. 

40.  La  doctrine  galénique  reconnaît  trois 
sortes  d'esprits  :  esprits  naturels,  formés  dans 
le  foie  ;  esprits  vitaux,  formés  dans  le  cœur  ; 
et  qui,  montant  du  ventricule  au  cerveau,  s'y 


transforment  en  esprits  animaux.  Ces  esprits 
animaux,  fluides  subtils,  se  portaient  du  cer- 
veau vers  les  diverses  parties  du  corps,  pour  pré- 
sider aux  fonctions  dites  animales,  autrement 
dit  à  la  vie  de  relation  (sensibilité,  mouvement, 
etc.).  Cette  théorie  eut  encore,  après  R.,  une 
longue  fortune.  (D.) 

41.  Le  diaphragme,  dit  Chauliac,  .<4na/.  doct. 
Il,  ch.  VI,  «  est  un  muscle  duquel  l'opération 
est  pour  haleiner  »  (éd.  Nicaise,  p.  57).  L'am- 
plitude des  mouvements  respiratoires  est  donc 
fonction  d'une  libre  expansion  diaphragma- 
tique.  (D.) 

42.  Rate.  A.  Paré  écrit  ratte  et  rattelle. 
La  rate  était,  selon  la  doctrine  galénique,  le  ré- 
ceptacle de  la  mélancolie  ou  atrabile.  Le  tem- 
pérament mélancolique  étant  prédisposé  à  la 
tristesse,  il  y  avait  grand  avantage  à  décharger 
(désoppiler)  la  rate  de  cette  humeur  en  excès. 
(D.) 

43.  Ce  mot  tiré  du  grec  (a-o'vojÀoç)  et  fran- 


40  LE  TIERS   LÎVRË 

95  vuide  les  uretères '^'^,  dilate  les  vases  spermaticques'^^  abbrevie  les  cre- 
masteres  ^\  expurge  la  vessie,  enfle  les  gênitoires,  corrige  le  prépuce, 
incruste  le  balane'^",  rectifie  le  membre;  vousfaict  bon  ventre,  bien  rot- 
ter,  vessir,  peder,  fianter,  uriner,  ^^  esternuer,  sangloutir,  toussir, 
cracher,  vomiter  '^^  baisler,  mouscher,  haleiner,  inspirer,  respirer,  ron- 

loo  fler,  suer,  dresser  le  virolet  5°  et  mille  autres  rares  adventaiges. 

—  J'entend  bien  (dist  Pantagruel),  vous  inferez  que  gens  de  peu 
d'esprit  ne  sçauroient  beaucoup  en  brief  temps  despendre.  Vous  n'es- 
tez le  premier  qui  ayt  conceu  ceste  hseresie.  Néron  le  maintenoit,  et 
sus  tous  humains  admiroit  C.  Caligula  son  oncle  '•\  lequel  en  peu 

105  de  jours  avoit  par  invention  mirificque  despendu  tout  l'avoir  et  patri- 
moine que  Tiberius  luy  avoit  laissé.  Mais  en  lieu  de  guarder  et  obser- 
ver les  loix  cœnaires  et  sumptuaires  des  Romains,  la  Orchie,  la  Fan- 


Ligne  95.  E  :  vuyde  —  E  :  sperwatiques  —  98.  E  :  peter  —  1.  99.  E  :  bailler,  moucher 
—  1.  100.  A  :  aultres  —  E  :  advaniages  —  1.  loi.  A,  E  :  J'entends  —  E  :  did  —  1.  102. 
E  isçauroyent  —  1.  102-103.  E  :  n'estes —  1.  103  E  :  ai7  —  A  :  conceup  —  E  :  hérésie  — 
1.  105.  E  :  despendu  du  tout  —  1.  loé.  E  :  Tyberius  —  A  :  guarder  et  manque  — 
E  :  en  lieu  d'observer 

cisé,  désigne  les  vertèbres  chez  les  anatomistes  46.  «  Muscles  suspensoires  [des  testicules] 

médiévaux  (Chauliac,  Mondeville).  Paré  em-  ou  crémastères  »  (Paré),  muscles  crémasters 

ploie  indifféremment  le  mot  spondyle  et  le  des  anatomistes  modernes.  (D.) 

mot  vertèbre  ;  ce  dernier  a  prévalu  dans  la  47.  Le  gland,  du  grec  jîaXavoç,  «  glans,  au- 

nomenclature  anatomique  depuis  le  xvne  siècle  trement  halaniis  »  (Paré).  (D.) 

(Vesling,  Tauvry),  jusqu'à  nos  jours.  (D.)  48.  Ce  sont  là  les  plus  pressantes  reaomman- 

44.  Uretère,  du  grec  ojpTj-TJp.  Conduit  excré-  dations  de  nos  vieux  hygiénistes  : 

teur  du  rein  qui  déverse  l'urine  dans  la  ves-  Ne  mictum  rétine,  ne  comprime  fortiter  anum, 

sie.  (D.)  dit  l'École  de  Salerne.  (D.) 

45.  Pour  Le  T)o\ih\t  {Rabelais  anatomiste,  49.  Lâcher  une  éructation  liquide,  qui  n'est 
p.  209),  R.  désigne  ainsi  l'ensemble  du  testi-  pas  le  vomissement.  (D.) 

cule  et  de  l'épididyme.  R.  use  généralement,  en  50.  Plus  bas,  ch.  xiv  :  «  ainsi  auroys  je  eter- 

ce  sens,   d'un   mot  plus  cru.    Ambroise  Paré  nellement  le  virolet  en  poinct  et  infatiguable 

restreint   l'acception  de  «  vaisseaux  sperma-  comme  l'ont  les  satyres.  »  Ce  sens  libre  ne 

tiques  »  aux  éléments  du  cordon,  autrement  vient  pas  de  virolet,  petit  moulin  à  vent,  mais 

dit  les  vaisseaux  spermatiques  et  canaux  défé-  de  virolet,  vrille,  foret.  (C.) 
rents  :  ils  «  sont,  dit-il,  six  en  nombre  :  quatre  S  i  •  D'après  Suétone.  Vie  de  Néron  :  «  Lau- 

préparans  [la  veine  et  l'artère  de  chaque  côté]  dabat  mirabaturque  avunculum   Cajum  nullo 

et  deux  éjaculatoires  ou  déférens  [les  canaux  magis  nomine,  quam  quod  ingentes  a  Tiberio 

déférents].  »  Paré,  Anat.,  1.  III,  ch.  xvii.  (D.)  relictas  opes  in  brevi  spatio  prodegisset.  »  (P.) 


CHAPITRE    II 


41 

nie,  la  Didie,  la  Licinie,  la  Cornelie,  la  Lepidiane,  la  Antie,  et  des 
Corinthiens  ^^,  par  les  quelles    estoit    rigoreusement  à  un   chascun 

iio  défendu  plus  par  an  despendre  que  portoit  son  annuel  revenu,  vous 
avez  faict  Protervie  ^\  qui  estoit  entre  les  Romains  sacrifice  tel  que 
de  l'aigneau  Paschal  entre  les  Juifz  '•^.  Il  y  convenoit  tout  mangeable 
manger,  le  reste  jecter  on  feu,  rien  ne  reserver  au  lendemain.  Je  le 
peuz  de  vous  justement  dire,  comme  le  dist  Caton  de  Albidius,  lequel 

115  avoir  en  excessive  despense  mangé  tout  ce  qu'il  possedoit,  restant 
seulement  une  maison,  y  mist  le  feu  dedans,  pour  dire  consummatum 
est,  ainsi  que  depuys  dist  sainct  Thomas  Dacquin,  quand  il  eut 
la  Lamproye  toute  mangée  ^K  Cela  non  force  ^^. 


Ligne  108.  E  :  Lapidiane  —  1.  no.  E  :  qiie  ne  portoit —  1.  113.  E  :  au  feu  —  1.  114. 
E  :  peux  —  E  :  dict  —  1.  1 1 5 .  E  :  avoit  —  1.  1 17.  E  :  depuis 


52.  R.  a  pu  emprunter  à  quelque  ouvrage 
de  droit  cette  liste  des  lois  cœnaires  et  siinip- 
tuaires.  Elle  se  trouve  dans  Macrobe,  Satur- 
nales, m,  17.  (P). 

53.  Proprement  :  repas  pour  la  route  (prop- 
ter  viam).  L'origine  et  le  sens  de  ce  mot  se 
trouvent  dans  Macrobe,  Sattirn.,  11,  2.  Mais  R. 
les  a  vraisemblablement  empruntés  à  un  Adage 
d'Érasme,  I,  9,  44,  Proterviam  fecit,  qui  cite 
également  le  mot  de  Caton  sur  Albidius  que 
R.  mentionne  plus  bas.  (P.) 

54.  Voir  Exode,  XII,  10  :  «  Nec  remanebit 
quidquam  ex  eo  usque  mane  ;  si  quid  residuum 
fuerit,  igné  comburetis.  »  (P.) 

5$.  Cf.  Michaelis  Scott  Mensa  philosophica 
Cologne,  1508,  in-40,  et  Paris,  1317,  in-S». 
Saint  Thomas  d'Aquin,  invité  à  la  table  du  roi 


saint  Louis,  et  préoccupé  d'achever  son  hymne 
sur  le  saint  Sacrement,  mangea,  sans  y  songer 
toute  une  lamproie  destinée  au  monarque.  Il 
s'écria  ensuite  joyeusement  :  Consummatum  est, 
ravi  d'avoir  terminé  son  poème,  tandis  que  les 
assistants  scandalisés  croyaient  qu'il  appliquait 
à  un  trait  de  gourmandise  les  paroles  du  Sau- 
veur mourant  sur  la  croix.  Cf.  R.  E.  R.,  VIII, 
302  et  Plattard,  l'Adolescence  de  R.  en  Poitou, 
p.  186. 

56.  Il  n'importe.  Expression  usitée  déjà  dans 
Pdthelin  : 

Ne  dy  plus  bée,  //  n'y  a  force, 

et  dans  Montaigne,  1.  I,  ch.  26  ,  «  Laissez  lui 
allonger  une  courte  syllabe,  s'il  veut  :  pour  cela 
non  force.  »  (C.) 


LE   TIERS   LIVRE. 


Comment  Panurge  loue  les  debteurs  et  emprunteurs. 

Chapitre  III. 

—  Mais  (demanda  Pantagruel),  quand  serez  vous  hors  de  debtes? 

—  Es  calendes  grecques  \  respondit  Panurge,  lors  que  tout  le  monde 
5   sera  content  \  et  que  serez  héritier  de  vous  mesmes.  Dieu  me  guarde 

d'en  estrehors.  Plus  lors  netrouverois  qui  un  denier  me  prestast.  Qui 
au  soir  ne  laisse  levain,  ja  ne  fera  au  matin  lever  paste.  Doibvez  tous 
jours  à  quelqu'un.  Par  icelluy  sera  continuellement  Dieu  prié  vous 
donner  bonne,  longue  et  heureuse  vie  ;  craignant  sa  debte  perdre, 
lo  tousjours  bien  de  vous  dira  en  toutes  compaignies,  tousjours  nou- 
veaulx  créditeurs  vous  acquestera  ',  affin  que  par  eulx  vous  faciez 
versure  *^,  et  de  terre  d'aultruy  remplissez  son  fossé.  Quand  jadis  en 
Gaulle,  par  l'institution  des  druydes,  les  serfz,  varletz  et  appariteurs 
estoient  tous  vifz  bruslez  aux  funérailles  ^  et  exeques  ^  de  leurs  maistres 


Ligne  5.  E  :  héritiers  —  A,  E  :  garde  —  1.  6.  E  :  trouveroys  —  1.  7-8  E  :  Debvei-vous 
tousjours  à  quelqu'un?  —  1.  10.  E  :  toute  compaignic  —  1.  lo-ii.  E  :  nouveaux  —  1.  12 
E  :  vorsure  —  A  :  faussé  —  I.  13.  E  :  Gaule  —  I.  14,  E  :  estoyent 

1.  «  C'est-à-dire  jamais.  »  L.  I,  ch.  xx,  n.  ansat?i  a»ntte?idœ  pecuniae.  Servos  nemo  habet 
40.  magls  obnoxios  quam  débiter  suos  creditores  : 

2.  Probablement  expression  proverbiale.  Ct.  quibus,  si  quid  aliquando  reddas  gratius  est 

Marot,  Epitre  au  roi  pour  avoir  esté  dérobé  :  quam  si  dona  dones.  »  R.  E.  R.,  VI,  229. 

..,,,,,,  4.  Latinisme  :  facere  versuram,  emprunter 

Te  vous  ferai  une  belle  cedule  ,         ,-r  /-•  .          ^j  <..■ 

•*                        ,                   -,    ,           ,x  pour  paver  une  dette.  Cf.  Ciceron,  .4a  yîWzcMW. 

A  vous  payer  (sans  usure  il  s  entend)  t..      ''  '    „       ,         ,          ,„  . 

^       ,                        ,           ,                ^T^  X  V,  I,  2  et  Tusculanes,  l,  42.  (P.) 

Quand  on  verra  tout  le  monde  content,      (r.)  ^              ,,  ^,         r->  7  77       77-      ^ 

•^  S-  Emprunte  a  César,  £)« /w/o^iï//ïco,  6,  19  : 

3 .  Peut-être  R.  se  souvient-il  ici  d'un  passage  «  ac  pauUo  supra  hanc  memoriam  servi  et 
d'un  colloque  d'Érasme  :  Ementita  nohilitas,  qui  clientes,  quos  ab  iis  dilectos  esse  constabat, 
développe  la  même  idée  :  «  Nulla  est  commo-  justis  funebribus  confectis,  unacremabantur.  » 
dior  ad  regnum  via  quam  debere  quam  pluri-  (P.) 

mis...  créditer  observât  te  non  aliter  quam  6.  Obsèques.    Du    latin   exsequiae,    même 

obligatus  magno  htntÇido  vereturque  neprxbeat  sens. 


CHAPITRE    III 


43 


15  et  seigneurs,  n'avoient  ilz  belle  paour  que  leurs  maistres  et  seigneurs 
mourussent?  Car  ensemble  force  leurs  estoit  mourir.  Ne  prioient  ilz 
continuellement  leur  grand  dieu  Mercure  ^  avecques  Dis  ^  le  père 
aux  escuz,  longuement  en  santé  les  conserver  ?  N'estoient  ilz  soin- 
gneux  de  bien  lestraicter  et  servir?  Car  ensemble  povoient  ilz  vivre  au 

20  moins  jusques  à  la  mort.  Croyez  qu'en  plus  fervente  dévotion  vos  cré- 
diteurs priront  Dieu  que  vivez,  craindront  que  mourez,  d'autant  que 
plus  ayment  la  manche  ^  que  le  braz  et  la  denare  '°  que  la  vie.  Tes- 
moings  les  usuriers  de  Landerousse '',  qui  n'a  gueres  se  pendirent, 
voyans  les  bleds  et  vins  ravaller  en  pris  '"^  et  bon  temps  retourner  ''.  » 

25       Pantagruel  rien  ne  respondent,  continua  Panurge  : 

«  Vraybot  '^,  quand  bien  je  y  pense,  vous  me  remettez  à  poinct  en 
ronfle  veue  '\  me  reprochant  mes  debtes  et  créditeurs.  Dea  en  ceste 


Ligne  15.  E  :  aeur  —  1.  16.  A,  E  :  leur  —  E  :  prioyent  —  I.  17.  E  :  avec  — 1.  18- 

19.  A,  E  :  soigneux  —  1.  19.  E  :  poiivoyent  —  1.  20.  E  :  jusque  —  E  :  vo:^^  —  1.  21.  E  : 

prieront  —  1.  22.  E  :  bras  —  1.  25.  E  :  nagiières  —  1.  25.  A,  E  :  respondant  —  1.  26. 
E  :  j'y  pense  —  E  :  point 


7.  D'après  César,  De  bello  gallico,  6,  17  : 
«  Deum  maxime  Mercurium  coluiit.  »  César, 
comme  la  plupart  des  écrivains  grecs  et  latins, 
confondait  Tentâtes,  le  principal  dieu  des  Gau- 
lois, avec  Mercure.  (P.) 

8.  Emprunté  à  César,  De  bello  gallico,  6,  18  : 
«  Galli  se  omnes  ab  Dite  pâtre  prognatos  prae- 
dicant.  »  Les  Romains  identifiaient  Dis  avec 
Pluton,  dieu  des  richesses  souterraines,  que  les 
poètes  anciens  nous  dépeignent  assis  sur  un 
char  d'or.  (P.) 

9.  La  manche  ou  la  bonne  manche,  en  ita- 
lien, veut  dire  le  pourboire.  Le  proverbe  signi- 
fie donc  :  «  préférer  perdre  un  membre  plutôt 
que  la  bourse.  »  (C.) 

10.  Denier,  de  l'italien  denaro.  Cette  forme 
a  été  jadis  populaire,  comme  le  montrent  les 
composés  racledenare  et  Racquedenare  (1.  l, 
ch.  xxvi),  rogne-deniers.  Cf.  Sainéan,  t.  I, 
p.  131. 

1 1 .  Localité  indéterminée,  peut-être  nom  de 
fantaisie,  qui  reparaît  au  1.  IV  ;  prol.  «  la  taulpete- 


rie  de  Landerousse  »,  et  ch.  lu  «  A  Landerousse... 
es  nopces  de  Jan  Delif...  »  Comme  dans  ce  der- 
nier passage,  Landerousse  se  trouve  rapproché 
de  Cahuzac  et  des  seigneuries  voisines,  on 
pourrait  songer  à  Landenouze,  comra.  Cajarc 
(Lot),  s'il  ne  s'agissait  que  d'un  hameau  de 
quelques  habitants.  (C.) 

12.  Les  accaparements  de  blés  pendant  les 
disettes  étaient  trop  fréquents  pour  qu'on  puisse 
assigner  une  date  à  l'échec  de  la  spéculation 
usuraire  de  Landerousse.  (C.) 

13.  Le  retour  du  bon  temps  est  le  sujet 
d'une  infinité  de  pièces  en  vers  des  xve  et 
xvie  siècles.  Cf.  1.  I,ch.  11,  la  strophe  XIII  des 
Fanfreluches  antidatées .  (C.) 

14.  Formule  vulgaire  pour  ne  pas  dire  Vrai 
Dieu.  Bot  signifie  crapaud  dans  certains  patois  ; 
sabot  en  poitevin.  Cf.  Ane.  poés.  fr.,  t.  III, 
p.  219.  (C.) 

15.  Vous  me  forcez  à  abattre  mon  point 
(au  jeu  de  la  ronfle),  vous  me  mettez  au  pied 
du  mur.  Cf.  1.  I,  ch.  xxii,  n.  41.  (C.) 


44  LE   TÎERS    LIVRE 

seule    qualité  je  me  reputois  auguste,  révérend  et  redoubtable,  que 
sus  l'opinion  de  tous  philosophes  (qui  disent  rien  de  rien  n'estre  faict), 

30  rien  ne  tenent  ne  matière  première,  estoys  facteur  et  créateur  '^ 

«  Avois  créé  quoy?  Tant  de  beaulx  et  bons  créditeurs.  Créditeurs 
sont  (je  le  maintiens  jusques  au  feu  exclusivement '')  créatures  belles  et 
bonnes.  Qui  rien  ne  preste,  est  créature  laide  et  mauvaise  :  créature 
du    grand   villain  diantre   d'enfer.  Et  faict  quoy  ?  Debtes.  O  chose 

35  rare  et  antiquaire!  Debtes,  diz  je,  excedentes  le  nombre  des  syllabes 
résultantes  au  couplement  de  toutes  les  consonantes  avecques  les 
vocales  '^  jadis  projecté  et  compté  par  le  noble  Xenocrates ''.  A  la 
numerosité  des  créditeurs  si  vous  estimez  la  perfection  des  debteurs, 
vous  ne  errerez  en  Arithmétique  praticque. 

40  «  Cuidez-vous  que  je  suis  aise,  quand  tous  les  matins  autour  de 
moy  je  voy  ces  créditeurs  tant  humbles,  serviables  et  copieux  en 
révérences?  Et  quand  je  note  que  moy  faisant  à  l'un  visaige  plus 
ouvert,  et  chère  meilleure  que  es  autres  ^°,  le  paillard  pense  avoir  sa 
depesche""  le  premier,  pense  estre  le  premier  en  date,  et  de  mon  ris 

45  cuyde  que  soit  argent  content.  Il  m'est  advis  que  je  joue  encores  le 
Dieu  de  la  passion  de  Saulmur",  accompaigné  de  ses  Anges  et  Cheru- 


Ligne  50.  E:  tenant  —  1.  32.  E  :  maintien  —  1.  33-E  :  layde  —  1.  ^^.E:  dy  je —  1.  36. 

E  :  avec  —  1.  38.  E:  parfection  —  1.  39.  A  :  Arithmeticque  —  E  :  practicque  —  1.  40.  E  : 
Cuydei-voiis  —  E  :  ayse  — 1.  42.  E  :  révérence  —  E  :  visage  —  1.  45.  A  :  aultres 

16.  Plutarque,  dans  son  traité  sur /'C75i»ï?,V,  9,  13.  Ce  Xénocrates,  chef  de  l'école  acadé- 
2,  avait  fait  cette  remarque  que  les  usuriers  mique  après  Speusippe,  calculait  que  le  nombre 
pouvaient  se  moquer  des  philosophes  qui  des  syllabes  que  les  lettres  de  l'alphabet  pou- 
tiennent  que  rien  ne  se  peut  faire  de  rien  et  de  valent  former  atteignait  100.200.000.  (P.) 

ce  qui  n'est  pas;  car  chez  eux,  usure  se  fait  et  20.  On  a  remarqué  que  ces  prévenances  des 

s'engendre  de  ce  qui  n'est  pas  et  qui  ne  fut  créanciers  pour  leurs  débiteurs  avaient  été  déjà 

jamais.  Cf.  Plattard,  L'œuvre  de  Rabelais,  p.  239  dépeintes  dans  un  «  capitolo  »  des  Rimes  bur- 

R.  développe  cette  idée  en  empruntant  le  lan-  lesques  de  Bemi  (1538):  in  Iode  de]  debito.  Cf.  R. 

gage  de  la  scolastique.  Cf.  Gilson,  op.  cit.,  E.  R.,  X,  418. 

p.  76.  21.  Avoir  son  affaire  réglée.  Cf.  1. 1,  ch.  vi, 

17.  Plaisanterie  chère  à  R.  Cf.  1.  Il,  proî.,  n.  10. 

n.  39.  22.  Il  s'agit  sans  doute  du  mystère  de  l'In- 

18.  Co«50Ma«to, consonnes ;twaZe5, voyelles.  carnation,    nativité,   passion,    résurrection    et 

19.  Emprunté  à  Plutarque,  Symposiaca,  VIII,  ascension  de  notre  Seigneur  Jésus-Christ  et  de 


CHAPITRE    lît  45 

bins.  Ce  sont  mes  candidatz,  mes  parasites,  mes  saliieurs,  mes  diseurs 
de  bons  jours,  mes  orateurs  perpetuelz, 

«Et  pensois  véritablement  en  debtes  consister  lamontaigne  deVer- 

50  tus  heroicque  descripte  par  Hésiode^',  en  laquelle  je  tenois  degré  pre- 
mier de  ma  licence  ^^,  à  laquelle  tous  humains  semblent  tirer  et  aspi- 
rer, mais  peu  y  montent  pour  la  difficulté  du  chemin,  voyant  au  jour- 
dhuy  tout  le  monde  en  désir  fervent  et  strident  appétit  de  faire 
debtes  et  créditeurs  nouveaulx. 

55  «  Toutesfoys  il  n'est  debteur  qui  veult  ;  il  ne  faict  créditeurs  qui 
veult.  Et  vous  me  voulez  débouter  deceste  félicité  soubeline  ^'  ?  Vous 
me  demandez  quand  seray  hors  de  debtes? 

«  Bien  pis  y  a,  je  me  donne  à  sainct  Babolin  le  bon  sainct  -^,  en  cas  que 
toute  ma  vie  je  n'aye  estimé  debtes  estre   comme  une  connexion  et 

60  colligence  des  cieulx  et  terre,  un  entretenement  unicque  de  l'humain 
lignaige  ;  je  dis  sans  lequel  bien  tost  tous  humains  periroient  :  estre 


Ligne  49.  E  :  pensoys  —   49-50.  E  :  vertu  —  1.  50.  E  :  d'escripte  —  E  :  ienoys  —  1.  53 . 

E:  stridant  —  1.  54.  E  :  nouveaux  —  1.  55.  A  :  Touteffoys  ;  E  :  Toufesfois  —  1.  58.  E  : 
y  ha  —  1.  59.  A,  E  :  nay  —  I.  éo.  A  :  entretement  —  I.  éi.  E  :  lignage  —  E  :  dy  — 
E  :  périr oyeni 

la  mission  du  saint  Esprit,  représenté  à  Saumur  II  ne  le  cite  que  dans  sept  passages,  et  une  fois 

au  mois  d'août  1534.  Sur  le  refus  de  Jean  Bou-  inexactement.  Cf.  Plattard,  L'^mit^  de  Rabe- 

chet  de  diriger  les  jeux,  on  avait  fait  venir  de  lais,  p.  198. 

Rouen  Thomas  le  Prévost.  Cf.  J.  Bouchet,  ^«-  25.  Exquise,   précieuse,   d'une   douceur   et 

nales,  {°  267  v"  et  Epistre  familière  LXXXVIII.  d'une  finesse  dont  rien  n'approche  comme  la 

La   représentation   eut    un   grand   succès,  et  fourrure  de  la  zibeline.  Cf.  1.  I,  ch.  LVi,  n.  26- 

G.  Bouchet,  t.  IV,  p.  211,  rapporte  un  trait  H.  Estienne  a  entrevu  l'origine  de  cette  méta- 

qui  témoigne,  tout  au  moins,  du  luxe  de  la  phore  :  «  On  dit  :  il  est  sublin,  pour  dire  il  est 

mise  en  scène.  Cf.  H.  Clouzot,  Ancien  théâtre  exquis.  Il  est  vray  que  je  demanderois  volon- 

en  Poitou,  p.  39,  et  R.  E.  R.,  IX,  18.  R.  n'avait  tiers  à  tels  parleurs  qu'ils  eussent  faict  si  les 

pu  assister   au   mystère,  étant  alors  à  Lyon.  martres  sublines  n'eussent  peu  trouver  le  che- 

(C.)  min  de  la  France.  »  Cf.  R.  E.  R.,  V  136,  X, 

23.  Dans  les  Travaux  et  les  jours,  v.  289.  R.  475,^.  XVI^  s.,  I,  506.  (C) 

y  fait  encore   allusion  au   Quart  Livre,   ch.  26.  Ce    saint   plus   ou    moins   légendaire, 

LVii  :  «  Ce  manoir  de  Areté  (c'est  vertu)  par  dont  le   nom  apparaît  pour  la  première  fois 

Hésiode  descript.  »  Lucien  dans  VHermotimus,  dans  l'œuvre  de  R.,  est  le  premier  abbé  de 

2,  avait  commenté  ce  passage  d'Hésiode  (P.)  Saint-Maur.  Sa  châsse  était  conservée  dans  la 

24.  Faut-il  conclure  de  ce  passage  que  R.  collégiale  où  R.  avait  un  siège  canonial  en 
avait  fait   une  étude  particulière   d'Hésiode?  1536.  Cf. /?.£",/?.,  VII,  273.  (C.) 


46 


LE  TIERS   LIVRE 


par  adventure  celle  grande  ame  de  l'univers,  laquelle  scelon  les  Aca- 
demicques,  toutes  choses  vivifie  ^^ 

«  Qu'ainsi  soit,  représentez  vous  en  esprit  serain  l'idée  et  forme  de 

65  quelque  monde  :  prenez,  si  bon  vous  semble,  le  trentiesme  de  ceulx  que 
imaginoit  le  philosophe  Metrodorus  *^  ou  le  soixante  et  dixhuyctieme 
de  Petron  ^^  on  quel  ne  soit  debteur  ne  créditeur  aulcun.  Un  monde 
sans  debtes!  Là  entre  les  astres  ne  sera  cours  régulier  quiconque. 
Tous  seront  en  desarroy.  Juppiter,  ne  s'estimant débiteur  à  Saturne'", 

70  le  dépossédera  de  sa  sph^ere,  et  avecques  sa  chaîne  ''  homericque  sus- 
pendera  toutes  les  intelligences,  dieux,  cieulx,  daemons,  génies, 
heroes,  diables,  terre,  mer,  tous  elemens.  Saturne  se  r'aliera  avecques 
Mars,  et  mettront  tout  ce  monde  en  perturbation.  Mercure  ne  voul- 
dra  soy  asservir  es  aultres,  plus  ne  sera  leur  Camille '%  comme  en  langue 

75  hetrusque  estoit  nommé.  Car  il  ne  leurs  est  en  rien  debteur.  Venus 
ne  sera  vénérée,  car  elle  n'aura  rien  preste.  La  lune  restera  sanglante 
et  ténébreuse.  A  quel  propous  luy  departiroit  le  soleil  sa  lumière? 
Il  n'y  estoit  en  rien  tenu.  Le  soleil  ne  luyra  sus  leur  terre.  Les  astres 
ne  y  feront  influence  bonne.  Car  la  terre  desistoit  leurs  prester  nour- 


Ligne  62.  E  :  selon  —  1.  64.  A,  E  :  reprcsente\-voiis —  1.  éé-67.  A,  E  :  om  le  soixante... 
Petron  manque  —  1.  67.  E  :  auquel  —  E  :  aucun  —  1. 68.  E  :  quelconque  —  1.  69.  A,  E  ; 
Jupiter  —  E  :  debteur  —  1.  70.  E  :  déposera  —  E  :  sphère  —  1.  69-70.  E  :  suspendra  — 
1.  71.  E  :  Démons  —  1.  72.  A  :  rasliera  ;  E  :  r' alliera  —  E  :  avec  —  1.  74.  E  :  autres  — 
l.  75.  E  :  leur  est  rien  —  1.  77.  E  -.propos  —  1.  78.  E  :  il  n'y  seroit  en  rien  —  1,  79.  E 
n'y  feront  —  E  :  desisteroit  —  E  :  leur 


27.  Voir  Platon,  Tiniée,  34  B-37  C,  cité  par 
saint  Augustin,  De  civitate  Dei,  XIII,  17,  2. 

28.  D'après  Plutarque,  De  placitis  Philoso- 
phoruni,  I,  5,  Métrodore  de  Lampsaque,  dis- 
ciple d'Épicure,  mort  en  277,  av.  J.-C,  soute- 
nait que   le  nombre  des  mondes  était  infini. 

(P.) 

29.  Petron  d'Himera,  Pythagoricien  (vi^  s. 
avant  J.-C),  imaginait  un  univers  composé  de 
186  mondes  :  183  disposés  en  séries  le  long  des 
trois  côtés  d'un  triangle  équilatéral,  3  aux  trois 
sommets  du  triangle.  Il  n'est  connu  que  par  un 
passage  de  Plutarque,  De  defectu  oraculoruiii, 


ch.  22  et  23.  R.  le  cite  encore  l.IV,ch.Lv.  (P.) 

30.  Saturne  est  le  roi  de  l'âge  d'or,  le 
monarque  bienfaisant  par  excellence.  (P.) 

31.  A  cette  chaîne  décrite  dans  V Iliade, 
ch.  VIII,  V.  19  et  suiv.  et  ch.  xv,  v,  18,  il  est 
fait  allusion  au  début  de  ce  même  Hermotimus 
de  Lucien,  qui  mentionne  aussi  la  montagne  de 
vertu  décrite  par  Hésiode.  (P.) 

32.  D'après  Macrobe,  Saturnales,  III,  8,  5- 
7,  Plutarque,  Vie  de  Numa,  ch.  7,  et  Ser- 
vius,  Commentaire  de  V Enéide, livreXl,  v.  543. 
La  source  de  R.  est  vraisemblablement  Plu- 
tarque. (P.) 


CHAPITRE    III 


47 


80  rissement  par  vapeurs  et  exhalations,  des  quelles,  disoit  Heraclitus, 
prouvoient  les  stoiciens,  Ciceron  maintenoit '^  estre  les  estoilles  ali- 
mentées. Entre  les  elemens  ne  sera  symbolisation,  alternation,  ne  trans- 
mutation '^aulcune.  Car  l'un  ne  se  reputera  obligé  à  l'autre,  il  ne  luy 
avoit  rien   preste.  De  terre  ne  sera  faicte  eau  ;    l'eau  en  aër  ne  sera 

85  transmuée  ;  de  l'aër  ne  sera  faict  feu  ;  le  feu  n'eschaufîera  la  terre.  La 
terre  rien  ne  produira  que  monstres.  Titanes,  Aloïdes,  Geans  '';  il  n'y 
pluyra  pluye,  n'y  luyra  lumière,  n'y  ventera  vent,  n'y  sera  esté  ne 
automne.  Lucifer  se  desliera '^  et  sortant  du  profond  d'enfer  avecques 
les  Furies,  les  Poines  ",  et  Diables  cornuz,  vouldra  deniger  des  cieulx 

90  tous  les  dieux  tant  des  majeurs  comme  des  mineurs  peuples. 

a  De  cestuy  monde  rien  ne  prestant  ne  sera  qu'une  chienerie,  que 
une  brigue  plus  anomale  que  celle  du  Recteur  de  Paris  '^  qu'une  dia- 


Ligne  81.  E:  prouvoyent  —  1.  83.  E  :  aucune  —  A  :  VauJtre  —  E  :  s'il  ne  luy  —  1.  84. 
E  :  air —  1.  85  .  A  :  trasmuée  —  E  :  air  —  1.  86.  A,  E  :  Aloïdes  manque  —  I.  87. 
A  :  pluie  —  1.  88.  E  :  avec —  1.  89.  E  :  Peines  —  E  :  dénicher  — I.  92-93.  A,  E  :  qu'une 


33.  Dans  son  traité  De  Nattira  Deoruni,  III, 
14.  L'opinion  des  Stoïciens  et  d'Heraclite  est 
rapportée  encore  par  Plutarque,  De  placitis  phi- 
hsophoriim,  II,  17,  2.  R.  distingue  ici,  comme 
Aristote  le  fait  dans  ses  Météores,  i ,  5 ,  les  exha- 
laisons chaudes  et  sèches,  des  vapeurs  froides 
et  humides.  (P.) 

34.  Termes  scolastiques .  Il  y  a  symbolisa- 
tion lorsqu'un  des  éléments  communique  avec 
deux  autres  par  chacune  de  ses  deux  qualités. 
Ainsi,  l'eau  symholise  avec  la  terre  par  le  froid 
et  avec  l'air  par  l'humide.  Par  suite,  tout  élé- 
ment peut  devenir  l'élément  suivant  en  lui 
cédant  celle  de  ses  deux  qualités  par  laquelle  il 
s'y  oppose.  D'où  une  série  alternative  de  trans- 
mutations. Un  arrêt  de  ces  transmutations,  entre 
éléments  que  l'accord  de  leurs  qualités  rend 
possibles,  produit  un  déséquilibre  dans  lacom- 
plexion  des  corps  naturels.  De  là  naissent  les 
monstres  comme  le  dit  Panurge  plus  bas.  Cf. 
Gilson,  op.  cit.,  p.  78-79.  (P.) 

35.  Ces  géants,  fils  d'Aloeus,  sont  mention- 


nés dans  VOdyssée,  ch.  xi,  v.  307,  dans  l'Iliade, 
ch.  V,  v.  285  et  dans  VÉnéide,  1.  VI,  v.  582. 
Ils  s'étaient  révoltés  contre  Jupiter  et  avaient 
tenté  d'escalader  l'Olympe.  (P.) 

36.  Dans  les  mystères,  Lucifer  était  rete- 
nu par  des  chaînes  dans  la  gueule    d'enfer. 
Cf.   ch.  XXXIX  :  «  Lucifer  se  deschayna.   » 
(C.) 

37.  Personnifications  des  châtiments.  Selon 
Plutarque,  Moralia,  564  F,  noîvïj  (Poine)  est 
une  des  Furies,  comme  Adrastée  et  Erinnys. 
Elle  est  fille  de  Zeus  et  de  la  Nécessité.  Les 
serviteurs  de  Lucifer,  dans  les  drames  religieux, 
appartiennent  les  uns  à  l'enfer  païen  et  les 
autres  à  l'enfer  chrétien.  Cf.  R.  E.  R.,  IX,  26. 

(P.) 

38.  Il  était  élu  par  les  étudiants  groupés  en 
Nations.  Ces  brigues  étaient  proverbiales.  Cf. 
1.  IV,  ch.  XX  :  «  Je  crois  que  tous  les  millions 
de  diables...  briguent  pour  élection  de  nouveau 
Recteur  »,  et  Brantôme,  FiV  du  grand  roy  Fran- 
çois, x. 111,  p.  106;  «  Ily  avoit  plus  de  tumultes. 


4  8  LE   TIERS    LIVRE 

blerie  plus  confuse  que  celle  des  jeuz  de  Doué'^  Entre  les  humains 
l'un  ne  saulvera  l'aultre  ;  il  aura  beau  crier  à  l'aide,  au  feu,  à  Teau,  au 

95  meurtre,  personne  ne  ira  à  secours.  Pourquoy?  Il  n'avoit  rien  preste, 
on  ne  luy  debvoit  rien.  Personne  n'ainteresf*"  en  sa  conflagration,  en 
son  naufrage,  en  sa  ruine,  en  sa  mort.  Aussi  bien  ne  prestoit  il  rien. 
Aussi  bien  n'eust  il  par  après  rien  preste. 

«  Brief  de  cestuy  monde  seront  bannies  Foy,  Espérance,  Charité. 

100  Car  les  homes  sont  nez  pour  l'ayde  et  secours  des  homes.  En  lieu 
d'elles  succéderont  Défiance,  Mespris,  Rancune,  avecques  la  cohorte 
de  tous  maulx,  toutes  malédictions  et  toutes  misères.  Vous  penserez 
proprement  que  là  eust  Pandora  versé  sa  bouteille  '*'.  Les  hommes 
seront  loups  es  hommes  '*^.  Loups  guaroux  ^^^  et  lutins  ■*'^,  comme  feurent 

105  Lychaon  '*^Bellerophon'♦^Nabugotdonosor•*sbriguans,  assassineurs'*^ 
empoisonneurs,  malfaisans,  malpensans,  malveillans,  haine  portans 


Ligne  1.  94.  A,  F  :  saluera  —  E:ayde —  1.  95.  E  :  nira  au  secours  —  1.  96.  E  :  nha 

—  1.  97.  A  :  aussy  —  1.  98.  A  :  aussy  —  E  :  pas  —  1.  100.  A,  E  :  les  hommes  —  A,  E  : 
deshommes — 1.  loi.  E  :  avec  —  1.  104.  E  -.furent  —  1.  105 .  E  :  Nabugodonosor  :  hrigans 

—  1.  106.  E  :  empoy  sonneur  s,  mal  faisans,  mal  pensans,  mal  vueillans 


séditions,  ligues  et  brigues  qu'il  n'y  en  a  en  la  par  Érasme,  Adages  I,  i,  70  :  «  Homo  homini 

création  du  recteur  de  V Université  de  Paris   »  lupus.  »  (P.) 

(P.)  45.  Cf.  1.  I,  ch.  vni,n.  106,  et  1.  II,  ch.  XXVI, 

39.  Doué-la-Fontaine,  cant.,    arr.  Saumur  n.  30. 

(Maine-et-Loire)  est  à  une  dizaine  de  lieues  de  44.  Cf.    1.    I,    ch.    viii,   n.    105,  et    1.  II, 

Chinon.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  R.  ait  ch.  xxvi,  n.  35. 

connu  les  jeux  scéniques  qui  ont  pu  s'y  donner  45.  Roi  d'Arcadie,  changé  en  loup  par  Jupi- 

de  son  temps.  Il  y  fait  une  seconde  allusion  ter,  parce  qu'il  avait  violé  les  lois  de  l'hospita- 

1.  IV,  ch.  XIII.  Les  renseignements  que  nous  lité.  Voir  Ovide,  Métamorphoses,  I.  (P.) 

avons  sur  le  théâtre  de  Doué  ne  remontent  46.  Fils  de  Glaucus,  roi  de  Corinthe;  pour 

malheureusement  pas  plus  haut  que  le  xviie  avoir  voulu,  monté  sur  Pégase,  escalader  l'O- 

siècle.  Cf.  R.  E.  R.,  I,  90  et  IX,  24.  (C.)  lympe  il  fut  poursuivi  par  la  colère  des  dieux  ; 

40.  Dommage.  Cf.  1.  I,  ch.  viii,  n.  51.  il  errait  solitaire    et    misanthrope.  Cf.  Tliade, 

41.  Même  expression  que  dans  le  Prologue,  ch.  vi,  v.  155  et  suiv.  (P.) 

I.  226.  47.  Le  livre  de  Daniel  raconte  (4,  33)  com- 

42.  C'est  le  proverbe  latin  cité  dans  r^i/wa-  ment  ce  roi  de   Babylone,  changé  en  bête, 
ria,  du  Pseudo-Plaute,  II,  4,  20  :  «  Lupus  est  pâturait  comme  les  bœufs.  (P.) 

homo  homini,    non   homo   »,  et  commenté  48.  Assassins.  A  rapprocher   de    la  forme 


CHAPITRE    III 


49 


un  chascun  contre  tous,  comme  IsmaeH^  comme  Metabus'",  comme 
Timon  Athénien  5',  qui  pour  ceste  cause  feut  surnommé  iJ.iaxv9,ca)-o;  5 ^ 
Si  que  chose  plus  facile  en  nature  seroit  nourrir  en  l'aër  les  poissons, 

no  paistre  les  cerfz  on  fond  de  l'océan,  que  supporter  ceste  truandaille 
de  monde,  qui  rien  ne  preste.  Par  ma  foy  je  les  hays  bien. 

«  Et  si  au  patron  de  ce  fascheux  et  chagrin  monde  rien  ne  prestant, 
vous  figurez  l'autre  petit  monde,  qui  est  l'home,  vous  y  trouverez  un 
terrible  tintamarre.  La  teste  ne  vouldra  prester  la  veue  de  ses  œilz 

115  pour  guider  les  piedz  et  les  mains.  Les  piedz  ne  la  daigneront  porter. 
Les  mains  cesseront  travailler  pour  elle.  Le  coeur  se  faschera  de  tant 
se  mouvoir  pour  les  pouls  des  membres  et  ne  leurs  prestera  plus. 
Le  poulmon  ne  luyfera  prest  de  ses  souffletz.  Le  foye''  ne  luy  envoyra 
sang  pour  son  entretien.  La  vessie  ne  vouldra  estre  débitrice  aux 

120  roignons  :  l'urine  sera  supprimée.  Le  cerveau,  considérant  ce  train  des- 
naturé,  se  mettra  en  resverie,  et  ne  baillera  sentement  es  nerfz,  ne 
mouvement  es  muscles.  Somme,  en  ce  monde  desrayé  5'^,  rien  ne  deb- 
vant,  rien  ne  prestant,  rien  ne  empruntant,  vous  voirez  une  conspira- 
tion  plus  pernicieuse  que  n'a  figuré  iEsope  en  son  Apologue  ^K  Et 

Ligne  108.  E  -.fut  — E  :  Misanthropes  —  1.  iio.  E  :  au  font  —  1.  m.  E  :  hay  — 
1.  113.  A  :  Vanltre  —  A,  E  :  Vhomme  —  1.  114.  A,  E  :  yeulx  —  1.  115.  A  :  /«  pieds 
ne  la  daigneront  —  1.  né.  A  :  cueiir —  I.  121.  A  :  mettera  —  E  :  sentiment  —  1.  123. 
E  :  n'empruntant  — E  :  verre\  —  1.  124.  E  :  nha 

a5ra55î«affiMr,  tirée  de  l'italien.  Voir  ch.  II,  n.  32.       gny,   en  tête  du  Quart   Livre.  Cf.  R.  E.  R. 

49.  Voir  Genèse,  XVI,  12  :  «  Hic  erit  férus       VIII,  144. 

domo,  manus  ejus   contra  omne5  et   manus  53.  Galien  considère  le  foie  comme  le  géné^ 

omnium  contra  eum.  »  rateur  du  sang  et  la  source  des  veines  :  «  Intel- 

50.  D'après  Virgile,  Enéide,  1.  XI,  v.  540  et  lige  mihi  distributum  a  ventricule  ad  hepar 
suiv.,  il  aurait  été  privé  des  douceurs  de  l'hos-  chylum,  a  visceris  caliditate...  fervere,  conco- 
pitalité  :  qui,  alterari  in  sanguinis  boni  generationem.  » 

Non  illum  tectis  ullce,  non  mcenibus  urbes  -^^  «^"  ^«''^•>   I-  IV,  ch.  3.    «  Excipit   autem 

Adcepere,  neque  ipse  manus  feritate  dedisset.  ipsum  illic  una  vena  maxima  ex  gibba  hepatis 

(P.)  enata  quae  ad  utramque  animalis  parteni  fertur, 

51.  Timon  d'Athènes  a  été  représenté  superiorem  simul  et  inferiorem.  » /^/^.,  ch.  5. 
par  Lucien,  comme  un  type  de  misanthrope,  (D.) 

dans  un  livre  qui  porte  son  nom.  Il  en  est  54.  Dévoyé.  Cf.  1.  I,  ch.  xxvii,  n.  52. 

question  également  dans  Plutarque.  (P.)  55.  L'Apologue  des  membres  et  de  l'esto- 

52.  Misanthrope.  R.  a  risqué  ce  néologisme,  mac,  que  Menenius  Agrippa,  d'après  Tite-Live, 
transcrit  du  grec,  dans  l'Épître  à  Odet  de  Coli-  II,  32,  aurait  raconté  aux  Romains  pour  prévenir 

LE   TIERS   LIVRE.  7 


50 


LE   TIERS    LIVRE 


125  périra  sans  doubte  ;  non  périra  seulement,  mais  bien  tost  périra, 
feust  ce  ^^sculapius  mesmes  ^^.  Et  ira  soubdain  le  corps  en  putréfac- 
tion ;  l'ame  toute  indignée  prendra  course  à  tous  les  Diables,  après 


mon  argent 


57 


Ligne  12e.  E  :  fust  —  1.  127.  A,  E  :  tant  indignée 


une  sédition.  Au  ch.  lvii  du  Quart  Livre,  R. 
fera  une  nouvelle  allusion  à  cet  apologue  «  des 
membres  conspirant  contre  le  ventre.  »  (P.) 

56.  Quand  le  malade  serait  Esculape,  le  dieu 
de  la  médecine  lui-même.  Peut-être  y  a-t-il  là 
une  transposition  d'une  sentence  de  Térence 
rapportée  par  Érasme,  Adages,  I,  5,  74  :  «  Ipsa 


Salus  si  cupiat  servare  domum  hanc,  non  pos- 
sit.  »  R.E.R.,  VI,  229.  (P.) 

57.  A  la  suite  de  mon  argent  que  j'aurais 
envoyé  à  tous  les  Diables  [en  m'acquittant  de 
mes  dettes].  Plus  loin,  ch.  xxiii,  Panurge 
dira  :  «  les  Diables  avment  fort  les  quittes.  ji 
(C.) 


Continuation  du  discours  de  Panurge,  à  la  louange 
des  presteurs  et  debteurs. 


Chapitre  IIII. 


«  Au  contraire  représentez  vous  un  monde  autre,  on  quel  un  chas- 
5   cun  preste,  unchascun  doibve,  tous  soient  debteurs,  tous  soient  pres- 
teurs. 

«  O  quelle  harmonie  sera  parmy  les  réguliers  mouvemens  des 
cieulz!  Il  m'est  advis  que  je  l'entends  aussi  bien  que  feist  oncques 
Platon  \  Quelle  sympathie  entre  les  elemens!  O  comment  Nature  se 
10  y  délectera  en  ses  œuvres  et  productions,  Ceres  chargée  de  bleds, 
Bacchus  de  vins,  Flora  de  fleurs,  Pomona  de  fruictz,  Juno  en  son 
aër  serain  \  seraine,  salubre,  plaisante  ! 

«  Je  me  pers   en  ceste  contemplation.   Entre    les    humains   paix, 

amour,  dilection,  fidélité,  repous,  banquetz,  festins,  joye,  liesse,  or, 

15  argent,  menue  monnoie,  chaisnes,  bagues,  marchandises  troteront  de 

main  en  main.  Nul  procès,  nulle  guerre,  nul  débat  ;  nul  n'y  sera  usu- 


Ligne  i.  E  :  louerige  —  1.  4.  A  :  aultre  —  E  :  auquel  —  1.  5 .  E  :  soyent  —  I.  8.  A, 
E  :  cieulx  —  E  :  advys —  A  :  nussy  —  E  :  feit  —  1.  9-10.  E  :  s'y  délectera  —  1.  1 1.  E  : 
Baccus  —  1.  12.  E  :  air  —  1.  14.  E  :  Repos  —  A  :  bancqueti  —  1.  15.  E  :  monnoye 

I.  Peut-être  faut-il  voir  dans  cette  phrase  «  laquelle  dit  Platon  avoir  par  quelques  nuicts 

une  réminiscence  d'un  passage  de  la  République,  ouye  dormant.  »  (P .) 

X,  617,   dans  lequel  Platon  imagine   qu'une  2.  Dans    les    conceptions    des    astrologues 

sirène  se  tient  sur  chacun  des  huit  cercles  du  anciens,  Junon  dominait  sur  léther,  ou  région 

système  planétaire.  De  l'accord  de  leur  chant  supérieure  de  l'air.  Cf.  le  con.mentaire  de  Scr- 

résulte  une  harmonie  particulière.  Mais  Platon  vins  sur  Virgile,  in  Aemid.,  I,  47  :  «  Physici... 

ne  dit  nulle  part  qu'il  a  entendu  cette  harmo-  volunt  intelligi  Junoncm  aëreni  »  et  in  Aeneid. 

nie.  AuCinquiesme  livre,  ch.  xviii,  il  est  ques-  VII,  84  :  «  Junonem...  quam  aërem  csse  cons- 

tion  de  nouveau  de  cette  harmonie  des  astres,  tat  »,  R.  E.  R.,  IV,  353.  (P.) 


52 


LE   TIERS    LIVRE 


rier,  nul  leschart',  nul  chichart  *,  nul  refusant.  Vray  Dieu,  ne  sera  ce 
l'aage  d'or,  le  règne  de  Saturne  ^  l'idée^  des  régions  Olympicques, 
es  quelles  toutes  autres  vertus  cessent,  charité  seule   règne,  régente, 

20  domine,  triumphe?  Tous  seront  bons,  tous  seront  beaulx,  tous  seront 
justes.  O  monde  heureux!  O  gens  de  cestuy  monde  heureux!  O  beatz 
troys  et  quatre  foys  !  Il  m'est  advis  que  je  y  suis.  Je  vous  jure  le  bon 
Vraybis  \  que  si  cestuy  monde,  beat  monde,  ainsi  à  un  chascun  près- 
tant,  rien  ne  refusant,  eust  Pape  foizonnant  en  cardinaulx  et  associé 

25  de  son  Sacré  CoUiege,  en  peu  d'années  vous  y  voiriez  lessainctz  plus- 
druz,  plus  miraclificques,  à  plus  de  leçons  ^  plus  de  veuz,  plus  de  bas- 
tons  ^  et  plus  de  chandelles  que  ne  sont  tous  ceulx  des  neufz  eves 
chez  de  Bretaigne'°.  Exceptez  seulement  sainct  Ives". 

«  Je  vous  prie,  considérez  comment  le  noble  Patelin  voulant  déifier 


Ligne  17.  E  :  eschart  —  1.  18.  E  :  eage  —  1.  19.  E  :  esquelles  —  A  :  attitrés  —  1.  20. 
E  :  beaux  —  1.  22.  A  :  advys  —  A  :  je  y  suys  —  E  :  j'y  suis  —  1.  23.  E  :  vray  Bis  — 
1.  23-24.  A,  E  :  beat  monde...  rien  ne  refusant  manque  —  1.  25.  E  :  verriez,  —  1.  26. 
A  :  lecions  —  E  :  voeui  —  1.  27.  E  :  neuf  —  1.  28.  E  :  Excepté 


3.  Glouton.  Cf.  1.  I,  ch.  liv,  n.  27. 

4.  Chiche.  Cf.  1.  I,  ch.  liv,  n.  25. 

5.  Le  roi  de  l'âge  d'or.  Cf.  Virgile,  Buco- 
liques, IV,  V.  6: 

«  redeunt  Saturnia  régna.  »  (P.) 

6.  Au  sens  platonicien  du  mot,  l'archétype, 
le  modèle  éternel. 

7.  Euphémisme  employé  pour  ne  pas  jurer 
le  nom  de  Dieu.  Cf.  ch.  m,  n.  14. 

8.  Morceaux  de  l'ancien  ou  du  nouveau 
Testament,  et  de  la  vie  du  saint  dont  on 
célèbre  la  fête,  récités  à  matines.  Cf.  1.  I, 
ch.  XLi,  n.  19.  Plus  le  saint  est  vénéré,  plus 
l'office  comporte  de  leçons.  Leur  nombre 
varie  de  trois  à  neuf.  Cf.  ch.  xv  l'explication 
de  la  «  pièce  de  laboureur  salle  à  neuf  le- 
çons ».  (C.) 

9.  Aux  fêtes  solennelles,  les  chantres,  mar- 
chant en  chape  dans  le  chœur,  tiennent  à  la 
main  un  bâton  orné  et  recouvert  d'argent, 
en   forme  de  bourdon.  Ces  fêtes  sont  aussi 


celles  où  figurent  le  plus  de  bannières  et  de 
bâtons  de  confréries.  Le  dict.  de  Trévoux  donne 
les  deux  explications.  (C.) 

10.  Dol,  Nantes,  Q.uimper,  Rennes,  Saint- 
Brieux,  Saint-Malo,  Saint-Pol-de-Léon,  Tré- 
guier,  Vannes.  La  Bretagne  était  renommée 
pour  la  quantité  de  «  menus  saints  »  qu'on  y 
vénérait.  (C.) 

11.  Saint- Yves,  dit  l'avocat  des  pauvres 
(1253-1303),  fut  canonisé  en  1347.  Même  à 
Paris,  les  Bretons  ne  manquaient  pas  de  célé- 
brer sa  fête  «  jour  fatal  et  dévot  pour  nous 
autres  Bretons  »,  dit  Du  Fail,  t.  II,  p.  195.  Les 
gens  de  loi  l'ayant  pris  pour  patron,  il  est  pro- 
bable que  R.  le  mentionne  avec  une  intention 
ironique.  On  avait  composé  une  hymne  bur- 
lesque en  son  honneur  : 


Sanctus  Ivus  erat  Brito, 
Advocatus  et  non  latro  : 
Res  miranda  populo. 


(C-) 


CHAPITRE    IV  53 

30  et  par  divines  louenges  mettre  jusques  au  tiers  ciel  le  père  de  Guil- 
laume Jousseaulme,  rien  plus  ne  dist  sinon  : 

Et  si  prestoit 
Ses  denrées  à  qui  en  vouloit'^. 

c(  O  le  beau  mot  ! 

35  «  A  ce  patron  figurez  nostre  microcosme '^  id  est  petit  monde, 
c'est  l'homme,  en  tous  ses  membres  prestans,  empruntans,  doibvans, 
c'est  à  dire  en  son  naturel.  Car  nature  n'a  créé  l'homme  que  pour 
presteret  emprunter.  Plus  grande  n'est  l'harmonie  des  cieux  que  sera 
de   sa   police.    L'intention   du    fondateur    de   ce    microcosme    est   y 

40  entretenir  l'ame,  laquelle  il  y  a  mise  comme  hoste,  et  la  vie.  La  vie 
consiste  en  sang  "^.  Sang  est  le  siège  de  l'ame.  Pourtant  un  seul  labeur 
poine  ce  monde,  c'est  forger  sang  continuellement.  En  ceste  forge  sont 
tous  membres  en  office  propre  ;  et  est  leur  hiérarchie  telle  que  sans 
cesse  l'un  de  l'autre  emprunte,  l'un  à  l'autre  preste,  l'un   à  l'autre  est 

45  debteur.  La  matière  et  métal  convenable  pour  estre  en  sang  transmué 
est  baillée  par  nature  :  pain  et  vin.  En  ces  deux  sont  comprinses 
toutes  espèces  des  alimens.  Et  de  ce  est  dict  le  companage  '^  en  langue 
goth.  Pour  icelles  trouver,  prasparer  et  cuire,  travaillent  les  mains. 

Ligne  30.  E  :  louanges  —  1.  35-36.  A,  E  :  id  est c'est  l'homme  manque  —  1.  36. 

E  :  dehvans  —  1.  37.  E  :  nha  —  1.  38.  A,  E  :  cieiilx  —  1.  40.  E  :  j  ha  —  1.  41.  E  :  por- 
tant —  I.  42.  E  :  peine  en  ce  monde  —  1.  44.  A  :  de  Vaultre  —  A  :  a  Vaultre  preste  — 
1,  44-45.  A  :  a  Vaultre  est  debteur  —  1.  48.  E  :  préparer  et  cuyre 

12.  Emprunt   à  la    Farce  de  maître  Pierre  14.  C'est  la  théorie  antique  :  Critias  soute- 

Pathelin,  v.  174.  On  sait  que  les  souvenirs  de  nait  que  l'âme  n'est  que  le  sang.  Pour  Empé- 

Pathelin  sont  fréquents  dans  R.  Voir  R.  E.  R.,  docle  et  Lucrèce  l'âme  réside  dans  le  sang.  De 

IX,  52.  (P.)  même  Virgile,  En.,  1.  IX,  v.  349.  écrit  : 


Purpuream  vomit  ille  animam. 


13.  La    philosophie    médiévale    oppose    le 
macrocosvie,  l'univers,  au  microcosme,  l'homme. 

R.    ne    se   sert    pas  toujours   de   ces    termes  et  Pline  le  naturaliste  :  «  Prima  domicilia  intra 

savants.  Il  traduit  le  second  par  le  petit  monde,  se   animo   et    sanguini    praebet  [cor]  sinuoso 

Vautre  monde.  Cf.  1.  II,  ch.  viii,  1.  1 1 5  :  «  acquiers  specu,  et  in  magnis  animalibus  triplici,  in  nuUô 

toy  parfaicte  congnoissance  de  Vaultre  monde,  non  genuino  :  ibi  mens  habitat.  »  Pline  H.  N., 

qui  est  l'homme.  »  Les  deux  pages  qui  suivent  XI,  69.  «  Anima  carnis  in  sanguine  est  »,  dit 

sont  un  résumé  de  la  physiologie  médiévale.  encore  l'Écriture,  Lévit.,  XVII,  11.  (D.) 

(P.)  15.  En  langue  d'oc,  companatge,  c'est  «  l'or- 


54 


LE  TIERS    LIVRE 


a  cheminent  les  piedz  et  portent  toute  ceste  machine  ; 
50       «  les  œilz  tout  conduisent; 

«  l'appétit  en  l'orifice  de  l'estomach  moyenant  un  peu  de  melan- 
cholie  '^  aigrette,   que  luy  est  transmis  de  la  râtelle,  admonneste  de 
enfourner  viande;  la  langue  en  faict  l'essay  ; 
«  les  dens  la  maschent  ; 
55       «  l'estomach  la  reçoit,  digère  et  chylifie  '^  ; 

«  les  venes  mesaraïcques  '^  en  sugcent  ce  qu'est  bon  et  idoine, 
délaissent  les  excremens,  les  quelz  par  vertus  expulsive  sont  vuidez 
hors  par  exprès  conduictz,  puys  la  portent  au  foye  ;  il  la  transmue 
de  rechef,  et  en  faict  sang. 
60  (c  Lors  quelle  joye  pensez  vous  estre  entre  ces  officiers,  quand  ilz 
ont  veu  ce  ruisseau  d'or,  qui  est  leur  seul  restaurant?  Plus  grande 


Ligne  49.  A,  E  -.pieds  —  1.  50.  A,  E  :  yeulx  —  E  :  conduysent  —  1.  51.  E  :  moyen- 
nant —  1.  52.  A,  E  :  admoneste  —  1.  52-53.  E  :  d'enfourner  —  1.  53.  F  :  assay  — 
1.  55.  A  :  recipit  —  1.  56.  E  :  veines  —  E  :  sitcceni  —  1.  57.  E  :  lesqueli  —  E  : 
vertu  —  E  :  vuydei  —  1.  58.  E  :  puis  —  E  :  porte  —  1.  59.  A,  E  :  Je  rechief 


dinaire  qu'on  dépense  en  une  maison,  outre  le 
pain  et  le  vin  ».  Pelletier  du  Mans,  cite,  dans 
son  Art  poétique  (ï^<y<)),  entre  autres  termes 
patois,  le  languedocien  companage,  «  mot  bien 
composé  qui  signifie  ce  que  les  Latins  disent 
opsonium,  c'est-à-dire  tout  ce  qu'on  met  sur  la 
table,  hors  le  pain  et  le  vin.  »  Voir  Sainéan, 
t.  II,  p.  185. 

16.  Mélancolie,  metancholiciis  huiiior,  bile 
noire,  cholère  noire,  atrabile,  humeur  acide  ou 
aigrette,  l'un  des  quatre  principes  de  l'humo- 
risme  galénique  et  qui  passait  pour  se  déverser 
dans  la  rate  (Galien,  De  usupart.,\.  IV,  ch.  iv). 
La  rate,  dira  plus  tard  Mondeville,  «  a  deux 
porres,  l'un  par  lequel  il  trait  la  mélancolie  du 
foie,  l'autre  par  lequel  il  envoie  la  mélancolie 
à  la  bouche  du  stomach.  »  La  rate  s'en  nour- 
rit, écrit  A.  Paré,  «  jusques  à  tant  qu'elle 
la  fasche  pour  sa  quantité  ou  qualité  ;  et  alors 
icelle  est  portée  de  la  ratte  par  le  vaisseau  vei- 
neux [veine  splénique]  à  l'orifice  du  ventricule 


[estomac]  pour  exciter  l'appétit  et  ayder  les 
actions  dudit  ventricule  »,  Paré,  1.  I,  ch.  viii. 
(D.) 

17.  On  appelle  aujourd'hui  chyme  le  pro- 
duit de  la  digestion  gastrique,  pour  réserver  le 
nom  de  chyle  au  produit  de  la  digestion  intes- 
tinale. Il  n'en  allait  pas  de  même  au  temps  de 
R.  et  de  ses  devanciers  :  «  L'estomach  ou  ventre 
est  l'instrument  de  la  première  digestion,  géné- 
ratif  du  chyle  »,  dit  Chauliac.  «  Les  fonctions 
de  l'estomac...  sont...  de  retenir  le  chyle  »,  dit 
Mondeville.  «  Distributum  a  ventricule  ad 
hepar  chylum  »,dit  Galien,  De  usupart.,  1.  IV, 
ch.  III,  qui,  par  contre,  appelle  chyme  le  pro- 
duit de  l'absorption  purifié  par  le  foie  :  «  qui 
apparaturinhepatechymus»,/oc.(;/7.,ch.iv.(D.) 

18.  Comme  Galien,  Deusu  part.  l.IV,ch.li, 
R.  ne  connaît  encore  qu'une  seule  voie  d'absorp- 
tion digestive  :  la  voie  sanguine.  Ce  n'est  qu'en 
1622  que  Gaspard  Aselli,  de  Padoue,  découvrira 
les  vaisseaux  chylifères.  (D.) 


CHAPITRE    IV 


55 


n'est  la  joye  des  alchymistes,  quand  après  longs  travaulx,  grand  soing 
et  despense,  ilz  voyent  les  metaulx  transmuez  dedans  leurs  four- 
neaulx. 

65  «  Adoncques  chascun  membre  se  praspare  et  s'esvertue  de  nouveau 
à  purifier  et  affiner '^  cestuy  thesaur.  Les  roignons  parles  venes  emul- 
gentes"  en  tirent  l'aiguosité,  que  vous  nommez  urine,  et  par  les  ure- 
tères la  decoullent  en  bas.  Au  bas  trouve  réceptacle  propre,  c'est  la 
vessie,  laquelle  en   temps  oportun  la  vuide  hors.   La  râtelle  en   tire 

70  le  terrestre  et  la  lie,  que  vous  nommez  melancholie.  La  bouteille  du 
fiel  en  soubstraict  la  cholere''  superflue.  Puys  est  transporté  en  une 
autre  officine  pour  mieulx  estre  affiné,  c'est  le  cœur.  Lequel  par  ses 
mouvemens  diastolicques  et  systolicques"  le  subtilie  et  enflambe,  tel- 


Ligne  62.  E  :  long  —  1.  63.  A  ;  despence  —  1.  65.  E  :  Adonc  —  E  :  prépare  —  1.  66. 
E  :  thresor  —  E  :  veines  —  1.  69.  E  :  vuyde  —  1.  71.  E  :  substraict  —  E  :  Puis  — 
1.   72.  A  :  aultre  —  A  :  ciieur  —  A,  E.  F  :  ces 


19.  Affiner,  c'est  proprement  rendre  fin  l'or 
qui  est  à  bas  titre.  Cf.  Rémi  Belleau,  Bergerie, 
première  journée,  p.  258  :  l'Amour  ayant  tiré 
l'or  des  cheveux  d'une  femme, 

Pour  le  bien  affiner,  le  trempe  dans  ses  yeux. 

(P-) 

20.  Les  veines  rénales.  Avec  Galien,  De 
usu  part.,  1.  IV,  ch.  vi,  Rabelais  pense  que  les 
veines  sont,  pour  le  rein  comme  pour  les 
autres  organes,  des  voies  d'apport  sanguin.  En 
réalité,  il  n'y  a  de  veines  rénales  afférentes, 
sous  forme  de  système  porte  rénal,  que  chez 
les  Poissons,  Amphibiens  et  les  Reptiles  infé- 
rieurs au  stade  jeune.  Chez  les  mammifères,  la 
veine  rénale,  uniquement  efférente,  ne  concourt 
pas  à  l'excrétion  urinaire.  (D.) 

21.  La  bouteille  du  fiel  :  la  vésicule  biliaire. 
Cholère,  ou  bile  jaune  :  la  bile,  sécrétée  par  le 
foie,  l'une  des  quatre  humeurs  du  système  de 
Galien  (Cf.  Galien,  De  usu  part.,  1.  IV,  ch.  iv). 
En  réalité,  la  vésicule  biliaire  ne  soustrait  rien  : 
elle  n'est  qu'un  réservoir  branché  sur  le  cholé- 


doque par  l'intermédiaire  du  canal  cystique,  et 
que  l'on  peut  extirper  sans  nuire  à  l'excrétion 
biliaire.  (D.) 

22.  La  systole  est  la  contraction  rythmée 
dumyocarde,  la  diastole,  son  relâchement (Staj- 
toXtJ,  ajaioXr;,  noms  tirés  de  Galien).  Passage 
important  en  ce  qu'il  résume  clairement  la  théo- 
rie galénique  (Gai.,  De  usu  part.,  1.  VI,  ch.  xvii) 
de  la  sanguification  et  du  cours  des  humeurs 
et  des  esprits.  (Excellemment  schématisée  in 
Ch.  Singer,  Tbe  di  semer  y  of  the  circulation  ofthe 
hlood,  Londres,  Bell,  1922,  pi.  I  et  IL)  R. 
cependant,  oubliant  de  fermer  le  circuit  galé- 
nique, passe  sous  silence  le  transit  d'un  ventri- 
cule à  l'autre,  à  travers  les  prétendus  pores  du 
septum  interventriculaire.  Omission  Pou  réserve 
voulue  ?  Le  Double  se  demande,  après  Paque- 
lin,  si  ce  passage  n'a  pas  inspiré  Michel  Servet, 
qui  put  connaître  R.  à  Lyon  (Rabelais  anato- 
miste,  p.  95-96).  Ce  fut  Servet  qui,  dans  son 
livre  Christianismi  Restitutio  (i^'i'Ç),  fit  con- 
naître le  premier  la  circulation  pulmonaire  ou 


56 


LE   TIERS    LIVRE 


Icment  que  par  le  ventricule  dextre  le  mect  à  perfection,  et  par  les  venes 
75  l'envoyé  à  tous  les  membres.  Chascun  membre  l'attire  à  soy  et  s'en 
alimente  à  sa  guise  :  pieds,  mains,  œilz,  tous;  et  lors  sont  faictz  deb- 
teurs,  qui  paravant  esloicntpresteurs.  Par  le  ventricule  gausche''  il  le 
faict  tant  subtil,  qu'on  le  dict  spirituel,  et  l'envoyé  à  tous  les  membres 
par  ses  artères,  pour  l'autre  sang  des  venes  eschauffer  et  esventer.  Le 
80  poulmon  ne  cesse  avecques  ses  lobes  et  souffletz  le  refraischir.  En 
recongnoissance  de  ce  bien  le  cœur  luy  en  départ  le  meilleur  par  la 
vene  arteriale'^  En  fin   tant  est  affiné  dedans  le  retz  merveilleux"', 


Ligne  74.  E  :  veines  —  1.  76.  E  :  piedi —  A,  E  :  yeulx  —  1.  77.  E  :  estoyeni  —  E  :  gauche 
-  1.79.  A  :  aulire  —  E  :  veines  —  E  :  esvanier  —  1.  81.  A  :  cueiir  —  1.  82.  E  :  veine 


petite  circulation  ;  puis  Césalpin  démontra 
(1593)  que  le  cours  du  sang  veineux  est  centri- 
pète, en  attendant  que  G.  Harvey  décrivît 
(1615-28)  le  double  circuit  sanguin  que  les  phy- 
siologistes admettent  encore  aujourd'hui.  (D.) 
23.  Le  ventricule  gauche,  où,  pour  Galien 
(Deustipart.,  1.  VI,  7),  se  forme  et  bouillonne  le 
sang  spiritueux,  étant  considéré  comme  le  foyer 
calorique  le  plus  intense  de  notre  corps,  il 
convenait  que  l'air  inspiré,  apporté  par  les 
veines  pulmonaires,  y  vînt,  par  sa  fraîcheur, 
tempérer  les  combustions.  «  L'usage  de  la 
respiration  se  faict,  dit  Paré  (Le  quatriesme  livre 
de  VAnalomie,  ch.  ix),  pour  ce  que  le  cœur  qui 
a  besoin  de  la  substance  de  l'air  et  bouillant 
d'une  fervente  chaleur  désire  estre  refraischy. 
Or  il  est  refraischy  par  l'inspiration  qui  luy 
apporte  une  qualité  froide  ;  et  par  l'expiration 
qui  jette  hors  ce  qui  est  trop  chaud  et  bouil- 
lant... Ainsi  se  fait  au  diastole  et  systole  qui 
sont  les  mouvements  du  cœur,  et  par  ces  deux 
mouvements  il  attire  le  sang,  l'esprit  et  l'air  et 
expelle  ses  excréments  fuligineux.  »  On  retrou- 
vera cette  théorie  du  poumon  ventilateur  et  de 
la  fournaise  cardiaque  dans  Descartes.  Cf. 
V Homme  de  R.  Descartes  et  un  Traitté  de  lajor- 
mation  du  fœtus  du  mesme  autheur  avec  les 
Remarques  de  L.  de  la  Forge,  Paris,  Angot, 
1664,  in-40,  p.  122.  (D.) 


24.  Vena  arteriosa  (Gai.,  De  usu  part.,  1.  VI, 
ch.  x)  ;  Vene  artérieuse  (Ch.  Estienne)  ; 
veine  artérielle  (Paré)  ;  c'est  l'artère  pulmo- 
naire. —  R.  en  assignant,  comme  Galien,  à  ce 
vaisseau  le  rôle  d'artère  nourricière  du  poumon 
méconnaît  donc  son  véritable  office  de  branche 
afférente  de  la  petite  circulation.  (D.) 

25.  L'admirabilis  plexus  retiformis  de  Galien 
(De  usu  part.,  1.  IX,  ch.  4),  que  R.  appelle  ici 
retz  merveilleux  et  plus  loin  (ch.  xiii)  retz 
admirable,  n'existe  pas  chez  l'homme,  ainsi  que 
Vésale  l'a  démontré.  Mais  on  prétendait  retrou- 
ver ce  rete  mirahile  (Mondeville),  ou  rets  admi- 
rable (A.  Paré),  dans  ce  lacis  artériel  que  les 
anatomistes  modernes  nomment  l'hexagone  de 
Willis,et  que  R.,dansranatomiedeQ.uaresme- 
prenanl,  compare  à  un  chanfrein. 

Les  auteurs  ne  s'accordent  pas  très  bien  non 
plus  sur  le  lieu  où  s'opérait  la  transformation 
des  esprits  vitaux  en  esprits  animaux  :  Galien 
dit  d'abord  qu'ils  proviennent  à  la  fois  du  ple- 
xus rétiforme  et  des  veines  des  ventricules  ; 
ensuite  qu'ils  viennent  à  perfection  principale- 
ment dans  le  ventricule  moyen  :  «  Hic  autem 
spiritus  [animalis]  qui  in  ventriculis  continetur 
cerebri,  parva  quadam  ex  parte  fortasse  ex  iis 
etiam  quae  ad  ventricules  ipsos  pertinent,  venis 
gignitur  ;  maximum  verô  ac  praecipuura 
ortum  huic  arterias  illae  quse  sunt  ad   reticu- 


CHAPITRE   IV 


57 


que  par  après  en  sont  faictz  les  espritz  animaulx,  moyenans  les  quclz 
elle  imagine,  discourt,  juge,  resoust,  délibère,  ratiocine  et  remémore. 

85  «  Vertus  guoy  ^^  je  me  naye,  je  me  pers,  je  m'esguare,  quand  je 
entre  on  profond  abisme  de  ce  monde  ainsi  prestant,  ainsi  doib- 
vant  !  Croyez  que  chose  divine  est  prester  :  debvoir  est  vertus 
heroïcque. 

«  Encores   n'est    ce  tout.  Ce   monde   prestant,  doibvant,    emprun- 

90  tant  est  si  bon,  que,  ceste  alimentation  parachevée,  il  pense  desja 
prester  à  ceulx  qui  ne  sont  encores  nez,  et  par  prest  se  perpétuer, 
s'il  peult,  et  multiplier  en  images  à  soy  semblables,  ce  sont  enfans. 
A  ceste  fin  chascun  membre  du  plus  précieux  de  son  nourrisse- 
ment ''"  décide  et  roigne  une  portion,  et  la  renvoyé  en  bas^^  :  nature 


Ligne  83.  E  :  moyennans  Vesqueli  —  1.  84.  E  :  raciocine  —  1.  85.  E  :  Vertu  —  E  : 
noyé  — E  :  esgare  —  1.  85-86.  E  :  j'entre  au  —  1.  86-87.  E  :  debvant  —  l.  87  :  E  :  vertu 
—  1.  89.  E  :  debvant  —  l.  92.  E  :  peut  —  1.  93.  A  :  precieulx  —  1.  94.  E  :  rongne 


larem  in  fundamento  cerebri  sitam  texturam, 
suppeditant,  a  corde  ipsas  ortum  habentes... 
Et  prsecipue  circa  verticem  [adolescere  ac  per- 
fici]  quce  iû  parte  médius  atque  idem  prin- 
cipalis  cerebri  ventriculus  est  »  {De  Hipp. 
et  Plat,  decr.,  1.  III,  ch.  vin).  D'ailleurs  les 
opinions  de  Galien  ne  paraissent  pas  très 
fermes  à  cet  égard  ;  et  dans  un  autre  passage  il 
semble  placer  l'origine  du  pneuma  psychique 
dans  le  parenchyme  du  cerveau  et  du  cervelet 
(cf.  J.  Soury,  Le  système  nerveux  central,  t.  I, 
p.  282).  Pour  Chauliac  (Grande  Chir.,  éd.  Ni- 
caise,  p.  43)  c'est  dans  les  artères  du  rets  mer- 
veilleux que  «  l'esprit  vital  est  fait  esprit  ani- 
mal par  ébullition  ».  Là  aussi,  pour  Paré  (F"* 
Livre  de  Vanat.,  ch.  ix)  l'esprit  est  «  subtilisé  et 
mis  en  extrême  perfection  ».  Du  Laurens,  Rio- 
lan,  pensent  qu'il  s'exhale  des  plexus  choroïdes 
au  sein  des  ventricules.  R.,  en  disant  que  les 
esprits  sont  faits  «  par  après  »  le  retz  merveil- 
leux, semble  admettre  éclectiquement  qu'ils  se 
forment  dans  l'hexagone,  les  artères  qui  en 
partent  et  les  ventricules.  Il  revient  plus  loin 

LE  TIERS   LIVRE. 


(1.  m,  ch.  xiii)  sur  ce   sujet,  sans  préciser 
davantage.  (D.) 

26.  Pour  vertu  [de]  Dieu.  Cf.  ch.  m.  n.  14 

27.  R.  semble  se  ranger  ici  à  l'opinion 
d'Empédocle,  que  la  semence  vient  de  tout  le 
corps.  Bien  que  combattue  par  Aristote,  Gén. 
des  anini.,l,  11,  cette  théorie  est  également 
admise  par  Ambr.  Paré  :  «  La  plus  grande  par- 
tie d'icelle  [semence]  vient  du  cerveau,  mais  le 
total  procède  de  tout  le  corps  universel  et  de 
chacune  partie  tant  solide  que  molle,  car  c'est 
chose  manifeste  que  si  elle  ne  venoit  de  tout 
le  corps,  les  parties  de  l'enfant  n'en  pourroient 
estre  faictes,  parce  qu'il  faut  que  toutes  les 
parties  soient  faictes  de  leur  semblable.  »  (Paré, 
Œuvres,  1.  XXIV,  préface).  On  retrouvera  les 
vestiges  de  ces  idées  dans  la  théorie  des  molé- 
cules organiques  de  Buffon,  Histoire  des  ani- 
maux, ch.  IV.  (D.) 

28.  La  semence, dit  Hippocrate,  De femïura, 
concentre  «  in  homine  quod  validissimum  et 
pinguissimum  est  ».  Problème  également 
traité  par  Aristote  (Gén.  des  anini.,  I,  12)  :  la 


58  LE   TIERS   LIVRE 

95  y  a  praeparé  vases  et  réceptacles  opportuns,  par  les  quelz,  descendent  es 
genitoires  en  longs  ambages  et  flexuositez,  reçoit  forme  compétente 
et  trouve  lieux  idoines,  tant  en  Thomme  comme  en  la  femme,  pour 
conserver  et  perpétuer  le  genre  humain.  Se  faict  le  tout  par  prestz 
et  debtes  de  l'un  à  l'autre  :  dont  est  dict  le  debvoirde  mariage. 

100  «  Poine  par  nature  est  au  refusant  interminée,  acre  vexation  parmy 
les  membres  et  furie  parmy  les  sens  ;  au  prestant  loyer  consigné, 
plaisir,  alaigresse  et  volupté  ». 


Ligne  95.  E: préparé  —  1.  96.  A  :  recipit  —  1.  98.  A,  E,  F  :  Ce  —  1.  99.  A  :  aultre 
—  E  :  doni  —  1.  100.  E  :  Peine  —  E  :  acte  vexation 


semence  est  une  excrétion,  dit  le  Stagirite,  mais       enfin    se    composer  chacune   des    parties   du 
issue  du  «  produit  dernier,  celui  d'où  doivent       corps.  »  (D.) 


Comment  Pantagruel  déteste  les  debteurs 
et  emprunteurs. 

Chapitre  V. 


—  J'entends  (respondit  Pantagruel),  et  mesemblezbon  topicqueur  ' 

5     et  affecté  à  vostre  cause.  Mais  preschez  et  patrocinez  d'icy  à  la  Pente- 

coste%  en  fin  vous  serez  esbahy  comment  rien  ne  me  aurez  persuadé, 

et  par  vostre  beau  parler  ja  ne  me  ferez  entrer  en  debtes.  Rien  (dict 

le  sainct  Envoyé  ')  à  personne  ne  doibvez,  fors    amour  et  dilection 

mutuelle. 

10       c(  Vous  me  usez  icy  de  belles  graphides"*  et  diatyposes  \  et  me  plaisent 

tresbien  :  mais  je  vous  diz  que,  si  figurez   un  affronteur  efronté  et 

importun  emprunteur  entrant  de  nouveau  en  une  ville  ja  advertie  de 

ses  meurs,  vous  trouverez  que  à  son  entrée  plus  seront  les  citoyens 

en  effroy  et  trépidation,  que  si  la  Peste  y  entroit  en  habillement  tel 

15   que  la  trouva  le  philosophe  Tyanien  dedans  Ephese  '.  Et  suys  d'opi- 

Ligne  é.  E  :  m'aure\  —  1.  8.  E  :  dehvei  —  1.   11. 'E  :  dis  —  E  :  effronté  —  1.    1 3.  E  : 
mœurs  —  E  :  qu'à  —  1.  15.  A  :  Va  —  E  :  suis 

1.  Argumentateur.  Cf.  Ane.  poés.fr.,  t.  X,       XIII,  8  :  «  Nemini  quidquam  debeatis  nisi  ut 

p.  133,  le  Testament  de  maistre  Levrault  :  invicem  diligatis.  »  (P.) 

4.  Traits,  dessins,  du  grec  Fpaçîç,  ypaçi'Soç, 
Au  fort  preigne  les  livres  miens  ;  ,  /^     »  j      u  -»    •  o 

^     °  '  même  sens.  Ce  terme  de  rhétorique,  que  R. 

Te  les  luy  donne,  ilz  sont  siens,  ^  .  -,  ,  ,    , 

•'  -'  '  empruntait  aux  traites  grecs,  n  a  pas  passé  dans 

Pour  mieux  son  cerveau  thopicquer.     (C.)         ^»      1  1  \        ■       ^   fo  \ 

^   ^  ^     ■'       notre  langue,  non  plus  que  le  suivant.  (P.) 

2.  Passage  imité   par  Molière,  VEscole  des  5-  Figures,  représentations,  du  grec  ôia-ru- 

femmes,  I,  i  :  Jîtoaîç. 

6.  Philostrate,  IV,  4-10,  Vie  d'Apollotiius  de 

Prescher.patrocine?  jusqu'à  la  Pentecoste  ~  ^  ,  »>-..■        j,„ 

^'^  ^'    ^  T^ûMM,  rapporte  que  la  peste  s  étant  répandue 

FoM5«r«7£ifl/7y,  quand  vous  serez  au  bout,  ,        é  u'       i      u  u-»     »  a-       ►  a  .,«11^ 

A.        ^'^  ^  '  dans  Ephese,  les  habitants  mandèrent  ApoUo- 

Qiie  vous  ne  m'aurez  rien  persuadé  du  tout.  .  r  •      1»  n:      j        aj     •      r-^i   •  ^-  u.- 

^  ^         r  mus  pour  faire  1  office  de  médecin.  Celui-ci  les 

^    ''       rassembla  autour  d'un  vieillard  en  haillons  et 

3.  R.  désigne  ainsi  l'apôtre  saint  Paul  et  il       les  invita  à  le  lapider.  Ils  refusèrent,  étonnés. 
vise  ici   un   verset  de  ÏÉpître  aux  Romains,       Puis,  sur  ses  instances,  ils  l'écrasèrent  sous  un 


6o 


LE   TIERS    LIVRE 


nion  que  ne  erroient  les  Perses,  estimans  le  second  vice  estre  mentir, 
le  premier  estre  debvoir  \  Car  debtes  et  mensonges  sont  ordinairement 
ensemble  ralliez. 

«  Je  ne  veulx  pourtant  inférer  que  jamais  ne  faille  debvoir,  jamais 
20  ne  faille  prester.  Il  n'est  si  riche  qui  quelques  foys  ne  doibve.  Il  n'est 
si  paouvre  de  qui  quelques  foys  on  ne  puisse  emprunter. 

ce  L'ocasion  sera  telle  que  la  dict  Platon  en  ses  loix  ^,  quand  il 
ordonne  qu'on  ne  laisse  chés  soy  les  voysins  puiser  eau,  si  première- 
ment ilz  n'avoient  en  leurs  propres  pastifz  foussoié  et  bêché  jusques  à 
25  trouver  celle  espèce  de  terre  qu'on  nomme  ceramite  '  (c'est  terre  à 
potier)  et  là  n'eussent  rencontré  source  ou  degout'°  d'eaux.  Car  icelle 
terre  par  sa  substance,  qui  est  grasse,  forte,  lize  et  dense,  retient 
l'humidité  et  a'e  n  est  facilement  faict  escours"  ne  exhalation. 

«  Ainsi  est  ce   grande  vergouigne,  tousjours,  en  tous  lieux,  d'un 
50  chascun  emprunter,  plus  toust  que  travailler  et  guaingner.  Lors  seu- 
lement debvroit  on  (scelon  mon  jugement)   prester,  quand  la  per- 
sonne travaillant  n'a  peu  par  son  labeur  faire  guain,  ou  quand   elle 
est  soubdainement  tombée  en  perte  inopinée  de  ses  biens. 

((  Pourtant  laissons  ce  propos,  et  dorénavant  ne  vous   atachez  à 
35  créditeurs  :  du  passé  je  vous  délivre. 

—  Le  moins  de  mon  plus'^  (dist  Panurge)  en   cestuy  article  sera 

Ligne  20.  E  :  que  quelque  foys  —  1.  21.  E  :  paoure  —  E  :  quelque  foys  —  1.  22.  A, 
E  :  occasion  —  E  :  Ta  —  1.  25.  E  :  chei  —  A  :  voisins  —  1.  24.  E  :  n'avoyent  —  E  ; 
foussoyè  —  1.  26.  E  :  d'eau  —  1.  28.  A,  E  :  faicte  —  A,  E  :  escours  ne  manque  — 
1.  29.  E  :  vergongne  —  1.  30.  A  :  plus  tost  ;  E  :  plustosi  —  E  :  gaigner  —  \.  31.  E  : 
selon  —  1.  34.  A  :  propous  — E  :  doresnavant 


monceau  de  pierres.  Et  lorsque,  sur  l'ordre 
d'Apollonius,  on  eût  écarté  ces  pierres  accumu- 
lées, on  découvrit  à  la  place  du  vieillard  un 
chien  enragé,  de  la  taille  d'un  lion.  V.  Plattard, 
p.  220.  R.  s'écarte  un  peu  de  son  auteur. 

7.  R.  traduit  ici  une  phrase  de  Plutarque,  De 
vitanda  usura,  ch.  v  :  «  y.7.'.-.o'.  riépaai  ys  -0  '^sj- 
8£a6a'.,  ôe'j-ceoov  T]yoO'vTat  twv  â[iaptT)ij.âTwv, 
-pwTov  8e,  tÔ  oçsîXstv,  on  xal  tÔ  <|(£Û8£aGai 
Toïç  ôtpeîXoudt  a'j[j.Êa''v£'.  zoXXàxi;.  »  (P.) 

8.  Livre  VIE,  866  B.  R.  le  cite  d'après 
Plutarque,  De  vitanda  usura,  ch.  i,  827  D,   à 


qui  il  emprunte  tout  ce  développement.  Ce 
traité  avait  été  traduit  en  latin  par  le  Nurem- 
bergeois  Bilibald  Pirckheimer  (15 13).  (P-) 

9.  Transcription  du  mot  grec  y.epauîxtç  y^, 
qui  se  trouve  dans  le  texte  de  Plutarque.  R. 
définit,  deux  lignes  plus  bas,  la  nature  de  cette 
terre,  qui  est  l'argile  figuline  ou  plastique  com- 
mune. (P.  D.) 

10.  Écoulement. 

1 1.  Afflux.  Archaïsme. 

12.  Le  moins  que  je  puisse  faire.  Cotgrave 
explique  ainsi  cette  expression  elliptique  :  «  The 


CHAPITRE    V  61 

VOUS  remercier  ;  et,  si  les  remercimens  doibvent  estre  mesurez  par 
l'affection  des  biensfaicteurs,  ce  sera  infiniment,  sempiternellement  : 
car  l'amour  que  de  vostre  grâce  me  portez  est  hors  le  dez''  d'estima- 

40  tion,  il  transcende  tout  poix,  tout  nombre,  toute  mesure,  il  est  infi- 
ny,  sempiternel.  Mais  le  mesurant  au  qualibre'-^  des  biensfaictz  et  con- 
tentement des  recepvans,  ce  sera  assez  laschement.  Vous  me  faictez 
des  biens  beaucoup,  et  trop  plus  que  ne  m'appartient,  plus  que  n'ay 
envers  vous  deservy,  plus  que  ne  requeroient  mes  mérites,  force  est 

45   que  le  confesse  ;  mais  non  mie  tant  que  pensez  en  cestuy  article. 

«  Ce  n'est  là  que  medeult'%  ce  n'est  là  que  me  cuist  et  démange.  Car 
dorénavant,  estant  quitte,  quelle  contenence  auray  je?  Croiez  que  je 
auray  maulvaise  grâce  pour  les  premiers  moys,  veu  que  je  n'y  suis  ne 
nourry  ne  accoustumé.  J'en  ay  grand  paour. 

50  «  D'adventaige  désormais  ne  naistra  ped  en  tout  Salmiguondinoys 
qui  ne  ayt  son  renvoy  vers  mon  nez.  Tous  les  peteurs  du  monde 
petans  disent  :  «  Voy  là  pour  les  quittes'^.  »  Ma  vie  finera  bien  toust, 
je  le  ptccvoy.  Je  vous  recommande  mon  epitaphe.  Et  mourray  tout 
confict  en  pedz.   Si  quelque  jour  pour  restaurant  à  faire   peter  les 

55  bonnes  femmes  en  extrême  passion  de  colicque  venteuse  les  medica- 
mens  ordinaires  ne  satisfont  aux  medicins,  la  momie  "'^  de  mon  pail- 


Ligne  37.  A,  E  :  renierclemens —  1.  38.  E  :  infinement  —  1.  42.  E  :  faicles —  1.  44. 
E  :  requeroyent  —  1.  46,  E  :  ciiyst  —  1.  47.  E  :  doresnavant  —  E  :  contenance  —  1.  47- 
48  :  E  :  f  auray  —  1.  48.  A  :  suys  —  1.  50.  E  :  D'avaiitaige  —  E  :  pet  —  A,  E  ;  Salmi- 
gondinoys  — 1.  51.  A,  E  :  n'ayt —  1.  52.  A,  E  :  tost —  1.  53.  E  :  prevoy  —  A  :  recommende 
—  1.  54.  E  :  pet:^^  —  1.  56.  E  :  médecins  —  E  :  /a  momie  du  paillard 

most  I  can,  the  least  I  should  ».  Cette  locution  16.  R.  s'est  souvenu  d'une  Facétie  de  Pogge, 

se  retrouve  dans  V Ancien  Prologue  du  Quart  où  il  est  question  d'un  proverbe  analogue.  Un 

Livre  :  «  Je  vous  en  remercie.  Ce  sera  le  moins  vieillard  niait  une  dette  en  justice,  affirmant 

de  mon  plus.  »  (C.)  qu'il    n'avait    jamais    rien    dû    à    personne    : 

13.  Les  risques.  R.  traduit  littéralement  une  «  Détournez  votre  grande  barbe,  lui  dit  le  juge, 
expression  latine  :  extra  judiciorum  (ouingenii)  elle  empuantit  toute  la  compagnie...  Ne  savez- 
aleam  positus.  (P.)  vous  pas  qu'on  ne  manque  jamais  de  dire  en 

14.  Calibre.  Terme  arabe,  introduit  en  fran-  pétant  :  Voilà  pour  la  barbe  des  quittes  ?  »  (C.) 
çais  antérieurement  à  R.  Ci.R.  E.  R.,  VI,  315.  17.  La  momie  ou  iiiiimie,  huile  de  momie, 

15.  Troisième  personne  du  présent  de  l'indi-  était  un  remède  fort  vanté  contre  les  chutes, 
catif  du  verbe  douloir,  s'affliger.  contusions,  amas  de  sang  extravasé,  comme 


62  LE   TIERS    LIVRE 

lard  et  empeté  corps  leurs  sera  remède  pr^esent.  En  prenent  tant  peu 
que  direz,  elles  péteront  plus  qu'ilz  n'entendent. 

«  C'est  pourquoy  je  vous  prirois  voluntiers  que  de  debtes  me  laissez 

60  quelque  centurie,  comme  le  roy  Loys  unzieme,  jectant  hors  de  pro- 
cès Miles  d'IUiers  evesquede  Chartres'^  feut  importuné  luy  en  laisser 
quelque  un  pour  se  exercer.  J'ayme  mieux  leurs  donner  toute  ma 
cacqueroliere,  ensemble  ma  hannetonniere  :  rien  pourtant  ne  dédui- 
sant du  sort'^  principal. 

65  —  Laissons  (dist  Pantagruel)  ce  propos,  je  vous  l'ay  ja  dict  une 
fovs  ». 


Ligne  57.  E  :  leur  —  A,  E  :  présent  —  E  :  prenant  —  1.  59.  A  :  priroys  ;  E  : 
prieroye  —  1.  éo.  A  :  Loiiys  —  A,  E  :  unxiesme  —  E  :  jettant  —  1.  éi.  E  :  fut  — 
1.  62.  E  :  excercer  —  A,  E  :  mieulx  —  E  :  leur  —  1.  63.  A,  E  :  Cacqueroliere  —  E  : 
Hanneioniere —  1.  63-64.  E  :  deduysant  —  1.  65.  E  :  dict —  A  :  propous  —  1.  66. 
E  :  fois 

ayant  la  vertu  de  fluidifier  le  sang  coagulé.  Chartres   (1459-1493)   était   devenue    prover- 

Contre  cette  répugnante  thérapeutique  se  sont  biale.  On  la  retrouve  avec  quelques  variantes 

élevésTierreBelon,  De admirabili  operiiti!  anti-  chez  plusieurs  conteurs  du   xvi^   s.,  comme 

quorum    et    rerum   suspiciendanim    prsestantia,  Des    Périers,   nouv.  XXXVI  et   H.    Estienne, 

Paris,  1553,  in-80,  1.  II,  Ambr.  Paré,  Discours  Apolog.,  t.  X,  p.  362  {R.  E.  R.,  VII,  77). 

d'A.  Paré..,  asçavoir  de  la  mumie,  des  venins,  de  (C.) 

la  licorne  et  de  la  peste,  Paris,  Buon,  i  j82,  in-  19.  Le  sort  principal,  le  capital.  Cf.  ch.  xv  : 

40,  et  Jean  de  Renou,  Œuvres  pharmaceutiques,  «  Le  sort,  l'usure,  et  les  intérêts  je  pardonne  .» 

éd.  par  L.  de  Serres,  Lyon,  Chard,  1626,  in-  L'expression,  commune  chez  les  écrivains  du 

fo,  p.  434  et  suiv.  (D.)  xvie  s.,  est  encore  employée,  avec  ce  sens,  au 

18.  La  réponse  de  Miles  d'IUiers,  évêque  de  xviie  (La  Fontaine,  Pascal).  (C.) 


Pourquoy  les  nouveaulx  mariez^  estoient  exempt:^ 
d'aller  en  guerre. 


Chapitre  VI. 


—  Mais  (demanda  Panurge)  en  quelle  loy  '  estoit  ce  constitué  et  esta- 
5   bly,  que  ceulx  qui  vigne  nouvelle  planteroient,  ceulx  qui  logis   neuf 

bastiroient  et  les  nouveaulx  mariez  seroient  exemptz  d'aller  en 
guerre  pour  la  première  année? 

—  En  la  loy  (respondit  Pantagruel)  de  Moses  *. 

—  Pour  quoy  (demanda  Panurge)  les  nouveaulx  mariez?  Des  plan- 
10  teurs  de   vigne  je  suis  trop  vieulx  pour  me  soucier  :  je  acquiesce  on 

soucy  des  vendangeurs,  et  les  beaulx  bastisseurs  nouveaulx  de 
pierres  mortes  ne  sont  escriptz  en  mon  livre  de  vie.  Je  ne  bastis  que 
pierres  vives,  ce  sont  hommes  '. 

—  Scelon  mon  jugement  (respondit  Pantagruel)  c'estoit  affin  que 
15   pour  la  première   année  ilz    jouissent    de    leurs    amours   à    plaisir, 

vacassent  à  production  de  lignage  et  feissent  provision  de  héritiers; 
ainsi  pour  le  moins,  si  l'année  seconde  estoient  en  guerre  occis,  leur 
nom    et  armes  restast  en  leurs  enfans;  aussi  que  leurs  femmes  on 


Ligne  i.  E  :  nouveaux  —  E  :  exempte^ —  1.  6.  E  :  bastiront  —  E  :  nouveaux  —  1.  9. 
E  :  nouveaux  —  1.  10.  A  :  suys  —  E  :  acquiesce  au  —  I.  1 1 .  E  :  vendengeurs  —  1.  14.  E  : 
Selon  —  1.  15.  E  :  jouyssent —  1.  18.  E  :  restast  à 

1.  La  question  posée  par  Panurge  et  exami-  donne  un  tour  un  peu  fantaisiste  à  sa  citation. 
née  dans  ce  chapitre  n'a  aucun  rapport  avec  Pour  les  «  nouveaulx  mariez  »,  en  particulier, 
l'épisode  qui  précède  :  elle  se  rattache  aux  préoc-  l'Écriture  dit  :  «  honw  qui  despondit  uxorem  et 
cupations  de  Panurge,  qui  exposera  par  la  suite  non  accepit  eam.  »  (C.) 

qu'il  a  décidé  de  se  marier.  (P.)  3.  Le  roi  François  I",  ayant  créé,  en  1530, 

2.  Réminiscence  de  trois  versets  du  Deutéro-  le  Collège  des  lecteurs  royaux,  avait  omis  de 
nome,   XX,    5,   6,  7.   Selon  sa   coutume,   R.       doter  cette  corporation  d'un  local  pour  les  lec- 


64  LE   TIERS    LIVRE 

congneust  certainement  estre  ou  brehaignes  '^  ou  fécondes  (car  l'essay 
2°  d'un  an  leurs  sembloit  suffisant,  attendu  la  maturité  de  Taage  en 
laquelle  ilz  faisoient  nopces),  pour  mieulx  après  le  décès  des  mariz 
premiers  les  colloquer  en  secondes  nopces  :  les  fécondes,  à  ceulx  qui 
vouldroient  multiplier  en  enfans,  les  brehaignes,  à  ceulx  qui  n'en 
appeteroient  et  les  prendroient  pour  leurs  vertus,  sçavoir,  bonnes 
25  grâces,  seulement  en  consolation  domesticque  et  entretenement  de 
mesnaige. 

—  Les  prescheurs  de  Varenes  '  (dist  Panurge)  détestent  les  secondes 
nopces  ^  comme  folles  et  deshonnestes. 

—  Elles   sont   (respondit   Pantagruel)  leurs  fortes   fiebvres  quar- 
30  taines  ". 

—  Voire  (dist  Panurge)  et  à  frère  Enguainnant  ^  aussi,  qui,  en  plain 
sermon  preschant  à  Parillé  '  et  détestant  les  nopces  secondes,  juroit 
et  se  donnoit  au  plus  viste  diable  d'enfer,  en  cas  que  mieulx  n'aymast 
depuceller  cent  filles  que  biscoter  une  vefve'°. 


Ligne  20.  E  :  eage —  1.  21.  E  :  mariti  —  1.  23.  E  :  vouldroyent  —  1,  24.  A  :  pn 
droient — 1.  26.  E  :  mesnage  —  1.  28.  A  :  deshonestes  —  1.  29.  F:  leur  —  1.  31.  E  :  Voy 
—  E  :  Engaigmut  — I.  32.  E:  Parailly^  1.  33.  E  :  naimast  —  1.  34.  —  E  :  despucekr 


an- 
re 


tures  et  cours.  C'est  ainsi  qu'on  put  dire  plus  quarte,  dit  A.  Paré,...  est  celle  qui  retourne  et 

tard  qu'il  avait  bâti  son  collège  non  en  pierres,  a  son  accès  le  quatriesme  jour,  ayant  deux 

mais  en  hommes.  (P.)  jours   d'intermission    »    (1.   VII,   ch.  xxxii). 

4.  Stérile,  féminin  de  hréhaing,  usuel  au  Nous  savons  aujourd'hui  qu'elle  est  due  au 
xvie  s.  Plasmodium    vialaris,    Lav.,    dont    le    cycle 

5.  Varennes-sur-Loire,  comm.,  cant.  Sau-  évolutif  est  de  72  heures.  Jadis  réputée 
mur  (Maine-et-Loire).  Le  père  de  R.  possédait  comme  la  plus  rebelle,  cette  forme  de  fièvre 
dans  cette  paroisse  le  domaine  de  Chavigny-  paludéenne  était  fréquemment  invoquée  dans 
en-Vallée,  avec  un  petit  manoir,  des  «  pesche-  les  imprécations.  (D.) 

ries,  pastureaux  et  certaines  terres  estant  entre  8.  Nom    facétieux    de    moine,    proprement 

la  rivière  de  Loire  et  la  turcie  (la  levée)  de  cette  «  qui  engaine  »,  au  sens  libre.  Cf.  .Varot,  t.  III, 

rivière.  »  R.  E.  R.,  VI,  70,  et  1. 1,  Introduction,  p.   16  :  «  Puis  Martin  jusche  et  lourdement 

p.  LXv.  (C.)  engaine  ».  (C.) 

6.  Cf.  Gratien  du  Pont,  149  vo  :  9.  Ancien  prieuré-cure,  dépendant  de  l'ab- 
Seœndes  nopces  de  riche  ne  belistre  baye  de  Noyers.  La  paroisse  a  été  supprimée 
Dit  le  Canon,  ne  se  doibvent  benistre  :  en  1792  et  l'église  romane  sert  de  grange. 
Car  proprement  ce  n'est  honnesteté  Parilly  n'est  qu'un  simple  hameau,  com.  de 
(Comme  avons  dict)  ains  est  infameté.  Chinon.  (C.) 

(C.)  10.  Tiré  d'une   des  Facetiœ  de  Pogge  :  De 

7.  Fièvre  quarte  ou  quartaine  :  «  La  fièvre  przdicatore  qui  potius  decem  virgincs  qnam  niip- 


CHAPITRE   VI  65 

35  c(  Je  trouve  vostre  raison  bonne  et  bien  fondée.  Mais  que  diriez 
vous,  si  ceste  exemption  leurs  estoit  oultroyée  pour  raison  que,  tout 
le  decours  d'icelle prime  année,  ilz  auroienttant  taloche"  leurs  amours 
de  nouveau  possédez  (comme  c'est  l'aequité  et  debvoir),  et  tant 
esgoutté    leurs   vases  spermaticques,   qu'ilz  en  restoient  tous  effilez, 

40  tous  evirez'%  tous  énervez  et  flatriz'^  si  que,  advenent  le  jour  de 
bataille,  plus  tost  se  mettroient  au  plongeon  comme  canes,  avecques 
le  baguaige,  que  avecques  les  combatans  et  vaillans  champions  on  lieu 
on  quel  par  Enyo'*  est  meu  le  hourd'^  et  sont  les  coups  departiz,  et 
soubs  l'estandart  de  Mars  ne  frapperoient  coup    qui  vaille.    Car  les 

45  grands  coups  auroient  ruez  soubs  les  courtines  de  Venus  s'amie'^ 

«    Qu'ainsi  soit'^  nous  voyons   encores  maintenant    entre    autres 

reliques    et  monumens  d'antiquité,    qu'en   toutes   bonnes   maisons, 

après  ne  sçay  quantz  jours,  l'on  envoyé  ces  nouveaux    mariez   veoir 

leur  oncle'®  pour  les  absenter   de   leurs  femmes   et  ce   pendent  soy 

50  reposer,  et  de  rechief  se  avitailler  pour  mieux  au  retour  combatre, 
quoy  que   souvent    ilz  n'ayent  ne   oncle  ne  tante,   en  pareille  forme 

Ligne  36.  E:  leur  —  E  :  octroyée  —  1.  37. E:  auroyent  —  1.  38.  E  :  équité  —  I.39. 
E  :  restoyent  —  1.  40.  E  :  flétri^  —  A,  E  :  advenant  —  1.  41.  E  :  mettoyent  —  E  :  avec 

—  1.  42.  E  :  le  hagaige  quavec  —  A  :  on  lien;  E  :  au  lieu  —  1.  43.  E  :  auquel  —  E  : 
hord  —  1.  44.  E  :  souh\  Vestandard  —  E  :  frapperoyent  coups  qui  vaillent  —  1.  45.  E  : 
grande  —  E  :  auroyent  —  E  :  souhT^  —  E  :  samye  —  1.  46.  E  :  Oue  ainsi  —  E  :  encore 

—  A  :  aultres  —  1.  47.  A  :  de  antiquité  —  1.  48.  E  :  quandi  —  A  :  nouveaulx  — 
I.  49 .  A,  E  :  pendant  —  1.  50.  E  :  i^  reche^  —  A,  E  :  mieulx 

tant  unam  eligebat.  R.  a  adapté  l'anecdote  à  son  n'est  rien  qui  plus  abate  le  cueur  d'un  homme 

propos.  (P.)  que  de  hanter  ou  trop  aymer  les  femmes.  Et 

11.  Tapé,  tabouré,  au  sens  libre.  pour  ceste  occasion,  défendoient  les  Hébrieux 

12.  Privé  de  virilité.  Latinisme,  de  eviratus,  que  l'année  que  l'homme  estoit  marié,  il  n'al- 
même  sens.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  78.  last  point  à  la  guerre,  de  paour  que  l'amour  de 

15.  Flétri.  Archaïsme.  sa  femme  ne  le  retirast  des  hazardz  que  l'on  y 

14.  Divinité  grecque,  qui  présidait  aux  car-  doibt  sercher.  »  Heptaviéron,  nouv.  LXX.  (P.) 
nages  guerriers  et  au  sac  des  villes.  Voir  Iliade,  17.  Qu'il  en  soit  ainsi,  la  preuve  c'est  que 
ch.  V,  vers  333  et  592.  (P.)  nous  vovons... 

15.  Le  combat.  Archaïsme.  18.  Sur  cet  usage,  voir  Coquillart,  1. 1,  p.  49, 

16.  La  reine  de  Navarre  a  également  com-  et  G.  Bouchet,  t.  I,  p.  123,  «  andar  lo  sposo 
mente  cette  loi  des  Hébreux,  mais  sa  para-  un  poco  à  spassodoppo  le  nozze  per  riposarsi  » 
phrase  n'a  pas  la  saveur  de  celle  de  R.   «  Il  (Duez). 

LE   TIERS    LIVRE.  9 


66 


LE   TIERS    LIVRE 


que  le  roy  Petaulf,  après  la  journée  des  Cornabons",  ne  nous  cassa'' 
proprement  parlant,  je  diz  moy  et  Courcaillet",  mais  nous    envoya 
refraischir  en   nos  maisons.  Il    est   encores  cherchant  la  sienne.  La 
5  5   marraine  de  mon  grand  père  me  disoit,  quand  j'estois  petit,  que 

Patenostres  et  oraisons 

Sont  pour  ceulx  là  qui  les  retiennent. 

Un  fiffre  allans  en  fenaisons 

Est  plus  fort  que  deux  qui  en  viennent^'. 

60  «  Ce  que  me  induict  en  ceste  opinion  est  que  les  planteurs  de 
vigne  à  poine  mangeoient  raisins,  ou  beuvoient  vin  de  leur  labeur 
durant  la  première  année  ;  et  les  bastisseurs,  pour  l'an  premier,  ne 
habitoient  en  leurs  logis  de  nouveau  faictz,  sur  poine  de  y  mourir 


Ligne  53.  E:  je  dy  —  1.  54.  E:  noi  —  1.  55.  E:j'estoys  —  1.  58.  A,E  :  allant  —  1.  60. 
E  :  m' induict  — 1.  61.  E  :  peine  —  E  :  heuvoyent  —  1.  63.  E  :  habitoyent  —  E  :  peine  de 


19.  Allusion  restée  obscure.  Du  Fail,  t.  I, 
p.  223,  et  t  II,  p.  137,  à  propos  des  frères 
mendiants,  parle  d'aubaines  «  fondez  sur  ce 
bonhomme  Peto,  marchand  d'Orléans  »  ou 
((  aux  enseignes  du  bonhomme  Peto  d'Or- 
léans »  équivoquant  avec  le  mot  latin  peto,  je 
demande,  je  mendie.  C'est  le  sens  adopté  par 
Le  Roux,  Dici.com.,  1718,  qui  fait  de  la  cour 
du  roi  Peto,  la  Cour  des  miracles  Mais  le  bon- 
homme Peto  n'est  pas  le  roi  Petault,bien  qu'il 
y  eut  au  xvi^  siècle  une  famille  de  ce  nom, 
d'où  sortirent  les  célèbres  chronologistes  Paul 
et  Denis  Pétau.  Il  est  probable  que  R.  fait  allu- 
sion à  un  corps  de  milice  du  genre  des  francs- 
archers  ou  des  francs-taupins,  pris  parmi  les 
rustiques  et  gens  des  champs  et  objet  des  rail- 
leries traditionnelles. 

Le  Dict.  de  Trévoux  a  relevé  ce  sens  : 
«  Anciens  soldats  selon  Froissart,  parlant  des 
petaux  et  bibaux  ;  ce  sont  des  gens  de  pied  et 
paysans  selon  Monstrelet.  »  En  1548,  on  donna 
ce  nom,  par  dérision,  aux  paysans  d'Angou- 
mois  et  de  Guyenne  révoltés  contre  la  gabelle. 


L'explication  devient  tout  à  fait  probable  si 
l'on  fait  de  petau,  le  même  mot  que  pitaud  rus- 
tique, paysan.  Cf.  G.  Bouchet,  t.  IV,  p.  106  : 
«  appelloient  les  gens  des  champs...  vilains, 
pitaux,  rustiques,  pied-gris  et  paisans.  »  (C.) 

20.  Nous  n'avons  pas  la  clef  de  cette  plai- 
santerie. Il  est  possible  qu'il  s'agisse  d'une  équi- 
voque où  le  mot  cortie  jouerait  le  premier  rôle; 
Pitau  était  synonyme  de  cornard.  Cf.  Apol. 
pour  Hérodote,  p.  19  (Littré)  :  «  quand  on  dit 
un  bon  jannain...  cela  s'entend  proprement 
d'un  pitaiit  qui  prend  bien  en  patience  que  sa 
femme  lui  fasse  porter  des  cornes.  »  (C.) 

21.  Licencia. 

22.  Ce  nom  burlesque,  sans  doute  de  l'in- 
vention de  R.,  est  celui  de  l'appeau  qui  sert 
aux  chasseurs  à  imiter  le  cri  des  cailles.  (C.) 

23.  Cf.  Villon,  Test.,  v.  1056  : 

Item,  viengne  Robin  Turgis 

A  moy,  je  luy  paieray  son  vin 

Combien,  s'il  treuve  mon  logis. 

Plus  fort  sera  que  le  devin .  (C.) 


CHAPITRE    VI  5« 

suffocquez    par    deffault    de   expiration,   comme    doctement    a  noté 
65   Galen,  lib.  2,  de  la  difficulté  de  respirer^\ 

«  Je    ne  l'ay  demandé  sans  cause  bien  causée,  ne  sans  raison  bien 
resonnante.  Ne  vous  desplaise.  » 


Ligne  64.  E  :  d'expirations  —  E  :  ha  noté  —  1.  67.  A,  E  :  résonante 

24.  Galien,  De  usu  partium,  1.  VII,  ch.  viii,       pièces  fraîchement  badigeonnées  à  la  chaux,  ou, 
déconseille,    après   Erasistrate,   d'habiter   des      comme  on  dit  «  d'essuyer  les  plâtres.  »  (D.) 


Comment  Pamir ge  avoit  la  pusse  en  ïaureille, 
et  désista  porter  sa  magnijicque  braguette. 


Chapitre  VII. 


Au  lendemain  '   Panurge  se  feit  perser  ^   l'aureille  dextre  '   à  la 

5     judaique  ^  et  y  atacha  un  petit  anneau  d'or  à  ouvraige  de  tauchie  \  on 

caston  ^  duquel  estoit  une  pusse  enchâssée.  Et  estoit  la  pusse  noire, 


Ligne  i.  E:  pulce  —  1.  5.  A,  E  :  Judaicque —  E  :  au  caslon 
E  :  la  pulce 


1.  6.  E  :   une  pulce  — 


1.  Ici  commence  un  nouvel  épisode  qui  n'a 
rien  de  commun  avec  les  «  faicts  et  dicts 
héroïques  "  de  Pantagruel,  annoncés  par  le  titre 
de  l'ouvrage  :  c'est  la  consultation  sur  le 
mariage  de  Panurge,  qui  fera  l'objet  principal 
du  Tiers  Livre.  (P.) 

2.  Les  pendants  d'oreilles,  délaissés  au 
moyen  âge,  reparaissent  sous  les  Valois.  Hen- 
ri II  s'attache  des  perles  aux  oreilles.  Mais, 
en  1 546,  les  bagues  d'oreilles  devaient  être  une 
nouveauté,  puisque  quinze  ans  plus  tard  le 
graveur  Woeiriot,  dans  ses  dessins,  n'en  donne 
que  deux  modèles.  Quant  au  percement  des 
oreilles,  il  est  usité  avant  1561.  Cf.  A.  Paré, 
1.  IV,  ch.  X  :  «  Le  mollet  (lobe)  où  on  pend 
les  bagues  »,  et  G.  Bouchet,  t.  III,  p.  5  3  :  «  Les 
autres  se  font  percer  les  oreilles  pour  y  mettre 
des  bagues  ou  pour  y  appendre  des  rubis  ou 
des  perles  ».  (C.) 

3.  Les  femmes,  comme  les  hommes,  au 
temps  de  R.,  ne  portaient  qu'une  seule  boucle 
d'oreille.  Cf.  Mellin  de  Saint-Gelais,  éd.  1574, 
p.  187  : 


Ne  tenez  point,  estrangers,  à  merveille 

Qu'en  ceste  cour  chascun  maintenant  porte 

Bague  ou  anneau  en  l'une  ou  l'autre  oreille. 

Les  pendants  décrits  dans  l'inventaire  de  Ga- 

brielle  d'Estrées(i  599)  sont  encore  isolés.  (C.) 

4.  D'après  l'Exode,  XXI,  6,  et  le  Deutéronome, 
XV,  17,  quand  un  esclave  désirait  rester  à  per- 
pétuité chez  son  maître  sans  profiter  de  la 
libération  que  lui  assurait  le  retour  de  l'année 
jubilaire,  le  maître  lui  perçait  l'oreille  avec  un 
poinçon.  (P.) 

5.  Cf.  ch.  xxxxiii  :  Fol  à  la  damasquine, 
de  tauchie,  d'azemine,  et  1.  IV,  ch.  i  :  «  Un  en- 
tonnoir de  ebene  tout  requamé  d'or  à  ouvraige 
de  tauchie.  »  Les  trois  termes  sont  à  peu  près 
synonymes.  Il  s'agit  d'un  travail  d'incrustation 
de  fils  d'argent  ou  d'or  dans  une  pièce  d'un 
autre  métal,  fer,  acier,  cuivre,  bronze,  ou  même 
or  et  argent.  Cette  technique,  originaire  de  la 
Perse  ou  de  l'Asie  Mineure  (Chypre),  se  prati- 
quait à  la  perfection  en  Italie,  notamment  à 
Venise.  Cf.  R.  E.  R.,  VI,  315- (C.) 

6.  Chaton.  De  l'italien  castone,  même  sens. 


CHAPITRE   VII 


69 


affin  que  de  rien  ne  doubtez  (c'est  belle  chose,  estre  en  tous  cas  bien 
informé),  la  despence  de  laquelle,  raportée  à  son  bureau  ",  ne  montoit  par 
quartier  ^  gueres  plus  que  le  mariage  d'une  tigresse  ^  hircanicque  '°, 

lo  comme  vous  pourriez  dire  600000  malvedis".  De  tant  excessive  des- 
pense se  fascha  lors  qu'il  feut  quitte,  et  depuis  la  nourrit  en  la  façon 
des  tyrans  et  advocatz,  de  la  sueur  et  du  sang  de  ses  subjectz. 

Print  quatre  aulnes  de  bureau'*  :  s'en  acoustra  comme  d'une  robbe 
longue  à  simple  cousture''  ;  désista  porter  le  hault  de  ses  chausses '^ 

15   et  attacha  des  lunettes  à  son  bonnet''. 

En  tel  estât  se  praesenta  davant  Pantagruel,  lequel  trouva  le  des- 
guisement  estrange,  mesmement  ne  voyant  plus  sa  belle  et  magni- 
ficque  braguette,  en  laquelle  il  souloit  comme  en  l'ancre  sacré '^ 
constituer    son    dernier  refuge    contre  tous    naufraiges   d'adversité. 

20  N'entendent  le  bon  Pantagruel  ce  mystère,  le  interrogea,  demandant 
que  pr^tendoit  ceste  nouvelle  prosopopée'". 


Ligne  10.  E  :  609000  —  1.  11.  E  :  fut  —  A  :  depuys  —  A  :  facion  —  1.  14.  E  : 
hault  de  chausses —  1,  15.  A,  E  :  atacha  —  1.  16.  A  :  prœsenta  —  E  :  devant  —  1.  20.  A, 
E  :  N'entendant  — E  :  Vinterrogua  —  1.  21.  A  :  praetendoit 


7.  Mise  sur  le  bureau,  soigneusement  balan- 
cée. 

8.  Payée  par  quartier,  c'est-à-dire  par  tri- 
mestre. 

9.  Le  mot  est  alors  un  néologisme.  Voir 
Sainéau,  t.  I,  p.  23-2^1 . 

10.  L'Hyrcanie  était,  chez  les  Anciens,  la 
contrée  située  à  l'est  de  la  mer  Caspienne.  Cf. 
1.  L  ch.  XXXIII,  n.  54.  (P.) 

1 1.  Maravédis,  petite  monnaie  d'Espagne  qui 
valait  un  peu  plus  qu'un  denier  de  France.  (C.) 

12.  Drap  épais  de  laine  grossière,  dont  la 
couleur,  d'un  brun  foncé,  venait  de  l'emploi  de 
toisons  presque  noires  :  Cf.  Villon,  Test.,  v.  286  : 

Mieulx  vault  vivre,  soub^  gros  bureau, 

Povre,  qu'avoir  esté  seigneur 

Et  pourrir  soubz  riche  tombeau.        (C.) 

13.  Avec  une  seule  couture,  c'est-à-dire  une 
robe  fermée.  Plus  loin  Panurge  dira  qu'elle 
était  «  en  forme  de  toge  » .  (C.) 


14.  Son  haut-de-chausses,  sa  culotte.  Au 
1.  n,  ch.  XVI,  R.  nous  apprend  que  les  Cordeliers, 
sous  leur  robe,  ne  portaient  «  point  de  chausses 
foncées» .  Les  braies  (sorte  de  caleçon  ouvert) de 
Panurge  laissaient  pendre  sa  chemise  sur  ses 
genoux   (C.) 

15.  Les  lunettes  étaient  l'emblème  d'une 
profession  sérieuse.  On  les  portait  attachées  à 
l'oreille  ou  au  bonnet,  souvent  sans  besoin 
véritable.  En  1645,  M^e  d'Aulnoy  s'étonnant 
d'en  voir  porter  à  de  très  jeunes  dames  de  la 
cour  d'Espagne,  on  lui  répond  que  «  c'est  pour 
la  gravité  et  pour  attirer  le  respect  ».  (C.) 

16.  Ancre  sacrée.  Cette  expression  se  ren- 
contre déjà  chez  Érasme,  Adages,  IV,  1,  i, 
Duîce  bellum  inexpertis  :  «  Hsc  nulli  non  sacra 
est  ancora.  »  R.  E.  R.,  Vl,  230. 

17.  Déguisement,  du  grec  r.po'7(DT.or.od<x, 
même  sens.  Cf.  Prol.,  1.  140.  (P.) 


70  LE   TIERS    LIVRE 

—  J'ay  (respondit  Panurge)  la  pusse  en  ^aureille'^  Je    me  veulx 
marier. 

—  En  bonne  heure  soit,  dist  Pantagruel,  vous  m'en  avez  bien  resjouy. 
25  Vrayement  je  n'en  vouldroispas  tenir  un  fer  chauld''.  Mais  ce  n'est  la 

guise  des  amoureux,  ainsi  avoir  bragues  avalades  et  laisser  pendre  sa 
chemise  sur  les  genoilx  sans  hault  de  chausses  avecques  robbe 
longue  de  bureau,  qui  est  couleur  inusitée  en  robbes  talares''"  entre 
gens  de  bien  et  de  vertus. 

30       ce  Si  quelques  personaiges  de  haeresies  et  sectes  particuliaires  s'en 

sont  autres  fois  acoustrez,  quoy  que  plusieurs  l'ayent  imputé  à  pipe- 

rie,  imposture  et  affectation  de  tyrannie  sus  le  rude  populaire,   je  ne 

veulx  pourtant  les  blasmer  et  en  cela  faire  d'eulx  jugement  sinistre. 

«   Chascun  abonde  en  son  sens   :   mesmement  en  choses  foraines, 

35  externes  et  indifférentes,  lesquelles  de  soy  ne  sont  bonnes  ne  maul- 
vaises"',  pource  qu'elles  ne  sortent  de  nos  cœurs  et  pensées,  qui  est 
l'officine  de  tout  bien  et  tout  mal  :  bien,  si  bonne  est,  et  par  le  esprit 
munde  reiglée  l'affection  ;  mal,  si  hors  équité  par  l'esprit  maling  est 
l'affection  dépravée. 


Ligne  22.  E  :  pulce  —  1.  25.  A,  E  :  vouldroys  —  E  :  chaud  —  1.  26.  E  :  guyse  —  F  : 
laissé  —  1.  27.  A,  E  :  genoulx  —  E  :  avec  —  1.  30.  E  :  personnage  d'heresies  —  1.  31. 
A  :  aultres  foys  ;  E  :  autresjoys  accousire\  —  E  :  quoy  manque  — 1.  35-36.  E  :  mau- 
vaises —  E  :  no\  —  A  :  cueurs  —  I.  37.  E  :  bonne  est  par  V esprit  —  1.  38.  E  :  monde 
—  E  :  équité 

18.  Cette  locution,  qui  se  rencontre  déjà  consistait  à  tenir  un  fer  chaud  d'une  main  en 
dans  Charles  d'Orléans,  Chanson  I,  signifie  témoignage  de  la  vérité  de  ce  que  l'on  décla- 
être    tracassé   par   des   désirs    ou   des    soucis       rait. 

d'amour.  Cf.  i?.  jE.  i?.,  V    p.  g8-ïoi,  ti  Atnadis  20.  Latinisme  :  qui  descend  jusqu'aux  ta- 

de  Gaule,  livre  X,  ch.  m  :  «  Q.uoy,  monsieur,  Ions,  en  latin  tait. 

mon  compagnon  (dit  Florisel  en  s'esveillant),  21.  R.  a  sur  cette  question  les  mêmes  idées 

si  vous  ave^  la  puce  en  Vaureille,  qu'en  puis-je  que  l'Italien  BalthazarCastiglione,  dont  le  livre 

mais  ?  Le  remède  est  de  la  tirer  par  quelque  sur  le  Courtisan  lui  était  bien  connu  :  «  Toutes 

subtil  moyen.  —  A  !    a  !  monsieur  (respond  façons  lui  peuvent  être  séantes,  pourvu  qu'elles 

Falanges),  n'avez  vous  appris  par  vostre  pas-  satisfassent  à  celuy  qui  les  porte  et  qu'elles  11e 

sion  propre  à  avoir  autre  pitié  des  misérables  et  soient  point  hors  de  la  coutume,  ne  contraires  à 

langoureux  amans  I  »  i?.  £.i?.,V,  96-101.  (P.)  sa   profession.  »  Ed.  Et.  Dolet,  Lyon,   1558, 

19.  Allusion  à  une   ancienne   épreuve    qui  1.  II,  p.  xci.  (P.) 


CHAPITRE    VII 


71 


40  «  Seulement  me  desplaist  la  nouveaulté  et  mespris  du  commun 
usaige. 

—  La  couleur,  respondit  Panurge,  est  aspre  aux  potz,  à  propos", 
c'est  mon  bureau,  je  le  veulx  dorénavant  tenir  et  de  près  reguarder  à 
mes  affaires.  Puys  qu'une  foys  je  suis  quitte,  vous  ne  veistes  oncques 

45  homme  plus  mal  plaisant  que  je  seray,  si  Dieu  ne  me  ayde. 

«  Voiez  cy  mes  bezicles.  A  me  veoir  de  loing  vous  diriez  propre- 
ment que  c'est  frère  Jan  Bourgeoys^'.  Je  croy  bien  que  l'année  qui 
vient  je  prescheray  encores  une  foys  la  croisade.  Dieu  guard  de  mal 
les  pelotons^"*. 

50  (.(.  Voiez  vous  ce  bureau  ?  Croiez  qu'en  luy  consiste  quelque  occulte 
propriété  à  peu  de  gens  congneue.  Je  ne  l'ay  prins  qu'à  ce  matin, 
mais  desja  j'endesve,  je  deguene,  je  grezille^*  d'estre  marié  et  labou- 
rer en  diable  bur'^  dessus  ma  femme,  sans  craincte  des  coups  de  bas- 
ton  ^^  O  le  grand  mesnaiger  que  je  seray.  Après  ma  mort  on  me  fera 

55  brusler  en  bust''^  honorificque,  pour  en  avoir  les  cendres  en  mémoire 
et    exemplaire    du    mesnaiger    perfaict.     Corbieu    sus   cestuy    mien 

Ligne  41.  E  :  visaige  —  1.  42.  A  :  propous  —  1.  43.  E  :  doresnavanl  —  E  :  regarder 
—  1.  44.  E  :  Puis  —  A  :  suys  —  1.  45.  E  :  ne  m  ayde  —  1.  46.  E  :  Voye':^^  —  1.  48.  E  : 
encore  —  E  :  croysade  —  E  :  gard  —  1.  50.  E  :  Voye\  —  E  :  Croyei^  —  1.  52.  E  :  des- 
gaine —  E  :  grésille  —  1.  54.  E  :   mesnagier  —  1.   56.  E  :  parjaict 

22.  Jeu  de  mots,  sans  doute  traditionnel,  et  25.  Grille.  Archaïsme. 

que  l'on  trouve  dans  une  épître  de  Guillaume  26.  En  diable   couleur  de  bure,  en   diable 

Crétin  à  Honoré  de  la  Jailie,  rimée  en  équi-  roux.  Cf.   ch.  xxi  :  c<  les  moines  heurs  »,  et 

voques  :  I.  IV,  ch.  11  :  «  Panurge  vestu  de  la  toge  bure  ». 

Par  ces  vins  verds  Atropos  a  trop  os  Faire  quelque  chose    «   en  diable  »,  indique 

Des  corps  humains  ruez  envers  en  vers  chez  R.  un  superlatif  dans  l'action  :  «  Je  faisois 

Dont  un  quidam,  aipre  aux  pots  à  propos  diable  de  arguer  »,  1.  I,  ch.  xix,  n.  35  :  «  estre 

A  fort  blasmé  ses  tours  pervers  par  vers.  battu  en  diable  »,  1.  IV,  ch.  xvi,  etc.  C'est  une 

Cf.  Pasquier,  1.  IV,  p.  932.  On  la  trouveaussi  allusion  à  l'agitation  des  diables  dans  les  mys- 

dans  A.  du  Saix,  LEsperon  de  discipline.  Cf.  tères.  (C). 

R.  E.  R.,  IX,  233.  (C.)  27.  Cf.  ch.  IX  :  «  n'est  ce  le  mieulx  que  je 

23.  Prédicateur  franciscain,  très  populaire,  me  associe  quelque  honeste  et  preude  femme 
mort  à  Lyon  en  1494.  On  l'appelait  le  Corde-  qu'ainsi  changer  de  jour  en  jour  avecques  con- 
lier  aux  lunettes..  R.  le  mentionne  encore  au  tinuel dangier  de  quelque  coup  de  baston,  ou  delà 
1.  IV,  ch.  VIII  :  «  les  preschoit  eloquentement  vérole  pour  le  pire?  » 

comme  si  fust  un  petit  frère  Olivier  Maillard  28.  Bûcher,   néologisme,  du  latin  bustum, 

ou  un  second  Jrere  Jan  Bourgeois.  »  (P.)  même  sens.  Cf.    Prol.,\.  245   :  «  larves  bus- 

24.  Sobriquet  populaire  des  testicules.  (D.)       tuaires  ». 


72 


LE   TIERS    LIVRE 


bureau^'  ne  se  joue  mon  argentier  d'allonger  les  ss'°  !  Car  coups 
de  poing  troteroient  en  face. 

c(  Voyez  moy  davant  et  darriere  :  c'est  la  forme  d'une  toge,  antique 
éo  habillement  des  Romains  on  temps  de  paix.  J'en  ay  prins  la  forme  en 
la  columne  de  Trajan  à  Rome,  en  l'arc  triumphal  aussi  de  Septimius 
Severus''.  Je  suis  las  de  guerre,  lasdessages'^  et  hocquetons'\  J'ay  les 
espaules  toutes  usées  à  force  de  porter  harnois.  Cessent  les  armes, 
régnent  les  toges ''^.  Au  moins  pour  toute  ceste  subséquente  année,  si 
65   je  suis  marié,  comme  vous  me  allegastez  hier  par  la   loy  Mosaïque. 

«  Au  reguard  du  hault  de  chausses,  ma  grande  tante  Laurence '^ 
jadis  me  disoit  qu'il  estoit  faict  pour  la  braguette. 

«  Je  le  croy,  en  pareille  induction,  que  le  gentil  falot '^  Galen,  lib.  9, 
de  l'usage  de  nos  membres'",  dict  la  teste  estre  faicte  pour  les  œilz.  Car 


Ligne  57.  A,  E  :  ne  se  joue  pas  —  E  :  àlonger  —  I.58.  A,  E  :  troteront  —  I.  59.  E  : 
devant  et  derrière  —  1.  éo.  E  :  au  temps  —  1.  éi.  A  :  aussy  —  1.  62.  A  :  suys  —  E  : 
las  des  sayes  —  1.  63.  E  :  espaulles  —  E  :  harnoys  —  1.  65.  A  :  suys  —  E  :  m'allegastes 
—  E  :  Mûsaicque  —  1.  66.  E  :  regard  —  I.  69.  E  :  no\  —  A,E  :  yeulx 


29.  Table  de  compte,  couverte  à  l'origine 
de  drap  bureau,  mais  au  xvi^  siècle  de  vert, 
comme  les  tables  de  jeu.  Cf.  Gay,  Glossaire.  R. 
va  jouer  de  cette  équivoque  à  satiété,  revenant 
à  la  robe  de  bureau,  pour  reprendre  le  bureau 
de  l'argentier,  jusqu'à  invoquer  le  diable  bur. 
(C.) 

30.  C'est-à-dire  de  transformer  les  s  (sols) 
eu  f  (francs).  L'expression  se  retrouve  dans 
Tabourot,  Apophtegmes,  éd.  1620,  fol.  17  : 
«  Un  marchand  qui  avoit  haussé  le  gantelet  et 
allo7igé  les  ss  de  son  livre  de  Raison  a.  R.  E.  R., 
VII,  107.  (C.) 

31.  Voici  une  des  rares  allusions  faites  par 
R.  aux  monuments  romains  qui  avaient  dû  si 
vivement  frapper  son  imagination  de  lettré 
et  d'humaniste,  lors  de  ses  séjours  à  Rome, 
en  1534  et  IS35-(C.) 

32.  Latinisme,  de  saguni,  tunique  de  guerre 
des  Romains.   Cf.  Erasme,   Ad.,  II,    5,  28  : 


«    Unde   M.    Tullius  subinde    jubet  depositis 
togis  saga  sumere.  »  R.  E.  R.,  VI,  230.  (C.) 

53.  Sorte  de  casaque  en  grosse  toile,  ouatée 
et  piquée,  que  portaient  les  gens  de  pied  au 
moyen  âge  sous  le  haubert  ou  la  chemise  de 
mailles.  (C.) 

34.  Traduction  du  vers  fameux  de  Cicéron  : 
Cédant   arma    togz,    concédât    laurea    laudi. 

(P.) 

35.  Peut-être  réminiscence  de  Pathelin, 
V.  158. 

Or,  sire,  la  bonne  Laurence, 

Vostre  belle  ante,  mourut  elle  ?(C.) 

36.  Joyeux  drôle.  Cette  expression  se  ren- 
contre déjà  au  xve  s.  et  paraît  usuelle  au  temps 
de  R.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  241. 

37.  Il  y  a  erreur  dans  la  référence.  C'est  au 
1.  VIII,  du  De  usu  partium,  ch.  v,  que  Galien 
démontre  gravement  l'avantage  qu'a  l'homme 
du  fait  que  les  yeux  sont  placés  sur  la  tête  : 


CHAPITRE    Vil 


73 


70  nature  eust  peu  mettre  nos  testes  aux  genoulx  ou  aux  coubtes;  mais, 
ordonnant  les  œilz  pour  descouvrir  au  loing,  les  fixa  en  la  teste 
comme  en  un  baston  au  plus  hault  du  corps  :  comme  nous  voyons 
les  phares'^  et  haultes  tours  sus  les  havres  de  mer  estre  érigées,  pour 
de  loing  estre  veue  la  lanterne. 

75  «  Et  pource  que  je  vouldrois  quelque  espace  de  temps,  un  an  pour 
le  moins,  respirer  de  l'art  militaire,  c'est  à  dire  me  marier,  je  ne  porte 
plus  braguette,  ne  par  conséquent  hault  de  chausses.  Car  la  braguette 
est  première  pièce  de  harnoys  pour  armer  l'homme  de  guerre  ".  Et  main- 
tiens jusques  au  feu  (exclusivement  entendez)-*''que  les  Turcs  ne  sont 

80  aptement  armez,  veu  que  braguettes  porter  est  chose  en  leurs  loix 
défendue. 


Ligne  70 .  E  :  no^  —  E  :  couldes  —  1 .  7  r .  A,  E  :  yeulx  —  E  :  ficha  —  1.  75.  E  :  voul- 
droys  —  1.  78.  E  :  harnoys  —  1.  78-79.  E  :  maintien  —  1.  80.  E:  braguette  —  A  : 
leurs  loyx  ;  E  :  leur  loy 


«  Postquam  igitur  oculos  nostros  in  imo  cons- 
tituera ipsorum  non  erat,  nudis  autem  cervi- 
cibus  imponere  non  erat  tutum  (nolebat  porro 
natura  neque  utilitatem  ullam  impedire,  neque 
securitatem  tollere),  invenit  qua  arte  faceret 
ipsis  particulam  quae  alta  simul  esset  et  eos 
tuerisatis  posset,  supra  quidem  supercilia  cons- 
tituens  infra  vero  quas  malas  appellamus,  attol- 
lens.  »  Quelque  considération  que  R.  puisse 
avoir  pour  Galien,  ce  finalisme  un  peu  naïf  le 
fait  sourire.  (D.  P.) 

38.  Le  mot,  sinon  l'objet,  était  nouveau  en 
1546,  et  la  Briefve  déclaration  l'explique  : 
«    Haultes   tours    sus   le    rivaige  de   la   mer, 


esquelles  on  allume  une  lanterne  on  temps 
qu'est  tempeste  sus  mer,  pour  addresser  les 
mariniers,  comme  vous  povez  veoir  à  la 
Rochelle  et  Aigues-Mortes.  »  Cf.  R.  E.  R.,  IV, 
375,  VIII,  52.  (C.) 

59.  Dans  l'armure  complète,  la  braguette 
faisait  partie  de  la  braconnière  de  mailles,  sorte 
de  jupe  destinée  à  protéger  le  bas-ventre  et  les 
cuisses.  Mais  dans  les  harnois  pour  combattre 
à  pied,  c'était  une  coquille  d'acier  rattachée 
par  des  goujons  à  la  braconnière  et  à  la  gar- 
niture de  buffle  du  dessous.  (C.) 

40.  Pour  cette  formule,  voir  au  ch.  m, 
n.  17. 


LE   TIERS   LIVRE. 


Comment  la  braguette  est  première  pièce  de  harnois 
entre  gens  de  guerre. 

Chapitre  VIII. 

—  Voulez  vous,  distPantagruel,  maintenir  que  la  braguette  est  pièce 
5   première  de  harnois  militaire?  C'est  doctrine  moult  paradoxe  '  et  nou- 
velle. Car  nous  disons  que  par  esprons  -  on  commence  soy  armer. 

—  Je  le  maintiens,  respondit  Panurge  :  et  non  à  tord  je  le  main- 
tiens. 

«  Voyez  comment  nature  ',voulent  les  plantes,  arbres,  arbrisseaulx, 

10  herbes  et  zoophytes  *,  une  fois  par  elle  créez,  perpétuer  et  durer  en 

toute  succession   de  temps,  sans  jamais  dépérir  les  espèces,  encores 

que    les    individuz    périssent,  curieusement    arma    leurs    germes    et 

semences,  es  quelles  consiste  icelle  perpétuité,  et  les  a  muniz  et  cou- 


Ligne  I.  A  :  harnoys  —  1.  5.  A  :  harnoys  —  I.  6.  E  :  espérons  —  1.  7.  E  :  maintien 
—  E  :  tort  —  1.  7-8.  E  :  maintien  —  1.  9.  A,  E:  voulant  —  E  :  arbrisseaux  —  1.  10.  A  : 
joys  —  1.  1 1 .  E  :  encore  —  1.  1 2.  E  :  armast  —  1.  1 3    E  :  esquelle  —  E  :  les  ha 


1.  Paradoxale.  Néologisme,  du  grec  -aca- 
80ÇÔ;,  même  sens. 

2.  Cet  adage  est  rapporté  dans  Fauchet, 
Traité  de  la  milice  et  des  armes,  ch.  i.  Il  vien- 
drait de  ce  que  les  éperons  s'attachant  aux 
solerets,  l'homme  d'armes  n'aurait  jamais  pu 
les  chausser  s'il  eût  attendu  d'avoir  revêtu  sa 
cuirasse  et  ses  jambières.  Il  est  possible  aussi 
qu'il  y  ait  là  une  allusion  à  la  coutume  d'armer 
un  nouveau  chevalier  en  lui  chaussant  les 
éperons.  (C.) 

3.  La  comparaison  que  Panurge  va  établir 
entre  le  dénùment  de  l'homme  à  sa  naissance 
et  la  constitution  plus  viable  des  végétaux  est 
inspirée  par  les  considérations  qui  ouvrent  le 
1.  VII  de  y  Histoire  naturelle  de  Pline.  R.  modi- 


fie les  termes  et  le  sens  de  la  comparaison,  la 
restreignant  aux  seuls  végétaux,  sans  traiter 
des  animaux.  Cette  diflférence  qu'il  constate 
entre  la  constitution  de  l'homme  et  celle  des 
végétaux,  il  l'interprète  comme  une  preuve 
non  de  la  faiblesse,  mais  de  l'excellence  de 
l'homme  :  s'il  est  né  désarmé,  c'est  qu'il 
était  destiné  à  jouir  pacifiquement  de  la 
création  ;  il  a  été  contraint  par  les  rigueurs  de 
l'âge  de  fer  à  maintenir  par  la  force  sa 
ro3-auté  sur  la  nature.  (P.) 

4.  Ce  mot  n'est  ni  dans  Aristote,  ni  dans 
Pline.  Il  apparaît  dans  Philon  le  Juif  {Zoo- 
ùhvtj,  dans  Philonis  Judœi  Liber  de  mundo,  trad. 
G.  Budé)  et  Sextus  Empiricus.  Th.  Gaza  le 
traduit  par  Plantaninuilia.  Ce  sont,  dit  Belon, 


CHAPITRE    VIII 


75 

vers  par  admirable  industrie  de  gousses,  vagines  \  testz  ^  noyaulx,  cali- 
15  cules  ^  coques,  espiz,  pappes  ^  escorces,  échines  poignans  9,  qui 
leurs  sont  comme  belles  et  fortes  braguettes  naturelles.  L'exemple 
y  est  manifeste  en  poix,  febves,  faseolz'°,  noix,  alberges",  cotton'% 
colocynthes'',  bleds,  pavot,  citrons,  chastaignes,  toutes  plantes 
généralement,  es  quelles  voyons  apertement  le  germe  et  la  semence 
20  plus  estre  couverte,  munie  et  armée  qu'autre  partie  d'icelles.  Ainsi 
ne  pourveut  nature  à  la  perpétuité  de  l'humain  genre.  Ains  créa 
l'homme  nud,  tendre,  fragile,  sans  armes,  ne  offensives  ne  défensives, 
en  estât  d'innocence  et  premier  aage  d'or,  comme  animant,  non 
plante  ;  comme  animant  (diz-je)  né  à  paix,  non  à  guerre,  animant  né 


Ligne  14.  E  :  noyaux  —  1.  15.  E  :  espines  —  1.  16.  E  :  leur  —  1.  17.  E  :  pois  — 
E  :  coton  —  1.  18.  E  :  hle~^  —  1.  19.  E  :  generallemeiit  —  E  :  esquelles  voions  —  1.  20. 
A  :  aiiltre  —  1.  21.  E  :  Ainsi  n'est  pourveu  par  nature  —  1.  22.  E  :  nu  —  E  :  fragille 
—  1.  23.  E  :  inocence  —  E  :  eage  —  1.  24.  E  '.planté  —  lE.  :  dy  je 


«  poissons  de  doubteuse  nature,  demandants  à 
sçavoir  s'ils  sont  plantes  ou  animaulx  »  (Nat . 
poîss.,p.  331).  Marsigli  (171 1)  range  encore  les 
coraux  parmi  les  végétaux.  C'est  Peyssonnel 
qui  démontra  qu'on  doit  les  rattacher  au  règne 
animal,  contredit  d'ailleurs  par  Réaumur  qui 
ne  s'inclina  qu'après  la  publication  des  décou- 
vertes de  Trembley.  Conservé  par  Cuvier,  cet 
embranchement  est  aujourd'hui  dissocié  en 
Spongiaires,  Cœlentérés  et  Echinodermes.(D.) 

5.  Gaines  ;  latinisme,dewz^îHa,  même  sens. 

6.  Coques  ;  latinisme,  de  testa,  même  sens. 

7.  Petits  caUces  ;  latinisme,  de  catycidus, 
même  sens. 

8.  Duvet  ;  latinisme,  de  pappus,  même  sens. 
Les  pappes  sont  les  aigrettes  des  akènes  des 
composées. 

9.  Épines,  aiguillons  piquants.  Les  mots 
calycutus,  pappus,  vagina  se  rencontrent  dans  le 
passage  de  Pline  (H.  N.,W11,  i)  dont  s'inspire 
R.  Ils  n'ont  pris  en  français  leur  sens  technique 
qu'arec  Tournefort  et  Linné.  (D.) 

10.  Le  mot  Jaseolus  est  dans  Pline,  XVIII, 
74.  Cependant,  le  Faseoîus  des  anciens  est 
la  féveroUe,   la  ja rosse  ou  le  dolique  et  non 


point  notre  haricot,  dont  les  auteurs  du 
xve  s.,  Crescenzio,  Macer  Floridus,  ne 
parlent  pas.  Par  contre,  on  le  trouve  fréquem- 
ment cité,  et  répandu  en  de  nombreuses 
variétés,  depuis  la  découverte  de  l'Amérique. 
Ce  qui  fait  croire  à  de  CandoUe  que  notre 
haricot  commun  (PhaseJus  vutgaris,  Savi), 
pourrait  bien  être  originaire  du  Nouveau- 
Monde.  Cf.  de  CandoUe,  L'origine  des  piaules 
cultivées,  52  éd.,  Paris,  Alcan,  1912,  in-80, 
p.  270-275.  (D.) 

11.  Alberge  ou  auberge  (O.  de  Serres), 
fruit  de  l'auberger  (O.  de  Serres)  ;  nom  déri- 
vé du  vocable  marseillais  aubergi,  qui  désigne 
la  pêche  pavie.  «  Cette  pêche,  dit  Le  Du- 
chat,  nous  est  venue  du  Languedoc  environ 
Tan  1540  ;  mais  en  vingt  ans  de  temps  on 
en  fit  venir  une  si  grande  quantité  de  greffes 
qu'en  1560  il  y  avait  à  Paris  peu  de  jardins 
où  on  n'en  trouvât  des  arbres.  "  (D.) 

12.  Coton  ;  de  l'arabe  Ktitn.  Un  coton- 
nier, soit  Gossypium  herhaceum  L.,  cotone, 
algodon,soit  G.  arboreuni  L.,  également  connu 
au  xvi=  siècle,  où  Prosper  .Alpin  le  vit  cultivé 
en  Egypte.  (D.) 


76  LE   TIERS    LIVRE 

25  à  jouissance  mirificque  de  tous  fruictz  et  plantes  vegetables,  animant 
né  à  domination  pacificque  sus  toutes  bestes'*. 

«  Advenent  la  multiplication  de  malice  entre  les  humains  en  suc- 
cession de  l'aage  de  fer  et  règne  de  Juppiter'^  la  terre  commença  à 
produire  orties '^  chardons,  espines  et  telle  autre  manière  de  rebel- 

30  lion  contre  l'homme  entre  les  vegetables;  d'autre  part,  presque  tous 
animaulx  par  fatale  disposition  se  émancipèrent  de  luy,  et  ensemble 
tacitement  conspirèrent  plus  ne  le  servir,  plus  ne  luy  obéir,  en  tant 
que  résister  pourroient,  mais  luy  nuire  scelon  leur  faculté  et  puis- 
sance. 

35  ce  L'homme  adoncques,  voulent  sa  première  jouissance  maintenir  et 
sa  première  domination  continuer,  non  aussi  povant  soy  commodé- 
ment passer  du  service  de  plusieurs  animaulx,  eut  nécessité  soy  armer 
de  nouveau. 

—  Par  la  dive  Oye  guenet'"  (s'escria  Pantagruel),  depuys  les  der- 
40  nieres  pluyes  tu  es  devenu  grand  lifrelofre'^  voyre  diz  je  philosophe. 

—  Considérez  (dist  Panurge)  comment  nature  l'inspira  soy  armer, 
et  quelle  partie  de  son  corps  il  commença  premier  armer.  Ce  feut 
(par  la  vertus  Dieu '9)  la  couille, 

Et  le  bon  messer  Priapus, 
45  Quand  eut  faict,  ne  la  pria  plus^°. 

Ligne  25.  E  :  jouyssance  —  1.  27.  E:advenant  —  1.  28.  E  :  eage  —  E  -.Jupiter  —  A  : 
commencia  —  A,  E  :  à  manque  — 1.  29.  A  :  aiiltre  — 1.  30.  A,  E  :  d'aultre  —  1.  31.  E  : 
et  manque  —  1.  32.  E  :  conspirent  —  E  :  oheyr  —  1.  33. E  :  pourroyent  —  E  :  nuyre  selon 
—  1.  35.  E  :  voulant  —  E  :  jouyssance  —  1.  36.  A  :  aussy  —  1.  59.  E  :  depuis  —  1.  40. 
E  :  dy  je  —  1.  42.  A  :  commencia  —  E  :  fut  —  1.  43.  E  :  vertu  Bieu  —  1.  45.  A  :  Va 

13.  Ciwiwiis  (Citndlus)  colocynthis,  Schrad  ;       beneficentiae  genuisse.  » 

Coloquinte  (Cucurbitacée).  Colocynihis  (Fline,  I5-  Qpi  remplaça  Saturne,  le  souverain  de 

XX,  8.)  ;  Colocvnthe  (Phtearius)  ;  coloquin-  ''âge  d'or.  (P.) 

tide  (Mondeville  ;  Hortus  Sanit.   1500).  (D.)  '^-  Réminiscence   de   la   Gemse,    III,    18  : 

^  j .     1  1  «  Spinas  et  tribulos  germmabit  tibi.  »  (P.) 

14.  On  trouve  un  développement  analogue  ^     „  .  .  i-      .  1 

,        „  .,  TTT  T    r^  ,     ,  „  17-  Expression  aussi  peu  expliquée  que  le 

dans  brasm.e,  Adages,  III,  10,  I,  Duke  hélium  ■   ^  r^       „»  ^.,  1    t    ^u  \r        ■         ,c 

'         *    '       '      '    '  ventre  saint  Quenet  du  \.  i,  en.  v,  voir  n.   16. 

inexpertis  :  «  Solum  hominem  nudum  produxit  jg   Buveur,  Cf.  ?ro\.,  et  1.  II,  ch.  11,  n.  25. 

[natura],   imbellem,  tenerum,  inermem  »...  i^.  Locutionproverbia!e.Cf.l.II,ch.xiii,1.58. 

et  plus   haut  :   «  animal  hoc  non    bello  sed  20.  La  rime  indique  que  Vs  de  Priapus  ne 

amicitise,  non  exitio  sed  saluti,  non  injuriée  sed  se  prononçait  pas. 


CHAPITRE   VIII 


77 


«  Ainsi  nous  le  tesmoigne  le  capitaine  et  philosophe  hebrieu 
Moses,  affermant  qu'il  se  arma  d'une  brave  etgualante  braguette,  faicte 
par  moult  belle  invention  de  feueilles  de  figuier^',  les  quelles  sont 
naïfves,  et  du  tout  commodes  en  dureté,  incisure,  frizure,  polissure, 
50  grandeur,  couleur,  odeur,  vertus  et  faculté  pour  couvrir  et  armer 
couilles. 

ce  Exceptez  moy  les  horrificques  couilles  de  Lorraine *%  lesquelles  à 
bride  avalée  descendent  au  fond  des  chausses,  abhorrent  le  mannoir 
des  braguettes  haultaines,  et  sont  hors  toute  méthode  :  tesmoing 
55  Viardiere'''  le  noble  Valentin^'*,  lequel  un  premier  jour  de  may,  pour 
plus  guorgias^^  estre,  je  trouvay  à  Nancy^^,  descrotant  ses  couilles 
extendues  sus  une  table,  comme  une  cappe  à  l'hespaignole''^ 

a  Doncques  ne  fauldra  dorénavant  dire,  qui  ne  vouldra  impropre- 
ment parler,  quand  on  envoyra  le  franc  taulpin^^  en  guerre  : 


60 


«  Saulve  Tevot  ^^  le  pot  au  vin  '°,  » 


Ligne  47.  E  :  quil  s'arma  —  E  :  galante 
E  :  lesquelles  —  1.  53.  E  :  font —  A,  E  : 
doresnavant  —  1.  59.  E  :  envoyera 

21.  Cf.  Genèse,  III,  7  :  «  Consuerunt  folia 
ficus  et  fecerunt  sibi  perizomata.  »  Inutile  de 
faire  remarquer  que  R.  en  prend  à  son  aise 
avec  le  texte  biblique.  (C.) 

22.  Plaisanterie  proverbiale.  Cf.  1.  II,  ch.  i, 
1.  64,  et  R.  E.  R.,  I,  72  et  VII,  447. 

23.  Personnage  non  identifié,  peut-être  de 
l'invention  de  l'auteur.  Cf.  R.  E.  R.,  IV,  247. 

24.  Le  titre  de  Valentin  rappelle  une 
royauté  éphémère,  une  sorte  de  bachèlerie 
particulière  à  Nancy,  qui  avait  lieu  le  premier 
dimanche  de  carême.  Après  des  danses  et 
divers  divertissements,  on  tirait  au  sort  les 
Valentins  et  les  Valentines  de  l'année.  Cf. 
R.  E.  R.,  IV,  248.  Au  temps  de  R..  la  fête  tra- 
ditionnelle avait  sans  doute  lieu  le  premier 
mai,  à  moins  que,  ce  jour-là,  les  Valentins  du 
Carême  précédent  ne  fussent  tenus  à  quelque 
présentation  de  bouquet  ou  de  mai  à  leurs  Va- 
lentines. (C.) 

25.  Élégant.  Cf.  1.  II,  ch.  xxxii,  n.  27. 


—  1.  48.  E  :  fueilles  —  E:  lesquelles  —  1.  $2. 
manoir  —  L  57.  E  :  estendues  —  1.  58.  E  : 

26.  Ch.-l.,  dép.  Meurthe-et-Moselle,  capi- 
tale jusqu'en  1766  des  ducs  de  Lorraine. 

27.  Long  manteau  sans  manche.  Cf.  1.  I, 
Prol.,  n.  48. 

28.  Ancienne  milice  rurale,  dont  la  répu- 
tation plus  ou  moins  justifiée  de  poltronnerie, 
a  été  une  source  de  plaisanteries  au  moyen 
âge.  R.  y  fait  allusion  ;  cf.  1.  I,  ch.  xxxv,  n.  3, 
II,  ch.  VII,  n.  85,  tiPant.   Progn.,c\i.v.  (C.) 

29.  Tevot  ou  Tenot,  diminutif  d'Etienne. 
Les  exploits  du  franc-taupin  Tevot,  avaient  dû 
faire  le  sujet  d'une  farce  ou  d'un  monologue 
appartenant  au  même  cycle  comique  que  le 
Franc  archer  de  Bagnolet  (cité  par  R.,  1.  IV, 
ch.  XXIII  et  Lv),  le  Pionnier  de  Seurdre,  le 
Franc  archer  de  Cherré.  Une  farce  imprimée  en 
1542  :  Colin,  fils  de  Tevot  le  maire,  atteste  la 
popularité  du  personnage,  que  nous  ne  con- 
naissons malheureusement  que  par  ce  seul 
vers  :  «  Saulve  Tevot  le  pot  au  vin.  »  R.  E.  R., 
X,  240.  (C.) 


78  LE   TIERS    LIVRE 

c'est  le  cruon  ''.  Il  fault  dire  : 

«  Saulve  Tevot  le  pot  au  laict,  » 

ce  sont  les  couilles  :  de  par  tous  les  diables  d'enfer. 

c(  La  teste  perdue,  ne  perist  que  la  persone  ;  les  couilles  perdues, 
65   periroit  toute  humaine  nature. 

((  C'est  ce  que  meut  le  gualant'^  Cl.  Galen,  lib.  i  de  spermate^\  à  bra- 
vement conclure  que  mieulx  (c'est  à  dire  moindre  mal)  seroit  poinct 
de  cœur  n'avoir  que  poinct  n'avoir  de  genitoires.  Car  là  consiste, 
comme  en  un  sacré  repositoire  le  germe  conseivatif  de  l'humain 
70  lignage.  Et  croieroys  pour  moins  de  cent  francs,  que  ce  sont  les 
propres  pierres  moyenans  les  quelles  Deucalion  et  Pyrrha  restituèrent 
le  genre  humain  aboly  par  le  déluge  poétique''^. 

«  C'est  ce  qui  meut  le  vaillant  Justinian,  lib.  4.  de  cagotis  tolkîidis^^ 
à  mettre  summum  honum  in  braguibus  et  hraguetis. 


Ligne  63.  F  :  departe\  tous  les  diables  —  1.  64  E  :  personne  —  1.  66.  E  :  aalant  —  A  : 
lih.  primo  —  67.  E  :  point  —  1.  68.  A  :  cueiir  —  E  :  point  —  1.  70.  E  :  croirais  — 
1.  71.  E  :  moyennans —  1.  72.  A,  E  :  Poétique  manque  —  1.  73.  A  :  lib.  IIII 


30.  La  tête.  Cf.  le  Pionnier  de  Seurdre, 
V.  141  (éd.  E.  Picot.  Paris,  1896,  in-80)  : 

Mais,  nonobstant  toutte  deffence. 
Vous  serez  mis  à  la  potence, 
Ou  bien  rongné  sur  le  chauffault, 
Depuis  les  espaulles  en  hault. 
Pardé,  cela  n'est  point  honneste.. 
Quant  un  homme  n'a  point  de  teste, 
Il  ne  lu\'  fault  point  de  chapeau  : 
Si  me  fercit  bien  à  demau 
D'aller  perdre  le  pot  au  vin. 

Cité  dans  R.  E.  R.,  X,  246. 

31.  Proprement  la  cruche.  C'est  une  autre 
expression  métaphorique  pour  désigner  la  tête. 
Crujon,  encore  usité  en  Poitou  et  en  Sain- 
tonge,  se  trouve  dans  G.  Bouchet,  t.  II, 
p.  102  :  «  il  a  la  teste  faicte  comme  un  crujon.  » 
Cruon  a  le  sens  de   pichet  dans  du  Fail,  t.  I, 


188.  Il  figure  dans  le  Gloss.  angevin  de  Verrier- 
Onillon  :  R.  E.  R.,  X,  243.  (C.) 

32.  Il  est  possible  que  R.  ait  cherché  une 
équivoque  entre  galant  et  Galen. 

33.  Référence  inexacte  :  ce  n'est  pas  dans 
le  De  Spermate,  mais  dans  le  De  Semine,  1.  I, 
ch.  15,  que  se  trouve  ce  texte  : 

«  Ut  in  hoc  vel  corde  ipso  amplius  habeant 
testes,  qui  prseterquam  caliditatem  et  robur 
animalibus  exhibent,  generis  etiam  perpetui- 
tatis  in  casa  sunt... 

. .  .  Quanto  autem  melius  est  bene  vivere 
quam  solum  absolute  vivere,  tanto  in  animali- 
bus testes  corde  prxstantiores  sunt.  »  (D.) 

34.  Fameux  chez  les  poètes.  Voir,  par 
exemple,  Ovide,  Métamorphoses,  I,  348  et 
suiv.  (P.) 

35.  Ce  litre  imaginaire  des  Instituies  figure 
dans  la  Hbrairie  de  Saint  Victor,  1.  II,  ch.  vu. 


CHAPITRE   VIII 


79 


75  «  Pour  ceste  et  aultres  causes  le  seigneur  de  Merville'^,  essayant 
quelque  jour  un  harnoys  neuf  pour  suyvre  son  roy  en  guerre  (car 
du  sien  antique  et  à  demy  rouillé  plus  bien  servir  nesepovoit,  à  cause 
que  depuys  certaines  années  la  peau  de  son  ventre  s'estoit  beaucoup 
esloingnée  des  roignons),  sa  femme  consydera  en  esprit  contemplatif, 

80  que  peu  de  soing  avoitdu  pacquet"  et  baston  commun  de  leur  mariage, 
veu  qu'il  ne  l'armoit  que  de  mailles  ^^  et  feut  d'advis  qu'il  le  munist  très- 
bien  et  gabionnast  d'un  gros  armef  de  joustes,  lequel  estoit  en  son 
cabinet  inutile. 

«   D'icelle  sont  escriptz  ces  vers   on  tiers  livre  du  Chiabrena  des 

85   pucelles*°: 

«  Celle  qui  veid  son  mary  tout  armé, 
Fors  la  braguette,  aller  à  l'escarmouche, 
Luy  dist  :  «  Amy,  de  paour  qu'on  ne  vous  touche, 
Armez  cela,  qui  est  le  plus  aymé.  » 
90  Quoy  ?  tel  conseil  doibt-il  estre  blasmé  ? 

Je  diz  que  non  ;  car  sa  paour  la  plus  grande 
De  perdre  estoit,  le  voyant  animé, 
Le  bon  morceau  dont  elle  estoit  friande. 

«  Désistez  doncques  vous  esbahir  de  ce  nouveau  mien  acoustre- 
95   ment.  » 


Ligne  75.  E  :  autres  —  E  :  Merveille  —  1.  76.  E  :  harnois  —  E  :  suivre  —  1.  78.  E  : 
depuis  —  E  :  beaucop  —  1.   79.  E  :  eslongnée  —  E  :  considéra  —  E  :  esperit  —   1.  80. 

E  :  paquet  —  I.  81.  E  :  fut  d'avis  —  1.  84.  E  :  au  tiers  —  1.   88.  E  :  peur  —  I.  90. 
E:  dy  —  E  :  peur  —  1.  94.  E  :  esbahyr 

1.  96.  C'est, suivant  toute  apparence, une  allu-  39.  Casque.  Cf.  Proî.,n.  53. 

sion  au  De  caducis  tollendis,  qui  concerne  les  40.  Sur  cet    ouvrage    qui    figure    dans    le 

biens  caducs.  (C.)  catalogue    de    la    librairie    Saint- Victor,    voir 

36.  Personnage  non  identifié.  1.  II,    ch.    vu,   n.    112.   Le   huitain    cité    par 

37.  «  Le  pacquet  de  mariaoe  »  figure  dans  R.  est  donné,  sans  nom  d'auteur,  dans  les 
la  librairie  de  Saint-Victor.  Voir  I.  II,  ch.  vu.  Fleurs  de  poésie  françoyse,  anthologie  publiée  en 
n.  49.  1554-    Voir  R.   E.   R.,  IX,  99,    n.    2.  On  y 

38.  Cf.  ch.  VII,  n.  39.  La  protection  du  relève  deux  mots  différents  du  texte  de  R.  : 
ventre  et  des  cuisses  était  généralement  assurée  au  v.  i,  amy  au  lieu  de  mary  et  au  v.  4,  le 
par  une  jupe  de  mailles  ou  braconnière.  (C.)  tnteulx,  au  lieu  de  le  plies  aymé.  (P.) 


Comment  Panurgc  se  conseille  à  Paniagruel, 
pour  scavoir  s  il  se  doiht  marier. 

Chapitre  IX. 


10 


15 


Pantagruel  rien  ne  replicquant,  continua  Panurge,  et  dist  avecques 
5   un  profond  souspir.  : 

a  Seigneur  vous  avez  ma  délibération  entendue,  qui  est  me  marier, 
si  de  malencontre  n'estoient  tous  les  trous  fermez,  clous  '  et  bouclez  ; 
je  vous  supply,  par  Tamour  que  si  long  temps  m'avez  porté,  dictez 
m'en  vostre  advis. 

—  Puis  (respondit  Pantagruel)  qu'une  foys  en  avez  jecté  le  dez  ^ 
et  ainsi  l'avez  décrété  et  prins  en  ferme  délibération,  plus  parler 
n'en  fault,  reste  seulement  la  mettre  à  exécution. 

—  Voyre  mais  (dist  Panurge)  je  ne  la  vouldrois  exécuter  sans 
vostre  conseil  et  bon  advis. 

—  J'en  suis  (respondit  Pantagruel)  d'advis  ',  et  vous  le  conseille. 

—  Mais  (dist  Panurge)  si  vous  congnoissiez  que  mon  meilleur 
feust  tel  que  je  suys  demeurer,  sans  entreprendre  cas  de  nouvelleté, 
j'aymerois  mieulx  ne  me  marier  poinct. 


Ligne  4.  E  :  avec  —  1.  7.  A  :  mole  —  1.  8.  E  :  dictes  —  1.  10.  A  :  Puys  —  E  :  fois 

—  E  :  rfg  —  1.  13.  E  :  vouldroys  —  1.  15.  A  :  suys  —  E  :  vous  conseille  —  1.  17.  E  :  fust 

—  E  :  suis  —  1.  18.  E  :  point 


1.  Clos,  forme  dialectale  commune  dans 
l'Ouest. 

2.  Prendre  une  décision.  Expression  tra- 
duite de  la  formule  latine  Jacta  aléa  est, 
rendue  fameuse  par  César,  qui  l'aurait  pronon- 
cée au  moment  de  franchir  le  Rubicon.  Voir 
Suétone,  Cœsar,  32.  (P.) 

3.  Pantagruel,  dans  cette  réponse,  comme 
dans  les  suivantes,  s'amuse  à  faire  écho  à  la 
question  posée  par  Panurge.  Où  R.  a-t-il  pris 


l'idée  de  ces  réponses  facétieuses?  Vraisembla- 
blement dans  un  des  Colloques  d'Érasme  inti- 
tulé JÉc/^o.  On  trouve  des  scènes  analogues  dans 
une  des  Facetiz  de  Pogge  :  De  Duobus  in  re 
pecuniaria  litigantibus,  dans  un  livre  de  l'Ita- 
lien J.  B.  Gelli,  Capprici  del  Bottaio,  publié  en 
1546.  Mais  nul  n'a  su,  comme  R.,  donner  de 
la  vie  au  dialogue,  par  la  peinture  des  senti- 
ments du  questionneur,  sans  cesse  déçu  de 
n'obtenir  pour  réponse  que  l'écho  de  son  opi- 


CHAPITRE    IX  8l 

—  Poinct  doncques  ne  vous  mariez,  respondit  Pantagruel. 

20  —  Voire  mais  (dist  Panurge)  vouldriez  vous  qu'ainsi  seulet  je 
demeurasse  toute  ma  vie  sans  compaignie  conjugale?  Vous  sçavez 
qu'il  est  escript  :  veh  soli  *.  L'homme  seul  n'a  jamais  tel  soûlas  ^  qu'on 
veoyd  entre  gens  mariez, 

—  Mariez-vous  doncq,  de  par  Dieu,  respondit  Pantagruel. 

25  —  Mais  si  (dist  Panurge)  ma  femme  me  faisoit  coqu,  comme  vous 
sçavez  qu'il  en  est  grande  année,  ce  seroit  assez  pour  me  faire  tres- 
passer  hors  les  gonds  de  patience.  J'ayme  bien  les  coquz,  et  me  semblent 
gens  de  bien,  et  les  hante  voluntiers,  mais  pour  mourir  je  ne  le  voul- 
droys  estre.  C'est  un  poinct  qui  trop  me  poingt  ^. 

îo  —  Poinct  doncques  ne  vous  mariez  (respondit  Pantagruel),  car  la 
sentence  de  Senecque  est  véritable  hors  toute  exception  ;  ce  qu'à 
aultruy  tu  auras  faict,  soys  certain  qu'aultruy  te  fera  ^ 

—  Dictez  vous  (demanda  Panurge)  cela  sans  exception? 

—  Sans  exception  il  le  dict,  respondit  Pantagruel. 

35  —  Ho  ho  (dist  Panurge),  de  par  le  petit  diable  !  Il  entend  en  ce 
monde,  ou  en  l'aultre. 

«  Voyre  mais  puis  que  de  femme  ne  me  peuz  passer  en  plus  qu'un 
aveugle  debaston  (car  il  fault  que  le  virolet  Hrote,  aultrement  vivre  ne 
sçauroys),  n'est  ce  le   mieulx  que  je  me  associe  quelque  honneste  et 

40  preude  femme,  qu'ainsi  changer  de  jour  en  jour  avecques  continuel 


Ligne  20.  E  :  Voyre  —  1.  22.  E  :  nha  —  1.  23  .  E  :  Voyd  —  I.  24.  A  :  pardieu  — 
1.  25.  E  :  coquu  —  1.  27.  E  :  coqtmi  —  \.  29.  E  :  me  poinct  —  I.  30.  E  :  point  donq 
—  1.  32.  E  :  autruy  —  E  :  qu'autruy  —  1.  33.  E  :  dictes  —  1.  36.  E  :  autre  —  1.  37. 
E  :  non  plus  —  1.  38.  E  :  trotte,  autrement  —  1.  39.  E  :  m'associe  à  —  A  :  honeste  — 
1.  40.  E  :  avec 

nion  propre  et  toujours  s'obstinant  à  exiger  de  p.  213  :  «  Brief    c'est   un  poinct  qui  fort  les 

Pantagruel    qu'il    prenne    une  décision  à  sa  rompt  et  poinct.  » 

place.  (P.)  (C.) 

4.  Dans  VEcclésiaste,  IV,  10  :  «  Si  unus  7-  La  sentence  est  de  Publius  Syrus,  mais 
ceciderit,  ab  altero  fulcietur.  Vse  soli,  quia  cum  il  est  vrai  qu'elle  est  rapportée  par  Sénèque, 
ceciderit  non  habet  sublevantem  se.  »  epist.  XCIV,  «  Ab  alio  exspectes,  alteri  quod 

5.  Plaisir,  joie.  Cf.  1.  I,  ch.  11,  n.  65.  feceris.  »  (P.) 

6.  Me  pique,  de  poindre.  Ce  jeu  de  mots  est  8.  Sur  l'emploi  de  ce  mot  au  sens  libre, 
fréquent  chez  les  Rhétoriqueurs.  Cf.  Jean  Marot,  voir  ch.  11,  n.  50. 

LE   TIERS   LIVRE.  II 


82  LE  TIERS    LIVRE 

dangier  de  quelque  coup  de  baston,  ou  de  la  verolle  pour  le  pire  ?  Car 
femme  de  bien  oncques  ne  me  feut  rien.  Et  n'en  desplaise  à  leurs 
mariz. 

—  Mariez  vous  doncq,  de  par  Dieu,  respondit  Pantagruel. 

45  — Mais  si  (dist  Panurge)  Dieu  le  vouloit,  et  advint  que  j'esposasse 
quelque  femme  de  bien,  et  elle  me  batist,  je  seroys  plus  que  tierce- 
let '  de  Job,  si  je  n'enrageois  tout  vif.  Car  l'on  m'a  dict  que  ces  tant 
femmes  de  bien  ont  communément  maulvaise  teste,  aussi  ont  elles 
bon  vinaigre'"  en  leur  mesnaige. 

50  «  Je  l'auroys  encores  pire,  et  luy  batteroys  tant  et  trestant  sa 
petite  oye",  ce  sont  braz,  jambes, teste,  poulmon,  foye  et  râtelle,  tant 
luy  deschicqueterois  ses  habillemens  à  basions  rompuz'%  que  le  grand 
Diole  ''  en  attendroit  l'ame  damnée  à  la  porte.  De  ces  tabus  ''^  je  me  passe- 
rois  bien  pour  ceste  année,  et  content  serois  n'y  entrer  poinct. 

55       —  Poinct  doncques  ne  vous  mariez,  respondit  Pantagruel. 

—  Voire  mais  (dist  Panurge)  estant  en  estât  tel  que  je  suis,  quitte 
et  non  marié  (notez  que  je  diz  quitte  en  la  maie  heure,  car,  estant 
bien  fort  endebté,  mes  créditeurs  ne  seroient  que  trop  soingneux  de 


Ligne  42.  E  :  fut  —  1.  43.  E  :  maris  —  1.  44.  A,  E  :  doncq  manque  —  A  :  pardieu  — 
1.  45.  A,  E  :  espousasse  —  1.  46.  E  :  je  manque  —  1.  49.  E  :  mesnage  —  1.  50.  E  : 
battroys  —  1.  52.  E  :  dechicqueterois  —  1.  53-54.  E  :  passeroys  —  1.  54.  A,  E  :  seroys 
—  E  :  point  —  1.  55.  E  :  point  —  1,  5e.  E  :  Voyre  —  A  :  suys  —  1.  57.  E  :  dy 

9.  Le  Tiercelet  d'autour  est  ainsi  appelé  gaire  dit  qu'il  nous  faut  garder  de  celles-là  qui 
parce  qu'il  est  d'un  tiers  plus  petit  que  la  semblent  plus  sages  que  les  autres. . .  Et  peut- 
femelle.  Panurge  veut  donc  dire  :  je  serais  une  ondiredecesdoucetes  cequ'on  ditcoustumiere- 
image  réduite  de  ce  type  de  patience  que  fut  ment  du  vin  doux  que  quand  il  2t.  fait  vin-aigre. 
Job.  Dans  le  même  sens,  d'Aubigné  (Tragiques,  il  est  bien  plus  aigre  et  piquant  que  tout  autre  vin- 
t.  II,  p.  245),  comparant  les   impies  de  son  aigre  fait  d'autre  vin.  »  (C.) 

temps  aux  géants   qui  tentèrent  de  détrôner  11.  Petite   oie   [abattis].    Oudin,   Dict.   Au 

les  dieux,    les  appelle  des  tiercelets  de  géants.  figuré,  la  tête  et  les  membres. 

(P.)  12.  A  coups  redoublés.  Locution  empruntée 

10.  Le  bon  vin  fait  le  bon  vinaigre.  On  dit  à  la  batterie  du  tambour,  où  la  batterie  à 
encore  en  Poitou  que  «  lorsque  le  vinaigre  est  bâtons  rompus  désigne  l'action  des  mains  don- 
fort,   c'est  signe  que    la   ménagère   a   bonne  nant  chacune  deux  coups  de  suite.  (C.) 

tête  »  (Poey  d'Avant).  Cf.  G.  Bouchet,  t.  I,  13.  Diable,  forme  bretonne.  Voir  Sainéan, 

p.  109  :  «  Encore  qu'il  se  trouve  des  femmes      t.  II,  p.   554. 

qu'on  pense  bien  sages,  si  est  ce  que  le  vul-  14.  Troubles.  Cf.  1.  I,  chap.  Liv,  n.  17. 


CHAPITRE    IX  83 

ma  paternité),  mais,  quitte  et  non  marié,  je  n'ay  personne  qui  tant  de 
éo  moy  se  souciast,  et  amour  tel  me  portast  qu'on  dit  estre  amour 
conjugal.  Et  si  par  cas  tombois  en  maladie,  traicté  ne  serois  qu'au 
rebours.  Le  saige  dict'^  :làoù  n'est  femme,  j'entends  merefamiles'^et 
en  mariage  légitime,  le  malade  est  en  grand  estrif  ''.  J'en  ay  veu  claire 
expérience  en  papes,  legatz,  cardinaulx,  evesques,  abbez,  prieurs, 
65  presbtres  et  moines.  Or  là  jamais  ne  m'auriez. 

—  Mariez  vous  doncq,  de  par  Dieu,  respondit  Pantagruel. 

—  Mais  si  (dist  Panurge),  estant  malade  et  impotent  au  debvoir  de 
mariage,  ma  femme  impatiente  de  ma  langueur,  à  aultruy  se  aban- 
donnoit,  et  non  seulement  ne  me  secourust  au  besoing,  mais  aussi 

70  se  mocquast  de  ma  calamité  et  (que  pis  est)  me  desrobast,  comme 
j'ay  veu  souvent  advenir,  ce  seroit  pour  m'achever  de  paindre'^  et 
courir  les  champs  en  pourpoinct. 

—  Poinct  doncques  ne  vous  mariez,  respondit  Pantagruel. 

—  Voire  mais  (dist  Panurge)  je  n'aurois  jamais  aultrement  filz  ne 
75  filles  légitimes,  es  quelz  j'eusse  espoir  mon  nom  et  armes  perpétuer, 

es  quelz  je  puisse  laisser  mes  heritaiges  et  acquestz  (j'en  feray  de 
beaulx  un  de  ces  matins,  n'en  doubtez,  et  d'abondant  seray  grand 
retireur  ■'^  de  rantes),  avecques  les  quelz  je  me  puisse  esbaudir,  quand 


Ligne  éo.  E  :  dist  —  1.  éi.  E  :  fomboys  —  E  :  seroys  —  1.  62.  E  :  fentens  mère,  famile 
—  1.  65.  E  -.presbtres  manque  —  1.  66.  E  :  donc  —  A  :  pardieu  —  1.  67.  E  :  devoir  — 
1,  68.  E  :  impudente  —  E  :  autruy  s'abandonnoit  —  1.  70.  E  :  moquast  —  1.  72.  E  -.pour- 
point —  l.  73.  E  :  Point  donques —  1.  74.  E  :  autrement  —  1.  75.  E  :  esqueli  —  1.  76.  E  : 
esqueli  —  E  :  héritages  et  aquesti  —  l.  78.  E  :  rentes)  avec  lesquels 


Lui  font  d'un  malheureux  le  portrait  achevé. 


15.  Jésus,  fîlsdeSirach,  dans  V Ecclésiastique,  que  dans  ce  vers  de  La  Fontaine 
XXXVL  27  :  «  Et  ubi  non  est  mulier,  inge- 
miscit  egens.  »  Egens  est  le  texte  de  la  Vul- 
gate.  On  a  remarqué  que  Jean  de  Névizan,  Un  factura,  publié  au  moment  de  la  bataille 
dans  %z  Sylva  nuptialis,  IV,  167,  cite,  lui  aussi,  de  Pavie,  portait  pour  titre  :  Le  monde  qu'on 
le  texte  scripturaire  en  substituant  zger  à  achève  de  paindre.  Voir  Journal  d'un  bourgeois 
egens.  (P.)  ^«  Pam,  éd.  Bourrilly,  p.  196,  et  Montaiglon, 

16.  Mère  de  famille.  Latinisme  ;  de  mater  Recueil  de  poésies  françaises,  t.  XII, p.   193-257. 
familias.  Cî.  pérefamiles,  ch .  11,  n.  25.  (C). 

17.  Embarras,  Archaïsme.  19.  J'exercerai    de    fréquents     retraits    de 

18.  Expression  proverbiale,  de  même  sens  rentes.  C'est  l'action  par  laquelle  on  rembourse 


84  LE  TIERS  LIVRE 

d'ailleurs  serois  meshaigné*°,  comme  je  voys  journellement  vostre  tant 
80  bening  et  débonnaire  père  faire  avecques  vous,  et  font  tous  gens  de 
bien  en  leur  serrail^'  et  privé.  Car,  quitte  estant,  marié  non  estant, 
estant  par  accident  fasché,  en  lieu  de  me  consoler  advis  m'est  que 
de  mon  mal  riez. 

—  Mariez  vous  doncq,  de  par  Dieu,  respondit  Pantagruel. 

Ligne  79.  E  :  (Vaillieurs  —  A  :  vois  ;  E  :  voy  —  1.  80.  E  :  avec  —  1.  82.  E  :  estant 
manque  —  A  :  advys  —  I.  84.  E  :  doncques  —  A  :  pardieu 

le  capital  d'une  rente,   dont   un  héritage  est  La  Farcede  Maistre  Pathelin,v.  yjj. 

grevé.  Le  drapier  dit  de  Patelin  :  r>i.      •    •    r-c     \. 

"  ^  20.  Chagrine.  Cf.  ch.  11,  n.   17. 

Hé  Dieu,  quel  retrayeur  d,  rentes  ^^    Appartement.   Mot  tiré  de  l'italien  Ser- 

Que  ses  parents  ou  ses  parentes  ,.     tt  •    c  •    ■           t 

7"                     1     ,  rag;lio.  Voir  bainean,  t.  I,  p.  149. 

Auroyent  vendu  ! . . .  *                            >        >  r     t;/ 


Comment  Pantagruel  remonstre  à  Panurge  difficile 

chose  estre  le  conseil  de  mariage,  et  des  sors 

Homériques  et  Virgilianes. 

Chapitre  X. 

5  —  Vostre  conseil  (dist  Panurge),  soubs  correction,  semble  à  la  chan- 
son de  Ricochet  '.  Ce  ne  sont  que  sarcasmes,  mocqueries  et  redictes 
contradictoires.  Les  unes  destruisent  les  aultres.  Je  ne  sçay  es  quelles 
me  tenir. 

—  Aussi  (respondit  Pantagruel),  en  vos  propositions  tant  y  a  de  si 
lo  et  de  mais,  que  je  n'y  sçaurois  rien  fonder  ne  rien  resouldre.  N'estez 
vous  asceuré  de  vostre  vouloir?  Le  poinct  principal  y  gist  :  tout  le 
reste  est  fortuit  et  dépendent  des  fatales  dispositions  du  Ciel. 

«  Nous  voyons  bon  nombre  de  gens  tant  heureux  à  ceste  rencontre, 

qu'en  leur  mariage  semble  reluire  quelque  idée  et  reprassentation  des 

15   joyes  de  paradis.  Aultres  y  sont  tant  malheureux,  que  les  diables  qui 

tentent  les  hermites  par  les  desers  de  Thebaide  '^  et  Monsserrat  ^  ne  le 

sont   d'adventaige.    Il  se  y  convient    mettre  à  l'adventure,  les   œilz 

Ligne  3.  A,  E  :  Homericques  et  Vergilianes  —  I.  5.  E  :  soubi  —  1.  6.  A,  E  :  moc- 
queries, paronomasies  ^,  epanalepses  '  et  redictes  —  1.  7.  E  :  autres  —  F  :  destruissent.  — 
1.  9.E  :  V01  —  ^:ha  —  1.  10.  A,  E  :  scauroys —  E  :  n'estes  —  1.  11.  E  :  asseuré —  1.  12. 
A,  E  :  dépendant  —  1.  14.  E  :  reluyre  —  A,  E  :  représentation  —  1.  15.  E  :  Autres  — 
1.  lé.  E  :  Montserrat  —  1.  17.  E  :  d'avantage  II  s'y  —  A,  E  :  yeulx 

I.  On  ignore  le  thème    de  cette   chanson,  3.  Du  grec  rapavof^aata,   rencontre  vicieuse 

qui  était  dans  notre  ancienne  littérature  une  de  mots. 

fable  et  dont  on  trouve  quelques  survivances  2.  Du  grec  £7iavaXT]tj^t;,  répétition, 

dans  certaines  locutions  dialectales.  Voir  Sai-  4.  C'est  dans  les  déserts  de  la  Thébaïde  que 

néan,  t.  I,  p.  269-273.  Le  sens  de  cette  exprès-  se  retirèrent  les  premiers  ermites   et  anacho- 

sion  nous  est    donné  par  divers  auteurs,  no-  rètes  chrétiens,  S.  Macaire,  S.  Pacôme,  S.  An- 

tamment  par  Guillaume  Budé  dans  une  note  toine,  etc.  (C.) 

de   ses  Adversaria  :    «    la  chanson  dk  ricochet,  5.  Au-dessus  de  l'antique  abbaye  de  Notre- 

id  est  argumentum,  vel  ea  sententia  quas  exi-  Dame  du    Montserrat    (Catalogne),   lieu    de 

tum    non  habet.    »    (Voir  Delaruelle,    Guil-  pèlerinage    presque  aussi  fameux    que  Notre- 

lau7ne  Budé,  p.  269.)  (P.)  Dame  de  Lorette  ou  Saint-Jacques  de   Com- 


86  LE   TIERS    LIVRE 

bandez,  baissant  la  teste  ^  baisant  la  terre  "  et  se  recommandant  à  Dieu 

au  demeurant,  puys  qu'une  foys  l'on  se  y  veult  mettre.  Aultre  asceu- 
20  rance  ne  vous  en  sçauroys  je  donner. 

<c  Or  voyez  cy  que  vous  ferez,  si  bon  vous  semble.  Apportez  moy 

les  œuvres  de  Virgile  ^  et,  par  troys  foys  avecques  l'ongle  les  ouvrans, 

explorerons  par  les  vers  du  nombre  entre  nous  convenu,  le  sort  futur 

de  vostre  mariage. 
25       «  Car,  comme  par  sors  Homericques  souvent  on  a  rencontré  sa 

destinée  : 

«  tesmoing  Socrates,  lequel,  oyant  en  prison  reciter  ce  mètre  de 

Homère  dict  de  Achilles,  9.  Iliad.  : 

30  Je  parviendray  sans  faire  long  séjour. 

En  Phthie  belle  et  fertile,  au  tiers  jour  ^, 


Ligne  18.  E  :  bendei  —  A  :  recommendant  —  1.  19.  E  :  demeurant,  puis  que  une  fois 
l'on  si  veult  —  E  :  Autre  asseurance  —  I.  20.  E  :  scauroye  —  1.  22.  E  :  Vergih  —  E  : 
fois  avecq  —  1.  2^.  E  :  on  ha  —  1.  27.  E  :  mettre  d'  —  1.  29.  E  :  ty.ot'ixTjV.  Etmati  l\en 
tritato  phthien  eribolô  icoimen  —  1.  31.  A  \  fertille 

postelle,  on  voyait  creusées  dans  le  roc  douze  sidéré  comme  une  marque  de  soumission  à  la 

ou  treize  celdas  de  Hermitanos,  «  cellules  d'er-  volonté  divine,  était  pratiqué  avant  le  combat 

mites  qui  semblent  être  attachées  aux  rochers  par  les  Suisses,  lansquenets  et  autres  troupes 

et  où  l'on  ne  peut  monter  que  par  des  degrés  allemandes  au  service  de  la  France  (Mémoires 

taillés  dans  le  roc  «.(Bruzen  de  la  Martinière,  de  Vielleville,  Paul  Jove  et  Brantôme).  Mont- 

Dict.  gèogr.,  1768,  p.  374).  Elles  étaient  occu-  lue  prête  la  même  coutume  aux  Espagnols  et 

pées  au  xyiii*  s.  par  des  personnes  de  qualité,  aux  Gascons  et  R.  lui-même,  à^nslii S ciomachie, 

et   chaque   ermitage    avait  une  chapelle,  une  fait  baiser  la  terre  aux  combattants  du  tournoi 

chambre,  un  jardin  et  un  puits  creusé  dans  le  avant  d'en  venir  aux  mains  (éd.     Marty-La- 

roc.  (C.)  vaux,  t.  III,  p.  407).  Cette  marque  de  résigna- 

6.  Ce  membre  de  phrase  n'est  pas  unique-  tion  suprême  à  la  volonté  divine,  avant  de  mar- 
ment  amené  pour  créer  une  assonance  avec  cher  à  l'ennemi,  convient  bien  au  courageux 
baisant  la  terre.  Pour  charger,  les  soldats  bais-  champion  qui  se  met  «  à  l'adventure  »  dans 
saient  la  tête.  Cf.  yionûuc,  Commentaires,  t.  I,  les  dmgers  du  mariage.  Cf.  R.  E.  R.,  VII, 
p.  300  :  «  dix  ou  douze  Anglois  vers  lesquels  449  et  X,  258.  (C.) 

baissâmes  la  teste.  »  i"?.  XVI^  s.,1,  493.  (C.)  8.  Ici  commence,    par  la    consultation  des 

7.  Esaïe,  XLIX,  23  :  «  Vultu  in  terram  de-  sorts  virgiliens,  le  recours  aux  divers  modes  de 
misso  adorabunt  te  et  pulverem  pedum  tuorum  divination  de  l'avenir.  Chacun  des  épisodes, 
lingent  »,  et  Psaume  LXXI  :  «  inimici  ejus  sera  conçu  de  la  même  manière  :  une  disser- 
terram  lingent.    <>  Ce  baisementde  terre,  con-  tation  savante  sur  le  mode  de  divination  pro- 


CHAPITRE    X  87 

pr^eveid  qu'il    mourroit    le   tiers    subséquent   jour,   et   le   asceura   à 
iEschines'°,  comme  escrivent  Plato  in  Critone'\  Ciceron,  primo   De 
divin atione'^,  et  Diogenes  Laertius''. 
35       «  Tesmoing  Opilius  Macrinus''^  au  quel,  convoitant  sçavoir  s'il seroit 
Empereur  de  Rome,  advint  en  sort  ceste  sentence,  8.  Iliad'K  : 

O  homme  vieulx,  les  soubdars  désormais 
40  Jeunes  et  fors  te  lassent  certes,  mais 

Ta  vigueur  est  résolue,  et  vieillesse 
Dure  et  moleste  accourt  et  trop  te  presse. 

«  De  faict  il  estoit  jà  vieulx,  et,  ayant  obtenu  l'Empire  seulement 
un  an  et  deux  mois,  feut  par  Heliogabalus  jeune  et  puissant  depos- 
45  sedé  et  occis. 

«  Tesmoing  Brutus,  lequel  voulant  explorer  le  sort  de  la  bataille 
Pharsalicque,  en  laquelle  il  feut  occis  '^  rencontra  ce  vers  dict  de  Patro- 
clus'^  Iliad.  lé.  : 


Ligne  32.  E  :  preveid —  E  :  asseura  —  1.  33-4S  A,  E  :  comme  escrivent dépossédé 

et  occis  manque  —  1.  47  E  .fut. 


posé  à  Panurge,  puis  la  mise  en  pratique,  dans  ii.  Criton,  44  B. 

une  scène  bouffonne,  de  la  théorie  qui  aura  12.  Cicéron.  De  Divinatiom,  1.   I,  ch.  25, 

été  doctement  exposée.  (P.)  §52. 

9.  ///rtcfe,  ch.  IX,  V.  363.  Le  trait  est  rapporté  13.  Diogène  Laërce,  Vies  des  philosophes, 
par  Erasme,  Apopthegvies,   III,  Socrates,  39.  1.  II,  ch.  7,  §  60. 

10.  Des  trois  auteurs  auxquels  renvoie  14.  R.  a  trouvé  chez  Dion  Cassius,  88, 
R.,  Diogène  Laërce  est  le  seul  qui  rapporte  40,  ou  dans  Zonaras,  XII,  14,  cet  exemple, 
que  ce  propos  fut  tenu  à  Eschine  ;  d'après  les  qui  manque  dans  sa  première  édition  du  Tiers 
deux  autres,   c'est  à   Criton  qu'il    aurait    été  Livre.  (P.) 

adressé.  Il  est  donc  vraisemblable  que    R.  a  15.  Iliade,  ch.  VIII,  v.  102. 

fait  cet  emprunt  au  livre  de  Diogène  Laërce,  et  16.  Double  inexactitude.  Brutus  se  tua  lui- 

qu'il  a  trouvé  en  note  la  référence  aux  deux  même  après  la  défaite  de  son  armée,  non  à 

autres  auteurs,  auxquels  il  ne  s'est  pas  reporté.  Pharsale,  mais  à  Philippes.  (P.) 

(P.).  17.  //îWc,  ch.XVI,  V.  849. 


88  LE   TIERS    LIVRE 

'AXacc  \).t    [x;îp    o/.or,,  v.ot.1  Ayîtsjç  sxTavîv  uiôç. 
50  Par  mal  engroin'^  de  la  Parce  félonne 

Je   feuz  occis,  et  du  filz  de  Latonne. 

C'est  ApoUo,  qui  feut  pour  mot  du  guet  le  jour  d'icelle  bataille '^ 

«  Aussi  par  sors   Virgilianes  ont  esté  congneues  anciennement  et 
preveues  choses  insignes  et  cas  de  grande  importance,  voire  jusques 
55  à  obtenir  l'empire  Romain '',  comme  advint  à  Alexandre  Severe^°,qui 
rencontra  en  ceste  manière  de  sort  ce  vers  escript^',  jEneid.  6.  : 

Tu  regere  imperio  populos,  Romane,  mémento. 
Romain  enfant  quand  viendras  à  l'Empire, 
Regiz  le  monde  en  sorte  qu'il  n'empire. 

éo       «  Puys  feut  après  certaines  années  realement  et  de  faict  créé  Empe- 
reur de    Rome. 

«  En  Adrian  empereur  romain  ^\  lequel  estant  en  doubte  et  poine 
de  sçavoir  quelle  opinion  de  luy  avoit  Trajan,  et  quelle  affection  il  luy 
portoit,  print  advis  par  sors  Virgilianes  et  rencontra  ces  vers*',  JEneid. 

65   6: 

Quis  prociil  ille  autem,  ramis  insignis  olivee 
Sacra  ferens?  Nosco  crines  incanaque  menta 
Régis  Romani. 

Qui  est   cestuy  qui,  là  loing,  en  sa  main 
70  Porte  rameaulx  d'olive,  illustrement  ? 

A  son  gris  poil  et  sacre  acoustrement, 
Je  recongnois  l'antique  Roy  Romain. 

Ligne  49.  E  :  ûiôç.  Alla  me  moiroloe,  Kai  lethous  ectanen  yios.  —  1. 50.  A,E  :  felone  — 
1.  51.  E  :  Jili —  A,E  :  Latone. — I.53.A  :  Aussy —  1.  54.  E  :  jusque  —  I.55.  E  :  advind 
—  1.  56.  A,  E  :  ceste  —  1.  58.  E  :  viendra  —  1.  59.  E  :  Régis  —  I.  éo.  E  :  Puis  fut  — 
1.  62.  E  :  peine  —  1.  64.  E  :  pourtoit  —  1.  71.  E  :  accoustrement . 

18.  Mauvaise  humeur.  Archaïsme.  est  douteux  que  R.  les  ait  compilés  lui-même 

19.  Cette  anecdote  est  rapportée  par  Plu-  et  vraisemblable  qu'il  les  a  transcrits  d'un  ou- 
tarque,  Vie  de  Brutus,  XXVIII.  (P.)  vrage  de  seconde  main.  (P.) 

20.  D'après  un  auteur  de  l'Histoire  Auguste,  21.  Enéide,  1.  VI,  v.  851. 

Lampridius,  dans  la  vie  d'Aîexander   Severus,  22.  D'après  un  auteur  de  r///5/o/r«  .^Mftti/e, 

ch.  XIV.  Cet  exemple,  ainsi  que  les  cinq  sui-        Vie  de  Spartiamis  Hadriaiius,  ch.  11.  (P.) 
vants,  provient  de  V Histoire  Auguste.  Mais  il  23.  Enéide,  1.  VI,  v.  809. 


CHAPITRE   X  89 

«  Puys  feut  adopté  de  Trajan  et  luy  succéda  à  TEmpire. 
«  En  Claude  second  empereur  de  Rorne*'^  bien  loué,  au  quel  advint 
75   par  sort  ce  vers  escript''^  6.  JEneid.  : 

Tertia  dum  Latio  regnantem  vider it  eestas. 
Lors  que  t'aura  régnant  manifesté 
En  Rome  et  veu  tel  le  troiziesme  aesté. 

«  De  faict  il  ne  régna  que  deux  ans. 
80       (c  A  icelluy  mesmes  s'enquerant  de  son  frère  Quintel,  lequel  il  vou- 
loit  prendre  au  gouvernement  de  l'Empire,  advint  ce  vers^^  6.  ^neid.  : 

Ostendent  terris    hune  tantum  fata. 
Les  Destins  seulement  le  montreront  es  terres. 

«   Laquelle  chose  advint,  car  il  feut  occis  dix  et  sept  jours  après 
85  qu'il  eut  le  maniment  de  l'Empire. 

«  Ce  mesmes  sort  escheut  à  l'empereur  Gordian  le  jeune^^ 
«  A  Clode  Albin  ^^  soucieux  d'entendre  sa  bonne  adventure,  advint 
ce  qu'est  escript''^  jEneid.  6.  : 

Hic  rem  Romanam  magno  turbante  tumultu 
90  Sistet  eques,  etc. 

Ce  chevallier,   grand  tumulte  advenant, 
L' estât  Romain  sera  entretenent 


Ligne  73.  E  :  Puis  fut  —  1.  74  à  94.  A,  E  :  £«  Claude  second se  montrent 

rebelles  manque 

24.  Cet   exemple,    le  suivant    et   celui    de  mais  de  quelque  compilation  que  nous  n'avons 

«  D.  Claude  »  se  trouvent  dans  le  même  pas-  pas  retrouvée.  (P.) 

sage  de  la  Vie  de  Claude  Second  par  Trebellius  25.  Enéide,  1.  VI,  v.  265. 

Pollion  (ch.  X,  §§4,  6,  3).  Or  R.  attribue  le  26.  Enéide,  1.    VI,  v.  869.  Ce  vers  s'appli- 

sort  His  ego  nec  mêlas  non  à  Claude  Second  quait  chez   Virgile  au  jeune  Marcellus,    neveu 

mais  à  «  D.   Claude,  empereur,  prédécesseur  d'Aueuste  (P  ) 

de  Aurélian  »,  il  en  fait,  à  tort,    un  person-  ta.  '    -                      j    i.u--  .  •       ^ 

...        j    r-,     j     o         j    Ti  •            .  27.  D  âmes  un  auteur  de  l  Histoire  Auguste, 

nage  distmct  de  Claude  Second.  11  mterprete,  t  i-      ^     •    ■•           ,        .       •      1       ^     j-     ■ 

en   outre,  fautivement  le    D  comme  l'initiale  J^^'"'  Capitolmus,  dans  la  vie   des  Gordram 

d'un   prénom,    alors    qu'il    est     l'initiale    de  ■'''"'  '■^-  ^^-  (^■^• 

Divus,    épithète  commune  à  tous  les  empe-  28.  D'après  Julius  Capitolinus,  C/o(fn«  ^/^i- 

reurs   après  l'apothéose:  preuve   certaine  que  tius,ch.v. 

R.  tire  ces  exemples  noa  de  VHistoire  Auguste,  29.  Enéide,  1.  VI,  v.  857. 

LE   TIERS   LIVRE.  12 


90  LE   TIERS    LIVRE 

Des  Cartagiens  victoires  aura  belles 

Et  des  Gaullois,  s'ilz  se  montrent  rebelles. 

95       «  En  D.  Claude '°  empereur,  prédécesseur  de  Aurelian,  auquel,  se 
guementant  de  sa  postérité,  advint  ce  vers  en  sort''  jEneid  i    : 

Hîs  ego  nec  metas  rerum  nec  tempora  pono. 
Longue  durée  à  ceulx  cy  je  praetends 
Et  à  leurs  biens  ne  metz  borne  ne  temps. 

100       «  Aussi  eut  il  successeurs  en  longues  généalogies. 

«  En  M.  Pierre  Amy'^  quand  il  explora  pour  sçavoir  s'il  eschappe- 
roit  de   l'embusche  des  farfadetz''  et  rencontra  ce  vers''^  jEneid  3    : 

Heu  fuge  crudeles  terras,  fuge  littus  avarum. 
Laisse  soubdain  ces  nations  barbares, 
105  Laisse  soubdain  ces  rivages  avares. 

«  Puys  eschappa  de  leurs  mains  sain  et  saulve. 


Ligne  96.  A,  E  :  ^neid.  I  manque  —  1.  98.  E  :  prétends  —  1.    100.  A  ;  Aussy  — 

1.  102.  A,  E  :  yEneid.  3  manque  —  1.  loé.  E  :  Puis  —  E  :  main  —  E:  sauve 

30.  D'après  Trébellius  PoUion,  Claud.,  farfadets  »  et  trouve  sans  doute  asile  au  cou- 
ch.  X.  vent  des  bénédictins    de  Saint-Mesmin,  près 

31.  Enéide,  1.  I,  v.  278.  d'Orléans.  Le  25  février  1524  Budé  lui  écrit, 

32.  Le  frère  mineur  Pierre  Amy  apparaît  sans  préciser  la  communauté  où  il  s'est  réfugié, 
pour  la  première  fois  dans  la  vie  de  R.  en  et  le  loue  d'avoir  souffert  pour  l'amour  du 
1520.  Ils  sont  tous  les  deux  au  couvent  de  grec.  Ces  lettres  et  la  mention  émue  du  1.  V, 
Fontenay-le-Comte  et  Amy  met  R.  en  rap-  ch.  xxxiii,  sont  tout  ce  que  nous  savons  de 
ports  épistolaires  avec  Budé.  En  1522,  Amy  l'amitié  de  R.  et  de  Pierre  Amy.  Cf.  t.  I, 
est  à  Saintes,  chez  Amaury  Bouchard,  prési-  Chronologie,  p.  cxxix  et  cxxx.  Les  «  docu- 
dent  du  siège,  et  écrit  à  Tiraqueau  une  lettre  ments  »  prétendus  de  B.  Fillon,  utiHsés  par 
qui  servira  de  préface  au  Tyji;  yjvaixEt'aç  ç'JxXr,?  Burgaud  des  Maretsdans  sa  Préface,  ne  peuvent 
...apûlogia  de  Bouchard.  L'année  suivante,  une  être  contrôlés,  et  l'identification  de  Pierre  Amy 
lettre  de  Budé  nous  apprend  les  persécutions  avec  le  mystérieux  Petrus  Pylades,  ami  de  Cal- 
exercées  par  les  franciscains  de  Fontenay-le-  vin,  est  encore  à  l'état  de  conjecture.  R.  E.  R., 
Comte  contre  R.   et  Amy,  qu'on  a  privés  de  III,  p.,  175  et  V.4n-  (C.) 

leurs  livres  grecs.  A  la  fin  de   1523,  Pierre  33.  Cordeliers.  Cf.  1.  II,  ch.  x,  n.  4. 

Amy  échappe  sain  et  sauf  «  à  l'embusche  des  34.  Enéide,  1.  III,  v.  44. 


IIO 


CHAPITRE    X 


91 


«  Mille  aultres'^  des  quelz  trop  prolix  seroit  narrer  les  adventures 
advenues  scelon  la  sentence  du  vers  par  tel  sort  rencontré. 

«  Je  ne  veulx  toutesfoys  inférer  que  ce  sort  universellement  soit 
infallible,  affin  que  ne  y  soyez  abusé. 


Ligne   107.  E  :  prolixe  —  1.  108.  E 
E  :  n'y  soye\ 


selon  —  1.   109.   E  :  toutesfois  —  1.  iio.  A, 


35.  Nos  humanistes  de  la  Renaissance 
s'amusèrent  à  faire  revivre  l'usage  des  sorts 
homériques  et  virgiliens .  Cf.  Ronsard,  Amours, 
1.  I,  sonnet  CC  : 

Les  vers  d'Homère  entre-lus  d'aventure 
Soit  par  destin,  par  rencontre  ou  par  sort. 


En  ma  faveur  chantent  tous  d'un  accord 
La  guarison  du  tourment  que  j'endure, 
et  une  curieuse  lettre  du  poète  Nicolas  Rapin 
à  Agrippa  d'Aubigné,  qui  fait  précisément  allu- 
sion a  ce  chapitre  du  Tiers  Livre  (publiée  dans 
la  R.  XVIes.,   iy22,  p.  277).  (P.) 


Comment  Pantagruel  remonstre  le  sort  des  de\ 
estre  illicite. 


Chapitre  XI. 

—  Ce   seroit  (dist  Panurge)  plus  toust  faict  et  expédié  à   troys 
5  beaulx  dez  \ 

—  Non,  respondit  Pantagruel.  Ce  sort  est  abusif,  illicite  et  grande- 
ment scandaleux.  Jamais  ne  vous  y  fiez.  Le  mauidict  livre  du  passe 
temps  des  dez  "■  feut,  long  temps  a,  inventé  par  le  calumniateur  '  enne- 
my  en  Achaïe  prèsBoure  *,  et  davant  la  statue  de  Hercules  Bouraïque  ' 

10  y  faisoit  jadis,  de  prassent  en  plusieurs  lieux  faict,  maintes  simples 


Ligne  4.  A,  E  :  tost  —  1.  5.  E  :  beaux  —  1.  7-8.  A,  E  :  Passeiemps  —  1.  8.  E  :  fut 
—  E  :  ha  —  1.  9.  E  :  devant  —  E  :  d'Hercules  —  1.  îo.  E  :  et  de  présent 


1.  «  A  trois  dez  »,  figure  dans  les  jeux  de 
Gargantua,  1.  I,  ch.  xxii,  n.  51. 

2.  Il  s'agit  du  Libro  délie  sorti,  de  Lorenzo 
Spirito  da  Perugia,  dont  la  première  édition  à 
Bologne  remonte  à  1471.  La  vogue  de  cet 
oracle  des  dés  était  si  peu  épuisée  au  xvi^  s. 
que  J.  de  Névisan,  dans  sa  Sylva  nuptialis, 
fol.  180,  y  renvoie  très  exactement  pour  ré- 
soudre la  question  qui  tourmente  Panurge  : 
«  Cape  librum  Laurentii  Spiriti  et  vade  cum 
taxillis  ad  regem  Carolum,  ubi  invenies  An 
tibi  sit  utile  uxorem  ducere.  »  Une  traduction 
française  avait  paru  en  1528,  par  maître  Anthi- 
tus  Faure,  sous  le  titre  :  «  Le  livre  du  Passe- 
temps  de  la  fortune  des  de\...  pour  responce  de 
vingt  questions...  desquelles  selon  le  nombre  des 
poincts  d'ung  trait  de  trois  de:^ les  responses sont... 
mis  en  profeties .  »  On  trouvera  des  détails  cir- 
constanciés sur  la  manière  d'utiliser  ce  singu- 


lier livre  de  prophéties  dans  R.  E.  R.,  VII,  367. 

(C.) 

3.  Le  diable  (StaooXoç,  calomniateur). 

4.  Bura,  ancienne  ville  d' Achaïe,  près  de  la 
mer  au  sud  d'Hélice,  fut  renversée  par  un  trem- 
blement de  terre,  en  même  temps  qu'Hélice 
était  submergée.  (C.) 

5.  Cf.  Pausanias,  VII,  25,5  10:  «  En  allant 
de  Boura  à  la  mer,  on  trouve  le  fleuve  Bou- 
raïque, et,  dans  une  caverne,  une  statue  d'Her- 
cule, de  taille  moyenne,  laquelle  porte  aussi  le 
nom  de  Bouraïque,  et  l'on  s'en  sert  comme 
d'oracle,  au  moyen  d'une  tablette  et  de  dés. 
Le  consultant  fait  une  prière  au  dieu  en  face 
de  la  statue,  puis  prend  des  dés,  dont  il  y  a 
un  grand  nombre  devant  la  statue,  et  en  jette 
quatre  sur  la  table.  Sur  chacun  des  dés  il  y  a 
quelque  figure  gravée  ayant  une  interpréta- 
tion correspondante  sur  la  tablette.  »  Cf.  R.  E. 


CHAPITRE    XI  93 

ames  errer  et  en  ses  lacz  tomber.  Vous  sçavez  comment  Gargantua 
mon  père  par  tous  ses  royaulmes  l'a  défendu  ^  bruslé  avecques  les 
moules'  et  protraictz  et  du  tout  exterminé,  supprimé  et  aboly,  comme 
peste  tresdangereuse. 

^5  oc  Ce  que  des  dez  je  vous  ay  dict  je  diz  semblabîement  des  taies  ^ 
C'est  sort  de  pareil  abus.  Et  ne  m'alléguez  au  contraire  le  fortuné 
ject  des  taies  que  feit  Tibère  dedans  la  fontaine  de  Apone  à  l'oracle  de 
Gerion  ^  Ce  sont  hamessons  par  les  quelz  le  calumniateur  tire  les 
simples  ames  à  perdition  éternelle. 

20       «  Pour  toutesfoys  vous  satisfaire,  bien  suysd'advis  que  jectez  troys 

dez  sus  ceste  table.  Au  nombre  des  poinctz  advenens  nous  prendrons 

les  vers  du  feueillet  que  aurez  ouvert.  Avez-vous  icy  dez  en  bourse? 

—  Pleine gibbessiere'o,respondit  Panurge.  C'est  le  verd  du  diable", 

comme  expose  xMerl.  Coccaius,  libro  secundo  de  patria  diabolorum'\ 

25   Le  diable  me  prendroit  sans  verd,  s'il  me  rencontroit  sans  dez.  » 


Ligne  12.  E  :  l'ha  —  E  :  avec  —  1.  13.  E  :  pourtraidi  —  1.  \^.  E  :  je  dy  —  1.  lé. 
Aine  me  alleguei  —  1.  17.  E  :  cf  Apone  —  1.  18.  E  :  lesqueli  —  1.  20.  E  :  suis  —  E  : 
trois  —  I.  21.  E  :  advejiant  —  1.  22.  E  :  fueillei  quaurei  —  1.  23.  E  :  gihessiere 

i?.,  VII,  369.  R.  a  sans  doute  emprunté  l'anec-  9.  D'après   Suétone,    Vie    de    Tibère,    14  : 

dote  à  Leonicus  Thomaeus,  l'auteur   du  livre  «  Cumillyricum  petens,juxtaPatavium  adisset 

sur  «   l'antique    jeu    des    taies  »    (cf.    1.     I,  Geryonis  oraculum,  sorte  tracta,  qua  moneba- 

ch.  XXIV,  n.  9),  qui  la  relate  dans  sonDe  varia  tur,  ut   de  consultationibus  in  Aponi  fontem 

historia  lihri  très,  1.  I.,  ch.  xxxix.  (C.)  talos  aureos  jaceret   evenit  ut   summum  nu- 

6.  La  traduction  française  du  livre  de  Lau-  merum  jacti  ab  eo  ostenderent  :  hodieque  sub 
rent  Lesprit  avait  sans  doute  été  l'objet  d'une  aqua  visuntur  ii  tali.  »  R.  pouvait  emprunter 
interdiction  royale.  En  tout  cas,  les  exem-  cette  anecdote  au  livre  de  l'Italien  Nicolaus 
plaires  en  sont  devenus  d'une  rareté  insigne.  Leonicus  Thomseus  :  Sannutus  sive  de  ludo 
La  Faculté  de  médecine  de  Paris  avait  adressé  talario.  Cf.  1.  I,  ch.  xxiv,  n.  69.  (P.). 

au  Parlement  en  1556  une  supplique  au  sujet  10.  Le  costume  du  xvi^   s.   ne  comportait 

des  almanachs  et  prognostications.  R.  E.  R.,  pas  de  poches.  La  bourse  s'attachait  à  la  cein- 

IV,  268.  (C.)  ture. 

7.  Bois  gravés.  Le  mot  a  survécu  dans  l'in-  , ,    Allusion  à  une  sorte  de  jeu  qui  se  pra- 

dustrie  de  la  toile  imprimée.  La  destruction  des  ^.       -,             -,         ■    r>            •    >    r      •     ^ 

,       ,       ,    .         .     ^       ,        ,     ,        ,          .  tiquait  au  mois  de  mai.  Ceux  qui  s  y  livraient 

planches  était  toujours  ordonnée  dans  les  arrêts  ,       .                             ,                  ,           . 

d     oroh  b't'o      CC  "i  devaient    porter    pendant   tout    le   mois    une 

8.  Osselets, 'du  'latin  tali,  même  sens.  Cf.  ^^^'^^^  ^^"^  ^ous  peine  de  payer  une  amende, 
I.  I,  ch.    XXIV,  n.  8.  Ils  étaient  marqués  sur  si  l'adversaire  les  prenait  5aMi  vert. 

quatre  faces  seulement  et  non  sur  six  comme  12.  Sur  cette  désignation   de  l'ouvrage   de 

les  dés  proprement  dits  {tesserae).  (P.)  Merlin  Coccaïe,  voir  1.  II,  ch.  vu,  n.  224. 


94  LE   TIERS    LIVRE 

Les  dez  feurent  tirez  et  jectez,  et  tombèrent  es  poinctz  de  cinq,  six, 
cinq. 

«  Ce  sont,  dist  Panurge,  seze.  Prenons  les  vers  seziemes  du  feueillet. 
Le  nombre  me  plaist,  et  croy  que  nos  rencontres  seront  heureuses. 
30  c(  Je  me  donne  à  travers  tous  les  diables,  comme  un  coup  de 
boulle  à  travers  un  jeu  de  quilles  ou  comme  un  coup  de  canon  à 
travers  un  bataillon  de  gens  de  pied,  guare  diables  qui  vouldra,  en 
cas  que  autant  de  foys  je  ne  belute''  ma  femme  future  la  première 
nuyct  de  mes  nopces. 
35  — Je  ne  en  fays  doubte  (respondit  Pantagruel)  ja  besoing  n'estoit 
en  faire  si  horrificque  dévotion'"*.  La  première  foys  sera  une  faulte,  et 
vauldra  quinze'^;  au  desjucher'^  vous  l'amenderez'^  :  par  ce  moyen 
seront  seze. 

—  Et  ainsi  (dist  Panurge)  l'entendez?  Oncques  ne  feut  faict  solœ- 

40  cisme'*  parle  vaillant  champion  qui  pour  moy  faict  sentinelle  au  bas 

ventre.  Me  avez  vous  trouvé  en  la  confrairie  des  faultiers?  Jamais, 

jamais,  au  grand  fin''  jamais.  Je  le  fays  en  père  et  en  beat  père", 

sans  faulte.  J'en  demande  aux  joueurs^'.  » 

Ces  parolles  achevées,  feurent  aportez  les  œuvres  de  Virgile. 


Ligne  28.  A,  E  :  se^iesmes  —  E  :  du  fueillet  —  I.  29.  E  :  noi  —  1.  30.  F  :  iraver  — 
1.  32.  E  :  battaillon  —  1.  33.  E  :  qu'autant  de  fois  —  1.  34.  Ë  :  nuict  —  1.  55-  A  :  je  n'en 
Jays;E  :  je  n'en  fais  —  1.  39-40.  E  :  solécisme  —  1.  41.  E  :  M'avei  —  1.  42.  E  :  jais  — 
A  :  beaupere  ;  E  :  beau  père  —  1.  44.  E  -.furent  apporte^  —  E  :  Vergile 

13.  Proprement:  passer  au  crible,  puis  par       Roger  de  CoUerye,  Le.  monologtie  du  Résolu  : 
allusion  au  mouvement  de  va-et-vient  du  tamis  Tant  au  soir,  la  nuyt,  qu'au  desjuc. 
quand  on  crible  la  farine,  le  mot  a  pris  un  sens           17.  Vous  corrigerez  votre  faute. 

libre,  plusieurs   fois  employé  par  R.  Il   exis-  18.  Faute.  Peut-être  réminiscence  de   l'ex- 

tait    un  jeu  du    heluteau.  Ci.  \.  I,   ch.   xxii,  pression  :  MawM  5oZemwMm /a«re,  créée  par  le 

n.  189.  (C.)  sophiste  Polémon,  pour  qualifier  la  faute  d'un 

14.  Panurge   vient  de  se  vouer  à  tous  les  acteur  qui,  invoquant  Jupiter,  aurait  tendu  la 
diables.  main  vers  le  sol  et  non  vers  le  ciel.  Cf.  Cs- 

15.  Allusion  au  jeu  de  paume,  où  une  balle  lius  Rliodiginus,  Antiq.  lectiones,  XI,  20.  (P.) 
manquée  compte  quinze  points  à  l'adversaire.  19.  Fin  est  explétif  et  vient  renforcer  jamais. 

16.  Au  lever.  C'est  le  moment  oij  les  poules  Cf.  1.  II,  ch.  xx,  1.  10  :  «  me  avoit  icy  attiré 
descendent  du  perchoir  où  elles  se  sont  juchées  du  fin  fond  de  l'Angleterre.  »  (C.) 

pour  la   nuit.  On    disait  aussi  au  desjuc.   Cf.  20.  Beau  père,  beat  père,  sont  les  qualifica- 


CHAPITRE   XI 


95 


45       Avant  les  ouvrir,  Panurge  dist  à  Pantagruel  : 

ce  Le  cœur  me  bat  dedans  le  corps  comme  une  mitaine".  Touchez 
un  peu  mon  pouls  en  ceste  artère  du  braz  guausche'''.  A  sa  fréquence 
et  élévation  vous  diriez  qu'on  me  pelaude^-^  en  tentative  de  Sorbonne. 
Seriez-vous  poinct  d'advis,  avant  procéder  oultre,  que  invocquions 
50  Hercules^^  et  les  déesses  Tenites'^  les  quelles  on  dict  prassider  en  la 
chambre  des  Sors? 

—  Ne  l'un  (respondit  Pantagruel)  ne  les  aultres.  Ouvrez  seulement 
avec  l'ongle.  » 


Ligne  46.  A  :  cueur  —  1.  46-48.  A,  E  :  Toucbei  un  peu de  Sorbonne  manque 

-  1.  49.  E  :  point  —  1.  50.  A,  E  :  présider  —  1.  52.  E  :  autres 


tifs  qu'on  donnait    aux  cordeliers.    Cf.    1.   I, 
ch.  V,  n,  19,  1.  II,  ch.  XVI,  n.  48. 

21.  J'en  appelle  à.  Cf.  Proî.,  n.  5. 

22.  Expression  figurée,  restée  sans  explica- 
tion, malgré  les  conjectures  des  commenta- 
teurs. Il  semble  que  les  mitaines,  sorte  de 
gants  où  les  quatre  doigts  sont  réunis  avec 
une  séparation  seulement  pour  le  pouce,  aient 
donné  lieu  à  trois  acceptions  mét.aphoriques  : 
i'^  Donner  ou  recevoir  des  mitaines,  ici  est  des 
coups  par  allusion  à  l'usage  de  se  frapper  ami- 
calement les  mains  gantées  aux  fêtes  nuptiales. 
Cf.  1.  IV,  ch.  XIV,  et  Villon,  Test,  v.  662  : 

Noël  le  tiers  ot,  qui  fut  là, 
Mitaines  à  ces  nopces  telles. 

2°  Battre  à  coups  précipités,  par  comparai- 
son avec  les  soubresauts  que  font  les  mitaines 
lorsque  pour  recouvrer  le  libre  usage  des 
doigts,  on  les  a  déchaussées  et  suspendues  à 
la  ceinture  par  la  patte.  Ce  sens  de  battre  est 
dans  Monstrelet,  1.  I,  ch.  xxxix  (Littré)  :  «  Et 
avoit  des  cheveux  qui  lui  hattoicjit  jusqu'à  la 
ceinture.  » 

30  Sauter  en  l'air,  peut-être  par  allusion  à 
un  jeu  ou  à  une  circonstance  où  on  lançait  les 
mitaines  en  l'air  en  signe  de  réjouissance  ;  cf. 
Navigations  de  Panurge,    1547,  chapitre  XII  : 


«  Elles  [les  andouilles]  vindrent  contre  nous, 
par  grande  impétuosité,  saidtant  en  l'air  comme 
mytaines...  »,  et  Brantôme,  t.  I,  p.  47  :  «  L'em- 
pereur l'eust  faict  sauter  hault  comme  mitaine.  » 
R.E.  i?.,  VII,  107.  (G.) 

23.  La  main  la  plus  propre  au  diagnostic  et 
pronostic  est  «  la  senestre,  icelle  tendante  au 
cœur  et  est  régie  de  Jupiter  et  luy  est  dédiée. 
Par  cette  main,  dit  Avicenne,  et  le  poulx  de 
ce  bras,  le  médecin  doit  reconnoistre  Testât  du 
malade,  toutes  les  veines  et  lignes  tant  de  cette 
main  que  de  ce  bras  vont  aux  parties  les  plus 
nobles  du  corps,  et  particulièrement  au  cœur... 
Galien  donne  la  raison  de  cela  disant  que 
c'est  en  tant  que  le  cœur  est  le  magazin  et  ar- 
senac  de  la  vie...  il  donne  plus  de  notice  des 
passions  en  cette  main  qu'en  l'autre  luy  estant 
plus  proche.  »  Les  Œuvres  de  M^  Jean  Belot, 
Lyon,  1649,  P-  S  3-54-  (D.) 

24.  Qu'on  me  roue  de  coups.  Cf.  1.  II, 
ch.  XIV,  n.  89. 

25.  Hercule,  divinité  de  Boura,  ville  où  fut 
inventé  le  jeu  de  dés,  voir  plus  haut,  1.  9. 

26.  D'après  Pomponius  Festus,  III,  n, 
c'était  les  déesses  des  sorts  :  «  Tenitx  crede- 
bantur  sortium  deas,  quod  tencndi  potestatem 
haberent.  »  (P.) 


Comment  Paniagniel  explore  par  sors  Virgilianes 
quel  sera  le  mariage  de  Panurge. 

Chapitre  XII. 

Adoncques,  ouvrant  Panurge  le  livre,  rencontra  on  ranc  sezieme 
5   ce  vers  '  : 


Nec  deus  hune  mensa  dea  me  dignata  eubili  est. 
Digne  ne  feut  d'estre  en  table  du  dieu 
Et  n'eut  on  lict  de  la  déesse  lieu. 


«  Cestuy  (dist  Pantagruel)  n'est  à  vostre  adventaige.  Il  dénote  que 
10  vostre  femme  sera  ribaulde,  vous  coqu  par  conséquent. 

c(  La   déesse    que    ne  aurez    favorable    est   Minerve,    vierge   tres- 

redoubtée,   déesse  puissante,  fouldroiante,  ennemie   des   coquz,  des 

muguetz  ^    des    adultères,    ennemie    des   femmes    lubricques    non 

tenentes    la   foy  promise  à  leurs   mariz  et  à   aultruy  soy   abandon- 

15  nantes.  Le  dieu  est  Juppiter  tonnant  et  fouldroyant  des  cieulx  '. 

«  Et  noterez  par  la  doctrine  des  anciens  Ethrusques  que  les  manu- 
bies  ^  (ainsi  appelloient  ilz  les  jectz  des  fouldres  Vulcanicques)  com- 
pétent à  elle  seulement  (exemple  de  ce  feut  donné  en  la  conflagra- 

Ligne  4.  E  :  au  renc  —  A,  E  :  se^iesme  —  1.  7.  E  :  fut  —  \.  S.  E  :au  lict  —  1.  10. 
E  :  coquu  —  1.  11.  E  :  naurei  —  1.  12.  E  :  fouldroyante,  ennemye  des  coquui  —  1.  13. 
E  :  ennemye  —  1.  14.  E  :  tenantes  —  E  :  autruy  —  1.  15.  E  :  Jupiter  —  1.  17.  E  : 
appeîloyent  —  1.  18.  E  ■.fut 

X.  Virgile,  Èglogue  IV ,  v .  65.  4.  D'après  Sénèque,  Questions  naturelles,  II, 

2    Galants.  Cf.  1.  I,  ch.  viii,  n.  50.  41,  ou   d'après  une  scolie  de  Servius  sur  le 

3.  Cette  interprétation  procède  d'une  scolie  vers  42  du  1.  I  de  VÉnéide  :  «  In  libris  Etrus- 

de  Servius  sur  le  vers  65  de  l'églogue  IV.  R.  corum  lectum   est  jactus  fulminum  mamihias 

pouvait  lire  dans  Virgile,  éd.  Robert  Estienne,  dici  et  certa  esse   numina  possidentia  fulmi- 

1532,  f.    21   :  «   Non   Deus,    id  est  Jupiter.  num  jactus,   ut    Jovem,   Vulcanum,   Miner- 

Nec  dea,  id  est  Miner\'a.  »  (P.)  vam.  »  (P.) 


CHAPITRE   XII 


97 


tion  des  navires  de  Ajax  Oileus  ')  et  à  Juppiter  son  père  capital  ^  A 

20  aultres  dieux  olympicques  n'est  licite  fouldroier.  Pourtant  ne  sont 
ilz  tant  redoubtez  des  humains. 

«  Plus  vous  diray,  et  le  prendrez  comme  extraict  de  haulte  mytho- 
logie. Quand  les  geantz  entreprindrent  guerre  contre  les  dieux,  les 
dieux  au  commencement  se  mocquerent  de  telz  ennemis  et  disoient 

25  qu'il  n'y  en  avoit  pas  pour  leurs  pages.  Mais,  quand  ilz  veirent  par  le 
labeur  des  geantz  le  mons  Pelion  posé  dessus  le  mons  Osse  et  jà 
esbranlé  le  mons  Olympe  pour  estre  mis  au  dessus  des  deux,  feurent 
tous  effrayez.  Adoncques  tint  Juppiter  chapitre  gênerai. 

«  Là  feut  conclud  de  tous  les  dieux  qu'ilz  se  mettroient  vertueuse- 

30  ment  en  defence.  Et  pource  qu'ilz  avoient  plusieurs  foys  veu  les 
batailles  perdues  par  l'empeschement  des  femmes  qui  estoient  parmy 
les  armées,  feut  décrété  que  pour  l'heure  on  chasseroit  des  cieulx  en 
iEgypte  et  vers  les  confins  du  Nil  toute  ceste  vessaille  '  des  déesses 
desguiséés  en  beletes,  fouines,  ratepenades  ^  museraignes,  et  aultres 

^5  métamorphoses.  Seule  Minerve  feut  de  retenue  pour  fouldroier 
avecques  Juppiter,  comme  déesse  des  lettres  et  de  guerre,  de  conseil 
et  exécution,  déesse  née  armée,  déesse  redoubtée  on  ciel,  en  l'air,  en 
la  mer  et  en  terre. 

—  Ventre  guoy  (dist  Panurge),  seroys  je  bien  Vulcan  ^,  duquel  parle 

40  le  poëte?  Non.  Je  ne  suys  ne  boiteux  ne  faulx  monnoieur  ne  forgeron. 

Ligne  19.  E  :  à  manque  —  E  :  Jupiter  —  1.  20.  E  :  autres  —  A,  E  :  fouîdroyer  — 
1.  24.  E  :  ennemys  —  1.  25.  E  :  paiges  —  1.  26.  E  :  mont  Pelion  —  E  :  mont  Ossé  — 
1.  27.  E  :  mont  —  E  :  de  deux,  furent  —  1.  28.  E  :  Jupiter  —  1.  29.  E  :  fut  conclu  — 
E  :  mettroyent  —  1.  30.  E  :  fois  —  1.  31.  E  :  estoyent  —  1.  32.  E  :  fut  —  1.  34.  E  : 
desguysées  —  E  :  autres  —  I.  35 .  E  :  fut  —  E  :  fouîdroyer  —  1.  36.  E  :  avecq  Jupiter  — 
A,  E  :  letres  —  1.  38.  E  :  au  ciel  —  I.  39.  A,  E  :  Ventre  sus  ventre  (dist  Panurge^  — 
1.  40.  E  :  suis  ne  hoyteux  —  E  :  monnoyeur 

5.  Voir  Virgile,  Enéide,  1.  I,  v.  39  et  pays  vous  ne  pourriez  plus  oultrager  une 
suiv,  femme  que  ainsi  l'appellant.  »  (C.) 

6.  Entendez  :  qui  la  fit  naître  de  sa  tête  8.  Chauves-souris.  Mus  pennatus,  Ratte 
(caput).  penade  (Belon).  Nom  provençal  des  diverses 

7.  Ribaudaille.  Cf.  Du  Fail,  t.  I,  p.  3  :  «  se  espèces  de  chauves-souris.  Cf.  1.  II,  ch.  vu, 
battre  pour  la  vessaille.  »  Vesse  signifiait  femme  n.  100.  (D.) 

de  mauvaise  vie.  Cf.  1.  IV,  ch.  ix  :  «  En  nos  9.    Vulcain  n'est  pas   désigné  dans  le  vers 

LE   TIERS    LIVRE.  13 


98 


LE   TIERS    LIVRE 


comme  il  estoit.  Par  adventure  ma  femme  sera  aussi  belle  et  adve- 
nente  comme  sa  Venus,  mais  non  ribaulde  comme  elle,  ne  moy 
coqu  comme  luy.  Le  villain  jambe  torte  se  feist  declairer  coqu  par 
arrest  et  en  vente  figure'"  de  tous  les  dieux".  Pour  ce,  entendez  au 

45   rebours. 

((  Ce  sort  dénote  que  ma  femme  sera  preude,  pudicque  et  loyalle, 
non  mie  armée,  rebousse'^  ne  ecervelée''  et  extraicte  de  cervelle, 
comme  Pallas,  et  ne  me  sera  corrival  ce  beau  Juppin,  et  ja  ne  saul- 
sera  son  pain  en  ma  souppe''^,  quand  ensemble  serions  à  table. 

50  ce  Considérez  ses  gestes  et  beaulx  faictz.  Il  a  esté  le  plus  fort  ruffien 
et  plus  infâme  cor'^  je  diz  bordelier'^,  qui  oncques  feut  ;  paillard  tous- 
jours  comme  un  verrat  :  aussi  feut  il  nourry  par  une  truie  en  Dicte  de 
Candie,  si  Agathocles  Babylonien'^  ne  ment;  et  plus  boucquin  que 
n'est  un  boucq  :  aussi  disent  les  autres  qu'il  feut  alaicté  d'une  chèvre 

55  Amalthée'*.  Vertus  de  Acheron,  il  belina  pour  un  jour  la  tierce  partie  du 
monde,  bestes  et  gens,  fleuves  et  montaignes  :  ce  feut  Europe.  Pour 


Ligne  41-42.  E  :  advenante  —  1.  43.  E  :  coquii  comme  luy  —  E  :  declairer  coquu  — 
1.  44.  E  :  vente  figuré  —  A,  E  :  Pour  autant  entende\  —  1.  47.  E  :  n'escervelée  — 
1.  50.  A  :  Ce  a  esté;  E  :  S'a  esté  —  1.  51.  E  :  cor  (je  dy)  Bordelier  —  E  -.fut  —  1.  51- 
52.  A  :  tous  jours  —  E  :  tousjour  s  fumant  comme  —  A  :  aussy  —  E  -.fut  —  E  :  truye 
en  risle  de  Candie  —  1.  54.  A  :  Aussy  —  A  :  aultres  —  E  :  fut  —  E  :  Chievre  —  1.  55. 
E  :  d'Acheron  —  I.  56.  E  :  /"«/ 


de  Virgile  cité  plus  haut,  ni  dans  le  contexte. 
C'est  Servius  qui  prétend  que  le  dieu  dont  il 
est  question  dans  ce  vers  est  Vulcain.  Le  point 
de  départ  de  ce  développement  est  donc  une 
scolie  de  Servius.  (P.) 

10.  A  la  face,  à  la  vue.  Italianisme  :  veduta 
figura. 

11.  Voir  Odyssée,  VIII,  v.  266-366. 

12.  Rétive,  revêche.  Cf.  Marot,  t.  III,  p.  84  : 

Madame,  je  vous  remercie 
De  m'avoir  esté  si  rehausse. 

Le  terme  s'appliquait  aux  chevaux  rétifs,  et, 
au  figuré,  à  une  femme  rebelle.  (C.) 

13.  R.  joue  sur  le  mot  ècervelée,  qu'il  prend 


au  sens  d'extraite  de  la  cervelle  (de  Jupiter). 

14.  Ne  mangera  pas  à  mon  écuelle.  C'était 
un  honneur  que  d'être  invité  à  prendre  sa  part 
des  mets  servis  aux  seigneurs  dans  leur 
écuelle;  on  faisait  cette  gracieuseté  aux  dames. 
Cf.  Perceforest,  I,  ch.  cxLiv  :  «  Ainsi  aura  cha- 
cun une  mienne  nièce  à  son  escuelle  à  ce  sou- 
per, »  et  ch.  CXLV  :  «  Pour  ce  que  j'ay  à  ce 
manger  mangé  à  son  escuelle.  »  (C.) 

15.  Panurge  allait  dire  :  cordeHer.  Il  se 
reprend.  C'est  ce  qu'on  appelait  alors  un  rat, 
ou  lapsus. 

16.  Fréquentant  les  mauvais  lieux. 

17.  D'après  Athénée,  IX,  5(375). 

18.  D'après  Apollodore  I,  i,  §  7. 


CHAPITRE   XII 


99 


cestuy  belinaige  les  Ammoniens  le  faisoient  protraire  en  figure  de 
bélier  belinant,  bélier  cornu  '\ 

ce  Mais  je  sçay  comment  guarder  se  fault  de  ce  cornart.  Croyez  qu'il 

éo  n'aura  trouvé  un  sot  Amphitrion-,  un  niais  Argus-  avecques  ses  cent 
bezicles^%  un  couart  Acrisius^',  un  lanternier^^  Lycus^^  je  Thebes  un 
resveur  Agenor^^  un  Asope^^  phegmaticq,  un  Lychaon^«  patepelu'e^^ 
un  modourre  3°  Corytus  '  '  de  la  Toscane,  un  Atlas  '^  à  la  grande  eschine  ' 
il  pourroit  cent   et  cent  foys  se    transformer  en  cycne,  en  taureau' 

65   en  satyre,  en  or'',  en  coqu'^  comme  feist  quand  il  depucella  Juno 
sa  sœur'^  en  aigle'^  en  bélier,  en  pigeon,  comme  feist  estant  amou- 


Ligne    57.  E  :  faisoyent  pourtraire  —  1.  59-   E  :  garder  —  A  :  Croiei  —  1.  6o.  E 
Amphitryon  —  A  -,  un  mais  —  E  :  mais  un  Argus  avecq  —  1.  éi.  E  :  herides  —  1.*  62 
E  :  Œsope phlegmaiicque  —  I.  63.   E:  Thuscane  —  E  :  Athlas  —  I 
E:feit  —  E:  dépucela  —  1.  66.  A  :  seur  —  1.  66-67.  A,  E  :  en  pigeon.. 


65.  E  :  coquu  — 
en  jEgie  manque 


19.  Jupiter  Ammon  était,  en  effet,  repré- 
senté la  tête  ornée  de  cornes  de  bélier.  Voir 
Hérodote,  II,  42. 

20.  Mari  d'Alcmène. 

21.  Gardien  d'Io. 

22.  Vericle  (1572),  bericle  (1379),  bezicle 
(1400)  besigue,  besicle  —  autrement  dit  les 
lunettes,  d'usage  courant  depuis  le  milieu  du 
xive  s.  Cf.  Pansier,  Histoire  des  lunettes,  Paris, 
Maloine,  I90i,p.  in-8",  p.  25  etsuiv.  (D.) 

23.  Acrisios,  roi  d'Argos,  ayant  su  par  un 
oracle  qu'il  mourrait  de  la  main  d'un  petit-fils, 
enferma  sa  fille  Danaé  dans  une  tour,  où  Zeus, 
pénétrant  en  pluie  d'or,  la  rendit  mère  de 
Persée.  L'épithéte  couart  vient  d'Horace, 
0^^5,111,  16,  V   6  : 

Si  non  Acrisium,  virginis  abditas 
Custodem  pavidum...  (P.) 

24.  Chimérique.  Voir,  sur  ce  sens,  R.  E.  R., 
X,  462. 

25.  D'après  Apollodore,  III,  5,  §  5,  Lycus, 
gouverneur  de  Thèbes  pendant  la  minorité  de 
Laïus,  ayant  outragé  sa  nièce  Antiope,  chérie 
de  Jupiter,  fut  tué  par  les  deux  fils  d'Antiope 
et  de  Jupiter,  Zethus  et  Amphion.  (P.) 


26.  Père  d'Europe. 

27.  Asope,  divinité  fluviale  (d'où  l'épithéte 
phlegmaiique)  était  le  père  d'Égine,  que  Jupiter 
lui  ravit.  (P.) 

28.  Roi  d'Arcadie,  père  de  Callisto,  fut 
changé  en  loup  par  Jupiter  qui  avait  séduit  sa 
fille  Callisto.  Voir  Ovide,  Métamorphoses,  I, 
218-239.  (P.) 

29.  A  la  patte  poilue. 

30.  Lourdaud,  rustre.  Cf.  1.  I,  ch.  xxxiii, 
n.  19, 

31.  D'après  Servius,  commentant  le  v.  167 
du  1.  III  de  l'Enéide,  Corythus,  fondateur  d'une 
ville  de  Toscane,  qui  portait  son  nom,  était 
mari  d'Électra,  fille  d'Atlas,  de  laquelle  Jupi- 
ter engendra  Dardanus.  (P.) 

32.  Jupiter  séduisit  sa  fiUeElectra. 

33.  Allusion  aux  aventures  de  Jupiter  se 
transformant  en  cygne  pour  séduire  Léda,  en 
taureau,  pour  Europe,  en  satyre,  pour  Antiope, 
en  or,  pour  Danaé.  (P.) 

34.  Coucou. 

35.  D'après  Pausanias,  II,   17. 

36.  Comme  Jupiter  le  fit,  lorsqu'il  enleva 
Ganymède. 


lOO 


LE   TIERS    LIVRE 


reux  de  la  pucelle  Phthie'^  laquelle  demouroit  en  iEgie,  en  feu,  en 
serpent,  voire  certes  en  pusse,  en  atomes  epicureicques,  ou  magis- 
tronostralement'^  en  secondes  intentions"  : 

70  ,^^«  Je  le  vousgrupperay*"  au  crue*'.  Etsçavezque  luy  feray?  Cor  bieu, 
ce  que  feist  Saturne  au  Ciel  son  pere'^%  Senecque  la  de  moy  predict 
etLactance  confirmé "•',  ce  queRhea  feistà  Athys'*''  :  je  vous  luy  couppe- 
ray  les  couillons  tout  rasibus  du  cul.  Il  ne  s'en  fauldra  un  pelet'*^  Par 
ceste  raison  ne  sera  il  jamais  pape,  car  testiciilos  non  hahet^^. 

75  —  Tout  beau'*^  fillol  (dist  Pantagruel),  tout  beau.  Ouvrez  pour  la 
seconde  foys  ». 


Ligne  6j-€^.  A  :  en  feu,  en  serpent,  voire  certes  en  pusse,  en  atomies  Epicureicques,  ou 
magistronostralement  ;  E  :  en  feu,  en  serpent,  voyre  certes  en  pulce,  en  Atomies  Epicu- 
reicques ou  tnagistronostralement  —  1.  70.  A  :  Cor  dieu  —  1.  74.  E  :  il  manque  — 
1.  75.  A,  E  -.fillot 


37.  D'après  Élien,  Varia  historia,  I,  15  fin, 
Phthie  était  une  nymphe  d'Achaïe,  aimée  de 
Jupiter,  qui  prit  la  forme  d'un  pigeon  pour  la 
séduire.  (P.) 

38.  Adverbe  forgé  par  R.  avec  magisiri  nos- 
tri,  titre  qu'on  donnait  aux  docteurs  de  Sor- 
bonne.  (C.) 

39.  Les  secondes  intentions  en  scolastique, 
sont  la  pensée  de  la  pensée  d'un  objet.  «  Inten- 
tio  secunda...  causatur  per  actum  intellectus 
negotiantis  circa  rem  primœ   intentionis,   qu 
actus  non   potest  causare  circa  objectum  nisi 
tantum    relationem    rationis.   »    Duns    Scot 
Opus  Oxoniense.  n  p.  dist.  23  qu»  unica,  n.  2 
D'après    Gilson,     Rabelais  franciscain   (Paris 
A.  Picard,  1924,  p.  16). 

40.  Je  vous  le  saisirai.  Terme  argotique 
Cf.  Sz.\néâx\,  Sources  de  Yargot,  t.  I,  p.  27. 

41.  Crochet.  Terme  argotique. 

42.  Voir  Hésiode,  Théogonie,  v.  180,  et  Apol- 
lodore,  I,  i,  §  4. 

43.  Réminiscence  d'un  passage  de  Lactance, 
Divina  institutio,  I,  De  falsa  religione,  XVI, 
10,  qui  est  une  longue  diatribe  contre  le  Jupi- 
ter des  poètes  et  des  philosophes  et  au  cours 


de  laquelle  est  cité  un  livre  de  Sénèque  aujour- 
d'hui perdu.  (P.) 

44.  Peut-être  R.  suit-il  ici  encore  Lactance, 
qui,  au  chapitre  xvii  du  livre  cité  ci-dessus, 
mentionnait  la  légende  de  Rhéa  et  d'Atys  : 
«  Deum  mater  [Rhea]  et  amavit  formosum 
adolescentem  et  eumdem,  cum  pellice  depre- 
hensum,  exsectis  virilibus  semivirtwi  reddidit  et 
ideo  nunc  sacra  ejus  a  Gallis  sacerdotibus  cele- 
brantur.  »  (P.) 

45.  Un  poil,  un  cheveu.  Archaïsme. 

46.  Cf.  1.  IV,  ch.  XLViii  :  «  Car  il  a  couilles 
le  père  sainct,  nous  le  trouvons  par  nos  belles 
Decretales,  aultrement  ne  seroit  il  pape.  » 
L'origine  de  cette  plaisanterie  se  rattache  à  la 
légende  de  la  pseudo-papesse  Jeanne.  On  pré- 
tendait même  que  l'une  des  deux  chaises  percées 
en  porphyre,  où  le  pape  s'asseyait  lors  de  son 
élévation  au  pontificat,  servait  à  un  examen.  Ma- 
billon  {Diarium  italiciim,  De  Sella  Stercoraria) 
fait  très  justement  remarquer  que  la  première 
mention  de  ces  sièges  remonte  au  xii*  s., 
un  siècle  avant  la  naissance  de  la  légende  de 
la  papesse. 

47.  Doucement.  Locution  de  vénerie. 


CHAPITRE    XII 


lOI 


Lors  rencontra  ce  vers"^^  : 


80 


Membra  quatit  gelidusque  coit  formidine  sanguis. 
Les  os  luy  rompt  et  les  membres  luy  casse  : 
Dont  de  la  paour  le  sang  on  corps  luy  glasse. 


«  Il  dénote  (dist  Pantagruel)  qu'elle  vous  battera  dos  et  ventre. 

—  Au  rebours,   (respondit  Panurge)  c'est  de  moy  qu'il  prognos- 
ticque,  et  dict  que  je  la  batteray  en  tigre  si  elle  me  fasche.  Martin 

85  baston^^  g^  f^j-a  l'office.  En  faulte  de  baston,  le  Diable  me  mange  si  je 
ne  la  mangeroys  toute  vive,  comme  la  sienne  mangea  Cambles  roy 
des  Lydiens  ^°. 

—  Vous  estez  (dist  Pantagruel)  bien  couraigeux.  Hercules  ne  vous 
combatteroit  en  cesle  fureur,  mais  c'est  ce  que  l'on  dict,  que  le  Jan^' 

90  en  vaulx  deux,  et  Hercules  seul  n'auza  contre  deux  combatre^^ 

—  Je  suys  Jan^'  ?  dist  Panurge. 


Ligne 80.  E  :peur  — E  -.glace  — 1.  81.  E  :  battra  doi  —  1.  82-83.  E  :  pronosticque  — 
1.  85.  E  :  hattray  —  1.  85.  E  :  Condaules  —  1.  87.  E  :  estes  —  E  :  courageux  —  1.  88. 
E  :  combatroit  —  1.  89.  A,  E  :  vault  —  E  :  osa  —  1.  90.  E  :  suis 


48.  Enéide,  1.  III,  v.   30. 

49.  Locution  ancienne.  Cf.  Ane.  pocs.  fr., 
t.  VI,  p.  175  et  Ane.  théâtre  fr.,  t.  I,  p.  278, 
Farce  du  badin  : 

Si  elle  te  triche,  voicy 
Martin  haton  qui  en  fera 
La  raison. 

Également,  du  Fail,  t.  I,  n.  43  :  «<  Je  vou- 
drois  bien...  que  la  femme  de  chez  nous  m'eust 
tant  contesté,  je  crois  que  Martin  baston  trot- 
teroit.  »  Sans  doute  doit-on  comprendre  le  bâ- 
ton Saint  Martin,  comme  le  martin-pècheur s' tst 
appelé  oisel  Saint  Martin  (Littré).  Voir  une 
allusion  à  la  légende  du  bâton  de  saint  Martin 
1.  I,  ch.  XXXVI,  n.  6.  (C.) 

50.  L'anecdote  de  ce  roi  de  Lydie  qui,  une 
nuit,  mangea  sa  femme,  est  racontée  par  Athé- 
née, X, 8,  etparElien,  Varia  historia,  I,  27. (P.) 


5 1 .  Tous  les  accidents  par  lesquels  on  peut 
gagner  ou  perdre  des  points  au  tric-trac 
s'appellent  jan.  Le  grand  et  le  petit  fan,  qui 
comptent  aujourd'hui  quatre  points,  n'en  va- 
laient sans  doute  que  deux  au  temps  de  R. 

(C.) 

52.  D'après  un  dicton  antique  :  ne  Her- 
cules quidem  tinus  adversus  duos,  rapporté  par 
Erasme,  Adages,  I,  5,  39.  Cf.  1.  II,  ch.  xxix, 

n.  5.  (P.) 

55.  Jan  est  synonyme  de  cocu  complaisant. 
Cf.  Farce  du  euvier,  Fournier,   Th.  fr.,  p.  193  : 

Qu'est-ce  à  dire  ? 
Vous  me  acoustrez  bien  en  sire, 
D'estre  si  tostf elmn  devenu. 

Cf.  également  G.  Bouchet,  duFail,  Tabou- 
rot  et  les  conteurs  du  xvi«  s.,  Cotgrave  et 
Nicot. 


102  LE   TIERS  LIVRE 

—  Rien,  rien,  respondit  Pantagruel.  Je  pensois  au  jeu  du  lourche''^ 
et  tricquetrac'^  » 

Au  tiers  coup  rencontra  ce  vers^^  : 

Fœmineo  prxdx  et  spoliorum  ardebat  atnore. 
^5  Brusloit  d'ardeur  en  féminin  usaige 

De  butiner  et  robber  le  baguaige. 

«  Il  dénote  (dist  Pantagruel)  qu'elle  vous  desrobera.  Et  je  vous  voy 
bien  en  poinct,  selon  ces  troys  sors.  Vous  serez  coqu,  vous  serez 
batu,  vous  serez  desrobbé. 

joo  — Au  rebours,  (respondit  Panurge)  ce  vers  dénote  qu'elle  m'aymera 
d'atnour  perfaict.  Oncques  n'en  mentit  le  Satyricque's  quand  il  dict 
que  femme  bruslant  d'amour  suprême  prent  quelques  foys  plaisir  à 
desrobber  son  amy.  Sçavez  quoy?Un  guand.  une  aiguillette^^  pour  la 
faire  chercher.  Peu  de  chose,  rien  d'importance, 

103  «  Pareillement  ces  petites  noisettes>^  ces  riottes^°,  qui  par  certain 
temps  sourdent  entre  les  amans,  sont  nouveaulx  refraischissemens  et 
aiguillons  d'amour.  Comme  nous  voyons  par  exemple  les  coustelleurs 

Ligne  91.  E  :  pensoss  —  1.  92.  E  :  triquetrac  —  1.  96.  E  :  roher  le  bagaige  —  1.  97. 
A  :  desrobbera  —  1.  98.  A  :  scelon  —  E  :  ses  troys  —  E  :  coqiiu  —  1.  99.  E  :  battu  — 
E  :  desrobé  — 1.  loi.  E  :  parjaict  —  E  :  dist  —  1.  102.  E  :  prend  —  1.  103.  E  :  desrober 

—  A,  E  :  gand  —  A  :  aiguiletie  —  1.  106.  E  :  entres  —  E  :  nouveaux  refraichissemens 

—  1.  107.  A  :  coustelliers  ;  E  :  coutelliers 

54.  Jeu  detric-trac.  Cf.  L  I,  ch.  xxn,  n.  54  59.  Petites  noises,  petites  disputes.  Le  mot 
et  R.  E.  i?.,  VI,  144.                                                 fournissait  aux  poètes  un  jeu  de   mot  facile  : 

55.  Cf.  i.  I,  ch.  XXII,  n.  57.  Cf.  Marot,  t.  I,  p.  164  : 

56.  Ce  vers  de  Virgile,  Enéide,  XI,  782,  est  „      ^ 

^  '  ..,...,         ■  ...  telles  boureeoisettes 

fréquemment  cite  par  les  écrivains  adversaires  ,       ,  ,  ■  ■   ,^ 

^  ^,     .   .     ;  ~.  Qui  vont  cherchant  des  noises  pour  noisettes, 

du  sexe   féminin  (notamment  par  Tiraqueau       ^  '^ 

.      „     ,     .,  ,.  ,.,     N  V,       &l  Ane.  Poes.  Jr.,t.  Mil,  p.   140,  La  grant  et 

dans  le   De  lepihus  connubiahhus)  parce  qu  il  /    '.  >  r     .--r  >        & 

r  .     ,    ,  ....  •      j      r  r-D  \  vraye  Prenostication  : 

fait  de  la  cupidité  un  vice  des  femmes.  (F.)  -^ 

57.  Juvénal,  dans  la  Satire  VI,  v.  210  :  j^g  mente,  pensées,  soucy 
Nuliam  invenies  quae  parcat  amanti  :  Aura  entre  autres  violettes, 
Ardeat  ipsa  licet,  tormentis  gaudet  amantis,  g^  largement  verres  aussy 

Et  spoliis.  (P).  De  grans  et  petites  noysettes.  (C.) 

58.  Cordon  terminé  par  un  ferret.  Cf.  1.  I, 

ch.  VIII,  n.  13.  60.  Débats,  disputes.  Archaïsme. 


CHAPITRE   XII 


103 


leurs  coz^'quelquesfoys  marteler,  pour  mieulx  aiguiser  les  ferremens^\ 
«  C'est  pourquoy  je  prends  ces  troys  sors  à  mon  grand  adventaige. 
iio  Aultrement  j'en  appelle. 

—  Appeller  (dist  Pantagruel)  jamais  on  ne  peult  des  jugemens 
décidez  par  Sort  et  Fortune,  comme  attestent  nos  antiques  Juriscon- 
sultes, et  le  dict  Balde^^  L.  ult.  C.  de  leg^\ 

(c   La  raison  est  pource   que   Fortune  ne   recongnoist   poinct    de 
115   supérieur  auquel  d'elle  et  de  ses  sors    on   puisse    appeller.    Et    ne 
peult  en  ce  cas  le  mineur  estre  en  son  entier  restitué,  comme  aperte- 
ment  il  dict^^  in  L.  Ait  prxtor.  §  ult.ff.  de  minor.  ». 


Ligne  109.  A,  E  :  prens  —  E  :  advantaige  —  1.  iio.  E:  Aultrement  —  1.  m.  E  : 
peut  —  1.  114.  E  :  point  —  1.  né.  E  :  peut  —  F  :  apartement  —  1.  117.  E  :  dist  — 
E  :  ulti 

61.  Queux,  pierre  à  aiguiser.  au  précédent,  Deepisc.audien.,(\vi.''\\  tsX({\itsûon 

62.  Outils.  des  cas  dont  on  ne  peut  appeler. 

63.  Surcejurisconsulte,voirl.II,ch.x,n.5i.  65.  Digeste,  IV.   Tit.  IV,  §  7.  On  peut  ju- 

64.  Ce   n'est  pas  au    titre  De  legibus,  mais       ger  oiseux  ce  déploiement  d'érudition  de  légiste. 


Comment  Pantagruel  conseille  Panurge  prévoir  l'heur 
ou  malheur  de  son  mariage  par  songes. 

Chapitre  XIII. 

«  Or  puys  que  ne  convenons  ensemble  en  l'exposition  des  sors  Vir- 
5  gilianes,  prenons  aultre  voye  de  divination. 

—  Quelle?  demanda  Panurge. 

—  Bonne  (respondit  Pantagruel),  antique  et  authenticque,  c'est  par 
songes  '.  Car  en  songeant  avecques  conditions  les  quelles  descrivent 
Hippocrates,  lib.  r.tpl  èvj^viwv  %  Platon  \  Plotin  *,  lamblicque  \  Synesius  \ 

10  Aristoteles  ',  Xenophon  ^   Galen  ^  Plutarche'°,    Artemidorus    Dal- 


Ligne  i.  E  :  preveoir  —  1.  4.  E  :  puis  —  E  :  en  exposition  —  1.  4-5.  E  :  Vergilianes 
—  1.  5.  E  :  autre  —  A  :  voie  —  1.  8.  A,  E  :  songe  —  E  :  avecque  —  I.  9.  E  :  Hipo- 
crate  —  E  :  èvuttv^cov  ton  enypnon,  Platon 


1.  Il  existait,  au  temps  de  R.,  un  grand 
nombre  de  traités  sur  les  songes,  sujet  qui 
relevait  des  sciences  médicales.  R.  paraît  s'être 
inspiré  dans  ce  chapitre  surtout  du  commen- 
taire que  J.  C.  Scaliger  avait  publié  en  1539, 
à  Lyon,  chez  S.  Gryphe,  sur  le  livre  d'Hippo- 
crate  :  De  Somniis.  Cf.  Plattard,  op.  cit., 
p.  279-280. 

2.  Des  Songes.  Ce  livre,  rangé  traditionnel- 
lement dans  la  collection  hippocratique,  n'est 
peut-être  pas  d'Hippocrate.  (D.) 

3.  Un  compilateur  que  R.  a  utilisé  dans  ce 
chapitre,  Caslius  Rhodiginus  (voir  Plattard, 
op.  cit.,  p.  279),  alléguait  également  l'autorité 
de  Platon  (IX^  livre  de  la  République)  de  Jam- 
blique,  de  Synesius,  de  Galien,  d'Aristote  et 
de  Pline.  J.  C.  Scaliger  allègue  en  outre  Héro- 
phile,  Plotin,  Proclus. 

4.  Plotin.  Voir  1.  II,  ch.  xviii,  n.  41. 

5.  Jamblique.  Voir  1.  II,  ch.  xiv,  n.  53. 


6.  Synesius  de  Cyrène  (370-431),  philo- 
sophe platonicien  et  évêque  de  Ptolemaïs,  a 
laissé  parmi  ses  écrits  un  traité  des  songes  qui 
est  la  principale  autorité  alléguée  par  H.  Cor- 
neille Agrippa  dans  son  livre  De  occulta  philo- 
sophia  (III,  21  :  De  soninio  prophetico),  que  R. 
a  également  utilisé.  (P.) 

7.  De  divinatione  per  somnuni,  allégué  par 
J.  C.  Scaliger  et  H.  Corneille  Agrippa.  (P.) 

8.  L'autorité  de  Xénophon  {Banquet),  est 
alléguée  par  J.  C.  Scaliger  dans  la  préface  de  son 
commentaire  du  De  Somniis  d'Hippocrate.  (P.) 

9.  Galien  traite  des  mouvements  et  autres 
phénomènes  inconscients  qui  se  manifestent 
pendant  le  sommeil  in  De  motu  musculorum, 
1.  II,  ch.  4  et  5.  — Il  démontre  ailleurs  «  me- 
moriae  et  intellectus  laesionem,  somnolentas 
itemac  vigiles  dispositiones  in  cerebro  esse.  » 
Deloc.  aff.  1.  III,  ch.  5.  (D.) 

10.  Plutarque,  Quxstiones  Conviv.,  1.  VIII, 


CHAPITRE   XIII  105 

dianus'',  Herophilus'',  Q.  Calaber'^,  Theocrite'^  Pline '%  Athenceus 
et  aultres,  l'ame  souvent  prévoit  les  choses  futures. 

<c  Ja  n'est  besoing  plus  au  long  vous  le  prouver.  Vous   l'entendez 
par  exemple  vulguaire,  quand  vous  voyez,  lors  que  les  enfans  bien 

15  nettiz'^  bien  repeuz  et  alaictez  dorment  profondement,  les  nourrices 
s'en  aller  esbatre  en  liberté,  comme  pour  icelle  heure  licentiées  à 
faire  ce  que  vouldront,  car  leur  présence  au  tour  du  bers  ''  sembleroit 
inutile.  En  ceste  façon  nostre  ame,  lors  que  le  corps  dort  et  que  la 
concoction'^  est  de  tous  endroictz  parachevée,  rien  plus  n'y  estant 

20  nécessaire  jusques  au  réveil,  s'esbat  et  reveoit  sa  patrie,  qui  est  le 
ciel'9. 


Ligne  11.  A,  E  :  Q  Calaher .  .  .  Alhciicus  manque.  —  1.  12.  E  :  autres  — A  :  prevoyt 
- 1.  14.  A,  E  :  vulgaire  —  1. 1 5 .  A,  E  :  repui  —  1.  20.  A  :  reveoyt  ;  E  :  revoit  —  E  :  partie. 


question   X,  examine  pourquoi  les  songes  de 
l'automne   ne  méritent  nulle  créance.  (P.) 

11.  Artémidore  de  Daldis.  Voir  1.  II, 
ch.  XVIII,  n.  43. 

12.  Médecin,  né  à  Chalcédoine  en  Bithynie 
vers  la  109e  olympiade  (env.  344  av.  J.-C), 
et  disciple  de  Praxagoras  de  Cos,  vécut  à 
Alexandrie,  et  fut  le  premier  sans  doute,  avec 
Erasistrate,  qui  disséqua  des  corps  humains. 
Cette  hardiesse  lui  valut  beaucoup  d'ennemis, 
Celse  et  TertuUien  l'accusent  même  d'avoir 
disséqué  des  hommes  vivants  !  Le  confluent 
postérieur  des  sinus  de  la  dure-mère  porte 
encore  le  nom  de  pressoir  d'Hérophile.  Il  est 
souvent  cité  par  Galien.  Son  autorité  est 
alléguée  par  J.  C.  Scaliger, /oc.  cit.  (D.  P.) 

13.  Ce  Quintus  Calaber,  que  R.  appelle,  1. 
IV,  ch.  II,  «  Quinte  Calabrois  »,  est  le  poète 
grec  du  ive  siècle,  Quintus  de  Smyrne.  Ses 
œuvres  découvertes  en  Calabre  en  1450  avaient 
été  imprimées  par  Aide  Manuce  en  1505.  Cf. 
Plattard,  op.  cit.,  p.  246. 

14.  Quintus  de  Smyrne.  Théocriteet  Athé- 
née sont  des  auteurs  que  n'allègue  aucun  des 
traités  des  songes  qu'a  pu  lire  R.  Pour  quelles 
raisons  les  a-t-il  mentionnés  ici  ?  Peut-être 
simplement  pour  allonger  sa  liste  d'autori- 
tés. (P.) 

LE   TIERS    LIVRE. 


15.  «  Magnus  hic  invitât  locus,  et  diversis 
refertus  documentis,  utrumne  sint  aliqua  prse- 
scita  animi  quiescentis  :  qua  fiant  ratione,  an 
fortuita  res  sit,  ut  pleraque.  Et  si  exemplis 
agatur,  profecto  paria  fiant.  »  Pline,  H.  N., 
X,  98.  (D.) 

16.  Nettoyés.  Archaïsme. 

17.  Berceau.  Archaïsme,  encore  en  usage 
dans  les  patois  de  l'Ouest  et  du  Centre.  Voir 
Sainéan,  t.  II,  p.  122. 

18.  Digestion.  Voir  1.  I,  ch.  xxii,  n.  60. 
«  Concoctio  ciborum  in  ventricuto  mutatio  eorum 
est  in  propriam  ejus,  quod  nutritur,  qualitatem.  » 
Gai.,  De  nattiraîib.  facult.,  1.  III,  ch.  4.  Cette 
coction,  activée  par  la  chaleur  et  les  esprits 
émanés  de  la  rate,  et  par  la  chaleur  du  voisi- 
nage du  cœur,  transformait  les  aliments  en 
chyle.  Ce  chyle  subissait  dans  le  foie  une 
deuxième  coction  qui  le  transformait  en  sang, 
et  ce  dernier  éprouvait  dans  les  ultimes  rami- 
fications de  l'arbre  veineux  une  dernière  con- 
coction,  préliminaire  de  l'assimilation.  Sur  le 
sens  du  mot  coction,  cf.  G.  Pouchet,  La  Biolo- 
gie aristotélique,  Paris,  Alcan,  1885,  in-S», 
p.  30-31.  (D.) 

19.  C'est  une  théorie,  d'origine  platoni- 
cienne, qui  se  rencontre  fréquemment  exposée 
au  xvie  siècle.  (P.). 

M 


I06  LE   TIERS   LIVRE 

c(  De  là  receoit  participation  insigne  de  sa  prime  et  divine  origine, 
et  en  contemplation  de  ceste  infinie  et  intellectuale  sphaere,  le  centre 
de  laquelle  est  en  chascun  lieu  de  l'univers,  la  circunference  poinct" 

20  (c'est  Dieu  scelon  la  doctrine  de  Hermès  Trismegistus)^',  à  laquelle  rien 
ne  advient,  rien  ne  passe,  rien  ne  déchet,  tous  temps  sont  praesens, 
note  non  seulement  les  choses  passées  en  mouvemens  inférieurs, 
mais  aussi  les  futures,  et,  les  raportent  à  son  corps  et  par  les  sens  et 
organes  d'icelluy  les  exposant  aux  amis,  est  dicte  vaticinatrice  et  pro- 

25   phete. 

«  Vray  est  qu'elle  ne  les  raporte  en  telle  syncerité  comme  les 
avoit  veues,  obstant^'  l'imperfection  et  fragilité  des  sens  corporelz  : 
comme  la  lune,  recevant  du  soleil  sa  lumière,  ne  nous  la  commu- 
nicque  telle,  tant  lucide,  tant  pure,  tant  vive  et  ardente  comme  l'avoit 

30  receue. 

«  Pourtant  reste  à  ces  vaticinations  somniales  interprète  qui  soit 
dextre,  saige,  industrieux,  expert,  rational  et  absolu  onirocrites^'  et 
oniropole'''^  :  ainsi  sont  appeliez  des  Graecs. 

Ligne  22.  A  :  rec\eoit\  E  :  reçoit  —  1.  25.  A,  E  :  ^/  intellectuale  manque  —  E  :  sphère 

—  1.  23-25.  A,  E  :  /^  centre trimegistus  manque  —  1.  29.  E  :  n  advient  —  A,  E  : 

presens  —  1.  27.  F  :  de  sens  —  1.  28.  A  :  aussy  —  A,  E  :  rapportant  —  1.  29.  E  :  amy 

—  I.  31.  E  :  rapporte  —  1.  32.  A,  E  :  des  sens  —  1.  33.  A  :  rec\evant  —  1.   35.  A  : 
rec\eue  — 1.  37.  E  :  absolut  onirocoite  —  1.  38.  E  :  Grecs 

20.  Cette  définition  de  Dieu,  appelée  à  une  mente  passionnément  par  les  humanistes  de 
si  étonnante  fortune  remonte  d'après  Vincent  la  Renaissance,  est  en  réalité  un  grec  néo- 
de  Beauvais  au  cistercien  Helinand  qui  l'aurait  platonicien  de  la  fin  du  n^  siècle.  Sa  formule 
puisée  dans  un  traité  perdu  d'Empédocle.  On  se  réduit  à  cette  idée  :  «  Dieu  est  une  sphère.  » 
la  trouve  dans  le  Roman  de  la  Rose,  dans  les  Le  développement  éloquent  de  Pantagruel  est 
œuvres  de  Vincent  de  Beauvais,  saint  Bona-  emprunté  sans  doute  à  un  commentateur,  peut- 
venture,  Gerson,  Ficin,  Nicolas  de  Cuse.  En  être  à  Symphorien  Champier  qui  avait  publié 
15 10,  Symphorien  Champier  la  fait  figurer  en  une  Trismegista  theologia  perdue  {R.  E.  i?.,IV, 
tête  de  son  Ordre  dechevalerie  et  Marguerite  de  264).  On  en  trouve  les  termes  mêmes  dans  un 
Navarre  en  développe  les  éléments  mathéma-  commentaire  de  l'Hermès,  donné  en  6  vol. 
tiques  dans  de  beaux  vers  des  Prisons.  Cf.  R.  in-fol.  par  Rosseli,  t.  I,  p.  145  et  t.  III,  p.  141 . 
E.  R.,  III,  304  ;  IV,  264,  404  ;   A.  Lefranc,  Cf.  A.  Lefranc,  op.  cit.,  p.  175.  (C.) 

Grands  écrivains  de  la  Renaissance,  p.   172  et  22.  S'opposant.  Du  latin  ohstantem,  même 

suiv,  ;  Plattard,o/?.  d/.,  p.  282.  Cette  définition  sens. 

reparaît  au  1  V,  ch.  xlviii  :  «  Allez,  amis,  en  23.  Interprète  des  songes  ;  du  grec  ovstpo- 

protection  de  ceste  sphère  intellectuale...  »(C.)  xpÎTïiç. 

21.  Le  pseudo-Hermès,  dont  le  principal  24.  Du  grec  ôv£ipo::oÀo;,  qui  traite  des 
dialogue    Pimandre  a  été  traduit,  lu   et  com-  songes. 


CHAPITRE   XIII 


107 


((  C'est  pourquoy  Heraclitus^^  disoit  rien  par  songe  ne  nous  estre 
40  exposé,  rien  aussi  ne  nous  estre  celé  :  seulement  nous  estre  donnée  signi- 
fication et  indice  des  choses  advenir  ou  pour  l'heur  et  malheur  nostre, 
ou  pour  l'heur  et  malheur  d'aultruy.  Les  sacres  letres  le  tesmoignent, 
les  histoires  prophanes  l'asceurent,  nous  exposant  mille  cas  advenuz 
scelon  les  songes,  tant  de  la  persone  songeante  que  d'aultruy  pareil- 
45  lement. 

c(  Les  Atlanticques^^  et  ceulx  qui  habitent  en  l'isle  de  Thasos,  l'une 

des  Cyclades,   sont    privez  de   ceste   commodité,   on   pays  desquelz 

jamais  persone  ne  songea.   Aussi  feurent  Cleon  de  Daulie^',  Thrasy- 

medes^^  et  de  nostre  temps   le  docte  Villanovanus^^   François'",  les 

50  quelz  oncques  ne  songèrent. 

«  Demain  doncques,  sus  l'heure  que  la  jo3'euse  Aurore''  aux  doigtz 


Ligne  39.  A,  E  :  songes  —  1.  40.  A  :  aussy  —  1.  41.  E  :  ou  pour  l'heur.  .  .  nostre 
manque  —  1.  42.  E  :  autruy  —  E  :  sacrées  —  1.  43.  E  :  asseurent  —  1.  44.  E  :  selon  — 
A,  E  :  personne  —  E  :  autruy  —  L  46.  E  :  Atlantiques  —  1.  47.  E  :  au  pays  —  1.  48. 
A,  E  :  personne  —  A  :  Aussy  —  E  :  furent  —  1.  49.  A  :  Françoys  —  1.  51.  E  :  doncque 
—  E  :  joieuse    —  E  :  doio:{^ 


25.  Cité  par  Caslius  Rhodiginus,  Lectiones 
Antiqux,  ch.  XLiv,  d'après  Plutarque,  De 
Pyth.  orac,  xxi  (404  E).  (P.) 

26.  «  Atlantes  dégénères  sunt  humani  ritus, 

si  credimus neque  insomnia  visunt  qualia 

reliqui  mortales.  »    Pline,  H.  N.,  V,  8  ;  cité 
par  J.  C.  Scaliger,  op.  cit.,  préface,  p.  3. 

(D.  P.) 

27.  D'après  Hérodote,  IV,  184. 

28.  D'après  Plutarque,  De  defectu  orac,  50 
(437  E).  Cité  par  Scaliger,  op.  cit.,  p.  3.  (P.) 

29.  Il  s'agit  ici  de  Simon  de  Neufville, 
mort  à  Padoue  en  1530,  à  l'âge  de  trente-cinq 
ans,  entouré  des  regrets  et  des  éloges  de  Chris- 
tophe Longueil,  de  Dolet,  de  Bunel,  de  Macrin. 
Ce  dernier.  Hymnes  choisies,  1.  III,  p.  77,  dans 
une  Ode  saphique  à  G.  du  Bellay,  met  Simon 
de  Villeneuve  au  rang  des  hommes  illustres 
qui  ont  fait  honneur  à  la  France  par  leur  éru- 
dition. On  peut  donc  conjecturer  que  Rabe- 
lais avait  entendu   parler  de  Villeneuve  dans 


l'entourage  de  Langey  ou  dans  le  cénacle  de 
Lyon.  En  tout  cas,  on  trouve  un  autre  souve- 
nir du  «  docte  »  disparu  dans  un  passage  de  la 
fameuse  épître  de  l'imprimeur  de  1542  à 
Etienne  Dolet,  où  ce  dernier  est  formellement 
accusé  d'avoir  détourné  les  écrits  de  Simon  de 
Villeneuve  et  de  se  les  être  appropriés  :  «  Les 
oeuvres  duquel  [Dolet]  ne  sont  que  ramas... 
des  livres  d'aultruy..  dont  l'esperit  de  Villa- 
novus  se  indigne  d'estrede  ses  labeurs  frustré.  » 

(C). 

30.  Quoique  né  en  Hainaut,  il  était  consi- 
déré comme  Français  de  nation.  Longueil,  le 
recommandant  au  professeur  vénitien  Egnazio, 
dit  de  lui  :  c'est  un  Français,  mais  il  n'a  pas 
la  légèreté  des  Français  (Lotigolii  Episiolae,  III, 
26).  Cité  par  Busson,  Sources  et  développement  du 
rationalisme  dans  la  littérature  française  p.  75. 

(P) 

3 1 .  Tous  les  auteurs  qui  traitent  de  divina- 
tion somniale  estiment  que  le  temps  le  plus 


I08  LE   TIERS  LIVRE 

rosatz'"  dechassera  les  ténèbres  nocturnes,  adonnez  vous  à  songer  par- 
fondement.  Ce  pendent  despouillez  vous  de  toute  affection"  humaine: 
d'amour,  de  haine,  d'espoir  et  de  craincte. 

5 5  a  Car,  comme  jadis  le  grand  vaticinateur  Proteus  '\  estant  desguisé  et 
transformé  en  feu,  en  eau,  en  tigre,  en  dracon  et  aultres  masques 
estranges,  ne  prsedisoit  les  choses  advenir,  pour  les  prasdire  force 
estoit  qu'il  feust  restitué  en  sa  propre  et  naïfve  forme,  aussi  ne  peult 
l'homme  recepvoir  divinité  et  art  de  vaticiner,  sinon  lors  que  la  partie 

éo  qui  en  luy  plus  est  divine  (c'est  Noue  et  Mens)  soit  coye,  tranquille, 
paisible,  non  occupée  ne  distraicte  par  passions  et  affections  foraines '^ 

—  Je  le  veulx,  dist  Panurge.  Fauldra  il  peu  ou  beaucoup  soupper 
à  ce  soir  ?  Je  ne  le  demande  sans  cause.  Car  si  bien  et  largement  je  ne 
souppe,  je  ne  dors  rien  qui  vaille,  la  nuict  ne  foys  que  ravasser,  et 

65  autant  songe  creux '^  que  pour  lors  estoit  mon  ventre. 

—  Poinct  soupper  (respondit  Pantagruel)  seroit  le  meilleur,  attendu 
vostre  bon  en  poinct  et  habitude.  Amphiaraus",  vaticinateur  antique, 
vouloit  ceulx  qui  par  songes  recepvoient  ses  oracles  rien  tout  celluy 
jour  ne  manger  et  vin  ne  boyre  troys  jours  davant.  Nous  ne  userons 

70  de  tant  extrême  et  riguoreuse  diaete. 

Ligne  52-53.  E  :  profondement  —  1.  53.  E  :  Q  pendant  —  1.  54.  E  :  et  d'espoir  — 
1.  56.  E  :  autres  —  1.  57.  E  :  prédisait  —  E  :  ains  pour  les  prédire  —  1.  58.  E  :  fust  — 
A  :  aussy  —  E  :  peut  —  1.  59.  E  :  recevoir  —  k  :  si  non  —  1.  60.  E  :  Nos  —  1.  62. 
A  :  souper  —  1.  64.  A  :  nuyd  —  E  :  fais  —  l.  66.  E  :  Point  —  1.  67.  E  :  Ampharus 
—  1.  68.  E  :  recevoyent  —  E  :  celuy  —  1.  69.  E  :  troys  jour  devant  —  E  :  n'userons  — 
1.  70.  A  :  rigoreuse;  E  :  rigoureuse  —  E  :  diète 

favorable  aux  songes   prophétiques  est   l'au-  posse  vaticinari  et   suscipere.  divinilatem,  cum 

rore.    Caelius   Rhodiginus,    Lectiones  antiqux,  religata  in eo  fuerit  cupiditas...  »  ^.  £■./?.,  IV, 

1.  XIV,  ch.  XLii,  examine  la  question  :  «  Cur  354. 

somnia  matutina  veriora.  »  (P.)  36.  Jeu  de   mots.    Songer  creux  veut   dire 

32.  Épithètehomérique:'PoBo5ây.TuXo:'HoJ;.  rêver  à  des  chimères.  Cf.  1.  I,  ch.  xi,  n.  19. 

33.  Passion.  Cf.  1.  I,  vers  liminaires,  I.  34  :  37.  Fameux  devin,  fils  d'Apollon.  Cf.  Phi- 
«  Despouillez  vous  de  toute  affection.  »  lostrate,   Vie  d'Apollonius,  II,  37.  La  prescrip- 

34.  D'après  rOd'mc'^,  ch,  IV,  v.  417-424,  tion  d'Amphiaraûs  était  rapportée  par  H.  Cor- 
et  Virgile,  Géorgiqnes,  1.  IV,  v.  405-414.  neille  Agrippa,  De  occulta  philosofjhia,  III,  21  : 

35.  R.  emprunte  ces  prescriptions  à  Servius,  «  Amphiaraus  vates  volentem  recipere  oracula 
commentaire  sur  le  v,  399  du  1.  IV  des  Géor-  jussit  integrum  diem  a  ciho,  a  vino  autem  tri- 
giques  :   «  Unde   sacerdotem  hune  dicit  tune       duo  abstinere.  »  (P.) 


CHAPITRE    XIII 


109 


«  Bien  croy  je  l'homme  replet  de  viandes  et  crapule'^  difficillement 
concepvoir  notice  des  choses  spirituelles;  ne  suys  toutesfois  en  l'opi- 
nion de  ceulx  qui  après  longs  et  obstinez  jeusnes  cuydent  plus  avant 
entrer  en  contemplation  des  choses  célestes. 

75  «  Souvenir  assez  vous  peut  comment  Gargantua  mon  père 
(lequel  par  honneur  je  nomme)  nous  a  souvent  dict  les  escriptz  de 
ces  hermites  jeusneurs  autant  estre  fades,  jejunes"  et  de  maulvaise 
salive,  comme  estoient  leurs  corps  lors  qu'ilz  composoient,  et  diffi- 
cile chose  estre  bons  et  serains  rester  les  espritz,  estant  le  corps  en 

80  inanition  ;  veu  que  les  philosophes  et  medicins  afferment  les  espritz 
animaulx  sourdre,  naistre  et  practiquer  par  le  sang  arterial  purifié  et 
affiné  à  perfection  dedans  le  retz  admirable'^"  qui  gist  soubs  les  ventri- 
cules du  cerveau  :  nous  baillans  exemple  d'un  philosophe,  qui  en  soli- 
tude pensant  estre  et  hors  la  tourbe  pour  mieulx  commenter,  discou- 

85  rir  et  composer,  ce  pendent  toutesfoys  au  tour  de  luy  abayent  les 
chiens,  uUent  les  loups,  rugient  les  lyons,  bannissent  les  chevaulx, 
barrient  les  elephans,  siflent  les  serpens,  braislent  les  asnes,  sonnent 
les  cigalles,  lamentent  les  tourterelles,  c'est  à  dire  plus  estoit  trou- 
blé que  s'il  feust  à  la  foyre  de  Fontenay^'  ou  Niorf^^  car  la  faim  estoit 


Ligne  72.  E  :  suis  —  \  :  Toutesfoys  —  1.  73.  A  :  jeunes  —  1-75.  E  :  peult  —  I.  76. 
E  :  ha —  1.  77.  A  :  jeûneurs  — E  :  jeusnes  —  E  :  mauvaise  — 1.  78.  E  :  estoyent —  1.  81. 
A,  E  :  praticquer  —  I.  82.  E  :  souhT^  —  1.  83.  A,  E  :  baillant  —  1.  85.  E  :  cependant 
toutesfois  —  1.  86.  E  :  ulent —  E  :  rugissent  —  1.  87.  E  :  barrissent  —  A,  E  :  sifflent  — 
E  :  serpenti  —  1.  89.  E  :  fust  —  E  :  a  Fontenay 

58.  «    Sic    etiam     quando    crapula   vinoque  41.  Cli.-l.  arrond.,  Vendée.  Les  trois  foires 

repleti  sumus,  tune  spiritus  noster.  .  .  decipi-  de     Fontenay-le-Comte,    à    la  Saint-Jean,  le 

tur.  »  De  occulta  philosophia,  III,  21.  (P.)  2  août  et  à  la  Saint-Venant,  faisaient  affluer  un 

39.  A  jeun,  du  latin  jejunus,  même  sens.  monde  de  marchands  et  d'acheteurs.  G.  Bou- 

40.  «  A  la  base  du  cerveau  Nature  a  coUo-  chet,  t.  V,  p.  95,  y  atteste  la  présence  d'étran- 
qué  et  mis  un  corps  appelle  en  latin  plexus  gers,  en  particulier  d'Allemands.  Béroalde  de 
retijormis,  vulgairement  rete  admirabile,  qui  Verville  en  fait  le  théâtre  d'une  anecdote  lan- 
est  le  plus  admirable  et  merveilleux  de  tous  ternïère,  et  la.  Vie  généreuse  des  Mercelots,  1596, 
les  autres  corps  qui  soient  en  ce  lieu...  comme  y  place  la  naissance  de  l'argot,  parmi  les  col- 
si  tu  assemblois  plusieurs  filets  de  pescheurs,  porteurs  porte-balles  et  bohémiens  qui  s'y  ras- 
jettés  les  uns  sur  les  autres.  »  Canappe,  L'ana-  semblaient.  Cf.  i?.  E.  R.,ll,  159.  (C.) 
tomie...  p.  82.  Voir  supra,  ch.  iv,  n.  25.  (P.)  42.  «  Nyort.  Grandes  foires  de  Poictou   », 


IIO  LE    TIERS    LIVRE 

90  on  corps  ;  pour  à  laquelle  remédier  abaye,  restomach,  la  veue  esblouist, 
les  venes  sugcent  de  la  propre  substance  des  membres  carniformes, 
et  retirent  en  bas  cestuy  esprit  vaguabond,  négligent  du  traictement 
de  son  nourrisson  et  hoste  naturel,  qui  est  le  corps  :  comme  si  l'oi- 
zeau  sus  le  poing  estant,  vouloit  en  l'aër  son  vol  prendre,  et  incon- 
95  tinent  par  les  longes"*'  seroit  plus  bas  déprimé. 

«  Et  à  ce  propous  nous  alléguant  l'auctorité  de  Homère,  père  de 
toute  Philosophie'*'*,  qui  dict  les  Gregeoys  lors,  non  plus  tost,  avoir  mis 
à  leurs  larmes  fin  du  dueil  de  Patroclus  le  grand  amy  de  Achilles^^ 
quand  la  faim  se  declaira  et  leurs  ventres  protestèrent  plus  de  larmes 
100  ne  les  fournir.  Car,  en  corps  exinaniz*^  par  long  jeusne,  plus  n'estoit 
dequoy  pleurer  et  larmoier. 

«  Médiocrité  est  en  tous  cas  louée  et  icy  la  maintiendrez.  Vous 
mangerez  à  soupper'*''  non  febves,  non  lièvres"*^  ne  aultre  chair,  non 
poulpre'*^  (qu'on  nomme  polype),  non  choulx  ne  aultres  viandes  qui 
105  peussent  vos  espritz  animaulx  troubler  et  obfusquer.  Car,  comme  le 
mirouoir  ne  peult  reprassenter  les  simulachres  des  choses  objectées  et 
à  luy  exposées,  si  sa  polissure  est  par  halaines  ou  temps   nubileux 

Ligne  90.  E  :  au  corps  —  k  :  le  stomach  —  1.  91.  E  :  veines  succent  —  1.  92.  E  : 
retient  —  A:  vagabond;  E:  vagabon  —  I.  93-94.  E  :  oyseaii  —  l.  94.  E  :  air  —  1.  96. 
E  :  propos  —  A,  E  :  allegant  Vautorité  —  1.  100.  A  :  de  les  fournir  —  k:  jeune  —  1.  102. 
E  :  louée  et  estimée,  et  icy  —  1.  103.  A,  E  :  ne  lièvres  —  E  :  autre  —  1.  104.  E  :  antres 
—  1.  loé.  E  :  mirouer  —  A,  E  :  représenter 

dit  la  Guide  de   1552.    Elles    se    tenaient    le  45-  Voir  Homère,  Iliade,^!!!,  20. 

30  novembre,  le  6  mai,  le  6  février,  sous   les  46.  Vidé  ;  du  latin  exinanitus,  même  sens. 

halles  couvertes,  et  attiraient  «  la  plus  belle  47-  Recommandation  faite  d'après  Cicéron, 

cohue  de  tout  le  royaume  ».  C'est  à  l'issue  des  De  divinaiione,    I,  30,  §  62,   et  Pline,    Hist. 

foires  de  Niort  sans  doute  au   mois  de  mai,  Natur.,  1.  XVIII, c.  12,  (P.) 

que  R.  place  la  représentation  d'un  mystère  de  48.  Cf.  Bruyérin  Champier,  op.  cit.,  1.  XIII, 

Saint-Maixent,  1.  IV,  ch.  xiii.  Cf.  R.  E.  R.,  II,  ch.  xxiv  :  «  Cato...  famiHam  brassica  ac  lepori- 

230.  (C.)  „^  (teste  Plutarcho)alebat,  unde  somnia  varia, 

43.  La  lesse,  ou  les  longes  étaient  d'étroites  ^umultuosaque  contingebant.  »   Cf.  également 
lanières  de_  cuir  qui  se    nouaient   ou    s'agra-  p,.^     ^_  ^    j   ^^VIII,  ch.  xix,  et  Galien. 
faient  aux  jects,  anneaux  fixés  aux  pattes  de  ,_  . 
l'oiseau  de  vol.  Cf.  R.  E.  R.,  X,  365.  (C.)                                                                              ^^■■' 

44.  De  toute  science,  sens  du  mot  philo-  49.  Poulpe,  Oc/o/)M5  wJfûm  Lmk.,  roXiJrouç 
50/>iîV  au  xvie  s.  Voir  un  autre  éloge  d'Homère  (Arist.,  Hist.  anint.,  1.  IV,  ch.  i.),  mol- 
t.I,/)ro/.,l.  78  :  «Homère,  paragon  de  tous  phi-  lusque  céphalopode.  Belon  lui  aussi  l'appelle 
lologes.  «  (P.)  polype.  (D.) 


CHAPITRE    XIII 


III 


obfusquée,  aussi  l'esprit  ne  receoit  les  formes  de  divination  par  songes, 
si  le  corps  est  inquiété  et  troublé  par  les  vapeurs  et  fumées  des  viandes 

iio  précédentes,   à  cause  de  la  sympathie  laquelle  est  entre  eulx  deux 
indissoluble. 

«  Vous  mangerez  bonne  poyres  crustumenies^"  et  berguamottes^', 
une  pome  de  court  pendu5%  quelques  pruneaulx de  Tours-,  quelques 
cerizesde  mon  verger '4.  Et  ne  sera  pourquoy  doibvez  craindre  que  vos 

115   songes   en   proviennent  doubteux,  fallaces   ou   suspectz,  comme  les 


Ligne  108.  A  :  aiissy  —  A  :  recieoit;  E  :  reçoit  —  1.  no.  E  :  précédentes  —  1.  112. 
E  :  bonnes  poyres  et  pommes  Crustemenies  —  1.  113.  A,  E  -.pomme  —  E  :  pruneaux  — 
1.  114.  A,  E  :  vergier  -  E  :  debvei  -  E  :  w~  —  1.  115.  E  :  aucuns  -  E  :  au  temps 
—  A  :  Autonne 


50.  Poire  originaire  de    Cnistunienia,   ville 
du  territoire  de  Crtistimimim,  au  pays  des  Sa- 
bins,  et  célèbre  dans  l'antiquité  : 
Nec  surculus  idem 
Crustiimiis,  Syriisque  pyris... 
dit  Virgile,  Géorg.,  1.  II,  v.  87-88.   Et  Pline 
écrit  :  «  Cunctis  autem  Crustumia  gratissima.  » 
H.N.,  XV,  16. — «  Mire   salubria  et  grata. 
prsecipuè    Crusturaina.   »   H.  N.,  XXIII,    62, 
—   Columelle,   De  re  rustica,  1.  V,   vante   le 
poirier   crustumien  ;    de   même   Celse,  1,  II, 

ch.  24  et  Macrobe  Saturn.,  1.   II,  ch.    15.  

Pyra  crustiimina,    dit   encore    Ch.   Estienne, 
Seminariutn,  Paris,  1548,  p.  61.  (D.) 

51.  Poire  de  Bergame,  importée  d'Italie  en 
France  (et  d'abord  à  Autun  et  en  Lorraine). 
dans  le  premier  quart  du  xvie  s.  «  La  Berga- 
mote »,  dit  O.  de  Serres,  ThJdtre  d'agric, 
1663,  !•  ^'I)  P-  628.  «  Pyrussativa,  fructu  au- 
tumnali  sessili,  saccharato,  odorato,  e  viridi 
fkvescente,  in  ore  liquescente.  »  (Tournefort, 
Inst.  1700,  t.  I,  cl.  21,  p.  629).  L'horti- 
culture moderne  qui  dénombre  plus  d'un  mil- 
lier de  var.  de  poires,  connaît  encore  la  Ber- 
gaîHote  ou  seigneur  d'Esperen,  la  bergamote 
crassane,  la  b.  de  Pentecôte  ou  doyenné  d'hi- 
ver, etc.  (D.) 


52.  «  Le  court  pendu  »,  (O.  de  Serres, 
Théâtre  d'agric;  Rouen,  1663,  1.  VI,  p.  626). 
Variété  de  pomme  cultivée,  très  parfumée, 
au  point  que  les  femmes  l'employaient,  au 
dire  de  Bruyérin  Champier,  pour  embaumer 
leurs  armoires  à  robes.  «  Les  court-pendus... 
quoique  franches  et  très  bonnes  au  goût  et 
à  l'odeur,  ne  valent  rien  en  cidre  »,  écrit  l'au- 
teur de  La  twuvelie  maison  rustique,  5e  éd., 
Paris,  1721,  t.  I,  p.  673.  Cette  pomme  de 
cortpcndu,  capendu,  carpendu,  est  décrite  pour 
la  première  fois  par  J.  Bauhin  sous  le  nom 
de  Curtipedaneum  ;  elle  provient,  dit-il,  à'Epo- 
manduodurum,  [Mandeure],  au  Comté  de 
Montbéliard.  Cf.  Bauhin,  Hist.  plant.,  Yver- 
dun,  1651,  t.  I,  p.  21.  (D.) 

53.  Pruneaux  très  estimés,  «  acceptissima  et 
laudatissima  »,  dit  Bruyérin  Champier.  Ils 
sont  mentionnés  dès  1545  dans  les  Cris  d'Ant. 
Truque  t.  (D.) 

)4.  Mon  verger  [de  Thélème].  Comme  on 
le  verra  par  la  suite,  le  1.  III  se  passe  en  Tou- 
raine  et  Pantagruel  a  sa  résidence  à  Thélème. 
Au  1.  IV,  ch.  Liv,  Pantagruel,  emportant  les 
poires  de  l'île  des  Papimanes,  dit  à  Homenas  : 
<<  J'en  affieray  et  hanteray  en  mon  jardin  de 
Touraine  sus  la  rive  de  Loyre  ».  (C.) 


112  LE   TIERS    LIVRE 

ont  declairez  aulcunsPeripateticques  on  temps  de  automne  ^^  lors,  sça- 
voir  est,  que  les  humains  plus  copieusement  usent  de  fructaiges  qu'en 
aultre  saison  :  ce  que  les  anciens  prophètes  et  poètes  mysticquement 
nous  enseignent,  disans  les  vains  et  fallacieux  songes  gésir   et  estre 

120  cachez  soubs  les  feuilles  cheutes  en  terre,  par  ce  qu'en  automne  les 
feuilles  tombent  des  arbres  '^  Car  ceste  ferveur  naturelle  laquelle  abonde 
es  fruictz  nouveaulx  et  laquelle  par  son  ebuUition  faciilement  évapore 
es  parties  animales  (comme  nous  voyons  faire  le  moust)  est,  long 
temps  a,  expirée  et  résolue.  Et  boyrez  belle  eau  de  ma  fontaine. 

12)  —  La  condition  (dist  Panurge)  m'est  quelque  peu  dure.  Je  y  con- 
sens toutesfois,  couste  et  vaille ^^  protestant  desjeuner  demain  à  bonne 
heure,  incontinent  après  mes  songeailles5^  Au  surplus  je  me  recom- 
mende  aux  deux  portes  de  Homère  5^  àMorpheus^°,  à  Icelon,  à  Phanta- 
sus  et  Phobetor.  Si  au  besoing  ilz  me  secourent,  je  leurs  erigeray  un 

1 30  aultel  joyeulx  tout  composé  de  fin  dumet^' .  Si  en  Laconie  j'estois  dedans 
le  temple  de  Ino  entre  Œtyle  et  Thalames^%  par  elle  seroit  ma  per- 
plexité résolue  en  dormant  à  beaulx  et  joyeulx  songes.  » 

Puis  demanda  à  Pantagruel  :  «  Seroit  ce  poinct  bien  faict  si  je  met- 
toys  dessoubs  mon  coissin  quelques  branches  de  laurier  P*"' 

Ligne  1 17.  E  :  fruictaiges  —  1.  118.  E  :  miire —  1.  1 20.  E  :  soubi  —  A  :  feueilles  —  E  : 
fueilles  —  A  :  Autonne  —  1.  121.  A  :  feueilles  ;  E  :  fueilles  —  1.  123-124.  ^  :  est  à  long 
temps  expirée  —  1.  12$.  E  :  J'y  —  1.  12e.  A  :  toutesfoys  — 1.  127.  A  :  incontinant —  1.  127- 
128.  E  :  recommande —  1. 128.  E  :  Icellon  —  1.  129.  E:  ilim'aydent  et  secourent  —  1.  130. 
E:  autel  joyeux —  E  :  duvet  — 1. 130-132.  A,  E  :  Sien  Laconie...  joyeulx  songes  mzn(\\xt 
—  1.  1 33.  A  :  Puys  —  E  :  point  —  1.  1 34.  E  :  dessouhi  mon  coyssin 

55.  D'après  Plutarque,  Quxst.  Conviv.  59.  Voir  Homère,  Od'^55e'(;,  XIX,  562,  et  Vir- 
1.  VIII,  question  X.  (P.)                                   '       gile,  Eyièide,  VI,  894. 

56.  Réminiscence  de  Virgile,  £n«/ie,  1.  VI,  60.  Morphée  est  le  dieu  du  sommeil. 
V.  282-4.                                                                    Phantasus  est  la  divinité  des  apparences,  Ice- 

57    Que  cela  coûte,  pourvu  que  cela  vaille.  los  et  Phobetor  sont  deux  noms  désignant  la 

Cf.  Pathdin  :  «  Ne  me  chault,  couste  et  vaille  »,  même  divinité  de  l'effroi,  d'après  Ovide,  Mè- 

„,    ,.,         ^     ,       r             j         T  tamorphoses,  XI,  v.  640  : 

et   Cholieres,  Contes,  t°    20,  dans   Lacurne    :  tt        r   î      c        •          .  1     n;  1.  ^           1 

'                  ,  .        ,                      r  ■  Hune  Icelon  Superi,  mortale  Phobetera  vulgus 

«  Cela,  direz-vous,  est  bien  cher  :  toutes  fois  dominât.     Est    etiam    diverse    tertius    artis 

couste,  mais  que  [pourvu  que]  vaille  >>.  (C.)  Phantasus.  (P.) 

58.  Mes  songes.  Terme  forgé  par  R.  sur  le  61,  Duvet.  Cf.  1.  I,  ch.  xiii,  n.  68. 

modèle  de  «  relevailles.  »  Cf.  1.  V,  ch.  xvii  :  62.  Emprunté  à  Pausanias,  III,  26. 

«  aux  crevantes  de  l'hoste.  »  (C.)  63.  Galien  recommande  ad   somnum  conci- 


CHAPITRE   XIII 


m 


135  — Il  n'est  (respondit  Pantagruel)  ja  besoing.  C'est  chose  supersti- 
tieuse, et  n'est  que  abus  ce  qu'en  escript  Serapion  Ascalonites^"*,  Anti- 
phon^^  Philochorus^^  Artemon^^  et  Fulgentius  Pla[n]ciades^^  Autant 
vousen  diroysjede  l'espaule  guausche  du  cocrodile  et  du  chameleon, 
sauf  l'honneur  du  vieulx  Democrite^^  ;  autant  de  la  pierre  des  Bactrians 

140  nommée  eumetrides'°;  autant  de  la  corne  de  Hammon''  :  ainsi 
nomment  les  ^Ethiopiens  une  pierre  précieuse  à  couleur  d'or  et  forme 
d'une  corne  de  bélier,  comme  est  la  corne  deJuppiterHammonien;  affir- 
mans  autant  estre  vrays  et  infallibles  les  songes  de  ceulx  qui  la 
portent  que  sont  les  oracles  divins. 

145  «  Par  adventure  est  ce  que  escrivent  Homère  et  Virgile  des  deux 
portes  de  songe,  es  quelles  vous  estes  recommendé'^. 


Ligne  13e.  E  :  quabus  —  A,  E  :  ce  qu'en  ont  escript  —  1.  138.  E  :  diroye  —  A.  E  : 
gausche  —  A,  E  crocodile  —  E  :  «/  chameleon  —  1,  142.  E  :  Jupiter  —  1.  145.  E  : 
escripvent  —  E  :  Vergile  —  1.  146.  E  :  recommandé 


liandum  :  «  In  lauri  foUis  hœc  elementa  inscri- 
btto,  jacentisque  cervicali  eo  nesciente  suhjicito  : 
Çç,  yçç,  ç9.  »  Gai.  de  retned.  facile  parand., 
IIU,62.(D.) 

64.  Serapion  d'Ascalon,  auteur  d'un  traité 
de  l'explication  des  songes. 

65.  Rhéteur,  auteur  du  llept  xoîaewç  ôveipwv. 
Il  était  d'Athènes  et  contemporaic  de  So- 
crate. 

66.  Érudit  et  polygraphe  (ive  s.  av.  J.-C). 

67.  Artemon  de  Milet,  qui  a  écrit  sur  l'in- 
terprétation des  songes. 

68.  Planciade  Fulgence,  écrivain  latin, 
auteur  du  Mythologicum,  évéque  de  Carthage 
au  vie  siècle. 

69.  D'après  Pline,  1.  XXVII I.  ch.  xxix  : 
«  Democritus  narrât...  sinistrum  humerum 
[chamoeleonis]  quibus  monstris  consecret, 
qualiter  somnia  quas  velis  et  quibus  velis  mit- 
tantur,  pudet  referre.  »  Voir  encore  Aulu- 
GeWe, Nuits  attiques,  X,  12. 

70.  Cf.  Pline,  1.  XXXVII,  ch.  x  :  «  Eumetris 
in  Bactris  nascitur,  silici  similis  et  capiti  sup- 

LE   TIERS    LIVRE. 


posita,  visa  nocturna  oraculi  modo  reddit.  » 
Mentionné  par  J.-C.  Scaliger  dans  son  com- 
mentaire cité  plus  haut.  (P.) 

71.  Cornu  Ammonis  vel  Hammonis,  ammo- 
nites ;  ammoniiis  lapis  (Cardan)  ;  ceratoïdes 
(Mercati)  ;  ophioides  (Aldrovande)  ;  ammo- 
nites, coquilles  fossiles  de  mollusques  céphalo- 
podes répandus  depuis  le  Trias  jusque  dans  le 
Crétacé.  Les  ammonites  sont  souvent  pyriti- 
sées,  surtout  dans  le  lias,  d'où  le  nom  de 
chrysolites  que  leur  donnent  quelques  vieux 
auteurs.  On  lit  d'ailleurs  dans  Pline  :  «  La 
corne  d'Ammon  est  une  des  gemmes  que 
l'Ethiopie  vénère  le  plus  ;  sa  couleur  est  celle 
de  l'or,  sa  figure  retrace  une  corne  de  bélier  ; 
elle  donne,  dit-on,  des  rêves  divins  et  prophé- 
tiques. »  H.  N.,  XXXVII,  60.  —  Elle  provient 
de  la  Cyrénaïque,  dit  à  son  tour  Solin  :  «  Illic 
et  lapis  legitur,  Hammonis  vocant  cornum 
(sic)...  fulgore  aureo  est.  »  Poîyhistor,  28.  Elle 
est  mentionnée  par  J.-C.  Scaliger  avec  YEtimé- 
tride  comme  favorable  aux  songes.  (D.  P.) 

72.  Homère  dans  VOdyssèe^  ch.  xix,  v.  562 

15 


114 


LE  TIERS    LIVRE 


«  L'une  est  de  ivoyre,  par  laquelle  entrent  les  songes  confus,  fal- 
laces  et  incertains,  comme  à  travers  l'ivoire,  tant  soit  déliée  que  voul- 
drez,  possible  n'est  rien  veoir''  :  sa  densité  et  opacité   empesche  la 

130  pénétration  des  espritz  visifz  et  réception  des  espèces  visibles''^. 

«  L'aultre  est  de  corne,  par  laquelle  entrent  les  songes  certains, 
vrays  et  infallibles,  comme  à  travers  la  corne  par  sa  resplendeur  et 
diaphaneïté  apparoissent  toutes  espèces '^  certainement  et  distincte- 
ment^^ 

155  —  Vous  voulez  inférer  (dist  frère  Jan)  que  les  songes  des  coquz 
cornuz,  comme  sera  Panurge  Dieu  aydant  et  sa  femme,  sont  tousjours 
vrays  et  infallibles.  » 


Ligne  147.  E  :  d'Ivoire  —  l.  148.  A,  E  :  ivoyre  —  1.  151.  E  :  autre  —  1.  155.  A  : 
Vous  (dist  frère  Jan)  voule\  injerer  que  les  songes;  E  :  Vous  {dici  frerejan)  voulez  inférer 
que  les  coquu\. 


et  suiv.,  Virgile,  dans  V Enéide,  1.  VI,  v.  874 
et  suiv.  Toute  cette  interprétation  de  ces  deux 
passages  de  VOdyssée  et  de  {'Enéide  est  emprun- 
tée à  Macrobe,  Songe  de  Scipion,  I,  3.  (P.) 

73.  tt  Ebur...  cujus  corpus  ita  natura  den- 
satum  est,  ut  ad  quamvis  extremitatem  tenui- 
tatis  erasum,  nullo  visu  ad  ulteriora  tendente 
penetretur.  »  Macrobe,  op.  cit.  ibid.  (P.) 

74.  Cette  explication,  empruntée  à  Macrobe, 
est  fondée  sur  la  doctrine  qui  expliquait  la  vi- 


sion :  1°  par  un  rayonnement  des  esprits  ani- 
maiixhoxs  de  l'œil,  et  2°  par  l'action  des  «/>««, 
c'est-à-dire  des  images  immatérielles  des  corps 
sur  l'organe  visuel.  Cette  dernière  théorie  était 
admise  par  la  scolastique.  Cf.  Gilson,  Revue 
d'hist.  francise,  t.  II,  p.  84.  (P.) 

75.  Images  des  corps. 

76.  «  Cornu...  cujus  ista  natura  est,  ut 
tenuatum  visui  pervium  sit.  »  Macrobe,  op. 
cit.,  ibid.  (P). 


Le  songe  de  Panurge  et  interprétation  d'icelluy. 
Chapitre   XIIII. 


Sus  les  sept  heures  du  matin  subséquent,  Panurge  se  praesenta  davant 
Pantagruel,  estans  en  la  chambre  Epistemon,  frère  Jan  des  Entom- 
5   meures,   Ponocrates,   Eudemon,   Carpalim  et  aultres,  es  quelz,  à  la 
venue  de  Panurge,  dist  Pantagruel  : 
«  Voyez  cy  nostre  songeur. 

—  Geste  paroUe,  dist  Epistemon,  jadis  cousta  bon,  et  feut  chère- 
ment vendue  esenfans  de  Jacob  '.  » 
lo  Adoncques  dist  Panurge  ;  «  J'en  suys  bien  chés  Guillot  le  songeur  ^ 
J'ay  songé  tant  et  plus,  mais  je  n'y  entends  note.  Exceptez  que 
par  mes  songeries  j'avoys  une  femme  jeune,  gualante,  belle  en  perfec- 
tion, laquelle  me  traictoit  et  entretenoit  mignonnement,  comme  un 
petit  dorelot  '. 
15  «  Jamais  homme  ne  feut  plus  aise  ne  plus  joyeulx.  Elle  me  flattoit, 
me  chatouilloit,  me  tastonnoit,  me  testonnoit,  me  baisoit,  me  accol- 
loit,  et  par  esbattement  me  faisoit  deux  belles  petites  cornes  au  dessus 
du  front.  Je  luy  remonstroys  en  folliant  qu'elle  me  les  debvoit  mettre 


Ligne  i.  E  :  iceluy  —  1.  3.  E  :  devant  —  1.  5.  E  :  autres  —  1.  8.  E  :  fut  —  1.  10. 
E  :  Adoncque  —  E  :  suis  —  E  :  chei  —  1.  1 1 .  E  :  Excepte  —  1.  15.  'E:  fut  —  E  :  joyeux 
—  E  :  flatoit  —  1.  lé.  E  :  chat  touillait,  me  testonnoit,  me  tastounoit  —  1.  18.  E  :  qu  elles 

1.  C'est,  en  effet,  la  parole  des  frères  de  nairement,  d'après  Le  Roux  de  Lincy  (Pro- 
Joseph, au  moment  où  ils  décident  de  le  tuer  :  verhes  français,  t.  II,  p.  41),  un  chevalier  de 
Genèse,  xxxvii,  19  :  «  Et  mutuo  loqueban-  VAmadis  de  Gaule,  Don  Guilan  el  Cuidador. 
tur  :  Ecce  somniator  venil.  Venite,  occidamus  L'expression  :  être,  ou  aller  chez  Guillot  le  Son- 
eum.  »  geur,  semble  avoir  été  usuelle  dans  la  seconde 

Joseph,  devenu  intendant  du  Pharaon,  les  moitié  du  xvie  s.  Cf.  R.  XV I^  s.,  VI,  292. 
fera  jeter  en  prison.  (P.)  (P-) 

2.  Ce  personnage  légendaire  serait,    origi-  3.  Un  mignon.  Cf.  1.  I,  ch.  xxii,  n.  75. 


Il6  LE   TIERS    LIVRE 

au  dessoubz  des  œilz,  pour  mieulx  veoir  ce  que  j'en  vouldroys  ferir, 

20  affîn  que  Momus  ne  trouvast  en  elle  chose  aulcune  imperfaicte  et 

digne  de  correction,  comme  il  feist  en  la  position  des  cornes  bovines  ^.  La 

follastre  non  obstant  ma  remonstrance  me  les  fischoyt  encore  plus 

avant.  Et  en  ce  ne  me  faisoit  mal  quiconques,  qui  est  cas  admirable. 

(c  Peu  après  me  sembla  que  je  feuz  ne  sçay  comment  transformé  en 

25   tabourin,  et  elle  en  chouette. 

«  Là  feut  mon  sommeil  interrompu,  et  en  sursault  me  resveiglay, 
tout  fasché,  perplex  et  indigné. 

«  Voyez  là  une  belle  platelée  de  songes,  faictez  grand  chère  là  des- 
sus, et  l'exposez  comme  l'entendez.  Allons  desjeuner,  Carpalim. 

30  —  J'entends  (dist  Pantagruel),  si  j'ay  jugement  aulcun  en  l'art  de 
divination  par  songes,  que  vostre  femme  ne  vous  fera  realement  et  en 
apparence  extérieure  cornes  on  front,  comme  portent  les  satyres, 
mais  elle  ne  vous  tiendra  foy  ne  loyaulté  conjugalle,  ains  à  aultruy 
se  abandonnera,  et  vous  fera   coqu.   Cestuy   poinct  est  apertement 

55   exposé  par  Artemidorus  \  comme  le  diz. 

((  Aussi  ne  sera  de  vous  faicte  métamorphose  en  tabourin,  mais 
d'elle  vous  serez  battu  comme  tabour  ^  à  nopces;  ne  d'elle  en  chouette 
mais  elle  vous  desrobbera,  comme  est  le  naturel  de  la  chouette'. 
Et  voyez  vos  songes  conformes  es  sors  Virgilianes  :  vous  serez  coqu, 

40  vous  serez  battu,  vous  serez  desrobbé.  » 


Ligne  19.  A,  E  :  yeulx  —  1.  20.  E  :  aucune  —  1.  22.  E  :  fischoit  —  A,  E  :  encores  — 
1.  23.  E  :  quelconque  —  1.  26.  E  :  /m/  —  E  :  resveillay  —  l.  28.  E  :  faictes  —  1.  29.  E  : 
Allons  desjeuner  monsieur  maistre  Carpalim  —  1.  30.  E  :  J'entens  —  E  ;  aucun  —  1.  32.  A, 
E  :  au  front,  —  E  :  Satyrs  —  1.  53.  A  :  leaulté—E:  conjugale—  E  :  autruy—  l.  34. 
E  :  s'abandonnera  — E:  coquu  —  1.  35.  E  :  c^j  —  1.  36.  A  :  Aussy—l.  37.  E  :  ne  elle  — 
1 .  38.  E  :  desrohera—\.  39.  E:voi  —  E  :  Vergilianes  —  1.  40.  E  :  coquu  —  E.  :  desrohé 

4.  Cette  anecdote  nous  est  connue  par  Aris-  tius  in  armis  addiderit,  quo  vehementius  pos- 

tote,  De  part ih us  animalium,  III,  2,   7,  qui  la  sint  ferire.  »  (P.) 

donne  comme  d'origine  ésopique  et  par  Lu-  5.  Voir  ch.  xiii,  n.  11.  Le  passage  d'Arté- 

cien,   Nigrinus,    32.   R.  pouvait  la    lire  dans  midore   qui   est    visé  ici   par    Pantagruel    se 

Erasme,   Adages,  I,  5,    74,  Momo  satisfacere  :  trouve  au  1.  II,  ch.  12.  (P.) 

«  Aristoteles  meminit  hujus  qui  naturam  incu-  6.  Le  tambourin  était  un  accessoire  indis- 

sarit  quod  bobus  cornua  in  capite  ac  non  po-  pensable  des   réjouissances  nuptiales.   Cf.  du 


CHAPITRE   XIV  117 

Là  s'escria  frère  Jan,  et  dist  : 

K  II  dict  par  Dieu  vray,  tu  seras  coqu,  homme  de  bien,  je  t'en  asceure  : 
tu  auras  belles  cornes.  Hay,  hay,hay,  nostre  maistre  de  Cornihus  ^  Dieu 
teguard;  faiz  nous  deux  motz  de  praedication,  et  je  feray  la  queste 
45   parmy  la  paroece. 

—  Au  rebours  (dist  Panurge),  mon  songe  presagist  qu'en  mon 
mariage  j'auray  planté  de  tous  biens,  avecques  la  corne  d'abondance. 
«  Vous  dictez  que  seront  cornes  de  satyres.  Amen,  amen,  fiât,  fia- 
tiir,  ad  differentiam  papœ  ^  Ainsi  auroys  je  éternellement  le  virolet'°en 
50  poinct  et  infatiguable,  comme  l'ont  les  satyres.  Chose  que  tous 
désirent,  et  peu  de  gens  l'impetrent  des  cieulx.  Par  conséquent  coqu 
jamais,  car  faulte  de  ce  est  cause  sans  laquelle  non",  cause  unicque, 
de  faire  les  mariz  coquz. 

«  Qui  faict  les  coquins  mandier?  C'est  qu'ilz  n'ont  en  leurs  mai- 

55   sons  de  quoy  leur  sac  emplir.  Qui  faict   le   loup    sortir   du   bois  ? 

Default  de  carnage'^  Qui  faict  les  femmes  ribauldes?  Vous  m'enten- 

Ligne  42.  A  :  pardieu  ;  E  :  par  Bien  —  E  :  asseure  —  1.  44.  E  :  gard,  faicti  —  A, 
E  :  prédication  —  1.  45.  E  :  parroisse  —  1.  48.  E  :  dictes —  E  :  satyrs  —  1.  49.  A  : 
Ainsy  —  E  :  virollet  —  1.  50.  E  :  Choses  —  1.  51.  E  :  coquu  —  1.  53.  E  :  coquui 
—  1.  54.  E  ;  mendier  —  1.  34-55.  E  :  leur  niai<:on   —  1.   55.  A,  E  :  boys 

Fail,  t.  I,  p.   171  :  »  Tousjours  s'v  trouvoit  à       tus  fuit  De  Cornibus  (Th.  Be^œ  poeiriata,   Ge- 
propos  comme  tabourin  à  noces.  »  (C.)  nève,  1586,  p.  99).  (P.) 

7.  La  chouette  avait  au  xvp  s.  la  réputa-  9.  Après  avoir  dit  fiât,  terme  de  bonne  lati- 

^ion  qu'a  de  nos  jours  la  pie  voleuse.  Cf.  .Ma-        nité,  en  usage  dans  la  chancellerie   romaine, 
trot,  t.  I,  p.  199  :  Panurge  se  reprend  pour  se  servir  de  la  forme 

barbare  fiatur,  et    ajoute  :  «    à   la  différence 


Quel  qu'il  soit,  il  n'est  poinct  poète, 
Mais  Jil:(  aisnè  d'une  chouette, 
On  aussi  larron  pour  le  moins. 


du    pape   »    qui    ne  l'employait  pas   dans  ses 
bulles.  Cf.  Coccaie,  Macar.,  IV,  «  supplicat  ut 
prestura...  vindicta/a/ur.  »  (C.) 
Cette  réputation  remonte  à  l'antiquité.  Arné,  10.  Cf.  ch.  ix,  n.  1.  38. 

fille  de  l'île  de  Sithone.  ayant  trahi  sa  patrie  11.  Causa  sine  qua  non,  locution  de  scolas- 

pour  de  l'argent,  les  dieux  pour  la  punir  la       tique. 

changèrent    en    chouette    qui    consers'a,    di^  12.  Très    vieux   proverbe   qu'on    rencontre 

Ovide,   Métani.,  VII,    467,  la  même   passion       dès  le  xiii^  s.  sous  la  forme  :  «  La  faim  en- 
pour  l'argent.  (C.)  chace  le  loup  du  bois  »   (Leroux    de    Lincy, 

8.  Sur  ce  personnage,    voir  1.   II,  ch.    xv,       t.  I.,  p.  181).  Cf.  Villon,  Test.,  v.  167  : 
n.  30.  Théodore  de  Bèze  fit  son  épitaphe  sati-  Nécessité  faict  gtns  niesprcndre 

rique  :  Ceratino  Pseudonionacho,  qui  vulgo  die-  Et  faim  saillir  le  loup  du  bois.  (C.) 


Il8  LE  TIERS    LIVRE 

dez  assez.  J'en  demande''  à  messieurs  les  clers,  à  messieurs  les  praesi- 
dens,  conseilliers,  advocatz,  proculteurs''*  et  aultres  glossateurs  de  la 
vénérable  rubricque''  de  frigidis  et  maleficiaiis. 

éo  c(  Vous  (pardonnez  moy  si  je  mesprens)  me  semblez  evidentement 
errer,  interprétant  cornes  pour  cocuage. 

ce  Diane  les  porte  en  teste  à  forme  de  beau  croissant  :  est-elle  coque 
pourtant  ?  Comment  diable  seroyt  elle  coque,  qui  ne  feut  oncques 
mariée  ?  Parlez  de  grâce  correct,  craignant  qu'elle   vous  en  face  au 

65   patron  que  feist  à  Acteon. 

c(  Le  bon  Bacchus  porte  cornes  semblablement.  Pan,  Juppiter 
Ammonien,  tant  d'aultres.  Sont  ilz  coquz?  Juno  seroit  elle  putain  ? 
Car  il  s'ensuivroyt  par  la  figure  dicte  metalepsis'^  Comme  appellant 
un  enfant,  en  praesence  de  ses  père  et  mère,  champis'"  ou  avoistre'^ 

70  c'est  honnestement,  tacitement  dire  le  père  coqu  et  sa  femme  ribaulde. 
c(  Parlons  mieulx.  Les  cornes  que  me  faisoit  ma  femme  sont  cornes 
d'abondance  et  planté  de  tous  biens.  Je  le  vous  affie.  Au  demourant 
je  seray  joyeulx  comme  un  tabour  à  nopces,  tousjours  sonnant,  tous- 
jours  ronflant,    tousjours  bourdonnant   et   pétant.   Croyez  que  c'est 

75  l'heur  de  mon  bien.  Ma  femme  sera  coincte'^  et  jolie,  comme  une 
belle  petite  chouette'°.  Q,ni  ne  le  croid,  d'enfer  aille  au  gibbet.  Noël 
nouvelet^'. 


Ligne  57.  A,  E  :  clercs  —  1.  58.  E  :  glosaieurs  —  1.  61.  E  :  coquage —  1.  64.  E  :  seroit 

—  E  :fut  —  1.  66.  E  :  Jupiter  —  I.  67.  E  :  autres  —  E  :  coquui  —  1.  68.  E  :  ensuyvant 

—  1.  69.  A,  E:  présence  —  E  :  avoialtre  —  1.  70.  E  :  coquu  —  1.  72.  E  :  demeurant  — 
1.  73.  E  :  joyeux  —  1.  76.  A  :  croy  ;  E  :  croyt  —  E  :  Novel 

13.  J'en  appelle  à.  Cf.  prot.,  n.  5.  18.  Enfant  adultérin.  Archaïsme. 

14.  Cf.  1.  IV,  ch.  XII  :  «  procuîtous  et  19.  Agréable.  Ces  épithétes,  dont  R.  fait 
chiquanous  ».  A-peu-près,  pour  procureur,  honneur  à  la  chouette,  sont  appliquées  dans 
avec  équivoque  libre.                                                la  farce  de  l'Obstination   des  femmes  à   la  pie. 

15.  Rubrique  du  titre  15  du  1.  IV  des  Dècré-      Cf.  Fournier,  TJ].  fr.,  p.  128  : 
taies.  Cf.  ch.  xlii,  n.  ii.  tt        • 

16.  Transposition.  Terme  de  rhétorique.  „,,  .  /      ■  ,.      .U  ^ 
„  r                ,  rj       1       1           ,   ,  .       .                Elle  sera  comte  et  lolie.  (L.) 

17.  Entant  trouvé  [dans  les  champs],  bâtard. 

Mot   de  terroir,   encore  usité  en  Saintonge,  20.  Avant    d'être    considérée    comme    un 

Poitou,  Berry,  Limousin  et  Languedoc.  V.  Sai-       oiseau  de  mauvais  augure,  la  chouette    était 
néan,  t.  p.  II,  138.  appréciée   pour     son    plumage   et    sa    gentil- 


CHAPITRE   XIV 


119 


—  Je  note  (dist  Pantagruel)  le  poinct  dernier  que  avez  dict,  et  le 
confère  avecques  le  premier.  Au  commencement  vous  estiez  tout  con- 

80  fict  en  délices  de  vostre  songe.  En  fin  vous  esveiglastez  en  sursault 
fasché,  perplex  et  indigné.  (Voire,  dist  Panurge,  car  je  n'avoys  poinct 
dipné).  Tout  ira  en  désolation,  je  le  prevoy.  Sçaichez  pour  vray  que 
tout  sommeil  finissant  en  sursault,  et  laissant  la  persone  faschée  et 
indignée,  ou  mal  signifie,  ou  mal  prsesagist". 

85  a  Mal  signifie,  c'est  à  dire  maladie  cacoethe^',  maligne,  pestilente, 
oculte  et  latente  dedans  le  centre  du  corps,  laquelle  par  sommeil,  qui 
tousjours  renforce  la  vertus  concoctrice  (scelon  les  théorèmes  de 
medicine)  commenceroit  soy  declairer  et  mouvoir  vers  la  superficie. 
Au  quel  triste  mouvement  seroyt  le  repous  dissolu,  et  le  premier  sen- 

90  sitif'+  admonnesté  de  y  compatir  et  pourveoir.  Comme  en    proverbe 


Ligne  78.  E  ;  qu'avez  —  F  :  dicti  —  1.  80.  E  :  délice  —  E  :  eveillastes  —  1.  81.  E  : 
Voyre  —  1.  82.  E  -.point  disnè  —  A  :  Saichei;  E  :  Sachei  —  1.  83.  A,  E  :  personne 
—  \.  84.  E  :  presagist  —  1.  86.  A,  E  :  occulte  —  1.  87.  E  :  concotrice  —  E  :  selon  — 
1.  89.  E  :  serait  —  E  :  repos  —  1.  90.  A  :  admonesté  —  E  :  d'y 


lesse.    On   l'apprivoisait    comme   la  pie.  Cf. 
Marie  de  France,  Fable  48  (Littré)  : 

D'un  vilein  dist,  ki  nurrisseit 
Une  Kautae  que  mult  ameit. 

Une  trace  de  cette  ancienne  condition  de  la 
chouette  est  restée  dans  l'argot  et  le  langage 
populaire,  où  le  mot  chouette  a  le  sens  de  beau, 
d'agréable.  Cf.  Sainéan.  Les  Sources  de  l'Argot, 
t.  II,  p.  312.  (C.) 

21.  C'est  la  fin  d'un  couplet  du  noël  «  Noël 
nouvelet  ».  Cf.  R.  E.  R.,  IV,  188  : 

Et  si  me  dit  :  «  Frère  creis  tu  icy  ? 
Si  tu  y  croys  es  cieux  seras  ravy, 
Si  tu  n'y  croys  d'enfer  va  au  gibet. 
Noël  nouvelet. 

Ce  noël,  qui  paraît  remonter  à  la  fin  du 
xve  s.,  figure  dans  le  ms.  fr.  2368  de  la  B.  N., 
dans  la  Grande  Bible  des  Noels  (Tours,  s.  d., 
in-i6  goth.),  ItsNoel:^  nouvellement  faictiÇPâTis, 


s.  d.,  vers  1514,  in-i6,  goth.),   et  probable- 
ment dans  plusieurs  autres  recueils.  (C.) 

22.  Présage.  Latinisme,  dQprssagire,  même 
sens. 

23.  De  mauvaise  nature.  Terme  médical, 
du  grec  •/.a/.or;Or,;.  «  Pessimum  id  genus  est... 
quod  -/.cxôrfii:  a  grsecis  nominatur.  »  Celse,  De 
Med.,  V.  38.  (D.) 

24.  Les  anciens  croyaient  que  le  cerveau  et 
la  moelle  sont  insensibles,  doctrine  qui  n'a 
été  démentie  que  par  les  expériences  mo- 
dernes de  Fritsch  et  Hitzig  sur  l'excitation  di- 
recte des  deux  substances  cérébrales.  Dès  lors, 
c'est  dans  le  cœur  qu'Aristote  plaçait  le  siège 
des  sensations  et  de  l'entendement  :  «  C'est 
dans  le  cœur  que  se  trouve  le  principe  de 
l'âme  qui  sent.  »  (De  juv.  et  sen.,  c.  3.)  Et  cet 
organe  apparaît  le  premier  chez  l'embryon, 
parce  qu'il  est  le  principe  «  d'où  part  le  mou- 
vement, »  Degen.  an.,  II,  8.  (D). 


120  LE   TIERS    LIVRE 

l'on  dict  :  irriter  les  freslons^^  mouvoir  la  Camarine"^,  esveigler  le 
chat  qui  dort''^ 

«  Mal  praesagist,  c'est  à  dire,  quand  au  faict  de  l'ame  en  matière  de 
divination  somnialle,  nous  donne  entendre  que  quelque  malheur  y 
95  est  destiné  et  préparé,  lequel  de  brief  sortira  en  son  eflfect. 

ce  Exemple  on  songe  et  resveil  espovantable  de  Hecuba;  on  songe 

de  Eurydice  femme  de  Orpheus  ^^  lequel  parfaict,  les  dict  Ennius  s'estre 

esveiglées  en  sursault  et  espovantées.  Aussi  après  veid  Hecuba  son 

mary  Priam,  ses  enfans,  sa  patrie  occis  et  destruictz^^-  Eurydice  bien 

100  tost  après  mourut  misérablement. 

c(  En  iEneas'°  songeant  qu'il  parloit  à  Hector  defunct,  soubdain  en 

sursault  s'esveiglant  :  aussi  feut  celle  propre  nuict  Troye  sacagée  et 

bruslée.  Aultre  foys,  songeant  qu'il  veoyt  ses  dieux  familiers  et  Pénates 

et  en  espouvantement  s'esveiglant,  patit  au  subséquent  jour  horrible 

105  tormente  sus  mer. 

«  En  Turnus'',  lequel  estant  incité  par  vision  phantasticque  de  la 
furie  infernale  à  commencer  guerre  contre  iEneas,  s'esveigla  en  sur- 
sault tout  indigné  ;  puis  feut  après  longues  désolations  occis  par 
icelluy  ^Eneas.  Mille  aultres. 

Ligne  91.  E  :  esveiller  —  1.  93.  E  :  presagist  —  A,  E  :  quant  —  1.  96.  E  :  au  songe 
—  E  :  espoventable  —  E  :  Heccuba  —  E  :  au  songe  —  1.  97.  E  :  Euridice  —  1.  98.  E  : 
esveillées  —  E  :  espoventées  —  A  :  Aussy  —  E  :  vid  Heccuba  —  1.  99.  E  :  i^5  enfans,  sa 
parenté  occis  —  E  :  Euridice  —  1.  102.  E  :  esveillant  —  A  :  aussy  —  E  :  fut  —  A  :  nuyct 
Troie  —  A,  E  :  saccagée  —  1.  103.  E  :  Autresfois  —  E  :  voioid  —  1.  104.  A  :  espovante- 
tnant;  E  :  espoventement  —  E  :  esveillant  —  1.  105.  E  :  tourmente  —  1.  ioé-109.  A  :  En 
Turnus icelluy  Mneas  manque  —  1.  109.  E  :  autres. 

25.  Dicton  antique.  Cf.  Erasme,  Adages,  I,  Le  proverbe  se  trouve  dans  Oudin,  Curios. 
I,  60  :  Irritare  crabrones.                                         fr.,  et  dans  Ch.  d'Orléans,  Rêp.  à  Fredet  (Lit- 

26.  Dicton  antique.  Cf.  1.  II,  ch.    xxxiii,       ^''é)  ■  «  Sans  resveiller  le  chat  qui  dort.  »  (C.) 

.  1'  Aj        j>c  1         /■       Ht  28.  D'après  Cicéron,  De  Divinatione ,  I,  20 

n.  29  et  \  Adage  d  Erasme,  I,   i,  64  :  Movere  .^        ,  ,,         '  ,      ,,,^,     ,      ,  '    ' 

^         .  et  21,  qui  prend  lexemple  d  Hecube  dans  une 

tragédie  grecque  et  celui  d  burvdice  dans  les 

27.  Cf.   Ane.  poés.fr.,  t.  XIII,  p.  132,  La       Annales  âCEnnxvLS.  (P.). 

complainte  du  temps  passé  (vers  1  s  ^o)  :  29.  Emprunté    à    Virgile,    Enéide,    1.     II, 

V.  230-295  et  302. 
Un  chacun  son  prochain  aimoit  ^q    D'après  Virgile,  Enéide,  1.  III,  v.   147- 

Et  le  Bon  Droit  ne  dormoit  point,  175  et  192. 

Car  on  venoit  frapper  au  poinct,  31.  Autre  emprunta  Virgile,  Enéide,  1.  VII, 

Resveiller  le  chat  qui  dormait.  v.  458  et  siiiv. 


CHAPITRE    XIV  121 

iio  «  Quand  je  vous  compte  de  ^neas,  notez  que  Fabius  Pictor  dict 
rien  par  luy  n'avoir  esté  faict  ne  entreprins,  rien  ne  luy  estre  advenu, 
que  preallablement  il  n'eust  congneu  et  praeveu  par  divination  som- 
niale'*. 

«  Raison  ne  default  es  exemples.  Car  si  le  sommeil  et  repous  est 

115  don  et  bénéfice  spécial  des  dieux,  comme  maintiennent  les  philo- 
sophes et  atteste  le  poète  disant^^  : 

Lors  l'heure  estoit  que  sommeil,  don  des  cieulx, 
Vient  aux  humains  fatiguez,  gracieux, 

tel    don    en    fascherie   et   indignation    ne   peut   estre   terminé    sans 
120  grande  infelicité  prsetendue.  Aultrement  seroit  repous  non  repous,  don 
non  don,  non  des  dieux  amis  provenant,  mais  des  diables  ennemis, 
jouxte  le  mot  vulgaire  ^'^  :  kyBpîù^/  aBwoa  owpa. 

«  Comme  si  le  perefamiles,  estant  à  table  opulente,  en  bon  appé- 
tit, au  commencement  de  son  repas,  on  voyoid  en  sursault  espou- 
125  venté  soy  lever.  Qui  n'en  sçauroit  la  cause  s'en  pourroit  esbahir.  Mais 
quoy  ?  il  avoit  ouy  ses  serviteurs  crier  au  feu,  ses  servantes  crier  au 
larron,  ses  enfans  crier  au  meurtre.  Là  failloit,  le  repas  laissé,  accou- 
rir, pour  y  remédier  et  donner  ordre. 

«  Vrayement  je  me  recorde  que  les  Caballistes'^  et  Massorethz'^inter- 


Ligne  1 10.  E  :  que  manque  —  1.  112.  E  ■.préalablement  —  A,  E  :  preveu  —  1.  114. 
A,  E  :  Raison  me  default  —  E  :  repos  —  1.  1 1 5 .  A  :  poëte  —  1.  117.  E  :  deux  —  1.  118. 
E  '.fatigués,  gratieux  —  1.  1 19.  E  :  peult  —  1.  120.  A,  E  :  prétendue  —  E  :  Autrement 
—  E  :  repos  —  1.  121.  E  :  amys  provenant  —  E  :  ennemys  —  I.  123.  E  :  Ek  thron  adora 
dora  — 1.  123.  E  :  père  de  famille  —  1.  124-125.  A,  E  :  e<;poventé —  1.  129.  E  :  Massoreti 

52.  D'après  Cicéron,  De Divinatione,  I,  2r,  34.  Les  présents  des  ennemis   ne  sont  pas 

§43  :  ('  Hisque  adjungatur  etiam  ^Eneae  som-  des  présents,  vers  de  VAjax  de  Sophocle,  665, 

nium,   quod  in  Numerii  Fabii  Pictoris  gr^cis  passé  en  proverbe.    Voir  Erasme,   Adages,  I, 

annalibus  ejusmodiest  utomnia  quse  ab  ^Enea  3,35:  Hostium  fnunera  non  munera.  (P.) 
gesta  sunt  quïeque  illi  acciderunt,  ea  fuerint  35.  Docteurs   juifs  habiles  dans  l'interpré- 

quas  ei  secundum  quietem  visa  sunt.  »  (P.)  tation    des    livres  saints.   Cf.    1.  I,    ch.    viii, 

33.  Cf.  Enéide,  1.  II,  v.  268  :  n.  108. 
Tempus  erat  que  prima  quies  mortalibus  36.  D'après  la  Briefve  déclaration  :  ((  Inter- 

[îegris  prêtes  et  glossateurs  entre  les  Hebrieux  ».  Cf. 

Incipit,   et  dono  divum  gratissima  serpit.  1.  I,  ch.  11,  n.  36. 

LE   TIERS    LIVRE.  l6 


I 


122  LE  TIERS  LIVRE 

130  prêtes  des  sacres  letres,  exposans  en  quoy  l'on  pourroit  par  discrétion 
congnoistre  la  vérité  des  apparitions  angelicques  (car  souvent  l'ange 
de  Sathan  se  transfigure  en  ange  de  lumière")  disent  la  différence 
de  ces  deux  estre  en  ce  que  l'ange  bening  et  consolateur,  apparois- 
sant  à  l'homme,  l'espovante  au  commencement,  le  console  en  la  fin, 

135  le  rend  content  et  satisfaict;  l'ange  maling  et  séducteur  au  commen- 
cement resjouist  l'homme,  en  fin  le  laisse  perturbé,  fasché  etperplex'^ 

Ligne  130.  E  :  sacrées  —  1.  131.  E  :  cognoistre  —  1.  154.  E  :  espouvente 

37.  Cf.  Saint  Paul,  I,  Ep.  aux  Corinthiens,  Au  commencer  donne  semblance  d'ayse 
XI,  14  :  «  Et  non  mirum,  ipse  enim  Satanas  Et,  au  partir,  tristes  et  désolez 
transfigurât  se  in  angelum  lucis.  »  Rend  ceulx  qu'avoit  à  l'entrée  consolez  : 

38.  Cette  pensée,  empruntée  sans  doute  à  Mais  au  contraire,  et  tout  àl'opposite, 

un  docteur  de  l'Église,   a  été  développée  en  Faict  le  bon  ange  envers  ceulx  que  visite  ; 

vers  par   Guil.    Crétin,    Apparition    du  mare-  Car  au  venir  il  leur  donne  terreur, 

chai  sans  reproche,  éd.    Consteller,  p.  114  :  Et  au  départ  les  jecte  hors  d'erreur... 

. .  .Vision  venant  de  part  maulvaise  (C  ) 


Excuse  de  Panurge,  et  exposition  de  caballe 
monasiicque  en  matière  de  beuf  salle. 

Chapitre  XV, 

—  Dieu  (dist  Panurge)  guard  de  mal  qui  void  bien  et  n'oyt  goutte. 

5  Je  vousvoy  tresbien,  mais  je  ne  vous  oy  poinct.  Et  ne  sçay  que  dictez. 
Le  ventre  affamé  n'a  poinct  d'aureilles  '.Je  brame,  par  Dieu,  de  mal  rage 
de  faim!  J'ay  faict  courvée  trop  extraordinaire.  Il  fera  plus  que  maistre 
Mousche  %  qui  de  cestuy  an  me  fera  estre  de  songeailles. 

«  Ne  souper  poinct,  de  par  le  diable?  Cancre'  !  Allons,  frère  Jan, 

10  desjeuner.  Quand  j'ay  bien  à  poinct  desjeuné,  et  mon  stomach  est  bien 
à  poinct  affené  *  et  agrené  ',  encores  pour  un  besoing  et  en  cas  de  néces- 
sité me  passeroys  je  de  dipner.  Mais  ne  soupper  point?  Cancre!  C'est 
erreur  !  C'est  scandale  en  nature. 

«  Nature  a  faict  le  jour  pour  soy  exercer,  pour  travailler,  et  vacquer 

15  chascun  en  sa  neguociation  ;  et  pour  ce  plus  aptement  faire,  elle 
nous  fournist  de  chandelle,  c'est  la  claire  et  joyeuse  lumière  du  soleil. 
Au  soir  elle  commence  nous  la  toUir,  et  nous  dict  tacitement  :  «  En- 
fans,  vous  estez  gens  de  bien.  C'est  assez  travaillé.  La  nuyct  vient  : 
il  convient  cesser  du  labeur  et  soy  restaurer  par  bon  pain,   bon  vin, 

20  bonnes  viandes  ;  puys  soy  quelque  peu  esbaudir,  coucher  et  reposer, 
pour  au  lendemain  estre  frays  et  alaigres  au  labeur  comme  davant.  » 

Ligne  2.  E  :  bœuf  —  1.  4.  E  :  gard  —  A  :  veoyd;  E  :  veoid  —  1.  5.  E  :  point  —  E  : 
dictes  —  1.  6.  E  :  point  —  E  :  par  Bieu  —  A,  E  :  maie  raige  —  1.  7.  E  :  corvée —  1.  9. 
E  :  soupper  point  — 1.  10-21.  A,  E  :  Quand  j'ay  bien comme  davant  manque 

1.  Dicton  antique.  Voir  Érasme,  yi(ia^«,  II,  chancre  si...»  Cf.  Estienne,  Apologie  «  Te 
8,  84  :  Venter  auribus  caret.  vienne  le  chancre.  »  (Lacurne).  (C.) 

2.  Type  populaire  du  joueur  de  gobelets  ou  4.  Repu  de  foin  (encore  usité  en  Poitou  et 
de  l'escamoteur.  Voir  1.  II,  ch.  xvi,  n.  83.  Berry).  VoirSainéan,  t.  II,  p.  249  et  252. 

3.  Exclamation  elliptique  ;«   Me  vienne  le  5.  Repu  de  grain.  Voir  Sainéant,  .II,p.  250. 


124  LE  TIERS    LIVRE 

a  Ainsi  font  les  faulconniers.  Quand  ilz  ont  peu  *  leurs  oiseaulx, 
ilz  ne  les  font  voler  sus  leurs  guorges  '  :  ilz  les  laissent  enduire  ^  sus  la 
perche.  Ce  que  tresbien  entendit  le  bon  pape  premier  instituteur  des 

25   jeusnes  '. 

«  Il  ordonna  qu'on  jeusnast  jusques  à  l'heure  de  nones'°,  le  reste 
du  jour  feut  mis  en  liberté  de  repaistre.  On  temps  jadis  peu  de  gens 
dipnoient",  comme  vous  diriez  les  moines  et  chanoines  :  aussi  bien 
n'ont    ilz    aultre    occupation  ;    tous    les    jours    leur  sont    festes,   et 

30  observent  diligemment  un  proverbe  claustral,  de  missa  ad  mensam^"-, 
et  ne  differeroient  seulement,  attendans  la  venue  de  l'abbé''  pour  soy 
enfourner  à  table  :  là,  en  baufrant,  attendent  les  moines  l'abbé  tant 
qu'il  vouldra,  non  aultrement  ne  en  aultre  condition  ;  mais  tout  le 
monde  souppoit,  exceptez  quelques  resveurs  songears,  dont  est  dicte 

35   la  cène  comme  cœne,  c'est  à  dire  à  tous  commune ''^. 

«  Tu  le  sçaiz  bien,  frère  Jan.  Allons  mon  amy,  de  par  tous  les  diables, 
allons!  Mon  stomach  abboye'^  de  maie  faim  comme  un  chien.  Jectons 


Lignes  22-39.  A,  E  -.ainsi  font  les  faulconniers envers  Cerberus  manque. 

6.  Repu.  Part,  passé  de  paître.  geoit  pour  refréner  les  haboys  de  l'estomach, 

7.  Expression  de  fauconnerie  :  se  dit  d'un  mais  le  soupperestoit  copieux.  «  (C.) 

oiseau  qui  prend  son  vol  immédiatement  après  12.  Le  dîner  avait  lieu  à  midi,  à  l'issue  de  la 

s'être    repu,  avant    que    les    gorges  (pâtures)  messe.  De  là  plusieurs  dictons  du  xv^  siècle  : 

soient  digérées  (D.).  Courte  messe  et  long  dîner 

8.  Digérer  (de  inducere)  sur  leur  perchoir.  C'est  la  joie  au  chevalier. 
Pour  ces  termes  de  fauconnerie,  cf.  R.  E.  R., 

X,  p.  369.  Court  sermon  et  long  disner. 

9.  Cf.    Polydore    Virgile,    De  inventoribiis  Cf.  Le  Roux  de  Lincy,  t.  II,  p.  195.  (C.) 
reruni,Yl,  3.  13.  Cf.  Les  illustres  proverbes,  Paris,  1665, 

10.  Environ  3  heures  de  l'après-midi  (la  t.  II,  p.  51  (Le  Roux  de  Lincy)  :  «  Attendre 
neuvième  heureaprès  le  lever  du  soleil, à  l'équi-  quelqu'un cow«/c  lesmoines  attendent  Fabbé,  c'est- 
noxe.)  à-dire  en  disnant,  car  l'heure  du  repas  est  si 

11.  Dans  l'antiquité.  Cf.  Condillac,  Hist.  réglée  dans  les  monastères  que  quand  l'heure 
Ane,  XI,  3  (Litlré)  :  «  Le  souper  était  propre-  est  sonnée,  on  se  met  à  table,  sans  attendre 
ment  le  seul  repas  des  Romains;  le  matin,  sur  non  pas  même  le  supérieur.  »  (C.) 

le  midi,  ils  ne  mangeaient  qu'un  morceau.  »  14.  D'après Plutarque.,ProW.5_yw/)05., VIII,  6, 

Au  1. 1,ch.  XXIII,  R.  donne  à  Gargantua  un  pré-  15.  Cf.  1.  I,  ch.  xxiii,  1.  201  :  «  les  haboys 

cepte  conforme  :  k  Notez  icy  que  son  disner  de    l'estomach  »    et   la    citation    d'Horace  : 

estoit  sobre  et  frugal,  car  tant  seulement  man-  «  Cum  sale  panis  latrantetn  stowachum  leniet.  » 


CHAPITRE    XV  125 

luy  force  souppes'^  en  gueule  pour  l'appaiser,  à  l'exemple  de  la  Sibylle 
envers    Cerberus'^  Tu    aymes    les    souppes   de    prime'^:    plus   me 

40  plaisent  les  souppes  de  lévrier '',  associées  de  quelque  pièce  de  labou- 
reur salle  à  neuf  leçons. 

—  Je  te  entends  (respondit  frère  Jan).  Geste  métaphore  est  extraicte 
de  la  marmite  claustrale.  Le  laboureur,  c'est  le  beuf  qui  laboure  ou  a 
labouré;  à  neuf  leçons,  c'est  à  dire  cuyct  à  perfection. 

45  «  Car  les  bons  pères  de  religion,  par  certaine  caballisticque  insti- 
tution des  anciens  non  escripte,  mais  baillée  de  main  en  main,  soy 
levans,  de  mon  temps,  pour  matines,  faisoient  certains  prasambules 
notables  avant  entrer  en  l'eclise.  Fiantoient  aux  fîantouoirs,  pissoient 
aux  pissouoirs,  crachoient  aux  crachouoirs,toussoient  aux  toussouoirs 

50  mélodieusement,  resvoient  aux  resvoirs,  affin  de  rien  immonde  ne 
porter  au  service  divin.  Ces  choses  faictes,  dévotement  se  transpor- 
toient  en  la  saincte  chappelle  (ainsi  estoit  en  leurs  rebus^°  nommée 
la  cuisine  claustrale)  et  dévotement  sollicitoient  que  dès  lors  feust  au 
feu  le  beuf  mis  pour  le  desjeuner  des  religieux  frères  de  Nostre  Sei- 

55    gneur.  Eulx  mesmes  souvent  allumoient  le  feu  soubs  la  marmite. 

«  Or  est  que,  matines  ayant  neuf  leçons,  plus  matin  se  levoient 

Ligne  39.  A  :  aymei  —  1.  40.  A,  E  :  laurier  —  A  :  associée^  —  1.  41.  A  :  léchons  — 
1.  42.  E  :  f entends  —  1.  43.  E  :  ha  —  1-44.  A  :  lecions  —  E  :  cuid  —  1.  45.  E  : 
Cabalistique  —  1.  47.  E  :  faisoyent  —  E  :  préambules  —  l.  48.  E  :  Eglise.  Fiantoyent 
aux  fiantoir,  pissoyent  —  1-49.  A  :  au  pissouoir,  crachoient  au  crachouoir,  toussaient  au 
ioussouoir  ;  E  :  au  pissooir  et  crachoyent  au  crachoir,  tossoyent  au  tossoir  —  1.  50.  E  : 
resvoyent  —  A:  au  resvouoir  ;  E:  au  resvoir  —  E  :  immunde  —  I.  51-52.  E  :  transpor- 
toyent  —  A,  E  :  chapelle  —  A  :  ainsy  —  1.  53.  E  :  cuysine  —  E  :  sollicitoyent  —  E  : 
fust  —  1.  54.  A  :  religieulx  —  1.  55.  E  :  allumoyent  —  E  :  soubi  —  1.  56,  A,  E  :  ayans 
—  A  :  lecions  —  E  :  levoyent 

16.  Ici  au  sens  de  tranche  de  pain.  Cf.  1.  I,  en  donnait  selon  Le  Duchat  aux  lévriers, 
ch. XI,  n.  55.  mais  plutôt  une  pièce  du  gibier  que  chasse  le 

17.  Réminiscence  de  V Enéide.,  VI,  v.  417-  lévrier,  c'est-à-dire  un  beau  lièvre.  Au  1.  IV, 
423.  ch.  Lix,  on   trouve  l'expression  :  «  soupes  de 

18.  Tranches   de  pain    trempées    dans    du  lévrier  »  (C.) 

bouillon,  que  l'on  mangeait  dans  les  couvents  à  20.  Le  mot  était  nouveau  à  l'époque  de  R. 

l'heure  àç.  privie.  Cf.  1.  I,  ch.  xxi,  n.  21.  (C).  Il    désignait  primitivement  des  devises  faites 

19.  Il  faut  sans  doute  entendre,  non  pas  une  d'images,  puis,  d'une  façon  générale,  tout  lan- 
soupe  légère  et  presque  sans  pain,  comme  on  gage  figuré.  Voir   Sainéan,  t.  II,  p.  407-410. 


126  LE   TIERS    LIVRE 

par  raison,  plus  aussi  multiplioient  en  appétit  et  altération  aux 
abboys  du  parchemin'",  que  matines  estantes  ourlées  d'une  ou  trois 
leçons  seulement.  Plus  matin  se  levans,  par  la  dicte  caballe,  plus  tost 

éo  estoit  le  beuf  au  feu;  plus  y  estant,  plus  cuict  restoit  ;  plus  cuict 
restant,  plus  tendre  estoit,  moins  usoit  les  dens,  plus  delectoit  le 
palat,  moins  grevoit  le  stomach,  plus  nourrissoit  les  bons  religieux. 
Q.ui  est  la  fin  unicque  et  intention  première  des  fondateurs  :  en  con- 
templation de  ce  qu'ilz  ne  mangent  mie  pour  vivre,   ilz  vivent  pour 

65   manger,  et  ne  ont  que  leur  vie  en  ce  monde.  Allons,  Panurge. 

—  A  ceste  heure  (dist  Panurge)  te  ay  je  entendu,  couillon  velouté", 
couillon  claustral  et  cabalicque.  Il  me  y  va  du  propre  cabaP'.  Le 
sort'\  l'usure  et  les  interestzjepardonne''\  Je  mécontente  des  despens, 
puys  que  tant  disertement  nous  as  faict  répétition  sus  le  chapitre  sin- 

70  gulier  de  la  caballe^^  culinaire  et  monasticque.  Allons,  Carpalim.  Frère 
Jan,  mon  baudrier*^  allons.  Bon  jour,  tous  mes  bons  seigneurs.  J'avoys 
assez  songé  pour  boyre.  Allons  !  » 

Panurge  n'avoit  ce  mot  achevé,  quand  Epistemon  à  haulte  voix 
s'escria,  disant  : 

75  «  Chose  bien  commune  et  vulguaire  entre  les  humains  est  le 
malheur  d  aultruy  entendre,  praevoir,  congnoistre  et  prédire.  Mais  ô 


Ligne  57.  A  :  aussy  —  E  :  midtiplioyeut  —  1.  58.  A,  E  :  aboys  —  A,  E  :  estatis  — 
E  :  troys  —  1.  59.  A  :  léchons  —  1.  60.  E  :  plus  y  estant,  estant  plus  cuict  —  1.  éi.  E  : 
dents  —  1.  62.  E  :  palais  —  E  :  Vestomach  —  A  :  religieulx  —  1.  65.  A,  E  :  n'ont  — 
1.  66.  E  :  t'ay  entendu  —  1.  67.  A,  E  :  Caballicque  —  E  :  m'y  — 1.  69.  E  :  puis  —  1.  71. 
E  :  Jean  —  E  :  bauldrier  —  1.  7S-  A,  E  :  vulgaire  —  1.  76.  E  :  autruy  —  E  -.prévoir  — 
E  :  prédire 

21.  Aboyer  h  parchemin  est  une  expression  trui,  à  charge  d'un  partage  dans  les  bénéfices 
qui  se  rencontre  dans  Calvin  et  qui  s'applique       (Cotgrave.)  (C.) 

aux  chants    d'église,    les  missels,  psautiers  et  24.  Le  sort  principal,  le  capital.  Cf.  ch.  v, 

autres  livres  de  ce  genre  étant  en  parchemin.  n.  19. 

(P.)  25.  Je  fais  remise. 

22.  En  velours.  Au  xvie  s.,  le  verbe  velou-  26.  Doctrine  mystérieuse.  Voir  1.  II,  prol. 
ter    signifie    tisser    du    velours.   L'expression  n.  12. 

figurée  est  analogue  àsottbelin.  (C.)  27. Ami  de  cœur,  compagnon  aussi  insépa- 

23.  Capital.  On  désignait  par  cabaî  les  de-  rable  que  la  ceinture  où  je  tiens  mon  argent, 
niers,  ou  les  marchandises,  qu'on  prenait  d'au-  (C.) 


CHAPITRE   XV  127 

que  chose  rare  est  son  malheur  propre  prédire,  congnoistre,  przevoir 
et  entendre!  Et  que  prudentement  le  figura  ^Esope  en  ses  Jpologes''^, 
disant  chascun  homme  en  ce  monde  naissant  une  bezace  au  coul 
80  porter,  on  sachet  de  laquelle  davant  pendent  sont  les  faultes  et 
malheurs  d'aultruy  tousjours  exposées  à  nostre  veue  et  congnois- 
sance,  on  sachet  darriere  pendent  sont  les  faultes  et  malheurs 
propres;  et  jamais  ne  sont  veues  ne  entendues,  fors  de  ceulx  qui  des 
cieulx  ont  le  bénévole  aspect^^  » 


Ligne  77.  E  :  prédire  —  E  :  prévoir  —  1.  79.  E  :  col  —  1.  80.  E  :  au  —  E  :  pen- 
dant —  I.  81.  E  :  autruy .  —  1.  82.  E  :  au  —  E  :  pendant. 

28.  Cet  apologue  d'Esope  était  populaire  au  29.  Pour  qui  les  cieux,  c'est-à-dire  les  astres, 

xvie  s.  Cf.  Erasme,  Ad.,  1,6,90:  Non  videmus       sont  en  position  bénévole,  favorable.  Cf.  1.  I, 
manticx  qiiod  in    tergo  est.  R.  E.  R.,  VI,  231.       ch.  xxili,  n.  190. 


Comment   Pantagruel  conseille  à  Panurge  de  conférer 
avecques  une  sibylle  de  Panzpust. 

Chapitre    XVI. 

Peu  de  temps  après  Pantagruel  manda  quérir  Panurge  et  luy  dist  : 
5  ce  L'amour  que  je  vous  porte  invétéré  par  succession  de  longs  temps' 
me  sollicite  de  penser  à  vostre  bien  et  profict.  Entendez  ma  concep- 
tion :  on  m'a  dict  que  à  Panzoust  ^  près  le  Crou'ay  ^  est  une  sibylle 
tresinsigne,  laquelle  praedict  toutes  choses  futures  ;  prenez  Epistemon 
de  compaignie,  et  vous  transportez  devers  elle  et  oyez  ce  que  vous 
10  dira. 

—  C'est  (dist  Epistemon)  par  adventure  une  Canidie,  une  Sagane"*, 

une  phitonisse  et  sorcière.  Ce  que  me  le  faict  penser  est  que  celluy 

lieu  est  en  ce  nom  diffamé,  qu'il  abonde  en  sorcières  plus  que  ne  feist 

oncques  Thessalie  K  Je  ne  iray  pas  voluntiers.  La  chose  est  illicite  et 

15  défendue  en  la  loy  de  Moses  ^. 


Ligne  7.  E  :  qu'à  —  E  :  Crolay  —  I.  8.  E  :  prédit  —  I.  9.  A,  E  :  par  devers  —  1.  12. 
E  :  celiiy  —  1.  13.  A,  E  :  ahiinde  —  E  :  sorccries  —  1.  14.  E  :  )nray  —  1.  lé.  E  :  sommes 

I.  Cette  «  succession  de  longs  temps  »,  si  2.  Com.,  cant.  Ile-Bouchard,  arrond.   Chi- 

l'on  s'en  tient  aux  données  du  roman,  semble  non  (Indre-et-Loire).  (C.) 

se  réduire  à  deux  ou  trois  ans.  Tous  les  événe-  3.  Hameau,  com.  de  Panzoult,  où  se  trou- 

ments  qui  se  passent  à  Paris,  entre  la   ren-  vait  un  couvent  de  Cordeliers.  (C.) 

contre  de  la  porte  Saint-Antoine  et  l'embar-  4.  Canidie  et   Sagane    sont    des    sorcières 

quementà  Honfleur,  peuvent  tenir  en  quelques  qu'Horace  montre  se  livrant  à  leurs  pratiques 

mois.  (La  lettre  de  Gargantua  est  du  17  mars  et  magiques,  dans  l'Epode  V,  et  dont  il  parle  dans 

l'aventure  de  la  dame  parisienne  du  jour  de  la  plusieurs  de  ses  satires.  (P.) 

Fête-Dieu).  La  navigation  et  la  conquête  de  la  5.  La  Thessalie  était,  chez  les  Anciens,  le 

Dipsodie  représentent  un  an  ou  deux  au  plus.  pays  des  sorcières.  Erasme  explique  dans  un 

Quant   au    gouvernement    de  Panurge   nous  de  ses  Adages,  l,  3,    12,  l'expression  Thessala 

savons  qu'il   dura  quatorze  jours.   Nous  voici  mulier,  qui  consacrait  la  réputation  fâcheuse 

loin  de  la  «  succession  de  longs  temps  ».  de  cette  contrée.  (P.) 

(C.)  6.  Le  Deutéronoine  défend,  en  effet    (xviii. 


CHAPITRE    XVI 


129 


—  Nous  (dist  Pantagruel)  ne  sommez  mie  juifz,  et  n'est  chose 
confessée  ne  avérée  que  elle  soit  sorcière  \  Remettons  à  vostre  retour 
le  grabeau  ^  et  belutement  ^  de  ces  matières. 

«  Que  sçavons  nous  si  c'est  une  unzieme   sibylle '°,  une   seconde 

20  Cassandre"?  Et  ores  que  sibylle  ne  feust  et  de  sibylle  ne  meritast  le 
nom,  quel  interest"'  encourrez  vous,  avecques  elle  confèrent  de  vostre 
perplexité  ?  Entendu  mesmement  qu'elle  est  en  existimation  de  plus 
sçavoir,  plus  entendre  que  ne  porte  l'usance  ne  du  pays  ne  du  sexe. 
Que   nuist  sçavoir  tousjours  et  tousjours  apprendre,  feust  ce   d'un 

25   sot,  d'un  pot,  d'une  guedoufle'',  d'une  moufle,  d'une  pantoufle  ? 

c(  Vous  soubvieigne  que  Alexandre  le  grand,  ayant  obtenu  victoire 
du  roy  Darie  en  Arbelles,  prassens  ses  satrapes  quelque  foys  refusa 
audience  à  un  compaignon'"^,  puys  en  vain  mille  et  mille  foys  s'en 
repentit.  Il  estoit  en  Perse  victorieux,  mais  tant  esloigné  de  Macedo- 

30  nie,  son  royaulme  hsereditaire,  que  grandement  se  contristoit  par  non 


Ligne  17.  E  :  fi  avérée  —  A,  E  :  qu'elle  —  I.  19.  A,  E  :  unijesme  —  I.  20.  E  :  fust 
—  1.  21.  E  :  encourei  —  E  :  avec  —  E  :  conférant  —  l.  22.  E  ;  que  elle  est  —  E  :  estima- 
tion —  1.  23.  E  :  l'usance  du  pays  —  1.  24.  E  :  nuict  —  A  :  aprendre  —  E  :  fust  — 
1.  26.  E  :  soubvienne  —  A  ;  obtins  —  1.  27.  E  :  Arbeles,  presens  —  E  :  quelques —  1.  28. 
E  :  puis —  K,'E  :  se  —  I.  29.  A  :  victorieulx  —  1.  29-30.  —  E  :  Macédoine  —  1.  30.  A  : 
héréditaire  —  E  :  pour  non 

10)  d'interroger  les  devins  :    «  nec   invenia-  sique,  la  Libyenne,  la  Delphique,  la  Cimmé- 

tur...  qui   ariolos  sciscitetur...  nec  incantator,  rienne,    l'Erythréenne,  la  Samienne,   la    Cu- 

n^c  qui  pythones  con'iuXa.x ..  .1)  (y .')  mane,  l'Hellespontine,  la  Phrygienne,  la  Ti- 

7.  Dans  ces  consultations,  où  R.  s'efforcera  burtine.  Le  moyen  âge  chrétien  n'en  connais- 
toujours  de  rester  en  dehors  des  sciences  oc-  sait  qu'une,  la  Sibylle  Erythrée,  la  terrible  pro- 
cultes etmême  de  les  combattre,  il  n'est  pas  éton-  phétesse  du  Dies  irx.  Au  xv^  et  au  xvi^  s., 
nant  qu'il  fasse  une  distinction  entre  une  sorcière  non  seulement  on  représentait  les  dix  sibylles 
etune  sibylle.  On  brûlait  les  sorcières,  mais  les  de  Varron,  mais  on  leur  adjoignait  deux  nou- 
sibylles  avaient  leur  image  sur  les  porches  velles  venues  pour  faire  pendant  aux  douze 
des  cathédrales,  les  verrières,  les  stalles  sculp-  prophètes.  (C) 

tées,  les  livres  d'heures.  Cf.  Mâle,  Lart  reli-  11.  La  prophétesse  qui  prédit  la  chute  de 

gieux  de  la  fin  du  moyen  âge,  p.  267  et  suiv.  (C.)       Troie.   Cf.   Virgile,   Enéide,  1.  II,  v,  246.  (P.) 

8.  Criblage,  et  au  figuré  :  examen  minu-  12.  Dommage. 

tieux.  Cf.  1.  I,  ch.  xx,  n.  39.  13.  Fiole.  Cf.  1.  II,  ch.  xvi,  n.  67. 

9.  Blutage.  14.  Cette  anecdote   est  rapportée  par  Lu- 

10.  Varron  distingue  dix  sibylles  :  la  Fer-       cien,  'Pirixdpwv  8i5âoxaXo;,  5. 

LE   TIERS   LIVRE.  17 


130  LE   TIERS    LIVRE 

povoir  moyen  aulcun  inventer  d'en  sçavoir  nouvelles,  tant  à  cause 
de  l'énorme  distance  des  lieux  que  de  l'interposition  des  grands 
fleuves,  empeschement  des  desers  et  objection  des  montaignes.  En 
cestuy  estrif''  et  soigneux  pensement,  qui  n'estoit  petit  (car  on  eust 

35  peu  son  pays  et  royaulme  occuper  et  là  installer  roy  nouveau  et 
nouvelle  colonie  long  temps  davant  que  il  en  eust  advertissement 
pour  y  obvier),  davant  luy  se  praesenta  un  homme  de  Sidoine,  mar- 
chant périt '^  et  de  bon  sens,  mais  au  reste  assez  pauvre  et  de  peu 
d'apparence,    luy   denonceant  et   aff"ermant  avoir  chemin   et  moyen 

40  inventé,  par  lequel  son  pays  pourroit  de  ses  victoires  Indianes,  luy 
de  Testât  de  Macedonie  et  vEgypte,  estre  en  moins  de  cinq  jours  asça- 
vanté  '^  Il  estima  la  promesse  tant  abhorrente  et  impossible,  qu'oncques 
l'aureille  prester  ne  luy  voulut,  ne  donner  audience. 

«  Que  luy  eust  cousté  ouyr  et  entendre   ce   que  l'homme  avoit 

45  inventé?  Qiielle  nuisance,  quel  dommaige  eust  il  encouru  pour  sça- 
voir quel  estoit  le  moyen,  quel  estoit  le  chemin  que  l'homme  luy 
vouloit  demonstrer? 

«  Nature  me  semble  non  sans  cause  nous  avoir  formé  aureilles 
ouvertes,  n'y  appousant  porte  ne  clousture  aulcune,  comme  a  faict 

50  es  œilz,  langue  et  aultres  issues  du  corps.  La  cause  je  cuide  estre 
affin  que  tousjours,  toutes  nuyctz,  continuellement  puissions  ouyr 
et  par  ouye  perpétuellement  aprendre  :  car  c'est  le  sens  sus  tous 
aultres  plus  apte  es  disciplines.  Et  peut  estre  que  celluy  homme  estoit 
ange,  c'est  à  dire  messagier  de  Dieu   envoyé,  comme  feut  Raphaël  à 

55  Thobie'^  Trop  soubdain  le  contemna,  trop  long  temps  après  s'en 
repentit. 

Ligne  3] .  E  :  aucun  —  1.  36.  E  :  devant  —  A  :  quil  —  1.  37.  E  devant  —  E  :  pré- 
senta —  I.  38.  E,  F  :  petit  —  E  :  paovre  —  1.  39.  E  :  dénonçant —  1.  40.  E  ;  de  manque 
—  1.  41.  E  :  Macédoine  —  1.  41-42.  E  :  assavanté —  1.  44.  A  :  ouir  —  1.  45.  E  :  dom- 
mage —  1.  46.  E  :  quel  estoit  le  moyen  manque  —  1.  49.  E  :  apposant  —  E  :  cousture  aucune 
—  E  :  ha  —  1.  50.  A,  E  :  yeulx  —  E  :  autres  yssues  —  E  :  cuyde  —  I.  51.  A,  E  : 
nuicti  —  A  :  ouir  —  1. 52.  E  :  apprendre  —  1.  53.  E .  autres  —  E  :  celuy  —  1. 54.  E  :  fut 

15.  Embarras.  Archaïsme.  Cf.  ch.  ix,  n.  17.  17.  Instruit.  Archaïsme. 

16.  Habile  ;  latinisme,  de  peritiis,  même  18. '  Allusion  à  un  épisode  de  l'histoire  de 
sens.                                                                           Tobie,  ni,  25  :  «  Et  missus  est  angélus  Domi- 


CHAPITRE    XVI 


131 


—  Vous  dictez  bien,  respondit  Epistemon,  mais  ja  ne  me  ferez 
entendre  que  chose  beaucoup  adventaigeuse  soit  prendre  d'une 
femme,  et  d'une  telle  femme,  en  tel  pays,  conseil  et  advis. 

60  — Je  (dist  Panurge)  me  trouve  fort  bien  du  conseil  des  femmes  et 
mesmement  des  vieilles.  A  leur  conseil  je  foys  tousjours  une  selle  ou 
deux  extraordinaires.  Mon  amy,  ce  sont  vrays  chiens  de  monstre '^ 
vrays  rubricques  de  droict^°.  Et  bien  proprement  parlent  ceulx  qui  les 
appellent  sages  femmes.  Ma  coustume  et  mon  style  est  les    nommer 

65  pr^esages  femmes""'.  Sages  sont  elles,  car  dextrement  elles  con- 
gnoissent,  mais  je  les  nomme  présages,  car  divinement  elles  pras- 
voyent  et  prsedisent  certainement  toutes  choses  advenir.  Aulcunes- 
foys  je  les  appelle  non  Maunettes^',  mais  Monettes^',  comme  la  Juno 
des  Romains.  Car  de   elles  tous  jours  nous   viennent   admonitions 

70  salutaires  et  profitables.  Demandez  en  à  Pythagoras  ^■^,  Socrates^^ 
Empedocles^^  et  nostre  maistre  Ortuinus^". 

«  Ensemble  je  loue  jusques  es  haulx   cieulx  l'antique    institution 


Ligne  57.  E  :  dictes  —  1,  58.  E  :  advantageuse  —  1.  éi.  E  '.  fays  — l.  63.  A,  E  :  vrayes 
—  1.  65.  E  :  présages  —  1.  66.  E  :  présages  —  I.  67.  E  :  prédisent —  1.  67-68.  E  : 
Aucunes  foys  —  1.  68.  E  ;  nom  —  E  :  comme  de  Juno  —  1.  69.  A  E  :  d'elles  —  1.  70. 
E  :  profictahles 

ni    sanctus,    Raphaël,    ut  curaret  eos  ambos  qui  convient  parfaitement  à  la  malpropreté  de 

quorum  uno  tempore  sunt  orationes  in  cons-  certains  cuisiniers.  (C.) 

pectu  Domini  recitatae.  »  (P.)  23.  D'après  Cicéron,  De  Divinatione,  I,  45, 

19.  Chiens  dressés  à  trouver  le  gibier  et  à  101,  etMacrobe,  Saturn.,  I,  12.  (P.) 
l'indiquer  au  chasseur.  Les  épagneuls  étaient  24.  D'après  Diogènc  Laërce,  VIII,  i,  §  41. 
renommés  pour  la  montre.  Cf.  1.  I,  ch.  xii,  2;.  Allusion   au    mot  de  Socrate  rapporté 
n.46.  (C.)  dans  le  Théxtéte  de  Platon  :  il  se  comparait  à 

20.  Les  titres  de  droit,  étaient  écrits  en  une  sage-femme,  parce  qu'il  accouchait  les  es- 
rouge  pour  mieux  les  faire  ressortir,  d'où  leur  prits.  (P.) 

nom  de  7-ubriques.  (C.)  26.  D'après  Diogène  Laërce,  VIII,  2,  §  69. 

21.  L'origine  de  ce  jeu  de  mots  est  dans  27.  Hardouin  de  Graës,  théologien  de  Co- 
Cicéron,  De  divinatione,  I,  30  :  «  Sagire  tnim,  logne.  V.  1.  II,  ch.  xii,  n.  44.  Allusion  pro- 
sentire  acute  est  ;  ex  quo  sags  anus,  quia  bable  au  scandale  rapporté  dans  les  Epistolse 
multa  scire  volunt...  Is  igitur,  qui  ante  sagit,  obsc.  virorum,  I,  40  :  Ortuinus,  au  lieu  de  se 
quam  oblata  res  est,  dicitur  prxsagire,  id  est  contenter  de  quelque  vieille,  comme  le  lui 
futura  ante  sentire.  »  (P.)  conseille  son  correspondant,  avait  eu  un  enfant 

22.  Ordes.  Mal  nettes.  Au  1.  IV,  ch.  xl,  un  de  la  servante  du  libraire  Henri  Quentel. 
des  cuisiniers  de  la  truie  s'appelle  Mctunet,  nom  (PO 


132  LE    TIERS    LIVRE 

des  Germains,   les  quelz  prisoient  au  poix  du  sanctuaire  ^^  et  cordia- 
lement reveroient  le  conseil  des  vieilles  :  par  leurs  advis  et  responses 

75  tant  heureusement  prosperoient  comme  les  avoient  prudentement 
receues.  Tesmoings  la  vieille  Aurinie^'  et  la  bonne  mère  Vellede  on 
temps  de  Vaspasian. 

c(  Croyez  que  vieillesse  féminine  est  tousjours  foisonnante  en  qua- 
lité soubeline'°;  je  vouloys  dire  sibylline.  Allons,  par  l'ayde,  allons 

80  par  la  vertus  Dieu,  allons  !  Adieu,  frère  Jan  ;  je  te  recommande  ma 
braguete''. 

—  Bien  (dist  Epistemon)  :  je  vous  suivray,  protestant  que  si  j'ay 
advertissement  qu'elle  use  de  sort  ou  enchantement  en  ses  responses, 
je  vous  laisseray  à  la  porte  et  plus  de  moy  acompaigné  ne  serez.  » 


Ligne  73.  E  :  prisoyent  —  1.  74.  E  :  revcroyent  —  A  :  responces  —  1.  76.  A  :  rec\eues 
—  E  :  au  —  1.  77.  E  :  Vaspasien  —  1.  79.  E  :  voulais —  I.  80.  E  :  veriu  Bieu  —  A,  E  : 
A  Dieu  —  E  ;  Jean  —  1.  81.  A,  E  :  braguette  —  1.  82.  E  :  suyvray  —  1.  83.  A  :  responces 

28.  Expression  biblique  :  l'étalon  des  poids  olim  Auritiiam  et  complures  alias  venerati 
était  conservé  dans  le  sanctuaire.  Cf.   Exode,       sunt.  »  (P.) 

XXX,  24  :  «  Casiae  autem  quingentos  siclos  30.  En  finesse  exquise.  Cf.  ch.  m,  n.  25. 

M  pondère  sanctuarii,  olei  de  olivetis  mensu-  Le  jeu   de  mots  se  comprend  d'autant  mieux 

ram  hin.  )>  R.  E.  R.,  Vin,  30s.  (C.)  quesib3'lle  se  prononçait  sebille  au  moyen  âge 

29.  Emprunté  à  Tacite,  Germanie,  8  :  «  Vi-  (encore dans Coquillart).  R.  E.  R.,  X,  475.  (C.) 
dimus,  sub  divo  Vespasiano,  Velledam  diu  31.  Panurge  s'était  séparé  de  sa  belle  et 
apud  plerosque  numinis  loco  habitam  ;  sed  et  magnifique  braguette,  ch.  vu,  1.  18. 


Comment  Panurge  parle  à  la  sibylle  de  PanT^oust. 
Chapitre  XVII. 

Leur  chemin  feut  de  troys  journées  '.  La  treizième,  à  la  croppe  de 
une  montaigne  ^  soubs  un  grand  et  ample  chastaignier  %  leurs  feut 
5  monstrée  la  maison  de  la  vaticinatrice.  Sans  difficulté  ilz  entrèrent  en 
la  case  chaumine  ■^,  mal  bastie,  mal  meublée,  toute  enfumée. 

a  Baste  (dist  Epistemon)!  Heraclitus,  grand  scotiste  ^  et  ténébreux 
philosophe,  ne  s'estonna  entrant  en  maison  semblable,  exposant  à  ses 


Ligne  3.  E  :  fut  —  A,  E  :  six  journées —  A  :La  ^epiiesme;  E  :  Le  septiesme  —  1.  3-4. 
A,  E  :  d'une  —  1.  4.  E  :  souh\  —  E  ;  chastaigner  —  E  :  fut 


1.  La  distance  qui  sépare  Panzoult  de  la 
région  où  l'on  peut  situer  Thélème  ne  dé- 
passe pas  cinq  ou  six  lieues.  Si  R.  eût  voulu 
se  montrer  précis,  il  aurait  dû  écrire  :  «  une 
journée  de  marche  »,  même  en  tenant  compte 
du  mauvais  état  des  voies  de  communication. 
Mais  la  méthode  de  grossissement  qu'il  a  lar- 
gement employée  dans  la  guerre  picrocholine 
reparaît  ici  avec  la  même  fantaisie.  (C.) 

2.  Panzoult  est  situé  au  pied  des  coteaux  qui 
dominent  le  cours  de  la  Vienne.  R.  les  grossit 
complaisamment  pour  en  faire  une  montagne. 
C'est  dans  leur  flanc  que  s'ouvre  le  réduit  dési- 
gné de  nos  jours  aux  curieux  sous  le  nom  de 
grotte  de  la  Sibylle  et  reproduit  R.  E.  R.,  VIII, 
208.  (C.) 

3.  Cet  arbre,  essence  silicole,  n'est  pas  com- 
mun enTouraine.  lly  en  a  cependant  quelques- 
uns  à  Panzoult  et  à  Cravant,  région  sablon- 
neuse, gréseuse,  avec  plaques  d'argiles  à 
silex. 


4.  Maisonnette  couverte  de  chaume.  Cette 
particularité  doit  faire  écarter  la  prétendue 
grotte  de  la  sibylle  que  l'on  montre  à  Pan- 
zoult et  qui  n'est  autre  qu'un  des  innombrables 
abris  creusés  dans  les  coteaux  de  la  Touraine. 
La  célébrité  du  roman  a  créé  la  légende,  sans 
doute  au  xviie  s.  Bouchereau,  l'auteur  des 
notes  publiées  R.  E.  R.,  III,  405,  et  qui  n'a  été 
bien  inspiré  que  pour  l'identification  de  Picro- 
chole  avec  Gaucher  de  Sainte-Marthe,  se  con- 
tente de  dire  :  «  Pensoust  est  un  vilaige  près 
du  dit  lieu  [Chinon],  auquel  lieu  y  avoit  une 
femme  qui  bailloit  des  herbes  pour  guarir  la 
fiebvre.  »  On  trouverait,  à  ce  compte,  des 
sibylles  dans  bien  des  villages  de  la  Touraine 
ou  du  Poitou.  (C.) 

5.  R.  prend  Duns  Scot  pour  le  type  du 
philosophe  obscur  (voir  1.  I,  ch.  vu,  n.  11)  et 
traduit  par  5co//j/e  le  mot  grec  oxoTJtvd;,  obscur, 
surnom  d'Heraclite.  «  Heraclitus,  cognomen- 
to  qui  axoTêtvoç  perhibctur,  quia  de  natura  ni- 


134  LE   TIERS    LIVRE 

sectateurs  et  disciples  que  là  aussi  bien  residoient  les  dieux  comme 
To  en  palais  pleins  de  délices.  Et  croy  que  telle  estoit  la  case  de  la  tant 
célébrée  Hecale,  lors  qu'elle  y  festoya  le  jeune  Theseus  ^;  telle  aussi 
celle  de  Hireus  ou  Œnopion,  en  laquelle  Juppiter,  Neptune  et  Mer- 
cure ensemble  ne  prindrent  à  desdaing  entrer,  repaistre  et  loger  ;  en 
laquelle  officialement  ^  pour  l'escot  forgèrent  Orion.  » 
15       Au  coing  de  la  cheminée  trouvèrent  la  vieille. 

c(  Elle  est  (s'escria  Epistemon)  vraye  sibylle   et  vray  protraict  naïf- 
vement  repraesenté  par  -r,  -aol'j.ivzI  de  Homère  ^  » 

La  vieille  estoit  mal  en  poinct,  mal  vestue,  mal  nourrie,  edentée, 
chassieuse',  courbassée,  roupieuse,  languoureuse,  et  faisoit  un  potaige 
20  de  choux   verds  avecques    une  couane  de   lard  jausne   et    un  vieil 
savorados'°. 

«  Verd  et  bleu  (dist  Epistemon),  nous  avons  failly!  Nous  ne  aurons 
d'elle  responce  aulcune,  car  nous  n'avons  le  rameau  d'or". 


Ligne  9.  A  :  aussy  —  1.  10-12.  K,E:de  la  tant...  celle  de  manque  —  1.  12.  E  :  Jupi- 
ter—  1.  13.  E  :  desdain —  A,  E  :  et  en —  I.  17.  E  :  représenté  —  E  :  Thi  Kaminoi — 1.  19. 
A,  E  :  langoureuse  —  1.  20.  A,  E  :  choulx  —  E  :  avec  —  E  :  viel  — 1.  23 .  E  :  response  aucune 

mis  obscure  memoravit.  »  Cicéron,  Definihus,  8.  Odyssée,  ch.  xviii,  v.  27.  C'est   le  men- 

II.  S>  §  15-  «  2/.o-£ivoç  dictus  est,  id  est  tene-  diant  Irus  qui  dans  ce  passage  compare  Ulysse 

bricosus  »,   dit  Erasme,  Apophtepnata,  VIII,  à  une  vieille  femme  au  coin  de  son  foyer  : 

R.  E.  R.,Yl,  378.   (P.)  Yp-/.tx.a;aivoïIao;.  (P.) 

6.  D'après  Plutarque,  Vie  de  Thésée,  14,  9.  De  chassie,  chacie,  lippitudo.  Humeur 
Hécalé  était  une  pauvre  vieille  de  l'Attique,  onctueuse,  jaunâtre,  sécrétée  sur  le  bord  des 
chez  qui  Thésée  reçut  l'hospitalité  en  sa  jeu-  paupières  parles  glandes  de  Meibomius,  et  par- 
nesse  et  qu'il  combla  d'honneurs  après  qu'elle  ticulièrement  abondante  chez  les  enfants  lym- 
fut  morte  (P.)  phatiques  et  les  vieillards  atteints  de  blépharite 

7.  Adverbe   plaisamment  forgé  par  R.,  sur  chronique.  (D.) 

officiai,  vase  de  nuit  (voirl.  I,  ch.  ix,  1-  49  :  10.  Sans  doute  le  même  terme  que  savou- 

un  pot  à  pisser,  c'est  un  officiai),  pour  rappeler  ret,   gros  os  de  bœuf  ou  de   porc  salé  qu'on 

un  détail  singulier  de  l'anecdote  à  laquelle  il  met   dans   le    pot  pour  donner  du   goût   au 

fait  allusion  :  c'est  de  leur  urine  que  Jupiter,  bouillon.  Les  pauvres  gens,  comme  la  sibylle, 

Neptune  et  Mercure  forgèrent  Orion  (de  oùpeïv,  le  faisaient  servir  plusieurs  fois.  (C.) 

uriner)  pour  remercier  Hireus,  ou  Oenopion,  11.  Dont  la  Sibylle  de  Cumes  ordonne  à 

de  son  hospitalité.  Voir  Ovide,  Fastes,  Y,  499-  Enée   de   se    munir   pour    pénétrer    dans    le 

536    et  Servius,  commentaire  sur  V Enéide,  I,  royaume  de  Proserpine,  Enéide,  1.  VI,  v.  136. 

SÎS(P-)  '                                                               (P-) 


CHAPITRE   XVII 


M5 


—  Je  y   ay  (respondit    Panurge)  pourveu.  Je  l'ay  ici  dedans  ma 
25   gibbesierre   en  une  verge  d'or'^    acompaigné  de  beaulx  et    joyeulx 
carolus''.  » 

Ces  motz  dictz,  Panurge  la  salua  profondement,  luy  prassenta  six 
langues  de  beuf  fumées,  un  grand  pot  beurrier  plein  de  coscotons  '^  un 
bourrabaquin '5  guarny  de  brevaige,  une  couille  de  bélier'^  pleine  de 
30  carolus  nouvellement  forgez''',  en  fin  avecques  profonde  révérence 
luy  mist  on  doigt  médical  '^  une  verge  d'or  bien  belle,  en  laquelle  estoit 
une  crapaudine'9    de    Beusse^°    magnificquement    enchâssée.    Puys 


Ligne  24.  E  :  J'ay —  A,  E  :  /Vj'  —  1.  25.  A,  E  :  gibbessiere  —  E  :  d'or  massif  accom- 
paigné  —  1.  27.  E  :  salua  —  A  :  projundement  —  E  :  représenta  —  1.  28.  A,  E  :  plain  — 
I.  29.  E  :  bwvage  —  31.  1.  E  :  aw  doigt  —  1.  32.  E  :  magnifiquement  —  E  :  Pttis 


12.  Bague  unie,  ou  jonc. 

13.  Monnaie  blanche  valant  dix  deniers, 
frappée  d'un  K,  initiale  de  Carolus  (Charles 
VIII).  Cf.  1.  I,  ch.  XLV,  n.  51. 

14.  Couscous,  mets  arabe.  Cf.  1.  I, 
ch.  XXXVII,  n.  35. 

15.  Un  flacon,  dont  la  forme  est  indiquée 
par  cette  comparaison  du  ch.  xxx  du  1.  IV  : 
«  le  boyau  cuUier,  comme  un  hourrabaquin 
monachal.  »  (P.) 

16.  Ce  trait  est  emprunté  à  l'antiquité.  Fes- 
tus  et  Pedianus  rapportent  que  les  Romains 
faisaient  leurs  bourses  à  argent  de  la  peau  qui 
enveloppe  les  testicules  du  bélier,  sans  doute 
par  allusion  à  la  fable  delà  toison  d'or.  Au  1.  I, 
ch.  VIII,  1.  65,  la  bourse  de  Gargantua  «  fut 
faicte  de  la  couille  d'un  oriflant.  »  (C.) 

17.  Frappés.  Cf.  Froissard,  II,  m,  36  : 
«  On  forge  en  France  les  florins  de  quoi  vous 
serez  payés.  »  Faire  de  la  fausse  monnaie  se 
disait  :  forger  à  faux-coins.  (C.) 

18.  L'annulaire  :  di^itus  medicus  ;  digitus 
medicinalis  (Macrobe)  ;  doigt  médicinal  (G. 
Bouchet).  «  De  toute  antiquité,  dit  Bouchet, 
ce  doigt...  avoit  esté  honoré  avec  un  anneau 
d'or,  et  pour  ce  appelé  digitus  annularls.  » 
C'est  donc  à  ce  doigt  que  l'on  passait,  lors  de 
la  réception  des  nouveaux  docteurs  de  Mont- 


pellier, l'anneau  d'or  qui  est,  dit  R.  «  le  signe 
antique  de  noblesse  ».  Mais  on  l'appelait  aussi 
doigt  médical  «  à  cause  d'une  artère  qui  vient 
du  cœur,  y  ayant  telle  affinité  par  ceste  artère 
du  cœur  à  cest  doigt  qu'il  ne  peut  endurer  au- 
cune poison.  Et  voilà  pourquoy  nous  meslons 
nos  médecines  avec  ce  doigt  plutost  qu'avec  les 
autres.  »  G.  Bouchet,  Sérées,  t.  II,  p.  202.  (D.) 
19.  Crapaud'me,  bu fonites,  pierre  que  l'on  di- 
sait tirée  de  la  tête  du  crapaud  ;  ce  n'est  qu'en 
1723  que  Jussieu  en  démontra  l'analogie 
avec  les  dents  de  certains  poissons  qu'il  croyait 
encore  actuels.  Mais  d'autres  auteurs  ran- 
geaient déjà  la  crapaudine  parmi  les  glosso- 
pêtres  ou  dents  fossiles,  et  ce  sont  en  eff'et  des 
dents  broyantes  de  poissons  ganoïdes  de  l'ère 
secondaire.  Mais  R.  parle-t-il  de  celles-là  ? 
Bien  que  la  en*  de  Beuxes  (Vienne,  arrond.  de 
Loudun)  soit  située  sur  le  terrain  cénomanien, 
d'où  les  ganoïdes  fossiles  ne  sont  pas  absents, 
elle  n'est  pas  caractérisée  par  une  abondance 
particulière  de  ces  pétrifications.  Il  fait  plutôt 
allusion  à  la  présence  de  nombreux  batraciens 
dans  cette  contrée  humide  et  buissonneuse  ;  or, 
la  superstition  populaire  empruntait  à  ces  ani- 
maux quelques  osselets  (grains  de  crapaud, 
de  grenouille),  comme  talismans,  voire  comme 
bézoards,  ainsi  qu'il  apparaît  dans  les  Serées  de 


136  LE   TIERS    LIVRE 

en  briefves  parolles  luy  exposa  le  motif  de  sa  venue,  la  priant  cour- 
toisement luy  dire  son  advis  et  bonne  fortune  de  son  mariage  entre- 

35  prins. 

La  vieille  resta  quelque  temps  en  silence,  pensive  et  richinante*'  des 
dens,  puys  s'assist  sur  le  cul  d'un  boisseau,  print  en  ses  mains  troys 
vieulx  fuseaulx,  les  tourna  et  vira  entre  ses  doigtz  en  diverses 
manières  ;   puys  esprouva  leurs   poinctes,  le  plus   poinctu  retint  en 

40  main,  les  deux  aultres  jecta  soubs  une  pille"  à  mil. 

Après  print  ses  devidoueres''',  et  par  neuf  foys  les  tourna;  au  neuf- 
vieme  tour  consydera  sans  plus  toucher  le  mouvement  des  devidoueres 
et  attendit  leur  repous  perfaict. 

Depuys  je  veidz  qu'elle  deschaussa  un  de  ses  esclos  (nous  les  nom- 

45  mons  sabotz),  mist  son  davantau*'^  sus  sa  teste,  comme  les  presbtres 
mettent  leur  amict''^  quand  ils  veulent  messe  chanter,  puys  avecques 
un  antique  tissu  riolé'^piolé''^  le  lia  soubs  la  guorge.  Ainsi  affeublée, 


Ligne  34.  A  :  advys  —  1.  36.  A  :  rechignant  —  E  :  rechinant  —  1.  37.  E  :  puis  — 
E  :  trois  —  1.  39.  E  :  puis  —  E  :  leur  —  1.  40.  E  :  autres  —  E  :  soubi  —  1.  41 .  A,  E  : 
En  après  —  E  :  dévidoir  es  — E  :  fois  —  I.  41-42.  A  :  neufviesme  ;  E  :  neufesme  —  1.  42. 
E  :  considéra  —  É  :  dévidoir  es  —  1.  43.  E  :  repos  parfaict  —  1.  44.  E  :  Depuis  — 
1,  45.  E  :  sabothei  —  E  :  davanteau  —  1.  46.  A,  "E  :  il\  —  E  :  veulent  —  E  :  pius  — 
1.  47.  E  :  anticque  —  E  :  piolê  manque  —  E  :  souhi_  —  E  :  gorge  —  E  :  affublée 


G.    Bouchet    (Lyon,     Rigaud,    161 5,    L    II,  magique  chez  les  Anciens.  Voir  Horace,  £'/0(i« 

p.    188).  Les  Anciens  attribuaient   déjà    à  la  17,7,  et  Properce,  IV,  6,  26.  (P.) 

crapaudine    des  vertus   alexitères   ;    on  l'em-  24.  Tablier.    Forme    angevine,   correspon- 

ployait  au  moyen  âge  pour  l'épreuve  des  bois-  dant  au  poitevin  devanteau,  encore  en  usage. 

sons  suspectes  ;  et,  montée  en  bague,  elle  pré-  V.  Sainéan,  t.  II,  p.  169. 

servait  de  la  fièvre  quarte.  (D.)  25.  Uaniict,  linge    bénit  dont    les    prêtres 

20.  Beuxes,  com.cant.  de  Loudun  (Vienne).  couvrent  leurs  épaules  pour  dire  la  messe,  se 
Cf.  1.  I,  ch.  VI,  n.  42.  Les  crapaudines  de  mettait  sur  la  tête,  rite  conservé  par  certains 
Beuxe  (prononcez  Beusse)  n'ont  laissé  aucune  ordres  religieux.  Cf.  Villon,  Test.,v.  386: 
trace,  mais  le  voyageur  Zinzerling,  qui  visita  le  D'aubes  vestus,  d'amy  coeffez.  (C.) 
Poitou  en  1612,  parle  de  petites  pierres  con-  26.  Nué,  teint  de  diverses  couleurs,  bariolé. 
nues  sous  le  nom  de  «  diamants  de  Chatelle-  Cf.  Paré,  XXIII,  25  (Littré)  :  «  ayant  des 
rault  »  qui  paraissent  s'en  rapprocher.  (C.)  taches  séparées  les   unes   des  autres,    riolées, 

21.  Rechignante.  piolées,    c'est-à-dire     de     diverses     couleurs, 

22.  Mortier  à  piler  le  millet.  (C.)  comme  un  tapis  velu.  »  (C.) 

23.  Les    fuseaux     figurent    dans   l'appareil  27.  Bigarré.    Archaïsme,   qui  se  rencontre 


CHAPITRE   XVII  137 

tira   un  grand  traict  du  bourrabaquin,  print  de  la  couille  beliniere 
trois  carolus,  les  mist  en  trois  coques  de  noix'^  et  les  posa  sus  le  cul 

50  d'un  pot  à  plume *9;  feist  trois  tours  de  balay  par  la  cheminée,  jecta  on 
feu  demy  fagot  de  bruiere'"  et  un  rameau  de  laurier  sec.  Le  consydera 
brusler  en  silence,  et  veid  que  bruslant  ne  faisoit  grislement  ne  bruyl 
aulcun. 

Adoncques    s'escria    espovantablement,    sonnant   entre    les    dens 

55  quelques  motz  barbares  et  d'estrange  termination,  de  mode  que 
Panurge  dist  à  Epistemon  : 

ce  Par  la  vertus  Dieu,  je  tremble;  je  croy  que  je  suys  charmé '',  elle 
ne  parle  poinct  Christian  ''.  Voyez  comment  elle  me  semble  de  quatre 
empans^'  plus  grande  que  n'estoit  lors  qu'elle  se  capitonna  de  son 

60  davantau''^.  Que  signifie  ce  remument  de  badiguoinces  ?  Que  prétend 
cestejectigation'5  des  espaulles?  A  quelle  fin  fredonne  elle  des  babines, 
comme  un  cinge  démembrant  escrevisses?  Les  aureilles  me  cornent  ; 
il  m'est  advis  que  je  oy  Proserpine'^  bruyante  ;  les  diables  bien  toust 


Ligne  48.  E  :  horrahaquin.  —  I.  49.  A  :  troys  carolus  —  A,  E  :  troys  coques  —  1.  50. 
A,  E  :  troys  —  1.  50-51.  E  :  au  jeu  —  1.  51.  E  :  considéra  —  1.  52.  A  :  veyd  —  1.  53. 
E  :  aucun  —  1.  54.  E:  espoveniablemeni  —  E  :  denti —  1.  55.  E:  termination  du  monde 
—  1.  57.  E  :  vertu  bieu  —  E  :  suis  —  1.  57-62.  A,  E  :  elle  ne  parle...  escrevisses 
manque  —  1.  63.  A  :  advys  —  A,  E  :  bruyant  —  A  :  tost  —  1.  63-64.  E  :  les  diables 
en  place  bien  tost  sortiront 

encore  chez  Ronsard  et  Bail.    Voir  Sainéan,  divinatrice  :  «  Apollo  myricos  vaks  sanxit  prœ- 

t.  II,  p.  117.  nunfiare  niortalibus  ftitura  »,  dit  Caelius  Rho- 

28.  Chez  les  Anciens,  les  noix  jouaient  un  diginus,  Antiq.  lect.,  1.  VII,  c.  29.  (Dj 
rôle  dans  les  cérémonies  nuptiales.  Voir  Pline,  51.  Enchanté,  ensorcelé. 

H.  N.,  XV,  24.  La  noix,  dit  Philon,  enfermée  52.  Elle  ne  parle  pas  un  langage  usité  parmi 

dans  sa  coque,  est  la  vertu  bien  gardée.  Peut-  les  chrétiens.  Cf.  1.  II,  ch.  ix,  n.  36. 

être  la  noix  ouverte,  et  la  coque  vide,  indique-  33.  Mesure  de  près  d'un   mètre.  Cf.   1.   I, 

t-elle  le  contraire  et  annonce-t-elle  que  Panurge  ch.  xix,  n.  14. 

sera  trompé.  (D.)  34.  Tablier;  terme  tourangeau. 

29.  Grand  pot  où  l'on  mettait  les  plus  fines  55.  Remuement,  sens  du  latin  jaclatio. 
plumes  des  volailles  pour  la  literie.   L'usage  36.  Comme   dans  les    mystères,    Panurge 
s'en  est  conservé  en  Poitou  et  en  Saintonge.  fait  de  Proserpine  l'épouse  de  Lucifer.  L'enfer 

(C.)       païen  se  mêle  à  l'enfer  chrétien.  Voir  R.  E.  R., 

30.  Les  Anciens  tenaient   la    bruyère  pour       IX,  26.  (C.) 

LE   TIERS   LIVRE.  l8 


M  8  LE  TIERS    LIVRE 

en  place  sortiront.  O  les  laydes  bestes!  Fuyons.  Serpe  Dieu'',  je  meurs 
65  de  paour.  Je  n'ayme  poinct  les  diables.  Hz  me  faschent  et  sont  mal 
plaisans.  Fuyons, 

«  Adieu  ma  Dame,  grand  mercy  de  vos  biens.  Je  ne  me  mariray 
poinct,  non.  Je  y  renonce  dès  à  présent  comme  allors.  » 

Ainsi  commençoitescamper'^  delà  chambre, mais  la  vieilleanticipa'', 

70  tenente  le  fuseau  en  sa  main,  et  sortit  en  un  courtil'*°  prés  sa  maison. 

Là  estoit  un  sycomore-»'  antique  :  elle  l'escrousla''^  par  trois  foys  et 

sus  huyctfeueilles  qui  en  tombèrent,  sommairement  avecques  le  fuseau 

escrivit  quelques  briefz  vers^*'.  Puys  les  jecta  au  vent  et  leurs  dist  : 

a  Allez  les  chercher  si  voulez,  trouvez  les  si  povez  :  le  sort  fatal  de 

75  vostre  mariage  y  est  escript.  » 

Ces  parolles  dictes,  se  retira  en  sa  tesniere,  et  sus  le  perron  de  la 
porte  se  recoursa'^''  robbe,  cotte  et  chemise  jusques  aux  escelles  et 
leurs  monstroit  son  cul. 

Panurge  l'aperceut,  et  dist  à  Epistemon  :  «  Par  le  sambre  guoy»'  de 
80  boys,  voy  là  le  trou  de  la  Sibylle '^^  » 

Ligne  65.  E  :  point  —  1.  67.  A,  E  :  ^  Dieu  —  E  :  marieray  — 1.  68.  E  :  point  — A  : 
apresent;  E  :  àpresent  —  1.  69.  A  :  comtnencxpit  — 1.  70.  A,  E  :  tenant  —  E  :  en  la  main 

—  E  :  courtil  ou  vergier  près  —  1.  71.  A,  E  :  troys  —  E  :  fois  —  \.  72.  E  :  huict  fueilles 

—  E  :  avec —  1.  73.  E  :  escripvit  —  E  :  puis —  1.  74.  E  :  pouvez —  1.  76.  A  :  dicter  —  1. 
80.  E  :  voila  —  E  :  Sibylle,  là  ou  plusieurs  ont  esté  perii,  pour  y  aller  veoir  ;  fuye\  ce  trou. 

37.  Parle  serpent  de  Dieu  (le  diable).  Cf.  sans  souci  de  la  géographie  botanique,  et  parce 

1.  II,  ch.  XVII,  n.  26,  et  Sainéan,  t.  II,  p.  344.  que  la  sycomancie  antique  employait  les  feuilles 

58    Décamper.  du  figuier.  (D.) 

39.  Prit  les   devants.  42-  Secoua. 

T    j-  /-     j/.»  -1    '  43-  La  Sibvlle de  Cumes  écrivait  les  oracles, 

40.  Jardm,  verger.   Ce  détail  s  oppose  en-  ^'  r    -n  •         • 


core  à  l'identification  de  la  prétendue  grotte 


en  vers,  sur  des  feuilles  que  pouvaient  disper- 
ser les   vents  (rapidis  ludibria  ventis).  Voir 

de  Panzoult  avec  la  case  de  la  sibylle.  Voir       -.r.    .,       -^    .-.     T-sr    ..^    in      .      ^  -c     _ 

■'  Virgile,   Enetde,  IV,  443,  VI,  74,  et  Erasme, 

supra,  n.  4.  (C).  Adages,  I,  7,  91  :  Sibyllx  folium  :  «  Cumanae 

41.  On  a  donné  le  nom  de  sycomore  :  i»  au  Sibyllse  mos  erat...  in   palmarum  foliis  oracula 

Melia  a:{edarach,  L.,  ou  arbre  de  patience  ;  2°  scribere.  »  (P.) 

à  l'érable  sycomore  ou  faux  sycomore,  Acer  J4.  Se  retroussa.  Cf.  Prol.,  n.  107. 

pseudo-platanus,   L.    (Acérinée),  spontané     en  45.  Atténuation  de  :  Par  le  sang  de  Dieu. 

France;  3°  au  figuier  de  Pharaon,  Ficus  syco-  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  351. 

morus,  L.,du  Levant.  R.  a  visé  probablement  46.  Dont  il  est  parlé  dans  Virgile,  Enéide, 

ici  ce  dernier,  l'introduisant  en  terre  poitevine  1.  VI,  v.  10  : 


CHAPITRE    XVII  139 

Soubdain  elle  barra '^^  sus  soy  la  porte;  depuys  ne  feut  veue. 
Hz  coururent  après  les  feueilles  et  les  recuillerent,  mais  non  sans 
grand  labeur,  car  le  vent  les  avoit  esquartées  par  les  buissons  de  la 
vallée.  Et  les  ordonnans'^^  lune  après  l'aultre,  trouvèrent  ceste  sen- 
85  tence  en  mètres^?  ; 

T'esgoussera  ^° 
de  renom. 

Engroissera 
de  toy  non. 

90  Te  sugsera 

le  bon  bout. 

T'escorchera 
mais  non   tout. 


Ligne  81.  E  :  depuis  —  1.  82.  E  :  fueilles  —  E  :  recuillirent  —  1.  83.  A  : 
eschartées  ;  E  :  escarUes  —  E  :  huyssom  —  1.  84.  E  :  autre  —  1.  88.  E  :  engrossera  —  1.  90. 
E  :  succera. 

Horrendaeque  procul  sécréta  Sibyllœ  48.  Mettant  en  ordre. 

Antrum  immane  petit.  (P.)  49-  Vers.  Il  y  a  huit  vers,  soit  un  vers  par 

47.  Ferma   avec    une   barre.    L'expression  feuille  de  sycomore. 

s'emploie  encore  couramment  en  Poitou  pour  50.  Ecossera.  Encore  usité   dans  les  patois 

fermer  une  porte  à  clef  ou  au  verrou  (C).  (Poitou,  Saintonge).  (C.) 


Comment  Pantagruel  et    Panurge  diversement   exposent 
les  vers  de  la  Sibylle  de  Pan\oust. 

Chapitre  XVIII. 


Les  feueilles  recuillies,   retournèrent  Epistemon  et  Panurge  en    la 
5   Court   de  Pantagruel,   part   joyeulx,  part  faschez.   Joyeulx,    pour   le 
retour  ;  faschez,  pour  le  travail  du  chemin,  lequel  trouvèrent  rabo- 
teux, pierreux  et  mal  ordonné. 

De  leur  voyage  feirent  ample  raport  à  Pantagruel  et  de  Testât  de 
la  Sibvlle.   En   fin    luy   pragsenterent   les   feueilles  de  sycomore,    et 
lo  monstrerent  l'escripture  en  petitz  vers. 

Pantagruel,  avoir  leu  le  totaige  ',  dist  à  Panurge  en  souspirant  : 
«  Vous  estez  bien  en  poinct.  La  prophétie  de  la  Sibylle  apertement 
expose  ce  que  jà  nous  estoit  dénoté  tant  par  les  sors  virgilianes  que 
par  vos  propres  songes,  c'est  que  par  vostre  femme  serez  deshonoré  ; 
15  que  elle  vous  fera  coqu,  se  abandonnant  à  aultruy,  et  par  aultruy 
devenent  grosse  ;  que  elle  vous  desrobbera  par  quelque  bonne  partie 
et  qu'elle  vous  battera,  escorchant  et  meurtrissant  quelque  membre 
du  corps. 

—  Vous    entendez   autant  (respondit  Panurge)    en  exposition  de 
20  ces  récentes  prophéties,  comme  faict  truye  en  espices  '.  Ne  vous  des- 
plaise si  je  le  diz,   car  je  me  sens    un  peu    fasché.  Le  contraire  est 
véritable.  Prenez  bien  mes  motz. 


Ligne  4.  E\  Jueuilles  recueillies  —  1.  5.  £  :  joyeux  —  1.  9.  E  :  présentèrent  les  fueilles 
—  1.  II.  E  :  après  avoir  leu  le  foulaige  —  l.  12.  E  :  estes  —  1.  15.  E  :  Vergilianes  — 
1.  14.  E  :  vo-^ —  1.  15.  A,  E:  quelle  — E  :  coquu,  s' abandonnant  —  E  :  autruy  —  1.  16. 
E  :  devenant  —  E  :  quelle  —  E  :  desrohcra  —  1.  17.  E  :  battra  —  1.  21.  E  :  <(y 

I.  Total.Mot  créé  par  R.  Voir  Sainéan,  t.  II,       p.  357. 
p.  I II.  Sur  cette  forme  syntaxique,  voir  Huguet,  2.  Dragées,  confitures.  On  dit  encore  en  Poi 


CHAPITRE    XVIII  141 

«  La  vieille  dict  :  ainsi   comme  la  febve  n'est  veue  se  elle   ne  est 
esgoussée,  aussi  ma  vertus  et  ma  perfection  jamais  ne  seroit  mise  en 

25  renom,  si  marié  je  n'estoys.  Quantes  foys  vous  ay  je  ouy  disant  que 
le  magistrat'  et  l'office  descœuvre  l'homme^  et  mect  en  évidence  ce 
qu'il  avoit  dedans  le  jabot  ?  C'est  à  dire  que  lors  on  congnoist  certai- 
nement quel  est  le  personaige  et  combien  il  vault,  quand  il  est  appelé 
au    maniment   des  affaires.  Paravant,  sçavoir  est  estant  l'homme  en 

30  son  privé,  on  ne  sçait  pour  certain  quel  il  est,  non  plus  que  d'une 
febve  en  gousse.  Voylà  quant  au  premier  article.  Aultrement  vouldriez 
vous  maintenir  que  l'honneur  et  bon  renom  d'un  homme  de  bien 
pendist  au  cul  d'une  putain  ? 

«  Le  second  dict   :  ma  femme  engroissera  (entendez  icy   la  prime 

35  félicité  de  mariage),  mais  non  de  moy.  CorBieu^  je  le  croy.  Ce  sera 
d'un  beau  petit  enfantelet  qu'elle  sera  grosse.  Je  l'ayme  desjà  tout 
plein,  et  jà  en  suys  tout  assoty.  Ce  sera  mon  petit  bedault^  Fasche- 
rie  du  monde  tant  grande  et  véhémente  n'entrera  désormais  à  mon 
esprit,  que  je  ne  passe,  seulement  le  voyant  et  le  oyant  jargonner  en 

40  son  jargonnoys  puéril.  Et  benoiste  soit  la  vieille  !  Je  luy  veulx  vray- 
bis  constituer  en  Salmigondinois  quelque  bonne  rente,  non  courante  ' 


Ligne  23.  E  :  scelle  —  A,  E  :  nest  —  1,  24.  A  :  aussy  —  E  :  vertu  —  1.  26.  E  :  des- 
coiivre —  1.  27.  E  :  cognoist  —  1.  28.  A,  E  :  personnaige  —  I,  29.  E  :  maniement  —  A, 
E  :  Ail  paravant  —  1.  51.  E  :  quand  —  E  :  Autrement  — 1.  33.  E  :  co/  —  I-  34-  E  : 
engrossera  —  1.  35.  A:  Cor  Dieu  ;  E  :  Corbieu  —  1.  36.  E  :  beau  manque  —  1.  37.  E  : 
suis —  1.  41  A  :  Salmigondinoys  ;  E  :  Salmygondinois . 


tou  :«  C'est  donner  des  confitures  à  un  goret.  »  5.  Euphémisme,   pour  Corps  Dieu  :  ^zx  le 

5.  L'office    public;   du    latin    magistratus,  Corps  de  Dieu. 

même  sens.  6.  Mon  petit  veau.  Conservé  en  Poitou  sous 

4.  R.    paraphrase  ici  le  commentaire  d'E-  la  forme  :  bedet. 

rasme  sxxrV Adage  :  'Ap/T)  tôv  av8pa  ôetxvuj'.v  ;  7.  Rente  viagère  :  «  Il  y  a  aussi  des  rentes 

magistratus  virum  indicat  (I,  10,  76)  :  «  In  vi-  viagères  qui  ne  sont  qu'à  vie  et  qui  s'éteignent 

ta  privata  vix  satis  perspici  posse  mores  et  inge-  par  la  mort  de  celui  au  profit  de  qui  elles  sont 

nium  hominis.  Verumsi  committas  imperium,  constituées...  on  appelle  aussi  ces  rentes  en 

ut  quod  libeat,   idem  liceat,  tum  demum  ap-  plusieurs  lieux  rentes  courantes  ou  volages.  » 

parère  quo  sit  animo.  »  (P.)  (Trévoux).  (C.) 


142  LE    TIERS    LIVRE 

comme  bacheliers  insensez  ^  mais  assise  ^  comme  beaulx  docteurs 
regens.  Aultrement  vouldriez  vous  que  ma  femme  dedans  ses  flans  me 
portast,  me  conceust,  me  enfantast,   et  qu'on  dist  :  «  Panurge  est  un 

4S  second  Bacchus.  Il  est  deux  foys  né  '°.  Il  est  rené,  comme  feut  Hippo- 
lytus",  comme  feut  Proteus,  une  foys  de  Thetis  et  secondement  de 
la  mère  du  philosophe  Apollonius  '%  comme  feurent  les  deuxPalices  '' 
près  le  fleuve  Symethos  en  Sicile.  Sa  femme  estoit  grosse  de  luy.  En 
luy  est  renouvellée  l'antique  palintocie  ""  des  Megariens  et  la  palin- 

30  genesie  '>  de  Democritus?  »  Erreur,  ne  m'en  parlez  jamais. 

((  Le  tiers  dict  :  ma  femme  me  sugsera  le  bon  bout.  Je  m'y  dispose. 
Vous  entendez  assez  que  c'est  le  baston  à  un  bout  qui  me  pend  entre 
les  jambes.  Je  vous  jure  et  promectz  que  tousjours  le  maintiendray 
succuUentet  bien  avitaillé  '^.  Elle  ne  me  le  sugsera  poinct  en  vain.  Eter- 

55  nellement  y  sera  le  petit  picotin  '\  ou  mieulx.  Vous  exposez  allegoric- 

Ligne  43.  E  :  Autrement  —  1-  44-  A  :  concieust  — 1.  45-46.  A,  E  :  comme  feut  Hippo- 
lytus  manque  —  1.  46.  E  :  Thetys  —  1.  47.  E  :  furent  —  l.  48.  E  :  près  du  —  1,  5 1.  E  : 
succera  —  1.  53.  E:  promect  — 1.  54.  A,  E  :  succulent  —  E  :  succera  —  E  :  en  vain,  certes 

8.  Jeu  de  mots  sur  bacheliers  courants.  Cf.  ceinte,  eut  une  vision  :  un  dieu  lui  apparut. 
1.  V,  ch.  XXVI  :  «  un  bachelier  courant  ».  On  Elle  lui  demanda  qui  elle  mettrait  au  monde, 
donnait  ce  titre  aux  écoliers  qui  étaient  char-  Il  répondit  :  Moi,  et  se  nomma  :  Protée,  le 
gés  d'un  cours  (cursus).  Cf.    Érasme  Ad.,  II,  dieu  égyptien.  (P.) 

5,  98  :  Esernius  cum  Pacidiano   (sub  fine)  :  I3-  D'après    Macrobe,   Saturnales,    V,    19, 

Nam    Servita    theologiae    baccalaureus     erat,  la  nymphe  Thalie  fut  cachée  par  Jupiter  dans 

currens  ceu  sedens,  formatus  an  mox  fornian-  lé  sein  de  la  terre,  jusqu'au  jour  où,  sou  enfan- 

dus,    incertum.    »  Baccalaureus   cursor  prêtait  tement  étant  proche  et,  la  terre  s'entr 'ouvrant, 

évidemment  à  un  rapprochement  avec  bâche-  elle  accoucha  des  deux  Palices  (dejiaXiv  rxeiv, 

lier  coureur.  (P.  C.)  d'après  Servius,  sur  l'.É'H^ïi^,  1.  IX,  v.  581). (P.) 

9.  Perpétuelle,  comme  la  rente  foncière.  M-  Le  mot  est  pris  ici  par  Panurge  au  sens 

10.  Né  d'abord  d'une  mortelle,  Sémélé,  puis  de  seconde  naissance.  Mais  c'est  un  jeu  de 
de  la  cuisse  de  Jupiter,  dans  laquelle  il  avait  été  mots.  Dans  le  passage  de  Plutarque,  Quaesi. 
enfermé.  graec,  18,  29  j  D,  où  il  est  question  de  la  palin- 

11.  Esculape  rendit  la  vie  à  Hippolyte,  tué  tocie  des  Mégariens,  ce  mot  a  le  sens  de  récu- 
par  ses  coursiers.  Diane  le  fit  sortir  des  enfers  pération d'intérêts  :  de  râX-.v,  en  retour,  et  to'xoî, 
sous  un  nuage,  et  l'ayant  rendu  à  la  lumière  qui  signifie  à  la  fois  enfantement  et  intérêts.  (P.) 
changea  les  traits  de  son  visage  et  lui  fit  porter  1 5-  Renaissance.  V.  Cicéron,  De  finibus,  1,6, 
le  nom  de  Virbius,  comme  si  on  disait  deux  et  De  natura  Deorum,  I,  26. 

fois  homme.  Cf.  Enéide,  1.  VII,  v.  766-777.  16.  Pourvu  de  victuailles.  Cf.  1.  I,  ch.  viii, 

12.  Apollonius  de  Tyane.  Philostrate,  I,  4,      n-  48. 

rapporte  que  la  mère  d'Apollonius  étant  en-  17.  La  mesure  d'avoine,  sens  libre  qui  dé- 


CHAPITRE   XVIII  143 

quement  ce  lieu  et  le  interprétez  à  larrecin  et  furt.  Je  loue  l'exposi- 
tion, l'allégorie  me  plaist,  mais  non  à  vostre  sens.  Peut  estre  que  l'affec- 
tion syncere  que  me  portez  vous  tire  en  partie  adverse  et  refraictaire, 
comme    disent    les   clercs    chose    merveilleusement    crainctive  estre 

60  amour,  et  jamais  le  bon  amour  ne  estre  sans  craincte  '^  Mais  (scelon 
mon  jugement)  en  vous  mesmes  vous  entendez  que  furt"  en  ce  pas- 
saige,  comme  en  tant  d'aultres  des  scripteurs  latins  et  antiques, 
signifie  le  doulx  fruict  de  amourettes,  lequel  veult  Venus  estre  secrè- 
tement et  furtivement  cuilly.  Pourquoy,  par  vostre  foy?  Pour  ce  que 

65  la  chosette  '°  faicte  à  l'emblée  '\  entre  deux  huys,  à  travers  les  degrez, 
darriere  la  tapisserie,  en  tapinois,  sus  un  fagot  desroté  "%  plus  plaist  à 
la  déesse  de  Cypre,  (et  en  suys  là,  sans  praejudicede  meilleur  advis) 
que  faicte  en  veue  du  soleil,  à  la  cynique  '',  ou  entre  les  precieulx 
conopées  '^  entre  les  courtines  dorées,  à   longs   intervalles,  à  plein 


Ligne  57.  E  :  plait  —  1.  58.  A  :  refractaire  —  1.  59.  E  :  clers  —  1.  éo.  E  :  n' estre  — 

selon—  1.  62.  E  :  autres  —  1.  63.  E  :  doutx  manque  — E  :  d'amourettes  —  1.  63-64.  E  : 
secrettement  —  1.  65.  E  :  assemblée  —  1.  66.  E  :  derrière  —  1.  67.  E  :  suis  —  E  :  préju- 
dice —  1.  68.  E  :  précieux  —  1.  69.  E  :  long  intervalle 

coule  de  chevaucher,   employé  pour  désigner  20.  La  bagatelle.  Cf.  Gratien  du  Pont,  Coii- 

l'acte  vénérien.  Cf.   Coquillart,  H,  41,  Droits  lioverses,  fol.  4-^  : 

nouveaux  :  Parmi  les  champs  il  te  fait  la  chosette 

Beau  sire,  se  la  créature  Pour  son  plaisir  ;  dedans  une  logette 

Prent  tous  les  jours  de  son  mari  Charnellement  avec  toy  eut  affaire.  (C) 

Le  picotin  à  grant  mesure,  ^i.  A  la  dérobée.  Cf.  Marot,  Métamorphoses, 

Fait  il  mal  ?  j_  Uj^  p.  223  : 

et  Marot,  t.  H,  p.  188  :  jà,  ce  dit-il,  ne  sçaura  mon  épouse 

En  entrant  en  un  jardin  Ce  coup  d'emblée  et  n'en  sera  jalouse. 

Je  trouvay  Guillot  Martin  ^    ■'' 

Avecques  s'amye  Heleine,  ^a.  Délié.  Le  mot  est  encore  usité  en  Poi- 

Qui  vouloit  pour  son  butin  ^^^    -^a  riotte  est    le  lien  'd'osier   ou  de  bois 

Son  heau  petit  picotin,  flexible  qui  attache  un  fagot.  (C.) 

Non  pas  d'orge  ni  d'aveine.  (C.)  23.  R.   songe  au  mot  de  Diogéne  :  «  Rem 

18.  Parmi  les  «  clercs  »  allégués   ici,  citons  habere  cum  uxore  malum  non  est,  ergo  in  pu- 
Ovide, //eVoïde5,  l,  22  :  blico  malum  non  est  »,  rapporté  par  Érasme, 

Res  est  solliciti  plena  timoris  amor.  (P.)  Apophtegmala,  30/].  Cf.    R.E.R.,  IV,  376. 

19.  Vol  :  latinisme,  dtfurtum,  même  sens.  24.  Pavillons  de  lit,  dont  se  servaient  les  An- 


144 


LE   TIERS    LIVRE 


70  guogo  '',  avec  un  esmouchail  ^*  de  soye  cramoisine  et  un  panache  de 
plumes  indicques  chassant  les  mousches  d'autour,  et  la  femelle  s'es- 
curante  les  dens  avecques  un  brin  de  paille  qu'elle,  ce  pendent,  auroit 
desraché  ^'  du  fond  de  la  paillasse.  Aultrement  vouldriez  vous  dire 
qu'elle  me  desrobbast  en  sugsant,  comme    on  avalle  les  huytres  en 

75  escalle  '^  et  comme  les  femmes  de  Cilicie  (tesmoing  Dioscorides) 
cuillent  la  graine  de  alkermes  "'  ?  Erreur.  Qui  desrobbe  ne  sugse, 
mais  gruppe  '°  ;  ne  avalle,  mais  emballe'',  ravist  et  joue  de  passe 
passe  '^ 

«  Le  quart  dict  :  ma  femme  me  l'escorchera,  mais  non  tout.  O  le 

80  beau  mot!  Vous  l'interprétez  à  batterie  et  meurtrissure.  C'est  bien  à 
propous  truelle.  Dieu  te  guard  de  mal,  masson  ''.Je  vous  supply,  levez 
un  peu  vos  espritz  de  terriene  pensée  en  contemplation  haultaine 
des  merveilles  de  Nature  :  et  icy  condemnez  vous  vous  mesmes  pour 


Ligne  70.  E  :  cramoysitie  —  E  :  pevache  —  1.  71.  E  :  chassans  —  1.  71-72.  A,  E  : 
s'escurattt  —  1.  72.  E  :  ce  pendant  —  1.  73.  E  :  Autrement  —  1.  74.  E  :  desrohast  —  E  : 
succant  —  I.  75.  E  :  escaille  —  1.  76.  E  :  succe  —  1.  77.  E  :  ravit  —  I.  81.  E  ;  propos 
—  E  :  oarâ  —  1.  82.  E  :  î'O"  —  E  :  terrienne 


ciens  pour  se  garantir  des  moucherons  ;  en  grec 
•/.wvw-ï'.ov.  (C.) 

25.  A  son  aise.  Cf.  Ch.  d'Orléans,  Omnson 
(Littré)  : 

Mieux  amassent  à  gogo 

Gésir  sur  molz  coussinés.  (C.) 

26.  Chasse-mouche. 

27.  Arraché.  Archaïsme,  encore  usuel  dans 
le  Poitou  et  le  Berr>\  Sainéan,  t.  II,  p.   136. 

28.  Écaille.  Cf.  1.  II,  ch.  xix,  n.  35 . 

29.  Alkermes,  terme  officinal  du  Canon  d'A- 
vicenne,  repris  par  R.  probablement  par  l'in- 
termédiaire du  Lumen  apothecariorum  (Sai- 
néan). —  La  «  graine  de  alkermes  »,  toujours 
utilisée  dans  le  Levant  pour  la  teinture  cramoi- 
sie, est  une  galle  ou  zoocécidie  développée  sur 
le  chêne  vert  par  un  insecte  hémiptère,  le  Ker- 
mès ilicis  Fabr.  «  En  Cilicie  il  croist  une  espèce 
de  gaine  es  chesnes,  qui  est  faicte  à  mode  des 


petits  escargots,  laquelle  les  femmes  du  dit  pays 
cueillent  avec  la  bouche  et  l'appellent  graine  à 
teindre  en  escarlatte  ».  Matthiole,  Conim.  sur 
les  6  livres  de  P.  Dioscoride,  Lyon,  Prost,  1542, 
in-fo,  l.IV,  ch.  XLiii,  p.  587,  col.    i.  (D.) 

30.  Attraper.  Cf.  ch.  xii,  n.  40. 

31.  Fait  passer  dans  sa  balle,  empoche. 

32.  Escamote,  fait  passer  la  muscade  au  jeu 
des  gobeletî.  Cf.  La  Farce  duMunyer,  Th.fr., 
p.  169  : 

Je  joue  icy  de  passe  passe. 

Pour  mieulx  faire  mon  tripotage, 
et  Maistre  Hamhrelin,  serviteur  de  maistrc  Ali- 
borum  (1537),  Ane.  poés.Jr.,  t.  XIII,  p.  175  : 

Je  sçay  jouer  de  passe  passe.  (C.) 

33.  Cf.  1.  I,  ch.  XXXIX,  n.  27.  C'est  une  ré- 
ponse bien  à  propos.  Il  n'y  a  pas  grand  mérite 
a  songer  à  dire  bonjour  au  maçon  quand  on 
parle^de  truelle.  (C.) 


CHAPITRE    XVIII  145 

les  erreurs  qu'avez  commis,  perversement  exposant  les  dictz  prophe- 
85  ticques  de  la  dive  Sibylle.  Posé,  mais  non  admis  ne  concédé,  le  cas 
que  ma  femme,  par  l'instigation  de  l'ennemy  d'enfer,  voulust  et  entre- 
print  me  faire  un  maulvais  tour,  me  diffamer,  me  faire  coqu  jusqu'au 
cul,  me  desrober  et  oultrager  ,  encores  ne  viendra  elle  à  fin  de  son 
vouloir  et  entreprinse. 
90  «  La  raison  qui  à  ce  me  meut  est  en  ce  poinct  dernier  fondée  et 
est  extraicte  du  fond  de  pantheologie  '-^  monasticque.  Frère  Artus  Cul- 
letant  5'  me  l'a  aultres  foys  dict,  et  feut  par  un  lundy  matin,  mangeans 
ensemble  un  boisseau  de  guodiveaulx  '^  et  si  pleuvoit,  il  m'en  sou- 
vient, Dieu  luy  doint  le  bon  jour! 
95  «  Les  femmes,  au  commencement  du  monde,  ou  peu  après,  ensem- 
blement  conspirèrent  escorcher  les  hommes  tous  vifz,  parce  que  sus 
elles  maistriser  vouloient  en  tous  lieux.  Et  feut  cestuy  décret  pro- 
mis, confermé  et  juré  entre  elles  par  le  sainct  sang  breguoy  "• .  Mais,  ô 
vaines  entreprinses  des  femmes,  ô  grande  fragilité  du  sexe  femi- 
100  nin  !  Elles  commencèrent  escorcher  l'homme,  ou  gluber  '^  comme  le 
nomme  Catulle,  par  la  partie  qui  plus  leurs  hayte  '^  c'est  le  membre 
nerveulx,  caverneulx,  plus  de  six  mille  ans  a,  et  toutesfoys  jusques  à 
praesent  n'en  ont  escorché  que  la  teste.  Dont,  par  fin  despit,  les  Juifz 
eulx    mesmes  en   circuncision  se  le  couppent   et  retaillent,    mieulx 

Ligne  87.  E  :  coquu  jusques  au  —  I.  88.  A.  desrobber  —  I.90.E  :  qu'à  ce  — I.  92.  E  : 
rha  —  E:  fut  —  E  :  mangeants  —  1.  93.  E.  boysseau  de  goudiveaulx  —  1.  97.  E.  elle  — 
E  :  vouloyent  —  E  :////  —  1.  loi.  E  :  leur  —  l.  102.  E  :  nerveux,  caverneux  —  E  : 
ha  —E  :  touiesfois  —  1.  103  E  :  présent  —  E  :  îe  teste.  Dond  —  1.  104.  E  :  circon- 
sion  —  E  :  coupent 

34.  Théologie  universelle.  Cf.  ch.  ii,  n.  19.      guodiveaux  massifz   et   saulcissons  achevai.  » 

35.  On  ne  peut  dire  si  ce  nom  à  consonance  37.  Sambre  goy,  juron  atténué,  pour  wn^^ 
équivoque  (cf.  prol.,  I.  243)  désigne  un  per-       de  Dieu.  Cf.  R.  E.  R.,  VI,  293. 

sonnage  réel  ou  supposé.  Nous  penchons  pour  38.    Proprement    :    écorcer.   Cf.     Catulle, 

cette  seconde  hypothèse.   Il  ne  reste  rien  en       Épigr.  LIX  : 

tout  cas  du  rapprochement   établi  par  B.  Fil-  ...  .... 

^^  ^     ,       ^         ,  ,.  Nunc  quadriviis  et  angiportis 

Ion  avec  un  certam  Artus  Coultant,   cordeher  ^,  1  -,  r>      •     ^ »»e 

_  '._,„„  Glubit  magnanimes  Remi  nepotes. 

imaginaire  de  Fontenay-le-Comte.  Cf.  R.E.R.^ 

l,  69  et  V,  422.  (C.)  39.  Les  réjouit.  Archaïsme,  formé  sur  hait 

36.  Andouillettes.  Cf.,1.  IV,  ch.  xxxvi  :  un  joie.  Haiter  est  encore  usité  dans  rille-et-Vi- 
grand  nombre  de  n  boudins  sylvaticques,  de       laine  (Littré).  (C.) 

LE   TIERS    LIVRE.  19 


1^6  LE  TIERS    LIVRE 

105  aymans  estre  dictz  recutitz  ^°  et  retaillatz  '*'  marranes,  que  escorchez 
par  femmes,  comme  les  aultres  nations.  Ma  femme,  non  dégénérante 
de  ceste  commune  entreprinse,  me  l'escorchera,  s'il  ne  Test,  je  y  con- 
sens de  franc  vouloir,  mais  non  tout.  Je  vous  en  asceure,  mon  bon 
Roy. 

^^^  —  Vous  (dist  Epistemon)  ne  respondez  à  ce  que  le  rameau  de 
laurier,  nous  voyans,  elle  consyderant  et  exclamante  en  voix  furieuse 
et  espovantable,  brusloit  sans  bruyt  ne  grislement  aulcun.  Vous 
sçavez  que  c'est  triste  augure  et  signe  grandement  redoubtable, 
comme    attestent   Properce  ^^,    Tibulle  ''\    Porphyre  '**,   philosophe 

II)  argut  '''',  Eustathius  '^^  sus  Y  Iliade  homericque  ^',  et  aultres. 

—  Vrayement  (respondit  Panurge)  vous  me  alléguez  de  gentilz 
veaulx*^  Ils  feurent  folz  comme  poètes,  et  resveurs  comme  philo- 
sophes ;  autant  pleins  de  fine  follie  comme  estoit  leur  philosophie.  » 


Ligne  105.  A,  E  :  maranes  —  1.   loé,  A  :  par  femme  —  E  :  par  ma  femme  —  E  : 

autres  —  1.  107.  E  :  j'y  consens  —  1.  108.  E  :  asseure  —  1.  m.  E  :  considérant  — 
A,  E  :  exclamant  —  1.  112.  E  :  espouvantahle  —  E  :  aucun  —  1.  115.  E  :  autres  —  1. 
117.  E  -.furent 

40.  Circoncis,  du  latin  recutitus,  même  sens,  44.  Porphyre,  néo-platonicien  du  me  siècle, 
mot  forgé  par  R.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  78.  dans  son  De  orac.  Philos,  I,  82,  fait  allusion  à 

41.  Retaillé,  du  languedocien  :  retalhat,  re-  la  même  superstition. 

taillé,  circoncis  deux  fois.  Certains  Maures  ou  45.  Subtil,  latinisme  :  à" argiitus ,  même  sens. 

|uifs  d'Espagne,   convertis,  et  qu'on  appelait  46.  Sur  Eustathe,  commentateur  d'Homère, 

Marranes,  se  faisaient  reconstituer  le  prépuce  v.  1.  I,  ProL,  n.  89. 

par  une  nouvelle  opération,  afin  de  dissimuler  47.  Voir  Eustathe.   24,  46,  commentaire  ad 

leur  origine.  Celse,  De  remed.,  1.  VII,  ch.  xxv,  Iliadtm,  I,  14. 

et  Paul  d'Égine,  1.  VI,  ch.  Lin,  traitent  déjà  48.  Marot  applique    le    même   terme    aux 

de  l'autoplastie  préputiale.  (D.)  anonymes  qui  avaient  fait  courir  sous  son  nom 

42.  Et /£«:«/ extinctolaurus  Jt/zw/a  foco.  un  libelle  diffamatoire  pour  les  dames  de  Pa- 

Properce,  III,  xx,  35.  ris,  t.  I,  p.  157  : 

43.  Et   succensa    sacris  crepitet   bene    taurea  ^^^^^^^  ^^^^^^  ^^^  ^^^^.j^  ^^^^^^ 

flammis.  Oui  ont  fat  cil  es  Adieux  noiiveaulx. 

Omine  quo  felix  et  sacer  annus  erit.  ^ 

Tibulle,  II,  V,  81.  (P.) 


Comment  Pantagruel  loue  le  conseil  des  muei^. 


Chapitre  XIX. 


Pantagruel,  ces  mots  achevez,  se  teut  assez  long  temps,  et  sembloit 
grandement  pensif.  Puys  dist  à  Panurge  :  «  L'esprit  maling  vous 
5  seduyt,  mais  escoutez.  J'ay  leu  qu'on  temps  passé  les  plus  véritables 
et  sceurs  oracles  n'estoient  ceulx  que  par  escript  on  bailloit,  ou  par 
parolle  on  proferoit.  Maintes  foys  y  ont  faict  erreur  ceulx  voyre  qui 
estoient  estimez  fins  et  ingénieux,  tant  à  cause  des  amphibologies, 
equivocques  et  obscuritez  des  mots,  que  de  la  briefveté  des  sentences. 

10  Pourtant  feut  Apollo,  dieu  de  vaticination,  surnommé  Ac^taç  '.  Ceulx 
que  l'on  exposoit  par  gestes  et  par  signes  estoient  les  plus  véritables 
et  certains  estimez.  Telle  estoit  l'opinion  de  Heraclitus  *.  Et  ainsi  vati- 
cinoit  Juppiter  en  Amon  ;  ainsi  prophetisoit  Apollo  entre  les  Assy- 
riens '.  Pour  ceste  raison  le  paingnoient  ilz  avecques  longue  barbe, 

i)  et  vestu  comme  personaige  vieulx  et  de  sens  rassis  :  non  nud,  jeune, 
et  sans  barbe,  comme  faisoient  les  Grecz.  Usons  de  ceste  manière, 
et  par  signes,  sans  parler,  conseil  prenez  de  quelque  mut. 

—  J'en  suys  d'advis  (respondit  Panurge). 

—  Mais  (dist  Pantagruel)  il  conviendroit  que  le  mut  feust  sourd  de 


Ligne  3.  E  :  moti  —  1.  5.  E  :  qu'au  —  1.  6.  E  :  seurs  —  l.  8.  A  :  ingenieulx  —  1. 
10.  E:  Loxias  —  1.  1 1.  A,  E  :  par  gestes  et  manque  —  1.  12-15.  A,  E  :  ^""*  vaticinait 
Juppiter  en  Amon  manque  —  1.  14.  E  :  avec  —  1.  15.  A,  E  :  personnaige —  1.  18.  E  : 
suis  —  1.  19.  E  '.fust 

I.  Oblique.  Cf.  Servius,   commentaire  sur  2.  D'après  Plutarque,  De  garrulitate,   x\ii 

VEnéide,  VI,  89  :  «  Et  hoc  est  quod  dicit,  obs-  (5 1 1  B). 

curis  vera  involvens,  nam  licet  vera  sint  latent,  5.  Ce  dernier  trait  est  emprunté  au  traité 

unde  Apollo  ÀoÇ-ac  dicitur,  id  est  obliquus.  »  de  Lucien,  Sur  la  déesse  Syrienne,  ch.   xxxv- 

R.  E:^R.,  IV,  555.  XXXVI. 


148  LE   TIERS    LIVRE 

20  sa  naissance,  et  par  conséquent  mut.  Car  il  n'est  mut  plus  naïf  que 
celluy  qui  oncques  ne  ouyt. 

—  Comment  (respondit  Panurge)  l'entendez?  Si  vray  feust  que 
l'homme  ne  parlast  qui  n'eust  ouy  parler,  je  vous  menerois  à  logi- 
calement  inférer  une  proposition  bien   abhorrente  et  paradoxe.  Mais 

25  laissons  là.  Vous  doncques  ne  croyez  ce  qu'escript  Hérodote  ^  des 
deux  enfans  guardez  dedans  une  case  par  le  vouloir  de  Psammetic  roy 
des  iEgyptiens  et  nourriz  en  perpétuelle  silence,  lesquelz  après  cer- 
tain temps  prononcèrent  ceste  parolle  :  Becus,  laquelle  en  langue 
phrygienne   signifie  pain  ? 

50  —  Rien  moins,  respondit  Pantagruel.  C'est  abus  dire  que  ayons 
languaige  naturel.  Les  languaiges  sont  par  institutions  arbitraires  et 
convenences  des  peuples  ;  les  voix  ^  (comme  disent  les  dialecticiens) 
ne  signifient  naturellement,  mais  à  plaisir.  Je  ne  vous  diz  ce  propous 
sans  cause.  Car  Barthole,  /.  prima  de  verb.  oblig.,  raconte  que,  de  son 

35  temps,  feut  en  Eugube  ^  un  nommé  messer  Nello  de  Gabrielis  \  lequel 
par  accident  estoit  sourd  devenu  :  ce  non  obstant  entendoit  tout 
homme  italian  parlant  tant  secrètement  que  ce  feust,  seulement  à  la 
veue  de  ses  gestes  et  mouvement  des  baulevres  *.  Jay  d'adventaige  leu 
en  autheur  docte  et  eleguant'  que  Tyridates,  roy  de  Arménie,  on  temps 


Ligne  21 .  E  :  celuy  —  E  :  liouyi  —  23.  E  :  tneneroys  —  1.  26.  E  :  garde\  —  E  :  pour 
le  vouloir —  E  :  Psametic  — 1.  27.  E  :  nourrit^  —  1.  31.  E  :  langage  —   E  :  langaiges 

—  1.  32.  E  :  convenantes  —  1.   33.  E  :   dy  —  E  :  propos  —  1.    54.  E  :  /.  i.  de  verb. 

—  1.  35-  E  :  fut  — ■  1.  36.  E  :  nonobstant  —  1.  37.  E  :  Italien  —  E  :  fust  —   1,  38.  E   : 
d'advantaige  —  1.  39.  E  :  auteur  —  A,  E  :  élégant  —  E  :  d'Arménie,  au  temps 

4.  Voir  Hérodote,  II,  2.  quosdam  alios  vidi  :  utrum  poterunt  stipulari  ?  » 

5.  Mots  :  du  latin  voces,  même  sens.  (P.) 

6.  Gubbio,  en  Ombrie,  dans  le  duché  d'Ur-  8.  Balèvres,  lèvres.  Cf.  1.  II,  ch.  xxxii,  n.  24- 
bino.  9.  Cette  anecdote  est  rapportée  par  Lucien, 

7.  «  Quaero,  dit  Barthole,  quaero  quod  si  est  Dialogue  de  ta  Danse,  60,  pour  montrer  quelle 
surdus  et  mutus  talis  qui  intelligit  videndo  mo-  peut  être  l'utilité  d'un  bon  mime  ou  danseur, 
tum  labiorum,  ut  est  D.  Nellus  de  Gabriellis  de  II  ne  nomme  pas  Tiridate.  Mais  R.  pouvait  sa- 
£2/^MtîO,  quiproptersuimagnamperspicantiam»  voir  par  Pline, //ti/.  Nat.,  xxx,  2,  par  Tacite, 
licet  non  audiat  omnino,  tamen  ad  motum  la-  Annales,  xvi,  23,  et  par  Suétone,  AT^-om,  30,  le 
biorum  homines  quantumcumque  loquentes  nom  du  souverain  d'Arménie  qui  était  venu 
intelligit,  quatcnus  ejus\isus  praetenditur  ;  et  visiter  Néron.  (P.) 


CHAPITRE    XIX  I^^ 

40  de  Néron,  visita  Rome,  et  feut  receu  en  sollennité  honorable  et 
pompes  magnificques,  affin  de  l'entretenir  en  amitié  sempiternelle  du 
Sénat  et  peuple  romain  ;  et  n'y  eut  chose  mémorable  en  la  cité,  qui 
ne  luy  feust  monstrée  et  exposée.  A  son  département,  l'empereur  luy 
feist  dons  grands   et  excessifz  ;  oultre,  luy  feist  option  de  choisir  ce 

45  que  plus  en  Rome  luy  plairoit,  avecques  promesse  jurée  de  non  l'es- 
conduire  quoy  qu'il  demandast.  Il  demanda  seulement  un  joueur  de 
farces,  lequel  il  avoit  veu  on  théâtre,  et,  ne  entendent  ce  qu'il  disoit, 
entendoit'°  ce  qu'il  exprimoit  par  signes  et  gesticulations  ;  alléguant 
que  soubs  sa  domination  estoient  peuples  de  divers  languaiges,  pour 

30  es  quelz  respondre  et  parler  luy  convenoit  user  de  plusieurs  truche- 
mens  :  il  seul  à  tous  suffîroit.  Car,  en  matière  de  signifier  par  gestes, 
estoit  tant  excellent  qu'il  sembloit  parler  des  doigtz.  Pourtant  vous 
fault  choisir  un  mut  sourd  de  nature,  affin  que  ses  gestes  et  signes 
vous  soient  naïfvement  propheticques,  non  faincts,  fardez  ne  affectez. 

55  Reste  encores  sçavoir  si  tel  advis  voulez  ou  d'homme  ou  de  femme 
prendre. 

—  Je  (respondit  Panurge)  voluntiers  d'une  femme  le  prendroys,  ne 
feust  que  je  crains  deux  choses. 

«  L'une,  que  les  femmes,  quelques  choses  qu'elles  voyent,  elles  se 

60  représentent  en  leurs  espritz,  elles  pensent,  elles  imaginent  que  soit 
l'entrée  du  sacre  Ithyphalle  ".  Quelques  gestes,  signes  et  maintiens 
que  l'on  face  en  leur  veue  et  pra;sence,  elles  les  interprètent  et  réfèrent 
à  l'acte  mouvent  '"  de  belutaige  '^  Pourtant  y   serions  nous  abusez. 


Ligne  40.  A  :  recièu  —  A  :  solennité;  E  :  solemnité  —  1.  41.  E  :  amyiiè —  1.  43.  E  : 
fust  —  1.  44.  E  :  fist  —  E  :  choysir  —  1.  45.  E  :  avecq  —  l.  47.  E  :  au  théâtre,  et 
n'entendant  —  1.  48.  A,  E  :  allegant  —  1.  49.  E  :  souhi  —  E  :  langaiges  —  1.  50.  E  :  aux 
queli  —  1.  54.  E  :  soyenî  —  1.  55.  A  :  advys  —  1.  58.  E  :  fust  —  1.  éo.  représentent  — 
1.  61.  E  :  Ithiphalle  —  1.  62.  A,  E  :  présence  —  1.  63.  E  :  mouvement  —  E  :  tousabuseï 

10.  Comprenait.  Cf.  1. 1,  ch.  ix,  1.  54  :  «  nul  Phallus  deo  :  Columella  Priapum  Ithyphalluni 
\\  entendait  qui  n'entendist.  »  vocat.  (P.) 

11.  De  îe:?,  droit  et  çaUrJc,  pénis:  image  12.  Oui  relève,  qui  dépend,  comme  une 
du  membre  viril,  que  d'après  Arnobe,  Adversus  terre  est  mouvante  d'un  fief.  R.  joue  sur  le  mot 
gentes,  1.  V,  on  dressait  en  Grèce,  en  l'honneur  qui  signifie  aussi  remuant. 

de  Bacchus.   Cf.  Érasme,   Adages,  III,  3,63,  13.  Tamisage.  Sens   libre,  par  allusion   au 


150  LE    TIERS    LIVRE 

Car  la  femme  penseroit  tous  nos  signes  estre  signes  vénériens.  Vous 

65  souvieigne  de  ce  que  advint  en  Rome  deux  cens  Ix  ans  après  la  fon- 
dation d'icelle  ''^.  Un  jeune  gentilhomme  romain,  rencontrant  on 
mons  Cœlion'^  une  dame  latine  nommée  Vérone,  mute  et  sourde  de 
nature,  luy  demanda  avecques  gesticulations  '*  italiques,  en  igno- 
rance  d'icelle  surdité,    quelz    sénateurs   elle   avoit   rencontré  par  la 

70  montée  ?  Elle,  non  entendent  ce  qu'il  disoit,  imagina  estre  ce  qu'elle 
pourpensoit,  et  ce  que  un  jeune  homme  naturelement  demande  d'une 
femme.  Adoncques  par  signes  (qui  en  amour  sont  incomparable- 
ment plus  attractifz,  efficaces  et  valables  que  parolles)  le  tira  à  part 
en  sa  maison,  signes  luy  feist  que  le  jeu  luy  plaisoit.  En  fin,  sans  de 

75   bouche  mot  dire,  feirent  beau  bruit  de  cuUetis. 

«  L'aultre,  qu'elles  ne  feroient  à  nos  signes  response  aulcune  :  elles 
soubdain  tomberoienten  arrière  comme  reallement  consententes  à  nos 
tacites  demandes.  Ou  si  signes  aulcuns  nous  faisoient  responsifz  à 
nos  propositions,  ilz  seroient   tant  follastres  et    ridicules  que  nous 

80  mesmes  estimerions  leurs  pensemens  estre  venereicques.  Vous  sçavez 
comment,  à  Croquignoles  '',  quand  la  nonnain  seurFessue  ''^  feut  par  le 


Ligne  64.  E  :  noi  —  1.  64-65.  E:  souvienne  —  1.  65.  E  :  qu'advind  —  A  :  CCLX 
ans  ;  E  :  CCXL  —  1.  66.  E.  :  au  mont  —  1.  68.  E  :  avec  —  A,  E  :  italicques  —  1.  68- 
69.  A  :  surdité,  quantes  heures  estaient  à  l'horologe  de  la  rocquette  Tarpeïe.  Elle  ;  E  :  sur- 
dité, quantes  heures  estaient  a  Vhorologe  de  la  Roquette  Tarpeie.  Elle  ;  —  1.  70.  E  :  enten- 
dant —  1.  71.  E  :  qu'un  —  A,  E  :  naturellement  —  E  :  Adoncquc  —  1.  73.  A,  E  :  val- 
lables —  1.74.  E  :  feit  —  1.  75.  A,  E  .[bruyt  —  1.  76.  E  :  Vautre  —  E  :  noi  —  E  : 
aucune  :  elle  —  1.  77.  E  :  consentantes  —  E  :  noi  —  1.  80.  E  :  venericques —  1.  81.  A, 
E  :  Brignales^^  —  E  :  sœur  —  "E:  fut 

mouvement  de  va-et-vient  du  tamis.  Cf.  1.  I,  17.  Ch.-L  arrond.  (Var).  En  1546,  le  cou- 

ch.  XXII,  n.  189.  vent  d'Ursulines  de  Brignoles  n'existait  pas. 

14.  Cette  anecdote  se  trouve  dans  V Horloge  18.  Commt  frère  Liihin  ou  frère  Frappart, 
des  Princes  de  l'espagnol  Antonio  de  Guevara,  ce  nom  est  une  appellation  générique  de  la 
ouvrage  traduit  de  «  castillan  en  françois  »  en  nonnain.  Le  manuscrit  La  Vallière  contient  une 
1540,  par  René  Berthaut  de  la  Grise.  (P.)  farce  intitulée  Seur  Fessue,  et  dans  la  Farce  de 

15.  Coelius  mons,  nu]omà'hu[  Saint- Jean  de  la  viere  de  ville  (vers  1540)  le  garde  cul  ré- 
Latran,  une  des  sept  collines  de  Rome.  cite  : 

16.  Avec  force  gesticulations,   comme  en 

font  les  Italiens.  C'est  un  trait  d'observation  de  II  ne  fault  c'une  seur  fessue 

R .  Ayant  vouloir  estre  pansue 


CHAPITRE    XIX  151 

jeune  briffault  ''  dam  Royddimet  '°  engraissée,  et  la  groisse  congnue, 
appellée  par  l'abbesse  en  chapitre  et  arguée  de  inceste,  elle  s'excusoit, 
alléguante  que  ce  n'avoit  esté  de  son  consentement,  ce  avoit  esté  par 

85  violence  et  par  la  force  du  frère  Royddimet  *'.  L'abbesse  replicante  et 
disante  :  «  Meschante,  c'estoit  on  dortouoir,  pourquoy  ne  crioys  tu 
à  la  force,  nous  toutes  eussions  couru  à  ton  ayde?  »,  respondit 
qu'elle  ne  ausoit  crier  on  dortouoir,  pour  ce  qu'on  dortouoir  y  a  silence 
sempiternelle.  «  Mais  (dist  l'abbesse),  meschante  que  tu  es,  pourquoy 

90  ne  faisois  tu  signes  à  tes  voisines  de  chambre  ?  » 

«  —  Je  (respondit  la  Fessue)  leurs  faisois  signes  du  cul  "  tant 
que  povois,  mais  personne  ne  me  secourut. 

a  —  Mais  (demanda  l'abbesse),  meschante,  pourquoy  incontinent 
ne  me  le  veins  tu  dire  et  l'accuser  reguliairement?  Ainsi  eusse  je  faict, 

95  si  le  cas  me  feust  advenu,  pour  demonstrer  mon  innocence. 


Ligne  82.  E  :  Roydimet  engrossée  —  E  :  grosse  congneue  —  1.  84.  A,  E  :  allegant  — 
1.  85.  A  :  violance  —  E  :  Roydimet  —  l.  85-86.  A  :  replicani  et  disant  ;  E  :  répliquant  et 

disant  —  I.  88.  E  :  aî/  dortoier  —  \.  88.  E  :  nosoit  —  E  :  au  dortoir  —  1.  90.  E  : 

voysines  —  1.  92.  E  :  pouvois  —  1.  94.  E  :  vins  —  E  :  régulièrement  —  1.  95.  E  :  fust 

De  quelc' un  qui  l'ayt  regardée,  21.  Cette  anecdote  est  empruntée  à  un  des 

Alors  je  perdoys  mes  profis.  Colloques  d'Érasme,  'I/Ouoçpayt'a,  et  se   trouve 

Ci.  R.  E .  R.,  IV,  275.  ^^]^  '^^"s  le  Chasteau  de  Virginité  de  Georges 

19.  Frère  lai  entretenu  par  des  religieuses  à  d'Esclavonie  (Paris,  Vérard,  1505).  Érasme  la 
charge  de  quêter  pour  elles.  Cf.  1.  I,  ch.  liv,  rapportait  comme  exemple  d'une  erreur  com- 
n.  26.  mune  à  beaucoup  de  religieux,  qui  observent 

20.  Équivoque  libre  entre  raide  y  met  et  le  'es  règles  de  leur  ordre  avec  plus  de  scrupule 
verset  du  psaume  cxxx  :  «  Et  ipse  redimet  Is-  que  les  commandements  de  Dieu.  C'est  le  cas 
rael».  Cf.  Des  Accords,  Équivoques.  La  langue  de  la  nonnain,  lorsqu'elle  allègue  sa  seconde 
verte  du  xve  et  du  xvie  siècles  forgeait  volon-  excuse,  que  R.  traduit  d'Érasme.  Le  reste  du 
tiers  des  noms  de  ce  genre.  Cf.  Parn.  satyr.  dialogue  est  de  l'invention  de  R.,  y  compris  la 
XV'  s.,  p.  146  :  troisième  réponse  de  la  religieuse,  qui  rattache 

Se  vous  avez  bruit  es  amoreux  jus,  l'anecdote  aux  propos  de  Panurge.  Voir  Plat- 

Comme  unz  Persant  ou  unz  maistre  Broiard  :  tard,  p.  333. 

Ce  n'ay  je  pas,  qui  suy  tout  rué  jus  ^2.  Cf.  Marot,  t.  III,  p.  70  : 

Et  trebuchiés  es  mains  Colin  Ploiart.  Martin  dit  lors  :  «  S'il  venoit  par  derrière 

Et  Molinet,  Dialogue  du  gendarme  :  Quelque  lourdault,  ce  seroit  grand  vergogne  ; 

Jehan  Mauroyd  et  Collin  Mollet  —  Du  cul,  dit  elle,  vous  ferei  signe  «  Arrière, 

L'occiront  si  n'y  remédie.  (C.)  Passez  chemin,  laissez  faire  besongne.  »  (C). 


152  LE   TIERS    LIVRE 

«  —  Pource  (respondit  la  Fessue)  que  craignante  demeurer  en 
péché  et  estât  de  damnation,  de  paour  que  ne  feusse  de  mort  soub- 
daine  prasvenue,  je  me  confessay  à  luy  avant  qu'il  departist  de  la 
chambre,  et  il  me  bailla  en  pénitence  non  le  dire  ne  déceler  à  per- 

100  sonne.  Trop  énorme  eust  esté  le  péché,  révéler  sa  confession,  et  trop 
détestable  davant  Dieu  et  les  anges.  Par  adventure  eust  ce  esté  cause 
que  le  feu  du  ciel  eust  ars  toute  l'abbaye,  et  toutes  feussions  tombées 
en  abisme  avecques  Dathan  et  Abiron  ^\  y> 

—  Vous  (dist  Pantagruel)  jà  ne  m'en  ferez  rire.  Je  sçay  assez  que 

105  toute  moinerie  moins  crainct  les  commandemens  de  Dieu  transgresser 
que  leurs  statutz  provinciaulx  '^  Prenez  doncques  un  homme.  Naz- 
decabre  ^^  me  semble  idoine.  Il  est  mut  et  sourd  de  naissance.  » 


Ligne  96. 'A,  E  :  craignant  —  E  :  demeurer  —  1.  97.  E  :  paeur  —  E  :  fusse  à  mort 
—  I.  98.  E  |:  prévenue  —  1.  99.  A,  E  :  de  non  le  dire  —  1.  loi.  E  :  devant  — 
1.  102.  E  :  fussions  —  1.  103.  A,  E  :  abysme  —  E  :  avec  —  1.  105.  E  :  moynerie  —  A  : 
commendemens 

25.  Allusion  à  un  épisode  raconté  dans  les  mo  et  perierunt  de   medio   multitudinis.  » 
Nombres,  XVI,  30-33.  Dathan  et  Abiron  s'é-  (P.) 

talent  révoltés  contre  Moïse.  «  Confestim  igi-  24.  Cette  réflexion  de  Pantagruel,  emprun- 

tur  ut  cessavit  loqui,  dirupta  est  terra  sub  pe-  tée  à  Érasme,  ne  porte,  en  fait,  que  sur  la  se- 

dibus  eorum  ;  conde  réponse  de  la  nonnain,  réponse  admise, 

Et  aperiens  os  suum,  devoravit  illos  cum  ta-  contre     toute     vraisemblance,    comme    une 

bernaculis  eorum.  excuse  de  bonne  foi.   (P.) 

Descenderuntque  viviin  infernum  operti  hu-         95.  Nez-de-chèvre,  en  languedocien. 


Comment  Na^decabre  par  signes  respond  à  Panurge. 
Chapitre  XX. 


Nazdecabre  feut  mandé,  et  au  lendemain  arriva.  Panurge  à  son 
arrivée  luy  donna  un  veau  gras,  un  demy  pourceau,  deux  bussars  ' 

5  de  vin,  une  charge  de  bled  et  trente  francs  en  menue  monnoye  • 
puis  le  mena  davant  Pantagruel,  et,  en  prassence  des  gentilz  homes 
de  chambre,  luy  feist  tel  signe  :  il  baisla  '  assez  longuement,  et  en 
baislant  faisoit  hors  la  bouche  avecques  le  poulce  de  la  main  dextre 
la  figure  de  la  lettre  grecque  dicte  Tau,  par  fréquentes   réitérations. 

10  Puis  leva  les  œilz  au  ciel,  et  les  tournoyoit  en  la  teste  comme  une 
chèvre  qui  avorte  '  ;  toussoit,  ce  faisant,  et  profondement  souspiroit. 
Cela  faict  monstroit  le  default  de  sa  braguette,  puys  sous  sa  chemise 
print  son  pistolandier  ^  à  plein  poing  et  le  faisoit  mélodieusement 
clicquer  entre  ses  cuisses  ;  se  enclina  fléchissant  le  genoil  guausche, 

15   et  resta  tenent  ses  deux  braz  sus  la  poictrine  lassez  l'un  sus  l'aultre. 

Nazdecabre  curieusement  le  reguardoit,  puys  leva  la  main  guausche 

en  l'aër  et  retint  clous  ^  en  poing  tous  les  doigtz  d'icelle,  excepté  le 


Ligne  3.  E/w/  —  1.  5.  A  :  monnoie  —  1.  é.  A  :  puys  —  E  :  devant  —  E  :  présence 
—  1.  7.  E  :  air  —  A,  E  :  excepte^  —  1.  8.  E  :  avecque  —  1.  9.  A,  E  :  letre  —  E  :  fré- 
quentes —  1.  10.  A  :  Puys —  A,  E  :  yeulx  —  A  :  tournoioit  ;  E  :  touruoit  —  1.  12.  E  : 
puis  —  A,  E  :  souhs  —  I.  14.  E  :  cuysses  —  A,  E  :  gausche  —  1.  15.  E  :  tenant  —  E  : 
bras  —  E  :  autre  —  1.  lé.  E  :  regardait,  puis  —  A,  E  :  gausche 

1.  Futaille  d'environ  268  litres.   Cf.    1.   I,  de  celui  de  Panurge  et  de  Thaumaste.  (C.) 
ch.  IV,  n.  32.  4.  Poignard,  au  sens  libre.  Cf.   1.   IV,  ch. 

2.  Bâilla.  Forme  archaïque.  liv  :  «  Pour  les  saigner...  droict  entre  les  deux 

3.  Cf.  1.  II,  ch.  XIX,  1.  121  :  «  Tournant  les  gros  horteilz  avecques  certains  pistolandicrs  ». 
ytxA:^  &n\SiXts\.ç  comme  une  chievre  qui  metirt-)-).  Le  mot  est  un  dérivé  de  pistolet.  Cf.  ProL, 
Le  dialogue  par  signes  de  Panurge  et  de  Naz-  n.  97. 

decabre  reproduit  fatalement  plus  d'un  geste  5.  Clos.  Cf.  1.  I,  ch.  11,  n.  22. 

LE   TIERS   LIVRE.  20 


154 


LE   TIERS    LIVRE 


poulce  et    le   doigt  indice,   des    quelz    il    acoubla  ^   mollement    les 
deux  ongles  ensemble. 
20       «  J'entends  (dist  Pantagruel)  ce  qu'il  prastend  par  cestuy  signe.  Il 
dénote  mariage  et  d'abondant  le  nombre  trentenaire  scelon  la  pro- 
fession des  Pythagoriens  \  Vous  serez  marié. 

—  Grand  mercy  (dist  Panurge  se  tournant  vers  Nazdecabre)  mon 
petit  architriclin  ^    mon  comité  ^   mon    algousan  '°,   mon  sbire  ", 
::5   mon  barizel  '^  » 

Puys  leva  en  l'aër  plus  hault  la  dicte  main  guausche,  extendent 
tous  les  cinq  doigtz  d'icelle,  et  les  esloignant  uns  des  aultres,  tant  que 
esloigner  povoit. 

c(  Icy  (dist  Pantagruel)  plus  amplement  nous  insinue,  par  significa- 
30  tion  du  nombre   quinaire    '5,  que    serez   marié.    Et    non  seulement 


Ligne  20.  E  :  prétend  —  1.  21.  E  :  selon  —  1.  22.  E  :  Pilhagorlens  —  1.  24.  E  :  com- 
mite  — E  :  algosan  —  A,  E  :  mon  sbire,  mon  hariiel  manque  —  1.  26.  E  :  Puis  —  A, 
E  :  éleva  —  E  :  air  —  A,  E  :  gausche  —  E  :  cstendant  —  1.  27.  E  :  autres 


6.  Accoupla.  Cf.  1.  II,  ch.  xix,  n.  23. 

7.  Une  bonne  partie  de  l'interprétation  de 
la  mimique  de  Nazdecabre  est  fondée  sur  deux 
sciences  assez  connues  des  clercs  du  xvie 
siècle  :  1°  la  représentation  des  nombres  par 
les  gestes  ou  mouvements  des  doigts  ;  2°  la 
symbolique  des  nombres. 

Le  théologien  anglais  Bède-le-Vénérable 
(ix=  s.)  avait  écrit  un  traité  sur  la  manière 
d'exprimer  les  nombres  par  gestes  :  De  com- 
puto,  seu  loquela  per  gestwii  digiiorum,  que  les 
érudits  du  moyen  âge  et  du  xvie  siècle  citent 
parfois.  On  le  trouve  mentionné  dans  H.  Cor- 
neille Agrippa,  Caelius  Rhodiginus,  etc. 

La  symbolique  des  nombres,  créée  par  les 
Pythagoriciens,  avait  été  vulgarisée  par  le 
traité  philosophique  de  Martianus  Capella,  De 
nuptiis  Philologie  et  Mercurii,  qui  était  en- 
core étudié  au  xvie  s.  —  R.  pouvait  lire,  par 
exemple,  dans  le  De  occulta  philosophia,  II,  16  : 


«  Cum  dicis  triginta,  ungues  indicis  et  poUicis 
blando  conjunges  amplexu.  »  C'est  le  pre- 
mier geste  de  Nazdecabre.  Dans  Cselius  Rho- 
diginus (XII,  43)  on  lit  aussi  :  «  Triginta 
referri  ad  nuptias .  »  (P.) 

8.  Ordonnateur  du  festin.  Cf.  Prol.,  n.  169. 

9.  Le  mot  signifie  en  italien  compagnon  et 
dans  un  sens  plus  restreint  :  commandant  de 
chiourme  (cf.  R.  E.  R.,  VIII,  44).  Ce  dernier 
sens  appelle  par  association  d'idées  les  épithètes 
qui  suivent.  (P.) 

10.  Avgousm.  Cî.  R.  E.  R.,V1, 3 14,  VIII,  43. 

1 1.  Archer  de  police,  à  Rome. 

12.  Capitaine  de  sbires.  Cf.  R.  E.  R.,  VIII, 
44.  Cf.  Mém.  de  Vieilleville,  VII,  i  :  «  ayant 
envoyé  le  harisel  avec  tous  ses  sbierres,  qui  est 
à  dire  en  françois  le  prevost  et  ses  archers  » 
(Littré).  (C.) 

13.  D'après  Plutarque,  Owa/îowj  rowwmw, 
IL 


CHAPITRE   XX  155 

effiancé,  espousé  et  marié,  mais  en  oultre  que  habiterez  et  serez  bien 
avant  de  feste.  Car  Pythagoras  appelloit  le  nombre  quinaire  nombre 
nuptial,  nopces  et  mariage  consommé  ''^,  pour  ceste  raison  qu'il  est 
composé  de  Trias,  qui  est  nombre  premier  impar  et  superflu  '^  et 
35  de  Dyas,  qui  est  nombre  premier  par,  comme  de  masle  et  de  femelle 
coublez  ensemblement.  De  faict  à  Rome  jadis  au  jour  des  nopces  on 
allumoit  cinq  flambeaulx  de  cire  '^  ;  et  n'estoit  licite  d'en  allumer  plus, 
feust  es  nopces  des  plus  riches,  ne  moins,  feust  es  nopces  des  plus 
indigens.  D'advantaige  on  temps  passé  les  payens  imploroient  cinq 
40  dieux,  ou  un  Dieu  en  cinq  bénéfices  '^  sus  ceulx  que  l'on  marioit  : 
Juppiter  nuptial,  Juno  présidente  de  la  feste,  Venus  la  belle,  Pytho 
déesse  de  persuasion  et  beau  parler  et  Diane  pour  secours  on  travail 
d'enfantement  '^ 

—  O  (s'escria  Panurge)  le  gentil  Nazdecabre  !  Je  luy  veulx  donner 
45   une  métairie  près  Cinays  '^  et  un  moulin  à  vent  en  Mirebalais  '°.  » 

Ce  faict,  le  mut  estérnua  en  insigne  véhémence  et  concussion  de 
tout  le  corps  se  destournant  à  guausche. 

«Vertus  beufde  boys  (dist  Pantagruel)  qu'est  cela?  Ce  n'est  à  vostre 
adventaige.  Il  dénote  que  vostre  mariage  sera  infauste  ^'  et  malheu- 


Ligne  3 1 .  E  :  fiancé  —  1.  57.  E  :  flambeaux  de  cyre  —  38.  E  :  Just  —  A,  E  :  moings  — 

E  :  fust  —  1.  39.  E  :  au  temps  —  1.  40.  E  :  sur  —  1.  41.  E  :  Jupiter  —  E  :  présidente 

—  A,  E  :  Pitho  —  1.  42.  E  :  au  travail  —  l.  46.  E  :  muet —  1.  47.  A,  E  :  gausche 

—  1.  48.  E  :  Vertu  —  E  :  quest  cela  —  1.  49.  E  :  advantaige 

14.  Cf.  Martianus  Capella,  De  nuptiis  Philo-  17.  Bienfaits,  attributs  bienfaisants. 
logizet  Mercurii,  VII,  732  :  «  Pentas,<\\i\  nume-  18.  L'énumération  de  ces  cinq  divinités,  qui 
rus  permixtione  naturali  copulatur,  constat  ex  présidaient  au  mariage  chez  les  Anciens,  est 
utriusque  sexus  numéro.  Trias  quippe  virilis  donnée  par  Plutarque,  Questions  romaines,  II. 
est,  Dyas  femineus  sestimatur  «,  et  Casiius  (P.) 
Rhodiginus,  Antiq.  lect.,Xll,  10  :  «  Quinarius  19.  Cinais,  cant.,  arrond.  Chirion  (Indre-et- 
numerus  yatjLo;  dicitur,  ex  binario  nâmque pa-  Loire).  Cf.  I.  I,  ch.  iv,  n.  17.  (C.) 

ri  consurgit  et  impari  binario.  »  (P.)  20.  Pays  du   Poitou  qui  correspondait  au 

15.  Le  sens  de  ce  mot  ici  est  obscur  :  peut-  territoire  de  la  baronnie  de  Mirebeau  :  ch.-l. 
être  traduit-il  le  mot  grec  zEotT-ô;,  qui  signifie  cant.,  arrond.  Poitiers  (Vienne).  Cf.  1.  I,  ch. 
impair  et  surabondant .  (P .)  xi,  n.  85.  (C.) 

16.  D'après  Plutarque,  Questions  romaines,  21.  Malheureux.  Latinisme  commun,  d'zw- 
II.  fausliis,  même  sens.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  74. 


156  LE   TIERS    LIVRE 

50  reux.  Cestuy  esternuement  (scelon  la  doctrine  de  Terpsion)  -^  est  le 
d^mon  socraticque  ;  lequel  faict  à  dextre  signifie  qu'en  asceurance  et 
hardiment  on  peut  faire  et  aller  ce  et  la  part  qu'on  a  délibéré,  les 
entrée,  progrès,  et  succès  seront  bons  et  heureux  ;  faict  à  guausche, 
au  contraire. 

55  —  Vous  (dist  Panurge)  tousjours  prenez  les  matières  au  pis,  et 
tousjours  obturbez  ^\  comme  un  aultre  Davus  ^^.  Je  n'en  croy  rien. 
Et  ne  congneuz  oncques  sinon  en  déception  ce  vieulx  trepelu  ^^ 
Terpsion. 

—  Toutesfoys  (dist  Pantagruel)  Ciceron  en  dict  je  ne  sçay  quoy, 

60  on  second  livre  De  Divination  '^  » 

Puys  se  tourne  vers  Nazdecabre,  et  luy  faict  tel  signe.  Il  renversa 
les  paulpieres  des  œilz  contre  m.ont,  tortoit  les  mandibules  de  dextre 
en  senestre,  tira  la  langue  à  demy  hors  la  bouche.  Ce  faict,  posa  la 
main  guausche  ouverte,  exceptez  le  maistre  doigt,  lequel  retint  perpen- 

65  diculairement  sus  la  paulme,  et  ainsi  l'assist  au  lieu  de  sa  braguette  ; 
la  dextre  retint  clause  en  poing,  exceptez  le  poulce,  lequel  droict  il 
retourna  arriéré  soubs  l'escelle  dextre,  et  l'assist  au  dessus  des  fesses 
on  lieu  que  les  Arabes  appellent  Al  Katim  *'.  Soubdain  après  changea, 
et  la  main  dextre  tint  en  forme  de  la  senestre,  et  la  posa  sus  le  lieu  de 


Ligne  50.  E  :  selon  —  1.  51.  E  :  démon —  E  :  asseurance  —  1,  52.  E  :  peult.  .  .  aller 
celle  part  quon  ha  —  1.  5  3.  E  :  entrées  —  A,  E  :  gausche  —  1.  56.  E  :  autre  —  I.  57.  E  : 
oncque  —  1.  59.  E  :  Toutesjois  —  1.  60.  E.  au  second  —  1.  éi.  E  :  Puis  —  E  :  r'enversa 

—  1.  62.  A,  E  :  yeulx  —  E  :  contremont,  tordoit  —  1.  64.  A,  E  :  gausche  —  E  :  excepté 

—  1.  65.  E  :  Fassit —  1.  66.  E  :  close —  E  :  excepté  — 1.  67.  E  :  aiscelle —  1.  68.  E  :  au 
lieu  —  A  :  alkatim;  E  :  Alliatum —  1.  69.  E  :  sur 

22.  Traduit  de  Plutarque,  rfe  (jeHzo5ocra;/5,  24.  k  ]âm  perturhavi  omnia  »,  dit  l'esclave 
XX  (581  B)  :  «  McYapt"''-oy  "'voç  rjy.ouaa  (Tspi^t-  Dave,  dans  VAndrienne  de  Térence,  III,  4,  22. 
(ovo;  Ô£  ÈxEÏvoç)  oTt  tÔ  SuxpaTOUç  BaijjLOv'.ov  (P.) 
TZTapaô;  riv,  o  te  -ap'aù-oO'   v.aX    b   r.ap'   aXXtov.  ^S-  Piètre.  Ci.  \.  1,   en.  IX,  n.  7. 

t-tpàù  [i£v  rapdvTOç  £z  H'-^i,  EtV  o-iaÔ£v,  el'r,  26.  Au  1.  II,   40,    §    84   :    «  Qu^  si  susci- 

£>poŒ0£v,    ôpaàv  ajTov  kr.\  tÎjv  -paÇiv,    eÎ  o'ÈÇ  piamus...  Qt  sternutamenta  erunt  ohsQrvanàa  ». 

àpiGTEpaç,    izTwOTpi-EaÔat.  »    Texte    traduit    et  ("•  ) 

résumé  dans  Cselius  Rhodiginus,  Antique  lec-  27.  Le  sacrum  ;   mot    dérivé   de  l'arabe  : 

tiones  I  ^  i  "  Alcliatim  est  pars  contitietis  spondyles  quinque 

(P.)  qui  siint  immédiate  infrà  spondylem   12  »,  dit 

23.  Troubler, du  latin  oJ/îirJfl?-^,  même  sens.  Andréas    Bellunensis,     commentateur    d'Avi- 


CHAPITRE    XX 


157 


70  la  braguette,  la  guausche  tint  en  forme  de  la  dextre,  et  la  posa  sus 
l'Ai  Katim.  Cestuy  changement  de  mains  réitéra  par  neuf  foys.  A  la 
neufiesme,  remist  les  paulpieres  des  œilz  en  leur  position  naturelle  ; 
aussi  feist  les  mandibules  et  la  langue  ;  puys  jecta  son  reguard  biscle  ^^ 
sus  Nazdecabre,  branlant  les  baulevres  ^^,  comme    font    les   cinges 

75  de  séjour  '°  et  comme  font  les  connins  ''  mangeans  avoine  en  gerbe. 

Adoncques  Nazdecabre  éleva  en  l'aër  la  main  dextre  toute  ouverte, 

puys  mist  le  poulce  d'icelle  jusques  à  la  première  articulation  entre 

la  tierce  joincture  du  maistre  doigt  et  du  doigt  médical,  les  resserrant 

assez  fort  au  tour  du  poulce,  le  reste  des  joinctures  d'iceulx  retirant 

80  on  poing,  et  droictz  extendent  les  doigtz  indice  et  petit.  La  main 
ainsi  composée,  posa  sus  le  nombril  de  Panurge,  mouvent  continuel- 
ement  le  poulce  susdict,  et  appuyant  icelle  main  sus  les  doigtz  petit 
et  indice,  comme  sus  deux  jambes  '\  Ainsi  montoit  d'icelle  main 
successivement  à  travers  le  ventre,  le  stomach,  la  poictrine,  et  le  coul 

85  de  Panurge  ;  puys  au  menton  et  dedans  la  bouche  luy  mist  le  sus- 
dict poulce  branslant  ;  puys  luy  en  frota  le  nez,  et  montant  oultre  aux 
œilz  faignoitles  luy  vouloir  crever  avecques  le  poulce.  A  tant  Panurge 
se  fascha,  et  taschoit  se  défaire  et  retirer  du  mut.  Mais  Nazdecabre 
continuoit  luy  touchant  avecques  celuy  poulce  branslant  maintenant 

90  les  œilz,  maintenant  le  front,  et  les  limittes  de  son  bonnet.  En  fin 
Panurge  s'escria,  disant  :  «  Par  Dieu  maistre  fol,  vous  serez  battu  si 


Ligne  70.  A,  E  : gaiische  —  1.  71 .  A  :  alkatim  ;  E  :  alïietim  —  1.  72.  A  :  neufviesme  — 
A,  E  :  yeulx  —  1.  73.  A  :  aussy  —  E  :  regard  —  1.  74.  E  :  branslant  —  E  :  singes  — 
1,  76.  E  :  Adonc  —  E  :  esleva  —  1.  77.  E  :  puis  —  1.  78.  E  :  reserrant  —  1.  79.  E  :  autour 

—  1.  80.  E  :  au  poing  —  E:  droici  estendant  —  1.  82.  E  :  petiti  —  1.  84.  E  :  Vestomach 

—  E  :  col  —  1.  85.  E  :  puis  —  1.  86.  E.  puis  —  A  :  frotta  —  1.  87.  A,  E  :  yeulx  — 
avec  —  1.  88.  E  :  deffaire  —  1.  89.  E  :  luy  continuoit  —  E  :  avec  —  1.  90.  A,  E  :  yeulx 

—  E  :  limetes 

cenne.  R.  a  probablement  pris  ce  terme  dans  31.  Les  lapins.  Archaïsme. 

Avicenne.  (D.)  32.  C'est  le  jeu  d'enfant   désigné  dans  la 

28.  Bigle,  louche.  Bide,  bicler  sont  encore  liste  de  Gargantua  sous  le  nom  de  monte,  monte 
usités  en  Poitou.  (C.)  Veschelette,  tel  qu'il  se  pratique  en  Poitou.  Cf. 

29.  Les  lèvres.  Cf.  1.  11,  ch.  xxxii,  n.  24.  1.  I,  ch.  xx,  n.  200,  une  explication  angevine 

30.  De  loisir.  Cf.  1.  I,  Prol.,  n.  36.  un  peu  différente.  (C.) 


158 


LE   TIERS    LIVRE 


ne  me  laissez  ;  si  plus  me  faschez,  vous  aurez  de  ma  main  un  masque 
sus  vostre  paillard  visaige. 

—  Il  est  (dist  lors  Frère  Jan)  sourd.  Il  n'entend  ce  que  tu  luy  diz, 
95   couillon.  Faictz  luy  en  signe  une  gresle  de  coups  de  poing  sus  le 

mourre  ''. 

—  Que  Diable  (dist  Panurge)  veult  prastendre  ce  maistre  AUi- 
boron  ''^  ?  Il  m'a  presque  poché  '^  les  œilz  au  beurre  noir5^  Par  Dieu, 
dajurandi'\  je  vous  festoiray   d'un  banquet  de   nazardes   '^  entre- 

100  lardé  de  doubles  chinquenaudes  '\  »  Puys  le  laissa   luy  faisant  la 
petarrade  ^°. 


Ligne  94.  E  :  dis  —  1.  97.  E  :  prétendre  —  1.  97-98.  E  :  Alihoron  —  1.  98.  A,  E  : 
yeulx  —  1.  100.  E  :  Puis 


33.  Museau.  Mot  languedocien.  Voir  Sai- 
néan,  t.  II,  p.  188. 

34.  Ce  terme,  que  La  Fontaine  a  appliqué 
pour  jamais  à  l'âne,  avait  au  moyen  âge  un 
tout  autre  sens.  Dans  le  Roman  de  Renart,  v. 
19.309,  il  semble  désigner  une  sorte  d'herbe  à 
guérir.  Au  xve  s.  dans  le  Miracle  de  sainte  Ge- 
neviève (Littré),  il  prend  la  signification  de  sa- 
vant ou  de  faux  savant  en  toutes  sortes  de 
sciences  (sens  métaphorique  qui  peut  découler 
du  précédent)  : 

Si  je  fusse  roi  ou  régent 
Ou  un  grand  maistre  alihoron, 
Chascun  ostast  son  chaperon. 

Dans  le  Mystère  de  la  Passion,  1532,  fol.  207, 
c'est  un  des  titres  ironiques  donnés  par  les 
Juifs  à  Jésus-Christ  : 

G..\DIFER 

Syre  roy,  maistre  Alihorum 

Griffon 
Hée  !  ave  rex  judeorum. 
Le  magister  de  la  farce  de  Maistre  Mimin 
(Fournier,  Th.  fr.,  317)  dit  en  parlant  de  celui- 
ci  : 

Tenez  quel  maistre  Al iboniml 
Et   en  1537    le  terme  figure  dans  le  texte 
d'une  pièce  en  vers  (Ane.  poès.  jr.,  t.  XIII, 


p.  170)  :  A.  M.  Hambrelin,  serviteur  de 
maistre  Aliborum.  Il  courait  alors  une  facétie 
en  vers  :  maistre  Aliborum  qui  de  tout  se  mesle 
et  sçait  faire  tous  mestiers  et  de  tout  rien.  (C.) 
Voy.  Maître  Alihoron,  Etude  étym.,  par  A. 
Thomas  (19 19). 

35.  Cf.  1.  IV,  ch.  XII  :  «  Si  bien  qu'il  resta 
tout  estourdy  et  meurtry,  un  œil  poché  au 
beurre  noir.  »  Jeu  de  mots  entre  yeux  et  œufs. 
Un  œil  meurtri  d'un  coup  de  poing  gonfle  et 
s'enveloppe  dans  les  paupières  comme  un  œuf 
jeté  dans  l'eau,  le  bouillon  ou  le  beurre  bouil- 
lant s'entoure  de  son  blanc.  L'équivoque  ne 
date  peut-être  que  du  xvi^  s.,  et  l'expression 
pochier  les  yeux  (xii^  s.)  veut  sans  doute  dire 
les  meurtrir  avec  le  pouce.  (C.) 

36.  Le  cerne  noir  produit  par  la  meurtris- 
sure et  le  sang  extravasé  est  comparé  au  beurre 
noir  où  plonge  l'œuf  poché.  (D.) 

37.  Da  veniavi  jurandi.  Permettez-moi  de 
jurer. 

38.  Chiquenaude  donnée  sur  le  nez.  Cf.  1.  I, 
ch.  XXII,  n.  223. 

39.  Cf.  1.  I,  ch.  XXII,  n.  225.  Les  doubles 
chiquenaudes  étaient  sans  doute  données  avec 
deux  doigts  ou  avec  les  deux  mains.  (C.) 

40.  Bruit  qu'on  fait  avec  la  bouche  par  mé- 
pris pour  quelqu'un.  Cf.  1.  I,  ch.  xxii,  n.  214. 


CHAPITRE   XX 


159 


Le  mut,  voyantPanurge  démarcher "^'iguaingna  le  davantj'arrestapar 
force,  et  luy  feist  tel  signe  :  il  baissa  le  braz  dextre  vers  le  genoil  tant 
que  povoit  l'extendre,  clouant  '*^  tous  les  doigtz  en  poing,  et  passant 

105  le  poulce  entre  les  doigtz  maistre  et  indice  ;  puys  avecques  la  main 
guausche  frottoit  le  dessus  du  coubte  du  susdict  braz  dextre,  et  peu 
à  peu  à  ce  frottement  levoit  en  l'aër  la  main  d'icelluy  jusques  au 
coubte  et  au-dessus,  soubdain  la  rabaissoit  comme  davant  ;  puys  à 
intervalles  la  relevoit,  la  rabaissoit  et  la  monstroit  à  Panurge. 

110  Panurge,  de  ce  fasché,  leva  le  poing  pour  frapper  le  mut  :  mais 
il  rêvera  la  praisence  de  Pantagruel  et  se  retint. 

Alors  dist  Pantagruel  :  «  Si  les  signes  vous  faschent,  ô  quant  "♦' 
vous  fascheront  les  choses  signifiées  !  Tout  vray  à  tout  vray  con- 
sone  ^'^.  Le  mut  prétend  et  dénote  que  serez  marié,   coqu,  battu  et 

115  desrobbé. 

—  Le  mariage  (dist  Panurge)  je  concède,  je  nie  le  demourant.  Et 
vous  prie  me  faire  ce  bien  de  croyre  que  jamais  homme  n'eut  en 
femme  et  en  chevaulx '^^  heur  tel  que  m'est  prédestiné.  » 


Ligne  102.  E  :  gaigna  —  E  :  devant  —  I.  103.  E  :  tel  manque — 1.  104.  E  :  Vesteudre 

—  1.  105.  E  :  Ptiis  —  1.  loé.  A,  E  :  gausche  —  E  :  coulde  —  1.  107.  E  :  rair  —  1.  108. 
E  :  coulde  —  E  :  devant  :  puis  —  1.  1 1 1 .  E  :  présence  —  1.  1 12.  A,  E  :  aJlors —  E  :  dict 

—  E  :  quand  —  1.  114.  E  :  prétend  —  E  :  coquu  —  1.  115.  E  :  desrobè  —  1.   116.  E  : 
demeurant 

41.  Marcher  à  reculons.  Cf.  1.  II,  ch.  xxix,  45.  Deux  articles  sur  lesquels  il  est  aisé  de 
n.  35.  se  tromper.  Cf.  le  dicton  cité  par  Laurent  Jou- 

42.  Fermant;  participe  présent  de  clore.  bert,  Erreurs  populaires,  I,  v,  4  : 

43.  Combien,  latinisme,  de  quantum,  même 

sens.  Des  femmes  et  des  chevaux 

44.  Axiome  de  dialectique  :  Omne  verum  H  n'en  est  pas  sans  défauts.  (P.). 
omni  vero  consonat. 


Comment  Panurge  prent  conseil  d'ung  vieil  poète 
français  nommé  Raminagrobis. 

Chapitre  XXI. 

«  Je  ne  pensoys  (dist  Pantagruel)  jamais  rencontrer  homme  tant 
5  obstiné  à  ses  appréhensions  '  comme  je  vous  voy.  Pour  toutesfoys 
vostre  doubte  esclarcir,  suys  d'advis  que  mouvons  toute  pierre  *. 
Entendez  ma  conception.  Les  cycnes,  qui  sont  oyseaulx  sacrez  à 
Apollo,  ne  chantent  jamais,  si  non  quand  ilz  approchent  de  leur 
mort  \  mesmement  en  Meander  fleuve  de  Phrygie  (je  le  diz  pource 
10  que  .Elianus  ^  et  Alexander  Myndius  ^  escrivent  en  avoir  ailleurs  veu 
plusieurs  mourir,  mais  nul  chanter  en  mourant);  de  mode  que  chant 
de  cycne  est  pr^saige  certain  de  sa  mort  prochaine,  et  ne  meurt  que 
praealablement  n'ayt   chanté.  Semblablement  les   poètes  ^  qui    sont 


Ligne  i.  E  :  prend  —  A,  E  :  cViin  —  1.  2.  A,  E  :  francoys  —  1.  4.  E  :  pensais  —  1.  5 . 
E  :  toutesfois  —  1.  6.  E  :  suis  —  I.  7.  E  :  oiseaux  —  1.  8.  E  :  leurs  mors  —  l.  ^.  E  :  dy  — 

1.  10.  A,  E  :  jElianuî  et  manque  —  A,  E  :  escript  —  1.  12.  E  :  cicne  —  E  :  presaige 
—  1.  13.  E  •.préalablement  —  E:  n'ait 

1 .  Au  sens  de  :  idées  préconçues,  qu'il  a  qu'à  l'heure  de  sa  mort.  Cette  légende  du  chant 
ici,  ce  mot  est  rare  et  appartient  au  langage  du  cygne  est  répétée  par  Hésiode,  Homère, 
philosophique.  (P.)  Eschyle,  Euripide,  Théocrite,  Platon,  Calli- 

2.  Dicton  antique,  signifiant  :  ne  négliger  maque,  Aristote,  Cicéron,  Virgile,  Lucrèce, 
aucun  moyen  de  résoudre  une  difficulté.  Cf.  Ovide,  Stace  et  Pline,  qui  n'y  croit  guère  : 
Euripide,  Héraclès,  v.  1003  :  -otvTa  ■/.;vî)aa'.  k  Olortim  morte  narraturjkbiîis canins  (Jalso,  ut 
XÎ60V  ;  Pline  le  Jeune,  Lettres,  I,  20  et  Erasme,  arbitrer  aliquot  experimentis).  »  (Pline,  X, 
Adages,  I,  4,  30.  (P.)  32-)  (D-) 

3.  Cygnes.   Le  seul   cygne   qui  émette  un  4.  Voir  Elien,  Varia  Historia,  I,  14. 
chant  appréciable  est  le  cygne  sauvage  (Cygnus  5 .  Alexandre  de   Myndos,  en  Carie,  philo- 
terus,  Ray.).  Le  cygne  domestique  (C.mansue-  sophe  du  me   siècle.  R.  cite  son  témoignage 
tus,  Ray.)  est  silencieux.  Pour  concilier  l'un  d'après  Athénée,  Banquet  des  Sophistes,  IX,  49 
et  l'autre  faits,  les  anciens,  confondant  les  deux  (393  D).  (P.) 

espèces,   pensèrent  que  le   cygne  ne  chantait  6.  Cette  phrase    semble  une  réminiscence 


CHAPITRE    XXI  l6l 

en  protection  de  Apollo,    approchans    de  leur  mort    ordinairement 
15  deviennent  prophètes  et  chantent  par  Apolline  inspiration  vaticinans 
des  choses  futures. 

«  J'ay  d'adventaige  souvent  ouy  dire  que  tout  homme  vieulx,  décré- 
pit et  prés  de  sa  fin,  facilement  divine  des  cas  advenir  ^  Et  me  sou- 
vient que  Aristophanes,  en  quelque  comédie,  appelle  les  gens  vieulx 
20  Sibylles  : 

«  Car  comme  nous,  estans  sur  le  moule  '  et  de  loing  voyans  les 
mariniers  et  voyagiers  dedans  leurs  naufz  en  haulte  mer,  seulement 
en  silence  les  considérons  et  bien  prions  pour  leur  prospère  abour- 

25  dément  ;  mais,  lors  qu'ilz  approchent  du  havre,  et  par  paroUes  et  par 
gestes  les  saluons  et  congratulons  de  ce  que  à  port  de  saulveté  sont 
avecques  nous  arrivez  ;  aussi  les  anges,  les  heroes,  les  bons  damons 
(scelon  la  doctrine  des  platonicques)  '°  voyans  les  humains  prochains 
de  mort,  comme  de  port  tresceur  et  salutaire,  port  de   repous  et  de 

30  tranquilité,  hors  les  troubles  et  sollicitudes  terrienes,  les  saluent,  les 
consolent,  parlent  avecques  eulx  et  jà  commencent  leurs  communic- 
quer  art  de  divination. 


Ligne  14.  E  :  d' Apollo  —  1.  15.  A  :  devienent  —  1.  17.  E  :  d'advantaige  —  E  :  vieil  — 
1.  19.  E  :  vieili  —  1.  21.  E  :  d  TwvYepdvxwv  ;t/3'jXXta.  Ton  geronton  Sihyllia  —  1.  22.  E  : 
sus  —  1.  24.  E  :  considérions  —  1.  24-25.  E  :  ahordement  —  1,  26.  E  :  qu'à  port  —  1.  27, 
A  :  aussy  —  E  :  démons  —  1.  28.  E  :  selon  —  1.  29.  E  :  tressenr  —  E  :  repoi  —  1.  30. 
A  :  tranquillité  —  E  :  terriennes,  les  saulvent  —  1.   31.  E  :  leur 

d'un  passage  du  Phédon   de  Platon  (85  AB),  la  Sibylle.  (Les  Chevaliers,  v.  61.)  En  fait,  c'est 

où  se  trouve  la  comparaison  du  poète  avec  les  à  contresens  qu'il  cite  ce  vers,  qui,  d'après  le 

cygnes.  (P.)  contexte,  signifie  que  le  vieux  Démos,  dès  que 

7.  L'origine  de  cet  exposé  de  la  divination  ^^  corroyeur  paphlagonien  lui  parle  d'oracle, 

chez   les   moribonds  est  sans  doute  dans  un  ""  '°°gP^".'  'l"'^  1^  ^^^':  ^^'^  ,     ^ 

,      .       j     r^    T-i-  •     .•       j    /-•  .        /T       X  9-  Mole,    eiee.    De  1  italien  7nolo.  Le  mo 

chapitre  du  De  Dtvinatione  de  Ciceron  (L  ?oj  :  /../j                  i            j.i^j 

JT     .                                                    \  >  }  y  est  entré  dans  notre  langue  des  la  fin  du  xv^  s. 

«   Divmare  autem  morientes,    etc.   Idque,  ut  Voir  Sainéan,  t.  I,  p.  118.  Toute  cette  com 

modo     dixi,    facihus     evenit    appropinquante  paraison  est  empruntée  à   Plutarque,  Sur   h 

morte,  ut  animi  futura  augurentur.  »  (P.)  démon  de  Sacrale,  XXIV,  595  F.  (P.) 

8.  R.  entend  :  le  vieillard  prophétise  comme  10.  Voir  le  Phédon  àt  Platon,  107  E. 

LE   TIERS   LIVRE.  21 


I62 


LE  TIERS   LIVRE 


«  Je  ne  vous  allegueray  exemples  antiques,  de  Isaac  ",  de  Jacob  '% 
de  Patroclus  envers  Hector  '',  de  Hector  envers  Achilles  ^'',  de  Poly- 

3  5  nestor  envers  Agamemnon  et  Hecuba  '\  du  Rhodien  célébré  par 
Posidonius  '^,  de  Calanus  Indian  envers  Alexandre  le  grand  '^  de 
Orodes  envers  Mezentius  '^  et  aultres  ;  seulement  vous  veulx  ramen- 
tevoir  '^  le  docte  et  preux  chevallier  Guillaume  du  Bellay  '°,  seigneur 
jadis   de  Langey  ^\   lequel  on  mont  de  Tarare  "   mourut  le    lo  de 

40  Janvier  ''^  l'an  de  son  aage  le   climatere  ^+  et  de  nostre  supputation 

Ligne  34-35.  A,  E  :  i^  PoJynestor...  et  Hecuha  manque  —  1.  37.  E  :  d'Orodes  — 
E  :  autres  —  E  :  tous  veulx  —  1.  38.  A,  E  :  chevalier  —  l.  39.  E  :  au  mont  —  1.  39.  A  : 
X  de  Janvier;  E  :  dixiesme  de  Janvier  —  1.  40.  E  :  cage 


11.  Il  n'est  pas  question  de  prédiction  à 
la  mort  d'Isaac.  Voir  Genèse,  XXXV,  28  : 
«  Et  complet!  sunt  dies  Isaac  centum  octo- 
ginta  annorum.  29.  Consumptusque  œtate 
mortuus  est.  » 

12.  Jacob,  mourant,  appela  ses  enfants, 
chefs  des  douze  tribus  d'Israël,  et  leur  prédit 
l'avenir.  Voir  Genèse,  XLIX.  (P.) 

13.  Cf.  Homère,  Iliade,  ch.  xvi,  v.  851- 
854. 

14.  Voir  Homère,  Iliade,  ch.  x,  v.  355  et 
suiv.  Exemple  cité  par  Cicéron,  De  Divina- 
tione,  I,  30.  (P.) 

15.  Voir  Euripide,  Hécube,  v.  1259-1281. 

16.  D'après  Cicéron,  De  Divinatione,  I,  30, 
sur  la  divination  des  mourants,  ce  Rhodien 
aurait  nommé  six  hommes  de  son  âge,  en 
indiquant  lequel  mourrait  le  premier,  lequel  le 
second,  et  ainsi  de  suite.  (P.) 

17.  Ce  Calanus,  montant  sur  le  bûcher, 
aurait  annoncé  à  Alexandre  qu'il  le  reverrait 
bientôt.  En  effet,  Alexandre  mourut  à  Baby- 
lone  quelques  jours  plus  tard.  D'après  Cicé- 
ron, De  Divinatione,  I,  23  et  30.  (P.) 

18.  Voir  Virgile,  Enéide,  1.  X,  v.  740. 
Orodes,  blessé  à  mort  par  Mézence,  lui  dit  : 

Te  quoque  fata 
Prospectant  paria,   atque  eadem  mox  arva 

[tenebis. 


Et  Mézence  meurt  peu  après. 

19.  Remémorer.  Archaïsme.  Voir  Sainéan, 
t.  II,  p.  124. 

20.  R.  rappelle  ici  des  souvenirs  personnels, 
qu'il  reprendra,  avec  plus  de  détails  et  d'émo- 
tion, 1.  IV,  ch.  XXVI  et  XXVII.  Guillaume  du 
Bellay,  seigneur  de  Langey  et  vice-roi  du 
Piémont  depuis  1537,  l'avait  attaché  à  sa  per- 
sonne, comme  médecin,  au  moins  depuis  1540. 
Dans  les  premiers  jours  de  décembre  1542,  se 
sentant  plus  malade,  Langey  se  mit  en  route 
avec  sa  suite  et  traversa  les  Alpes  malgré  la 
mauvaise  saison.  Après  un  arrêt  à  Lyon,  la 
petite  troupe  atteignit  Saint-Symphorien-de- 
Lay,  au  pied  de  la  montagne  de  Tarare,  où 
Langey  mourut  le  9  janvier  1543,  entouré  de 
ses  amis  et  serviteurs  consternés.  Cf.  Chrono- 
logie, CXXXVIII,  et  R.   E.  R.,  III,  357.  (C.) 

21.  Cant.  Cloyes,  arr.  Chateaudun  (Eure- 
et-Loir).  (C.) 

22.  La  montagne  de  Tarare,  point  cul- 
minant des  Monts  du  Lyonnais  (1004  m.),  est 
traversée  par  la  route  de  Lyon  à  Roanne, 
Moulins,  Nevers.  Le  passage  en  était  encore 
très   difficile    au  temps  de  Mme  de    Sévigné. 

(C.) 

23.  Le  9  janvier,  dit  Martin  du  Bellay  dans 
ses  Mémoires,  en  désaccord  avec  R.  (C.) 

24.  C'était    l'époque    de    la    vie    regardée 


CHAPITRE   XXI 


163 


l'an  1543  en  compte  romanicque.  Les  troys  et  quatre  heures  avant 
son  décès  il  employa  en  parolles  viguoureuses,  en  sens  tranquil  et 
serain,  nous  praedisant  ce  que  depuys  part  avons  veu,  part  attendons 
advenir  :  combien  que  pour  lors  nous  semblassent  ces  prophéties 
45  aulcunement  abhorrentes  et  estranges,  par  ne  nous  apparoistre  cause 
ne  signe  aulcun  prsesent  pronostic  de  ce  qu'il  prasdisoit.  Nous  avons 
icy,  près  la  Villaumere  ^\  un  homme  et  vieulx  et  poëte,  c'est  Rami- 
nagrobis  ^^  lequel  en  secondes  nopces  espousa  la   grande  Guorre  '^ 


Ligne  42.  A  :  vigoureuses  ;  E  :  vigoreuses  —  1,  43.  E  :  prédisant  —  E  :  depuis 
1.  45.  E  :  aucunement —  1.  46.  E  :  aucun  —  E  :  prédisait  —  1.  47.  E  :  vieux.  Poète 


1.  48.  E  :  Gourre 


comme  critique,  la  soixante-troisième  année 
(produit  de  7  par  9).  Les  biographes  faisant 
naître  Langey  en  1 491,  il  serait  entré,  à  sa 
mort,  dans  sa  cinquante-deuxième  année.  Il 
faut  admettre  une  erreur  des  chronologistes 
ou  une  interprétation  différente  donnée  par 
R.  à  l'année  climatérique. 

25.  La  Ville-au-Maire,  ham.,  com.  Huismes 
(Indre-et-Loire). 

26.  Ce  terme,  qui  désigne  proprement  le 
gros  chat  qui  ronronne,  est  composé  du 
verbe  rominer  (ruminer)  et  de  groins,  chat 
mâle,  gros  chat.  Cf.  1.  Il,  ch.  xxx,  n.  141. 
Il  se  rencontre,  antérieurement  à  R.,  au  xv*  s., 
dans  une  formulette  calligraphique,  de  la 
Farce  d'un  mary  Jaloux  (xv^  s.).  Ane.  Théâtre, 
t.  I,  p.  129  : 

Comme  ung  homme 
Qui  par  son  pouvoir  tout  consomme 
Et  fait  du  rumina  grobis. 

et  dans  Marchebeau,  Fournier,   Th.  /r.,  p.  38  : 
Marchebeau 
Quictes  pour  un  grates  vosbis, 
Ou  nous  payons  par  étiquete 
Et  puys  quoy!  » 

Galop . 
Rainina  grobis. 


Pour  la  première  moitié  du  xvie  s.,  on  le 
trouve  dans  la  Vie  de  sainct  Christophe,  de 
maître  Chevallet  (1530),  dans  la  farce  de 
tnaistre  Hambrelin  (1537)  et  dans  celle  des 
Sobres  Sot^.  Cf.  R.E.R.,  IX,  275. 

Depuis  Pasquier,  Recherches,  VII,  xii,  on  a 
considéré  comme  démontrée  l'identification 
de  Raminagrobis  avec  Guillaume  Crétin  (cf. 
R.E.R.,  II,  24).  Mais  ce  personnage,  dont  la 
mort  remontait  à  plus  de  vingt  ans  au 
moment  de  la  composition  du  1.  III,  convient 
d'autant  moins  à  cette  explication  que,  chantre 
et  chanoine  de  la  Sainte-Chapelle  de  Paris,  il 
fit  preuve  toute  sa  vie  de  sentiments  de  piété. 
C'est  le  contraire  pour  l'identification  propo- 
sée par  M.  A.  Lefranc  avec  le  célèbre  Jean 
Lemaire,  dit  de  Belges,  que  R.  nous  a  déjà 
montré,  1.  III,  ch.  xxx,  «  faisant  du  grobis  » 
aux  enfers.  Lemaire  était  mort  vers  1524.  {R. 
XVIe  s.,  X,  82).  Ville-au-MflzVe  rappelle  son 
nom.  Dans  tous  ses  écrits,  enfin,  il  a  fait 
preuve  d'idées  très  hardies  en  matière  de  poli- 
tique religieuse.   Cf.  R.E.R.,   IX,  144.   (C.) 

27.  French  pockes,  dit  Cotgrave,  la  grosse 
vérole,  proprement  la  grande  truie.  Cette  ex- 
pression métaphorique  est  en  rapport  avec  l'en- 
rouement de  la  syphilis  laryngée,  qui  fait 
songer  aux  grognements  de  la  truie.  Remar- 
quons que  le  terme  de  vérole  de  Rouen,  1.  V, 


lé4 


LE  TIERS    LIVRE 


dont  nasquit  la  belle  Bazoche  ^^  J'ay  entendu  qu'il   est  en  l'article 
50  et  dernier  moment  de  son  décès.  Transportez  vous  vers  luy  et  oyez 

son  chant.  Pourra  estre  que  de  luy  aurez  ce  que  prétendez,  et  par 

luy  Apollo  vostre  doubte  dissouldra. 
—  Je  le  veulx  (respondit  Panurge).  Allons  y,  Epistemon,  de  ce  pas, 

de  paour  que  mort  ne  le  praevieigne.  Veulx  tu  venir,  frère  Jan? 
55       — Je  le  veulx  (respondit  frère  Jan)  bien  voluntiers,  pour  l'amour 

de  toy,  couillette.  Car  je  t'ayme  du  bon  du  foye  ""^  ». 

Sus  l'heure  feut  par  eulx  chemin  prins,  et,  arrivans  au  logis  poë- 

ticque,    trouvèrent   le   bon    vieillart    en   agonie,  avecques   maintien 

joyeulx,  face  ouverte  et  reguard  lumineux.  Panurge,  le  saluant,  luy 
éo  mist    on    doigt    médical   '°    de  la  main   guausche,  en  pur  don,  un 

anneau  d'or,  en  la  palle''  duquel  estoit  un  sapphyr  oriental  beau  et 

ample;  puys,  à  l'imitation  de  Socrates,  luy  offrit  un  beau  coq  blanc  '% 


Ligne  51.  A,  E  :  pretetidei  —  1.  54.  A  :  previeigne  ;  E  :  prévienne  —  1.  57.  E  :  fut 
—  1.  58.  —  E  :  avec  —  1.  59.  E  :  joyeux  —  1.  éo.  E  :  au  doigt  —  A,  E  :  gausche  — 
1.  62.  E  :  puis 


ch.  XX,  n'a  pas  d'autre  origine,  et  que  rouen  se 
dit  en  Bretagne  pour  cochon.  Gorre  figure 
dans  maints  auteurs  du  temps  avec  ce  sens,  par 
exemple  chez  Molinet,  chez  Du  Fail,  t.  II, 
p.  226  :  «  cette  grande  gorre  de  Vérole,  ainsi 
baptisée  par  ceux  de  Rouen  »,  et  dans  G.  Bou- 
chet,  t.  IV,  p.  200  :  «  une  meschanie  main 
de  gorre...  crouste  levée  et  ulcérée.  »  J. 
Lemaire  de  Belges  est  l'auteur  de  Trois 
Contes  de  Cupido  et  d'Atropos,  imprimés  dans 
les  premières  éditions  du  Triomphe  de  haulte 
et  puissante  dame  Verolle  (Lyon,  15^7,  Paris, 
1540,  etc.).  Dans  le  second  conte,  il  énu- 
mère  les  différentes  appellations  du  mal  de 
Naples  : 

Mais  le  commun  quand  il  la  rencontra 
La  nommoit  Gorre,  ou  la  Vérole  grosse. 

Cf.  R.E.R.,  IX,  p.  145,  et  Dr  Le  Pilcur  : 
Gorre  et  granà'gorre,  Bull,  de  la  Société  franc. 


dliist.  de  la  médecine,  t.  IX,  1910,  p.  217-224. 
(C.  D.) 

28.  Allusion  obscure.  On  peut  songer  aux 
jeux  de  la  basoche.  Cf.  1.  IV,  ch.  xxxii  : 
«  S'il  marmonnoit,  c'estoient  jeux  de  la 
Basoche.  »  (C.) 

29.  Le  foie  était  considéré  comme  le  siège 
de  l'amour.  Le  jeune  homme  séduit  par  la 
femme  adultère  la  suit,  dit  un  passage  obscur 
de  l'Écriture,  comme  l'insensé  qui  court  au 
châtiment  des  entraves,  donec  transfigat  sagitta 
jecur  ejus.  (Prov.,  ch.  vil,  v.  23.)  —  «  C'est  l'o- 
pinion des  physiciens,  écrit  S.  Jérôme,  que  la 
volupté  et  la  concupiscence  viennent  du  foye.  » 
(Les  lettres  de  saint  Jérôme,  Paris,  Guérin,  1702, 
in-80,  1.  m,  lettre  4,àFabiole,  p.  487.)  (P. D.) 

30.  L'annulaire.  Cf.  ch.  xvii,  n.  27. 

31.  Chaton. 

52.  Réminiscence  de  Platon,  Phedon,  1 18  A  : 
«  Nous  devons  un  coq  à  Esculape  !  «  dit  So- 
crate  à  Criton,  et  ce  fut  sa  dernière  parole.  (P.) 


CHAPITRE   XXI  165 

lequel  incontinent  posé  sus  son  lict,  la  teste  élevée,  en  grande  alai- 
gresse  secoua  son  pennaige,  puys  chanta  en  bien  hault  ton.  Cela 
65  faict, Panurge  requist  courtoisement  dire  et  exposer  son  jugement  sus 
le  doubte  du  mariage  praetendu.  Le  bon  vieillard  commenda  luy  estre 
apporté  ancre,  plume  et  papier.  Le  tout  feut  promptement  livré. 
Adoncques  escrivit  ce  que  s'ensuyt  : 

Prenez  la,  ne  la  prenez  pas. 
7°  Si  vous  la  prenez,  c'est  bien  faict. 

Si  ne  la  prenez  en  effect, 
Ce  sera  œuvré  par  compas  'K 

Gualloppez,  mais  allez  le  pas. 
Reculiez,  entrez  y  de  faict. 
75  Prenez  la,   ne. 

Jeusnez,  prenez  double  repas. 
Defaictez  ce  qu'estoit  refaict. 
Refaictez  ce  qu'estoit  defaict. 
Soubhaytez  luy  vie  et  trespas. 
So  Prenez  la,  ne  ''^. 

Puys  leurs  bailla  en  main  et  leurs  dist:  a  Allez,  enfans,  en  la  guarde 


Ligne  63.  E  :  allaigresse  —  I.  65.  A  :  le  request  ;  E  :  le  requist  —  1.  66.  E  : 
prétendu  —  E  :  commande  —  1.  67.  E  :  fut  —  1.  68.  E  :  escripvit  —  sensuyt  —  1.  72. 
A,  E  :  ouvré  —  I.  76.  A  :  Jeunei  —  1.  77.  E  :  Defaictes  — 1.  78.  E  :  Ref aides  —  1.  81. 
E  :  Puis  —  E  :  leur  dict  —  E  :  ^arde 


35.  En  bonne  mesure.    Cf.  1.  I,  ch.  11,  n.  sur  son   mariage,  et  il  figure  à  la  fin  de  ses 

68  :  «  beau  sans  compas.  »  La  Résurrection  de  œuvres.  La  version  de  R.  présente  avec  l'ori- 

J.-C,  fol.  6  (Le  Duchat)  :  ginal  de  légères  variantes.  Au  lieu  de  si  ne  la 

Dea,  Joseph,  parlez  par  compas,  prene:^,   on  lit  et  si  la  laisse:^  ;  au  lieu   de  re- 

Vous  nous  ser\'ez  de  gros  langaige.   (C.)  culle:(  :  diffère:^  ;  au  Heu  de  soubhaitte:^  luy  vie  : 

34.  Ce  rondeau   est   de  Guillaume    Crétin  désire:^  sa  vie.  Les  vers  9  et  10  sont  inversés. 

(mort  en  1525).  Le  rhétoriqueur  l'avait  adressé  Enfin  le  refrain  est  prenei  la,  au  lieu  de  prene^ 

à  Christophe  de  Refuge,  qui  l'avait  consulté  la,  ne. 


i66  LE  Tiers  livre 

du  grand  Dieu  des  cieulx,  et  plus  de  cestuy  affaire  ne  de  aultre  que 
soit  ne  me  inquiétez.  J'ay  ce  jourd'huy,  qui  est  le  dernier  et  de  May 
et  de  moy,  hors  ma  maison,  à  grande  fatigue  et  difficulté,  chassé  un  tas 

85  de  villaines,  inmondes  et  pestilentes  bestes  '^  noires,  guarres  ", 
fauves,  blanches,  cendrées,  grivolées  '\  les  quelles  laisser  ne  me  vou- 
loient  à  mon  aise  mourir;  et  par  fraudulentes  poinctures,  gruppe- 
mens  '^  harpyiacques,  importunitez  freslonnicques,  toutes  forgées  en 
l'officine  ^°  de  ne  sçay  quelle  insatiabilité,  me  evocquoient  du  doulx 

90  pensement  on  quel  je  acquiesçois,  contemplant  et  voyant  et  jà  tou- 
chant et  guoustant  le  bien  et  félicité  que  le  bon  Dieu  a  praeparé  à  ses 
fidèles  et  esleuz  en  l'aultre  vie  et  estât  de  immortalité.  Déclinez  de 
leur  voye,  ne  soyez  à  elles  semblables  ;  plus  ne  me  molestez,  et 
me  laissez  en  silence,  je  vous  supply.  » 


Ligne  82.  A  •.d'aulîre  ;  E  :  d'autre —  1.  83.  E  :  m'inquiète':^  —  E  :et  manque —  1.  85,: 

E  :  inimundes  —  1.  87.  E  :  ayse —  1.  89.  E  :  ni  evocquoient  —  1.  90.  E  :    auquel  —  A 

acquiesc^ois  ;  E  :  acqiiisçoys —  A,  E  :  contemplant,  voyant  —  1.  91.  A,  E  :  goustant  —  E: 

ha  —  A,  E  :  préparé  —  1.  92.  E  :  eleu\  —  E  :  autre  —  i.  92-93.  E  :  estant  d'immortalité, 

décline^  de  leur  voye.  Ne  soyei  —  A,  E  :  à  eulx 

36.  Ce  sont  les  moines  mendiants,  venus  leurs,  desquels  Dieu...  nous  veuille  préserver  !  » 

pour  obtenir  quelque  fondation,  que  le  mori-  (P-) 

bond  désigne  ainsi.  La  comparaison  était  tra-  37-  Bigarrées.  Mot  de  terroir   (angevin  et 

ditionnelle.    On   la   trouve    dans    Érasme   et  manceau),   archaïque.    Voir    Sainéan,    t.    II, 

dans  le  Journal  de  Louise  de  Savoie,  mère  de  "'    „"' ^  .     , , 

T^  •     T  •  t:     \         ^.  38-  Gnvelees. 

François  I",  année    1522    :  «  En  décembre,  ^^    Accrochements.  Mot  forgé  sur  .n/p^.r, 

mon  fils  et  moy  par  la  grâce  du  Samt-Espnt  attraper,  en  argot  de  gueux.  Voir  Sainéan,  t.  II, 

commençasmes   à  congnoistre  les  hypocrites  p    ^gr 

blancs,  noirs,  gris,  enfumés  et  de  toutes  cou-  40.  Atelier.  Cf.  1.  I,  XXIII,  n.  184. 


Comment  Panurge  patrocine  '  à  Tordre  des  fratres 
Mendians. 

Chapitre  XXII. 

Issant  de  la  chambre  de  Raminagrobis,  Panurge,  comme  tout 
5  effrayé,  dist  :  «Je  croy,  par  la  vertus  Dieu,  qu'il  est  haereticque,  ou  je 
me  donne  au  Diable.  Il  mesdict  des  bons  pères  mendians  Cordeliers 
et  Jacobins  %  qui  sont  les  deux  hemispha^res  de  la  Christianté,  et  par 
la  gyrognomonique  '  circumbilivagination  '^  des  quelz,  comme  par 
deux  filo-pendoles  5  cœlivages^,  tout  l'antonomatic  ^  matagrabolisme  * 
10  de  l'Eclise  romaine,  soy  sentente  emburelucoquée  ^  d'aulcun  bara- 
gouinage '°  d'erreur  ou  de  haeresie,  homocentricalement  "  se  tré- 
mousse. Mais  que  tous  les  diables  luy  ont  faict  les  paouvres  diables 


Ligne  5.  E  :  dict  —  A,  E  :  Par  la  vertus  Dieu  je  croy  quil  est  —  1.  7.  E  :  Chrestienté 
—  1.  8.  E  :  gyrognomonicque —  1.  9.  A,  E  :  celivages  —  A,  E  :  toute  —  A,  E  :  TAntono- 
matic  matagrabolisme  de  manque  — 1.  10.  E  :  Eglise  —  A,  E  :  romaine,  quant  elle  se 
sent  emburelucoquée  ;  E  :  quand  —  E  :  d'aucun  baraguoînage  —  \.  11.  A  :  de  hérésie; 
E  :  d'heresie —  I.  12.  E  :  paoures 

1.  Plaide.  Latinisme  :  patrocinari,  défendre  5.  Contrepoids,  néologisme,  du  latin //opÉ";/- 
en   justice,   se   faire  le  patron  de.    Cf.  ch.  v,       doJus,  même  sens. 

1,  20.  6.  Venant  du  ciel.  Mot  forgé  par  R. 

2.  Dominicains.  Ce  surnom  de  Jacobins  7.  Adjectif  forgé  par  R.  sur  Antonomasia, 
leur  avait  été  donné  parce  que  leur  principal  terme  de  rhétorique  désignant  une  espèce  de 
couvent  à  Paris  était  situé  rue  Saint-Jacques.  périphrase.  (P.) 

(P.)  8.  Abrutissement,  fatigue  de  cerveau;  déri- 

3.  Mot  forgé  par  R.  du  latin  gyrus,  cercle,  vé  de  matagraboliser.  Cf.  1.  l,  ch.  xix,  n.  17. 
et  gtiomonicus ,  de  cadran  solaire  ;  proprement,  9.  Le  cerveau  troublé.  Cf.  1.  I,  ch.  vi,n.47. 
d'un  mouvement  rotatoire  analogue  à  celui  de  10.  Confusion,  embrouillamini,  dérivé  de 
l'ombre  sur  le  cadran  solaire.  (P.)  baragouin.  Cf.  1.  II,  ch.  xi,  n.  10  et  R.  E.  R. 

4.  Mot  forgé  sur  le  modèle  de  circonlocu-  V.,  393. 

/îo«,  avec  une  équivoque  libre  entre  ffl^MÉr  et  n.  Autour  d'un   même  centre.    Mot  forgé 

vaginer.  (P.)  par    R.    Ce     baragouinage,    qui    rappelle    la 


l68  LE   TIERS    LIVRE 

de   Capussins   et    Minimes  ?  Ne    sont   ilz    assez    meshaignez  '%  les 
paouvres  diables  ?  Ne  sont  ilz  assez  enfumez  et  perfumez  de  misère 

15  et  calamité,  les  paouvres  haires  '^  extraictz  de  Ichthyophagie  '^  ?  Est 
il,  frère  Jan,  par  ta  foy,  en  estât  de  salvation  ?  Il  s'en  va,  par  Dieu 
damné  comme  une  serpe  '>,  à  trente  mille  hottées  de  diables.  Mesdire 
de  ces  bons  et  vaillans  piliers  '^  d'eclise  ?  Appeliez  vous  cela  fureur 
poëticque  ''  ?  Je  ne  m'en  peuz  contenter  :  il    pèche  villainement,  il 

20  blasphème  contre  la  religion.  J'en  suys  fort  scandalisé. 

—  Je  (dist  frère  Jan)  ne  m'en  soucie  d'un  bouton  '^  Hz  mesdisent 
de  tout  le  monde  :  si  tout  le  monde  mesdist  d'eulx,  je  n'y  prétends 
aulcun  interest.  Voyons  ce  qu'il  a  escript.  » 

Panurge   leut  attentement  l'escripture  du  bon  vieillard,  puys  leur 

25  dist  ; 

c(  Il  resve  '^  le  paouvre  beuveur.  Je  l'excuse  toutesfoys.  Je  croy  qu'il 
est  près  de  sa  fin.  Allons  faire  son  epitaphe.  Par  la  response  qu'il  nous 
donne,  je  suys  aussi  saige  que  oncques  puys  ne  fourneasmes  nous'". 


Ligne  14.  E  :  paoure%_  —  1.  16.  A  :  panîieu  —  1.  17.  E  :  ses  bous  —  E  :  pilliers 
—  1.  18.  E  :  Eglise  —  E  -.peux  —  1.  19.  E  :  suis  —  1.  20.  A,  E  :  scandaliié —  1.  21. 
E  :  dict  —  E  :  Jean  —  1.  22.  E  :  mesdici  —  1.  23.  A,  E  :  nid  interest  —  È  :  ha  — 
1.  24.  A  :  vieillart —  E  :  puis  —  A  :  leurs  —  1.  26.  E  :  paoure  —  1.  28.  E  :  suis  —  A  : 
aussy  —  E  :  puis  —  E  :  n'en  four  masmes 


harangue  de  Janotus,  souligne,   par  son  em-  16.  «  On  se  mocquoit  d'eux  [des  moines]  en 

phase  burlesque,    le   ridicule  de  l'admiration  les  appelant  pilleurs  de  l'église  au  lieu  qu'ils  se 

de  Panurge  pour  les  «  bons  pères.  »  (P.)  faisoyent  appeler  piliers  de  l'église.  »  H.  Es- 

12.  Chagrinés.  Cf.  ch.  11,  n.  17.  tienne,  Apûlogie pour  Hérodote,  ch.  38.  (P.) 

13.  Pénitents  (et   en   même   temps  hypo-  17.  La  théorie  de  \i  fureur  poétique,   expo- 
crites).  Cf.  1.  I,  ch.  xxxviii,  n.  25.  sée  dans  ïlon  et  le  Phèdre  de  Platon,  avait  été 

14.  'lyOuocayiâ  est  le  titre  d'un  des  Colloques  vulgarisée  parmi  les  humanistes  par  les  com- 
d'Erasme,  dirigé  contre  les  religieux  qui,  ayant  mentaires  de  Marsile  Ficin.  Cf.  Franchet,  Le 
fait  vœu  d'abstinence,  se  nourrissent  depoissons  poète  et  son  œuvre  d'après  Ronsard,  p.  14.  (P.) 
(l'-/_6u:).  R.  traite  ce  mot  comme  un  nom  de  pays  18.  Objet  de  nulle  valeur.  R.  dit  de  même 
et  au  1.  IV,  ch.  xxix,  il  qualifie  Quaresme.  —  «  vous  n'en  n'eussiez  donné  un  coulpeau  d'oi- 
Prenant  deconfalonnierdes  Ichtbyophages .  (P.)  gnons  »,  1.  I,  proL,  n.  20,  et  ch.  L,  n.  40. 

15.  Comme  un  serpent.  Cf.  1.  II,  ch.  xvi,  19.  Il  délire. 

n.  26.  20.  Que  jamais  depuis  nous  n'enfournâmes. 


CHAPITRE   XXII  I6q 

Escoute  ça,  Epistemon,  mon  bedon.  Ne  l'estimez  tu  pas  bien  résolu 
30  en  ses  responses?  11  est,  par  Dieu,  sophiste  argut,  ergoté  et  naïf.  Je 
guaige  qu'il  est  Marrabais  ".  Ventre  beuf  ^%  comment  il  se  donne 
guarde  de  mesprendre  en  ses  parolles  !  Il  ne  respond  que  par  disjonc- 
tives  ^\  Il  ne  peult  ne  dire  vray,  car  à  la  vérité  d'icelles  suffist  l'une 
partie  estre  vraye.  O  quel  patelineux  "^  !  Sainct  lago  de  Bressuire  ^^ 
35   en  est  il  encores  de  l'eraige  ''  ? 

—  Ainsi  (respondit  Epistemon)  protestoit  Tiresias,  le  grand  vatici- 
nateur  '^  au  commencement  de  toutes  ses  divinations,  disant  aperte- 
ment  à  ceulx  qui  de  luy  prenoient  advis  :  «  Ce  que  je  diray  adviendra 
ou  ne  adviendra   poinct  "^  ».   Et  est  le  style  des  prudens    prognos- 

40  ticqueurs. 

—  Toutesfoys  (dist  Panurge)  Juno  luy  creva  les  deux  œilz. 

—  Voyre  (respondit  Epistemon)  par  despit  de  ce  que  il  avoit  mieulx 
sententié  que  elle  sus  le  doubte  propousé  par  Juppiter  ^°. 


Ligne  29.  A,  E  :  Escoutei  —  A  :  cia  —  E  :  estimes  —  1.  30.  A  :  pardieu  —  1.  31. 
E  :  gaige  —  1.  32.  E  :  garde  —  A,  E  :  disjiindives  —  1.  33.  A  :  peut  —  1.  34.  E  :  Lago 

—  1.  35.  E  :  heraige  —  1. 38.  E  :  prenoyent  —  A  :  advys  —  1.  39.  A,  E  :  n adviendra  — 

E  :  point  —  E  :  pronosticqueiirs  —  1.  41.  A,  E  :  yeulx  —  1.  42.  A,  E  :  quil  —  1.  43.  A, 
E  :  qu'elle —  A,  E  :  proposé  —  E  :  Jupiter 

Métaphore  déjà  employée,  1. 1,  ch.  xiv,  n.  46.  Cahors.BourdeauIxenBrye  (I.  I,  ch.  xix,n.  3), 

22.  Renégat  maure.  Cf.  1.  I,  ch.  viii,  n.  80.  consistant  à  remplacer  le  sanctuaire  de  Saint- 

23.  Juron  atténué,  pour  Ventre  Dieu.  Jacques-de-Compostelle,  révéré  dans  toute  la 

24.  Par  propositions  disjonctives.  Terme  de  chrétienté,  par  une  petite  chapelle  du  Poitou 
dialectique.  parfaitement  ignorée.  Cf.  R.E.  R.,  II,   149. 

25.  Maître    en   patelinage.    Pasquier,    Re-  (C.) 

cherches,  1.  VIII,  ch.  lix,  a  traité  de  Patelin,  27.  Race.  Cf.  1.  II,  ch.  i,  n.  62, 

pateliner,  patelinage  et  de  quelques  adages  et  28.  Il  est,  dans  l'épopée  homérique,  le  devin 

mots  que  nos  ancêtres  tirèrent  de  la  Farce  de  par  excellence.  Voir  Odyssée,  ch.  xi,  v.  100  et 

Patelin.  (C.)  suiv.  (P.) 

26.  Ch.-l.d'arr.  (Deux-Sèvres).  Il  y  existait,  29.  Allusion  à  la  réponse  qu'Horace  lui 
commedansbiend'autres  villes,  une  aumônerie  prête  dans  un  entretien  avec  Ulysse,  5(i/.  II, 
dite  de  Saint- Jacques,  près  de  laquelle  se  tenait,  5,  v.  59  : 

le  jour  de  la  fête  du  saint,  une  foire  renom-  O  Laertiade,  quidquid  dicam  aut  erit  aut  non. 

mée.  R.,  qui  a  parlé  plus  haut,  ch.  xiii,  des  (P.) 

foires  de  FoDtenay  et  de  Niort,  a  pu  ici  faire  al-  30.  Il  s'agissait  de  savoir  qui,  de  l'homme 

lusion  à  celles  de  Bressuire.  Mais  il  faut  plutôt  ou  de  la  femme,  éprouvait  le  plus  de  plaisir 

y  voir  une  plaisanterie  analogue  à  Londres  en  dans  l'acte  vénérien,  et  Tiresias  répondit  que 

LE  TIERS   LIVRE.  22 


lyo 


LE   TIERS    LIVRE 


—  Mais  (dist  Panurge)  quel  diable  possède  ce  maistre  Ramina- 
45  grobis  qui  ainsi  sans  propous,  sans  raison,  sans  occasion,  mesdict  des 
paouvres  beatz  pères  Jacobins,  Mineurs  et  Minimes  ''  ?  Je  en  suys 
grandement  scandalisé,  je  vous  affie  '%  et  ne  me  en  peuz  taire.  Il  a 
grefvement  péché.  Son  ame  s'en  va  à  trente  mille  panerées  ''^  de 
diables. 
50  —  Je  ne  vous  entends  poinct  (respondit  Epistemon).  Et  me  scan- 
dalisez vous  mesmes  grandement,  interprétant  perversement  des 
fratres  Mendians  ce  que  le  bon  poëte  disoit  des  bestes  noires,  fauves 
et  aultres. 

c(  Il  ne  l'entend  (scelon  mon    jugement)  en  telle  sophisticque  et 
55   phantasticque  allégorie.  Il  parle  absolument  et  proprement  des  pusses. 


Ligne  45.  E  :  propos  —  1.  46.  A,  E  :  J'en  — E  :  suis  —  1-  47-  E  :  scandalisé  —  A, 
E  :  m'en  —  E  :ha  griefvement  —  I.  48.  A,  E  :  asne  '5  —  1.  50.  E  :  point  —  1.  52.  A, 
E  -.fauves  —  l.  53.  E  :  autres  —   1.  54.  E  :  selon  —  1.  55.  E  :  pulces 


la  part  de  la  femme  était  neuf  fois  supérieure  à 
celle  de  l'homme.  Cf.  Ovide,  Métamorphoses, 
m,  316-338  et  ApoUodore,  III,  6,  §  7.  (P.) 

31.  Les  Mineurs  étaient  les  Franciscains, 
ordre  fondé  par  saint  François  d'Assise  ;  les 
Minimes  étaient  un  ordre  fondé  par  saint  Fran- 
çois de  Paule  en  Calabre,  l'an  1453.  O"  ^^^ 
appelait  aussi  les  Bons  Hommes.  (P.) 

32.  Confie.  Cf.  1.  I,  ch.  xxix,  n.  4. 

33.  Équivoque  pour  rtw/g,  qu'il  faut  croire  in- 
tentionnelle, puisqu'elle  se  répète  à  la  fin  du 
chapitre  1.  72  :  «  son  asne  s'en  va  à  trente  mille 
charrettées  de  diables  »  et  au  début  du  chap. 
XXIII,  1.  70  :  ffAu  moins...  qu'il  ne  damne  son 
asne  ».  R.  la  met  cependant  au  compte  de  ses 
imprimeurs  dans  ÏEpitre  à  Odd  de  Chastillon,  de 
1552  :  c<  [le  defunct  roy  François]  avoit  eu  en 
horreur  quelque  mangeur  de  serpens  qui  fon- 
doit  mortelle  hœresie  sur  un  N  mis  pour  un  M. 
par  la  faulte  et  négligence   des  imprimeurs.  » 


Cette  plaisanterie  se  trouvait  déjcà  dans  les 
Cent  nouvelles  nouvelles,  n .  LXXIX.  Il  est  pro- 
bable qu'il  s'agissait  originairement  d'un  euphé- 
misme destiné  à  remplacer  un  terme  religieux 
dans  une  invocation  ou  un  juron.  On  trouve 
par  mon  acné  dans  le  Laquais,  de  Larivey,  a.  III, 
se.  V  (1579)  et  par  mon  a^wedans  les  Corrivaux 
de  P.  Troterel,  a.  IV,  se.  11.  Oudin,  Ciirios., 
commente  ainsi  cet  euphémisme  :  «  Jurement 
vulgaire  de  nos  femmes  pour  ne  pas  dire  par 
mon  âme  !  »  R.  XV I^  s.  I,  492.  Des  imitateurs 
de  R.  ont  repris  cette  facétie.  Voir,  par  exemple, 
Tahureau,  Premier  dialogue  du  Démocritic,  éd. 
Lemerre,  p.  91. 

34.  Le  contenu  d'un  panier.  Voir  1.  Il, prol., 
n.  64.  Cf.  plus  haut  :  trente  mille  bottées  de 
diables,  et  plus  bas  :  à  trente  mille  charrettées 
de  diables.  Ces  imprécations  étaient  usuelles, 
si  l'on  en  croit  H.  Estienne,  Apol.  pour  Hèr., 
ch.  XIV.  (P.) 


CHAPITRE    XXII  lyi 

punaises,  cirons  ^^  mousches,  culices  '^  et  aultres  telles  bestes  :  les 
quelles  sont  unes  noires,  aultres  fauves,  aultres  cendrées,  aultres  tan- 
nées et  basanées  ;  toutes  importunes,  tyrannicques  et  molestes,  non 
es   malades  seulement,  mais  aussi  à  gens  sains  et  viguoureux.  Par 

60  adventure  a  il  des  ascarides  '',  lumbriques  '^  et  vermes  '^  dedans  le 
corps.  Par  adventure  patist  il  (comme  est  en  ^Egypte  et  lieux  confins 
de  la  mer  Erithrée  ^°  chose  vulgaire  et  usitée)  es  bras  ou  jambes 
quelque  poincture  ^'  de  draconneaulx  '^^  grivolez,  que  les  Arabes 
appellent  meden  '^\ 

^5  «  Vous  faictez  mal,  aultrement  expousant  ses  parolles.  Et  faictez 
tord  au  bon  poëte  par  detraction,  et  es  dictz  fratres  par  imputation 


Ligne  56.  E  :  autres  —  1.  57  :  E  :  autres  —  1.  59.  F  :  mains  —  A  :  aussy  —  A,  E  : 
vigoureux  — 1.  éo.  E  :  ba  —  E  :  luinhricques  —  1.  63.  E  :  draconeaulx grivolet\ —  1.  64. 
A  :  appellent  venes  Meden  ;  E  :  appellent  veines  Meden  —  1.  65.  E  :  vous  f aides  — 
E  :  autrement  —  A,  E  :  exposant  —  E  :  Et  f aides 


35.  Nom  collectif  donné  à  une  foule  de  pe- 
tits insectes  mal  caractérisés  par  les  anciens 
auteurs  (plus  spécialement  des  Acariens).  — 
R.,  à  en  juger  par  certains  passages,  1.  II,  ch.  i, 
l.III,  ch.  XXV,  désigne  sous  ce  nom  le  Sarcopte 
de  la  gale.  (D.) 

36.  Cousins  ;  du    latin    cidex,    moustiques. 

(D.) 

37.  Ascarides  :  Oxyurus  vennicularis  L., 
oxyure  vermiculaire  (Némathelminthe).  Ce 
sont  les  àxapto;;  d'Aristote,  àa/.cxptoeç  d'Hip- 
pocrate,  d'Oribase,  les  ascarides  de  Paré  et  de 
N.  Andry,  ainsi  nommés  (àaxapîÇw,  salio,  tri- 
ptidio)  «  pour  ce  que  tels  communément  sont 
sautelans.  »  (D.) 

38.  Lumbriques  :  Ascaris  lumbricoides  L. 
(Némathelminthe).  (DjjvMc,  azpQyjùX<x.i  d'A- 
ristote et  d'Hippocrate). 

59.  Vers.  Il  faut  y  voir,  par  exclusion,  la 
troisième  espèce  de  «  vers  qui  s'engendrent  es 
boyaux  »  à  savoir  les  Taenias  (EÎvatvOs;  T:ÀaT£tai 
d'Hippocrate  et  d'Aristote).  Cf.  L.  Moulé,  La 


parasitologie  dans  la  littérature  antique,  II, 
les  parasites  du  tube  digestif,  Paris,  Asselin, 
Houzeau,  191 1,  in-8°,  et  Arch.  de  parasitologie, 
t.  XIV,  191 1,  p.  353-383.  —  On  trouve 
déjà  le  mot  verme  dans  Chauliac  (Éd.  Ni- 
caise,  p.  492),  mais  appliqué  à  d'autres  hel- 
minthes. (D.) 

<^o.  Nom  de  la  Mer  Rouge  chez  les  Anciens. 

41.  Piqûre  (de^oî«rfre  piquer). 

42.  Dragonneaux.  Draconculi  (Galien,  De 
toc.  aff.,  1.  VI,  ch.  3).  «  Dragonneau,  selon 
Aèce,  est  un  animal  semblable  à  un  ver  long 
et  large  qui  se  meut  entre  cuir  et  chair  ». 
(Paré,  Œuvres,  1.  I,  ch.  24).  C'est  le  dragon- 
neau ou  filaire  de  Médine,  Filaria  (Diacuncu- 
lus)  medinensis,  Velsch.  (D.) 

43.  C'est  la  forme  donnée  par  R.  à  Médine. 
Cf.  1.  II,  ch.  XXIV,  n.  48.  «  La  veine  Meden  est 
une  veine  allongée  en  façon  de  varice  et  de 
vers,  qui  se  meut  volontairement,  »  dit  la 
Grande  Chirurgie  de  Guy  de  Chauliac.  Cf. 
/?.£./?.,  VII,  92. 


172 


LE   TIERS    LIVRE 


de  tel   meshain  *'*.   11   fault  tousjours   de    son    presme  ''^  interpréter 
toutes  choses  à  bien. 

—  Aprenez  moy  (dist  Panurge)  à  congnoistre  mousches  en  laict  ^^. 

70  II  est,  par  la  vertus  Dieu,  hasreticque.  Je  diz  haereticque  formé,  hsere- 
ticque  clavelé  '*^  haereticque  bruslable  comme  une  belle  petite  horo- 
loge '^^  Son  ame  s'en  va  à  trente  mille  charrettées  de  diables.  Sçavez 
vous  où?  Cor  Bien,  mon  amy,  droict  dessoubs  la  scelle  persée  de  Pro- 
serpine,  dedans  le  propre  bassin  infernal  on  quel  elle  rend  l'opération 

75  fécale  de  ses  clysteres,  à  cousté  guausche  de  la  grande  chauldiere,  à 
trois  toises  prés  les  gryphes  de  Lucifer,  tirant  vers  la  chambre  noire  de 
Demiourgon  ^^.  Ho,  le  villain  ! 


Ligne  67.  A,  E  :  tneshàing  —  E  :  proesme  —  1.  69.  E  :  Apprenez  —  1.  70.  E  :  verfu 
gguj —  A,  E  :  hereiicque  —  E  :  dy  —  A,  E  :  herdicqiic  formé,  hereticqtie  —  1.  71.  A, 
E  :  hereiicque  —  1.  72.  A,  E  :  asne  —  A,  E  :  charretées  —  1.  73,  E.  dcssoiihi  —  A, 
E  :  celle  —  1.  74.  E  :  auquel  —  1.  75.  A,  E  :  gausche  —  E  :  chaudière  —  1.  76.  A,  E  : 
troys  —  1.  77.  A,  E  :  Demogorgon. 


44.  Incommodité.  Cf.  ch.  ii,  n.  17. 

45.  Prochain.  Archaïsme  (du  latin  :  proxi- 
mus).  VoirSainéan.t.  II,  p.  117. 

46.  Apprenez-moi  à  voir  clair  en  plein  mi- 
di.Cf.  1.  I,  ch.  XI,  n.  35. 

47.  Atteint  du  c/iiwû-», galeux. 

48.  U Alphabet  de  VAuteur  français  —  ou 
plutôt  du  Perreau  indéterminé  dont  les  com- 
mentaires du  début  du  xviie  siècle  avaient  été 
communiqués  par  les  frères  Dupuy  à  l'édi- 
teur de  Hollande  —  commente  ainsi  ce  pas- 
sage :  «  Il  se  moque  d'une  condamnation  de 
mort  qui  fut  donnée  contre  un  des  premiers 
huguenots  qui  embrassa  la  Religion  reformée 
à  la  Rochelle,  lequel  estoit  horloger  et  avoit 
fait  une  horloge  toute  de  bois  qui  estoit  un 
ouvrage  admirable.  Mais  à  cause  qu'elle  avoit 
esté  faite  par  les  mains  d'un  prétendu  héré- 
tique, les  juges  ordonnèrent  par  la  mesme  sen- 


tence que  cette  horloge  seroit  bruslée  par  la  main 
du  bourreau,  ce  qui  fut  exécuté.  Il  faut  encore 
remarquer  que  cet  adjectif  clavelé  est  fait  du 
nom  de  cet  horloger  qui  avoit  nom  Clavelé  et 
s'estoit  rendu  fort  considérable  par  son  zèle.  » 
49.  Divinité  grecque,  qui  habitait  dans  les 
entrailles  de  la  terre,  ayant  pour  compagnon 
le  Chaos  et  l'Eternité.  Le  nom  de  Demigor- 
gon  figure  dans  les  lamentations  du  prêtre  égyp- 
tien Torquatus  sur  la  chute  de  ses  idoles.  Pas- 
sion de  Greban,  v.  7494-7503,  et  Jean  Lemaire 
de  Belges  dit  dans  ses  lUtistrations  de  Gaules, 
1. 1,  ch.  XXVIII  :  «  L'ancien  père  des  dieux,  De- 
mogorgon, demoura  en  son  abysme  et  au  par- 
fond  centre  de  la  terre.  Si,  n'en  peult  oncques 
eschaper.  »  Dans  tout  ce  passage,  il  est  possible 
que  R.  ait  eu  en  vue  des  particularités  scé- 
niques  des  anciens  mystères.  {R.  E.  R.,  X,  27.) 
(C.) 


Comment  Panurge  faict  discours  pour  retourner  à 
Raminagrobis. 

Chapitre  XXIII. 

«  Retournons  (dist  Panurge  continuant)  l'admonester  de  son  salut. 
5  Allons,  on  nom,  allons,  en  la  vertus  de  Dieu.  Ce  sera  œuvre  charitable 
à  nous  faicte  :  au  moins,  s'il  perd  le  corps  et  la  vie,  qu'il  ne  damne 
son  ame. 

«  Nous  le  induirons  à  contrition  de  son  péché  ;  à  requérir  pardon  es 
dictz  tant  beatz  pères,  absens  comme  pr^sens  (et  en  prendrons  acte, 
10  affin  qu'après  son  trespas  ilz  ne  le  declairent  haereticque  et  damné- 
comme  les  Farfadetz  '  feirent  de  la  praevoste  d'Orléans  ^)  ;  et  leurs  satis- 
faire de  l'oultrage,  ordonnant  par  tous  les  convens  de  ceste  province 
aux  bons  pères  religieux  force  bribes  \  force  messes,  force  obitz  et  anni- 
versaires. Et  que  au  jour  de  son  trespas,  sempiternellement,  ilz  ayent 
15  tous  quintuple  pitance  ^  et  que  le  grand  bourrabaquin  ^  plein  du  meil- 


Ligne  4.  E  :  dict  —  1.  5 .  E  :  ou  nom  —  A  :  vertus  Dieu  ;  E  :  vertu  Dieu  —  1.  7.  A,  E  : 
asne  —  1.  8.  E  :  l'induyrons  —  I.  9.  E  :  presens  —  1.  11.  E  :  prevoste  —  1.  12.  A  : 
oultraige  —  A,  E  :  couvens  —  1.  13.  A  :  religieulx  —  1.  15.  E  :  hourraquin,  plain 

T.  Cordeliers.  Cf.  ch.  X,  n.  33.  p.  286,  520,  546,  et  II,  p.  247,  revient  com- 

2.  Louise   de  Mareau,  femme  de  François  plaisamment  sur  cette  affaire  qui  «  par  tous  les 

de  Saint-Mesmin,  prévôt  d'Orléans,  ayant  été  coins  du  monde  fut   divulguée.   »  Cf.  1.  II, 

enterrée  dans  l'église  des  Cordeliers  de  cette  ch.  vu,  n.   155  et  2?.  E.  R.,  VII,  315.  (C.) 

ville,  ces  religieux  prétendirent  que  l'âme  de  3.  Morceaux   de  pain,  et   particulièrement 

la  prévôté  revenait  les  tourmenter.  En  réalité,  pain  de  quête.  Cf.  1.  IV,  ch.  xiii  :  «  qui  solet 

l'âme  de  la  prévôté  était  un  novice  caché  dans  antiquo  bribas  portare  bisacco»,  et  Cotgrave  : 

la  voûte  de  l'église.  La  fourberie  ayant  été  dé-  «  Il  n'est  vie  que  de   coquins  quand  ils  ont 

couverte,  la  plupart  d'entre  eux  furent,  sur  la  amassé  leurs  bribes.  »  (C.) 

plainte  du  prévôt,  condamnés  à  la  prison  per-  4.  Portion  qu'on  donne  à  chaque  repas,  dans 

pétuelle  (18  février  1534).  Mais  la  sentence  ne  une  communauté  religieuse,  au  delà  du  pain 

fut  pas  exécutée  et  la  peine  fut  commuée  en  et  du  vin.  (C.) 

bannissement.     H.   Estienne,  Apologie,  t.    I,  5.  Flacon.  Cf.  ch.  xvii,  n.  15. 


174  LE    TIERS    LIVRE 

leur,  trote  de  ranco  ^  par  leurs  tables,  tant  des  burgotz  \  layz  et 
brifFaulx  ^  que  des  presbtres  et  des  clercs,  tant  des  novices  que  des 
profès.  Ainsi  pourra  il  de  Dieu  pardon  avoir. 

c(  Ho,  ho,  je  me  abuse  et  me  esguare  en  mes  discours.  Le  Diable  me 

20  cmport  si  je  y  voys  !  Vertus  Dieu,  la  chambre  est  desjà  pleine  de 
diables.  Je  les  oy  desjà  soy  pelaudans  ^  et  entrebattans  en  diable,  à  qui 
humera  l'ame  raminagrobidicque,  et  qui  premier,  de  broc  en  bouc  '°, 
la  portera  à  messer  Lucifer.  Houstez  vous  de  là  !  Je  ne  y  voys  pas.  Le 
Diable  me  emport  si  je  y  voys!  Qui  sçait  s'ilz  useroient  de  qui  pro 

25  quo,  et  en  lieu  de  Raminagrobis  grupperoient  ''  le  paouvre  Panurge 
quitte?  Hz  y  ont  maintes  foys  failly,  estant  safrané  '^  etendebté.  Houstez 
vous  de  là!  Je  ne  y  voys  pas.  Je  meurs,  par  Dieu,  de  maie  raige  de  paour! 
Soy  trouver  entre  diables  affamez,  entre  diables  de  faction  '',  entre 
diables  negocians  '-^  ?  Houstez  vous  de  là  !  Je  guage  que  par  mesmes 

so  doubte  à  son  enterrement  n'assistera  Jacobin,  Cordelier,  Carme, 
Capussin,  Theatin  ne  Minime.  Et  eulx  saiges.  Aussi  bien  ne  leurs  a  il 
rien  ordonné  par  testament.   Le  Diable  me  emport  si  je  y  voys  !  S'il 


Ligne   16.  E  :  layei  —  1.  17.  E  :  prebstres  —  E  :  clers  —  1.   19.  E  :  je  m'abuse 

—  A  :  tn  esguare  ;  E  :  ni'esgare  —  1.  19-20.  A,  E  :  m  emport  —  1.  20.  E  :/'jy  —  E  :  Vertu 

—  1.  20-21.  A,  E  :  des  diables  —  I.23.E:  Ostei —  A,  E  :  n'y  —  1.  24.  A.  E:  m'emport 

—  E  :  /  j  —  1.  25 .  E  :  s;rupperoyent  —  E  :  paoure  —  E  :  le  manque  —  1.  26.  E  :  Oste^  — 
1.  27.  A,  E  :  }i\y  —  E  :  malle  —  E  -.peur  —  1.  28.  E  -.factions  —  1.  29.  E  :  Ostei  —  E  : 
gaigc —  E  :  mesme  —  1.  30.  F  :  entretenement  —  1.  31.  A,  E.  Theatin  manque  — A  : 
Aussy  —  E  :  leur  ha  —  1.  32.  A,  E  :  m' emport  —  E  :  j'y 

6.  De  rang  en  rang.  Cf.  Cotgrave  :  Froni      arrêt.  Cf.  Remy  Belleau,  La  Reconnue  (t.  III, 
rank  to  rank,  from  one  the  another.  (C.)  p.  333)  : 

7.  Bardot  est  le  nom  poitevin  et  sainton-  r-  .  •.         . 
'          ^                           r                                                  j7[  qyg  notre  souper  soit  prest 

geais  du  hanneton  ou  du  frelon,  dont  R.  fait  t->     u  1  •         . 

^  '  De  bonne  heure  et  ce  qui  y  est 

un  surnom  des  moines,  en  raison  du  bourdon-  c  •  •  u- 

Soit  servi  bien  et  nettement, 

nement  de  leurs  chants.  Voir  Sainéan,  t.  II,  t\     1      i         l      7      1      j  .  /n  \ 

'  '  De  broche  en  bouchd  chaudement,  (r.) 

p.  271. 

8.  Frères  lais,  entretenus  parles  religieuses  11.  Attraperaient.  Cf.  ch.  xii,  n.  40. 

à  charge  de  quêter  pour  elles.  Le  sens  propre  12.  Peint  au  safran,  comme  les  comptoirs 

est  «  glouton.  »  Cf.  1.  I,  ch.  liv,  n.  26.  des    banqueroutiers.   D'Aubigné    dit    dans   le 

9.  Se  chicanant.  Cf.  1.  II,  ch.  xiv,  n.  89.  même  sens  safranier  (Littré).  (C.) 

10.  Bouche.  Cf.  1.  I,  ch.  viii,  n.  loi.  L'ex-  15.  En  action,  sens  propre  du  mot. 
pression  signifie  de  la  broche  à  la  bouche,  sans  14.  Au  travail,  au  sens  du  latin  negoliantes. 


CHAPITRE   XXIII  175 

est  damné,  à  son  dam  !  Pour  quoy  mesdisoit  il  des  bons  pères  de  reli- 
gion? Pour  quoy  les  avoit  il  chassé  hors  sa  chambre,  sus  l'heure  que 

35  il  avoit  plus  de  besoing  de  leur  ayde,  de  leurs  dévotes  prières,  de  leurs 
sainctes  admonitions?  Pour  quoy  par  testament  ne  leurs  ordonnoit  il 
au  moins  quelques  bribes,  quelque  bouffaige,  quelque  carreleure  '^  de 
ventre,  aux  paouvres  gens  qui  n'ont  que  leur  vie  en  ce  monde  ?  Y  aille 
qui  vouldra  aller.  Le  Diable  me  emport  si  je  y  voys.   Si  je  y  allois,  le 

40  Diable  me  emporteroit.  Cancre  !  Houstez  vous  de  là! 

«  Frère  Jan,  veulx  tu  que  praesentement  trente  mille  charretées  de 
diables  t'emportent?  Pays  trois  choses  :  baille  moy  ta  bourse.  Car  la 
croix  '^  est  contraire  au  charme.  Et  te  adviendroit  ce  que  nagueres  advint 
à  Jan  Dodin  '^  recepveur  du  Couldray  '^  au  gué  de  Vede  '^,  quand 

45  les  gens  d'armes  rompirent  les  planches  ^°.  Le  pinart  ^',  rencontrant 
sus   la  rive  frère  Adam  Couscoil  ^%  cordelier  observantin  de  Myre- 


Ligne  34.  A,  E  :  chasseï  —   J.  34-55.  A,  E  :  :}uil  —  1.  35.  E  :  leurs  aydes  —  1.  36. 

E  :  leur  —  1.  38.  E  :  paoures  —  1.  39.  A,  E  :  m'emport  —  E  :  fy  vois  —  E  :  j'y  allois 

—  l.  40.  A,  E  :  ni  emporleroit  —  E  :  Oste\  —  1.  41.  E  :  Jean  —  E  :  présentement  — 
I.  42.  A  :  Fayi  ;  E  :  Fay  —  A,  E  :  troys  —  1.  43.  E  :  t'aviendroit  —  A,  E  :  n'agueres  — 

1.  44.  E  :  Jean  —  1.  45 .  E  :  pinard  —  E  :  sus  la  rivière  —  1.  46.  E  :  Mirebeau 

15.  Doublure  (proprement  resseir.elage)  de  et  ch.  xxxvi,  1.  45  :  «  arrivèrent  au  pont  du 
ventre.  Le  terme  était  encore  usité  au  xviie  s.  moulin  et  trouvèrent  tout  le  gué  couvert  de 
Molière,  Médecin  volant,  se.  3  :  «  Je  croyais  corps  morts,  en  telle  fouUe  qu'ils  avoient  en- 
refaire  mon  ventre  d'une  bonne  carrelure.  »  guorgé  le  cours  du  moulin.»  (C.) 

Cf.  1.  II,  ch.  XI,  n.  79.  (C.)  20.   Les  planches  du  pont.  Il  est  peu  pro- 

16.  La  croix  frappée  sur  les  pièces  de  mon-  bable  que  R.  fasse  allusion  à  l'épisode  de  la 
naie.  Cf.  1.  II,  ch.  vu  :  «  l'Invention  Sainctc  guerre  picrocholine.  Il  s'agit  sans  doute  d'un 
Croix  à  six  personnaiges.  »  (C.)  passage   de  troupes    dans    le   Chinonais  vers 

17.  Il  est  possible  qu'il  y  ait  eu  un  person-  1532.  (C.) 

nage  de  ce  nom,  receveur  des   rentes  de   la  21.   Paillard.  En  Bas-Limousin,  pinard  est 

seigneurie  du  Coudray,  mais  il  reste  à  identi-  le  sobriquet  du  cultivateur  aisé,  du  bon  vivant. 

fier.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  197. 

18.  Château,  comm.  de  Seuilly,  arr.  Chi-  22.  Nous  ne  saurions  dire  si  Frère  Adam 
non  (Indre-et-Loire).  Cf.  1.  I,  ch.  iv,  n.  21.  Couscoil,  comme  son  compère  Jean  Dodin, 

(C.)  est  un  personnage  réel  ou  imaginaire.  Ce  qui 

19.  Gué  sur  la  Vède  ou  Négron,  par  où  pas-  est  certain  c'est  que  l'anecdote  est  racontée 
sait  le  chemin  de  Seuilly  à  Chinon,  au  lieu  quatorze  ans  au  moins  avant  l'apparition  du 
dit  le  Moulin  du  Pont.  Cf.  1.  I,  ch.  iv,  n.  22,  Tiers  livre,  sous  le  titre  :  De  qiiodam  Mina- 


176 


LE   TIERS    LIVRE 


beau  ^',  luy  promist  un  habit  en  condition  qu'il  le  passast  oultre  l'eau 
cà  la  cabre  morte  ^'^  sus  ses  espaules.  Car  c'estoit  un  puissant  ribault. 
Le  pacte  feut  accordé.  Frère  Couscoil  se  trousse  jusques  aux  couilles  et 

50  chargea  son  dours,  comme  un  beau  petit  sainct  Christophle  ^%  le  dict 
suppliant  Dodin.  Ainsi  le  portoit  guayement,  comme  .Eneas  porta 
son  père  Anchises  hors  la  conflagration  de  Troie,  chantant  un  bel 
Ave  maris  Stella  ^^  Quand  ilz  feurent  au  plus  parfond  du  gué,  au  dessus 
de  la  roue  du  moulin,  il  luy  demanda  s'il  avoit  poinct  d'argent  sus  luy. 

5  5  Dodin  respondit  qu'il  en  avoit  pleine  gibbessiere,  et  qu'il  ne  se 
desfiast  de  la  promesse  faicte  d'un  habit  neuf.  «  Comment  (dist  frère 
Couscoil)  tu  sçaiz  bien  que  par  chapitre  exprès  de  notre  reigle  ^'  il 


Ligne  48.  E  :  sur  —  1.  49.  E  :  pact  fut  —  E  :  au  —  1.  50.  A,  E  :  dos  —  E  : 
Christofle  —  1.  51,  E  :  gayement  —  1.  52.  F  :  hort  —  E  :  Troye  —  1.  53.  E  :  furent 
—  E  :  profond  —  1.  54.  E  :  point  —  1.  57.  E  :  scais 


ritano  et  alio,  dans  les  Epigramviata  et  Eidyl- 
lia,   de   Nie.    Barthélémy  de  Loches,  Paris, 

1532,8°,  1.   II,  fo  22,  vo. 

Franciscanus  in  alteram  profundi 
Ripam  fluminis  excipit  ferendum 
Quempiam  nitidum  comatulumque 
(Parco  huic  nomine,  rem  minus  silebo 
Dignam  publica  qus  fit,  atque  fiât), 
Impostumque  hunieris  rogavit  ipse, 
[amnem 
Q.uum  ventum  ad  médium  prope  esset. 
Franciscanus,  an  is  pecuniarum 
Quicquam  forsan  haberet  ?  Ille  habere 
Se  dixit,  quibus  hune  juvaret,  amplas, 
Affatim  quoque  asymbolum  cibaret. 
Promissis  nihil  excitas  vadator  : 
«  Nescis  ordinis,  inquit,  esse  nostri 
Nos  déferre  pecunias  vetari  ?  » 
Excussum  simul  hune  in  amne  liquit. 
Desertor  minime  hujus  ipse  fiam  : 
Novi  utrumque,  et  id  audii  ex  utroque. 
Il  serait    piquant  que  R.  ait  connu  les  hé- 
ros de  cette  anecdote  dont  Nicolas  Barthélémy 
tait  les  noms.  Mais  il  est  plus  probable  que 
la  précision  onomastique  de  maître  François 
est  un  pur  artifice  littéraire.  (C.). 


23.  Cant.,  arr.  Poitiers  (Vienne).  Le  cou- 
vent des  cordeliers  de  Mirebeau  avait  été  fon- 
dé vers  1225.  (Cf./?.  E.  R.,\l,  229.)  Le  rappro- 
chement du  receveur  du  Coudray  et  d'un 
moine  de  ce  couvent  n'est  pas  probablement 
sans  motif.  Louis  de  Bourbon,  seigneur  du 
Coudray,  mort  en  i486,  avait  épousé  Jeanne 
de  France,  fille  naturelle  de  Louis  XI,  baronne 
de  Mirebeau.  Protectrice  du  couvent,  elle  y  élit 
sa  sépulture,  à  côté  de  celle  de  son  mari,  en 
15 15.  {R.  E.  R.,  V,  422.)  La  distance  entre 
Mirebeau  et  le  gué  de  Vède  est  d'environ  dix 
lieues.  (C.) 

24.  Comme  les  bouchers  portent  une  chèvre 
morte,  c'est-à-dire  sur  leur  dos  en  la  tenant  par 
les  deux  pieds  de  devant  passés  par-dessus 
leurs  épaules.  Dans  les  jeux  de  Gargantua,  1.  I, 
ch.  XXII,  n.  199  et  201,  figurent  :  «  la  beste 
morte»  et  le  «  pourceau  raory  ».  (C.) 

25.  La  légende  fait  de  saint  Christophe  une 
sorte  d'Hercule  portant  le  Christ  sur  ses 
épaules.  (C.) 

26.  R.  n'a  pas  choisi  au  hasard  cette  hymne 
de  l'office  de  la  Vierge,  dont  le  mouvement 
est  d'une  charmante  allégresse.  (C.) 

27.  Voir  Régula   II,  cap.  IV  :  «  Quod  fra- 


CHAPITRE   XXIII  lyy 

nous  est  riguoureusement  défendu  porter  argent  sus  nous.  Malheu- 
reux es  tu  bien,  certes,  qui  me  as  faict  pécher  en  ce  poinct.  Pourquoy 

éo  ne  laissas  tu  ta  bourse  au  meusnier  ^^  ?  Sans  faulte  tu  en  seras  prassen- 
tement  puny.  Et  si  jamais  je  te  peuz  tenir  en  nostre  chapitre  à 
Myrebeau,  tu  auras  du  Miserere  jusques  à  Fitidos-^.  »  Soubdain  se 
descharge  et  vous  jecte  Dodin  en  pleine  eau  la  teste  au  fond.  A 
cestuy   exemple,   frère  Jan   mon   amy   doulx,    affin   que    les  diables 

65  t'emportent  mieulx  à  ton  aise,  baille  moy  ta  bourse  :  ne  porte  croix 
aulcune  sus  toy.  Le  danger  y  est  évident.  Ayant  argent,  portant 
croix,  ilz  te  jecteront  sus  quelques  rochiers,  comme  les  aigles 
jectent  les  tortues  pour  les  casser,  tesmoing  la  teste  pelée  du  poëte 
iEschylus  '°,  et  tu  te  ferois  mal,  mon  amy  (j'en  seroys  bien  fort  marry), 

70  ou  te  laisseront  tomber  dedans  quelque  mer  je  ne  sçay  où,  bien  loing, 
comme  tomba  Icarus  ''.Et  seroit  par  après  nommée  la  Mer  Entom- 
mericque  '\ 

Ligne  58.  A,  E  :  rigoureusement  —  1.  59.  E  :  — point  —  1.  éo.  E  :  présentement  — 
1.  62.  A  :  Mirabeau  ;  E  :  Mirebeau  —  1.  6/^.  A,  E  :  ceste  —  E  :  Jean  — 1.  66.  E  :  aucune 
—  1.  69.  A  :  feroys  —  E  :  serais  —  1.  71.  A,  E  :  sera 

très  non  recipiant  pecuniam  ».  Erasme  nous  dit,  la  retrouve  dans  une  épitre  de  Germain  Colin 

dans  VEÎoge  de  la  Folie,  comment  certains  Cor-  à  Marot.  Cf.  éd.  Guiffrey,  1. 1,  p.  387.  (P.) 
deliers  tournaient  cette  règle  de  leur  ordre,  en  30.  D'après  Pline,  Hist.  nat.,X,  3  :  «  Inge- 

mettant  des  gants  pour  toucher  à  l'argent;  et  nium  est  ei  [aquilae]  testudines    raptas    fran- 

la  reine  de  Navarre  (Heptaniéron,  XV)  nous  gère  e  sublinii   jaciendo  :  quas  sors  interemit 

montre  une  grande  dame  remettant  à  un  Fran-  poetam  ^schylum  »,  et  Valère  Maxime,  IX, 

ciscain  deux  écus  enveloppés  dans  un  papier,  12  :  «  In  Sicilia,  mœnibus  urbis,  in  qua  mora- 

«  car  je  sçay  bien,  ajoute-t-elle,  que  vous  n'y  batur  [^schylus],  egressus,  aprico  in  loco  rese- 

oseriez  toucher.  »  (P.)  dit  :  super   quem   aquila    testudinem  ferens, 

28.  Le  meunier  du  moulin  du  Pont.  Ce  elusa  splendore  capitis  (erat  enim  capillis  va- 
personnage  anonyme  joue  un  rôle  dans  la  cuum)  periude  atque  lapidi  eam  illisit,  ut  frac- 
guerre  picrocholine,  1. 1,  ch.  xxx,  n.  3.  tas  carne  vesceretur.  »  (P.) 

29.  Quand  les  moines  se  donnaient  la  disci-  31.  La  mer  dite  Icarienne,  chez  les  Anciens, 
pline,  la  flagellation  était  accompagnée  de  la  était  une  partie  de  la  mer  Egée, 
psalmodie  des  psaumes  de  la  pénitence.  Frère  32.  Réminiscence  de  Lucien,  Icaroménippe, 
Adam  promet  à  Dodin  une  correction  qui  du-  III  :  «  ETxa,  m  ToXjxripdraTE  7:ocvTtov,  oùx  èSe- 
rera  tout  le  long  du  psaume  Miserere,  ce  ooizsç  [j.^  zat  au  tcou  -rrii;  ôaXàaaY);  xaxaTzsawv 
psaume  commençant  par  miserere  et  finissant  Mevititteiov  ti  TzéXayoç  rjjjLÏv  waTcsp  xô  'I/.âptov 
par  vitulos.  Cf.  R.  E.  R.,  VIII,  306.  La  plai-  à-ooetÇT];  kr,l  xw  asauxoij  ôvdjjiax'.  ;  »  «  Ensuite, 
santerie  était  courante  dans  les  couvents.  On  ô  le  plus  audacieux  des  hommes,  ne  craignais-tu 

LE   TIERS   LIVRE.  2J 


178  LE   TIERS    LIVRE 

Secondement,  sois  quitte.  Car  les   diables  ayment  fort  les  quittes. 

Je    le    sçay   bien    quant    est  de  moy  :  les    paillars    ne    cessent    me 
75   mugueter  et  me  faire  la  court,  ce  que  ne  souloient  estant  safrané  et 

endebté.  L'ame  d'un  homme  endebté  est  toute  hecticque  ''  et  discra- 

siée  '■^.  Ce  n'est  viande    à  diables  '\ 

Tiercement,  avecques  ton  froc  et  domino 'Me  grobis  retourne  àRami- 

nagrobis.  En  cas  que  trente  mille  batelées  de  diables  ne  t'emportent 
80  ainsi  qualifié,  je  payeray   pinthe  et   fagot.  Et  si,  pour  ta  sceureté,  tu 

veulx  compaignie   avoir,    ne    me    cherchez   pas,    non,  je  t'en  advise- 

Houstez  vous  de  là  !  Je  n'y  voys  pas.  Le   Diable   m'emport   si  je   y 

voys  ! 

—  Je  ne  m'en  souciroys  (respondit  frère  Jan)  pas  tant  par  adventure 
83   que  l'on  diroyt,  ayant  mon  bragmard  on  poing. 

—  Tu  le  prens  bien  (dist  Panurge)  et  en  parle  comme  docteur  sub- 
til en  lard  '"' .  On  temps  que  j'estudiois  à  l'eschole  de  Tolete  '^  le  reve- 


Ligne  73.  A,  E  :  soys  —  1.  74.  E  :  quand  —  E  :  paillards—  1.  75.  E  :  mugueter,  de 
me  faire  —  1.  76.  E  :  heticque  —  A,  E  :  dyscrasiée  —  1.  78.  A,  E  :  et  ton  domino  — 
1.  79.  E  :  hattelées  —  E  :  ne  manque  —  1.  80.  E  :  pinte  —  E  :  scuretc  —  1.  82.  E  : 
Ostei  —  E  ;  vois  —  E  :  ;  j  —  1.  84.  E  :  socieroys  —  E.  Jean  —  1.  85.  E  :  dirait  —  E  : 
au  poing  —  1.  86.  A  :  parle\  —  1.  87.  E  :  eu  Vart.  Au  temps  —  E  :  fesludioys  —  E  :  Tolclte 


pas  que,  tombant  quelque  part  dans  les  flots  tu  36.  Capuchon  fourré.  Cf.  1.  II,  ch.  xxx,  n. 

ne  donnes  ton  nom   à  quelque  mer  ménip-  141,  et  R.  E.R.,  IX,  275. 

péenne,  comme  le  fit  Icare  ?»  (P.)  57.  Jeu  de  mots  traditionnel  entre  maître  en 

33.  Affaibli.  Cet  adjectif  a  persisté  dans  le  Vart  et  en  lard,  appellation  facétieuse  donnée 
langage  courant  sous  la  forme  :  étique  ;  et  dans  au  charcutier.  (C.) 

la  langue  médicale  sous  celle  de  : /î«c//jMe.  (D.)  38.  Tolède,   ville  de    la    NouvcUe-Castille 

34.  De  mauvaise  constitution.  La  crase  favo-  (Espagne).  Elle  passait  au  moyen  âge  pour  un 
rable  consistait  dans  les  justes  mélange  et  qua-  foyer  d'études  magiques.  Pulci  en  parle  dans 
lité  des  quatre  humeurs  :  sang,  bile,  atrabile  son  Morgante,  XXV,  259  : 

^    "         '  ^    '^  Questa  cittâ  di  Toleto  solea 

îS-  Il  V  a  sans  doute  dans  ce  passage  une  ~                j-     .• 

■'  '         ■'                      ^       ,.  , ,                   .  .  Tenere  studio  di  negromanzia, 

allusion  aux  Mystères.  Les  diables,  en  precipi-  ^  •  •  j-         •              •  1 

■^               ,    T      -r     1      1  Quivi  di  magica  arte  si  leggea 

tant  dans  la  chaudière  de  Lucifer  les  banque-  r.  ui-            "        j-     ■ 

,     .                   \  Publicamcnte  e  di  piromanzia. 
routiers  revêtus  de  leur  livrée  jaune,  devaient 

les  plaisanter  sur  leur  maigreur.  (C.)  Cf.  R.  E.  R.,  VII,  252.  (C.) 


CHAPITRE   XXIII 


179 


rend  père  en  Diable  '^  Picatris^°,  recteur  delà  faculté  diabolologicque, 
nous  disoit  que  naturellement  les  diables  craignent  la  splendeur  des 

90  espées  aussi  bien  que  la  lueur  du  soleiH'.  De  faict  Hercules,  descendent 
en  enfer  à  tous  les  diables,  ne  leurs  feist  tant  de  paour  ayant  seule- 
ment sa  peau  de  lion  et  sa  massue,  comme  par  après  feist  JEnesLS 
estant  couvert  d'un  harnoys  resplendissant  et  guarny  de  son  brag- 
mard  bien  apoinct  fourby  et  desrouillé  à  l'ayde  et  conseil  de  la  Sibylle 

95  Cunnane  ^^  C'estoit  (peut  estre)  la  cause  pourquoy  le  seigneur  Jan 
Jacques  Trivolse  '^\  mourant  à  Chartres  ■^'^,  demanda  son  espée  et 
mourut  l'espée  nue  on  poing,  s'escrimant  tout  au  tour  du  lict  comme 
vaillant  et  chevalereux,  et  par  ceste  escrime  mettant  en  fuyte  tous  les 
diables  qui  le  guestoient  au  passaige  de  la  mort,  duand  on  demande 


Ligne  90.  A  :  aussy  —  1.  91.  E  :  peur —  1.  92.  E  :  Lyon —  1.  95.  E  :  garny  — 1.  95. 
E  :  Cumane  —  1.  96.  E  :  Trivolle  —  E  :  Chartes  —  1.  97.  E  :  an  poing  —  1.  98.  E  : 
chevaleureux —  1.  99.  E  :  guetoient 


3g.  Qualification  facétieuse  forgée  sur  le 
modèle  de  père  en  Dieu,  titre  donné  aux  doc- 
teurs en  théologie.  (C.) 

40.  Auteur  d'un  coinpendium  en  quatre 
livres,  recueilli  de  deux  cent  vingt-quatre  des 
plus  fameux  magiciens  de  l'antiquité  et  dédié 
au  roi  Alphonse  en  1256.  Agrippa  en  parle,  De 
Vanitate  scientiarum,  ch.  XLii.  Folengo  le  cite, 
Il  Baldo,  mac.  XVIII  : 

«  Ecce  P/crt/r/m  nigromanti  sculpta  tabella  », 
et  Amaury  Bouchard  le  mentionne  dans  son 
Tt];  yuvaixsfa;  çjTXr);  apologia,  Paris,  1522, 
p.  4i.(C.) 

41.  R.  trouvait  cette  thèse  exposée  dans  di- 
vers ouvrages,  par  exemple,  dans  H.  Corneille 
Agrippa,  De  occulta  philosophia,  III,  19  (Decor- 
poribus  âxmomini),  et  dans  Caelius  Rhodiginus, 
Antiq.  lect.,  I,  29  :  Dxmones  an  senlire  doloris 
vint    possint.    Cur  enses  offerantnr  dxnionibus. 

(P-) 

42.  Voir  les  prescriptions  de  la  Sibylle  à 
Énée,  au  1.  VI  de  V Enéide,  v.  270  : 

Tuque  invade  viam,  vaginaque  eripe  ferrum. 


Cité  par  Ccelius  Rh  )diginus,  au  ch.  xxix  du 
1.  I,  et  par  H.  Corneille  Agrippa,  Isagoge  de 
mater ia  dxmoniim.  (P.) 

43.  Jean- Jacques  de  Trivulzi,  dit  le  Graud 
Trivulce,  marquis  de  Vigevano,  maréch-il  de 
France,  né  en  1448  à  Milan,  mort  en  disgrâce 
à  Châtres  (Arpajon)  le  5  décembre  15 18. 
L'anecdote  se  retrouve  dans  Brantôme,  II, 
224,  sans  que  l'on  puisse  affirmer  qu'il  l'ait 
empruntée  à  R.  :  «Il  avoit  ouï  dire  à  quelques 
philosophes  que  les  diables  haïssoient  fort  les 
espées,  et  en  avoient  grande  frayeur,  et  s'en- 
fuyoient  quand  ils  les  voyoient  flamboyer. .  . 
Aussi  le  dit  seigneur.  .  .  lorsqu'il  voulut  mou- 
rir, il  se  fit  mettre  son  espée  sur  le  lit,  toute 
nue,  et  la  tint  à  deux  mains,  tant  qu'il  put,  au 
lieu  de  la  croix...  afin  que  les  diables,  le 
voyant  ainsi  armé  et  ayant  peur,  ils  ne  s'appro- 
chassent de  luy  pour  luy  enlever  et  emporter 
son  ame  avec  eux.  « 

44.  Il  faut  lire  Chastres,  aujourd'hui  Arpa- 
jon, ch.-l.  cant.,  arr.  Corbeil  (Seine-et-Oise). 
La  ville  de  Châtres-sous-Montlhéry  fut  érigée  en 


i8o 


LE   TIERS    LIVRE 


100  aux  massorethz  •*'  et  caballistes  '^^  pourquoy  les  diables  n'entrent 
jamais  en  paradis  terrestre,  ilz  ne  donnent  aultre  raison,  si  non  que 
à  la  porte  est  un  chérubin  tenent  en  main  une  espée  flambante  ''"' . 
Car,  parlant  en  vraye  diabolologie  de  Tolete,  je  confesse  que  les 
diables  vrayement   ne  peuvent  par   coups   d'espée  mourir  ;  mais  je 

105  maintiens,  scelon  la  dicte  diabolologie,  qu'ilz  peuvent  patir  solution 
de  continuité  ■***,  comme  si  tu  couppois  de  travers  avecques  ton 
bragmard  une  flambe  de  feu  ardent  ou  une  grosse  et  obscure  fumée. 
Et  crient  comme  diables  à  ce  sentement  de  solution,  laquelle  leurs 
est  doloreuse  en  diable. 

«  duand  tu  voyds  le  hourt  "^^  de  deux  armées,  pense  tu,  couillasse, 
que  le  bruyt  si  grand  et  horrible  que  l'on  y  oyt  proviene  des  voix 
humaines,  du  hurtis  ^°  des  harnois,  du  clicquetis  des  bardes  ^\  du  cha- 
plis  5'  des  masses,  du  froissis  des  picques,  du  bris  des  lances,  du  cris 


IIO 


Ligne  100.  E  :  Cabalistes  —  E  :  n'entrèrent  —  1.  loi.  E  :  autre  —  E  :  qu'a  —  1. 
102.  E  :  tenant  —  I.  105.  E  :  parlans  —  E  :  Tolette  —  1.  105.  E  :  maintien  selon 
—  1.  loé.  E  :  couppoys  —  1.  108.  E  :  sentiment  —  E  :  leur  —  1.  iio.  E  :  voys  — 
E  :  heurt  —  1.  m.  E  :  pravienne  — 1.  112.  E:  heurtis  —  E  :  harnoys  —  E  :  cliquetis  — 
1.  113.  E  :  frossis  —  E  :  cry 


duché-pairie  en  1702,  en   faveur  de    Louis, 
marquis  d'Arpa)on(Rouergue).  (C.) 

45.  «  Interprètes  et  glossateurs  entre  les  He- 
brieux  »,  Briefve  Déclaration.  Cf.  \.  I,  ch.  11, 
n.  36. 

46.  Habiles  dans  la  Cabale,  interprétation 
des  livres  saints  que  les  docteurs  juifs  se  trans- 
mettaient oralement.  Cf.  1.  I,  ch.  viii,  n.  108. 
On  notera  que  R.  emploie  l'indicatif  présent  : 
les  diables  n'entrent  jamais,  et  non  le  passé. 
C'est  que,  d'après  les  théologiens,  le  paradis 
terrestre  existe  encore,  même  après  le  péché 
de  l'homme.  La  difficulté  était  de  déterminer 
son  emplacement,  et  l'on  connaît,  sur  ce  point, 
les  instructions  facétieuses  données  par  Voltaire 
à  frère  Pediculoso.  (P.) 

47.  Voir  Genèse,  III,  24. 

48.  Cf.  Caelius  Rhodiginus,/oc.  cit.  :  «  Ergo 


spiritale  Dsemonum  corpus. . .  et  tactum  pati- 
tur  et  perinde,  ac  solida,  divisum  dolet,  eo  ta- 
men  interstitio,  quod  solida  intercisa  ac  ré- 
vulsa aut  profanantur  nunquam  aut  vix  con- 
tingere  id  potest.  Refectum  vero  dsemonicum 
corpus  coit  rursum  recreaturque  aeris  motu 
aut  aqus.  Et  id  quidem  celeritate  incredibili, 
intérim  tamen  dolet  insigniter,  dum  pangi- 
tur  dissectio,  quo  fit  ut  ferri  aciem  reformi- 
dent.  »  (P.) 

49.  Choc.  Cf.  ch.  VI,  n.  15. 

50.  Heurt  des  armures.  Sur  la  prononciation 
parisienne  hurtis  pour  heurtis,  v.  Sainéan,  t. 
II,  p.  147. 

51.  Armures  de  défense  du  cheval. 

52.  Choc  des  armes.  Archaïsme,  qui  se  lit 
également  chez  Jean  Le  Maire,  Marot  et  Jo- 
delle.  (Sainéan,  t.  II,  p.  103.) 


CHAPITRE   XXIII  l8l 

des  navrez,  du  son  des  tabours  et  trompettes,  du  bannissement  des  che- 

115  vaulx,  du  tonnoire  des  escoupettes  ^'  et  canons?  Il  en  est  véritable- 
ment quelque  chose,  force  est  que  le  confesse.  Mais  le  grand  effroy  et 
vacarme  principal  provient  du  deuil  et  ulement  '■^  des  diables  qui  là, 
guestans  pelle  melle  les  paouvres  âmes  des  blessez,  reçoivent  coups 
d'espée  à  l'improviste  et  pâtissent  solution  en  la  continuité  de  leurs 

120  substances  aërées  et  invisibles  ",  comme  si  à  quelque  lacquais  croc- 
quant  les  lardons  de  la  broche  maistre  Hordoux  '^  donnoit  un  coup 
de  baston  sus  les  doigts.  Puys  crient  et  ulent  comme  diables  ;  comme 
Mars,  quand  il  feut  blessé  par  Diomedes  davant  Troie,  Homère  dict 
avoir  crié  en  plus  hault  ton  et  plus  horrificque  effroy  que  ne  feroient 

125  dix  mille  hommes  ensemble  ". 

«Mais  quoy?  Nous  parlons  de  harnoys  fourbiz  et  d'espées  respleii- 
dentes  :  ainsi  n'est  il  de  ton  bragmard.  Car,  par  discontinuation  de 
officier  et  par  faulte  de  opérer,  il  est  par  ma  foy  plus  rouillé  que  la 
claveure  ^^  d'un  vieil  charnier  ^^  Pourtant  faiz  de  deux  choses  l'une  : 

130  ou  le  desrouille  bien  apoinct  et  guaillard,  ou,  le  maintenant  ainsi 
rouillé,  guarde  que  ne  retourne  en  la  maison  de  Raminagrobis.  De 
ma  part  je  n'y  voys  pas.  Le  Diable  m'emport  si  je  y  voys!  » 


Ligne  115.  A  :  tonnoirre  —  A,  F  :  escourpettes  — I.  117.  A,  E  :  diieil  —  E  :  ullement 

—  1.  1 18.  E  :  paoures  —  A  :  rec\oivent  —  1.  119.  E  :  espées  —  1.  122.  E  :  Puis  —  E  : 
ullent  —  1.  123.  E  -.fut  —  devant  Troye  —  1.  124.  E  :  feroyent  —  1.  126.  E  :  resplendis- 
santes —  1.  128.  E  :  d'officier  —  1.  129.  E  :  fay  —  1.   130.  E  :  à  poinct  —  E  :  gaillard 

—  1.  131.  E  :  garde  — A  :  retourne^  ;  E  ;  retournes  —  1.  132.  E  :  si  j'y 

53.  Escopettes.  56.  Sale.  Cf.  1.  I,  ch.  xiii,  n.  48.  Un  des 

54.  Hurlement.     Néologisme   ;    du     latin  cuisiniers  enfermés  dans  la  Truye,  au  ch.  xl 
idulatus,  même  sens.  du  Quart  Livre,  s'appelle  Maistre  Hordoux. 

55.  Sur  la  nature  aérienne  du  corps  des  dé-  57.  Voir  Iliade,  ch.  v,  v.  859. 
mons,  voir  les  enseignements  de  saint  Augus-  58.  Serrure.  Voir  1.  \l,prol.  n.  28. 

tin,  De  divinatione   dœmonuiii,  VII.  Cf.   Gil-  59.  Saloir.  Voir  1.  II, /^ro/.,  n.  29.  La  serrure 

son,  op.  cit.,  p.  85.  (P.)  du  saloir  s'oxyde  lorsqu'on  ne  s'en  sert  plus. 


Comment  Panurge  prend  conseil  de  Epistemon. 


Chapitre  XXIV. 


Laissans  la  Villaumere  et  retournans  vers  Pantagruel,  par  le  che- 
min Panurge  s'adressa  à  Epistemon  et  luy  dist  :  «  Compère,  mon 
5  antique  amy,  vous  voyez  la  perplexité  de  mon  esprit.  Vous  sçavez  tant 
de  bons  remèdes  !  Me  sçauriez  vous  secourir  ?  » 

Epistemon  print  le  propous,  et  remonstroit  à  Panurge  comment  la 

voix  publicque  estoit  toute  consommée  en  mocqueries  de  son  desgui- 

sement,  et  luy  conseilloit  prendre  quelque  peu  de  ellébore  '  affin  de 

10   purger  cestuy  humeur  en  luy  peccant  %  et  reprendre  ses  accoustre- 

mens  ordinaires. 

«  Je  suys  (dist  Panurge),  Epistemon  mon  compère,  en  phantasie  de 
me  marier.  Mais  je  crains  estre  coqu  et  infortuné  en  mon  mariage. 
Pourtant  ay  je  faict  veu  à  sainct  François  le  jeune  ',  lequel  est  au  Plessis 


Ligne  i.  A  :  prcnt  —  1.  3.  A,  E  :  s'addressa  —  1.  7.  E  :  propos —  1.  10.  E  :  acoustre- 
mens  —  1.  12.  E  :  suis  —  1.  13.  E  :  coquu  —  1.  14.  E  :  vœu  —  F.  la 


I.  L'ellébore  passait   pour  guérir   la    folie.  noir,   qui  est  un   Veratrmn  (V.  album    L.   et 

«  Aliqui  pastorem  eodem  nomine  [Melampus]  V.   nigrumL.).(D.) 

invenisse  tradunt    [melampodion],  capraspur-  2.  Humeur  peccante.  Terme  appliqué    par 

gari     pasto    illo    animadvertentem,    datoque  l'ancienne  médecine  aux  humeurs  quand  elles 

lacteearum  sanassePrœtidas  furentes.  »  Pline  pèchent  par  la  qualité. 

H.  N.,  XXV,   21.    Il  décrit  plus  loin  (XXV,  3.  Saint  François  de  Paule  (1416-1507)  est 

24)  la  façon  d'administrer  ce   remède.    Il  en  appelé  «  le  jeune  »  par  R.,  pour  le  distinguer 

distingue  deux  variétés  :  l'ellébore  blanc,   qui  de   son  aîné,  saint  François  d'Assise    (1182- 

est   Hellehorus    orienlalis    Lmk,    et    l'ellébore  1226). 


CH  APITRE   XXIV  183 

15   lez  Tours  "^  reclamé  '  de  toutes  femmes  en  grande  dévotion  (car  il  est 
premier  fondateur  des  bons  hommes  ^,  lesquelz  elles  appetent  "  natu- 
rellement) porter  lunettes  au  bonnet,  ne  porter  braguette  en  chausses, 
que  sus  ceste  mienne  perplexité  d'esprit  je  n'aye  eu  resolution  aperte. 
—  C'est  (dist  Epistemon)  vrayement  un   beau  et  joyeulx  veu.  Je 

20  me  esbahys  de  vous,  que  ne  retournez  à  vous  mesmes  et  que  ne 
revocquez  vos  sens  de  ce  farouche  esguarement  en  leur  tranquillité 
naturelle.  Vous  entendent  parler,  me  faictez  souvenir  du  veu  des 
Argives  à  la  large  perrucque^,  les  quelz,  ayans  perdu  la  bataille  contre 
les  Lacedaemoniens  en  la  controverse  de  Tyrée,  feirent  veu  cheveux 

25  en  teste  ne  porter  jusques  à  ce  qu'ilz  eussent  recouvert  leur  honneur 
et  leur  terre  ^  ;  du  veu  aussi  du  plaisant  Hespaignol  Michel  Doris  '°, 
qui  porta  le  trançon  ''  dégrevé  '^  en  sa  jambe. 

((  Et  ne  sçay  lequel  des  deux  seroit  plus  digne  et  méritant  porter 
chapperon  verd  et  jausne  à  aureilles  de  lièvre  '%  ou  icelluy  glorieux 

30  champion,  ou  Enguerrant  '■^,  qui  en  faict  le  tant  long,  curieux  '^  et  fas- 
cheux  compte,  oubliant  l'art  et  manière  d'escrire  histoires  baillée  par 

Ligne  20.  E  :  m'esbahy  —  E  :  mesme  —  1.  21,  E  :  esgarement  —  1.  22.  E  :  entendant 
—  E  :  jaictcs  —  E  :  vœu  —  1.  23.  E  '.perruque,  lesquels  ayanti  —  1.  24.  E  :  Lacedemo- 
nicns  —  E  :  vœu  —  1.  25.  E  :  jusqu'à  ce  —  1.  26.  E  :  vœu  —  A  :  aussy  —  1.  27.  A  : 
trancipn  —  E  :  grene —  1.  31.  E  :  escripre 

4.  Louis  XI  avait  fait  venir  saint  François  vœu  de  garder  la  tête  rase  jusqu'à  ce  qu'ils 
de  Paule  en  France,  espérant  être  guéri  par  ses       fussent  vainqueurs.  (P.) 

prières.  Après  la  mort  du  roij  le  saint  fondateur  10.  Michel  d'Oris,  écuyer  d'Aragon,  avait 
des  Minimes  resta  en  France,  y  établit  plusieurs  fait  vœu  (en  1400)  de  porter  un  «  tronçon  de 
maisons  et  mourut  dans  celle  de  Plessis-lez-  grève  »  jusqu'à  ce  qu'un  chevalier  d'Angle- 
Tours  en  X507.  (C.)  terre  acceptât   de  se  mesurer  avec  lui  sur  le 

5.  Invoqué.  Cf.  1.  I,  ch.  11,  1.  iio.  terrain.    D'après   Enguerrand    de   Monstrelet, 

6.  Jeu  de  mots  entre  les  hommes  bons  aux  Ctironiqites,  II.  (P.). 

travaux  de  l'amour  et  les  Z?0K5/;oww£5,  surnom  11.  Tronçon,   fragment.    Cf.   1.   I,  ch.  ix, 

des  Minimes.  (C.)  Q-  55- 

7.  Réclament,  recherchent.  Cf.  ch.  vi,  1.  24.  12.  Pièce  d'armure  qui  protégeait  la  jambe. 

8.  Ce  mot  était  employé  au  xvi^  s.  au  sens  13.  Attributs  du  chaperon  des  fous. 

de  chevelure,    qui  n'existait    pas    encore.    Cf.  14.  Enguerrand  de  Monstrelet,  gouverneur 

Remy  Belleau,  t.  II,  p.  244:  de   Cambrai,  continuateur  des   Chroniques  de 

De  ce  dieu  radieux  la /jfrruçue  dorée.  (P.)  Froissart,  de  1400  à  1467.  Son  œuvre  a  été 

9.  D'après    Hérodote,  I,   82,  les   Argiens,  publiée  par  Buchon  en  1826  dans  la  Collection 
étant  en  lutte  avec  les  Lacédémoniens  pour  la  des    Chroniques  nationales  françaises.  (P.) 
possession  de  Thyréa  en  Argolidet  avaient  fait  15.  Détaillé. 


i84 


LE   TIERS  LIVRE 


le  philosophe  samosatoys  '^.  Car,  lisant  icelluy  long  narré,  l'on  pense 
que  doibve  estre  commencement  et  occasion  de  quelque  forte  guerre 
ou  insigne  mutation  des  royaulmes  ;  mais,  en  fin  de  compte,  on  se 

35  mocque  et  du  benoist  ''  champion  et  de  l'Angloys  qui  le  deffia,  et  de 
Enguerrantleur  tabellion  '^  plus  baveux  qu'un  pot  à  moustarde  ''.  La 
mocquerie  est  telle  que  de  la  montaigne  d'Horace,  laquelle  crioyt  et 
lamentoyt  énormément,  comme  femme  en  travail  d'enfant.  A  son  cris 
et  lamentation  accourut  tout  le  voisinaige,  en  expectation  de  veoir 

40  quelque  admirable  et  monstrueux  enfantement,  mais  en  fin  ne  naquist 
d'elle  qu'une  petite  souriz  *°. 

—  Non  pourtant  (dist  Panurge)  je  m'en  soubrys*'.  Se  mocque  qui 
clocque  ".  Ainsi  feray  comme  porte  mon  veu.  Or,  long  temps  a  que 
avons  ensemble,   vous    et    moy,    foy    et   amitié  jurée   par  Juppiter 

45   Philios  ^\  Dictez  m'en  vostre  advis  :  me  doibz  je  marier  ou  non  ? 

—  Certes  (respondit  Epistemon)  le  cas  est  hazardeux;  je  me  sens 


Ligne  38.  E  :  lamentoit  —  E  :  cry  —  1.  59.  E  :  voysinaigc  —  1.  40.  E  :  nasquit  — 
I.  43.  E  :  vœu.  —  E  :  long  temps  ha  qu'avons  —  1.  44.  E  :  Jupiter  :  Fillots  —  1.  45.  E  : 
dictes  —  A  :  advys 


16.  Allusion  au  traité  de  Lucien  de  Samo- 
sate,  Sur  la  vtauière  d'écrire  rhistoire,  que 
Monstrelet  ne  connut  jamais. 

17.  Béni,  probablement  avec  le  sens  iro- 
nique de  benêt,  niais. 

18.  Les  notaires  du  temps  dressaient  des 
constats  pour  les  moindres  incidents. 

19.  Après  avoir  transcrit  scrupuleusement 
quatre  lettres  de  défis  de  Doris  et  quatre 
réponses,  qui  s'échelonnèrent  sur  quatre  ans, 
Monstrelet  ajoute  :  «  lesquelles  lettres  ainsi 
envoyées  de  l'une  partie  à  l'autre,  finalement, 
quant  au  fait,  rien  n'en  fut  exécuté  ni  mis  à 
effet.  »  (P.) 

20.  R.  semble  ici  traduire  Érasme  com- 
mentant (Adages,  I,  9,  14)  le  vers  fameux 
d'Horace: 

Parturient  montes;  nascetur  ridiculus  mus. 
(Art  poétique,  139.) 


«  Concurrunt  undique  ad  tam  horrendum 
spectaculum,  expectantes  ut  terra  novum  ali- 
quod  porlentum  eâeret,  monte  nimirum  partu- 
riente.  »  (P.) 

21.  Jeu  de  mots  qui  avait  déjà  fourni  à 
Marot,  t.  I,  p.  156,  une  rime  par  équi- 
voque : 

Sire  Lyon  (dit  le  filz  de  souris), 

De  ton  propos  (certes)  ;ê  me  soubris.  (C.) 

22.  Tel  se  moque  [des  boiteux],  qui  cloche 
[boite]  lui-même.  Très  ancien  proverbe,  à 
rapprocher  de  la  phrase  de  maître  Janotus  : 
ne  clochez  pas  devant  les  boiteux  (1.  I,  ch.  xx, 

1.  53-)  (P-) 

23.  Surnom  de  Jupiter,  considéré  comme 
protecteur  de  l'amitié. 


CHAPITRE    XXIV  185 

par  trop  insuffisant  à  la  resolution,  et,  si  jamais  feut  vray  en  l'art  de 
medicinele  dict  du  vieil  Hippocrates  de Lango"^,  Jugement  difficile ^S 
il  est  en  cestuy  endroict  verissime.  J'ay  bien  en  imagination  quelques 

50  discours  moienans  les  quelz  nous  aurions  détermination  sus  vostre 
perplexité;  mais  ilz  ne  me  satisfont  poinct  apertement. 

«  Aulcuns  platonicques  disent  que  qui  peut  veoir  son  Genius  ^^  peut 
entendre  ses  destinées  ^\  Je  ne  comprens  pas  bien  leur  discipline  et 
ne  suys  d'advis  que  y  adhasrez;  il  y  a  de  l'abus  beaucoup.  J'en  ay  veu 

55  l'expérience  en  un  gentil  homme  studieux  et  curieux,  on  pays  d'Es- 
tangourre  ^^  C'est  le  poinct  premier. 

«  Un  aultre  y  a.  Si  encores  regnoient  les  oracles  de  Juppiter  en 
Amon,  de  Apollo  en  Lebadie,  Delphes,  Delos,  Cyrrhe,  Patare, 
Tegyres,  Preneste,   Lycie,   Colophon,  en   la    fontaine    Castallie    près 

60  Antioche  en  Syrie,  entre  les  Branchides,  de  Bacchus  en  Dodone,  de 
Mercure  en  Phares  près  Patras,  de  Apis  en  /Egypte,  de  Serapis  en 
Canobe,  de  Faunus  en  Mccnalie  et  en  Albunée  près  Tivoli,  de  Tyre- 
sias  en  Orchomene,  de  Mopsus  en  Cilicie,  de  Orpheus  en  Lesbos, 
de  Trophonius  en  Leucadie  ^^,  je  seroys  d'advis  (paradvanture    non 

65  seroys)  y  aller  et  entendre  quel  seroit  leur  jugement  sus  vostre 
entreprinse. 

Ligne  47.  E  '.fut  —  1.  50.  E  :  moyennant  lesquels  —  1.  51.  E  :  appertenent  —  1.  52. 
E  :  aucuns  —  E  :  peult  —  1.  54.  E  :  suis  —  A,  E  :  adhère^  —  E  :  ha  —  1.  55. 
E  :  au  pays  —  I.  55-56.  E  :  Estangorre  —  1.  57.  A  :  ung —  E  :  autre  —  E  :  regnoyent 
—  1.  57-58.  A,  E  :  de  Juppiter  en  Amon  manque  —  1.  58.  E  :  Cyrthe  —  1.  59-60.  A, 
E  :  en  la  fontaine ... .  Branchides  manque  —  I.  61.  E  :  Mgipte —  1.  62.  E  :  Menalie  — 
1.  64.  E  :  serois  —  A  :  advys  —  E  :  paradventure 

24.  Nom  moderne  de  l'île  de  Cos,  patrie  28.  Depuis  Le  Duchat,  les  commentateurs 
d'Hippocrate .  identifient  ce  pays,   d'après  le  roman  de  Lan- 

25.  «  Vita  brevis,  ars  longa,  occasio  volucris,  celot  du  Lac  (t.  I,  fos  39,  44,  50  et  t.  H,  fo  54 
experientia  periculosa,  judiciuni  difficile.  »  de  l'éd.  de  1520),  avec  une  des  divisions  de 
(Hippocrate,  Jph.,  l,  i.)  (D.)  l'Heptarchie  Saxonne,  YEast  Anglia   (aujour- 

26.  Génie,  au  sens  du  mot  grec  Sa(;j.a)v,  l'es-  d'hui  Norfolk  et  Cambridge).  On  ignore  à 
prit  qui  veille  sur  chaque  homme.  (P.)  quel  personnage  R.  fait  allusion.  (P.) 

27.  Jamblique,  dans  une  réponse  à  Por-  29.  Cette  énumération  d'oracles  anciens  se 
^hyrt,  De  Mysteriis,  m,  3,  fait  allusion  à  cette  trouve,  presque  toute  constituée,  dans  un 
doctrine.  Voir  encore  Servius,  sur  le  vers  742  compilateur  du  xvi^  s.  que  R.  pratiquait: 
du  1.  Yl  diÇ.V Enéide.  (P.)  Alessandro  Alessandri,  Géniales  Dies,   VI,  2. 

TIERS   LIVRE.  24 


l86  LE   TIERS  LIVRE 

c(  Mais  vous  sçavez  que  tous  sont  devenuz  plus  mutz  que  poissons  '°, 
depuys  la  venue  de  celluy  Roy  servateur  on  quel  ont  prins  fin  tous 
oracles  et  toutes  prophéties,  comme,  advenente  la  lumière  du   clair 

70  soleil,  disparent  ''  tous  lutins,  lamies  '%  lémures  '%  guaroux  '^,  farfa- 
detz  et  tenebrions  '\  Ores  toutesfoys  qu'encores  feussent  en  règne,  ne 
conseilleroys  je  facillement  adjouster  foy  à  leurs  responses.  Trop  de 
gens  y  ont  esté  trompez.  D'adventaige  je  me  recorde  que  Agripine  mist 
sus'^  à  LoUie  la  belle  avoir  interrogué  l'oracle  de  Apollo  Clarius,  pour 

75  entendre  si  mariée  elle  seroit  avecques  Claudius  l'empereur;  pour 
ceste  cause  feut  premièrement  banie,  et  depuys  à  mort  ignominieuse- 
ment mise  '^ 

—  Mais  (dist  Panurge)  faisons  mieulx.  Les  isles  Ogygies  '^  ne  sont 
loing  du  port  Sammalo  ''  ;  faisons  y  un  voyage  après  qu'aurons  parlé  à 

80  nostre  Roy.  En  l'une  des  quatre,  laquelle  plus  a  son  aspect  vers  soleil 
couchant,  on  dict,  je  l'ay  leu  en  bons  et  antiques  autheurs  ■*°,  habiter 


Ligne  67.  E  :  poisson  —  1.  68,  E  :  depuis  —  E  :  ceîuy  —  E  :  auquel  —  1.  69.  E  : 

advenante  —  1.  71.  E.  :  Or  iouiesfois  que  encores  fussent  —  1.  72.  E  :  cotiseillerois  — 

A  :  responces  —  1.  73.  E  :  D'advantaige  —  A,  E  :  Agrippine  —  1.  74.  E  :  d\4pollo  — 

1.  76.  E  :  jut  —  E  :  hannie  —  E  :  depuis  —  1,  79.  A  :  Jaysons  —  1.  80.  E  :  ha  —  A,  E  : 
au  soleil  —  1.  81.  E  :  anitcques  auteurs 

R.  a  allongé  la  liste,  de  mémoire,  semble-t-il,  même  sens,  nom  de  démon  femelle,  dans  les 

car  on  y  relève  quelques  inexactitudes.  Ainsi  mystères.  Cf.  R.  E.  R.,  VIII,   145. 

à  Préneste,  le  temple  fameux  par   les  sortes  34.  Loups-garous.    Cf.   1.    I,    ch.    vm,  n. 

Prxnestinz  était   dédié  à  la  Fortune,  non    à  106. 

Apollon  (Cicéron,  De  divinatione,  II,  41)  ;  à  35.  Esprits  des   ténèbres.    Latin  :    tenebrio, 

Dodone,  il  n'y  avait  pas  d'oracle  de  Bacchus  ;  qui  fuit  le  jour. 

l'antre  prophétique  de  Trophonius  était  non  à  36.  Reprocha. 

Leucadie,  mais  à  Lébadie,  en  Béotie.(P.)  57.  De    cette  digression  érudite  la  matière 

30.  R.  se   souvient  ici  d'un  livre  de   Plu-  a  été  fournie  par  Tacite,  yï««n/«,  XII,  22. 
tarque  auquel  il  a  fait  maints  emprunts  :  De  38.  Il   est  question  de  ces  îles  dans   Plu- 
la  cessation  des  oracles.  (P.)  tarque,  qui  les  place  à  cinq  journées  de  navi- 

31.  Disparaissent.  Archaïsme.  gation  à  l'ouest  de  la  Grande  Bretagne.  (De  la 

32.  Sorte  de  vampire,  que  l'on  se  représen-  figure  qui  est  en  la  lune,  XXVI,  941  A).  (P.) 
tait  avec  une  tête  de  femme  et  des  pieds  d'âne  39.  Saint-Malo,  ch.-l.  arr.  lUe-et- Vilaine. 

et  qui  passait  pour  sucer  le  sang  des  enfants.  40.  Ces  bons  autheurs  sont  Plutarque.  o/>.  cit., 

Cf.  Horace,  Art  poétique,  v.  340.  (P.)  à  lan.  38,  et  peut-être  quelques  compilateurs. 

33.  Les  mauvais  esprits.    Latin  :    lémures,  (P.). 


CHAPITRE   XXIV 


187 


plusieurs  divinateurs  vaticinateurs  et  prophètes,  y  estre  Saturne 
lie  de  belles  chaînes  d  or  dedans  une  roche  d'or,  alimenté  de  ambro- 
sie  et  nectar  divin,  les  quelz  journellement  luy  sont  des  cieulx  trans- 

85  mis  en  abondance  par  nesçay  quelle  espèce  doizeaulx (peut  estre  que 
sont  les  mesmes  corbeaulx  qui  alimentoient  es  desers  sainct  Paul  '■ 
premier  hermite)  et  apertement  pra^dire,  à  un  chascun  qui  veult 
entendre,  son  sort,  sa  destinée  et  ce  que  luy  doibt  advenir.  Car  les 
Parcesnen  ne  fillent,  Juppiter  rien  ne  propense  •'  et  rien  ne  délibère 

90  que  le  bon  père  «en  dormant  ne  congnoisse.  Ce  nous  seroit  grande 
abbreviation  de  labeur  si  nous  le  oyons  un  peu  sus  ceste  mienne  per- 
plexité.  ^ 

-  C'est  (respondit  Epistemon)  abus  trop  évident  et  fable  trop  fabu- 
leuse. Je  ne  iray  pas.  ^ 


Ligne  83.  E  :  une  couche  dW  -  1.  84.  E  :  lesquel,  -  1.  85.  E  :  oyseaulx 
E  .  ahnmtoyer,t  -  1.  89.  E  :  Parcgnes  -  A,  E  :  filent  -  E  :  JubL  -  1 
1  oyons  —  1.  94.  E  :  n'iray.  J  f  ^ 


-  I.  86. 
91.  E  : 


41.  Saint  Paul  l'anachorète,  regardé  comme 
le  fondateur  de  la  vie  monastique  en  Orient, 
mort  dans  les  déserts  de  la  Thébaïde  en  342.' 
Voir  dans  la  Lcaeude  dorée,  ch.  xv,  le  trait  au- 
quel R.  fait  ici  allusion. 


42.  Penser.  Archaïsme,  qui  se  rencontre 
sous  la  double  forme  pourpenser  et  propenser. 
Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  124. 

A\-  C'est-à-dire  Saturne,  dont  la  fable  fait 
le  père  des  dieux. 


Comment  Panurge  se  conseille  à  Her  Trippa. 

Chapitre  XXV. 

«  Voyez  cy  (dist  Epistemon  continuant)  toutesfoys  que  ferez,  avant 

que  retournons  vers  nostreRoy,  si  me  croyez.  Icy,  près  Tisle  Bouchart  ', 

5     demeure  Her  ^  Trippa'.  Vous  sçavez  comment  par  art  de  astrologie  ^ 

geomantie  ^   chiromantie  ^    metopomantie  ^  et   aultres    de   pareille 


Ligne  i. 


autres 


E  :  Tripa  —  1.  3.  E  :  foutesjois  —  1.  6.  A,  E  :  metopomantie  manque  —  E  : 


1.  R.  précise  une  fois  de  plus  le  théâtre  des 
consultations  de  Panurge  :  c'est  la  Touraine, 
où  se  trouve  l'IIe-Bouchard,  ch.-l.  de  cant., 
arr.  Chinon.  Cf.  1.  I,  ch.  xlix,  n.  2.  (C.) 

2.  Seigneur,  en  bas-allemand.  Cf.  1.  I, 
ch.  VIII,  n.  72  :  «  Her  Pracontal.  » 

3.  Les  commentateurs  s'accordent  pour 
identifier  Trippa  avec  Henri  Cornélius  Agrip- 
pa de  Nettesheim,  médecin  de  Cologne,  au- 
teur du  De  incertitudine  et  vanitate  scientiarum . 
Ce  personnage  avait  pris  très  ouvertement 
parti  en  faveur  du  sexe  féminin  dans  la  Que- 
relle des  femmes,  en  publiant  son  De  nohilitate 
et  prsecelleutia  fœminei  sextis  en  1529.  Cf. 
R.E.R.,  II,  i-io,  78-109.  R.  l'avait  peut-être 
rencontré  en  1535a  Grenoble,  dans  le  logis 
de  François  Vachon,  président  au  parlement 
du  Dauphiné,  qui  l'avait  recueilli,  et  où  lui- 
même  avait  trouvé  asile  lors  de  sa  fuite  de 
Lyon.  Cf.  A.  Lefranc.  Rabelais  et  Cornélius 
Agrippa,  Mélanges  Picot,  191 3.  De  son  vrai 
nom.  Agrippa  s'appelait  Cornelis.  Voir  Orsier, 
Henri  Cornelis- A  grippa,  sa  vie  et  son  œuvre 
d'après  sa  correspondance  (1485-15 3 5),  Paris, 
1911. 

4.  Agrippa  était  fameux  par  son  traité  De 


occulta  philosophia  (1529).  Dans  l'édition  de 
ses  œuvres  datée  de  153 1  (Lyon)  figure  un 
Epitome  De  Speciebus  magiae  ceremonialis . . . 
per  Georgium  Pictorium  Vigillanum,  où  se 
trouvent  exposés  la  plupart  des  modes  de  divi- 
nation proposés  à  Panurge  par  Her  Trippa.  (P.) 

5.  «  La  Géomance,  fille  naturelle  de  l'astro- 
logie, est  une  science  qui,  par  le  moyen  de  ses 
figures,  tire  des  conjectures  sur  les  choses 
occulteset  endéclarel'événement.  Les  figures... 
se  rapportent  aux  quatre  élémens...  toutes  les 
conjectures  qu'elles  nous  permettent  de  faire 
ne  s'empruntent  que  du  rapport  qu'elles  ont 
avec  les  élémens  ou  avec  les  signes  et  les  pla- 
nettes  qui  les  dominent.  »  Peruchio,  Le  livre 
de  la  Géoynance,  p.  177,  dans  La  Chironiance,  la 
physionomie  et  la  Géomance,  Paris,  G.  de  Luyne, 
1663,  in-4°.  (D.) 

6.  «  La  main  est  l'objet  de  la  chyromance 
qui  contemple  ses  qualitez  et  ses  lignes  pour 
conjecturer  de  l'instinct  et  des  avantures  de 
l'homme.  »  Peruchio,  loc.  cit.,  Le  livre  delà 
chiromance,  p.  i.  (D.) 

7.  «  Métoposcopie  est  une  science  despen- 
dante de  celle  de  physionomie,...  qui  est,  par 
l'aspect  du  front,  juger  des  choses  futures  et 


CHAPITRE    XXV  189 

fariné,  il  prsedict  toutes  choses  futures  :  conférons  de  vostre   affaire 
avecques  luy. 

—  De  cela  (respondit  Panurge)  je  ne  sçay  rien.  Bien  sçay  je  que, 

10  luy  un  jour  parlant  au  grand  Roy  des  choses  célestes  et  transcen- 
dentes,  les  lacquais  de  court,  par  les  degrez,  entre  les  huys,  sabou- 
loient"  sa  femme  à  plaisir,  laquelle  estoit  assez  bellastre.  Et  il,  voyant 
toutes  choses  astherées  et  terrestres  sans  bezicles,  discourant  de  tous 
cas  passez  et  praesens,  praedisant  tout  l'advenir,  seulement  ne  voioit  sa 

15  femme  brimballante  ^  et  oncques  n'en  sceut  les  nouvelles.  Bien  allons 
vers  luy,  puys  qu'ainsi  le  voulez.  On  ne  sçauroit  trop  apprendre.  » 

Au  lendemain  '°  arrivèrent  au  logis  de  Her  Trippa.  Panurge  luy 
donna  une  robbe  de  peau  de  loup,  une  grande  espée  bastarde  ''  bien 
dorée  à  fourreau  de  velours,  et  cinquante  beaulx  angelotz  '^  ;  puis 

20  familiairement  avecques  luy  conféra  de  son  affaire. 

De  première  venue,  Her  Trippa,  le  reguardant  en  face,  dist  :  «  Tu  as 
la  metaposcopie  '^  et  physionomie  d'un  coqu  ;  je  diz  coqu  scandale  et 

Ligne  7.  E  :  predid  —  1.  8.  E  :  avec  —  1.  13.  E  :  etherées  —  E  :  besicles  —  1.  14.  E  : 
presens,  prédisant  —  A,  E  :  voyait  —  1.  15.  A,  E  :  hrimhallant  —  1.  16.  E  :  que  ainsi 
—  A  :  aprendre  —  1.  18.  A,  E  :  peaulx  —  1.  19.  E  :  beaux  —  A  :  puys  —  1.  20.  E  •.fami- 
lièrement —  E  :  avec —  1.  21.  E  :  regardant  —  1.  22.  E  :  coquu  ;  je  dy  coquu 

des  tempéraments  de  la  personne.  »  J.  Belot,  Hinc  factum,   astrologe,   est,   tua   cum   capit 

Œuvres,  Lyon,  Cl.  de  la  Rivière,  1649,  in-12,  [uxor  amantes, 

p.  258.  (D.)  Sydera  significent  ut  nihil  inde  tibi.  (P.) 

8.  Secouer  violemment,  au  sens  libre  ;  10.  La  distance  à  vol  d'oiseau  de  la  Villau- 
archaïsme.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  153  et  mère  à  l'Ile-Bouchard  est  d'environ  quatre 
297.  lieues.  Panurge  et   Frère  Jean  prennent  leur 

9.  Mise  en  branle,  comme  une  cloche;  au      temps.  (C.) 

sens  libre.  Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  307.  Il  est  11.  Cf.  1.  I,  ch.  xxiii,  n.  102.  Le  don  d'une 

probable  que  cette  anecdote  a  été  suggérée  à  grande  épée  à  un  astrologue  semble  assez  iro- 

R.   par    une    épigramme  de  Thomas    Morus  nique. 

sur  un    astrologue,  que    H.-C.    Agrippa   rap-  12.  Monnaie  portant  l'image  de  saint  Michel. 

porte   dans   son   De  Incertitudine   et   vanitate  II  y  eut  aussi  une  monnaie  courante   de  ce 

scientianitn,  au  chapitre  De  Astrologia  :  nom,  valant  environ  8  fr.  or,  sous  les  règnes 

Astra  tibi  ethereo   pandunt   sese  omnia  vati,  de  Charles  VI  et  de  Charles  VII.  (Cartier.) 


Omnibus  et  quse  sint  fata  futura  monent. 


13.  «  Metoposcopia  ex  solius  frontis  inspec- 
tione,  omnia  hominum  initia,  progressus  et 


Omnibus  ast  uxor  quod  se  tua  publicat,  id  te       fines se  prsesentire  jactat.  »  H.-C.  Agrippa, 

Astra,  licet  videant  omnia,  nuUa  monent.  De  incertitudine  scientiaruvi,  XXXIV.  (P.) 


190  LE   TIERS   LIVRE 

diffamé.  »  Puys,  consyderant   la    main   dextre   de   Panurge  en    tous 

endroictz,  dist  :  «  Ce  faulx  traict  que  je  voy  icy,  au  dessus  du  inons 
25  Jovis  '*,  oncques  nefeut  qu'en  la  main  d'un  coqu.  »  Puys  avecques  un 

style  feist  hastivement  certain  nombre  de  poinctz  divers,  les  accoubla  '5. 

pargeomantie  '^  et  dist  :  «  Plus  vraye  n'est  la  vérité  qu'il  est  certain, 

que  seras  coqu  bien  tost  après  que  seras  marié.  » 

Cela  faict,  demanda  à  Panurge  l'horoscope  de  sa  nativité.  Panurge 
30  luy  ayant  baillé  '^  il  fabrica  promptement  sa  maison  du  ciel  '^  en  toutes 

ses  parties,  et,  consyderant  l'assieté  et  les  aspectz  ''  en  leurs  triplicitez, 

jecta  un  grand  souspir  et  dist  : 

«  J'avois  jà  prasdict  apertement  que  tu  serois  coqu  ;  à  cela  tu  ne 

povoys  faillir.    Icy  j'en    ay  d'abondant   asceurance   nouvelle,   et   te 
35  afferme  que  tu  seras  coqu.  D'adventaige,  seras  de  ta  femme  battu,  et 

d'elle  seras  desrobbé.  Car  je  trouve  la  septiesme  ^°  maison  en  aspectz 

tous  malings,  et  en  batterie   de   tous  signes  portans  cornes,  comme 


Ligne  23.  E  :  Puis,  considérant  —  1.  24.  E  :  mont  —  1.  25.  E  :fut  — E  :  coquii.  Puis 
avec  —  1.  26.  A  :  acouhla  —  1.  28.  E  :  coquu  —  1.  31  E  :  considérant  l'assieté  —  E  : 
leurs  aspecti  —  1.  33.  E  :  J'avoys  —  E  :  coquu  —  1.  34.  E  :  asseurance  —  I.  55.  E  : 
coquu.  D'advantaige  —  1.  36.  E  :  desrohé 

14.  Les  chiromanciens  nomment  mont-de-  peut  la  définir  la  science  des  correspondances 
Jupiter  i'éminence  qui  siège  à  la  face  palmaire  entre  les  astres  et  l'homme  d'après  son  ciel  de 
de  la  main  au-dessous  de  la  racine  de  l'index,  naissance.  Pour  déterminer  les  éléments  astro- 
dédié  à  Jupiter.  «  Jupiter  qui  tient  le  doigt  nomiques,  on  notait  sur  un  cercle  représen- 
démonstratif  a  aussi  les  marques  et  signes  les-  tant  le  Zodiaque,  les  positions  planétaires 
quels  nous  avons  mis  cy-dessus.  S'ils  sont  en  ainsi  que  les  tracés  du  méridien  et  de  l'horizon 
la  première  joincture,  c'est  signe  d'adultère  »,  pour  le  lieu  et  le  moment  choisis.  Cf.  dans  le 
dit  Jean  d'Indagine.  La  chirotjiance  et  pinsio-  Mercure  de  France,  ler  nov.  1921,  Paul  Flam- 
nomie  par  le  regard  des  membres  de  Vhomme,  bârt,  Qu  est-ce  que  Vastrologie  scientifique  ?  ÇC.) 
par  Jean  d'Indagine,  trad.  par  Ant.  du  Moulin,  18.  D'après  l'horoscope,  l'astrologue  éta- 
Paris,  Girard,  1662,  in-12,  p.  121.  (D.)  blissait  la  maison  du  ciel,   en  combinant  les 

15.  Accoupla.  Cf.  1.  II,  ch.  xix,  no  23.  signes  du  Zodiaque  et  les  Planètes.  (P.) 

16.  «  Est  alia  Geomanti?e  species,  quas  per  19.  Les  signes  de  la  maison  du  ciel  s'asso- 
puncta  vi  quadam,  aut  casu  terrse  inscripta  ciaient  suivant  certains  aspects,  les  lignes  qui 
divinatur.  »  De  occuî.  pinlosopijia,  LVII.  (P.)  les  joignaient  constituant  un  polygone  régulier, 

17.  R.,  comme  ses  contemporains,  considé-  inscritdans  un  cercle  (cercle  delagéniture).(P.) 
rait  l'astrologie  comme  une  science.  Tacite,  20.  Le  cercle  de  la  génilure  était  divisé  en 
Galien,  saint  Thomas  d'.\quin,  Tycho-Brahé,  douze  lieux  d'égale  étendue.  Le  septième  était 
Kepler  et  mille  autres  s'en  sont  occupés.  On  la  maison  du  mariage.  (P.) 


CHAPITRE    XXV 


191 


Aries,  Taurus,  Capricorne  et  aultres  ".  En  la  quarte  ^%  je  trouve  déca- 
dence de  Jovis  ^\  ensemble  aspect  tetragone  ^'^  de  Saturne  associé  de 

40  Mercure.  Tu  seras  bien  poyvré''',  homme  de  bien. 

— Je  seray  (respondit  Panurge)  tes  fortes  fiebvres quartaines *^  vieulx 
fol,  sot,  mal  plaisant  que  tu  es.  Cluand  tous  coqus  s'assembleront,  tu 
porteras  la  baniere  ^^  Mais  dont  me  vient  ce  cyron  ^^  icy  entre  ces  deux 
doigtz?  »  Cela  disoit  tirant  droict  vers  Her  Trippa  les  deux  premiers 

45  doigtz  ouvers  en  forme  de  deux  cornes  et  fermant  on  poing  tous  les 
aultres.  Puys  dict  à  Epistemon  :  «  Voyez  cy  le  vray  Ollus  -^  de  Martial, 
lequel  tout  son  estude  adonnoit  à  observer  et  entendre  les  maulx  et 


Ligne  58.  A,  E  :  Capricornes  —  E  :  autres  —  1.  40.  E  :  pouvre  —  1.  41.  E  :  cartaines 
—  1.  42.  A,  E  :  sot  manque  —  E  :  coquni  — 1.  45.  E  :  bannière  —  E  :  d'ond  —  A  : 
ciron  —  1.  45.  E  :  au  poing  —  1.  46.  E  :  autres.  Puis  dist  —  1.  47.  E  :  addonnoit 


21.  Le  Bélier,  le  Taureau,  le  Capricorne 
sont  des  signes  du  Zodiaque. 

22.  La  quatrième  maison  était  celle  des 
parents  et  alliés. 

23.  De  Jupiter. 

24.  Suivant  le  nombre  des  côtés  du  poly- 
gone formant  la  maison  du  ciel,  l'aspect  était 
dit  trigone,  tetragone  ou  sextil.  (P.) 

25.  Terme  de  fauconnerie  :  on  saupoudrait 
d'orpiment  et  de  poivre  pulvérisés  et  mêlés  à 
parties  égales  le  plumage  des  oiseaux  qui 
avaient  «  poux,  mouches  ou  autre  vermine 
dans  leur  pennage.  »  (Jean  de  Franchières,  La 
Fauconnerie,  Voiùers,  1567,  ch.  28).  On  leur  en 
faisait  aussi  avaler  «  pour  le  mal  de  la  teste  » 
(ihid.,  ch.  26).  R.  fait  de  poyvré  le  synonyme 
de  vérole,  sens  repris  par  N.  du  Fail  et  devenu 

vulgaire.  (D.) 

26.  Imprécation  fréquente  chez  R.  Cf.  1.  I, 
ch.  XXXIX,  n.  42   :   «  Leur  fiehvre  quartaine  !  » 

27.  Brantôme,  Vie  des  dames  galantes, l,^.  130, 
éd.  Garnier,  donne  l'origine  de  cette  locution  : 

«  Du  temps  du  roy  François  fut  une  vieille 
chanson,  que  j"ay  ouy  conter  à  une  fort 
honneste  et  ancienne  dame,  qui  disoit  : 


Mais  quand  viendra  la  saison 
Que  les  cocus  s'assembleront 

Le  mien  ira  devant,  qui  portera  la  baniere  ; 
Les  autres  suivront  après,  le  vostre  sera  au 

[derrière. 
La  procession  en  sera  grande  ; 

L'on  y  verra  une  très  longue  bande.  ■•  (P.) 

28.  Non  seulement  R.  semble  avoir  connu 
sous  le  nom  de  ciron  le  sarcopte  de  la  gale 
(Sarcoptes  scahiei  var.  hominis  L.)  mais  encore 
la  localisation  particulière  de  ses  sillons  au 
niveau  des  espaces  interdigitaux.  La  doctrine 
parasitaire  de  la  gale,  oubliée,  puis  exhumée  et 
contestée,  ne  fut  réhabilitée  que  par  la  célèbre 
démonstration  qu'en  fît,  le  13  août  1834, 
l'étudiant  Renucci,  dans  le  service  d'Alibert  à 
l'Hôpital  Saint-Louis.  Encore  serait-il  hasar- 
deux d'en  faire  honneur  à  R.  :  la  théorie  de  la 
génération  spontanée  des  vers  et  parasites  dans 
les  humeurs  corrompues  n'impliquait  point 
chez  les  vieux  auteurs  la  notion,  plus  moderne, 
du  parasitisme  exogène.  (D.) 

29.  Personnage  décrit  dans  une  épigramme 
de  Martial,  VII,  10,  ad  Oluni. 


192 


LE   TIERS    LIVRE 


misères  d'aultruy.  Ce  pendent  sa  femme  tenoit  le  brelant'°.  Il,  de  son 
cousté,  paouvre  plus  que  ne  feut  Irus  '\  au  demeurant  glorieux,  oultre- 

50  cuydé  '%  intolérable  plus  que  dix  sept  diables,  en  un  mot  r-wyaXarwv  '% 
comme  bien  proprement  telle  peaultraille  '*  de  belistrandiers  ''  nom- 
moient  les  anciens. 

c(  Allons,  laissons  icy  ce  fol,  enraigé,  mat  de  cathene  '^,  ravasser  tout 
son  saoul  avecquesses  diables  privez.  Je  croirois  tantost  que  les  diables 

55  voulussent  servir  un  tel  marault.  Il  ne  sçait  le  premier  trait  de  philo- 
sophie, qui  est  coxGxois  toy  ",  et,  se  glorifiant  veoir  un  festu  en  l'œil 
d'aultruy,  ne  void  une  grosse  souche  laquelle  luy  poche  les  deux 
œilz  '^  C'est  un  tel  polypragmon  '^  que  descript  Plutarche.  C'est  une 
aultre  Lamie,  laquelle,  en    maisons   estranges,    en  public,  entre    le 

éo  commun  peuple,  voyant  plus  penetramment  qu'un  oince  '*°,  en    sa 


Ligne  48.  E  :  d'autruy  —  E  :  Cependant  —  E  :  berîant  —  1.  49.  E  :  costé,  pauvre  — 
E  :  fut  — 1.  49-50.  E  :  oultrecuidè  —  1.  50.  E  :  Tro  Ka]a\on  — 1.  51.  E  :  peautr aille  — 
1.  53.  E  :  enragé  —  1.  54.  E  :  avec  —  1.  55.  A,  E  :  traict  —  1.  56.  E  :  Cognoy  —  1.  57. 
E  :  auiruy  —  1.  58.  A,  E  :  yeulx  —  E  :  Plularch —  1.   59.  E  :  autre 


30.  Originairement  jeu  de  cartes,  puis  mai- 
son de  jeu  et  de  débauche. 

31.  Irus  est  le  mendiant  qui  dans  Homère, 
Odyssée,  ch.  xviii,  v.  1-116,  en  vient  aux 
mains  avec  Ulysse . 

32.  Outrecuidant.  Cf.  1.  I,  ch.  xvii, 
n.  40. 

35.  Ce  mot  se  trouve  dans  Athénée,  VI, 
17  (230  c),  avec  le  sens  de  gueux  glorieux. 
Érasme  le  cite  dans  un  de  ses  Adages,  I,  6, 
88  :  Messe  tenus  propria  vive,  et  en  donne  le 
sens  :  eodem  verbo  dedarans  fastum  cum  pau- 
pertate  conjunctum.  (P.) 

34.  Canaille.  Cf.  Pj/M/?/,  éd.  Fournier,  95  : 

Mais  je  puisse  Dieu  avouer 

S'il  n'est  attrait  d'une  peautrailte. 

et  Alain  Chartier,  Quatre  danus  : 

. .  .Puis  en  bataille 

S'en  sont  fuis  comme  peautrailte.  (C.) 


35.  Bélîtres.  Cf.  1.  II,  ch.  vu  :  «  la  helistran- 
die  des  mille  souldiers  ». 

36.  Fou  à  lier.  Italianisme,  tnatto  da  catena, 
fou  de  chaîne. 

37.  On  sait  que  Socrate  aimait  à  répéter 
cette  sentence,  qui  était  gravée  sur  le  fronton 
du  temple  de  Delphes. 

58.  Réminiscence  de  l'Évangile  de  saint 
Matthieu,  VII,  3-5  :  «  Quid  autem  vides  festu- 
cam  in  oculo  fratris  tui,  et  trabem  in  oculo 
tuo  non  vides  ?  »  (P.) 

39.  Un  curieux  importun.  Ce  mot  vient  du 
traité  de  Plutarque,  "îoI  noX'jzpayaoajvr,;,  de 
la  curiosité,  où  se  trouve,  II,  516  A,  Tanec- 
dote  de  Lamie.  (P.) 

40.  Once,  lynx.  Cf.  ch.  l.  «  Lyncus  feut  par 
Ceres  transformé  en  oince  ou  loup  cervier.  » 
La  graphie  oince,  isolée  au  xvi«  s.,  accuse  pro- 
bablement une  prononciation  provinciale. 
Belon,  Observations,  1588,  fol.  163  :  «  Onces 
qu'on  nomme  autrement  Linces  »,  et  Du  Pinet, 


CHAPITRE   XXV 


193 


maison  propre  estoit   plus  aveugle  qu'une  taulpe,  chés  soy  rien  ne 
voioyt,  car,  retournant  du  dehors  en  son  privé,  oustoit  de  sa  teste  ses 
œiiz,  exemptiles  comme  lunettes,  et  les    cachoit    dedans    un  sabot 
attaché  darriere  la  porte  de  son  logis  '^\  » 
65       A  ces  motz  print  Her  Trippa  un  rameau  de  tamarix  '*^ 

c(  Il  prend  bien(dist  Epistemon).  Nicander  '^  la  nomme  divinatrice. 

—  Voulez  vous  (dist  Her  Trippa)  en  sçavoir  plus  amplement  la 

vérité  par  pyromantie  '^•^,  par  aëromantie  '^^  célébrée  par  Aristophanes  en 

ses  Nuées,  par  hydromantie  '*\  par  lecanomantie"*',  tant  jadis  célébrée 

Ligne  éi.  E:  chei  — 1.62.  E  :  ostoit  —  1.  63.  A,  E: yeulx  —  1.  64.  E  :  derrière  — 1.  65- 
66.  A,  E  :  ^  ces  moti. . .  divinatrice  manque  — •  1. 68.  A,  E  :  célébrée  par. . .  ses  Nuées  manque 


dans  sa  version  de  Pline  (1562)  :  «  Touchant 
les  onces  (note  marginale    :  Lynx)...,  il  n'y  a 
animal  qui  ayt  l'œil  si  bon  que  cestuy...  »  De 
même  Rémi  Belleau,  Œuvres,  éd.  Marty-La- 
veaux,  II,  171  : 
Onces  mouchetez  d'estoiles  sur  le  dos, 
Onces  à  l'œil  subtil,  au  pied  souple  et  dispos. 
L'animal  est  déjà  cité  au  xiii^  s.  par  Rute- 
beuf.  Poésies,  éd.  Kresmer,  et  dans  le  Trésor 
de  Brunetto   Latini,  p.    248,   mais    il  semble 
désigner  la  panthère.  Cf.  Sainéan,  Hist.  nat., 
p.  191  et  suiv.  (D.) 

41.  R.  pouvait  lire  cette  fable  de  Plutarque 
(qu'il  a  égayée  d'un  détail  familier  :  le  sabot 
attaché  à  la  porte)  non  seulement  dans  l'ori- 
ginal, mais  dans  une  traduction  latine  d'Ange 
Politien,  au  début  d'un  ouvrage  intitulé  pré- 
cisément Lamia.  C'est  à  ce  texte  qu'il  a 
vraisemblablement  emprunté  cette  épithète 
di  exemptiles  (faciles  à  ôter)  :  «  Lamiam, . . 
Plutarchus  habere  ait  oculos  exemptiles.  »  (P.) 

42.  Les  anciens  appelaient  tamarix,  myrica, 
erica,  la  bruyère,  ou  des  plantes  plus  ou  moins 
analogues,  qu'il  est  difficile  d'identifier.  La 
bruyère  avait  pour  eux  des  vertus  divinatrices, 
que  nous  avons  vues  utilisées  plus  haut 
(ch.  xvii)  par  la  Sibylle  de  Panzoult.  Faut-il 
l'accorder  au  tamarix  de  Her  Trippa,  dont 
Nicandre  vante  déjà  les  mérites  ? 

LE  TIERS   LIVRE. 


Sterilis  myrices  virgulta  leguntur 
Fatidicum    vatum    nomen,     quo     reddere 

[sortes 
Et  responsa  dédit  fari  Corypasus  Apollo. 

ÇTheriaca.') 
Ce  tamarix  est-il  la  Brya  corinthiaca  de 
Pline  (XXIV,  42),  notre  Tamarix  gallica  L.  ? 
ou  la  Brya  ^^ypti  de  Pline,  qui  est  notre 
Tamarix  articulata  Wahl.,  d'Orient  ?  —  La 
vertu  divinatrice  de  cet  arbre  est  mentionnée 
dans  H.  Corneille  Agrippa  et  dans  Cselius 
Rhodiginus,  Ant.  lect.,  IV,  2,  9.  (D.P.) 

43.  Sur  Nicandre,  v.  1.  I,  ch.  xxiii,  n.  172. 

44.  «  Pyromantia  divinatur  per  impres- 
siones  igneas,  per  stellas  caudatas,  per  igneos 
colores,  perque  visiones  et  imaginationes  in 
igné.  »  De  occul.  philosophia,  LVII.  (P.) 

45.  »  Aeromantia  ^rogr\os\\cdi  prsebet  perim- 
pressiones  aereas,  per  ventorum  flatus,  per 
irides,  per  halones,  per  nebulas  et  nubes, 
perque  imaginationes  in  nubibus  et  visiones  in 
aère.  »  De  occul.  philosophia,  ibid.  (P.) 

46.  «  Hydromantia  vaticinia  prsestat  per  im- 
pressionnes aqueas,  illarumquc  fluxus  et  re- 
fluxus  excrescentias  et  depressiones,  tempes- 
tates  et  colores  et  similia  :  ejus  junguntur 
etiam  visiones  quae  in  aquis  fiunt.  »  De  occul. 
philosophia,  ibid.  (P.) 

47."  «  Erat    etiam    olim  apud  Assyrios    in 

25 


194  LE   TIERS    LIVRE 

70  entre  les  Assyriens  et  exprovée  parHermolaus  Barbarus'*^?  Dedans  un 
bassin  plein  d'eaue  je  te  monstreray  ta  femme  future,  brimballant 
avecquesdeux  rustres. 

—  Quand  (dist  Panurge)  tu  mettras  ton  nez  en  mon  cul,  soys 
recors  ^^  de  deschausser  tes  lunettes. 

75  —  Par  catoptromantie  5°  (dist  Her  Trippa  continuant),  moyenant 
laquelle  Didius  Julianus,  empereur  de  Rome  ^',  praevoyoit  tout  ce  que 
luy  doibvoit  advenir?  Il  ne  tefauldra  poinct  de  lunettes.  Tu  la  voyras 
en  un  mirouoirbrisgoutant^^  aussi  apertement  que  si  je  te  la  monstrois 
en  la  fontaine  du  temple  de  Minerve  près  Patras  ".  Par  coscinomantie  '*, 

80  jadis  tant  religieusement  observée  entre  les  cerimonies  des  Romains  ^^? 
Ayons  un  crible  et  des  forcettes  ^^,  tu  voyras  diables.  Par  alphito- 
mantie  ''^,  designée  par  Theocrite  en  sa  Pharmaceutrie,  et  par  aleuro- 


Ligne  70.  A,E  :  et  exprovée  par  Hermolaus  Barbarus  manque  —  1.  71.  A,  E  :  plein 
d'eaue  manque  —  I.  74.  A,  E:  records  —  1-75-  E  :  catroptromantie  —  1.  75-77.  A,  E  : 
moyenant...  advenir  manque  —  1.  77.  E  :  point  —  1.  78.  A,  E  :  en  un  mirouoir 
manque  —  A,  E  :  hrigouttant  —  1.  79.  E  :  conscinomantie  —  1.  80.  A,  E  :  jadis... 
Romains  manque  —  1.  8i-88.  A,  E  :  Par  alphitomantie...  mal  proportionné  manque 

magno  precio  Hydromantise  species,  Lecano-  l'Histoire    Auguste,    ^Elius    Spartianus    (Did. 

mantia   nuncupata,  a   pelvi   aquae    plena,  cui  Julian.,  7)  au  ch.  de  la  catoptromancie.  (P.) 
imponebantur  aurese  et  argenteae  laminae  et  52.  Terme  erotique, /flr /'a//o. 

lapides   preciosi,    certis  imaginibus,    nomini-  53.    Mentionné    par    Pictorius    Vigillanus, 

bus  et  characteribus  inscriptas.  »  De  occul.  phi-  ibid.,  d'après  Pausanias,  VII,  21,  §  12.  (P.) 
losophia,  ibid.  (P.)  54.  A  l'aide  d'un  crible  ou  tamis  (zoTxtvov). 

48.  Erraolao  Barbare  (1454- 1493),  de  Érasme  mentionne  ce  genre  de  divination, 
Venise,  humaniste  et  poète,  traducteur  d'Aris-  Adages,  I,  10,  8,  Cribro  divinare,  qui  était  en 
tote  et  commentateur  de  Pline.  Il  est  cité  dans  usage  en  Poitou  au  xvie  s.  Cf.  R.E.R.,  II, 
le  traité  de  Pictorius  Vigillanus  (voir  n.  4)  au  70.  (P.) 

chap.  de  la    Lecanomantie.  Il  aurait    consulté  55    R.  pouvait  trouver  cette  indication  dans 

ainsi   les  démons  sur  l'entéléchie  d'Aristote  et  le    Compcndium  amatoriae   viagiae  de  Caslius 

obtenu  une  réponse  rendue  d'une  voix  faible  Calcagninus  (p.  498  de  l'éd.  de  Froben,  Bâle, 

et  sifflante.  1 544)  :  «  Coscinomantia  per  cribrum  in  Roma- 

49.  Souviens-toi.  norum  sacris  famigerata.  »  (P.) 

50.  De  v.i-oT.-oo^/ ,  miroir,  et  aavTii'a,  divi-  56.  Tenailles.  «  Cribrum  enim  inter  duo- 
nation,  rum    astantium    medios  digitos  per  forcipem 

51.  L'exemple  de  Didius  Julianus  est  cité  suspendunt.  »  Pictorius  Vigillanus,  ibid.  (P.) 
par  Pictorius  Vigillanus,  d'après  un  auteur  de  57-  «  Aîphitomantia,  quam  ceu  digito  Théo- 


CHAPITRE   XXV 


195 


mantie  ^^  meslant  du  froment  avecques  de  la  farine?  Par  astragalo- 
mantie59  ?J'ay  céans  les  projectz^°  tous  preslz.  Par  tyromantie^'?  J'ay 

85  un  fromaige  de  Brehemont  ^^  à  propous.  Par  gyromantie  ^'  ?  Je  te  feray 
icy  tournoyer  force  cercles,  les  quelz  tous  tomberont  à  gausche,  je 
t'en  asceure.  Par  sternomantie  ^*  ?  Par  ma  foy,  tu  as  le  pictz  assez  mal 
proportionné.  Par  libanomantie^^p  i\  ^e  fault  qu'un  peu  d'encent.  Par 
gastromantie  ^\   de  la  quelle  en  Ferrare   longuement    usa    la   dame 

90  Jacoba  Rhodogine  *^  Engastrimythe  ^^  ?  Par  cephaleonomantie  ^\  de 
laquelle  user  souloient  les  Alemans,  routissans  la  teste  d'un  asne  sus 
des  charbons  ardens  ?   Par  ceromantie  '°  ?  Là  par  la  cire  fondue  en 


Ligne  88  :  enceni  —  1.  89.    E  :  castromintie  —  1.  89-92.  A,  E  :  de  la  quelle...  char- 
bons ardens  manque.  —  1.  92.  E  :  cyre 


critus  signavit  in  Pharmaceiitria.  »  Caslius  Cal- 
cagninus,  op.  cit.  ibid.,  d'après  Théocrite, 
Idylles,  II,  18.  (P.) 

58.  Aleuromantia,  per  tritici  ac  farinae  excus- 
siones.  »  Caslius  Calcagninus,  op.  cit.,  ibid.   (P.) 

59.  «  Astragaloinantia,  et  astragalorum 
jactu  in  picturarum  libellum,  qua  imprimis 
nostrates  fœminîe  uti  soient.  »  Ccelius  Calca- 
gninus, op.  cit.  ibid.  (P.) 

60.  Les  tableaux. 

61.  «  Tyromantia,  per  casei  compages  atque 
hiatus.  »  Caslius  Calcagninus,  o/j.  cjV.,  ibid.  (P.) 

62.  Il  a  déjà  été  question  des  vaches  de 
Bréhémont,  cant.  Azay-ie-Rideau,  arr.  de  Chi- 
non,  pour  allaiter  Gargantua,  l.I,ch.  vu,  n.  10. 

63.  «  Gyromantia,  quotiens  et  circulis  in 
laevam  dextramve  declinantibus  futura  conji- 
ciunt.  »  Ccelius  Calcagninus,  op.  cit.,  à  la  suite 
de  l'article    Tyromantia,  comme  chez  R.  (P.) 

64.  «  Sternomantia,  de  pecioris  habitudine 
ac  reliqua  corporis  membratura  sumens  pr^sa- 
gia.  »  Caslius  Calcagninus,  op.  cit.,  ibid.  (P.) 

65.  La  Libanomantie  est  mentionnée  dans 
l'ouvrage  de  Pictorius  Vigillanus,  loc.  cit.  (P.) 

66.  Mentionnée  par  Pictorius  Vigillanus, 
loc.  cit.  (P.) 

67.  L'anecdote  de  Jacoba  Rhodogine  (de 
Rovigo)    se    trouve     relatée    tout    au    long 


1.  IV,  ch.  LViii.  R.  n'a  fait  que  traduire  Cselius 
RhoJiginus,  Ant.  Lect.,  VIII,  10.  Mais,  usant 
d'un  procédé  cher  aux  conteurs  populaires,  il 
ne  craint  pas  de  se  poser  en  témoin  oculaire  : 
«  nous  avons  souvent  ouy,  aussi  ont  aultres 
infiniz  en  Ferrare.  »  Or,  comme  il  situe  les 
tours  de  ventriloquie  de  dame  Jacobe 
«  environ  l'an  15 15  »,  il  faut  admettre  ou  que 
R.  est  venu  en  Italie  à  cette  époque,  ou  qu'il 
en  conte  à  ses  lecteurs.  Cette  dernière  hypo- 
thèse est  la  plus  plausible.  Les  notes  que  R. 
amasse  avant  son  départ  (1534),  indiquent 
qu'il  se  prépare  à  découvrir  Rome  et  l'Italie 
pour  la  première  fois.  (C.) 

68.  Ventriloque,  du  grec  âyyajToiajOoç, 
même  sens.  (D.) 

69.  De  y.iztxXri,  tête,  et  ô'vo;,  âne.  Ce  mode 
de  divination  ne  se  rencontre  ni  chez  Cîelius 
Calcagninus,  ni  dans  les  œuvres  de  H.  Cor- 
neille Agrippa.  (P.) 

70.  «  Cxrom.intia  c^eram  per  ignem  in 
aquam  decidere  facit.  »  Pictorius  Vigillanus, 
op.  cit.,  ibid.  —  «  La  cyre  fondue  en  un  ves- 
seau  se  met  dedans  un  verre  plein  d'eau  froidde 
et  par  dessous  faict  cinquante  deux  mille 
figures  par  lesquelles  se  veoit  le  passé,  présent 
et  advenir  des  personnages  dont  est  question.  » 
Lettre  de  Lazare  de  Baif,  du    10  nov.    1529, 


196 


LE   TIERS    LIVRE 


eaue  tu  voiras  la  figure  de  ta  femme  et  de  ses  laboureurs  ''.  Par 
capnomantie^''  ?  Sus  des  charbons  ardens  nous  mettrons  de  la  semence 

95  de  pavot  et  de  sisame  ^^  :  o  chose  gualante  !  Par  axinomantie^'^  ?  Fais 
icy  provision  seulement  d'une  coingnée  et  d'une  pierre  gagate  '*, 
laquelle  nous  metterons  sus  la  braze.  O  comment  Homère  en  use 
bravement  envers  les  amoureux  de  Pénélope  '^  !  Par  onymantie  "  ? 
Ayons  de  l'huylleet  de  la  cire.  Par  tephramantie"^?  Tu  voiras  la  cendre 

100  en  l'aër  figurante  ta  femme  en  bel  estât.  Par  botanomantie  "?  J'ay  icy 


Ligne  95.  A  :  eau  —  E  :  voyras  —  1.  95.  E  :  galante  —  1.  96.  A,  E  :  coignée  —  1.  ^G- 
98.  A,  E  :  e/  d'une  pierre...  de  Pénélope  manque  —  1.  99.  A  :  huille  ;  E  :  huyle  —  E  : 
voyras  —  1.  100.  A,  E  :  figurant 


citée  par  A.  Collignon,  Le  Mécénat  du  cardinal 
Jean  de  Lorraine,  p.  49.  (P.) 

71.  Tambourineurs,  au  sens  libre.  Cf.  1.  I, 
ch.  III,  n.  60. 

72.  «  His  adjungitur  Capnomantia,  a  fumo 
sic  dicta,  quia  flammam  et  fumum  scrutatur 
eorumque  colores,  sonos  et  motus.  »  De  occul. 
philosophia,  LVII. 

73.  Sésame  :  Sesamiim  indicuni,  D.  C. 
(Pédaliacée).  Sésame,  du  bas- latin  Sisa- 
mnm,  doublet  du  classique  Sesamum  (Pline, 
XVIII,  10).  Ce  mot,  employé  au  xvie  s.  (du 
Pinet,  R.  Estienne,  Rabelais),  disparaît  au 
xviie,  qui  ne  connaît  que  la  forme  Sésame. 
«  Cardanus  in  prunes  semen  capnomantes  spar- 
sisse  scribit  vel  papaveri  nigri,  vel  Sisami.  » 
Pictorius  Vigillanus,  lac.  cit.,  ihid.  (D.P.) 

74.  Divination  par  la  hache.  Il  en  existait 
plusieurs  modes  :  tantôt  les  vibrations  et  oscil- 
lations d'une  hache  plantée  dans  un  poteau 
constituaient  la  matière  de  l'axinomantie  ;  tan- 
tôt elle  consistait  à  faire  brûler  du  jayet  sur 
une  hache  ;  v.  n.  75.  (P.) 

75.  Lapis gagates  (Galien,  De  tned.  fac.  par., 
ch.  ix).  Gagates (yizxhoàQ,  éd.  Cologne,  1539, 
p.  93  vo),  ainsi  nommée  du  fîeuve  Gagés,  en 
Lycie  ;  c'est  le  jais  ou  jayet,  variété  de  lignite. 
Cette  pierre  était  utilisée  par  les  devins  : 
«  Hoc  dicuntur  uti  magi  in   ea  quant  vocant 


axinomantiam,  et  peruri  negant  si  eventurum  sit 
quod  aliquis  optet.  >>  (Pline,  H.  N.,  XXXVI,  34.) 
«  [Potes]  flammis  etiam  petram  mandare  ga- 
gatis  arentera...  »  dit  Nicandre  (Theriaca,  trad. 
J.  de  Gorris,  v.  37-38).  «  La  pierre  qu'on 
nomme  gagate  est  admirable  pour  vaincre  ses 
ennemis,  »  disent  les  Secrets  admirables  du 
Grand  Albert,   II.  (D.) 

76.  R.  semble  suivre  ici  le  texte  de  Caslius 
Calcagninus,  op.  cit.  :  «  Axinotnantia  belle  ab 
Homero  indicata,  dum  per  secures  experitur  pro- 
cos .  »  En  fait,  il  ne  s'agit  point  de  divination 
dans  l'épreuve  imposée  aux  prétendants  (Odys- 
sée, ch.  xxi).  Ils  ont  à  tendre  l'arc  d'Ulysse  et 
à  traverser  d'une  flèche  les  trous  percés  dans 
douze  haches  plantées  en  ligne.  Ulysse  seul 
accomplit  ce  tour  de  force  et  d'adresse.  (P.) 

77.  «  Oniraantici  enim  fuligine  et  oleo  pol- 
licis  unguem  vel  manus  volam,  seu  palmam 
in  puero  tenello,  tacito  susurramine  verborum 
accedente  illinunt,  ut  hinc  spectra  videant, 
aut  imagines  pro  sua  re  couvenientes,  quas 
puer  denuo  prodat.  »  Pictorius  Vigillanus,  op. 
cit.,  ibid.  (P.) 

78.  «  Tephramantia. . .3i dneread  auram  expo- 
sito.  »  Pictorius  Vigillanus,  op.  cit.,  ibid.  (P.) 

79.  «  Botonomanlici  salvise  folia  pro  scopo 
su£e  divinationis  habebant.  »  Pictorius  Vigilla- 
nus, op.  cit.,  ibid.  (P.) 


CHAPITRE   XXV  l^y 

des  feuilles  de  saulge  ^°  à  propos.  Par  sycomantie^'  ?  O  art  divine  en 
feuielle  de  figuier  !  Par  ichthyomantie  ^\  tant  jadis  célébrée  et  practiquée 
parTiresias  etPolydamas,  aussi  certainement  que  jadis  estoit  faict  en 
la  fosse  Dina  on  boys  sacré  à  Apollo,  en  la  terre  des  Lyciens^^  }  Par 

105  chœromantie  ^'^  ?  Ayons  force  pourceaulx,  tu  en  auras  la  vescie.  Par 
cleromantie  ^^,  comme  l'on  trouve  la  febve  on  guasteau  la  vigile  de 
l'Epiphanie  ?  Par  anthropomantie  ^^  de  laquelle  usa  Heliogabalus, 
empereur  de  Rome?  Elle  est  quelque  peu  fascheuse,  mais  tu  l'endu- 
reras assez,  puis  que  tu  es  destiné  coqu.  Par  stichomantie  ^'  sibylline? 

iio   Par  onomatomantie  ^^  ?  Comment  as  tu  nom? 

—  Masche-merde,  respondit  Panurge. 

—  Ou  bien  par  alectryomantie  ^^  ?  Je  feray  icy  un  cerne  gualante- 
ment,  lequel  je  partiray,  toy  voyant  et  considérant,  en  vingt  et  quatre 
portions  equales.  Sus  chascune  je  figureray  une  letre  de  l'alphabet  ; 


Ligne  10 1.  A  :  feueilles  ;  E  :  fueilles  —  A  :  propous  ;  E  :  propoi  —  A,  E  :  divin  — 
1.  102.  A  :  feueilles  —  E  :  Icbymaniie  —1.  102-103.  A,  E  :  tant  jadis..  Poîydamas  manque 

—  A  :  Aussy —  1.  104.  E  :  auhoys  —  1.  105.  E  :  cherotwmantie  —  1.  105-ioé.  A,  E  : 
Par  cleromantie...  l'Epiphanie  manque  —  1.  107.  F  :  anthromantie  ;  E  :  Antropomantie 

—  I.  109.  A  -.puys  —  E  :  coquu  —  1.  iio.  F  :  onotommantie  —  I.  112.  E  :  giialentemeut 

—  1.  114.  E  :  lettres  —  E  :  chesciine 

80.  La  sauge  était  employée  de  toute  anti-  carnes  demittens,  subito  locus  ille  aquis  reple- 
quité  pour  les  opérations  magiques  ;  c'est  l'une  batur;  magnaque  piscium  multitudo  ac  admi- 
des  36  herbes  magiques  du  Livre  d'Hermès  rabilium  figurarum  hominibus  ignotarum  appa- 
Trismégiste.  Il  en  faut  voir  ici  plusieurs  rebat  e  quorum  formis  vates  quod  futurum  esset 
espèces  :  Salvia  officinalis  L.,  S.  sclarea  L.  et  prsedicebat.  »  De  occttl.  philosophia,  I,  57.  (P.) 
S.  horminum  L.  (Labiées).  —  Cf.  Béjottes,  Le  84.  De  70100;,  porc. 

Livre  sacré  d'Hermès  Trtsniéglste  et  ses  ^6  herhes  85.  De  /.A/îpoç,  sort.  Cf.  la  consultation  par 

magiques,  Bordeaux,  Barthélémy,  191 1,  in-80,  les  sorts  homériqueset  virgiliens,  ch.  x  et  xii. 

201  p.,  ch.  XXV.  (D.)  86.  L'ouvrage  de  Pictorius  Vigillanus  men- 

81.  De  z\Jy.ov,  figue.  Divination  mentionnée  tionne  ce  mode  de  divination  et  cite  l'exemple 
dans  Pictorius  Vigillanus.  (P.)  d'Héliogabale,  qui  consultait  les  entrailles  des 

82.  De  t/6ij;,  poisson.  Pictorius  Vigillanus,  enfants.  (P.) 

rapportant  ce  mode  de  divination,  fait  men-  87.  De  atr/oç,  vers.  C'est  le  mode  de  divi- 

tion  de  Polydamas  et  de  Tirésias.  nation   auquel  Panurge  a  eu  recours  chez  la 

85.  ('  Verum  hue  etiam  referri  poterit  arus-  Sibylle  de  Panzoult.  (P.) 

picina  piscium,  cujusmodi  olim  apud  Lycios  88.  De  ô'vofia,  nom.  Sur  ce  mode  de  divi- 

capiebatur  in  loco  qui  Dina  dicebatur  :  juxta  nation,  v.  1.  IV,  ch.  xxxvii. 

mare  in  sacro  Apollinis  luco  sicca  in  arena  exca-  89.  Mode    de    divination    mentionné    par 

valus,  in  quem  consulturus  de  futuris  assatas  Caslius  Calcagninus,  o/).  i;î/.(P.) 


198  LE   TIERS    LIVRE 

115  SUS  chascune  letre  je  poseray  un  grain  de  froment,  puys  lascheray 
un  beau  coq  vierge  à  travers.  Vous  voirez  (je  vous  affie)  qu'il  mangera 
les  grains  posez  sus  les  letres  C.O.Q.U.S.E.R  A.  aussi  fatidicque- 
ment  comme  soubs  l'empereur  Valens,  estant  en  perplexité  de  sçavoir 
le  nom   de   son  successeur,     le    coq    vaticinateur  et  alectryomantic 

120  mangea  sus  les  letres  0.E.O.A  ^°. 

«  Voulez  vous  en  sçavoir  par  l'art  de  aruspicine  ^'  ?  Par  extispi- 
cine  '*  ?  Par  augure,  prins  du  vol  des  oizeaulx,  du  chant  des  oscines  '^\ 
du  bal  solistime  '*  des  canes? 

—  Par  estronspicine,  respondit  Panurge. 

125  —  Ou  bien  par  necromantie?  Je  vous  feray  soubdain  resusciter 
quelqu'un,  peu  cy  devant  mort,  comme  feist  Apollonius  de  Tyane  '* 
envers  Achilles,  comme  feist  la  phitonisse  en  prassence  de  Saûl  ^^  lequel 
nous  en  dira  le  totage  ^^  ne  plus  ne  moins  que,  à  l'invocation  de  Eric- 
tho,  un  deffunct  praedist  à  Pompée  ^^  tout  le  progrés  et  issue  de  la 


Ligne  115.  E  :  puis  —  1.  né.  E  :  voirrei  —  1.  117.  E  :  lettres —  E:  coQUU  sera  — 
A  :  aiissy  —  I.  119.  E  :  et  manque  —  1.  120.  E  :  lettres  THEODORUS  —  1.  122. 
E  :  oyseaiilx  —  E  :  oschisnes  —  1.  12e.  A,  E  :  quelque  mort,  comme  feist  —  1.  127. 
A,  E  :  présence  —  1.  128.  A  :  totaige  —  E  :  qua  l'invocation  —  1.  129.  A,  E  :  defunct 
—  E  :  predict 


90.  Premières  lettres  du  nom  de  Théodose.  pascuntur  [aves],  necesse  est  aliquid  ex  ore 
Cette  aneJocte  est  empruntée  à  Zonaras,  his-  cadere  et  terram  pavire  :  terripavium  primo, 
torien  byzantin  (xiii,  16).  R.  y  trouvait  tous  post  terripudium  dictum  est  :  hoc  quidem  jam 
les  détails  de  la  scène  :  le  «  cerne  »  divisé  en  tripudium  dicitur.  Cuin  igitur  offa  cecidit  ex 
vingt-quatre  parties  égales,  les  grains  de  fro-  ore  puUi,  tum  auspicanti  tripudium  solisti- 
ment,  etc.  (P.)  wwm nunciatur.  »  (P.) 

91.  Par  examen  de  la  chair  des  animaux  95.  D'après  Philostraie,  Vie  d'Apollonius, 
sacrifiés.  C'est  le  plus  ancien  mode  de  divina-  IV,  16,  ce  philosophe  aurait  ressuscité  une 
tien  qu'aient  connu  les  Romams.  jeune  fille. 

92.  L'extispicine  (de  exta,  entrailles)  est  une  96.  Dans  les  Rois,l,  28,  8-19,  la  Pythonisse 
variété  de  l'aruspicine.  d'Endor  évoque  Samuel  à  la  prière  de  Saùl. 

95.  Chant  des  oiseaux  de  présages  (osceti),  97.  Total,  v.  ch.  xviii,  n.  i. 

comme  le  corbeau,  la  chouette,  etc.  98.  Voir   Lucain,  Pharsa^e,  1.   IV,  v.  747- 

94.  Traduction    plaisante    de     l'expression  828.  Cet  exemple  et  celui  de  Philosîrate  sont 

latine  tripudium  solistivium,  que  Cicéron  (De  cités  par  Pictorius    Vigillanus,    article  Necro- 

divinatione,   II,   34)  explique  ainsi  :   «  Cum  mantia.  (P.) 


CHAPITRE    XXV 


199 


130  bataille  Pharsalicque.  Ou  si  avez  paour  des  mors,  comme  ont  naturel- 
lement tous  coquz,  je  useray  seulement  de  sciomantie  ^'. 

—  Va  (respondit  Panurge),  fol  enraigé,  au  diable,  et  te  faiz  lanter- 
ner '°°  à  quelque  Albanoys;  si  auras  un  chapeau  poinctu  '°'.  Diable, 
que  ne  me  conseillez  tu  aussi  bien  tenir  une  esmeraulde  '°%  ou  la 

135  pierre  de  hyène  '°\  soubs  la  langue,  ou  me  munir  de  langues  de 
puputz  '°*  et  de  coeurs  de  ranes  '°^  verdes  '°^  ou  manger  du  cœur 
et  du  foye  de  quelque  dracon,  pour,  à  la  voix  et  au  chant  des  cycnes  '°' 


Ligne    i^o.  A,  E  :  sy  —  1.  131.  E  :  coquui  —  1.  132.  E  :  fais  —  1.  134.  E  :  con- 
seille —  A  :  aussy  —  1.  13e.  A  :  ciieurs  —  A  :  ciieiir 


99.  La  Sciomantie,  divination  par  les  ombres 
ou  fantômes,  est  aussi  le  dernier  mode  de 
divination  dans  la  liste  de  Caelius  Calcagninus  : 
«  Omnium  denique  defamatissimae,  necyo- 
mantia,  psychomantia  et  scioiuantia,  per  cada- 
vera,  animas  et  umhras.  »  (P.) 

100.  Sens  libre  Comme  les  Bulgares,  les 
Albanais  étaient  sans  doute  taxés  de  sodo- 
mie. 

loi.  La  coiffure  des  Albanais  ou  Stradiots, 
cavaliers  mercenaires  au  service  de  la  France, 
consistait  eu  une  sorte  de  bonnet  conique.  Cf. 
1.  H,  ch.  XXXI,  n.  8.  (P.) 

102.  L'émeraude  de  l'Inde  placée  dans  la 
bouche  passait  pour  apaiser  la  soif.  «  Si  on  la 
met  sous  la  langue,  elle  communique  le  don 
de  prophétie.  »  Les  Secrets  admirables  du  Grand 
Albert,  IL 

Commodus  iste  lapis  scrutantibusabditafetu, 
Cum  prescire  volunt....  dit  Marbode    (D.) 

103.  «  Hyxnix  ex  ociilis  hyxnx  lapides... 
inveniri  dicuntur  :  et  si  credimus,  lincriix  hoininis 
subditx  futuraprxcinere  «(Pline,  XXXVII,  60). 
Cf.  Marbode,  de  Gemmariim. ...formis,  ch.  XLV, 
Hyxnia,  et  Solin,  Polyhistor.,  28.  (D.) 

104.  Nom  poitevin  de  la  huppe  (JJptipa 
epops  L.,   Upupidae.)  —   Belon  écrit  putput, 


Nat.  oys.,   293-294.    «   Ils  puputtent  comme 
huppes,  »  dit  A.  Paré.  (D.) 

105.  Grenouilles.  Latinisme  fréquent  chez 
les  écrivains  du  xvie  s.  :  Marot,  «  yeux  de 
raine  »,  éd.  Guiffrev,  III,  578  ;  du  Bellay, 
«  importune  rane  »,  t.  I,  469.  Cf.  Hortiis  sani- 
tati>,  de  1499  «  Rana,  renouille  ou  raine.  » 
Sainéan,  Hist.  nat.,  85. 

106.  R.  commet  ici  une  erreur  et  une  con- 
fusion :  il  a  lu  ranx  virentis  au  lieu  de  :  ranx 
viventis,  dans  Pline,  lequel  dit,  après  Démo- 
crite,  que  la  langue  d'une  grenouille  en  vie 
appliquée  sur  la  région  précordiale  d'une 
femme  endormie  lui  fait  révéler  ses  secrets. 
«  Democritus  quidem  tradit,  si  quis  extrahat 
ranœ  viventi  linguam,  nulla  alla  corporis  parte 
adbaerente,  ipsaque  dimissa  in  aquam,  impo- 
nat  supra  cordis  palpitationem  mulieri  dor- 
mienti,  quaecumque  interrogaverit,  vera  res- 
ponsuram.  »  H.N.,  XXIX,  26.  D'autre  part, 
l'animal  dont  le  cœur  est  doué  de  semblable 
vertu  est,  dans  Pline,  non,  la  grenouille,  mais 
le  hibou.  «  Cor  ejus  [bubonis]  impositum 
mammœ  mulieris  dormientis  sinistra;  tradunt 
efficere  ut  omnia  sécréta  pronuntiet.  »  H.N., 
XXXII,  18.  (D.) 

107.  Cygne.  Voir  ch.  xxi,  1.  7. 


200  LE   TIERS  LIVRE 

et  oizeaulx,  entendre  mes  destinées,  comme  faisoient  jadis  les  Arabes 
on  pays  de  Mésopotamie'"^? 

140  «  A  trente  diables  soit  le  coqu,  cornu,  marrane  '°',  sorcier  au 
diable,  enchanteur  de  l'Antichrist. 

«  Retournons  vers  nostre  Roy.  Je  suys  asceuré  que  de  nous  con- 
tent ne  sera,  s'il  entend  une  foys  que  soyons  icy  venuz  en  la  tesniere 
de  ce  diable  engiponné  "°.  Je  me  repens  d'y  estre  venu,  et  donnerois 

145  voluntiers  cent  nobles  et  quatorze  roturiers  '",  en  condition  que  celluy 
qui  jadis  souffloit  on  fond  de  mes  chausses  praesentement  de  son 
crachatz  luy  enluminast  les  moustaches  '".  Vray  Dieu,  comment  il 
m'a  perfumé  de  fascherie  et  diablerie,  de  charme  et  de  sorcellerie  "M 
Le  Diable  le  puisse  emporter!  Dictez  amen,  et  allons  boyre.  Je  ne  feray 

150  bonne  chère  de  deux,  non,  de  quatre  jours.  » 


Ligne  138.  E  :  oyseaulx  —  I.  139.  E  :  au  pays  —  1.  140.  E  :  coguu  —  I.  142.  E  :  suis 

asseuré  —  1.  144.  A,  F  :  emgiponné  —  E  :  donneroys  —  I.  146.  E  :  au  font —  1.  147. 

E  :  crachat  —  1.  149.  E  :  dictes  —  1.  150.  A,  E  :  non  pas  de  quatre 

108.  D'après  Philostrate,  Vie  cf  Apollonius,!,  bure  et  cessé  de  porter  son  haut-de-chausses. 
20.  Cf.  ch.  VII,  p.  69. 

109.  Maures  ou  Juifs    devenus    chrétiens.  115    De  sorcellerie  à  proprement   parler,  il 
Cf.  1.  I,  ch.  VIII,  n.  69.  n'y  en  a  pas  dans  les   modes  de  divination 

iio.  Revêtu  d'un  jupon  ou  gippon,  qui  énumérés  par  Her  Trippa.  Presque  tous  exis- 
était  jadis  un  vêtement  d'homme,  une  sorte  talent  chez  les  Anciens.  Voir  Bouché-Leclercq, 
de  longue  tunique  à  manches.  R.E.R.,  VIII,  Histoire  de  la  Divination  dans  V antiquité.  Ils 
135.  piquaient  vivement  la  curiosité  de  nos  huma- 
in. Monnaie  fantaisiste,  imaginée  par  ana-  nistes.  On  en  jugera  parle  récit  que  fait  Rou- 
logie  avec  \Qsnohles  à  la  rose.  Cf.  1.  I,  ch.  lui,  sard  à  Catherine  de  Médicis  d'une  consultation 
n.  8.  qu'il  aurait  demandée  à  un  magicien  sur  sa 
112.  Depuis  que  Panurge  était  en  perple-  frénébie  poétique,  dans  le  Bocage  royal,  éd. 
xité  de  mariage,  il  avait  revêtu  une  robe  de  Marty-Laveaux,  t.  III,  p.  295.  (P.) 


Comment  Panurge  prent  conseil  de  frère  Jan 
des  Entommeures. 

Chapitre  XXVI. 

Panurge  estoit  fasché  des  propous  de  Her  Trippa,  et,  avoir  passé  la 
5   bourgade  de  Huymes  \  s'addressa  à  frère  Jan  et  luy  dist,  becguetant^  et 
soy  gratant  l'aureille  guausche  : 

«  Tien  moy  un  peu  joyeulx,  mon  bedon  '.  Je  me  sens  tout  matagra- 
bolisé  '^  en  mon  esprit  des  propous  de  ce  fol  endiablé. 
«  Escoute,  couillon  mignon  ', 
10  (c  Couillon  moignon  ^       c.  de  renom,  c.  pâté  \ 

c.  naté  ^  c.  plombé  ^  c.  laicté  '°, 

c.  feutré",  c.  calfaté,  c.  madré '% 


Ligne  i.  E  :  prend  —  E  :  Jean  —  1.  4.  E  :  fasché  —  E  :  propos  —  1.  y  E  :  de  du 
Huymet  —  E  :  Jean  —  E  :  becguettant  —  1.  6.  E  :  grattant  —  A,  E  :  gausche  —  1.  7. 
A,  E  :  Tiens  —  1.  8.  E  :  propos  —  E  :  en  diable  —  1.  10.  A,  E  :  couillon  de  renom  — 
E  :  c.  parte 


1.  Huismes,  cant.etarr.de  Chinon.  L'église, 
datant  du  xii^  s.,  est  dédiée  à  saint  Maurice. 
Cf.  R.  E.  R.,  V,  64.  La  situation  de  cette 
bourgade  près  de  La  Villaumère,  non  loin 
de  l'Indre  et  de  la  Loire,  confirme  l'emplace- 
ment de  Thélème  dans  l'îlot  formé  par  l'Indre, 
la  Loire,  le  Vieux-Cher.  (C.) 

2.  Chevrotant,  bégayant. 

5.  Ma  petite  bedaine,  terme  d'amitié. 

4.  Hébété  de  fatigue,  abruti.  Cf.  1.  I, 
ch.  XIX,  n.  17. 

5.  Panurge  invoquant  le  secours  et  le  récon- 
fort de  Frère  Jean,  sa  supplication  prend  natu- 
rellement la  forme  rituelle  de  la  litanie.  Pour 
toucher  et  flatter  son  compagnon,  il  prodigue 

LE   TIERS   LIVRE. 


toutes  sortes  d'épithètes  d'excellence  en  les 
accolant  à  un  terme  de  familiarité  plébéienne. 
Ces  épithètes  se  groupent  tantôt  par  l'allité- 
ration (comme  les  deux  premières),  tantôt  par 
la  rime,  tantôt  par  des  rapports  de  sens  : 
séries  de  termes  d'architecture,  de  bois  pré- 
cieux, etc.  (P.) 

6.  En  tronçon  de  membre. 

7.  Pattu,  mot  rare. 

8.  De  naissance. 

9.  Lourd  comme  du  plomb. 

10.  Riche  en  sécrétion  laiteuse. 

11.  Garni  de  poils. 

12.  Veiné  de  différentes  couleurs,    comme 
certains  bois  d'ébénisterie. 

26 


202 


LE    TIERS    LIVRE 


C. 

relevé, 

c. 

de  stuc, 

15 

c. 

arabesque, 

c. 

asseré. 

c. 

antiquaire '^ 

c. 

asceuré. 

c. 

calandre  '', 

c. 

requamé  '^ 

c. 

estamé, 

c. 

martelé, 

c. 

juré. 

c. 

bourgeois. 

20 

c. 

d'esmorche  ", 

c. 

endesvé  ^\ 

c. 

palletoqué,  " 

c. 

aposté, 

c. 

désiré. 

c. 

vernissé, 

c. 

de  Brésil  '\ 

c. 

de  bouys  ^'\ 

c. 

latin, 

c. 

de  passe  ^^, 

25 

c. 

d'estoc  '^ 

c. 

effréné, 

c. 

affecté, 

c. 

entassé, 

c.  de  Grotesque  "', 

c.  troussé    à   la   le- 

vresque  '^, 

c.  guarancé  '^, 

c.  diapré, 

c.  entrelardé, 

c.  grené  '', 

c.  goildronné, 

c.  lyripipié  ^'', 

c.  d'ebene, 

c.  organizé, 

c.  à  croc  ^', 

c.  forcené, 

c.  compassé  ^^ 


Ligne  13.  E  :  c.destuc  —  A,  E  :  c.  crotesque  —  1.  lé.  A,  E  :  c.  antiquaire  ma.nque  —  E  : 
c.  asseuré  —  A,  E  :  r.  garance  —  l.  19.  E  :  c.  bourgeoys  —  1.  20.  E  :  c.  desmorché  — 
1.  22.  E  :  c.  de  hene  —  1.  25.  E  :  c.  (f«  boys  —  A,  E  :  c.  organisé  manque  —  1.  24.  A,  E  : 
c.  latin  manque  —  E  :  c.  passe  —  1.  25.  E  :  c.  desioc 


1 5 .  Décoré  d'arabesques,  comme  celles  qu'on 
avait  découvertes  à  Rome  dans  les  grottes  des 
anciens. 

14.  Comme  un  lièvre  à  la  broche. 

1 5 .  Ce  mot  se  rencontre  ici  pour  la  pre- 
mière fois  dans  notre  langue  (Sainéan,  t.  II, 
p.  246). 

16.  Teint  en  rouge. 

17.  Lustré,  passé  à  la  calandre. 

18.  Brodé  à  la  manière  orientale.  Terme 
arabe  venu  au  français  du  xvie  s.  par  l'inter- 
médiaire de  l'italien  ricamento.  Cf.  1.  IV, 
ch.  I  :  «  un  entonnoir  de  ebene,  tout  requamé 
d'or,  à  ouvraige  de  tauchie.  »  (C.) 

19.  Grenu,  bien  fourni  en  grains. 

20.  D'amorce.  Le  mot  avait  un  sens  scato- 
logique.  Cf.  1.  I,  ch.  xiii,  1.  51. 

21.  Enragé. 

22.  Enveloppé  dans  un  paletot.  R.  dit  aussi 
empaletocquè.  Cf.  1.  I,  ch.xxi,  n.  54. 


23.  Encapuchonné.  Cf.  1.  I,  ch.  xviii, 
n.  2. 

24.  Bois  de  Brésil.    Cf.  I.    II,  ch.    xix,  1. 

37- 

25.  Buis.  R.  groupe  trois  noms  de  bois 
précieux,  de  couleur  différente.  C'étaient  les 
bois  dont  on  faisait  les  cliquettes  des  ladres 
(bois  de  trois  langues).  Cf.  1.  II,  ch.  xix, 
n.  17.  (C.) 

26.  L'arbalète  de  passe  était  une  arme  de 
rempart  qui  se  bandait  avec  un  treuil.  Cf.  1. 1, 
ch.  xxiii,  144.  Le  nom  lui  venait  des  moi- 
neaux ou  passes,  espèce  de  grosses  guérites,  où 
on  la  plaçait  (Le  Duchat).  (C.) 

27.  L'arbalète  à  croc  se  bandait  avec  un 
crochet. 

28.  De  pointe  (au  sens  libre).  Ces  trois  der- 
nières épithètes  sont  empruntées  à  l'art  mili- 
taire. 

29.  De  parfaite  mesure. 


CHAPITRE   XXVI 


203 


c.  farcv, 
c.  jolly, 
c.  positif, 

30  c.  actif, 
c.  oval  '-, 
c.  monachal, 
c.  de  respect, 
c.  d'audace, 

35   c.  manuel  ^*, 
c.  résolu, 
c.  gémeau  '^, 
c.  fécond, 
c.  estrillant, 

40  c.  banier  ^^, 
c.  prompt, 
c.  clabault  ^°, 
c.  de  haulte  lisse, 
c.  fallût. 


c.  bouffy, 

c.  poudrebif  '°, 

c.  gérondif, 

c.  gigantal, 

c.  magistral, 

c.  viril, 

c.  de  relés, 

c.  massif, 

c.  guoulu, 

c.  membru, 

c.  courtoys, 

c.  brislant, 

c.  gent, 

c.  duisant  ^^, 

c.  prinsaultier, 

c.  coyrault"*', 

c.  exquis, 
c.  cullot. 


c.  polly, 

c.  brandif, 

c.  génitif, 

c.  vital, 

c.  claustral, 

c.  subtil, 

c.  de  séjour  ", 

c.  lascif, 

c.  absolu, 

c.  cabus  '5, 

c.  turquoys  ", 

c.  sifflant, 

c.  urgent, 

c,  brusquei, 

c.  fortuné, 

c.  usual, 

c.  requis, 

c.  picardent  '*% 


Ligne  28.  E  :  c.  joly  —  1.  30.  E  -.gigandal  —  \.  n.  k,  E  :  c.  de  reîes  —  1.  35.  A.  E  : 
c.  goulu  —  1.  40  :  A,  E  :  c.  banier,  c.  luisant,  c.  duisant  —  E  :  c.  brisquet 


30.  Mot  inconnu  en  dehors  de  R.  Sens 
incertain .  Peut-être  vif  comme  la  foudre,  avec 
prononciation  gasconne  dut^. 

31.  Vif.  Cf.  1.  IV,  ch.  XVII  :  «  Son  estomac 
apte  naturellement  à  moulins  à  vent  tous 
hrandifi  digérer.  »  Forme  angevine  et  berri- 
chonne. Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  168. 

32.  Oblong  et  rond  comme  un  œuf. 

33.  De  loisir.  Cf.  1.  l,  proh,  n.  36. 

34.  Volumineux,  propre  à  remplir  la  main. 

35.  Pommé  (comme  les  choux).  Cf.  1.  I, 
ch.  II,  n.  76. 

36.  Double  (par  opposition  àlamonorchidie 
et  à  la  cryptorchidie).  (D.) 

37.  Turc.  Epithète  assez  inattendue,  à  moins 


qu'il  ne  faille  y  voir  une  allusion  à  \'arc  turqtioys. 
Cf.  1.  I,  ch.  II,  n.  56. 

38.  Banal.  Allusion  au  taureau  banal  appar- 
tenant au  seigneur  et  auquel  les  vassaux  étaient 
tenus  d'amener  leurs  vaches. 

39.  Parfaitement  convenable. 

40.  Tombant,  pendant,  allusion  au  clabaud, 
chien  aux  oreilles  pendantes. 

41.  Gras  comme  un  bœuf  à  l'engrais.  Cf. 
1.  I,  ch.  IV,  n.  6  et  R.  E.  R.,  VII,  462. 

42.  Au  sens  libre.  Le  picardent  est  un 
cépage  blanc  renommé  du  Languedoc.  Cf. 
1.  V,  ch.  XXXIV  :  «  toutes  espèces  de  vignes, 
comme  Phalerne...  Picardent,  Arbois.  »  Mais 
il  s'agit  sans  doute  ici  d'un  jeu  analogue  à  la 
Picardie,  1.  I,  ch.  xxii,  n.  14.  (C.) 


204 


LE   TIERS    LIVRE 


45 

c. 

de  raphe  ■*' 

c. 

de  triage, 

c. 

patronymicque, 

c. 

d'alidada  "*', 

c. 

robuste, 

50 

c. 

insuperable, 

c. 

redoubtable, 

c. 

profitable, 

c. 

palpable, 

c. 

subsidiaire, 

55 

c. 

transpontin  '% 

c. 

convulsif, 

c. 

sigillatif. 

c. 

baudouinant, 

c. 

tonnant, 

éo  c.  arietanl, 


c.  guelphe  ''^, 
c.  de  paraige, 
c.  pouppin, 
c.  d'algamala  ''^, 
c.  venuste  ^°, 
c.  secourable, 
c.  espovantable, 
c.  mémorable, 
c.  musculeux, 
c.  tragicque, 
c.  repercussif, 
c.  incarnatif, 
c.  masculinant  5^ 
c.  refaict, 
c.  estincelant, 
c.  strident. 


c.  Ursin  '^\ 
c.  de  mesnage, 
c.  guespin  '^^, 
c.  d'algebra  ^^^ 
c.  d'appétit, 
c.  agréable, 
c.  affable, 
c.  notable, 
c.  bardable  ^\ 
c.  satyricque, 
c.  digestif, 
c.  restau ratif, 
c.  ronssinant, 
c.  fulminant, 
c.  martelant, 
c.  aromatisant, 


Ligne  46.  A,  E  :  c.  de  triage...  de  mesnage  manque  —  1.  47.  c.  puppin  —  1.  48.  E  : 
c.  dalidada,  c.  dalgamala,  c.  dalgehra —  1.  51-52.  A,  E  :  c.  redoutable...  c.  profitable 
manque  —  1.  54.  E  :  c.  subcidiare  —  1.  57.  E  :  sigilletif  —  1.  58.  A,  E  :  c.  baudoui- 
nant manque 


43.  Loup-cervier,  appellation  empruntée  à 
Pline,  Hist.  nat.,  VIII,  28.  Cf.  Sainéan,  Hist. 
nat.,    79. 

44.  Nom  d'une  faction  fameuse  dans  les 
guerres  civiles  en  Italie. 

45.  Nom  d'une  famille  et  d'une  faction  en 
Italie  au  moyen  âge  (les  Orsitii). 

46.  Piquant,  mordant. 

47.  Règle  pour  aligner  ;  terme  arabe  passé, 
comme  les  suivants,  dans  les  traités  astrono- 
miques du  xvie  siècle  par  l'intermédiaire  du 
latin.  On  rencontre  le  mot,  sous  cette  forme, 
dans  la  Pratique  de  géométrie  deChauvet  (1578). 
R.E.  /?.,VI,  311. 

48.  Ecrit  aussi  Algamana,  I.  V,  ch.  xviii. 
Amaîga?ne,  mélange  de  mercure  avec  un  métal. 


Le    mot  se   rencontre  dès  le  xve  s.  R.  E.  R., 
VI,  313. 

49.  Algèbre.  On  trouve  le  mot  comme 
titre  d'un  traité  de  J.  Peletier  sur  la  matière 
(1554).  R.  E.  R.,Yl,  311. 

50.  Gracieux  ;  du  latin  venusttis,  même 
sens. 

51.  Bon  à  barder  de  lard. 
32.  D'outre-mer. 

53.  De  ce  terme  du  glossaire  erotique  signi- 
fiant far  Vatto  (pour  l'homme),  R.  a  rapproché 
les  synonymes  appliqués  au  cheval  (i-oiissi- 
nant),  au  héï\tr{arietant)  et  d'autres  expressions 
figurées,  brochant,  talochant,  farfouillant,  belu- 
tant,  culbutant,  hacquebutant ,  culletant  se  rap- 
portant au  même  objet.  (C.) 


CHAPITRE   XXVI  20 S 

c.  timpant  ^^  c.  diaspermatisant  '5,     c.  pimpant, 

c.  ronflant,  c.  paillard,  c.  pillard, 

c.  guaillard,  c.  hochant,  c.  brochant  ^6^ 

c.  talochant  ^\  c.  avorté,  c.  eschalloté, 

65   c.  syndicqué,  c.  farfouillant,  c.  belulant  ^^ 

c.  culbutant,  couillon  hacquebutant  ^^,  couillon  culletant  ^°,  frère 
Jan,  mon  amy,  je  te  porte  révérence  bien  grande,  et  te  reservoys  à 
bonne  bouche.  Je  te  prie,  diz  moy  ton  advis  :  me  doibs  je  marier 
ou  non  ?  » 

70  Frère  Jan  luy  respondit  en  alaigresse  d'esprit,  disant  :  «  Marie  toy, 
de  par  le  Diable,  marie  toy  et  carrillonne  à  doubles  carrillons  de 
couillons.  Je  diz  et  entends  le  plus  toust  que  faire  pourras.  Dés  huyau 
soir  faiz  en  crier  les  bancs  ^'  et  le  challit.  Vertus  Dieu,  à  quand  te  veulx 
tu  reserver?  Sçaiz  tu  pas  bien  que  la  fin  du  monde  approche?  Nous 

75  en  sommes  huy  plus  près  de  deux  trabutz  ^^  et  demie  toise  que  n'estions 
avant  hier.  L'Antichrist  est  desja  né,  ce  m'a  l'on  dict^\  Vray  est  que  il 


Ligne  éi.  A,  E  :  c.  diaspermatisant,  c.  timpant,  c.  pimpant  —  1.  63.  A,  E  :  c.  gaillard 

—  1.  64-65.  A,  E.  :  c.  avorté...  c.  syndicqué  manque  —  1.  67.  E  :  Jean  —  1.  68.  E  : 
dy  moy  —  A  :  advys  —  1.  69.  F  :  nom  —  1.  70.  E  :  Jean  —  I.  72.  E  :  ^_y  —  E  :  entend  — 
A,  E  :  tost  —  E  :  pourra  —  1.  73.  E  :  fais  —  E  :  challict  —  Vertu  bien  —  1.  74.  E  : 
Sçais  —  1.  75.  E  :  trahuts  —  1.  76.  A,  E  :  avanthier  —  E  :  Antéchrist  —  E  :  m'ha  Ion  dit 

—  A,  E  :  qu'il 

54.  Résonnant.     Cf.     prot.,    n.      ii8.  60.  Cf.l.II,  ch.  xxxiv,  n.  23. 

55.  Un  grand  nombre  de  drogues  de  l'an-  61.  Équivoque  sur  les  l>ans  du  mariage  et 
cien  codex  commencent  par  dia  :  diaprunis,  les  bancs,  qui  faisaient  partie  du  mobilier  d'au- 
diarodon,  confections  dont  la  base  est  la  prune,  trefois.  Le  banc  servait  en  même  temps  de 
la  rose,  etc.  R.  a  formé  sur  ce  modèle  un  coffre  pour  serrer  les  hardes  et  de  marchepied 
produit  pharmaceutique,  le  diamerdis  (I.  II,  pour  monter  sur  les  lits  très  élevés.  Le  terme 
ch.  XXX,  n.  13).  On  devine  quelle  drogue  con-  avait  prêté  à  d'autres  jeux  de  mots.  Cf.  Des 
fectionne  le  c.  diaspermatisant.  Périers,    nouv.    V  :    «    Hz   achepterent  leurs 

56.  Piquant  de  l'éperon.  ^a;;r5et  leurs  selles  (scels,  sceaux) de l'evesque.  » 

57.  Tapant,  tabourant  (au  sens  libre).  Cf.  R.  E.  R.,  VI,  61.  (C.) 

ch.  VI,  n.  II  :  «  ils  auroient  tant  taloche  leurs  62.  Mesure  agraire  équivalant  à  la  perche, 

amours.  »  Le  terme  vient  de  trabe,  poutre,  du  latin  irabes, 

58.  Bluter,   secouer  comme  un  tamis  (au       même  sens. 

sens  libre).  Cf.  ch.  XI,  n.  13.  63.  La    venue     de     l'Antéchrist,     d'après 

59.  Tirant  de  l'arquebuse.  Cf.  1. 1,  ch.  XXIII,  V Apocalypse,  doit  précéder  immédiatement  la 
n.  144.  fin  du  monde.  Ces  deux  événements  étaient 


206 


LE   TIERS    LIVRE 


ne  faict  encores  que  esgratignersa  nourrisse  et  ses  gouvernantes,  et  ne 

monstre  encores  les  thesaurs  '"',  car  il  est  encores  petit.  Crescite,  nos 

qui  viviiniis,  multiplicamni^'  ;  il  est  escript,  c'est  matière  de  bréviaire,  tant 
80  que  le  sac  de  bled  ne  vaille  trois  patacz  ",  et  le  bussart^"  de  vin  que 

six  blancs  ^^  Vouldrois  tu  bien  qu'on  te  trouvast  les  couilles  pleines 

au  Jugement,  dum  venerit  judicare^"^  ? 

—  Tu  as  (dist  Panurge),  l'esprit  moult  limpide  et  serain,  frère  Jan, 

couillon  métropolitain  '°,  et  parlez  pertinemment.  C'est  ce  dont  Leander 
85  de  Abyde  en  Asie,  nageant  par  la  mer  Hellesponte  pour  visiter  s'amie, 

Hero,  de  Seste  en  Europe,  prioit  Neptune  et  tous  les  dieux  marins, 

Si  en  allant  je  suys  de  vous  choyé. 

Peu  au  retour  me  chault  d'estre  nové  ''. 


Ligne  77.  E  :  qu' esgratigmr  —  1.  78.  E  :  ihresors  —  1.  79.  E  :  breviare  —  1.  80. 
A,  E  :  troys  —  1.  81.  A  :  pleties  —  1.  83.  E  :  Jean  —  1.  84.  E  :  parles  —  E  :  d'oni 
Ueander  —  1.  85.  E  :  d\4hyde  —  E  :  s'amye  —  I.  86.  E  :  d'uulx  —  l.  87.  E  :  suis 


associés  dans  la  croyance  populaire.  Cf.  Le  Jour 
du  Jugement  (mystère  sur  le  grand  Schisme) 
édité  par  E.  Roy  (Paris,  1902).  (P.) 

64.  Un  des  signes  qui  devaient  faire  recon- 
naître l'Antéchrist  était  sa  prodigalité.  Les 
démons  lui  réservaient  à  cet  effet  tous  les  tré- 
sors perdus,  tous  les  métaux  recelés  dans  les 

mines. 

Les  grands  trésors  de  Salomon  le  sage 
Et  tous  les  ors  de  finance  perdus 
Sont  reser\-és  pour  faire  ton  passage. 
Eustache  Deschamps,    Ballade  d'Antéchrist, 
Cf.  R.  E.  R.,  VI,  62.  (P.) 

65.  Pot-pourri  de  citations  scripturaires. 
Crescite  et  multiplicamini  procèdent  de  la 
Genèse,  I,  22  ;  nos  qui  vivimus  de  la  seconde 
Épttre  aux  Corinthiens,  IV,  1 1 ,  ou  du  Psaume 
CXIII,  17-18.  (P.) 

66.  Patars.  Menue  monnaie  de  Picardie, 
valant  cinq  liards.  On  lit  déjà,  dans  les  Repues 
franches  : 

Ce  Limousin,  c'est  chose  vraye 
Qu'il  n'avoyt  vaillant  un patart. 


De  même,  en  Italie,  la  locution  :  non  valere 
una  patacca.  (C.) 

Peut-être  y  a-t-il  ici  une  réminiscence  de 
V Apocalypse,  VI,  6  :  «  Et  audivi  tanquam 
vocem  in  medio  quatuor  aniraalium  dicen- 
tium  :  Bilibris  tritici  denario  et  très  bilibres 
hordci  denario  ;  et  vinum  et  oleum  ne  Insc- 
ris. »  (P.). 

67.  Futaille  d'environ  268  litres.  Cf.  1.  I, 
ch. IV,  n.  32. 

68.  Monnaie  de  billon  blanche  valant  onze 
et  douze  deniers.  Cf.  1.  II,  ch.  xi,  n.  3. 

69.  Réminiscence  du  Psaume  XCVI,  13  : 
«  Quoniam  venit  judicare  terram,  »  ou  du 
Libéra  de  l'Office  des  morts.  (P.) 

70.  Qui  appartient  à  la  capitale,  magistral. 

71.  Traduction  libre  des  vers  de  Martial, 
Spectaciila,  xxv  : 

Sic  miser  instantes  affatus  dicitur  undas  : 
Parcite  dum  propero  ;  mergite  dum  redeo. 
ou   encore  de   l'épigramme   181  du  1.   XIV  : 
Clamabat  tumidis  audax  Leander  in  undis  : 
Mergite  me,  fluctus,  cum  rediturus  ero.(P.) 


CHAPITRE   XXVI  207 

«  Il  ne  vouloit  poinct  mourir  les  couilles  pleines. 

90  «  Et  suys  d'advis  que  dorénavant,  en  tout  mon  Salmigondinoys, 
quand  on  vouldra  par  justice  exécuter  quelque  malfaicteur,  un  jour 
ou  deux  davant  on  le  face  brisgoutter"'  en  onocrotale  ",  si  bien  que  en 
tous  ses  vases  spermaticques  ne  reste  de  quoy  protraire  un  Y  gre- 
goys  ''*.  Chose  si  précieuse  ne  doibt  estre  follement  perdue.  Par  adven- 

95  ture  engendrera  il  un  homme.  Ainsi  mourra  il  sans  regret,  laissant 
homme  pour  homme.  » 


Ligne  89.  E  :  point  —  A  :  plenes  —  I.  90.  E  :  suis  —  A  :  advys  —  E  :  doresnavant 
—  1.  92.  E  :  devant  —  A,  E  :  qii'en  —  1.  93.  A  : protrayre 

72.  Cf.  ch.  XXV,  n.   52.  qui  diroit  le  brayement  d'un  asne.  »  Sainéan, 

73.  VéViCSin.  Pelecamis  onocrotahis  L.  Cf.  Be-  Hist.  nat.,  p.  42.  R.  joue  sur  le  mot  latin.  Il 
Ion,  Oyseuulx,  p.  153  :  «  Onocroialus,  oyseau  faut  comprendre»  brisgoutter en  âne  débâté.  » 
de  rivière  de  grande  corpulence,  semblable  au  (C.) 

Cygne,   que   les  Grecs  ont  appelé  Pelicanes  et  74.  L'Y  est  la  figure  schématique  des  attri- 

les  Latins  Onocroialus,  qui  signifie  autant  que       buts  de  Priape. 


Comment  frère  Jan  joyeusement  conseille  Panurge. 

Chapitre  XXVII. 

«  Par  sainct  Rigomé  '  (dist  frère  Jan),  Panurge,  mon  amy  doulx,  je  ne 
te  conseille  chose  que  je  ne  feisse,  si  j'estoys  en  ton  lieu.  Seulement 
S  ayez  esguard  et  consyderation  de  tous  jours  bien  lier  et  continuer  tes 
coups.  Si  tu  y  fays  intermission,  tu  es  perdu,  paouvret,  et  fadviendra 
ce  que  advient  es  nourrisses.  Si  elles  désistent  alaicter  enfans,  elles 
perdent  leur  laict.  Si  continuellement  ne  exercez  ta  mentule  %  elle 
perdra  son  laict  et  ne  te  servira  que  de  pissotière  ;  les  couilles  pareil- 
le lement  ne  te  serviront  que  de  gibbessiere. 

«  Je  t'en  advise,  mon  amy.  J'en  ay  veu  l'expérience  en  plusieurs  qui 
ne  l'ont  peu  quand  ilz  vouloient,  car  ne  l'avoient  faict  quand  le 
povoient'.  Aussi  par  non  usaige  sont  perduz  tous  privilèges '^j  ce  disent 
les  clercs.  Pourtant,  fillol,  maintien  tout  ce  bas  et  menu  populaire 
15  troglodyte  '  en  estât  de  labouraige  sempiternel.  Donne  ordre  qu'ilz  ne 
vivent  en  gentilz  hommes  :  de  leurs  rantes,  sans  rien  faire  ^. 


Lignes  1-2.  A,  E  manquent  —  1.  3.  E  :  Rigome  — E  :  Jean  —  1.  5.  E  :  ayes  esgard  ci 
considération  de  iousjours  —  1.  6.  E  :  fais  intermition  —  l.  7.  E  :  qu'advint —  E  :  nour- 
rices —  1.  8.  E  :  n'exerces  —  1.  13.  F  :  mon  —  1.  14.  E  :  filiot  —  1.  15.  A  :  troglo- 
dyte, braguettodyte  en  estai  ;  E  :  troglodite,  hraguettodite  en  estai  —  1.  16.  E  :   rentes 

1.  Saint  Rigomer  (Rigomarus)  était  particu-  vieux  brocard  qu'on  attribue  à  saint  Basile  (Le 
lièrement  vénéré  en  Bas-Poitou.  Un  reliquaire,       Duchat).  (C.) 

le  «  bras  saintRigomer»,  conservé  à  l'église  de  4-  Ancienne  maxime  de  droit  canonique. 

Maillezais,  contenait  ses  reliques,  que  Hugues  5.  L'Auteur  français,  qui  commente  longue- 

III,  comte  du  Maine,  avait  données,  en  ioio,aux  ment  ce  passage,  ajoute  :  «  Il  est  aisé  de  com- 

moines  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre.  R .  Latouche ,  prendre  ce  qu'il  entend  par  ce  mot  de  troglodyte  et 

Hist.  du  Comté  duMaine  (1910),  p.  20.  (D.)  parle  suivant  braguettodyte,  mot  forgé  à  plaisir 

2.  Latinisme  :  mentula,  membre  viril.  (D.)  de  braguette,  à  l'imitation  du  précédent.  »  (C.) 
5.  Proverbe     cité    par    Johannes    ^Egidius  6.  Cette  idée  revient  souvent  dans  les  au- 

(15 19)  :  «  Qui  ne  j ait  quant  il  peult,  il  ne  fait  teurs  comiques.  Cf.  Moyen  de  parvenir,  p.  359  : 
pas  quant  il  veult  —  Quod  volui  non  potui  et  «  Foi  de  demoiselle  !  disoit  ma  mère  pansant 
quod  potui  nolui.  »  R.  E.  R.,  VII,  374.  C'est  un       sespourceaux,  mon  mari  est  aussi  noble  que  le 


CHAPITRE   XXVII 


209 


—  Ne  dea  ^  (respondit  Panurge)  frère  Jan,  mon  couillon  guausche,  je 
te  croiray.  Tu  vas  rondement  en  besoigne.  Sans  exception  ne  ambages 
tu  m'as  apertement  dissolu  toute  craincte  qui  me  povoit  intimider. 

20  Ainsi  te  soit  donné  des  cieulx  tousjours  bas  et  roydde  opérer  ^  Or 
doncques,  à  ta  parolle  je  me  mariray,  il  n'y  aura  poinct  de  faulte  ;  et 
si  auray  tousjours  belles  chambrières  quand  tu  me  viendras  veoir,  et 
seras  protecteur  de  leur  sororité  9.  Voy  la  quand  à  la  première  partie  du 
sermon. 

25  —  Escoute  (dist  frère  Jan)  l'oracle  des  cloches  de  Varenes  '°.  Que 
disent-elles? 

—  Je  les  entends  (respondit  Panurge).  Leur  son  est,  par  ma  soif", 
plus  fatidicque  que  des  chauldrons  de  Juppiteren  Dodone  '^  Escoute  : 


30 


Marie  toy,  marie  toy, 

marie^    marie. 

Si  tu  te  marie,  marie,  marie, 

très  bien  t'en  trouveras,   ver  as,  ver  as. 

Marie,    marie  ''. 


Ligne  17.  E  :  Nendeca  —  E  :  Jean  —  A,  E  :  gausche  —  1.  18.  F  :  ambages  —  1.  19. 
K  :  tu  me  as  —  A  :  povoyt  —  1.  21.  E  :  point  —  1.  23.  E  :  Voyla  —  A  :  quant  — 
25.  E  :  Jean  —  1.  28.  E  -.fatidique  —  E  :  chaudrons  de  Jupiter 


roi  ;  il  aime  à  ne  rien  faire  et  se   donner   du 
plaisir.  »  (C.) 

7.  Oui,  vraiment  !  Cf.  1.  I,  ch.  xxv,  n.  47. 
La  Briefve  déclaration  y  voit  deux  mots  grecs  : 
«  Nr;  Aia,  oui  par  Juppiter.   » 

8.  Cette  expression  est  empruntée  au  jeu 
de  paume.  Elle  est  employée  ici  dans  un  sens 
libre. 

9.  Mot  forgé  par  R.  Sens  :  confrérie  com- 
posée de  soeurs. 

10.  Varennes-sous-Montsoreau  (Maine-et- 
Loire).  La  famille  de  R.  y  possédait  l'impor- 
tante terre  de  Chavigny-en- Vallée.  Voir  R.  E. 
R.,  I,  80,  m,  52,  368,  V,  227.  (P.) 

11.  Par  ma  foi!  Le  jeu  de  mots  est  facili- 
té par  l'analogie  typographique  de/et  de  s  dans 
les  anciens  alphabets.  (C.) 

LE   TIERS   LIVRE. 


12.  D'après  Suidas,  autour  du  sanctuaire  de 
Jupiter,  à  Dodone,  étaient  suspendus  des  chau- 
drons d'airain  qui  se  touchaient.  Dès  que  l'un 
d'eux  était  ébranlé,  tous  résonnaient.  Cf. 
Érasme,  Adages,  I,  1,  7  :  Dodonxum  xs.  (P.) 

13.  L'idée  de  cet  oracle  des  cloehes  qui  don- 
neront, au  chap.  xxviii,  une  réponse  contraire, 
a  pu  être  suggérée  à  R,  par  un  dicton  popu- 
laire :  Elles  sont  connue  les  cloches,  on  letirjait  dire 
tout  ce  quon  veut.  Le  prédicateur  Jean  Raulin 
(1443-15 14)  en  avait  déjà  fait  une  application 
dans  un  sermon  sur  \q  veuvage  (Itinerariumpa- 
radisi,  Fans,  1524,  fo  148  vo).  Il  y  racontait  l'his- 
toire d'une  veuve  qui,  étant  venue  consulter 
son  curé  et  celui-ci  lui  ayant  conseillé  de  se  fier 
aux  cloches,  avait  cru  entendre  dans  leur  caril- 
lon :  Prends  ton  valet  !  Prends  ton  valet  !  A  peine 

27 


210 


LE    TIERS    LIVRE 


«  Je  te  asceure  que  je  me  mariray  ;  tous  les  elemens  me  y  invitent. 
35  Ce  mot  te  soit  comme  une  muraille  de  bronze  '"*. 

«  Quant  au  second  poinct,  tu  me  semblez  aulcunement  doubter, 
voyre  deffier,  de  ma  paternité,  comme  ayant  peu  favorable  le  roydde 
dieu  des  jardins  'K  Je  te  supply  me  faire  ce  bien  de  croire  que  je  l'ay  à 
commandement,  docile,  bénévole,  attentif,  obéissant  en  tout  et  par 
40  tout.  Il  ne  luy  fault  que  lascher  les  longes  '^,  je  diz  l'aiguillette  '',  luy 
monstrer  de  prés  la  proye,  et  dire  :  «  Haie  '^,  compai^non.  » 

«  Et  quand  ma  femme  future  seroit  aussi  gloutte  "'  du  plaisir  véné- 
rien que  fut  oncques  Messalina"  ou  la  marquise  de  Oinsestre  ^'   en 
Angleterre,  je  te  prie  croire  que  je  l'ay  encores  plus  copieux  au  con- 
45  tentement.  Je  ne  ignore  que  Solomon  dict  ",  et  en  parloit  comme  clerc 


Ligne  34.  E  :  t'asseure  —  E  :  marieray 
semblés  aucunement  —  1.  38.  E  :  croyre  — 

—  1.  40.  dy  —  1.  41.  E  :  Hille  —  l.  42.  A 

—  1.  45-  E  :  n  ignore  —  E  :  Salomon 

mariée,  le  valet  en  fit  sa  servante.  Le  curé, 
a  qui  elle  s'en  plaignait,  l'ayant  invitée  dere- 
chef à  prêter  l'oreille  aux  cloches,  elle  entendit 
un  autre  conseil  :  Ne  le  prends  pas!  Ne  le  prends 
pas  /  (P.) 

14.  C'est  le  mot  d'Horace,  f^.  I,  i,  v.  60  = 

Hic  murus  aheneus  este, 
qu'Erasme  avait   commenté,   Adages,  II,    10, 
25  :  «  MM^w5fl^eH^/«...usurpaturprocertoetim- 
mutabili  decreto.  »  Cf.  R.  E.  R.,  VI,  235.  (P.) 

15.  Priape. 

16.  Petite  lanière  de  cuir  que  l'on  attache  à 
la  patte  d'un  oiseau  de  vol  quand  il  n'est  pas 
assuré  sur  la  perche.  (C.) 

17.  Cordon  qui  servait  à  lacer  la  braguette 
aux  chausses.  Cf.  1.  I,  ch.  viii,  n.  13.  C'est 
dans  ce  sens  qu'est  prise  l'expression  «  courir 
YaiguiUetie  »,  ch.  xxxii.  N'oublions  pas,  comme 
le  fait  Panurge  en  ce  moment,  qu'il  n'a  plus  ni 
chausses,  ni  braguette.  (C.) 

18.  Cri  pour  exciter  à  la  chasse  les  chiens, 
les  oiseaux.  Cf.  Ronsard,  743  :  «  Je  haslay  mon 
mastin  après  le  larronneau.  »  (Littré.) 

19.  Gloutonne.  Cf.  ch.  i,  1.  15  :  «  matrices 


—  E  :  m'y  —  I.  36.  E  :  quand  —  E  : 
1.  39.  A  :  commendemenl  —  A  :  obéissant 
:  amsy  —  L  43.  A  :  jeut  —  E  :  ïVincestre 

tant  amples,  glouttes,  tenaces. .  .  »,  et  dans  la 
Vie  de  Mgr  S.  Fiacre  (Fournier,  3 1)  :  «  Hé  ! 
gloiite  prouvée  !  »  (C.) 

20.  «  Messalina,  ClaudiiCaesarisconjux,  hanc 
regaiem  existimans  palmam,  elegit  in  id  certa- 
men  nobilissimam  e  prostitutis  an^illam  mer- 
cenariae  stirpis,  eamque  die  ac  nocte  superavit 
quinto  ac  vicesimo  concubitu.  »  Pline,  Hist . 
Nat.,  X,  63.  (P.) 

21.  Winchester.  Selon  Burgaud  des  Marets, 
on  désignait  sous  le  nom  de  Winchestrian  geese 
des  courtisanes  fameuses,  non  qu'elles  fussent 
de  la  ville  de  Winchester,  mais  parce  que  l'é- 
vèque  de  cette  ville  était  propriétaire  à  Londres 
demaisonsdeprosùtution  (IVincestriunStreu/s). 
(C.) 

22.  Il  déclare,  en  effet,  dans  les  Proverbes, 
XXX,  1 5  :  «  Tria  sunt  insaturabilia  et  quartum 
quod  nunquam  dicit:  sufiîcit.  »  16.  «  Infernus 
et  os  vulvae,  et  terra,  quas  non  satiatur  aqua  : 
ignis  vero  nunquam  dicit  :  sufïîcit.  »  -  L'inci- 
dente :  «  en  parloit  comme  clerc  et  sçavant,  » 
fait  allusion  à  la  science  et  aussi  à  l'expérience 
de  Salomon,  amateur  de  voluptés.  (P.) 


CHAPITRE    XXVII 


211 


et  sçavant.  Depuys  luy  Aristoteles  a  declairé  l'estre"'  des  femmes  estre 
de  soy  insatiable  ''  ;  mais  je  veulx  qu'on  saiche  que  de  mesmes  qualibre 
j'ay  le  ferrement''  infatiguable. 

«  Ne  me  allègue  poinct  icy  en  paragon  les  fabuleux  ribaulx  Hercules, 
50  Proculus  '^  C^sar,  et  Mahumet  qui  se  vente  en  son  Alchoran  avoir 
en  ses  genitoires  la  force  de  soixante  guallefretiers  ''.  Il  a  menty  le  pail- 
lard. 

«  Ne  me  alléguez  poinct  l'Indian  tant  célébré  par  Theophraste, 
Pline  et  Athenaeus,  lequel,  avecques  l'ayde  de  certaine  herbe,  le  faisoit 
55  en  un  jour  soixante  et  dix  fois  et  plus  '^  Je  n'en  croy  rien.  Le  nombre 
est  supposé.  Je  te  prie  ne  le  croyre'^  Je  te  prie  croyre  (et  ne  croyras 
chose  que  ne  soit  vraye)  mon  naturel  '°,  le  sacre  Ithyphalle  ",  messer 
Cotai  d'Albingues  ^\  estre  le  prime  d'el  monde''. 


Ligne  46.  E  :  depuis  —  E  :  ha  —  \.  48.  A,E  :  infatigable  —  1.  49.  A,  E  :  alleguei  — 
1.  50.  E  :  César  — \.  51.  E  :  galhfretiers  —  E  :  ha  —  \.  $3.  E  :  malleguei  —  A  :  /^ 
Indian  —  1.  5^.  E  :  Atheneus  —  E  :  avecque  —  1.  57.  A.  Ithiphalle  ;  E  :  Ithyphalle 
—  I.  58.  E  :  d'Albiiigue  —  E  :  mondo 


23.  Le  sexe.  Euphémisme  languedocien. 
(Sainéan,  t.  II,  p.  296.) 

24.  Peut-être  y  a-t-il  là  une  réminiscence 
d'un  passage  des  Problemata  d'Aristote,  IV,  27  : 
«  a.T:\-t\'j-zo'.,  coa-Ep  ai  yjvaïy.E;.  »  (P.) 

25.  Outil  de  fer.  Cf.  1,  I,  ch.  xxvii, 
n.  103. 

26.  Ces  deux  exemples  sont  peut-être  em- 
pruntés à  H.  C.  Agrippa,  De  vanit .  scient. 
60  :  «  Ipse  etiam  Proculus  Impirator  in  hac 
arte  non  postremani  gloriam  reportavit,  qui 
(ut  testatur  ejus  ad  Mttianum  epistola)  ex 
captis  centum  Sarmaticis  virginibus  decem 
prima  nocte  inivit,  omnes  autem  intra  quin- 
decim  dies  constupravit.  Sed  majus  illo  est 
quod  poetse  narrant  de  Hercule,  illum  quin- 
quaginta  virgines  una  nocte  omnes  mulieres 
reddidi<;se.  »  (P.) 

27.  Calfats,  vauriens.  Cf.  I.  II,  ch.  xxx» 
n.  42.  Mahomet  avait  onze  femmes.  Mais  il  n'y 
a  rien  dans  le  Coran  qui  puisse  expliquer  la 
fanfaronnade  que  lui  prête  ici  R.  (P.) 


28.  «  Prodigi'-isa  sunt  quae  circa  hoc  tra- 
didit  Theophrastus,  auctor  alioqui  gravis,  sep- 
tuageno  coitu  durasse  libidinem  contactu  her- 
bscujusdam,  cujus  nomen  genusque  non  po- 
suit.  ;;  Pline,  H.  N.,  XXVI,  63.  —  Cf.  Theo- 
phraste, «  de  herba  abindoquodam  allata,  qua 
qui  usi  fuerint  septuagies  coire  possent  »,  Hist. 
planl.,\.  IX,  ch.  xx,  et  Athénée,  I,  §  32.  (D.) 

29.  Il  est  probable  que  R.  n'a  pas  puisé  aux 
sources  mêmes  ces  divers  traits  de  puissance 
génésique,  mais  qu'il  s'est  inspiré  de  Tiraqueau, 
De  lev.  conn.,  IX,  84,  et  d'Agrippa,  De  vauit. 
scient.,  ch.  65,  qui  citent  Messaline,  César, 
Proculus,  Hercule,  l'Indien  et  son  herbe  aphro- 
disiaque, et  donnent  les  références  à  Aristote, 
Theophraste,  Athénée.  Cf.  R.  E.  R.,  III,  257, 
et  V,  186.  (C.) 

30.  Parties  naturelles,  en  italien  il  naturale. 

31.  'lÔjçaXXo;,  phallus  en  érection.  Voir 
ch.  XIX,  n.  II. 

32.  De  l'italien  cotale,  chose,  machin.  La 
qualification  de  messer  et  les  mots  italiens  qui 


212 


LE   TIERS   LIVRE 


«   Escoule  ça,  couillette.  Veidz  tu   oncques   le  froc   du  moine  de 
éo  Castres  ^*  ?  Quand  on  le  posoit  en  quelque  maison,  feust  à  descouvert, 
feust  à  cachettes,  soubdain,  par  sa  vertus  horrificque,  tous  les  manens 
et  habitans  du  lieu  entroient  en  ruyt,  bestes  et  gens,  hommes  et  femmes, 
jusques  aux  ratz  et  aux  chatz.  Je  te  jure  qu'en  ma  braguette  j'ay  aultres 
foys  congneu  certaine  énergie  encores  plus  anomale, 
é)       c(  Je  ne  teparleray  de  maison  ne  de  buron  '',  de  sermon  ne  de  mar- 
ché; mais  à  la  Passion  qu'on  jouoit  à  Sainct-Maixent  '^,  entrant    un 
jour  dedans  le  parquet  ",  je  veidz,  par  la  vertus  et  occulte  propriété 
d'icelle  '^  soubdainement  tous,  tant  joueurs  que  spectateurs,  entrer  en 
tentation  si  terrificque  qu'il  ne  y  eut  ange,  homme,   diable  ne  dia- 
70  blesse  qui  ne  voulust  biscoter ''.  Le  portecole  ''°  abandonna  sa  copie; 


Ligne  59.  A  :  cia  —  A  :  couilleie  ;  E  :  couille  —  1.  éo.  E  :  fust  —  1.  61.  E  :  fus 
—  E  :  vertu  —  E  :  manans  —  1.  63.  E  :  autre  jois  —  1.  66.  E  :  quon  jouyt  —  1.  67. 
E  :  vertu  —  1.  69.  A,  E  :  fi'y  eut 


suivent  indiquent  que  Cotai  d'Alhinguestsl  une 
appellation  plaisante  d'outre-monts,  corres- 
pondant à  des  expressions  françaises  du  genre 
de  Jean  Chouart,  Jean  Jeudy,  etc.  Aîbinga  est 
une  ville  voisine  de  Gênes.  (C.) 

33.  Le  premier  du  monde.  Cet  emprunt  à 
la  langue  italienne  est  blâmé  par  Henri  Es- 
tienne,  Dialogue  du  nouveau  langage  français  ita- 
lianiié,  p.  76  et  85  (C.) 

34.  Ch.-l.  arr.,  Tarn.  Il  y  avai  à  Castres 
un  couvent  de  Franciscains.  R.  connaissait 
sans  doute  Castres,  qui  n'est  pas  très  loin  de 
Montpellier  et  de  Xarbonne,  où  il  exerça  l'art 
médical.  Mais  on  ignore  s'il  a  eu  en  vue  un 
personnage  réel  ou  s'il  a  rajeuni  une  vieille 
anecdote  en  l'appliquant  à  un  couvent  de  son 
choix .  Frère  Jean  avait  déjà  vanté  cette  vertu 
aphrodisiaque  du  froc,  1.  I,  ch.  XLil,  1.  21.  Le 
Moyen  de  parvenir  renchérit  sur  ce  conte,  ch. 
XXV,  Résultat.  (C.) 

35.  Petite  cabane.  L'expression  «  ni  maison 
ni  buiron  »  se  trouve  déjà  dans  Froissart,  II,  11, 
231,  et  dans  Perceforest,  t.  III,  fo  85,  «  maison 
ne  buron  »  (Littré).  Le  terme  est  encore  vi- 
vace  en  Auvergne.  (C.) 


36.  Cant.,  arr.  Niort,  Deux-Sèvres.  R.  con- 
naissait certainement  cette  petite  ville  qui  pos- 
sédait une  abbaye  bénédictine  puissante  et  un 
couvent  de  Cordeliers  dont  il  est  question  au 
1.  IV,  ch.  XIII.  Cf.  R.E.  R.,  II,  241.  Mais  on 
ne  trouve  nulle  part  ailleurs  que  dans  R.  men- 
tion d'une  représentation  de  la  Passion  à  Saint- 
Maixent  avant  1547.  En  tout  cas,  si  l'anecdote 
est  controuvée,  la  précision  des  détails  topo- 
graphiques et  techniques  est  indiscutable.  Cf. 
Clouzot,  Ancien  théâtre  en  Poitou,  Niort,  1901, 
in-80,  p.  47,  et  Cohen,  Rabelais  et  le  Théâtre, 
Paris,  1911,  in-80,  p.  15.  (C.) 

37.  Le  parc  ou  parquet  était  l'enclos  où  les 
spectateurs  des  mystères  se  tenaient,  les  uns 
debout,  les  autres  assis  dans  des  galeries.  Voir 
Gust.  Cohen,  Le  livre  du  régisseur  pour  le  mys- 
tère de  la  Passion.  (P.) 

38.  De  ma  braguette. 

39.  Far  l'atto,  terme  libre,  propr.  sauter 
comme  une  petite  chèvre,  biscot,  chevreau  en 
poitevin.  Cf.  I.  I,  ch.  XLV,  n.  25. 

40.  Le  meneur  de  jeu,  à  la  fois  régisseur  et 
souffleur.  Il  se  tenait  sur  la  scène  ayant  à  la 
main  un  bâton  de  commandement  et  le  livre 


CHAPITRE   XXVIl  21 3 

celluy  qui  jouoit  sainct  Michel  descendit  par  la  volerie  ^'  ;  les  diables 
sortirent  d'enfer  et  y  emportoient  toutes  ces  paovres  femmelettes  ; 
mesmes  Lucifer  se  deschayna  ^^ 
«  Somme,  voyant  le  desarroy,  je  deparquay'  du  lieu,  à  l'exemple  de 
75  Caton  le  Censorin,  lequel,  voyant  par  sa  prassence  les  festes  Floralies 
en  desordre,  désista  estre  spectateur  '^''.  » 


Ligne  71.  E  :  jouyt  —  E  :  vollerie  —  1.  75.  E  :  présence 

ou  la  c(  copie    »  du  mystère.  Voyez  la  minia-  propre,  le  diable  étant  enchaîné  en  enfer.  Cf. 

ture  de  Jean  Fouquet  reprod.  par  Gust.  Cohen,  ch.  m,  n.  57. 

op.  cit.,  pi.  I.  (C.)  43.  Je  quittai  iQparc,  ouparquet.  Voir  n.  57. 

41.  Ensemble  des  cordages,  des  poulies,  4^.  «  M.  Portio  Catone  hidos  florales... 
des  treuils  qui  servaient  aux  anges  à  descendre  spectante,  populus  ut  mim^  nudarentur  pos- 
du  paradis  sur  la  scène,  ou  à  ravir  en  gloire  les  tulare  erubuit  :  quod  cum  ex  Favonio,  ami- 
saints  et  les  martyrs.  Gust.  Cohen,  lac.  cit.,  cissimo  sibi,...  cogno  visset,  discessit  e  theatro 
p.  16.  (C.)  neprxsentia  sua  spectacitU  consuetiidinem  impedi- 

42.  L'expression   doit  être   prise    au    sens  ?W.  »  Valére-Maxime,  H,  10,  §  8.  (P.) 


Comment  frère  Jan  reconforte  Panurge  sus  le  doiibte 
de  Coqiiage. 

Chapitre  XXVIII. 

«Je  t'entends  (dist  frère  Jan)  mais  le  temps  matte  toutes  choses.  Il 
5  n'est  le  marbre  ne  le  porphyre  '  qui  n'ayt  sa  vieillesse  et  décadence  ^ 
Si  tu  ne  en  es  là  pour  ceste  heure,  peu  d'années  après  subséquentes 
je  te  oiray  confessant  que  les  couilles  pendent  à  plusieurs  par  faulte 
de  gibbessiere.  Desjà  voy  je  ton  poil  grisonner  en  teste.  Ta  barbe,  par 
les  distinctions  du  gris,  du  blanc,  du  tanné  et  du  noir,  me  semble 
10  une  mappemonde.  Reguarde  icy  :  voy  là  Asie  ;  icy  sont  Tigris  et 
Euphrates;  voy  là  Afrique;  icy  est  la  montaigne  de  la  Lune  ;  voydz  tu 
les  Paluz  '  du  Nil  ?  Deçà  est  Europe  ;  voydz  tu  Theleme  ?  Ce  touppet 
icy,  tout  blanc,  sont  les  mons  Hyperborées  *. 

«  Par  ma  soif,  mon  amy,  quand  les  neiges  sont  es  montaignes,  je 
15   diz  la  teste  et  le  menton,  il  n'y  a  pas  grand  chaleur  par  les  valées  de  la 
braguette. 

—  Tes  maies   mules  ^  (respondit  Panurge).  Tu  n'entends  pas  les 

Ligne  i.  E  :  Jean  — 1.  4.  E  :  Jean  —  1.  5.  E  :  n'ait  vieillesse  —  1.  6.  A,  E  :  n'en  — 
1.  7.  E:  t'orray  —  1  10.  E  :  Regarde  —  1.  11.  E  :  Voy  tu  —  1.  12.  A  :  Decia  —  A  : 
voyi  ;  E  :  voys  —  E  :  trouppet  —  1.  1 5 .  E  :  ^_y  —  E  :    ha 

1.  Les  anciens  donnaient  le  nom  de  «  Saxum  quoque  temporum  diuturnitas  absu- 
marbre  non  seulement  au  marbre  proprement      mit.  »  R.  E.R.,Yl,  235.  (P.) 

dit,  mais  encore  à  l'ophite,  au  porphyre,   et  5.  Marais.   Mot  conservé     dans   les  patois 

autres  roches  susceptibles  de  polissage   orne-  (Poitou,  etc.). 

mental.  Le  mot  porphyre  désigne  dans  Pline  4.  Les  monts  de  l'extrême  nord  (au  delà  de 

une  roche  de  couleur  rouge,  qui,  tachetée  de  Borée),  pays  de  neiges. 

points    blancs,  se  nomme   leptosephos  et   est  5.  Cf.  ch.  xxvii,  n.  11. 

notre  porphyre  rouge  antique.  Pline,  H.  N.,  6.  Engelures   au     talon.    Imprécation.   Cf. 

XXXVI,  II.  (D.)  llV,prol.: 

2.  Réminiscence    d'un     adage     d'Érasme,  Les  w«/«  au  talon, 

III,   2,  100,    Vitiat   lapident    longum   tenipus.  Le  petit  cancre  au  menton. 


CHAPITRE    XXVIII 


215 


topiques  ".  Quand  la  neige  est  sus  les  montaignes,  la  fouldre,  l'esclair, 
les  lanciz  ^  le  mau  lubec^,  le  rouge  grenat  '°,  le  tonnoire,  la  tempeste, 

20  tous  les  diables  sont  par  les  vallées.  En  veulx  tu  veoir  l'expérience?  Va 
on  pays  de  Souisse  et  consydere  le  lac  de  Vunderberlich  ",  à  quatre 
lieues  de  Berne,  tirant  vers  Sion.  Tu  me  reproches  mon  poil  grison- 
nant et  ne  consydere  poinct  comment  il  est  de  la  nature  des  pour- 
reaux,   es  quelz  nous  voyons  la   teste   blanche    et  la  queue  verde, 

25   droicte  et  viguoureuse. 

«  Vray  est  que  en  moy  je  recongnois  quelque  signe  indicatif  de 
vieillesse,  je  diz  verde  vieillesse;  ne  le  diz  à  personne;  il  demou- 
rera  secret  entre  nous  deux.  C'est  que  je  trouve  le  vin  meilleur  et  plus 
à  mon  goust  savoureux  que  ne  soulois;  plus  que  ne  soulois  je  crains 

30  la  rencontre  du  mauvais  vin.  Note  que  cela  argue  je  ne  sçay  quoy  du 
ponent  "  et  signifie  que  le  midy  est  passé. 

«  Mais  quoy?  Gentil  compaignon  tousjours,  autant  ou  plus  que 
jamais.  Je  ne  crains  pas  cela,  de  par  le  Diable.  Ce  n'est  là  où  me  deult  '^• 


Ligne  18.  E  :    Topicques  —  19.   E  :   mauîubec  —  A  :  tomioirre  —  I.  20.  A,  E 
valées —  E  :  Va  au  —  1.  21.  E  :  Suysse  —  E  :  considère  —  A  :  IVutiderherlich  — E 
Vuenderherlich —  1.  22-25.  A,  E:  Tu  me  reproches...  viguoureuse  manque  —  1.2é.  A,  E 
qu'en  —  I.  27  :  je  dy  —  E  :  ne  h  dy  —  1.  50.  E  :  le  rencontre  —  A,  E  :  maulvais  —  E 
argue  —  1.  53.  A,  E  :  Ce  nest  pas  là 


Se  disait  sans  doute  par  ironie,  les  engelures 
faisant  une  chaussure  peu  agréable  à  la  mar- 
che. Cf.  Coquillart,  II,  274  : 

Semble  qu'ils  ont  les  mulles 
A  les  veoir  cheminer. 

Ane.  poés.fr.,  t.  XI,  p.  166.  (C.) 

7.  Les  topiques  sont  une  partie  de  la 
rhétorique  relative  aux  lieux  communs 
(to'-oi).  Panurge  est  considéré  par  Pantagruel 
comme  un  «  bon  topicqueur.   »  Cf.  ch.  V,  1.  4. 

(P.) 

8.  Le  lancement,  le  jet  de  la  foudre.  Cf. 
1.  U,prol.,  n.  68. 


9.  L'ulcère  aux  jambes.  Cf.  1.  I,  proJ., 
u.  127  et  128,  etl.  ll,proI.,  n.  69. 

10.  «  Eclairs  rouges  comme  le  grenat  », 
Dict.  hist.  de  rancien  langage  français,  par 
Lacurne  de  Sainte-Palaye,  publ.  par  Favre  et 
Pajot,  t.  IX,  Niort,  Favre,  et  Paris,  Champion, 
1881,  in-40,  p.  274.  (D.) 

1 1 .  Wimderherlich,  en  allemand  admirable. 
Ce  nom  n'est  porté  par  aucun  lac  de  la  Suisse. 
Le  lac  visé  par  R.  est  vraisemblablement  le 
lac  de  Thoune.  Cf.  R.  XV h  s.,  XII,  196. 

12.  Couchant,  par  ailusion  au  soleil  qui 
décline. 

15.  Troisième  personne  du  présent  de  l'in- 
dicatif du  verbe  douloir.  Cf.  ch.  v,  1.  46. 


2l6 


LE   TIERS    LIVRE 


Je  crains  que,  par  quelque  longue  absence  de  nostre  roy  Pantagruel, 
35  au  quel  force  est  que  je  face  compaignie,  voire  allast  il  à  tous  les 
diables,  ma  femme  me  face  coqu.  Voy  là  le  mot  peremptoire  ;  car 
tous  ceulx  à  qui  j'en  ay  parlé  me  en  menassent,  et  afferment  qu'il 
me  est  ainsi  prédestiné  des  cieulx. 

—  Il  n'est  (respondit  frère  Jan),  coqu  qui  veult.  Si  tu  es  coqu,  ergo 
40  ta  femme  sera  belle;  ergo  tu  seras  bien  traicté  d'elle;  ergo  tu  auras  des 
amis  beaucoup  ;  ergo  tu  seras  saulvé  "^. 

Ce  sont  topicques   monachales.   Tu  ne   en  vauldras  que  mieulx, 
pécheur.  Tu  ne  feuz  jamais  si  aise.  Tu  n'y  trouveras  rien  moins.  Ton 
bien  acroistra  d'adventaige.  S'il  est  ainsi  praedestiné,  y  vouldrois  tu 
4)  contrevenir?  Diz,  couillon  flatry  '^ 

c.  moisy,  c.  rouy,  '^  c.   chaumeny  '"', 

c.  poitry  '^  d'eaue  froyde,     c.  pendillant,  c.  transy, 

c.  appellant,  c.  avallé  '^,  c.  guavasche  ^°, 

c.  fené"",  c.  esgrené  ",  c.  esrené  ^', 


Ligne  35.  E  :  compagnie  —  1.  35-36.  A,  E  :  voire  allast...  diables  manque  — 1.  36. 
E  :  coquu.  Foyla  —  l.  37.  A,  E  :  inen  —  1.  38.  A,  E  :  tnest  —  A  :  prédestiné  —  1.  39. 
E  :  coquu  qui  veult.  Si  tu  es  coquu  —  1.  41.  E:  amys  — 1.  42.  A,  E  :  n'en  —  1.  43.  E  : 
fui  —  I.  44.  A,  E  :  accrois tra  — E  :  d'advantaige  —  E  -.prédestiné  —  E  :  vouldroys  — 1.  45. 
E  :  dy  —  1.  46.  A  :  Couillon  moisy  ;  E  :  Couillon  moysi  —  A  :  Couillon  rouy.  Couillon 
chaumeny  —  1.  47.  A  :  Couillon  transy.  Couillon  poitry  d'eau  froyde.  Couillon  pen- 
dillant ;  E  :  c.  transy.  c.  poitry  d'eau  froyde.  c.  pendilant  —  I.  48.  A,  E  :  c.  appellant 
manque  —  A,  E  :  gavaché  —  1.  49.  E  -.frené 


14.  Sans  doute  parce  que  tu  auras  exercé 
des  vertus  chrétiennes  d'humilité,  de  renonce- 
ment, etc.  Le  Duchat  parle  de  «  certain 
canon  »  qui  dit  que  «  quiconque  aura  pris  une 
femme  impudique  aura  beaucoup  fait  pour  son 
propre  salut  ».  (C.) 

15.  Flétri.  Archaïsme.  V.  Sainéan,  t.  II, 
p.  130. 

16.  Macéré,  pourri  dans  l'eau  (comme  le 
chanvre). 


17.  Moisi  (en  parlant  du  pain). 

18.  Pétri. 

19.  Descendu. 

20.  Lâche.  Du  gascon  gavache,  manant, 
rustre  (Sainéan,  II,  88  et  194). 

21.  Fané. 

22.  Égrené,  n'ayant  plus  que  la  gousse  vide. 
Panurge  avait  qualifié  Frère  Jean  de  couillon 
grené.  Cf.  ch.  xxvi,  n.  19. 

23.  Éreinté.  Cf.  1.  I,  ch.  xxvii,  n.  70. 


CHAPITRE  XXVIII 


217 


50  c.  incongru, 
c.  hallebrené -'*, 
c.  embrené, 
c.  ecremé, 
c.  chetif 

55  c.  moulu, 
c.  courbatu  *^ 
c.  dyscrasié  '', 
c.  liegé  '^ 
c.  esgoutté, 

éo  c.  chippoté  '^, 
c.   mitre, 
c.  chicquané, 


c.  de  faillance, 
c.  lanterné^*, 
c.  engroué  *^, 
c.  exprimé, 
c.  rétif, 
c.  vermoulu, 
c.  morfondu, 
c.  biscarié  '% 
c.  flacque  '^, 
c.  desgousté, 
c.  escharbotté,  '' 
c.  chapitré, 
c.  bimbelotté'*", 


c.  forbeu, 

c.  prosterné, 

c.  amadoué  -^ 

c.  supprimé, 

c.  putatif^^ 

c.  dissolu, 

c.  malautru  ^°, 

c.  disgratié, 

c.  diaphane, 

c.  acravanté  'S 

c.  hallebotté  '^ 

c.  baratté  ^\ 

c.  eschaubouillé*'. 


Ligne  50.  A,  E  :  c.  incongru...  c.  forbeu  manque  —  1.  51.  E  :  îenterné —  1.  52.  E  : 
emherné  —  1.  58.  A,  E  :  c.  fiacqué,  c.  diaphane  —  1,  59.  E  :  esgouté —  l.  59-60.  A,  E  :  c. 
desgouié,  c.  avorté,  c.  escharbotté,  c.  eschalotié,  c.  hallebotté  —  1.  61.  A  :  c.  chapitré,  c.  syn- 
dicqué,  c.  baratté  ;  E  :  c.  chapitré,  c.  sindicqué,  c.  baratré 


24.  Épuisé.  Le  sens  propre  est  :  «  les 
pennes  rompues  »  (en  parlant  des  faucons), 
la  chasse  aux  halbrans  ou  canards  sauvages 
étant  particulièrement  fatigante  pour  l'oiseau. 
Sainéan,  Hist   nat.,  p.  268. 

25.  Creux  comme  une  lanterne,  par  oppo- 
sition âu  fallût  de  Frère  Jean. 

26.  Accroupi,  ou  accroché.  V.  Sainéan, 
t.  II,  p.  214. 

27.  Endormi.  Cf.  R.  E.,  R.,  IX,  287. 

28.  Réputé  pour  ce  qu'il  n'est  pas. 

29.  Courbaturé.  (D.) 

30.  Difforme,  mal  bâti.  Cf.  1.  I,  proL, 
n.  104. 

31.  De  mauvaise  complexion,  du  grec 
83xpajia.j  La  Br  efve  déclaration  explique  : 
«  Dysgracié,  mal  tempéré,  de  mauvaise  com- 
plexion. Communément  on  dict  biscarié  en 
languaige  corrompu.  » 

32.  Du  Fail  dit  :  hiscasié.  —  Mot  du  patois 
poitevin  :  avarié,  carié,  corrompu.  Débiscarrié 

LE   TIERS   LIVRE. 


se  dit  encore  en  patois  manceau  du  malaise 
physique  et  mental  qui  suit  l'ivresse.  Cf.  C.  R. 
de  Montesson,  Vocabulaire  du  Haut-Maine, 
3e  éd.,  Paris  et  Le  Mans,  1899,  in-8°, p.  196. 
(D.) 

55.  En  liège,  c.-à-d.  sans  poids,  vide. 

34.  Flasque. 

35.  Ecraser.  Archaïsme.  (Sainéan,  t.  I, 
p.   102.) 

36.  Chipoté.  En  lambeaux. 

37.  A  moitié  éteint  (en  parlant  du  feu  dont 
on  a  éparpillé  les  tisons). 

38.  Semblable  à  une  grappe  de  raisin  ché- 
tive,  de  hallebotté  (Berry,  Touraine).  Cf.  1.  I, 
ch.  XXVII,  n.  32. 

39.  Battu  comme  du  beurre. 

40.  Fragile  comme  un  jouet  d'enfant,  un 
bimbelot.  Cf.  prol.,  n.   131. 

41 .  Pour  échauboulé,  qui  a  des  échauboulures, 
des  petites  bulles  ou  élevures  de  chaleur  sur 
la  peau.  Forme  patoise  (Poitou,  etc.). 

28 


2l8 


LE   TIERS    LIVRE 


c,  entouillé  *% 
c.  riddé, 

65  c.  démanché, 
c.  pesneux'*'*, 
c.   malandré  '♦^ 
c.  thlibié^^ 
c.  bistorié  ^\ 

70  c.  farcineux  '% 
c.  gangreneux, 
c.  esclopé, 
c.  matté  ", 


c.  barbouillé, 
c.  chagrin, 
c.  morné, 
c.  vesneux, 
c.  meshaigné  '*^, 
c.  spadonicque  '♦^ 
c.  deshinguandé, 
c.  hergneux  ^\ 
c.  véreux, 
c.  dépenaillé, 
c.  frelatté. 


c.  vuidé, 

c.  hâve  '^\ 

c.  véreux, 

c.  forbeu, 

c.  thlasié  ^^^ 

c.  sphacelé  5°, 

c.  farineux, 

c.  varicqueux  ^-^j 

c.  croustelevé^^ 

c.  franfreluché  5^, 

c.  guoguelu  5^ 


Ligne  63.  E  :  c.  charhouilU  —  A,  E  :  vuydé  —  1.  64.  E  :  c.  bavé  —  I.  68.  E  :  c. 
spadoniqué  —  A,  E  :  spacelé —  1.  69.  A,  E  :  c.  farineux  manque  —  1.  71.  A,  E  :  c. 
gangreneux,  c.  véreux  manque  —  1.  72.  A,  E  :  escloppé 


42.  Souillé,  barbouillé. 
45.  Harassé. 

44.  Misérable. 

45.  Crevassé,  ayant  des  malandres. 

46.  Chagriné.  Cf.  ch.  ii,  n.  7. 

47.  D'eunuque.  De  6?va8îa;  ou  6).a(jia;, 
eunuque  (6Xâw,  frango)  même  sens  que 
thlibié.    (D.) 

48.  Autre  hellénisme,  de  6>.!^fo,  serrer, 
écraser,  provoquer  l'atrophie  testiculaire  par 
une  violente  compression  digitale.  Cf.  Paul 
d'Egine,  t.  VI,  ch.  68,  Qiiomodo  fiant  eunuchi. 
Rouyer,  Etudes  médicales  sur  Vancienne  Rome, 
Paris,  Delahaye,  1859,  in-8°,  p.  83-84,  pense 
qu'on  employait  aussi  à  même  fin  un  bistour- 
nage  analogue  à  celui  qu'on  utilise  en  art  vété- 
rinaire, et  également  signalé  par  Hippocrate. 
(D.) 

49.  Spadoniqué  :  du  latin  spado,  eunuque, 
(d-â'o,  extrako.)  Se  dit  de  ceux  qui  avaient 
subi  l'ablation  des  testicules.  (D.) 

50.  Gangrené.  (D.) 

51.  Fendu,  comme  par  le  bistouri. 

52.  Atteint  de  la  morve  ou  farcin.  Les 
anciens  vétérinaires,  comme  Rufus  (.Giordano 


Rufo),  professaient  déjà  que  le  farcin  du  cheval 
est  une  maladie  qui  peut  se  porter  sur  les  tes- 
ticules. De  fait,  la  morve  viscérale  se  traduit 
souvent  par  des  nodules  testiculaires  qui  se 
caséifient  et  s'évacuent  par  ulcération.  L'or- 
chite  est  un  des  symptômes  de  l'inoculation 
expérimentale  au  cobaye  du  Bacillus  mallei 
Lœffler.  (D.) 

53.  Hernieux  ;  de  hergne,  hernie.  Certains 
opérateurs  (dont  Ambr.  Paré  dénonce  les 
méfaits)  avaient  coutume  «  d'oster  les  couil- 
lons  aux  pauvres  garçons  »  qu'ils  opéraient  de 
hernie.  Le  testicule  d'un  hernieux  était  donc 
fort  menacé.  (D.). 

54.  Variqueux  :  les  varices  du  cordon  sper- 
matique  portent  le  nom  de  varicoccle  ;  le  testi- 
cule correspondant  est  généralement  atrophié. 
(D.). 

55.  Couvert  de  croûtes.  Cf.  1.  l,  ch.  Liv, 
n.  46. 

56.  Réduit  à  un  atome  volant.  Cf.  1.  I, 
ch.  I,  n.  48. 

57.  Terni,  rendu  mat. 

58.  Bouffi.  Cf.  l,  ch.  XXV,  n.  38.  Ane. 
poés.  fr.,  VI,  184. 


CHAPITRE    XXVIII 


219 


c.  farfelu  '9, 
75   c.  trépané, 

c.  effilé, 

c.  feueilleté, 

c.  extirpé, 

c.  nieblé  *', 
80  c.  soufleté^*, 

c.  dechicqueté^", 

c.  talemousé  ^', 

c.  gersé, 

c.  putois, 


c.  trepelu  ^°, 

c.  boucané, 

c.  eviré, 

c.  mariné, 

c.  etrippé, 

c.  greslé, 

c.  ripoppé  ^\ 

c.  corneté, 

c.  effructé, 

c.  eruyté, 

c.  fusté  "°, 


c.   mitonné, 

c.  basané, 

c.  vietdazé  ^', 

c.  estiomené  ^% 

c.  constippé, 

c.  syncopé, 

c.  buffeté  ", 

c.  ventouse, 

c.  balafré, 

c.  pantois  ^^, 

c.  poulsé  '\ 


Ligne  74.  A,  E  :  f.  mitonné  manque  —  1.  76.  A  :  effillé  —  1.  77,  A  :  c.  feueilleté.  c. 
fariné,  c.  mariné  —  E  :  c.  fueilkté,  c.  fariné,  c.  mariné  —  A,  E  :  c.  estiomené  manque 
—  78.  A,  E  :  c.  extirpé  manque  —  1.  80.  A  :  c.  ripoppé,  c.  soujleté  ;  E  :  c.  rippopé,  c. 
soufleté  —  1.  81.  E  :  ventosé  —  l.  82-84.  A,  E  :  c.  effructé...  c.  putois  manque 


59.  Gras. 

60.  Mal  bâti.  Ct".  1.  I,  ch.  ix,  n.  7. 

61.  Allongé  comme  un  v.  d'âne.  Cf.  1.  II. 
ch.  VII,  n.  217. 

62.  Dans  Brantôme  {Dames  gai.,  Disc.  2) 
le  mot  a  le  sens  de  maigre,  atrophié.  — 
Étymologiquement,  esthiomène  (Èa9''ûu.Evo?) 
signifie  ulcère  rongeur,  corrosif  (È^ôîw,  je 
mange).  Ce  nom  d'esthiomène  désigne  dans  Guy 
de  Chauliac  la  gangrène  humide  :  «  la  mort  et 
dissipation  du  membre...  avec  pourriture  et 
mollesse.  »  (Chauliac,  éd.  Nicaise,  traité  II, 
Doct.  I,  ch.  2,  p.  103.)  Chauliac  l'assimile 
(peut-être  à  tort)  au  feu  «  de  Sainct  Anthoine 
ou  de  Sainct  Martial.  »  Ce  mot  a  été  appliqué 
par  les  anciens  auteurs  à  diverses  alïections, 
mais  toujours  avec  le  sens  d'ulcération  gan- 
greneuse et  envahissante.  Huguier  a  décrit  en 
1848,  sous  le  nom  d'esthiomène,  des  ulcéra- 
tions vulvaires  chroniques,  avec  infiltration  élé- 
phantiasique  périphérique;  et  c'est  la  seule  accep- 
tion que  ce  terme  garde  dans  la  terminologie 
nosologique  moderne.  (D.) 

63.  Gâté  parla  nieble  (en  provençal  =:  pour 


riture).  Se  dit  d'un  fruit  avorté  (Brémond).  (D.) 

64.  Gonflé  au  soufflet. 

65.  Frelaté. 

66.  Écorniflé.  Cf.  ch.  Lii:  «  S'ils  avaient 
buffeté  et  beuz  à  demy  [les  vins].  » 

67.  Tailladé  comme  une  cornette.  Cf.  1.  II, 
ch.  XX.XI,  n.  8  :  «  deschicqueté  comme  la  cor- 
nette d'un  Albanoys.  » 

68.  Gonflé,  comme  la  pâtisserie  appelée 
talemousé,  qui  se  gonflait  au  four.  Cf.  1.  II, 
ch.  XI,  n.  50. 

69.  Pantois  (forme  archaïque  :  pantais). 
Terme  de  médecine  vétérinaire,  qui  s'applique 
surtout  à  la  congestion  pulmonaire  aviaire. 
Employé  en  fauconnerie  :  faucon  pantois  de 
la  gorge,  des  reins  ;  de  froidure  ;  autrement 
dit  essoufflé,  court  d'haleine.  S'applique  aussi 
en  hippiâtrique  au  cheval  poussif.  Par  ana- 
logie, essoufflé,  asthmatique  Cf.  L.  Moulé, 
Hist.  de  ta  mèd.  vétérinaire,  2^  partie,  Paris, 
Maulde,  Doumenc,  1900,  in-S",  p.    128.  (D.) 

70.  Sentant  le  fût. 

71.  Soufl^rant  de  h  pousse  des  vins.  Cf.  1.  II, 
-ch.  vu,  n.  15. 


2  20 


LE   TIERS    LIVRE 


85 

c. 

de  godalle  "\ 

c. 

frilleux, 

c.  fistuleux, 

c. 

scrupuleux, 

c. 

languoureux. 

c.  fellé. 

c. 

maleficié, 

c. 

rance. 

c.  hectique  "', 

c. 

diminutif, 

c. 

usé, 

c.  tintalorisé''*, 

c. 

quinault  '^ 

c. 

marpault  '^ 

c.  matagrabolisé", 

90 

c. 

rouillé, 

c. 

macéré. 

c.  indague  '^, 

c. 

paralyticque. 

c. 

antidaté, 

c.  dégradé. 

c. 

manchot, 

c. 

perclus. 

c.  confus. 

c. 

de  ratepenade'^ 

c. 

maussade, 

c.  de  petarrade, 

c. 

acablé. 

c. 

halle, 

c.  assablé*°, 

95 

c. 

dessiré  ^', 

c. 

désolé. 

c.  hebeté. 

c. 

décadent. 

c. 

cornant  *% 

c.  solœcisant. 

c. 

appellant, 

c. 

mince. 

c.  barré. 

c. 

ulcéré, 

c. 

assassiné, 

c.  bobeliné  ^% 

c. 

devalizé. 

c. 

engourdely. 

c.  anonchaly. 

100 

c. 

aneanty, 

c. 

de  matafain  ^*, 

c.  de  zéro, 

c. 

badelorié  ^\ 

c. 

frippé, 

c.  deschalandé*^ 

c. 

febricitant^', 

Ligne  85.  E  :  c.  ^^  godallé  —  1.  86-87.  A,  E  :  r;.  scrupuleux,  c.  mortifié,  c.  maleficié 
—  1.  87.  A,  E  :  c.  hectique  manque  — 1.  90.  c.  indagué  —  I.  96.  E  ;  solecisatît  —  1.  98. 
A,  E  :  r.  ulcéré  manque  —  1.  99.  E  ;  dévalisé  —  E  :  annonchaly  —  I.  loi.  \  :  c.  frippé, 
c.  extirpé,  c.  deschalandé  ;  E  :  ^.  fripé,  c.  extrippé,  c.  deschalandé  —  1.  102.  A,  E  :  c.  fehri- 
citani  manque 


72.  Sentant  la  bière.  Cf.  1.  II,  ch.  xii, 
n.  57. 

73.  Étique. 

74.  Chagrin,  revêche  (Cotgrave). 

75.  Penaud.  Cf.  1.  I,  ch.  xiii,  n.  59. 

76.  Grognon,  renfrogné,  par  comparaison 
avec  le  matou.  Cf.  Fournier,  Th.  Ren.  134, 
Farce  de  la  pipée  : 

Je  n'en  diray  plus 
Si  ne  faictes  tair  ce  marpault. 

77.  Hébété.  Cf.  1.  I,  ch.  XIX,  n.  17. 

78.  Grossier.  Cf.  1.  I,  ch.  ix,  n.  2. 

79.  Chauve-souris.  Cf.  1.  II,  ch.  vii,n.  ici. 

80.  Ensablé. 


81.  Déchiré. 

82.  Puant.  Cf.  Bouchet,  Serées,  II,  25  : 
«  En  Poictou  on  dit  que  le  poisson  corne 
quand  il  est  gasté,  puant.  »  Et  Monet  :  «  Cor- 
ner, puïr,  randre  puante  odeur.  »  (C.) 

83.  Rapetassé. 

84.  De  lourde  pâte  (mate-faim). 

8).  De  badaud.  Cf.  H.  Estienne,  Apol., 
ch.  III  :  «  Badaut,  que  le  vulgaire  en  quelques 
lieux  appelle  Badlori.  (C.)  » 

86.  Qui  n'a  plus  de  chalands. 

87.  Le  Dr  Albarel,  dans  la  Chronique  médi- 
cale du  15  sept.  1905,  remarque  que  tous  ces 
qualificatifs  s'appliquent  à  merveille  aux  diffé- 
rentes périodes  de  la  «  syphilis  testiculaire  ». 


CHAPITRE    XXVIII 


221 


«  couillonnas  au  diable,  Panurge,  mon  amy,  puys  qu'ainsi  t'est 
praedestiné,  vouidroys  tu  faire  rétrograder  les  planètes,  démancher 
los  toutes  les  sphaeres  célestes,  propouser  erreur  aux  Intelligences 
motrices,  espoincter  les  fuzeaulx,  articuler  ^^  les  vertoilz  ^9,  calumnier 
les  bobines,  reprocher '°  les  detrichoueres  '',  condempner  les  frondril- 
lons^%  defiller  les  pelotons  des  Parces  ?  Tes  fiebvres  quartaines,  couillu  ; 
tu  ferois  pis  que  les  Géants  ^^  Vien  ça,  couillaud  ;  aimerois  tu  mieulx 
iio  estre  jalons  sans  cause  que  coqu  sans  congnoissance  '-^  ? 

—  Je  ne  vouldrois  (respondit  Panurge)  estre  ne  l'un  ne  l'aultre; 
mais,  si  j'en  suys  une  fois  adverty,  je  y  donneray  bon  ordre,  ou  bas- 
tons  fauldront  on  monde. 

«  Ma  foy,  frère  Jan,  mon  meilleur  sera  poinct  ne  me  marier.  Escoute 
115  que  me  disent  les  cloches,  à  ceste  heure  que  sommes  plus  près'^  : 


Ligne  103.  A,  E  :  au  diable  manque  —  E  :  puis  que  ainsi —  1.  104,  E  :  prédestiné 
—  E  :  planeties  —  1.  105.  A,  E  :  sphères  —  E  :  proposer  —  1.  106.  A,  E  :  fuseaulx  — 
1.  107.  E  :  detrigoueres  —  E:  condemner —  1. 108.  E  :  défiler —  E  :  Parcques  —  1.  109. 
A  :  cia  —  E  :  aymerois  —  1.  1 10.  E  :  jaloux  —  E  :  coquu  —  1.  1 1 1 .  E  :  vouidroys  —  E  : 
autre  —  1.  1 12.  E  :  suis  une  foy  s  —  E  :  ;  j  —  1.  ]  13.  E  :  cm  monde  —  1.  1 14.  E  :  Jean  — 
E  :  point 


C'est  aller  bien  loin.  R.  ne  s'est  probablement 
proposé  que  de  donner  une  contrepartie  à  la 
kyrielle  du  ch.  xxvi.  La  première  était  toute 
de  termes  exprimant  la  vigueur,  l'éclat,  l'ex- 
cellence ;  celle-ci,  au  contraire,  est  caractéri- 
sée par  l'expression  de  la  misère  physiolo- 
gique, de  la  faiblesse,  de  l'épuisement.  (C.) 

88.  Elever  des  contestations  contre.  Cf. 
1.  II,  ch.  XXXIV,  1.  43. 

89.  Anneau  que  l'on  fixait  à  la  pointe  du 
fuseau  pour  le  faire  mieux  tourner  (Verteolus, 
Du  Cange).  On  le  nomme  aussi  peson 
(Coquillart,  Ronsard,  dans  Littré).  (C.) 

90.  Décréditer,  ou  tenir  pour  suspects. 
Terme  de  procédure. 

91.  Dévidoires.  Mot  parisien  (Sainéan, 
t.  II,  p.  150). 


92.  Fil  de  soie  que  l'on  dévide.  Mot  parisien 
(Sainéan,  t.  I,  p.  153). 

93.  Qui  ont  eu  l'outrecuidance  d'attaquer 
les  dieux.  Cf.  l'adage  d'Érasme,  Gigantuvi 
arrogantiu  (III,  10,  93).  (P.) 

94.  Question  plaisante  déjà  agitée  par  les 
trouvères.  Dans  Fauchet,  Ane.  poètes  fr., 
ch.  cxv.  Hue  le  Maronier  propose  à  Simon 
d'Athies  deux  questions  :  «  Lequel  aimeroit 
mieux  que  sa  femme  sceust  qu'il  la  fist  wihore, 
et  elle  en  fust  jalouse  ;  ou  elle  le  fist  wiha 
(cocu)  et  il  n'en  sceust  rien?  »  (Le  Duchat). 
(C.) 

95.  Les  interlocuteurs,  qui  tournent  le  dos 
à  Varennes,  devraient  s'éloigner  des  cloches 
au  cours  du  chemin.  On  a  déjà  vu,  ch.  xvii, 
à     propos    des    trois    journées     de    marche 


222  LE   TIERS   LIVRE 

Marie  poinct,   marie  poinct, 
poînct,   poinct,    poinct,    poinct. 
Si  tu  te  marie,   —  marie  poinct,  marie  poinct, 
poinct f  poinct,  poinct,  poinct,  — 
120  tu  f en  repentiras,  tiras,  tiras; 

coqu  seras. 

ce  Digne  vertus  de  Dieu,  je  commence  entrer  en  fascherie.  Vous 
aultres,  cerveaulx  enfrocquez,  n'y  sçavez  vous  remède  aulcun?  Nature 
a  elle  tant  destitué  les  humains  que  l'homme  marié  ne  puisse  passer 
125  ce  monde  sans  tomber  es  goulphres  et  dangiers  de  Coquage? 

—  Je  te  veulx  (dist  frère  Jan)  enseigner  un  expédient  moyenant 
lequel  jamais  ta  femme  ne  te  fera  coqu  sans  ton  sceu  et  ton  consen- 
tement. 

— Je  t'en  prie  (dist  Panurge),  couillon  velouté.  Or  diz,  mon  amy  ^^. 
130  — Prens  (dist  frère  Jan),  l'anneau  de  Hans  CarveP^  grand  lapi- 
daire du  roy  de  Melinde  ^^ 


Ligne  116.  E  :  Marie  point,  marie  point  —  1.  117.  E  :  point,  point,  point,  point  — 
1.  118.  E  :  marie,  marie  point  —  1.  119.  E  :  point,  point,  point,  point  —  1.  121.  E  : 
coquu  —  1.  122.  E  :  vertu  de  Bien  —  1.  123.  E:  autres,  cerveaux  —  E  :  aucun  —  1.  124. 
E  :  ha  —  1.  125.  E  :  ç^oufres  —  E  :  coquage  —  1.  12e.  E  :  Jean  —  E  :  moyennant 
—  1.  127.  E  :  par  lequel  —  E  :  coqnu  —  1.  129.  E  :  iy  —  1.  130.  E  :  Pren  —  E  :  Jean 

entre  Thélème   et  l 'Ile-Bouchard,  combien  il  connu  tout  au  moins  dans  un  certain  milieu, 

faut  se  garder  de  pousser  trop  loin  les  préci-  on   peut    conclure    sans   témérité    que    Hans 

siens  topographiques  dans  R.  (C.)  Carvel    a    réellement    existé.    Bien    plus,    le 

96.  UEncens  au  diable  des  Cent  nouvelles  titre  de  «  grand  lapidaire  du  roi  de  Melinde  », 
nouvelles,  la  satire  V  de  l'Arioste  et  la  Visio  si  proche  parent  de  celui  de  «  grand  archi- 
Francisci  Phiklphi  du  Pogge  racontaient  déjà,  tecte  du  roi  Megiste  »,  appliqué  à  Philibert  de 
avec  quelque  différence  dans  les  détails,  l'anec-  l'Orme,  pourrait  bien  désigner  un  joaillier  du 
dote  que  Frère  Jean  va  narrer  à  Panurge.  roi  de  France.  Au  1. 1,  ch.  viii,  n.  122,  R.  le 
Mais  aucune  de  ces  rédactions  ne  donne  des  rapproche  du  capitaine  Chappuys,  dont  il  se 
personnages  un  portrait  aussi  vivant.  dit   lui-même    «  le  bon  facteur.  »    Tous   ces 

97.  C'est  ce  même  Hans  Carvel  qui  avait  traits  font  songer  à  des  plaisanteries  destinées 
fourni  les  bijoux  de  Gargantua.  D'après  ce  que  à  égayer  quelques  amis,  et  sans  doute  incom- 
nous  savons  du  procédé  rabelaisien,  qui,  pour  préhensibles  en  dehors  du  cercle  des  initiés, 
rajeunir  une  anecdote  traditionnelle,  substitue  (C.) 

au  héros   légendaire  un  personnage  réel    ou  98.  Ville    extraordinaire    et    lointaine   par 


CHAPITRE    XXVIII  22  3 

«Hans  Carvelestoit  homme  docte,  expert,  studieux,  homme  de  bien, 
de  bon  sens,  de  bon  jugement,  débonnaire,  charitable,  aulmonsnier, 
philosophe,  joyeulx  au  reste,  bon  compaignon  et  raillart",  si  onques 

135  en  feut,  ventru  quelque  peu,  branslant  de  teste  et  aulcunement  mal  aisé 
de  sa  personne.  Sus  ses  vieulx  jours,  il  espousa  la  fille  du  baillif  Concor- 
dat '°°,  jeune,  belle,  frisque  '°\  guallante,  advenente,  gratieuse  par  trop 
envers  ses  voisins  et  serviteurs.  Dont  advint,  en  succession  de  quelques 
hebdomades  '",  qu'il  en  devint  jalons  comme  un  tigre  et  entra  en  soub- 

140  son  qu'elle  se  faisoit  tabourer'"'  les  fesses  d'ailleurs.  Pour  à  la  quelle 
chose  obvier,  luyfaisoit  tout  plein  de  beaulx  comptes  touchant  les  déso- 
lations advenues  par  adultère,  luylisoit  souvent  la  légende  des  preudes 
femmes  "°^  lapreschoit  de  pudicité,  luy  feist  un  livre  des  louanges  de 
fidélité  conjugale  '°^  détestant  fort  et  ferme  la  meschanceté  des  ribauldes 

145  mariées,  et  luy  donna  un  beau  carcan '°^  tout  couvert  de  sapphyrs  '°' 
orientaulx.  Ce  non  obstant,  il  la  voioyt  tant  délibérée  et  de  bonne 


Ligne  132-133.  E  :  ausmonier  —  1.  134.  A  :  joyeux  —  E  :  oncques  —  I.  135.  E  :  fut 

—  E  :  aucunement  mal  aysè  —  1.  137.  E  :  advenante  —  1.  138.  E  -.voysins  —  E  :  Dond 

—  1.  139.  E  :  qnen  devint  jaloux  —  E  :  souçpçon  —  1.  140.  E  :  a  laquelle  —  1.    141. 
E  :  beaux  —  1.  143.   E   :  louenges  —  l.  145.  E  :  sapphyi 


excellence.   C'est   la  première  escale  de  Vas-  du  Menagier  de  Paris,  à  ce  sujet  :  l'histoire  de 

co  de  Gama  après  avoir  doublé  le  Cap,  sur  la  Griselidis  y  tient  le  premier  rang,  et  le  chien  de 

côte  orientale   d'Afrique  dans   le  Zanguebar.  Montargis     lui-même     est    cité    comme    un 

Cf.  1. 1,  ch.  V,  n.  64.  (C.)  exemple    de    fidélité    à  son    maître   que    les 

99.  Railleur,  plaisant  compère.  Cf.  1.  I,  femmes  doivent  s'efforcer  d'imiter  (Marty- 
ch.  m,  n.  3.  Laveaux).  (C.) 

100.  Sans  doute  sobriquet  d'un  personnage  105.  Molière  s'est  souvenu  de  ce  trait  quand 
réel  à  retrouver  dans  les  cercles  de  légistes  il  fait  composer  par  Arnolphe,  à  l'usage  d'A- 
fréquenté  par  R.  gnès,  les  Maximes  du  mariage. 

ICI.  Pimpante.  Cf.  1.  I,  ch.  xxvii,  n.  16.  106.  Large     collier    d'orfèvrerie.    Cf.  1.  I, 

102.  Latinisme,  de  bebdomas,  semaine.  ch.  lvi,  n.  29. 

103.  Tambouriner.    Cf.    1.    II,    ch.     xxvi,  107.    Celui  qui  le  port  castement, 
n.  42.  Son  cors  le  garde  entièrement. 

104.  Au  moyen  âge,  il  y  avait  une  littéra-  (Lapidaire  de  Modène,  v.  127-128). 

ture  morale  destinée  à  bien  faire  comprendre  Le  saphir   «  modère  le  feu  et  l'ardeur  des 

aux  femmes  l'étendue   de    leurs  devoirs.  On  passions    intérieures   ».  Secrets  admirables  du 

peut  voir  la  bibliothèque  spéciale  fort  curieuse  Grand  Albert.  (D.) 


224  LE   TIERS  LIVRE 

chère '°^avecques  ses  voisins,  que  de  plus  en  plus  croissoit  sa  jalousie. 

«  Une  nuyct  entre  les  aultres,  estant  avecques  elle  couché  en  telles 

passions,  songea  qu'il  parloit  au  Diable   et   qu'il    luy  comptoit  ses 

150  doléances  '°^  Le  Diable  le  reconfortoit  et  luy   mist   un  anneau    on 

maistre  doigt,  disant  : 

ce  Je  te  donne  cestuy  anneau;  tandis  que  l'auras  on  doigt,  ta  femme 
ne  sera  d'aultruy  charnellement  congneue  sans  ton  sceu  et  consente- 
ment. 
155       ((  —  Grand  mercy  (dist  Hans  Carvel),  monsieur  le  Diable.  Je  renye 
Mahon"°  si  jamais  on  me  l'oste  du  doigt.  » 

«  Le  Diable  disparut.  Hans  Carvel  tout  joyeulx  s'esveigla  et  trouva 
qu'il  avoit  le  doigt  on  comment  a  nom  .?  "'  de  sa  femme. 

ce  Je  oubliois  à  compter  comment  sa  femme,  le  sentent,  recuUoit  le 
160  cul  arrière,  comme  disant  :   «  Ouy,  nenny,  ce  n'est  ce  qu'il  y  fault 
mettre  »,  et  lors  sembloit  à  Hans  Carvel  qu'on  luy  voulust  desrobber 
son  anneau. 

ce  N'est  ce  remède  infaillible?  A  cestuy  exemple  faiz,  si  me  croys, 
que  continuellement  tu  ayez  l'anneau  de  ta  femme  on  doigt.  » 
165       Icy  feut  fin  et  du  propous  et  du  chemin. 

Ligne  1.  147.  E  :  voysins  —  E  :  croyssoit  —  1.  148.  E  :  nuict  —  E  :  autres  —  1.  150. 
E  :  au  maistre  —  1.  152.  E  :  au  doigt  —  1.  153.  E  :  d'aulruy  —  1.  156.  A  :  hoste. 
—  ].  157.  A  :  joieulx  ;  E  :  joyeux  —  E  :  esveilîa  —  1.  157.  E  :  au  comment  ha  nom  — 
1.  15  9.  E  :  oublioys  —  E  :  sentant  —  léo.  E  :  ce  n'est  pas  ce  qu'il  —  1.  161.  A  :  sem- 
bloyt  —  E  :  desrober  —  1.  165.  E  -.fais  —  l.  164.  E  :  aye  —  E  :  au  doigt  —  1.  165. 
E  -.fut  —  E  :  propos 

108.  Visage,  accueil.  jure  comme  les  Arabes.  Mais  son  prénom  de 

109.  Souflfrances.  Hans  n'a  rien  d'oriental. 

no.  Ce  lapidaire,  qui  trafique  en  Afrique,  m.  Parties  sexuelles.  Cf.  1.  II,  ch.xv,  n.  42. 


Comment  Pantagruel  faict  assemblée  d'un  théologien^ 

d'un    medicin,  d\in    légiste  et  d'un  philosophe, 

pour  la  perplexité  de  Panurge. 

Chapitre  XXIX. 

5  Arrivez  au  palais  ',  comptèrent  à  Pantagruel  le  discours  de  leur 
voyage  et  luy  monstrerent  le  dicté  *  de  Raminagrobis.  Pantagruel, 
l'avoir  leu  '  et  releu,  dist  : 

«  Encores  n'ay  je  veu  response  que  plus  me  plaise.  Il  veult  dire 
sommairement  qu'en  l'entreprinse  de   mariage    chascun  doibt   estre 

10  arbitre  de  ses  propres  pensées  et  de  soy  mesmes  conseil  prendre. 
Telle  a  tousjours  esté  mon  opinion,  et  autant  vous  en  diz  la  première 
foys  que  m'en  parlastez;  mais  vous  en  mocquiez  tacitement,  il  m'en 
soubvient,  et  congnois  que  philautie"*  et  amour  de  soy  vous  déçoit  '. 
Faisons  aultrement. 

15  a  Voicy  quoy.  Tout  ce  que  sommes  et  qu'avons  consiste  en  trois 
choses  :  en  l'ame,  on  corps,  es  biens.  A  la  conservation  de  chascun 
des  trois  respectivement  sont  aujourd'huy  destinées  troys  manières 
de  gens  :  les  théologiens  à  l'ame,  les  medicins^  au  corps,  les  juriscon- 
sultes aux  biens.  Je  suys  d'advis  que  dimanche  nous  ayons  icy  à  dipner 


Ligne  5.  E  :  palays  —  1.  11.  E  :  telle  à  tousjours  ha  esté  —  E  :  dis  —  1.  12.  E  : 
parlastes —  1.  13.  A  ;  déchoit  —  1.  14.  E  :  autrement  —  1.  15  :  A,  E  :  iroys  —  1.  lé. 
E  :  au  corps  —  1.  17.  A,  E  :  des  troys  —  E  :  trois  manières  —  1.  19.  E  :  suis  —  E  : 
dimenche  —  A  :  aions 

1.  AThélème.  transcription  du  lâxïnphilautia,  mot  qui  se  ren- 

2.  Le  dire.  Cf.  l.I,  ch.  IX,  n.  22.  contre  fréquemment  chez  Érasme   (Sainéan, 

3.  Après  l'avoir  lu.  Cf.  ch.  i,  n.  i.  t.  II,  p.  41). 

4.  «  Amour  de  soy  >y,  dit  h  Brie/ve  déclara-  5.  R.  traduit  le  mot  savant,  pour  l'effet 
tien.  Du  grec  cpiXauTÎx,  même  sens.  Ce  mot  d'allitération  :  de  soy  vous  déçoit.  (P.) 

avait    passé   dans   la   langue  savante  sous   la  6.  Forme  savante,  du  latin  medicus.  Cf.  1. 1, 

forme  philaftie.  La  forme  rabelaisienne  est  la      ch.  xxiii,  1.  68. 

LE   TIERS   LIVRE.  29 


2  26  LE   TIERS    LIVRE 

20  un  théologien,  un  medicin  et  un  jurisconsulte.  Avecques  eulx 
ensemble  nous  conférerons  de  vostre  perplexité. 

—  Par  sainct  Picault'  (respondit  Panurge),  nous  ne  ferons  rien  qui 
vaille,  je  le  voy  desja  bien.  Et  voyez  comment  le  monde  est  vistempe- 
nardé^  :  nous  baillons  en  guarde  nos  âmes  aux  théologiens,  les  quelz 

25  pour  la  plus  part  sont  haereticques,  nos  corps  es  medicins,  qui  tous 
abhorrent  les  medicamens,  jamais  ne  prenent  medicine,  et  nos  biens 
esadvocatz,  qui  n'ont  jamais  procès  ensemble. 

—  Vous  parlez  en  courtisan  ^  (dist  Pantagruel),  mais  le  premier 
poinct  je  nie,  voyant  l'occupation  principale,  voyre  unicque  et  totale 

30  des  bons  théologiens  estre  emploictée  '°,  par  faictz,  par  dictz,  par 
escriptz,  à  extirper  les  erreurs  et  hseresies  (^tant  s'en  fault  qu'ilz  en 
soient  entachez),  et  planter  profundement  es  cueurs  humains  la  vraye 
et  vive  foy  catholicque. 

«  Le  second  je  loue,  voyant  les  bons  medicins  donner  tel  ordre  à  la 

35  partie  prophylactice  ''  et  conservatrice  de  santé  en  leur  endroict  qu'ilz 
n'ont  besoing  de  la  therapeutice  '*  et  curative  par  medicamens. 


Ligne  20.  E  :  avecque  —  1.  21.  E  :  conférons  —  1.  24.  E  :  garde  noi  —  1.  25.  A,  E  : 

hereticques  —  E  :  no\  —  1.  26.  E  :  prennent  —  E  :  no^  —  1.  29.  E  :  totalle —  1.  31.  E  : 
hérésies  —  E  :  soycnt  —  1.  32.  E  :  profondement  —  E  :  cœurs 

7.  Martyr  de  Nicée,  dont  la  fête  est  fixée  A  l'heure,  le  magnifique  Julian  respondit:  «L'on 
au  13  mars.  C'est  un  nom  commun  en  Poitou.  pourroit  ajouter  à  cela  ce  que  disoit  Nicollet  : 

8.  Mal  emmanché  (.-.omme  un  vieux  plu-  que  l'on  trouve  à  tard  ou  jamais  avocat  qui 
meau).  Cf.  1.  II,  ch.  vu,  n.  34  :  «  Le  Vistem-  aye  procès,  ne  médecin  qui  preigne  médecine, 
penard  des  Prescheurs  ».  ne  théologien  qui  soit  bon  chrestien  ».  (P.) 

9.  R.  a,  en  effet,  emprunté  l'idée  de  ce  dé-  10.  Employée.  Forme  très  fréquente  au 
veloppement  au  Courtisan  de  Baltazar  Casti-  xvie  s.  V.  Sainéan,  t.  II,  p.  128. 

glione,  dont  Etienne  Dolet  avait  donné  à  Lyon,  11.  Néologisme,  que  R.  explique  par   son 

en   1538,  une  traduction  dédiée  à  un  ami  de  équivalent  dans  la  langue  usuelle.  De  npoou- 

R.,  Mellin  de  Saint-Gelais.  Cf.  1.  II,  p.  cxix,  Xiiato,  se  défendre,  se  prémunir  —  art  d'évi- 

ro  :  «  Ce  que  l'archevesque  de  Florence  dict  ter  et  de  prévenir  les  maladies  :  «  prxcavendi 

au  cardinal  Alexandrin  fut  quasi  de  telle  sorte,  morbos  et  valetudinis  tuendae  ».   «  Pars  artis 

mais  ung  peu   plus  riable  :  que  les  hommes  prœcavens,  quam  sanè  et  propriè  Grasci  pro- 

n'ont  aultre  chose  que  les  biens,  le  corps  et  phylacticen  vocant.  »    Galien,  De  med.   art. 

l'âme.   Encor  tout  leur  est  mis  en  travail  et  constit.,  ch.  19.(0.) 

question,  ks  biens  par  les  advocatz,  les  corps  12.  Néologisme,  du  grec  OïÇia;i£UTixrj  (Ôspa- 

par  les  médecins,  et  l'ame  par  les  théologiens.  -eûeiv,  soigner).  C'est  la  partie  de  la  médecine 


CHAPITRE   XXIX  227 

«  Le  tiers  je  concède,  voyant  les  bons  advocatz  tant  distraictz  en 

leurs  patrocinations ''  et  responses  du  droict  d'aultruy  qu'ilz    n'ont 

temps  ne  loisir  d'entendre  à  leur  propre.  Pour  tant,  dimanche  prochain, 

40  ayons   pour   théologien   nostre   père  Hippothadée  "•,   pour    medicin 

nostre  maistre  Rondibilis  '',  pour  légiste  nostre  amy  Bridoye  '*. 

«  Encores  suys  je  d'advis  que  nous  entrons  en  la  tétrade  '^  Pythago- 
ricque  et  pour  soubrequart  '^  ayons  nostre  féal  le  philosophe  Trouillo- 
gan  '9,  attendu  mesmement  que  le  philosophe  perfaict,  et  tel  qu'est 
45  Trouillogan,  respond  assertivement  de  tous  doubtes  proposez.  Carpa- 
lim,  donnez  ordre  que  les  ayons  tous  quatre  dimanche  prochain  à  dipner. 
—  Je  croy  (dist  Epistemon)  qu'en  toute  la  patrie  vous  ne  eussiez 
mieulx  choisy.  Je  ne  diz   seulement  touchant  les  perfections   d'un 


Ligne  38.  E  :  autruy  —  1.  39.  E  :  loysir  —  E  :  dimenche  —  1.  41.  E  :  père  Rondi- 
bilis —  1.  42.  E  :  suis  —  1.  44.  E  :  parfaict  —  1.  46.  E  :  dimenche  —  E  :  disner  — 
1.  47.  E  :  partie  —  E  :  u'eussiei  —  1.  48.  E  :  choisi  —  E  :  dy 


qui  a  pour  objet  de  traiter  et  de  guérir  les  ma- 
ladies. Galien  parle,  Isagoge,  De  lihr.  propr., 
ch.  4,  de  ses  Ubri  therapeutici.  (C.) 

13.  Plaidoyers,  défenses.  Latinisme  :  patro- 
cinatio,  Cf.  ch.  v,  1.  5. 

14.  Nom  qu'on  a  cru  composé  du  nom  de 
l'apôtre  Thadée  et  du  diminutif  O-ô,  ce  qui 
signifierait  sous-Thadée  ;  mais  la  graphie  s'y 
oppose.  Une  édition  perdue  donnerait  Para- 
thadée,  ultra-Thadée.  Voir  V Introduction. 

15.  Il  n'est  pas  aussi  certain  que  l'ont  cru 
les  anciens  commentateurs  que  R.  ait  voulu 
mettre  en  scène  Guillaume  Rondelet  (1507- 
1566),  l'illustre  médecin  de  Montpellier,  chan- 
celier de  la  Faculté,  dont  il  écoutait  une  leçon 
d'anatomie,  le  18  octobre  1530.  Cependant  le 
président  de  Thou,  Hist.,  1.  XXXVIII,  anno 
1566,  reproche  à  R.  cette  identification  plai- 
sante. Il  semble  difficile,  d'autre  part,  de  conci- 
lier l'épithète  de  «  rondouillard  »  avec  le  por- 
trait de  la  Chronologie  collée  et  d'y  reconnaître 
l'auteur  lui-même.  Hippothadée,  Rondibilis, 
Trouillogan   ne  sont  sans  doute  que  des   per- 


sonnages idéaux,  des  étiquettes  vivantes  pour 
les  idées  de  l'auteur.  Cf.  Plattard,  VŒuvre  de 
R.,  p.   155,  et  Sainéan,  Hist.  nat.,  p.  272.  (C.) 

16.  Nom  facétieux,  équivalant  aux  oisons 
hridei  du  Prologue  du  1.  I.  Si  R.  a  eu  en  vue 
un  personnage  réel,  il  est  téméraire  de  hasar- 
der la  moindre  supposition  sur  son  identité. 
(C.) 

17.  Le  nombre  quatre  était  le  nombre  par- 
fait pour  les  P3-thagoriciens.  Cf.  Plutarque, 
De  placitis  Philosophoriim,  I,  Lucien,  Vitariim 
aiict.  4,  et  parmi  les  contemporains  de  R., 
Érasme,  Éloge  de  la  Folie,  XI  :  «  Is  est  sacer 
ille  fons,  unde  vitam  hauriunt  omnia  verius 
quam  ille  Pythagoricus  quaternio.  »  (P.) 

18.  Quatrième  en  sus. 

19.  Nom  forgé  par  R.  avec  le  radical  trouil, 
qui  signifie,  en  poitevin  et  en  tourangeau,  dévi- 
doire.  On  verra  que  toutes  les  réponses  du 
philosophe  pyrrhonien  tournent  dans  le  même 
cercle  ;  «  Nous  voilà  au  rouet  »,  comme  dira 
Montaigne,  ou  à  la  «  chanson  de  Ricochet  », 
alléguée  par  Panurge,  ch.  x,  n.  i.  (C.) 


228 


LE   TIERS   LIVRE 


chascun  en  son  estât,  les  quelles  sont  hors  tout  dez  de  jugement  ^°,  mais 
50  d'abondant  en  ce  que  Rondibilis  marié  est,  ne  l'avoit  esté;  Hippotha- 
dée  oncques  ne  le  feut  et  ne  l'est  ;  Bridoye  l'a  esté  et  ne  l'est;  Trouil- 
logan  l'est  et  l'a  esté.  Je  releveray  Carpalim  d'une  peine  :  je  iray  invi- 
ter Bridoye  (si  bon  vous  semble),  lequel  est  de  mon  antique  con- 
gnoissance,  et  au  quel  j'ay  à  parler  pour  le  bien  et  advencement  d'un 
55  sien  honeste  et  docte  filz,  lequel  estudie  à  Tholose  soubs  l'auditoire  du 
très  docte  et  vertueux  Boissoné  ^\ 

—  Faictez  (dist  Pantagruel)  comme  bon  vous  semblera,  et  advisez 
si  je  peuz  rien  pour  l'advencement  du  filz  et  dignité  du  seigneur  Bois- 
soné, lequel  je  ayme  et  révère  comme  l'un  des  plus  suffisans  qui  soit 
éo  huy  en  son  estât.  Je  me  y  emploiray  de  bien  bon  cœur.  » 


Ligne  49.  E  :  lesquelles  —  E  :  sont  dehors  —  1.  51.  E  :  fut  —  E  :  l'ha  —  1.  52.  E  : 
rha  — I.  53.  E  :  anticque  —  1.  54.  E  :  auquel  —  E  :  advancement  —  1.  55.  E  :  souh\  — 
1.  56.  E  :  tresboudté  et  vertueux  —  1.  57.  E  :  Faictes  —  I.  58.  E  :  advancement  —  1.  59. 
E  :  faime  —  1.  éo.  E  :  m'emploiray  —  A  :  cueur 


20.  Cette  phrase  n'est  que  la  traduction 
d'une  expression  usuelle  chez  les  légistes  :  Extra 
aleam  judiciorum.  Cf.  Plattard,  op.  cit.,  p.  116. 

21.  Les  relations  de  R.  avec  Jean  de  Boys- 
sonné,  professeur  à  l'Université  de  Toulouse, 
puis  conseiller  à  la  Cour  que  François  ler  créa 
en  1539  à  Chambéry,  remontent  au  moins  à 
1537,  date  d'une  lettre  de  B.  à  Maurice 
Scève  où  il  est  question  du  cours  sur  les  Pro- 
nostics d'Hippocrate,  professé  à  Montpellier 
par  R.  Mais  si  l'on  tient  compte  que  Boys- 
sonné  fut  impliqué  dans  les  poursuites  qui 
aboutirent  au  supplice  de  J.  Caturcc,  relaté  au 
L  II,  ch.  V,  n.  39,  il  faut  très  probablement 
les  faire  débuter  lors  du  premier  séjour  à  Mont- 
pellier en  1 550-1 531.  Elles  durèrent  au  moins 
jusqu'au  20  juin  1545,  date  d'une  lettre  de  B. 
à  R.,  où  il  se  réjouit  de  l'élévation  à  la  charge 
de  chancelier  de  leur  ami  commun  François 
Errault,  sieur  de  Chemant. 


Les  preuves  de  cette  amitié  soutenue  se  dé- 
gagent non  seulement  de  la  correspondance 
latine  de  B.,  conservée  à  la  Bibliothèque  de 
Toulouse,  et  qui  fixe  plusieurs  points  très  im- 
portants de  la  biographie  rabelaisienne  (entre 
autres  la  naissance  et  la  mort  du  petit  Théo- 
dule),  mais  encore  des  termes  mêmes  du  sou- 
venir que  R.  lui  consacre  ici.  Ces  expressions 
émues  comme  «  très  docte  et  vertueux  »,  «  le- 
quel je  aime  et  révère  »,  etc.,  R.  les  réserve 
pour  des  amis  et  des  protecteurs  très  chers, 
Amy,  Tiraqueau,  Langey. 

Remarquons  que  si  R.  fait  étudier  le  fils 
de  Bridoye  sous  Boyssonné,  à  Toulouse,  en 
1546,  il  commet  un  anachronisme  volontaire, 
puisque  B.  s'était  fixé  à  Chambéry  dès  1539. 
Cf.  Chronologie  rahel.,  t.  I,  p.  cxxxvii-cxxxix, 
R.  E.  R.,  IV,  46,  1 14,  et  notre  Vie  de  Rabelais, 
éd.  Garnier.  (C.) 


Comment    Hippothadée,    théologien,    donne   conseil  à 
Panurge  sus  Tentreprinse  de  mariage. 

Chapitre  XXX. 

Le  dipner  au  dimanche  subséquent  ne  feut  si  tost  prest  comme  les 
5   invitez  comparurent,  excepté  Bridoye,  lieutenant  de  Fonsbeton  '.  Sus 
rapport  de  la  seconde  table,  Panurge  en  parfonde  *  révérence  dist  : 

(c  Messieurs,  il  n'est  question  que  d'un  mot.  Me  doibs  je  marier  ou 

non  ?  Si  par  vous  n'est  mon  doubte  dissolu  ',  je  le  tiens  pour  insoluble, 

comme  sont  Insohihilia  de  Alliaco  "*  ;  car  vous  estes  tous  esleuz,  choisiz 

10  et  triez,  chascun  respectivement  en  son  estât,  comme  beaulx  pois  sus 

le  volet^ .  » 

Le  père  Hippothadée,  à  la  semonce^  de  Pantagruel  et  révérence  de 
tous  les  assistans,  respondit  en  modestie  incroyable  : 

«  Mon  amy,  vous  nous  demandez  conseil,  mais  premier  fault  que 
15  vous  mesmes  vous  conseillez.  Sentez  vous  importunement  en  vostre 
corps  les  aiguillons  de  la  chair? 
—  Bien  fort  (respondit  Panurge),  ne  vous  desplaise,  nostre  père. 


Ligne  4.  E  :  disner  —  E  :  dimenche  —  E  :  fut  —  1.  6.  E  :  profonde  —  1.  7.  E  ; 
Mesieurs  —  E  :  ioïfe-  —  1.  8.  A,  E  '.Si  par  vous  mon  doubte  nest  dissolu  —  1.  9. 
A,  E  :  comme  sont  Insoluhilia  de  Alliaco  manque  —  I.  ro.  E  :  beaux  pois  sur 


1.  Il  existe,  aux  environs  de  Poitiers,  non  1.  II,  ch.  xvi,  n.  51.  Le  traité  auquel  R.  fait 
loin  du  chemin,  bien  connu  de  R.,  qui  va  de  ici  allusion  a  pour  titre  :  Destructiones  moJorum 
Ligugé  à  Poitiers,  une  source  qui  porte  ce  significandi.  Conceptus  et  insolubilia  secundum 
nom.  (P.)  viam  nominaîium,  magistri  Pétri  de  Aillyaco. 

2.  Profonde.  Cf.  1.  I,  ch.  xxiii,  n.  120  «  son-  (P.) 

doit  le  parfond  ».  5.  Sorte  de  sas  ou  petite  claie  :  en  Lorraine. 

3.  Résolu.  volette. 

4.  Pierre  d'Ailly,  docteur  scolastique.  Voir  6.  Invitation.  De  i^wont?^*-, inviter. 


2  30  LE   TIERS   LIVRE 

—  Non  faict  il  (distHippothadée),  mon  amy.  Mais,  en  cestuy  estrif  ", 
avez  vous  de  Dieu  le  don  et  grâce  spéciale  de  continence? 

20       —  Ma  foy  non,  respondit  Panurge. 

—  Mariez  vous  donc,  mon  amy,  dist  Hippothadée;  car  trop  meil- 
leur est  soy  marier  que  ardre  ^  on  feu  de  concupiscence  ^. 

—  C'est  parlé  cela  (s'escria  Panurge)  gualantenient,  sans  circumbili- 
vaginer  '°  autour  du  pot.  Grand  mercy,  monsieur  nostre  père.  Je  me 

25  mariray  sans  poinct  de  faulte,  et  bien  tost.  Je  vous  convie  à  mes 
nopces.  Corpe  de  galline  ",  nous  ferons  chère  lie  '^  Vous  aurez  de  ma 
livrée,  et  si  mangerons  de  Toye,  cor  beuf'',  que  ma  femme  ne  roustira 
poinct'*.  Encores  vouspriray  je  mener  la  première  dance  despucelles  '\ 
s'il  vous  plaist  me  faire  tant  de  bien  et  d'honneur,  pour  la  pareille.  Reste 

30  un  petit  scrupule  à  rompre,  petit,  diz  je,  moins  que  rien.  Seray  je 
poinct  coqu? 

—  Nenny  dea  '*,  mon  amy  (respondit  Hippothadée),  si  Dieu  plaist. 

—  O,  la  vertus  de  Dieu  (s'escria  Panurge)  nous  soit  en  ayde  !  Où 
me  renvoyez  vous,  bonnes  gens?  Aux  conditionales '",  les  quelles  en 


Ligne  22.  E  :  au  Jeu  —  1.  25.  E  :  galaniement  —  1.  25.  E  :  tnarieray  —  E  :  poitif 
—  1.  27.  E  :  corheuf —  1.  28.  E  :  poitit  —  E  :  dyjc  —  1.  31.  E  :  point coqtm  —  1-  3  5-  E: 
vertu  de  bien  —  1.  34.  E  :  lesquelles 

7.  Embarras.  Cf.  ch.  ix,  n.  17.  Pathelin  au  drapier  :  Et  si,  viangere:(demonoye, 

8.  Brûler,  archaïsme  (Sainéan,  t.  II,  p.  121).  Par  Dieu  !  que  via  Jewme  rotist. 

9.  Saint  Paul,  v^  épitre  aux  Corinthiens,  Maistre  Pierre  Pathelin,  v.  300. 
VII,  9  :  «  Quod  si  non  se  continent,  nubant.  15.  I!  n'y  avait  rien  de  choquant  alors  à  voir 
Melius  est  enim  nuhere  quani  uri.  »  (F.)  un  ecclésiastique   ouvrir    la   danse.   Du    Fail, 

10.  Tourner  autour  du  centre  {circa  umhi-  dans  un  tableau  de  noces  villageoises,  nous 
licum  vagarî),  forgé  par  R.  Cf.  ch.  xxii  :  cir-  montre  un  curé  de  campagne  dansant  éperdû- 
cumbilivagination  {SsànHn,  t.  II,  p.  400-401).  ment  avec  toutes  les  commères.  Voir  Propos 

11.  Juron  forgé  sur  le  type  de  l'euphémisme  rustiques  facccieux,  t.  I,  p.  24.  (P.) 
napolitain  Sanguc  di  gallina,  pour  Sangue  di  16.  Certes.  Particule  renforçant  l'affirmation 
Crisio  (Sainéan,  t.  I,  p.  145).  ou  la  négation.  R.  E.  R.,  VIII,  158-160. 

12.  Joyeuse  chère.  Archaïsme.  17.  Termede  dialectique,  auquel  R.  conserve 

13.  Juron  dans  lequel  le  nom  de  Dieu,  par  sa  forme  latine  (condiiionalis).  L'exemple  de 
euphémisme,  a  été  changé  en  haitf.  Cf.  ch.  xx  :  conditionnelle  dont  se  sert  Panurge  :  «  si  mon 
ventre  beuf,  vertus  beuf,  et  ch.  xxxvi  :  par  la  mulet  transalpin  voioit,  mon  mulet  transalpin 
mort  Jt-u/ (Sainéan,  t.  II,  p.  348).  auroit  aesles  »,  était  vraisemblablement  tradi- 

14.  Allusion   à    l'invitation    fallacieuse    de  tionnel  dans  les  écoles.  (P.) 


CHAPITRE    XXX  23  I 

35  dialectique  reçoivent  toutes  contradictions  et  impossibilitez.  Si  mon 

mulet   transalpin    voloit,    mon    mulet    transalpin    auroit  «esles.    Si 

Dieu  plaist,  je  ne  seray  poinct  coqu  ;  je  seray  coqu  si  Dieu  plaist. 

<■(.  Dea,  si  feust  condition  à  laquelle  je  peusse  obvier,  je  ne  me  deses- 

pererois  du  tout;  mais  vous  me  remettez  au  conseil  privé  de  Dieu, 

40  en  la  chambre  de  ses  menuz  plaisirs.  Où  prenez  vous  le  chemin  pour 
y  aller,  vous  aultres  François  ?  Monsieur  nostre  père,  je  croy  que 
vostre  mieulx  sera  ne  venir  pas  à  mes  nopces.  Le  bruyt  et  la  triballe  '* 
des  gens  de  nopces  vous  romperoient  tout  le  testament '^  Vous 
aymez  repous,  silence  et  solitude.  Vous  n'y  viendrez  pas,  ce  croy  je. 

45  Et  puys  vous  dansez  assez  mal,  et  seriez  honteux  menant  le  pre- 
mier bal.  Je  vous  envoiray  du  rillé'°  en  vostre  chambre,  de  la  livrée 
nuptiale  ""  aussy.  Vous  boirez  à  nous,  s'il  vous  plaist. 

—  Mon  amy  (dist  Hippothadée),  prenez  bien  mes  parolles,  je  vous 
en  prie.  Quand  je  vous  diz  :  «  S'il  plaist  à  Dieu  »,  vous  fays  je  tord? 

50  Est  ce  mal  parlé  ?  Est  ce  condition  blasphème  ou  scandaleuse  ? 
N'est  ce  honorer  le  Seigneur,  créateur,  protecteur,  servateur?  N'est 
ce  le  recongnoistre  unicque  dateur  de  tout  bien?  N'est  ce  nous  declai- 
rer  tous  dépendre  de  sa  bénignité,  rien  sans  luy  n'estre,  rien  ne  valoir, 
rien  ne  povoir,  si  sa  saincte grâce  n'est  sus  nous  infuse?  N'est  ce  mettre 

55  exception  canonicque  à  toutes  nos  entreprinses,  et  tout  ce  que  propo- 
sons remettre  à  ce  que  sera  disposé  par  sa  saincte  volunté,  tant  es 
cieulx comme  en  la  terre?  N'est  ce  véritablement  sanctifier  son  benoist 
nom  ? 


Ligne  35.  E  :  dialecticqiie  —  A  :  recioipvent  —  l.  36.  E  :  voîloit  —  E  :  xles  —  1.  37. 
E  :  point  coquu  —  E  :  seray  coquu  —  1.  58.  E  :  Just  —  1.  41.  E  :  autres  —  1.  42.  E  : 
bruit  —  1.  43.  E  :  rompraient  —  1.  44.  E  :  repos  —  1.  45.  E  :  puis  —  1.  48.  E  :  paroles 

—  1.49.  E  :  dy —  E  :  fais  je  tort  —  1.  52.  E  :  recognoistre  unique  —  1.  53.  E  :  despendre 

—  1.  54.  E  :  sur  nous  —  E  :  mètre  —  1.  55.  E  :  canonique  —  E  :  noi  —  E  :  ce  que  nous 
proposons —  1.  57.  E  :  cieulx  qu  en  terre 

18.  Agitation,  substantif  forgé  par  R.  sur  le  20.  Graisse  de  porc  rôtie,  analogue  aux  fa- 
verbe  triballer,   secouer,  terme  poitevin  (Sai-       meuscs  rillel tes  deTourb. 

néan,  t.  II,  p.  142).  21.  Rubans  de  couleur  ou  autres  menus  pré- 

19.  La  tête.  Jeu  de  mot  créé  plaisamment  sents  que  le  marié  distribuait  à  ses  parents, 
de  testa  et  mens.  alliés  et  amis,  le  jour  de  ses  noces. 


232  LE   TIERS    LIVRE 

«  Mon  amy,  vous  ne  serez  poinct  coqu  si  Dieu  plaist.  Pour  sçavoir 

éo  sur  ce  quel  est  son  plaisir,  ne  fault  entrer  en  desespoir,  comme 
de  chose  absconse  et  pour  laquelle  entendre  fauldroit  consulter  son 
conseil  privé  et  voyager  en  la  chambre  de  ses  très  sainctz  plaisirs  '". 
Le  bon  Dieu  nous  a  faict  ce  bien  qu'ilz  nous  les  a  révélez,  annoncez, 
declairez  et  apertement  descriptz  par  les  sacres  bibles. 

65  a  Là  vous  trouverez  que  jamais  ne  serez  coqu,  c'est  à  dire  que  jamais 
vostre  femme  ne  sera  ribaulde,  si  la  prenez  issue  de  gens  de  bien, 
instruicte  en  vertus  et  honesteté,  non  ayant  hanté  ne  fréquenté  com- 
paignie  que  de  bonnes  meurs,  aymant  et  craignant  Dieu,  aymant  com- 
plaire à  Dieu  par  foy  et  observation  de  ses  sainctz  commandemens, 

70  craignant  l'offenser  et  perdre  sa  grâce  par  default  de  foy  et  transgres- 
sion de  sa  divine  loy,  en  laquelle  est  rigoureusement  défendu  adul- 
tère et  commendé  adhérer  unicquement  à  son  mary,  le  chérir,  le  ser- 
vir, totalement  l'aymer  après  Dieu'^ 

«  Pour  renfort  de  ceste  discipline,  vous,  de  vostre  cousté,  l'entre- 

75  tiendrez  en  amitié  conjugale,  continuerez  en  preud'homie,  luy 
monstrerez  bon  exemple,  vivrez  pudicquement,  chastement,  vertueu- 
sement en  vostre  mesnaige,  comme  voulez  qu'elle,  de  son  cousté, 
vive;  car,  comme  le  mirouoir  est  dict  bon  et  perfaict,  non  celluy 
qui  plus  est  orné  de  dorures  et  pierreries,  mais  celluy  qui  veritable- 

80  ment  repraesente  les  formes  objectes,  aussi  celle  femme  n'est  la  plus 


Ligne  59.  E  :  point  cocu  —  E  :  savoir  —  1.  63,  E  :  /ja  —  E  :  qu'il  nous  les  ha  —  1.  64. 
E  :  appertement  —  E  :  sacrées  —  1.  65.  E  :  cocu  —  1.  GG.  A  :  issue  —  1.  67.  E  :  honnes- 
Ifté —  1.  68.  E  :  aimant  et  craignant  —  1.  70.  E  :  deffauît  —  1.  71.  E  :  rigoreuse- 
■ment  —  1.  72.  E  :  commandé  —  A,  E  :  adhérer  uniquement  —  1.  73.  A  :  unicquement  ; 
E  :  uniquement  —  1.  74.  E  :  caste —  1.  75.  E  :  preudhommie  —  1.  76.  E  :  pudiquement  — 
1.  77.  A  :  comme  voulei  que,  de  son  cousté,  vive  ;  E  :  comme  voule\  que,  de  son  costé,  vive 
—  1.  78.  E  :  miroir  —  E  :  parfaid  —  E  :  celuy  —  1.  79.  E  :  celuy  —  1.  80.  A,  E  : 
représente  —  A  :  aussy 

22.  Réminiscence   du    Deiitérotiome,   XXX,  nostrum  valet  ad  caelum  ascendere,  ut  déférât 

11-14  :  «  Mandatum  hoc   quod  ego  prsecipio  illud  ad  nos  et  audiamus  atque  opère  comple- 

tibi  hodie,  non  supra  te  est,  neque  procul  po-  amus  ?  »  R.  E.  R.,  VIII,  433. 

situm.  23.  Ce  portrait  de  la  «  femme  forte  »  est  ins- 

Nec  in  cœlo  situm  ut   possis  dicere    :  quis  pire   des  Proverbes,  XXXI,  10,    51:  «  Mulie- 


CHAPITRE    XXX 


233 


à  estimer  laquelle  seroit  riche,  belle,  élégante,  extraicte  de  noble  race, 
mais  celle  qui  plus  s'efforce  avecques  Dieu  soy  former  en  bonne  grâce 
et  conformer  aux  meurs  de  son  mary  ^'^. 

c(  Voyez  comment  la  lune  ne  prent  lumière  ne  de  Mercure  ne  de 

85  Juppiter  ne  de  Mars  ne  d'aultre  planette  ou  estoille  qui  soyt  on  ciel  ; 
elle  n'en  reçoit  que  du  soleil,  son  mary,  et  de  luy  n'en  reçoit  poinct 
plus  qu'il  luy  en  donne  par  son  infusion  et  aspectz^^  Ainsi  serez  vous 
à  vostre  femme  en  patron  et  exemplaire  de  vertus  et  honesteté,  etcon- 
tinuement  implorerez  la  grâce  de  Dieu  à  vostre  protection. 

90  —  Vous  voulez  doncques  (dist  Panurge,  Allant  les  moustaches  de 
sa  barbe)  que  j'espouse  la  femme  forte  descripte  par  Solomon  ?  Elle 
est  morte,  sans  poinct  de  faulte.  Je  ne  la  veid  oncques,  que  je  saiche; 
Dieu  me  le  veuille  pardonner.  Grand  mercy  toutesfoys,  mon  père. 
Mangez  ce  taillon  de  massepain  ;  il  vous  aydera  à  faire  digestion.  Puys 

95  boirez  une  couppe  de  hippocras  ^^  clairet;  il  est  salubre  et  stoma- 
chal.  Suyvons.  » 


Ligne  85.  E  :  Jupiter  —  E  :  autre  —  E  :  soit  au  —  1.  86.  A  :  elle  n'en  rec\oit  — 
E  :  luy  n'en  recipit  —  E  :  point  —  1.  87.  E  :  aaped  —  1.  88.  E  :  honnestetê  —  1.  91. 
E  :  Salomon  —  1.  92.  E  :  point  —  A  :  veid-^  ;  E  :  vei\  —  E  :  sache  —  1.  93.  A  :  me  le 
veueille  ;  E  :  le  me  vueille —  1.  94.  E  :  massepain  —  E  :  puis  —  1.  95.  E  :  coppe  d' hip- 
pocras 

rem  fortem  quis  inveniet,  etc.  ».  Mais  il  n'y  a  Lodé  et  réimprimé   en    1536  et  1545,    avait 

pas  de  rapports  dans   le  détail  de  l'expression  alors  un  très  grand  succès.  (P.) 
entre   le  texte   de   R.   et   celui   de  la   Bible.  25.  Cette  comparaison  est  un  autre  emprunt 

(P.)  aux  Préceptes  matrimoniaux  de  Plutarque,  IX. 

24.  Cette  comparaison  est  empruntée  aux  (P.) 
Préceptes  matrimoniaux  de  Plutarque,  ouvrage  26.   Vinumbippoci'aticum,  vin  aromatisé  avec 

qui,  traduit  en  français,  en   1533,  par  Jehan  de  la  cannelle.  (D.) 


LE   TIERS   LIVRE. 


^o 


Comment  Rondibilis,  medicin,  conseille  Pamir ge. 
Chapitre  XXXI. 

Panurge,  continuant  son  propous,  dist  : 

(c  Le  premier  mot,  que  dist  celluy  qui  escouilloit  les  moines  beurs' 
5  à  Saussignac  %  ayant  escouillé  le  frai  ^  CauldaureiM,  feut  :  «  Aux 
aultres  ».  Je  diz  pareillement  :  «  Aux  aultres  ». 

«  Czà,  monsieur  nostre  maistre  Rondibilis,  depeschez  moy.  Me 
doibz  je  marier  ou  non  ? 

—  Par  les  ambles  de  mon  mulet  (respondit  Rondibilis),  je  ne  sçay 
10  que  je  doibve  respondre  à  ce  problème.  Vous  dictez  que  sentez  en 

vous    les    poignans   aiguillons  de   sensualité.  Je    trouve    en   nostre 
.  Faculté  de  Medicine,    et  l'avons  prins  de   la  resolution   des  anciens 
platonicques,  que  la  concupiscence  charnelle  est  refrénée  par   cinq 
moyens  K 
15       «  Par  le  vin  . 

—  Je  le  croy  (dist  frère  Jan).  Quand  je  suys  bien  yvre,  je  ne  demande 
qu'à  dormir. 

—  J'entends  (dist  Rondibilis)  par  vin  prins  intempéramment,  car 
par  l'intempérance  du  vin  advient  au  corps  humain  refroidissement 

Ligne  3.  E  :  propos  —  1.  4.  E  :  celuy  —  E  :  moynes  hurs  —  1.  5.  A  :  Sausignac;  E 
E  :  Suasignac  —  E  :  frey  Cauldaureil,  dist  :  —  E  :  autres  —  1.  6.  E  :  dy  —  E 
autres  —  1.  7.  E  :  Ça  —  A  :  despeschei  ;  E  :  depesche  —  1.  10.  E  :  dictes  —  1.  11.  E 
aguillons  —  1.  13.  E  :  platoniques  —  1.  16.  E  :  suis —  I.  18.  E  :  j'entendi 

1.  Burs,  prononciation  parisienne.  Sens  :  de  4-  Chaude-oreille.  R.  s'amuse  du  rapproche- 
couleur  brune,  noirâtre.  (Sainéan,  t.  II,  p.  147       ment  de  frai  et  de  cauld  (chaud). 

gjj,q\  5.  Rondibilis  développe  ici  une    thèse  que 

2.  Peut-être  Saussenac,  diocèse  d'Albi.  On  Plutarque  a  exposée  dans  ses  Symposiaca,  III,  5 
ne  sait  quel  fait  vise  ici  R.  (652  D),  et  que  Tiraqueau  a  reprise  dans  son 

3  Frère  Cf  1  II  ch  vu  1  129  ■«  frai  De  îegihus  conmibialibus,  XV,  <)8.  Cî.  R.E.R., 
Inigo.»      ■       ■  '  '  III,  258.  (P.) 


CHAPITRE    XXXI  235 

20  de  sang,  resolution  des  nerfs,  dissipation  de  semence  generative,  hebe- 
tation  des  sens,  perversion  des  mouvemens,  qui  sont  toutes  imperti- 
nences à  l'acte  de  génération.  De  faict,  vous  voyez  painct  Bacchus, 
dieu  des  yvroignes,  sans  barbe  et  en  habit  de  femme,  comme  tout 
effœminé,  comme  eunuche  et  escouillé.  Aultrement  est  du  vin  prins 

25  temperement.  L'antique  proverbe  nous  le  désigne,  on  quel  est  dict 
que  Venus  se  morfond  sans  la  compaignie  de  Ceres  et  Bacchus  ^  Et 
estoit  l'opinion  des  anciens,  scelon  le  recite  Diodore  Sicilien  ",  mes- 
mement  des  Lampsaciens,  comme  atteste  Pausanias  ^  que  messer 
Priapus  feut  filz  de  Bacchus  et  Venus. 

30  «  Secondement,  par  certaines  drogues  et  plantes,  les  quelles  rendent 
rhomme  refroidy,  maleficié  et  impotent  à  génération.  L'expérience  y  est 
en  nymphxa  heracîia\  amerine  '°,  saule,  chenevé  ",  periclymenos  '% 


Ligne  20.  E  :  nerfi  —  1.  23.  E  :  yvrongues  —  I.  24.  E  :  efféminé  —  E  :  autrement  — 
I.  25 .  E  :  anticque  —  E  :  auquel  —  I.  27.  E  :  selon  —  K,E  :  le  récit  de  Diodore  —  1.  28. 
E  :  le  grand  Pausanias  —  1.  21.  E  -.fut  —  1.  30.  E  :  lesquelles  —  1.  32-33.  E  :  pericli- 
menos,  iemarix 


6.  «  Sine  Cerere  et  Libero  friget  Venus  », 
dit  Térence,  Eunuque,  IV,  5.  Ce  dicton  était 
devenu  proverbial  dans  la  littérature  bachique . 
On  le  rencontre,  par  exemple,  dans  la  Condatu- 
nacion  de  Bancquet,  de  Nicolas  de  la  Chesnaye 
(1507): 

Scavez-vous  que  Terence  en  dit  ? 
Sine  Bacho  friget  Venus. 

Discours  du  docteur  prolocuteiir.  (P.) 

7.  Livre  IV,  ch.  vi,  £  i. 

8.  Livre  IX,  ch.  51,  §2.  Ce  texte,  comme  le 
précédent,  est  cité  par  Tiraqueau,  De  kg.  conn. 
IX,  156,  à  propos  du  proverbe  :  Sine  Cerere 
et  Baccho  friget  Venus.  Voir  R.E.R.,  III,  255. 

9.  Nymphxaalha.  L.  (Nymphéacée)  vuaçata, 
Théophr.,  H.  P.,  IX,  13.  «  Kymphxa  naia  tra- 
ditur  nymphd  :^elotypid  erga  Hercnlem  mortud.  » 
Pline,  XXV,  37.  Il  a  passé  de  tout  temps 
pour  antiaphrodisiaque  :  «  Venerem  in  tolum 
adimit...nymphsea  heraclia.  »  Pline,  XXVI, 
61.  G.  Bouchet  (Serées),  le  recommande  pour 


«  remédier  aux  esguillons  de  la  chair  »  chez 
les  nourrices.  Tauvry  (17 12)  le  dit  propre  à 
«  calmer  les  ardeurs  amoureuses».  Il  n'y  a  pas 
longtemps  que  les  ménagères  sarthoises  en  fai- 
saient ingérer  la  décoction  à  leurs  époux,  réser- 
vistes ou  territoriaux,  à  la  veille  des  périodes 
d'instruction  militaire  pour  se  prémunir  contre 
leurs  infidélités.  (D  ) 

10.  Amerina  (Théophraste,  H.  P.,  I,  5) 
Sabina  ou  .Amerina,  variété  d'osier  à  «baguettes 
grêles  et  rougcs  »,  décrite  par  Columelle,  De  re 
rust.,  IV.,  30.  Sorte  de  saule  utilisée  pour  faire 
des  liens  :  »  Candidior  amerina,  sed  paulo  fra- 
gilior,  ideo  solido  ligat  nexu.  <>  Pline,  H.  N., 
XVI,  69.  Ce  serait,  pour  Fée,  Sali.x  hélix, 
L.  Au  xvie  siècle,  les  Provençaux  appelaient 
amariiiier  un  saule  que  Hugues  de  Solier 
nomme  amerina,  ou  Salixviminalis  et  qui  est, 
pour  Legré,  Salix  viminaiis  L.  Enfin,  pour 
Gillet  et  Magne,  Tamarinier  de  Provence  est 
Salix  vitellina  L.,  var.  de  S.  alha  L. 

Uamcrina   passait    pour     antiaphrodisiaque 


236 


LE   TIERS    LIVRE 


tamarix  '\  vitex  '^  mandragore '^  cigûe'^  orchis  le  petit  '',  la  peau 
d'un  hippopotame  '^  et  aultres,  les  quelles  dedans  les  corps  humains, 


Ligne  34.  E   :  autres. 


sans  doute  à  cause  de  son  emploi  comme  lien 
(magie  analogique  ou  sympathique). 

Si  l'on  dissocie,  dans  ce  passage,  le  saule  de 
l'amérine,  on  peut  aussi  trouver  dans  les  au- 
teurs mention  de  ses  vertus  réfrigérantes  : 
«  Folia  [salicis]  contrita  et  pota  intemperen- 
tiam  libidinis  coercent,  atque  in  totum  auferunt 
usum,  saepiussumpta.  »  Pline,  H.  N.,XX]V,  37. 

Pomorum  in  succo  flos  partus  destruit  hujus. 
Sa  fleur  prise  en  pommé  la  semence  supprime, 
dit  l'École  de  Salerne.  Texte  77. 

Les  vertus  anaphrodisiaques  du  saule  blanc, 
encore  notées  par  Dalechamps,  ont  été  réha- 
bilitées de  nos  jours  :  on  prescrit  avec  avan- 
tage contre  l'éréthisme  génital  l'extrait  fluide 
de  chatons  de  saule  blanc.  (D.) 

1 1 .  Chenevis,  graine  du  chanvre  (Cannabis 
sativa  L.,  Cannabinée  :  «  Semen  cannabis  ex- 
tinguere  genituram  virorum  dicitur.  »  Pline, 
XX,  97.  R.  oublie  l'opinion  contraire  de  Ga- 
lien  {De  alim  fac,  \,  34)  quand  il  répète  que 
la  semence  du  Pantagruelion  «  estainct  en 
l'home  la  semence  generative  qui  en  mange- 
roit  beaucoup  et  souvent  ».  (ch.  XLix)  (D.) 

12.  Nom  donné  par  les  anciens  botanistes  à 
diverses  espèces  de  chèvrefeuille  :  le  Clymenus 
de  Pline  (XXV,  33)  est.  pour  Fée,  Lonkera  pe- 
riclymenuiii  L.  Le  r^icv/X-'iiLviow  de  Dioscoride 
(IV,  14)  est  pour  Fée,  Lonicera  periclymenum 
L.  ?  et,  pour  Sprengel,  Convolvulus  arvensis 
L.  ?  Cependant,  ce  que  Mathiole  figure  (Comm. 
s.  Diosc,  éd.  de  1S62,  p.  522)  sous  le  nom 
de  Periclymenum  est    Lonicera   caprifolium  L. 

Pline  dit,  à  propos  du  Clymenus  :  a  hic  in- 
dicandum  est  dum  medeatur,  sterilitatem 
pota  etiam  viris  fieri.  »  (XXV,  33).  Pour 
Dioscoride,  1.  IV,  ch.  13,  la  feuille  du  Pfrî- 
clymenum  rend  stériles  les  femmes  qui  en 
avalent  pendant  37  jours.  (D.) 


13.  «  On  dit  qu'incorporant  [ses]  cendres 
en  pissat  d'un  bœuf  chastré  et  les  prenant  par 
la  bouche... elles  reffroidiront  entièrement  la 
personne  pour  le  regard  du  jeu  d'amour.  » 
Pline,  H.  N.,  XXIV,  trad.  du  Pinet. 

14.  Vitex  agnus  castiis,  L.,  Gattilier,  Verbé- 
nacée  du  littoral  méditerranéen.  — Latone,  ré- 
fugiée à  Déios,  aurait  abrité  sous  cet  arbrisseau 
sa  fille  Diane,  déesse  de  la  chasteté.  Aussi,  au 
dire  de  Pline,  les  Athéniennes,  obligées  à  la 
continence  pendant  les  fêtes  de  Gérés  ou 
Thesmophories,  en  répandaient  les  feuilles  sur 
leur  lit.  H.  N.,  XXIV,  38.  Les  vertus  anti- 
aphrodisiaques du  vitex  sont  vantées  par  Pla- 
ton, Galien  et  Pline  :  «  Ad  Venerem  itnpetus 
inhibent  »,  dit  Pline  (Joe.  cit.')  de  ses  feuilles  et 
graines.  (D.) 

15.  Mandragora  officinalis,  Mill.,  Solanée. 
Plante  vireuse  déjà  prescrite  par  Hippocrate, 
Galien  et  Gelse  comme  narcotique  pré-opéra, 
toire  (cf.  W.hQcltrc,  La  Mandragore,  Presse  mé- 
dicale, n°  102,  23  décembre  1922,  p.  2138- 
2140),  et  par  Pline  comme  stupéfiante,  H.  N., 
XXV,  94,  mais  non  comme  anaphrodisiaque. 
(D.) 

16.  Conium  inaculatum  L.,  ou  Grande  Ci- 
guë (Ombellifère),  «  Exstinguit  [cicuta]  vene- 
rem...testibus  circa  pubertatem  illita.  «  Pline, 
XXV,  95.  Avicenne  en  dit  autant  (D.) 

1 7.  La  souche  de  nombreuses  Orchidées  pro- 
duit des  ophrydobulbes  ou  bulbotubercules  ; 
l'analogie  des  bulbes  géminés  avec  les  testicules 
a  fait  donner  à  ces  espèces  le  nom  à'Orchis 
op/'.ç,  testicule),  morio  (adf.ov,  parties  géni- 
tales) ou  satyrion.  De  ces  deux  tubercules,  l'un 
assure  la  nutrition  de  la  plante  actuelle  et  se 
flétrit  progressivement  ;  l'autre  emmagasine 
des  réserves  pour  la  pousse  de  l'année  suivante. 
Il  y  en  a  donc  un  gros  et  un  petit.  Selon  Théo- 


CHAPITRE    XXXI  237 

35  tant  par  leurs  vertus  élémentaires  que  par  leurs  proprietez  specificques, 
glassent  et  mortifient  le  germe  prolificque,  ou  dissipent  les  espritz 
qui  le  doibvoient  conduire  aux  lieux  destinez  par  nature,  ou  oppilent  '' 
les  voyes  et  conduictz  par  les  quelz  povoit  estre  expulsé,  comme  au 
contraire  nous  en  avons  qui  eschauffent,  excitent  et  habilitent  l'homme 

40  à  l'acte  vénérien. 

—  Je  n'en  ay  besoing  (dist  Panurge),  Dieu  mercy  et  vous,  nostre 
maistre.  Ne  vous  desplaise  toutesfoys  ;  ce  que  j'en  diz  n'est  par  mal 
que  je  vous  veuille. 

—  Tiercement  (dist  Rondibilis),  par  labeur  assidu;  car  en  icelluy 
45  est  faicte  si  grande  dissolution  du  corps,  que  le  sang  qui  est  par  icelluy 

espars,  pour  l'alimentation  d'un  chascun  membre,  n'a  temps  ne  loisir 
ne  faculté  de  rendre  celle  resudation  séminale  ^°  et  superfluité  de  la 
tierce  concoction^'.  Nature  particuliairement  se  la  reserve,  comme  trop 
plus  nécessaire  à  la  conservation  de  son  individu  qu'à  la  multiplica- 
50  tion  de  l'espèce  et  genre  humain.  Ainsi  est  dicte  Diane  chaste,  laquelle 
continuellement  travaille  à  la  chasse  ".  Ainsi  jadis  estoient  dictz  les 
castres '5,  comme  castes,  es  quelz   continuellement  travailloient   les 


Ligne  36.  E  :  glacent   —  1.  37.  E  :  debvoient  —  1.    38.  E  :  lesqueli  —  1,  39.  E  : 

l'homme  manque  —  1.  42.  E:  dy  —  1.  44.  A,  E  :  (disl  Rondibilis)  manque  —  E  :  iceluy 
—  \.  4$.  E  :  de  corps  —  E  :  iceluy  —  1.  46.  E  :  nba  —  E  :  loysir  —  1.  48.  E  :  parti- 
culièrement—  1.  51.  E  :  estoyent 

phraste  (I.  IX,  ch.   xix),  «  le  plus  grand  des  temps,   la   première    concoction    (stomacale) 

deux  tubercules  de  Torchis  ou   satyrion   pris  transformait  les  aliments  en  chyle  (auj.  chyme) 

dans  du  lait  de  chèvre  favorise  l'acte  vénérien,  — la  deuxième  (hépatique)  perfectionnait  l'éla- 

tandis  qu'au  contraire  le  plus  petit  l'empêche.»  boration  du  chyle  — la  troisième,  prémonitoire 

Cf.  Pline,  XXVI,  62.  A  quelle  espèce  d'orchis  de  l'assimilation,  avait  lieu  aux  extrémités  de 

Rabelais  fait-il  allusion  ?  0.    hifolia  L.   ?  O.  l'arbre  veineux,  dans  l'intimité  des  tissus.  Le 

mascula  L.  ?  0.  viorio  L  ?  (D.)  liquide  spermatique  est  donc  pour  R.,  comme 

18.  «  Venerem  inhibet...  hippopotami  pour  Aristote,  une  sorte  d'excédent  de  l'assi- 
frontis  e  sinistra  parte  pellis  in  inguina  adalli-  milation.  Cf.  Aristote,  Geiur.  anim.,  I,  12, 
gâta.  »  Pline,  H.  N.,  XXXII,  50  et  XXVIII,  10-14.  (D-) 

31.  (D.)  22.  Réminiscence  de  Lucien,  Dialogue  des 

19.  Obstruent,  latinisme,  de  oppilan,  même  Dieux,  19. 

sens.  25.  Camps.    Du   latin  castra,   même   sens. 

20.  Sécrétion  spermatique.  (D.)  Ce  rapprochement  entre  casta  et  castra  es\.  dans 

21.  Dans     les    conceptions    médicales    du  VEtymologicum  d'Isidore  de  Séville  :    «  castra 


238  LE  TIERS    LIVRE 

athlètes   et  soubdars.  Ainsi  escript  Hippocrates,  lib.  de  aère,  aqiia  et 
locis,  de  quelques  peuples  en  Scythie  les  quelz,  de  son  temps,  plus 

55  estoient  impotens  que  eunuches  à  l'esbatement  vénérien  *^,  par  ce  que 
continuellement  ilz  estoient  à  cheval  et  au  travail,  comme  au  contraire 
disent  les  philosophes  oysiveté  astre  mère  de  luxure. 

«  Quand  l'on  demandoit  cà  Ovide  quelle  cause  feut  parquoy  iEgis- 
tus  devint  adultère,  rien  plus  ne  respondoit  si  non  par  ce  qu'il  estoit 

éo  ocieux''^  et  qui  housteroit  oysiveté  du  monde,  bien  toust  periroient 
les  ars  de  Cupido  *^  Son  arc,  sa  trousse  et  ses  flèches  luy  seroient  en 
charge  inutile;  jamais  n'en  feriroit  persone^^  car  il  n'est  mie  si  bon 
archier  qu'il  puisse  ferir  les  grues  volans  par  l'aer  et  les  cerfz  relancez 
par  les  boucaiges,  comme  bien  faisoient  les  Parthes,  c'est  à  dire  les 

65  humains  tracassans  et  travaillans  ;  il  les  demande  quoys  ^^  assis, 
couchez  et  à  séjour. 

«  De  faict,  Theophraste,  quelques  foys  interrogé  quelle  beste,  quelle 
chose  il  pensoit  estre  amourettes,  respondit  que  c'estoient  passions 
des  esprits  ocieux  ^9.  Diogenes  pareillement  disoit  ^°  paillardise  estre 

70  l'occupation  des  gens  non  aultrement  occupez.  Pourtant  Canachus, 
sicvonien  sculpteur,  voulent  donner  entendre  que  oysiveté,  paresse, 
non  chaloir,  estoient  les  gouvernantes  de  ruffiennerie,  feist  la  statue 


Ligne  53.  E  :  soiildars  —  E  :  Hippo.  —  1.  58.  E  :  fut  pourquoy  —  1.  59.  A  :  sy  non 
—  1.  éo.  E  :  osteroit  —  A,  E:  tost  —  1.  éi.  E  -.flesches  —  1.  62.  A,  E  :  personne  —  1.  67. 
E  :  jois —  E  :  quelle  beste  ou  quelle  —  1.  68.  E  :  c'estoit  —  1.  69.  A  :  des  esprit^  ;  E  : 
d'espriti  —  1.  71.  E  :  voulant  —  1.  72.  A  :  ruficnnerie 

sunt  ubi   miles   steterit  ;   dicta  autem  castra  Otia  si  tollas,  periere  Cupidinis  arcus, 

quasi  casta,  eo  quod  ibi  castrarelur  libido.  »  Contemtaeque  jacent  et  sine  luce  faces, 

(p.)  27.  R.  applique  ici  aux  hommes  ce  que,  dans 

24.  «  Minime  autem  fœcunda  ea  gens  est  »,  le  dialogue  de  Lucien  cité  n.  22,  Eres  disait  de 
Hipp.,  de  aère,  aquis  et  locis,  in  Hipp.  Coï. . .  Diane,  qu'il  ne  pouvait  l'atteindre  de  ses  flèches, 
opéra,  éd.  par  Cornaro,  Paris,  Guillard,  1546,  parce  qu'elle  était  sans  cesse  à  courir  dans  les 
in-80,  p.  91.  (D.)  montagnes  :    «   oJoi  y.7.-xla.^.d'/  ajT>jv   oio'vtc, 

25.  D' après  les  Remédia  amoris,  v.  161-162  :  çsjYojsav  av.  o;i  tcov  ôpwv.  »  (P.) 

^        .  .      ,     .    ,  •.  r    .        j  1  28.  Cois,  tranquilles. 

Quaeritis,  Aegisthus  quare  sit  tactus  adulter  :  „.    '     ,     ,  ^  ,. 

^  j    •-■  20.  Cf.  Theophraste,  fragment  114:  raOoç 

In  promptu  caussa  est,  desidiosus  erat.  ^  -    v-  - 

O'jyr,;  ayoAa-ouarjÇ. 

26.  Cf.  Ovide.  Rem.  Am.,  v.  159-140  :  je.  D'après  Diogène  Laërce,  VI,  2,  S  51. 


CHAPITRE    XXXI 


239 


75 


de  Venus  assise,  non  debout  comme  avoient  faict  tous  ses  prede. 
cesseurs  ''. 

ce  Quartement,  par  fervente  estude;  car  en  icelle  est  faicte  incredible 
resolution  des  espritz,  tellement  qu'il  n'en  reste  de  quoy  poulser  aux 
lieux  destinez  ceste  resudation  generative  et  enfler  le  nerf  caverneux  '- 
duquel  l'office  est  hors  la  projecter  pour  la  propagation  d'humaine 
nature. 

ce  Qu'ainsi  soit,  contemplez  la  forme  d'un  homme  attentif  à  quelque 
estude;  vous  voirez  en  luy  toutes  les  artères  du  cerveau  bendées 
comme  la  chorde  d'une  arbaleste  pour  luy  fournir  dextrement  espritz 
suffisans  à  emplir  les  ventricules  du  sens  commun,  de  l'imagination 
et  appréhension,  de  la  ratiocination  et  resolution,  de  la  mémoire  et 
85  recordation  '',  et  agilement  courir  de  l'un  à  l'aultre  par  les  conduictz 
manifestes  en  anatomie  sus  la  fin  du  retz  admirable  ''^  on  quel  se  ter- 


80 


Ligne  76.  E  :  de  quoy  porter  —  1.  77.  E:  nerfi  —  1.  78.  F  :  prajecler  ;  A,  E  :  projeter 
-  l.  81.  E  :  voirrei  —  1.  84.  E  :  rationation  —  1.  85.  E  :  autre  —  1.  86.  E  :  auquel 


31.  C'est  Pausanias  qui  donne  ce  rensei- 
gnement (II,  10,  §  5).  Avant  R.,  Tiraqueau  en 
avait  fait  un  argument  en  faveur  de  sa  thèse. 
Voir  De  leg.  conn. ,  IX,  128.  Dans  ce  même  pas- 
sage, R.  pouvait  trouver  rassemblés  les  témoi- 
gnages d'Ovide,  de  Diogène  et  de  Théophraste. 
Cf.  R.E.  R.,  III,  256.  (P.) 

32.  Les  corps  caverneux  ne  sont  point  des 
nerfs,  mais  sont  constitués  par  du  tissu  érec- 
tile  renfermé  dans  une  gaine  fibreuse.  (D.) 

33.  R.  ne  précise  pas  les  localisations.  L'école 
péripatéticienne,  avec  Albert  le  Grand,  place 
le  sensorium  commune  dans  la  partie  antérieure 
du  cerveau,  Yxstimativa  dans  la  partie  anté- 
rieure et  la  pijantasia  dans  la  partie  moyenne 
du  ventricule  moyen,  la  mémoire  dans  la  par- 
tie postérieure  du  cerveau.  —  Chauliac  situe 
le  sens  commun  dans  la  partie  antérieure  et 
l'Imaginative  dans  la  seconde  partie  du  ventri- 
cule antérieur  ;  la  pensive  et  la  raisonnante  dans 


le  ventricule  mo3'en  ;  la  mémoire  et  recorda- 
tion dans  le  ventricule  postérieur.  —  Monde- 
ville  place  l'imaginative  dans  le  ventricule 
antérieur,  l'appréciative  dans  le  médian,  la 
mémoire  dans  le  dernier.  —  G.  Bigot  localise 
le  sens  commun  dans  le  ventricule  moyen,  avec 
l'estimative  et  l'imaginative  ;  et  la  mémoire 
dans  le  postérieur.  —  A  noter  qu'Aristote 
place  le  sens  commun  dans  le  cœur,  et  que 
Galien  n'en  parle  pas.  Les  termes  suivants 
sont  employés  dans  le  sens  qu'ils  avaient  ordi- 
nairement dans  la  scolastique  :  ïi^nagination 
est  la  faculté  de  se  représenter  les  images, 
V appréhension,  celle  de  les  percevoir  ;  la  mémoire 
consiste  à  se  représenter  un  objet  passé,  comme 
passé  ;  la  recordation  est  l'opération  qui  recon 
struit  un  souvenir  dont  les  images  sont  par- 
tiellement détruites.  Cf.  Gilson,  op.  cit.,  p.  8>- 
87.  (D. P.) 

34.  Le  Plexus  mirabilis.  Cf.  ch.  iv,  n.  25. 


240  LE   TIERS    LIVRE 

minent  les  artères,  les  quelles  de  la  senestre  armoire  ''  du  cœur  pre- 
noient  leur  origine  '^  et  les  espritz  vitaulx  affinoient  en  longs  ambages 
pour  estre  faictz  animaulx,  de  mode  que,  en  tel  personnaige  studieux, 

90  vous  voirez  suspendues  toutes  les  facultez  naturelles,  cesser  tous  sens 

extérieurs,  brief,  vous  le  jugerez  n'estre  en  soy  vivent,  estre  hors  soy 

abstraict  par  ecstase,  et  direz  que  Socrates  n'abusoit  du  terme,  quand 

il  disoit  philosophie  n'estre  aultre  chose  que  méditation  de  mort  ^'. 

«  Par  adventure  est  ce  pour  quoy  Democritus  se  aveugla  ^^,  moins 

95  estimant  la  perte  de  sa  veue  que  diminution  de  ses  contemplations, 
les  quelles  il  sentoit  interrompues  par  l'esguarement  des  œilz. 

«  Ainsi  est  vierge  dicte  Pallas,  déesse  de  sapience,  tutrice  des  gens 
studieux;  ainsi  sont  les  Muses  vierges,  ainsi  demeurent  les  Charités 
en  pudicité  éternelle  ;  et  me  soubvient  avoir  leu  que  Cupido,  quelques 

100  foys  interrogé  de  sa  mère  Venus  pour  quoy  il  n'assailloit  les  Muses, 
respondit  qu'il  les  trouvoit  tant  belles,  tant  nettes,  tant  honestes,  tant 
pudicques  et  continuellement  occupées,  l'une  à  contemplation  des 
astres,  l'autre  à  supputation  des  nombres,  l'autre  à  dimension  des  corps 
geometricques,  l'aultre  à  invention  rhetoricque,  l'aultre  à  composition 

105  poëticque,  l'aultre  à  disposition  de  musique,  que,  approchant  d'elles, 
il  desbandoit  son  arc,  fermoit  sa  trousse  et  extaignoit  son  flambeau, 
par  honte  et  craincte  de  leurs  nuire,  puys  houstoit  le  bandeau  de  ses 
œilz  pour  plus  apertement  les  veoir  en   face  et  ouyr  leurs  plaisans 


Ligne  87.  E  :  lesquelles  —  A  :  ciieur  —  1.  88.  E  :  ambages  —  I.  89.  A,  E  :  de  mode 
quen  —  E  :  personnage  —  1.  90.  E  :  voyrrei  —  1.  91.  E  :  vivant  —  1.  93.  E  :  autre  — 
1.  94.  E  :  Paravanture  —  E  :  pourquoy  —  E  :  s'aveugla  —  1.  96.  E  :  lesquelles  —  E  : 
esgarement  —  A,  E  :  yeulx  —  1.  99.  E  :  souvient  —  1.  99-100.  E  :  quelque  fois  — 
1.  101.  E  :  honnestes — 1.  103.  A  :  Vaultrea  supputation  —  A  :  l'aultre  a  contemplation 
—  1.  104.  E  :  rhétorique  —  I.  105.  E  :  poétique  —  1.  107.  A,  E  :  de  honte  —  E  : 
crainte  —  E  :  leur  —  E  :  puis  ostoit  —  1.  108.  A,  E  :  yeulx  —  E  :  ouir 

35.  Le  ventricule  gauche.  C'est  la  première  au  ventricule  moyen  ;  Bauhin,  Hoffmann,  à 
fois  que  R.  emploie  cette  métaphore.  (D.)  la  substance  cérébrale.  (D.) 

36.  R.  place  ici  le  lieu  de  naissance  ou  37.  Au  témoignage  de  Platon,  dans  le  P/^e'ion, 
transformation  des  esprits   vitaux  ou   esprits  64  A. 

animaux  dans  l'hexagone  de  Willis.  C'est  une  38.  R.  emprunte  ce  trait  soit  au  traité  de 

opinion   personnelle.    Les  Arabes,  suivis  par      Plutarque5ïir /acun'oiiVi'',  531  E,  soit  à  Cicéron, 
du  Laurens  et  Riolan,  en  rapportent  l'origine       TuKulanes,Y ,  39,  §  114. 


CHAPITRE    XXXI 


241 


chantz  et  odes  poëticques  ;  là,  prenoit  le  plus  grand  plaisir  du  monde, 
1 10  tellement  que  souvent  il  se  sentoit  tout  ravy  en  leurs  beaultez  et  bonnes 

grâces,  et  s'endormoit  à  l'harmonie,  tant  s'en  fault  qu'il  les  voulsist 

assaillir  ou  de  leurs  estudes  distraire '^ 

«  En  cestuy  article  je  comprens  ce  que  escript  Hippocrates  on  livre 

susdict,  parlant  des  Scythes,  et,  au  livre  intitulé  De  geniture,  disant 
115   tous  humains  estre  à  génération  impotens  es  quelz  l'on  a  une  foys 

couppé  les  artères  parotides ''°,  les  quelles  sont  à  cousté  des  aureilles, 

par  la  raison  cy  davant  exposée  quand  je  vous  parlois  de  la  resolution 

des  espritz  et  du  sang  spirituel''',  duquel  les  artères  sont  réceptacles; 

aussi  qu'il  maintient  grande  portion  de  la  geniture  sourdre  du  cerveau 
120  et  de  l'espine  du  dours  '♦^ 

«  Quintement,  par  l'acte  vénérien. 

—  Je  vous  attendois  là  (dist  Panurge)  et  le  prens  pour  moy.  Use 

des  pr^ecedens  qui  vouldra. 


Ligne  109.  E  :  chants  —  E  :  poétiques  —  1.    113.  E  :  qu'escript  —  E  :  au  livre  — 
1.  115.  E  :  esqueli —  E:  ha  — E  -.fois  —  1.  né.  A,  E  :  qui  sont  — E  :  costédes  oreilles 
—  1.    117.  E  :  devant  —  1.  119.  A  :  aussy  —  1.  120.  A  :  doux  ;  E  :  dos  —  1.  123.  E  : 
precedens 


39.  R.  développe  ici  avec  un  grand  charme 
poétique  une  idée  qu'il  emprunte  au  dialogue 
de  Lucien  intitulé  :  Aphrodite  et  l'Amour.  Voir 
Plattard,  op.  cit.,  p.  211. 

40.  De  Tjapà,  ouç,  près  de  l'oreille.  Il  n'y  a 
plus  d'artères  parotides  dans  notre  nomen- 
clature anatomique  ;  mais  les  glandes  paro- 
tides sont  traversées  par  l'artère  carotide  ex- 
terne. «  Maxima. . . .  seminis  pars  e  capite 
secundum  aures  in  spinalemmeduUam  fertur  ». 
Hippocr.,  De  Geniturd  liber.  «  Qui  juxtà  aures 
sectionem  experti  sunt,  ii  Venerem  quidem 
exercent,  verùm  semen  paucum,  imbecillem  et 
infoecundum  emittunt.  »  Hipp.,  ibid.  (D.) 

41.  Cetteparenthèse  est  une  digression,  qu'il 
faut  comprendre  ainsi  :  de  même  que  la  resu- 
dation séminale  ne  peut  se  produire  dans  le 
cerveau  des  gens  studieux,  parce  qu'ils  font 
dans  leurs  études  une  incroyable  résolution 
(consommation),  d'esprits  ;  pareillement  cette 

LE    TIERS    LIVRE. 


resudation  générative,  chez  les  gens  aux  artères 
parotides  coupées  (dont  Hippocrate  parle  à 
propos  des  Scythes),  ne  trouve  plus  conduits 
et  voyes  pour  se  rendre  du  cerveau  aux  lieux 
destinés  par  Nature.  Cette  considération  tirée  de 
l'impuissance  des  gens  aux  artères  parotides 
coupées  se  trouve  dans  Tiraqueau,  De  kg. 
conn.,  XV,  23.  Cf.  R.E.R.,  III,  258.  (P.) 

42.  L'épine  dorsale.  «Tenduntenim  in  hanc 
[medullam  spinalem]  ex  omni  corpore  vias,  et 
diffundunt  ex  cerebro  in  lumbos  et  in  medullam. 
Postquam  autem  ad  hanc  medullam  genitura 
pervenerit,  procedit  ad  rhenes, ...  a  rhenibus 
autem  transit  per  medios  testes  in  pudendum.  » 
Hipp.,  de  Geniturd,  éd.  Cornaro,  Paris,  1546, 
p.  31.  Sous  l'épigraphe  :  de  coïtu,  un  dessin 
de  Léonard  de  Vinci  cité  par  Le  Double  (Rab. 
anat.,  p.  231,  note)  montre  des  canaux  char- 
riant le  sperme  du  cerveau  et  de  la  moelle  jus- 
qu'aux testicules.  (D.) 

31 


242  LE   TIERS    LIVRE 

—  C'est  (dist  frère  Jan)  ce  que  Fray  Scyllino  "♦',  prieur  de  Sainct  Vic- 
125  tor  lez  Marseille,  appelle  macération  de  la  chair  ;  et  suys  en  ceste  opi- 
nion (aussi  estoit  l'hermite  de  Saincte  Radegonde,  au  dessus  de 
Chinon)'*''  que  plus  aptement  ne  porroient  les  hermites  de  Thebaïde 
macérer  leurs  corps,  dompter  ceste  paillarde  sensualité,  déprimer  la 
rébellion  de  la  chair,  que  le  feisant  ving  et  cinq  ou   trente  foys  par 

130  jour. 

—  Je  voy  Panurge  (dist  Rondibilis)  bien  proportionné  en  ses 
membres,  bien  tempéré  en  ses  humeurs,  bien  complexionné  en  ses 
espritz,  en  aage  compétent,  en  temps  oportun,  en  vouloir  équitable  de 
soy  marier  :  sïl  rencontre  femme  de  semblable  température,  ilz  engen- 

133  dreront  ensemble  enfans  dignes  de  quelque  monarchie  transpontinC^ 
Le  plus  toust  sera  le  meilleur,  s'il  veult  veoir  ses  enfans  pourveuz. 

—  Monsieur  nostre  maistre  (dist  Panurge)  je  le  seray,  n'en  doubtez, 
et  bien  toust.  Durant  vostre  docte  discours,  ceste  pusse  que  j'ay  en 
l'aureille  m'a  plus  chatouillé  que  ne  feist  oncques.  Je  vous  retiens  de 

140  la  feste.  Nous  y  ferons  chère  et  demie,  je  le  vous  prometz.  Vous  y 
amènerez  vostre  femme,  s'il  vous  plaist,  avecques  ses  voisines,  cella 
s'entend.  Et  jeu  sans  villenie"*^.  » 


Ligne  124.  E  :  ce  que  je  feray  Scyllino  —  1.  125.  E  :  appelle  —  E  :  suis  —  1.  12e.  A 
aussy  —  1.  127.  A,  E  :  pourraient  —  1.  129.  A,  E  -.faisant  vingt  —  1.  129-150.  A,  E 
par  jour  manque  —  I.  133.  E  :  eage  —  1.  134-135.  A  :  engendrant  —  1.  136.  A,  E 
tost  —  1.  138.  A,  E  :  tost  —  1.  139.  E  :  ha  —  1.  141.  E  :  cela  —  I.  142.  E  :  vilenni 

45.  Burgaud  des  Marets  conjecture  que  ce  ermite  nommé  saint  Jean  de  Chinon.  Cette 

personnage  pourrait   être  Roscelino  ou  Ros-  chapelle  est  sous  le  vocable  de  sainte  Rade- 

celin,  qui  fut  prieur  de  Saint- Victor  en  1250.  gonde,  en  souvenir  de  la  visite  de  cette  rt-ine 

44.  Sur  le    coteau    dominant    Chinon    se  à  l'ermite,  i^.f.i?.,  V,  74. 

trouve  l'antique  chapelle  de  Sainte-Radegonde  45.  D'outre-mer. 

creusée  dans  le  roc  et  occupant  la  grotte  d'un  46.  L'expression  était  proverbiale. 


Comment  Rondihilis  declaire  Coqùage  estre  natu- 
rellement des  apennages  de  mariage. 

Chapitre  XXXII. 


a  Reste  (dist  Panurge  continuant)  un  petit  poinct  à  vuider.  Vous 
5   avez  aultres  foys  veu  on  confanon  '  de  Rome  :  S.  P.  Q..  R.  ;  Si  peu  que 
rien^  seray  je  poinct  coqu  ? 

—  Havre  de  grâce'  (s'escria  Rondibilis)  que  me  demandez  vous?  Si 
serez  coqu?  Mon  amy,  je  suys  marié,  vous  le  serez  par  cy  après;  mais 
escrivez  ce  mot  en  vostre  cervelle,  avecques  un  style  de  fer,  que  tout 

10  home  marié  est  en  dangier  d'estre  coqu.  Coqùage  est  naturellement 
des  apennages  de  mariage.  L'umbre  plus  naturellement  ne  suyt  le 
corps  que  Coqùage  suyt  les  gens  mariez,  et,  quand  vousoirez  dire  de 
quelqu'un  ces  trois  motz  :  «  Il  est  marié  »,  si  vous  dictez  :  «  //  est 
doncques,  ou  a  esté,  ou  sera,  ou  peult  estre  coqu  »,   vous  ne  serez  dict 

15   imperit  architecte  de  conséquences  naturelles. 

—  Hypochondres  de  tous  les  diables  (s'escria  Panurge)  que  me 
dictez-vous? 

—  Mon  amy  (respondit  Rondibilis)  Hippocrates,  allant  un  jour  de 


Ligne  2.  A,  E  :  appennages  —  1.  5.  E  :  autrefois  —  E  :  au  confanon  —  1.  6. 
E  :  point  cocu  —  1.  7.  A,  E  :  Avre  —  1.  8.  E  :  cocu  —  E  :  suis  —  1.  9.  E  :  stile  — 
I.  10.  A,  E  :  homme  —  E  :  danger  —  E  :  coquu  —  1.  11.  E  :  appennaiges  —  E  : 
ombre  —  E  :  suit  —  1.  12.  E  :  orrei  —  1.  13.  E  :  dictes  —  1.  14.  E  :  ha  — A,  E  :  peut 
—  E  :  co(]uu 

1.  Gonfanon,  drapeau.  Italianisme.  Cf.  Jus  Que  Romanus,  que  la  ville  de  Rome  avait, 
1.  IV,  ch.  XXIX  :  «  coiifalonnier  des  Ichthyo-  au  moyen  âge,  empruntée  à  l'ancienne  répu- 
phages  ».  blique  romaine.  (P.) 

2.  C'était  là  une  des  interprétations  face-  3.  Port  de  grâce!  euphémisme  pour  Par 
tieuses  des  initiales  de  la  formule  Senatus  Popu-  Dieu  !  (Sainéan,  t.  II,  p.  344-) 


244  LE   TIERS    LIVRE 

Lango  en  Polystylo  ^  visiter  Democritus  le  philosophe,  escrivit  unes 

20  letres  ^  à  Dionys,  son  antique  amy,  par  les  quelles  le  prioit  que  pendent 
son  absence  il  conduist  sa  femme  chés  ses  père  et  mère,  les  quelz 
estoient  gens  honorables  et  bien  famez,  ne  voulant  qu'elle  seule 
demourast  en  son  mesnaige,  ce  neantmoins  qu'il  veiglast  sus  elle 
soingneusement  et  espiast  quelle  part  elle  iroit  avecques  sa  mère,  et 

25  quelz  gens  la  visiteroient  chés  ses  parens  :  «  Non,  escrivoit-il,  que  je 
me  défie  de  sa  vertus  et  pudicité,  laquelle  par  le  passé  m'a  esté 
explorée  et  congnue  ;  mais  elle  est  femme.  Voy  là  tout.  » 

«  Mon  amy,  le  naturel  des  femmes  nous  est  figuré  par  la  lune,  et  en 
aultres  choses  et  en  ceste  qu'elles  se  mussent,  elles  se  constraignent  et 

30  dissimulent  en  la  veue  et  présence  de  leurs  mariz.  Iceulx  absens,  elles 
prenent  leur  adventaige,  se  donnent  du  bon  temps,  vaguent,  trotent, 
déposent  leur  hypocrisie  et  se  declairent  :  comme  la  lune  en  con- 
junction  du  soleil  n'apparoist  on  ciel  ne  en  terre,  mais  en  son  oppo- 
sition, estant  au  plus  du  soleil  esloingnée,  reluist  en  sa  plénitude  et 

35  apparoist  toute,  notamment  on  temps  de  nuyct^  Ainsi  sont  toutes 
femmes  :  femmes. 

«  Quand  je  diz  femme,  je  diz   un   sexe  tant  fragil,  tant  variable, 
tant  muable,  tant  inconstant  et  imperfaict  ^  que  Nature  me   semble 


Ligne  19.  E  :  Polistilo  —  1.  19-20.  E  :  une  lettre  —  1.  20.  E  :  anticque  —  E  :  laquelle 

—  E  :  pendant  —  1.  21 .  E  :  conduisist  —  E  :  chei  —  1.  23.  A  :  néant  moins  —  E  :  veil- 
last  —  1.  24.  E  :  quelle  —  E  :  avec  —  1.  26.  E  :  deffie  —  E  :  vertu  —  E  :  ha  —  1.  27. 
E  :  congneue  —  1.  29.  E  :  autres  — 1.  30.  E  :  présence  —  1.  31.  E  :  prennent  —  1.  32.  E  : 
déposant  —  E  :  déclarent —  1.  35.  E  :  iw  ciel  —  1.  34.  E  :  esloignée  —  l.  35.  E  :  aw  temps 

—  1.  35-36.  E  :  ainsi  sont  toutes  femmes  —  1.  37.  E  :  je  dy  femme,  je  dy  —  E  :  fragile  — 
1.  38.  E  :  imparfaict 

4.  Lango  et  Polystylo  sont  les    noms  mo-      pocrate,  t.  I,  Paris,  Baillière,  1839,  in-80,  intro- 
dernes  des  villes  connues  des  Anciens  sous  les      duction,  p.  426  et  suiv.  (D.) 

noms  de  Cos  et  d'Abdère  (en  Thrace).  6.  Comparaison   empruntée  à  un    texte  de 

5.  Cette  épître,  qui  figure   dans  les  lettres  Plutarque,  Préceptes  mat  ri  tno  11  taux,  IX,  139  C, 
d'Hippocrate  à  la  suite  de  la  collection  hippo-  déjà  utilisé  plus  haut,  ch.  xxx,  1.  84.  (P.) 
cratique,  n'est   pas  plus  authentique   que    les  7.  Cf.  Tiraqueau,   De  leg.  conn.,  IX,   26  : 
autres.  Cf.  Littré,  éd.  des  Œuvres  compl.  d'Hip-  «  Item  inconstantes,  varias,  levés,  vagas,  mo- 


CHAPITRE   XXXri  245 

(parlant  en  tout  honneur  et  révérence)  s'estre  esguarée  de  ce  bon  sens 
40  par  lequel  elle  avoit  créé  et  formé  toutes  choses,  quand  elle  a  basty 
la  femme  ;  et,  y  ayant  pensé  cent  et  cinq  foys,  ne  sçay  à  quoy  m'en 
resouldre,  si  non  que,  forgeant  la  femme,  elle  a  eu  esguard  à  la 
sociale  délectation  de  l'homme  et  à  la  perpétuité  de  l'espèce  humaine 
plus  qu'à  la  perfection  de  l'individuale  muliebrité.  Certes,  Platon  ^ 
45  ne  sçait  en  quel  ranc  il  les  doibve  colloquer  :  ou  des  animaus  raison- 
nables, ou  des  bestes  brutes  ;  car  Nature  leurs  a  dedans  le  corps  posé  en 
lieu  secret  et  intestin  un  animal,  un  membre  ',  lequel  n'est  es  hommes, 
on  quel  quelques  foys  sont  engendrées  certaines  humeurs  salses, 
nitreuses,  bauracineuses  '°,  acres,  mordicantes,  lancinantes,  chatouil- 
50  lantes  amèrement,  par  la  poincture  et  frétillement  douloureux  des 
quelles  (car  ce  membre  est  tout  nerveux  et  de  vif  sentement)  tout  le 
corps  est  en  elles  esbranlé,  tous  les  sens  raviz,  toutes  affections  inte- 
rinées,  tous  pensemens  confonduz  "  ;  de  manière  que,  si  Nature  ne 


Ligne  39.  E  :  esgarée  —  \.  ^o.E  :  ha  basty  —  1.  41 .  A,  E  :  cent  et  cinq  cens  —  E  :  fois 

—  1.  42.  E  :  sinon  —  E  :  ha  eu  esgard  —  1.  44.  E  :  parfection  —  1.  45.  A  :  coUocquer 

—  E  :  animaiiii  5  ^  •  (inimans  —  1.  46.  E  :  leurs  ha  —  1.  47.  E  :  en  bien  secret  —  1.  48. 
E  :  auquel  —  E  -.fois  —  E  :  engendre^  —  E  :  f aises  —  1.  50.  E  :  doloreux  —  1.  50-5 1.  A, 
E  :  desquels  —  1.  52.  E  :  ravy\  —  1.  55.  E  :  confondus 

biles,  instabiles  esse  probat.  »  R.  E.  R.,  III,  d'âcreté  ».  Baurax,  que  R.  écrit  aussi  baurach 

257.  (1.  II,  ch.  33)  et  hourach  (1.  V,  ch.    18)  est  un 

8.  Tout  ce  dé%'eloppement  procède  du  Ti-  mot  arabe  tiré  d'Avicenne.  «  Baurach,  dit  ce 
mée,  90  et  91,  mais  peut-être  indirectement,  car  dernier  (Canon,  t.  I). .  .,  est  fortius  sale  et  est 
R.  le  trouvait  résumé  dans  Érasme,  Eloge  de  ex  génère  virtutis  ejus  ».  Les  Arabes  confon- 
la  Folie,  XVII  :  <.<  Nani  quod  Plato  dubitare  vi-  daient  sous  le  même  nom  de  borax  le  carbo- 
detur,  utro  in  génère  ponat  mutierem,  rationa-  nate  de  soude  (nitre  des  Anciens)  et  le  borate 
lium  animantium  an  briitorum,  nihil  aliud  vo-  de  soude  ;  même  confusion  sous  la  plume  de 
luit  quam  insignem  ejus  sexus  stultitiam  in-  G.  Agricola  et  du  P.  Kircher.  Ces  deux  sels 
dicare.  . .  »,  et  dans  Tiraqueau,  De  leg.  conn.,  ne  seront  bien  distingués  qu'après  les  travaux 
I,  14,  transcrivant  Érasme.  (P.)  de  Homberg,  Baron,  Pott  et  Hœfer.  (D.) 

9.  Organe.  Ce  mot  membre  désigne  chez  11.  Avant  R.,  Tiraqueau  avait  exposé  l'idée 
les  anciens  auteurs,  un  tissu,  un  organe,  un  de  Platon  sur  cette  question  dans  son  De  legi- 
appareil.  Cf.  Avicenne  et  Mondeville,  Anat.,  bus  connubialihus,  {°  95  vo  :  «  Est  enim,  ut 
ch.  I.  (D.)  scribit  Plato  in  Timaeo  et  ex  eo  repetit  Galen  lib. 

10.  Humeurs  salées,  acres,  qui  tiennent  du  6  locorum  affectorum,  c.  5,  vulva  matrixque  in 
borax.  Il  y  a  dans  le  borax,  dit  Lémery,  «  une  feminis  animal  avidum  generanJi.  Quando 
matière  vitriolique  qui   lui  [donne]   beaucoup       procul  a  fœtu  per  astatis  florem  aut  ultra  diu- 


246  LE  TIERS   LIVRE 

leurs  eust  arrousé  le    front  d'un   peu   de    honte,    vous    les    voiriez 

5  5  comme  forcenées  courir  l'aiguillette  '%  plus  espovantablement  que  ne 
feirent  oncques  les  Prœtides '',  les  Mimallonides  ne  les  Thyades'"^ 
bacchicques  au  jour  de  leurs  Bacchanales,  par  ce  que  cestuy  terrible 
animal  a  coUiguance  à  toutes  les  parties  principales  du  corps, 
comme  est  évident  en  l'anatomie. 

60  «  Je  le  nomme  animal,  suyvant  la  doctrine  tant  des  Academicques 
que  des  Peripateticques  ;  car,  si  mouvement  propre  est  indice 
certain  de  chose  animée,  comme  escript  Aristoteles  '^  et  tout  ce  qui 
de  soy  se  meut  est  dict  animal,  à  bon  droict  Platon  '^  le  nomme 
animal,  recongnoissant  en  luy  mouvemens  propres    de    suffocation, 

65  de  praecipitation,  de  corrugation  '',  de  indignation,  voire  si  violens, 
que  bien  souvent  par  eulx  est  tollu  à  la  femme  tout  aultre  sens 
et  mouvement,  comme  si  feust  lipothymie  '^  syncope,  epilepsie, 
apoplexie  et  vraye  resemblance  de  mort.  Oultre  plus,  nous  voyons 
en   icelluy  discrétion  des  odeurs  manifeste,  et  le  sentent  les  femmes 

70  fuyr  les  puantes,  suyvre  les  aromaticques. 

c(  Je  sçay  que  Cl.  Galen  s'efforce  prouver  que  ne  sont  mouvemens 
propres   et  de  soy,  mais  par    accident,   et  que   aultres  de    sa    secte 

Ligne  54.  E  :  verrici  —  1.  55.  E  :  espoventahhment  —  1.  56.  A  :  onq  ;  E  :  oncq  — 
1.  58.  E  -.ha  —  A,  E  :  colligance  —  1.  59.  E  :  à  ranatomie  —  1.  éi.  E  :  les  Peri- 
pateticques —  1.  65.  E  :  précipitation  —  E  :  voyre  —  1.  66.  E  :  autre  —  1.  67.  E  : 
fust  —  A,  E  :  syncope  manque  —  1.  69.  F  :  icelly  —  1.  71.  E  :  mouvement  —  1.  72. 
E  :  qu'autres 

tius  detinetur,  aegre  fert  moram  ac  multum  nues    folles,   se    croyaient    transformées    en 

indignatur,    passimque   per    corpus    oberrans  vaches.  Cf.  Virgile,  Egl.,  VI,  v.  48  : 

meatus  spiritus  intercludit,  respirare  non  sinit,  Prœtides     implerunt     falsis     mugitibus 

extremis  vexât  angustiis,  morbis  denique  cm-  [agros.  (P.) 

nibus  premit,  quousque  cupido  amorque  quasi  14.  Les  Mimallonides  elles  Thyades  étaient  des 

ex  arboribus  fœtum  fructumve  producunt  ».  femmes  qui  prenaient  part  aux  cérémonies  or- 

(P.)  giastiques  du  culte  de  Bacchus.  (P.) 

12.  L'aiguillette  étant  le  cordon  ou  la  tresse,  15.  Cf.  Aristote,  P/m.,  VIII,  1-6. 
ferrée  par  les  deux  bouts,  qui  attachait  la  bra-  16.  Cf.  ?hton,  Phaidre,  245  C. 

guette  aux  chausses,  on  devine  quel  sens  R.  17.  De  plissement  par  rides  (n<^a).  Néolo- 

donnait  à  cette  expression,  qui,  après  lui,  est  gisme. 

devenue  proverbiale.  (P.)  18.  Défaillance,   syncope,  évanouissement  ; 

13.  FillesdePrœtus, roid'Argos,  qui,  deve-  de  Xi:io9u[i.ta  (Hippocrate).  (D). 


CHAPITRE    XXXII 


247 


travaillent  à  demonstrer  que  ne  soit  en  luy  discrétion  sensitive  des 
odeurs,  mais  efficace  diverse  procedente  de  la  diversité  des  substances 

75  odorées.  Mais,  si  vous  examinez  studieusement  et  pesez  en  la  balance 
de  Critolaus  ''  leurs  propous  et  raisons,  vous  trouverez  que,  et  en 
ceste  matière  et  beaucoup  d'aultrcs,  ilz  ont  parlé  par  guayeté 
de  cœur  et  affection  de  reprendre  leurs  majeurs,  plus  que  par 
recherchement  de  vérité. 

80  «  En  ceste  disputation  je  ne  entreray  plus  avant  ;  seulement  vous 
diray  que  petite  ne  est  la  louange  des  preudes  femmes,  les  quelles 
ont  vescu  pudicquement  et  sans  blasme  et  ont  eu  la  vertus  de  ranger 
cestuy  effréné  animal  à  l'obéissance  de  raison.  Et  feray  fin  si  vous 
adjouste  que,  cestuy  animal  assovy  (si  assovy  peut  estre)  par  l'ali- 

85  ment  que  Nature  luy  a  prceparé  en  l'homme,  sont  tous  ses  parti- 
culiers mouvemens  à  but,  sont  tous  ses  appetitz  assopiz,  sont  toutes 
ses  furies  appaisées.  Pourtant  ne  vous  esbahissez  si  sommes  en 
dangier  perpétuel  d'estrecoquz,  nous  qui  n'avons  pas  tous  jours  bien 
de  quoy  payer  et  satisfaire  au  contentement. 

90  — Vertus  d'aultre  que  d'un  petit  poisson  '°  (dist  Panurge)  n'y  sçavez 
vous  remède  aulcun  en  vostre  art  ? 

—  Ouy  dea,  mon  amy  (respondit  Rondibilis),  et  très  bon,  du  quel 
je  use,  et  est  escripten  autheur  célèbre  passé  a  dix  huyct  cens  ans  ^'^ 
Entendez. 


Ligne  76.  E  '.propos  —  1.  76-77.  E  :  qtt^en  ceste  —  I.  77.  E  :  d'autres  —  A,  E  :  gayeté 

—  1.  78.  A:  cueur —  1.  80.  A,  E  :  n'entrer ay  —  1.  81.  A,  E  :  n'est  —  A:  louenge — E: 
prudes  —  1.  82.  E  :  renger  —  1.  84.  E  :  adjouste  —  1.  85.  E  :  /7fl  préparé  —  1.  86.  E  : 
les  appetit\  —  1.  87.  E  :  les  furies  —  1.  88.  E  :  danger  —  E  :  coquu\  —  E  :  tous  les 
jours  —  1.  90.  E  :  Vertu  d'autre  —  1.  91.  E  :  aucun  —  1.  93.  E  :  j'use  —  A,  E  :  auteur 

—  E  :  célébré  —  E  :  dixhuict 

19.  Cette  expression  se  rencontre  fréquem-  Macrobe,  Sat.  I,  5,  §   16,  il   estimait  que  si 

ment  chez  les  humanistes,  et  R.  l'avait  déjà  l'on  plaçait    dans   le    plateau   d'une    balance 

employée  dans  la  dédicace  à  Tiraqueau  de  son  les  biens  de  l'âme  et  dans  l'autre  ceux  du  corps, 

édition  des  Aphorismes  d'Hippocrate  :  «  Mihi  le  premier  l'emporterait,  même  si  l'on  ajoutait 

sanc  rem  totam  arbitranti  atque   ad  Critolai  sur  le  second  la  terre  et  les  mers.  (P.) 

(quod  a\nnx)  lihram  expendenti . . .  ».  Critolaus  20.  Juron   atténué  par  euphémisme,  pour 

était   un  philosophe    péripatéticien    qui   vint  Vertu  Dieu. 

d'Athènes  à  Rome  en   155  av.  J.-C.  D'après  21.  L'autorité    sur    laquelle    Rondibilis    se 


248 


LE   TIERS    LIVRE 


95  —  Vous  estez  (dist  Panurge),  par  la  vertus  Dieu,  homme  de  bien, 
et  vous  ayme  tout  mon  benoist  saoul.  Mangez  un  peu  de  ce  pasté  de 
coins"  ;  ilz  ferment  proprement  l'orifice  du  ventricule  ''',  à  cause  de 
quelque  stypticité  ^"^  joyeuse  qui  est  en  eulx,  et  aydent  à  la  concoction 
première.  Mais  quoy  ?  Je  parle  latin  davant  les  clercs.  Attendez,  que 

100  je  vous  donne  à  boyre  dedans  cestuyhanat  ^^  nestorien  ^*.  Voulez  vous 
encores  un  traict  de  hippocras  ""^  blanc?  Ne  ayez  paour  de  l'esqui- 
nance  ^^  non.  Il  n'y  a  dedans  ne  squinanthi  ^\  ne  zinzembre  '°,  ne  graine 


Ligne  95.  E  :  vertu  bien  —  1.  99.  E  :  devant  —  1.   100. 
10 1.  E  :  encore  —  E  :  d'hippocras  —  A,  E  :  nayei 


A  :    donnes  —  E  :  hanap  — 


fonde  dans  son  exposé,  aux  chapitres  suivants, 
est  Ésope,  d'après  Plutarque,  Consol.  ad  tix. 
VI,  609  E,  et  Consol.  ad  Apollonium,  XIX, 
112  A-B. 

22 .  Coings,  Cydonia  vulgaris  Pers.  Pomacée. 
Les  Cooin:^,  dit  le  traducteur  du  Ciicà  instans 
de  Platerius  (Ed.  Dorveaux),  (t  restraignent 
et  confortent  ». 

23.  C'est  l'estomac,  siège  de  la  première  di- 
gestion ou  concoction  (v.  ci-dessus,  ch.  xiii, 
note  18).  (D.) 

24.  R.  en  parlant  de  stypticité  fait  allusion 
aux  propriétés  astringentes  du  coing  ;  du  grec 
aT'j-Ttx.ô;,  (D.) 

25.  Hanap;  grande  coupe. 

26.  V Iliade  décrit,  ch.  XI,  v.  631  et  suiv., 
la  coupe  de  grandes  dimensions  dont  usait  le 
vieux  Nestor,  grand  buveur. 

27.  Vin  aromatique,  voirch.  xxx,  n.  27. 

28.  Esquinancie,  du  bas-latin  sqtiinancia, 
du  grec  auvay/ï)  ;  quinancie,  esquinancie  (xii- 
xiii«s.);  —  eschinance  (Aldebrandin) —  sque- 
nancie  (Mondeville)  —  esquinance  (Chauliac) 
—  squinance  (Paré).  —  Nom  sous  lequel  on 
confondait  les  angines  et  généralement  toutes 
affections  suffocantes  de  la  gorge  (abcès  rétropha- 
ryngiens,  œdème  de  la  glotte,  phlegmons  amyg- 
daliens,  croup,  faux-croup,  etc.).  A  noter  qu'à 


Ppntacq  (Basses-Pyrénées),  au  xviF  siècle,  on 
appelait  également  esquinancie,  par  extension, 
les  accidents  inflammatoires  de  la  peste  bubo- 
nique :  le  peuple  nommait  esquinances  les  bu- 
bons et  charbons  pesteux,  quel  qu'en  fût  le 
siège  (cf.  G.  Beaurain,  Pontacq,  Basses-Py- 
rénées, Bull,  de  la  Société  de  Borda,  de  Dax, 
49e  année,  2etrira.  1925,  p.  75).  (D.) 

29.  Jonc  odorant,  graminée  aromatique 
de  l'Inde,  qui  entre  dans  la  composition  de 
la  thériaque,  du  diascordium  :  a/oivav6oç 
(Alexandre  de  Tralles);  squinant  (trad.  de 
Platearius,  xiiPs.)  ;  schinanti  (Antidotaire  Ni- 
colas) ;  squinanthi  (G.  Bouchet,  xvi=  s.).  — 
Mot  venu  du  bas-latin  par  voie  byzantine. 
Pour  Mérat  et  de  Lens,  et  Bâillon,  le  ayoïvo; 
de  Dioscoride,  ayoïvo;  eù'oafJLo;  d'Hippocrate, 
est  Andropogon  schœnanthtis  L.  Pour  Dorveaux, 
le  squinant  est  A.  laniger  Desf.,  dont  Hoo- 
ker  fait  une  forme  d'A.  iwarancusa  Roxb.  Cf. 
C.  Joret,  Les  plantes  dans  Vantiquité  et  au 
moyen  âge,  fe  p.,  t.  II  (Paris,  1904),  p.  647- 
648.  (D.) 

30.  Gingembre,  rhizome  du  Zingiber  officinale 
Roscoe(Amomacée).  Apéritif  stomachique.  — 
Gingimbre,  Gingembre  (Zinziber,  Antid.  Ni- 
colas).   Apport  byzantin,   issu    du    bas-latin. 

(D.) 


CHAPITRE   XXXII 


249 


de  Paradis''  ;  il  n'y  a  que  la  belle  cinamome  ^^  triée  et  le  beau  sucre 
fin  ^\  avecques  le  bon  vin  blanc  du  cru  de  la  Deviniere  ^'^,  en  la  plante 
105  du  grand  Cormier,  au  dessus  du  Noyer  groslier  '^  » 


Ligne  104.  E  :  creu  —  1.  105.   E  :  grouslier 


51.  Graine  d'Amomum  grana  paradisi  L., 
malaguette,  maniguette  (Amomacée).  Jadis 
recherchée  pour  sa  saveur  chaude,  épicée  ;  éga- 
lement vantée  par  Lémery  comme  carminative, 
roborative,  diurétique,  emménagogue.  Sans 
doute  plus  ou  moins  confondue  jadis  avec  les 
autres  amomes  et  cardamomes.  (D.) 

32.  Cannelle,  écorce  de  diverses  Lauracées  ; 
Cinnamoninm  leylanicum  Nées.,  Cannelle  de 
Ceylan,  et  C.  cassia  BL,  C.  de  Chine.  — 
Bauhin,  Wieland  (Guilandinus)  pensent  que  le 
Cinnamomitm  des  Anciens  est  la  muscade,  tan- 
dis que  la  cannelle  (C.  cassia)  est  la  Casia  (cas- 


sia) de  Pline.  Les  diverses  cannelles  furent 
longtemps  confondues  dans  le  commerce  sous 
le  nom  de  Cassia  lignea.  (D.) 

33.  Sucre  raffiné.  Ct.  P.  Dorveaux,  le  Sucre 
au  moyen  âge,  Bibl.  hist.  delà  France  médicale, 
no  26,  Paris,  H.  Champion,  191 1,  40  p.  in- 
8°,  p.  11-12.  (D.) 

34.  Voir  1.  L  ch.  V,  n.  100. 

35.  Noyer  dont  les  noix  attirent  les  cor- 
beaux, choucas  ou  groUes.  La  grolle  (gracilîa, 
Du  Cange;  Gralha,  Raynouard)  est  le  cor- 
beau freux,  Corvus  (Tr\panocorax)  frugilegus 
L.  (D.) 


LE   TIERS    LIVRE. 


32 


Comment   Rondibilis,  fiiedtcin,  donne  remède  à    Coqùage, 
Chapitre    XXXIII. 

—  On  temps  (dist  Rondibilis)  que  Juppiterfeist  Testât  de  sa  Maison 
olympicque   et    le   calendrier   de   tous    ses   dieux   et   déesses,  ayant 

5   estably  à  un  chascun  jour  et  saison  de  sa  feste,  assigné  lieu  pour  les 
oracles  et  voyages,  ordonné  de  leurs  sacrifices  '... 

—  Feist  il  poinct  (demanda  Panurge)  comme  Tinteville  *,  evesque 
d'Auxerre?  Le  noble  pontife  aymoit  le  bon  vin,  comme  faict  tout 
homme  de  bien  ;  pourtant  avoit  il  en  soing  et  cure  spéciale  le  bour- 

lo  geon,  père  ayeul  de  Bacchus.  Or  est  que,  plusieurs  années,  il  veid 
lamentablement  le  bourgeon  perdu  par  les  gelées,  bruines,  frimatz, 
verglatz,  froidures,  gresles  et  calamitez  advenues  par  les  festes  des 
s.  George,  Marc,  Vital,  Eutrope,  Philippe,  saincte  Croix,  l'Ascension 
et  aultres  ^  qui  sont  on  temps  que  le  soleil  passe  soubs  le  signe  de 

15   Taurus'^,  et  entra  en  ceste  opinion  que  les  saincts  susditz  estoient 


Ligne  3.  E  :  Au  temps  —  E  :  Jupiter  —  1.  4.  E  :  oîimpicque  —  1.  13.  E  :  Philippes  — 
1.  14.  E  :  autres  —  E  :  au  temps  —  E  :  soubi  —  1.   15.  E  :  susdicti  estoyent 

I.  L'idée  de  cette  parabole  a  donc  été  su  g-  2.  Un  François  de  Dinteville,  ambassadeur  à 

gérée  à  R.  par  un  apologue  ésopique  men-  Rome,  mort  en  1530,  fut  évêque  d'Auxerre. 

tionné  dans  les  deux  passages  des  Consolations  Peut-être  R.  a-t-il  entendu  parlera  Rome  d'une 

de  Plutarque  dont  nous  avons  donné  les  réfé-  réforme   du  calendrier  qui  avait  été  tentée  à 

rences  plus  haut,  ch.  xxxii,  n.  21.  Le  moraliste  Auxerre,  non  par  Dinteville,  mais  par  un  de 

grec  y  raconte  que  le  Deuil  n'étant  pas  pré-  ses  prédécesseurs   Michel  de  Creney,  d'après 

sent  à  la  distribution  des  honneurs   faits  par  Nicolas  de  Clemangis.  (Burgaud  des  Marets.) 

Jupiter  aux  dieux,  se  vit  octroyer  les  honneurs  3.  Les  fêtes  de  saint  Georges,  saint  Marc, 

déjà  accordés  aux  défunts,  c'est-à-dire  les  P/«!ir5  saint  Vital,  saint  Eutrope,  saint  Philippe  et  de 

et  les  Chagrins.  Il  ne  se  plaît   donc  que  chez  la   sainte  Croix  sont    fixées,  respectivement, 

ceux  qui   l'honorent   de  cette    manière  et  il  dans  le  calendrier  romain,  aux23,  25,28,  30 

délaisse  tous  les  autres.  R.  a  ingénieusement  avril,  i"  et  3  mai  ;  l'Ascension  est  une  fête 

adapté  cette  anecdote  à  son  propos,  en  substi-  mobile.  (P.) 

tuant  Cocuage  au  Deuil  et  Jalousie  aux  Chagrins  4.  Le  soleil  passe  le  22  avril  sous  le  signe  du 

et  aux  Pleurs.  (P.)    •  Taureau. 


CHAPITRE    XXXIII  25  I 

saincts  gresleurs,  geleurs  et  guasteurs  du  bourgeon.  Pourtant 
vouloit  il  leurs  festes  translater  en  hyver,  entre  Noël  et  l'Epi- 
phanie ^  les  licentiant,  en  tout  honneur  et  révérence,  de  gresler  lors 
et  geler  tant   qu'ilz  vouldroient  —  la  gelée  lors  en    rien   ne  seroit 

20  dommageable,  ains  evidentement  profitable  au  bourgeon  —  ;  en  leurs 
lieux  mettre  les  festes  des  sainct  Christophle,  sainct  Jan  decollaz, 
saincte  Magdalene,  saincteAnne,  sainct  Dominicque,  sainct  Laurens  *, 
voire  la  Myoust  colloquer  en  May,  es  quelles  tant  s'en  fault  qu'on 
soit  en   dangier    de  gelée    que    lors    mestier  on   monde  n'est    qui 

25  tant  soit  de  requeste  ^  comme  est  des  faiseurs  de  friscades  ^  com- 
poseurs  de  joncades  ',  agenseurs  de  feueillades  '°  et  refraischisseurs 
de  vin. 

—  Juppiter  (dist  Rondibilis)  oublia  le  paouvre  diable  Coqûage, 
lequel   pour   lors    ne    feut   prassent.    11    estoit  à   Paris,    on    Palais, 

30  sollicitant  quelque  paillard  procès  pour  quelqu'un  de  ses  tenanciers 
et  vassaulx.  Ne  sçay  quants  jours  après,  Coqûage  entendit  la  forbe  " 
qu'on  luy  avoit  faict,  désista  de  sa  sollicitation  par  nouvelle 
sollicitude  de  n'estre  forclus  de  Testât,  et  comparut  en  persone 
davant  le  grand  Juppiter,  alléguant  ses  mérites  prascedens  et  les  bons 

35   et  agréables  services  que  aultres  foys  luy  avoit  faict,  et  instantement 

Ligne  lé.  E  :  satuct^  —  E  :  gasteurs  —  1.  17-18.  A  :  Noël  et  a  Typhaine  s  (ainsi  nom- 
mait il  la  tnere  des  troys  Roys)  ;  E  :  Noël  et  la  Typhaine  (ainsi  nommait  il  la  mère  des 
iroys  Roys)  —  1.  21.  A,  E  :  des  s.  —  E  :  Christoflc  —  k  :  s.  Jan  ;  E  :  5.  Jean  —  E  : 
decallati  —  1.  22.  A  :  s.  Magdalene  ;  E:  s.  Magdaleine  —  A,  E  :  s.  Anne,  s.  Dominicqney 
s.  Laurens  —  I.  23.  E  :  voyre  la  my  aoust  —  A  :  collocquer  —  E  :  esquelles  —  1.  24. 
E  :  danger  —  E  :  au  monde  —  l.  25-26.  A,  E  :  composeur...  feueillades  manque  — 
1.  28.  E  :  Jupiter  —  E  :  paoure  —  1.  29.  A,  E  :  présent  —  A,  E  :  au  Palais  —  1.  3 1 .  E  : 
la  force  — 1.  33,  A,  E  :  personne  —  1.  34.  E  :  devant  —  E  :  Jupiter,  allegand  —  I.  35. 
E  :  aygreables  —  E  :  autres  foys  avoit 

5.  Allusion  à  quelque  légende  populaire,  qui  g.  Jonchées.  Terme  méridional,  encore  en 
faisait  sans  doute  de  VÉpiphanie  la  mère  des  usage  à  Toulouse.  Il  s'agit  de  fromages  qu'on 
rois  mages.  laisse  égoutterdans  des  paniers  de  joncs. 

6.  Ces  fêtes  tombent  respectivement  les  lo.  Feuillées.  Mot  forgé  par  R.,  par  analogie 
25  juillet,  le  24  juin,  le  22  et  le  26  juillet,  le  avec  les  deux  mots  de  dialectes  méridionaux 
4  et  le  10  août.  employés    précédemment.    (Sainéan,    t.    II, 

7.  Demandé.  Cf.  ch.  11,  n.  7.  p.  191.) 

8.  Boisson  fraîche.  Terme  provençal.  11.  Fourbe. 


252  LE  TIERS   LIVRE 

requérant  qu'il  ne  le  laissast  sans  feste,  sans  sacrifices,  sans  honneur. 
Juppiter  se  excusoit,   remonstrant  que  tous  ses  bénéfices  estoient 
distribuez  et  que  son  estât  estoit  clous  '^;  feut  toutesfoys  tant  impor- 
tuné par  messer  Coqûage  que  en  fin  le  mist  en  Testât  et  catalogue  et 

40  luy  ordonna  en  terre,  honneur,  sacrifices  et  feste. 

Sa  feste  feut,  pource  que  lieu  vuide  et  vacant  n'estoit  en  tout  le 
calendrier,  en  concurrence  et  au  jour  de  la  déesse  Jalousie  ;  sa  domi- 
nation, sus  les  gens  mariez,  notamment  ceulx  qui  auroient  belles 
femmes;  sessacrifices,soubson,  défiance,  malengroin  '',guet,  recherche 

45  et   espies  "*  des  mariz  sus   leurs   femmes,   avecques   commendement 

riguoureux   à   un  chascun  marié  de  le   révérer  et  honorer,  célébrer 

.    sa  feste  à  double  et  luy   faire   les  sacrifices   susdictz,  sus    peine    et 

intermination  '^   que  à  ceulx  ne   seroit  messer  Coqûage  en  faveur, 

ayde  ne  secours,  qui  ne  l'honoreroient  comme  est  dict  :  jamais  ne 

50  tiendroit  de  eulx  compte,  jamais  n'entreroit  en  leurs  maisons, 
jamais  ne  hanteroit  leurs  compaignies,  quelques  invocations  qu'ilz 
luy  feissent,  ains  les  laisseroit  éternellement  pourrir  seulz  avecques 
leurs  femmes,  sans  corrival  aulcun,  et  les  refuyroit  sempiternelle- 
ment  comme  gens  hasreticques   et  sacrilèges,   ainsi  qu'est    l'usance 

55  des  aultres  dieux  envers  ceulx  qui  deuement  ne  les  honorent  :  de 
Bacchus  envers  les  vignerons,  de  Ceres  envers  les  laboureux,  de 
Pomona  envers  les  fruictiers,  de  Neptune  envers  les  nautonniers,  de 
Vulcan  envers  les  forgerons,  et  ainsi  des  aultres.  Adjoincte  feut 
promesse  au  contraire  infallible   qu'à  ceulx  qui   (comme  est    dict) 

éo  chommeroient  sa  feste,  cesseroient  de  toute  négociation,  mettroient 


Ligne  36.  E  :  ne  laissast  —  1.  37.  E  :  Jupiter  —  A,  E  :  s'excusait  —  A,  E,  F  :  ces  — 
1.  38.  E  :  estoit  clos,  fut  —  1.  39.  A,  E  :  qu'enfin  —\.  41.  E  -.fut  —  E  :  vuydc  —  1.  44. 
E  :  rechercher  —  1.  45.  E:  commandement  — 1.  46.  E  :  rigoureux  —  E  :  honuorer  —  1.  48, 
E  :  qua  ceulx —  1.  49.  E  :  honnoreroient  —  1.  49-50.  E  :  mais  ne  tendrait  —  1.  50.  A, 
E  :  d'eulx  —  1.  52.  E  :  seulx  avec  —  1.  53.  E  :  aulcun  —  1.  54.  A,  E  :  hereticques  — 
1.  55.  E  :  autres  —  E  :  ceuls —  E  :  honnorent  —  1.  56.  E  :  laboureurs  —  1.  57.  E  :fruc- 
tiers  —  1.  58.  E  :  autres  —  E:fut  —  1.  59.  E  :  infalible  —  1.  60.  E  :  chômeraient 

12.  Clos.  15.  Menace.    Latinisme,   formé  sur  intér- 

im. Hargne.  Archaïsme.  miner,    de    intertuinari,    menacer.    (Sainéan. 

14.  Espionnages.  t.  II,  p.  74-) 


CHAPITRE    XXXriI  253 

leurs  affaires  propres  en  non  chaloir  pour  espier  leurs  femmes, 
les  reserrer  et  mal  traicter  par  Jalousie  ainsi  que  porte  l'ordon- 
nance de  ses  sacrifices,  il  seroit  continuellement  favorables,  les  ayme- 
roit,  les  frequenteroit,  seroit  jour  et  nuyct  en  leurs  maisons,  jamais 
65   ne  seroient  destituez  de  sa  prsesence.  J'ay  dict. 

—  Ha,  ha,  ha  (dist  Carpalim  en  riant),  voylà  un  remède  encores 
plus  naïf  que  l'anneau  de  Hans  Carvel.  Le  Diable  m'emport  si  je  ne 
le  croy.  Le  naturel  des  femmes  est  tel  ;  comme  la  fouldre  ne  brise  et 
ne  brusle  sinon  les   matières   dures,  solides,  resistentes,  elle  ne  se 

70  arreste  es  choses  molles,  vuides  et  cedentes,  elle  bruslera  l'espée 
d'assier  sans  endommaiger  le  fourreau  de  velours,  elle  consumera  les 
os  des  corps  sans  entommer  la  chair  qui  les  couvre  :  ainsi  ne 
bendent  les  femmes  jamais  la  contention,  subtilité  et  contradiction 
de  leurs  espritz,  si   non   envers    ce    que   congnoistront   leurs    estre 

75   prohibé  et  défendu  '*. 

—  Certes  (dist  Hippothadée)  aulcuns  de  nos  docteurs  disent  que  la 
première  femme  du  monde,  que  les  Hebrieux  noment  Eve,  à  poine 
eust  jamais  entré  en  tentation  de  manger  le  fruict  de  tout  sçavoir  s'il 
ne  luy  eust  esté  défendu  '^  Q,u'ainsi  soit,  consyderez  comment  le  Tenta- 

80  teur  cauteleux  luy  remembra  on  premier  mot  la  défense  sus  ce  laicte, 
comme  voulent  inférer  :  «  11  t'est  défendu  ;  tu  en  doibs  doncques 
manger,  ou  tu  ne  serois  pas  femme.  » 

Ligne  6i.  E  :  nomhaloir — 1.  63.  A,  E  :  favorable  —  1.  64.  E  :  miict  —  1.  65.  A,  E  : 
présence  —  1.  66.  A  :  voy  la  —  1.  67.  E  :  aneau  —  E  :  Diabre  —  1.  69.  A  :  si  non  — 
1.  69-70.  E  :  s'arresie  —  E  :  vuydes  —  1.  71.  E  -.forreau  —  1.  72.  E  :  entammer  —  1.  74. 
E  :  sinon  —  E  :  leur  estre  —  1.  76.  A  :  dist  Parathadée  —  E  :  aucuns  —  E  :  noi  — 
1.  77.  A  :  Hébreux  —  A,  E  :  nomment  —  E  :  peine  — 1.  78.  A  :  Toutscavoir  —  1.  80. 
E  :  au  premier  —  1.  81.  A  :  voulent  ;  E  :  voulant 

16.  Cette  comparaison  est  empruntée  à  wZ/zW/o;- cunctis  animantibus  terrai  quœ  fecerat 
Plutarque,  Symposiaca,  IV,  2,  §  4.  dominus   Deus,  qui  dixit  ad  mulierem  :  Cur 

17.  Allusion  au  récit  de  la  tentation  d'Eve  preecepit  vobis  Deus  ut  tien  comcderetis  de  omni 
dans  la  Genèse,  III,   i  :   «  Sed  et  serpens  erat  ligna  paradisi  ?  »  (P.) 


Comment  les  femmes  ordinairement  appetent  choses  défendues. 

Chapitre  XXXIIII. 

—  On  temps  (dist  Carpalim)  que  j'estois  ruffien  à  Orléans,  je 
n'avois  couleur  de  rhetoricque  '  plus  valable  ne  argument  plus  per- 

5  suasif  envers  les  dames,  pour  les  mettre  aux  toilles  *  et  attirer  au  jeu 
d'amours,  que  vivement,  apertement,  detestablement  remonstrant 
comment  leurs  mariz  estoient  d'elles  jalons.  Je  ne  l'avois  mie 
inventé.  Il  est  escript,  et  en  avons  loix,  exemples,  raisons  et  expé- 
riences quotidianes.  Ayans  ceste  persuasion  en  leurs  caboches,  elles 

10  feront  leurs  mariz  coquz  infalliblement,  par  Dieu,  sans  jurer, 
deussent  elles  faire  ce  que  feirent  Semyramis  ',  Pasiphaé  ■*,  Egesta  \ 
les  femmes  de  l'isle  Mandés  ^  en  ^Egypte,  blasonnées  par  Hérodote  ' 
et  Strabo  ^  et  aultres  telles  mastines  '. 


Lignes  i  et  2  manquent  dans  A  et  E  —  1.  3.  E  :  Au  temps  —  E  :  esioys  —  1.  4.  E 

vallabîe  —  1.  7.  E  :  niariti  estoyent  —  E  :  jaloux  — 1.  9.  E  :  leur  caboches  —  1.  10.  E 
coquui  —  E  :  Bien  —  \.  12.  E  :  les  femmes  de  Visle,  mandées  en  ^Egypte  —  I.  13.  E 
autres 

1.  L'expression  coî^/rar  ^(;  >7;r'/on'^7(«était  alors  5.  Fille  du  Troyen  Hippotas,  elle  eut  du 
nouvelle  dans  la  langue  française.  Les  huma-  fleuve  Crimisus  transformé  en  chien,  ou  en 
nistes  l'avaient  empruntéeàla  rhétorique  latine.  ours,  un  fils,  héros  éponyme  de  h  ville  sici- 
Budé  dans  ses  Commentarii  lingux  grxcx  lienne  de  Ségeste.  Voir  Servius,  zh  .(Cw^zJ.,  L 
l'avait  expHquée  et  commentée  (p.  416-17  de  554.  (P.) 

l'éd.  de  1529).  Ici,   comme  en   maint  autre  6.  Mendès,  à  l'embouchure  du   Nil.  Elles 

passage  de  R.,  elle  a  le  sens  général  àH ornements  s'unissaient  à  des  boucs  en  l'honneur  de  Pan. 

au  discours.  (P.)  7.  Hérodote,    II,   46,  ne  parle    que    d'une 

2.  Terme  de  vénerie  (voir  1.  II, /)ro/.,  n.  33)  femme  qui  aurait  publiquement  commis  cet 
appliqué  ici  au  pourchas  amoureux.  acte  monstrueux  et  il  ne  la  «  blasonne  »  pas  : 

3.  «  Equum  adamatum  a  Semiramide  il  se  borne  à  rapporter  sèchement  le  fait.  (P.) 
usque  ad  coitum,Juba  autorest.»  Pline, //.N'.,  8.  Strabon,  XVII,  802,  mentionne  cette 
VIII,  42 .  coutume  sur  la  foi  d'un  fragment  de  Pindare 

4.  Fille  du  Soleil,  et  épouse  de  Minos,  elle  (12).  (P.) 

conçut  d'un  taureau  le  Minotaure.  9.  Féminin  de  ntastin,  chien. 


CHAPITRE   XXXIIJI  255 

—  Vrayement  (dist  Popocrates)  j'ay  ouy  compter  que  le  pape 
15  Jan  XXII '°,  passant  un  jour  par  l'abbaye  de  Coingnaufond,  feut  requis 
par  l'abbesse  et  mères  discrètes  leurs  concéder  un  induit  moyenant 
lequel  se  peussent  confesser  les  unes  es  aultres,  alléguantes  que  les 
femmes  de  religion  ont  quelques  petites  imperfections  secrètes,  les 
quelles  honte  insupportable  leurs  est  déceler  aux  hommes  confes- 
20  seurs  "  :  plus  librement,  plus  familièrement,  les  diroient  unes  aux 
aultres  soubs  le  sceau  de  confession.  «  Il  n'y  a  rien  (responditle  pape) 
que  voluntiers  ne  vous  oultroye  ;  mais  je  y  voy  un  inconvénient.  C'est 
que  la  confession  doibt  estre  tenue  secrette.  Vous  aultres,  femmes,  à 
poine  le  cèleriez.  —  Tresbien  (dirent  elles)  et  plus  que  ne  font  les 
25  hommes,  »  Au  jour  propre,  le  Père  Sainct  leur  bailla  une  boyte  en 
guarde,  dedans  laquelle  il  avoit  faict  mettre  une  petite  linote  '\  les 
priant  doulcement  qu'elles  la  serrassent  en  quelque  lieu  sceur  et 
secret,  leurs  promettant,  en  foy  de  pape,  oultroyer  ce  que  portoit 
leur  requeste  si  elles  la  guardoient  secrette;  ce  neantmoins  leurs  fai- 


Ligne  14.  A,  E  :  dist  Pantagruel  —  1.  15.  A  :  par  Fonshervault  "  ;  E  :  par  Fonthe- 
vrault  —  A  :  feut  manque  ;  E  :  fut  —  1.  lé.  E  :  ^/  des  mères  —  E  :  moyennant 
—  ].  17.  E  :  se  manque  —  E  :  autres  —  A,  E  :  allegans  —  I.  18.  A  :  secrettes  —  1.  18- 
19.  E  :  lesquelles  —  1.  19.  E  :  insuportable  leur  —  E  :  ^^  celer  —  1.  20.  A  :  familiai- 
rement  —  E  :  diroyent  —  1.  21 .  E  :  autres  souh\  le  seau  —  E  :  ha  —  1.  22.  E  :  octroyé  — 
E  :  j'y  —  1.  25.  E  :  secrète  —  E  :  autres  —  1,  24.  E  :  peine  —  A,  E  :  la  celer ie\  — 
1.  25.  A  :  leurs  —  1.  26.  E  :  garde  —  1.  27.  A,  E  :  doulcettement  —  E  :  seur  —  1.  28. 
E  :  octroyer  —  1.  29.  E:  gardaient  secrète  —  A  :  néant  moins 

10.  Jacques  Duèze,  de  Cahors,  élu  pape  à  l'abbé  Mollat,   Les  papes  d'Avignon  (1912)  et 

Lyon  le  7  août  13 16,  mort  en  1355.  Il  ne  sor-  le  chanoine  Albe  :  Autour  de  Jean  XXII.  La 

tit  guère  d'Avignon  que  pour  se  rendre  dans  Cour  d'Avignon  (1^2^).  (P.) 

ses  résidences  du  Comtat,  à  Châteauneuf  et  à  11.  L'abbaye  de  Fontevrault  (arr«  de  Sau- 

Sorgues.  Sa  visite  à  Fontevrault  est  donc  pure-  mur)  avait  été  fondée  au  xie  s.  par  Robert 

ment  légendaire.    Son  nom  était  bien  connu  d'Arbrissel.  Les  religieuses  y  auraient  eu,  d'a- 

des  canonistes,  car  il  est  l'auteur  du  recueil  des  près  certains  historiens,  le  privilège  de  se  con- 

Décrétales   dites  Extravagantes.  Il  avait  laissé  fesser  de  leurs  péchés  secrets  à  leur  abbesse, 

la  réputation  d'un  homme  malicieux,   ce  qui  qui  les  renvoyait  à  un  prêtre  pour  en  recevoir 

expliquerait  que  R.  ait  eu  l'idée  de  lui  prêter  l'absolution.  (P.) 

l'invention  d'un  stratagème  pour  éprouver  la  12.  Linotte,  Acanthis    canuahina    L.,    pas- 
discrétion  des  religieuses.  Sur  Jean  XXII,  voir  sereau  de  la  fam.  des  Fringillidae.  (D.) 


256  LE   TIERS    LIVRE 

30  sant  défense  riguoreuse  qu'elles  ne  eussent  à  l'ouvrir  en  façon 
quelconques,  sus  poine  de  censure  ecclesiasticque  et  de  excommuni- 
cation éternelle.  La  défense  ne  feut  si  tost  faicte  qu'elles  grisloient  en 
leurs  entendemens  d'ardeur  de  veoir  qu'estoit  dedans,  et  leurs  tardoit 
que  le  pape  ne  feut  jà  hors  la  porte  pour  y  vacquer.  Le  Père  Sainct, 

35  avoir  donné  sa  bénédiction  sus  elles,  se  retira  en  son  logis.  Il 
n'estoit  encore  trois  pas  hors  l'abbaye,  quand  les  bonnes  dames 
toutes  à  la  foulle  accoururent  pour  ouvrir  la  boyte  défendue  et  veoir 
qu'estoit  dedans.  Au  lendemain,  le  pape  les  visita,  en  intention,  ce 
leurs  sembloit,  de  leurs  depescher  l'induit  ;   mais,    avant  entrer  en 

40  propous,  commanda  qu'on    luy   apportast    sa  boyte.  Elle   luy  feut 

apportée,  mais  l'oizillet    n'y  estoit  plus.  Adoncques   leur   remonstra 

que  chose  trop  difficile  leurs  seroit  receller  les   confessions,  veu  que 

n'avoient  si  peu  de  temps  tenu  en  secret  la  boyte  tant  recommandée  'K 

—  Monsieur  nostre  maistre,  vous  soyez  le  tresbien  venu.  J'ay  prins 

45  moult  grand  plaisir  vous  oyant,  et  loue  Dieu  de  tout.  Je  ne  vous 
avois  oncques  puys  veu  que  jouastez  à  Monspellier,  avecques 
nos  antiques  amys  Ant.  Saporta,  Guy  Bouguier,  Balthasar  Noyer, 
ToUet,  Jan  Quentin,  François  Robinet,  Jan  Perdrier  '■♦  et  François 
Rabelais,  la  morale  comœdie  '^  de  celluy  qui  avoit  espousé  une  femme 

50  mute. 

Ligne  30.  A.  rigoreuse  ;  E  :  rigoureuse  —  E  :  u  eussent  —  A  :  fac\on  —  1.  31. 
E  :  sur  peine  —  1.  32.  E  :  fui  —  1.  33.  E  :  leur  tardoit  —  1.  34.  A  :  Jeust  ;  E  :  fust 

—  1.  35.  F  :  avoit  donné  —  E  :  elle  —  1.  36.  A,  E  :  encores  —  E  :  troys  —  1.  38.  E  : 
que  estoit  —  1.  39.  E  :  leur  semblait  —  E  :  leur  depescher  —  1.  40.  E  :  propos  —  E  :  fut 

—  1.  41.  E  :  oyselet  —  E  :  leurs  —  1.  43.  E  :  avoyent  —  1.  46.  E  :  avoyes  oncques 
puis  —  E  :  jouastes  à  Montpellier  —  1.  47.  E  :  tioi  —  E  :  Sport  a  —  E  :  Bourguier  —  1.  48. 
E  :  Tolet,  Jean  Aprantin,  François  Robinet,  Jean  Perdrier  —  1.  48-49.  A,  E  :  Franc. 
Rabelais — 1.  49.  E  :  tnoralle  comédie  de  celuy 

13.  Cette  anecdote  se  trouve  racontée  dans  Saporta,  le  seul  qui  ait  laissé  un  nom  dans  la 
le  SO«  sermon  de  Jean  Herolt  (Sermoncs  Disci-  médecine  du  temps.  C'était  un  des  chirur- 
puli  de  teinpore,  1476),  et  paraphrasée  en  vers  giens  les  plus  réputés  de  Lyon.  Il  y  publia,  en 
français,  par  Gratien  Du  Pont,  Controverses  des  1540,  La  chirurgie  de  Paiilus  Aegineta,  chez  Et. 
sexes  masculin  et  féminin  (1555).  Cf.  R.E.R.,  Dolet  ;  en  1 5  5 2 ,  des  Opuscules  de  divers  atitheurs 
II,  88.  (P.)  7nédecins,  chez  Jean  de  Tournes.  (P.) 

14.  De  tous  ces  compagnons  d'études  et  de  15.  Les  étudiants  de  Montpellier  se  plai- 
jeux   que   R.  énumère    ici,    Tolet  est,    avec       saient  à  ces  représentations  comiques.  En  1529, 


CHAPITRE    XXXIIII 


257 


—  Je  y  estois  (dist  Epistemon).  Le  bon  mary  voulut  qu'elle 
parlast.  Elle  parla,  par  l'art  du  medicin  et  du  chirurgien  qui  luy 
coupperent  un  encyliglotte  '^  qu'elle  avoit  soubs  la  langue.  La  parolle 
recouverte,  elle  parla  tant  et  tant  que  son  mary  retourna  au  medicin 

5  5  pour  remède  de  la  faire  taire.  Le  medicin  respondit  en  son  art  bien 
avoir  remèdes  propres  pour  faire  parler  les  femmes,  n'en  avoir  pour 
les  faire  taire;  remède  unicque  estre  surdité  du  mary,  contre  cestuy 
interminable  parlement  de  femme.  Le  paillard  devint  sourd  par  ne 
sçay  quelz  charmes  qu'ilz  feirent.  Sa  femme,  voyant  qu'il  estoit  sourd 

éo  devenu,  qu'elle  parloit  en  vain,  de  luy  n'estoit  entendue,  devint 
enraigée.  Puys,  le  medicin  demandant  son  salaire,  le  mary  respondit 
qu'il  estoit  vrayement  sourd  et  qu'il  n'entendoit  sa  demande.  Le 
medicin  luy  jecta  on  dours  ne  sçay  quelle  pouldre,  par  vertus  de 
laquelle  il  devint  fol.  Adoncques  le  fol  mary  et  la  femme  enragée  se 

65  raslierent  ensemble  et  tant  bastirent  les  medicin  et  chirurgien  qu'ilz 
les  laissèrent  à  demy  mors.  Je  ne  riz  oncques  tant  que  je  feis  à  ce 
patelinage  ''. 

—  Retournons  à  nos  moutons  '^  (dist  Panurge).  Vos  paroUes,  trans- 
latées de  barragouin  en  françois,   voulent    dire  que    je    me   marie 

70  hardiment  et  que  ne  me  soucie  d'estre  coqu.  C'est  bien  rentré  de 
treufles  noires  ''.  Monsieur  notre  maistre,  je  croy  bien  qu'au  jour  de 


Ligne  51.  E  :  fy  estois  —  1.  53.  E  :  soubi  —  I.  57.  E  :  unique  —  E  :  sourdité  — 
1.  59-61.  — A,  E  :  Sa  femme...  enraigée  manque  —  1.  éi.  E  :  Puis  —  1.  62-66.  A,  E  : 
Le  medicin...  à  demy  mors  manque  —  1.  66.  E  :  m  —  E  :  fei\  —  1.  68.  E  :  no\  — 
1.  69.  E  :  veulent  —  1.  70.  E  :  coquu  —  1.  71.  A.  E  :  picques  noires 


ils  donnaient  une  moralité  en  langue  vulgaire  :  effet,   la  feinte  de   Thibaut  l'Aignelet  qui  ne 

La  résurrection  de  l'abbé.   Cf.  R.E.R.,  IX,  6.  répond  que  bée  !  à    Pathelin    réclamant    ses 

16.  Encyliglotte  (de   ly.Mliw,   yltôzzix).  Se  honoraires.  Cf.  R.E.R.,  IX,  55.  (P.) 

dit  de  la  brièveté  du  frein  ou  filet  de  la  langue.  18.  L'expression,  tirée  de  la  farce  de  Pathe- 

«  De  ligatione  lingux  quae  ancylion  Jicitur.  Li-  lin,  était  devenue  proverbiale.  Cf.   1.  I,  ch.  i, 

gatio  linguas  quae  ancyloglosson  Grsecis  appel-  n.  20. 
latur.  »  Paul  d'Égine,  VI,  29.  (D.)  19,  Expression  tirée  du  jeu  de  cartes.  Cf. 

17.  La  surdité  du  mari,  qui  ne  veut  pas  en-  \.  I,  ch.  xlv,  1.   68  :  «  C'est  bien  rentré  de 
tendre  la  demande  du  médecin,  rappelle,  en  picques.  » 

LE  TIERS   LIVRE.  53 


258  LE   TIERS   LIVRE 

mes  nopces  vous  serez  d'ailleurs  empesché  à  vos  pratiques  et  que  n'y 
pourrez  comparoistre  ;  je  vous  en  excuse. 

Stercus  et  urina  medici  sunt  prandia  prima  ^°  ; 
75  Ex  aliis paîeas,  ex  istis  collige  grana  *'. 

—  Vous  prenez  mal  (dist  Rondibilis);  le  vers  subséquent  est  tel  : 

Nobis  sunt  signa  ;  vobis  sunt  prandia  digna. 

—  Si  ma  femme  se  porte  mal,  j'en  vouldrois  veoir  l'urine  ",  (dist 
Rondibilis)  toucher  le  pouls  et  veoir  la  disposition  du  basventre  et 

80  des  parties  umbilicares  ^\  comme  nous  commende  Hippo.,  :{.  Apho., 
35,  avant  oultre  procéder  '^. 

—  Non,  non  (dist  Panurge),  cela  ne  faict  à  propous.  C'est  pour 
nous  aultres  légistes,  qui  avons  la  rubricque  de  ventre  inspiciendo  ^K 
Je  luy  appreste  un  clystere  barbarin  ^^  Ne  laissez  vos  affaires  d'ailleurs 


Ligne  72.  E  :  sere\  ailleurs  —  E  :  voi  —  A.  E  :  praticques  —  1-  75-  E  :  paleas  istis 

—  1.  79.  E  :  poulx  —  A  :  bas  ventre  —  1.  80.   E  :  commande  —  A,  E  :  Hippocrates,  2 

—  A  :  Aphoris  ;  E  :  Aporis  —  1.  82.   E  :  n'est  faict  à  propos  —  1.  83.  E  :   autres  — 
1.  84.  E  :  vo\ 

20.  Stercus  et  urina  ntidico  sunt  fercula  pri-  22.  On    sait    quelle  place   l'inspection  des 
ma,  dit  l'école  de  Salerne.  (Coll.  Salem.,  v.)  urines  tenait  dans  les  diagnostics  de  l'ancienne 

Sur  les  variantes  de  cette  facétie,  cf.  Wit-  médecine, 

kowski,  Le  mal  quoti  a  dit  des  médecins,  2=  éd.,  23.  La  région  ombilicale.  (D.) 

Paris,  Steinheil,  s.  d.,  2vol.  in-12,  fe  série,  24.  «  In  omni  morbo  partes  circa  umbili- 

p.  226-227.    On  y  opposait  la   Responsio  medi-  cum  et  pectinem  crassitudinem  habere  melius 

corum  dont  la  teneur  ordinaire  est  :  Sunt  nobis  est.  At  vehemens  tenuitas  et  eliquatio   prava 

signa,  at  vobis  sunt  fercula  digna.  (D.)  est.  Periculosa  vero  talis  est  etiam  ad  infernas 

21.  La  teneur  ordinaire  de  ce  dicton  est  :  purgationes.  »  Hipp.,  Aph.,  §  2,  35.  (D.) 

Dat  Galenus  opes    dat  2$.  De  ventre  inspiciendo  cuslodiendoque  partu 

Justinianus  honores  ^'^  "°  ''''^   ^"^  ^'^"'''  ^^^'    4,    relatif   à 

Ex  aliis  paleas,  etc.  ^^  constatation  de  la  grossesse    de  la  veuve, 

pour  la  légitimité  de  l'enfant  à  naître  après  le 

Rondibilis   reprend  Panurge  qui   a  confondu  décès  du  mari,    question  juridique  à  laquelle 

deux  dictons,  l'un  en  usage  parmi  les  méde-  R.  a  déjà  fait  allusion   au  I.  I,    ch.  m  ;  v.  n. 

cins,  l'autre  chez  les  légistes.  (Cf.  Epist.  Obsc.  42.  (P.) 

Vir.  II,  15,  éd.  Stokes,  p.  170).  (P.)  26.  De  Rhubarbarum,  rhubarbe  ?  clystere  à 


CHAPITRE    XXXIIII  259 

85  plus  urgens.  Je  vous  envoiray  du  rislé  en  vostre  maison,  et  serez  tous 
jours  nostre  amy.  » 

Puys  s'approcha    de   luy  et  luy  mist   en    main,    sans    mot  dire, 
quatre  nobles  à  la  rose  *'. 

Rondibilis    les    print  tresbien,    puys   luy   dist   en  effroy,    comme 

90  indigné  :  «  He,  he,  he,  monsieur,  il  ne  failloit  rien  ^^  Grand  mercy 

toutes  foys.  De  meschantes  gens  jamais  je  ne  prens  rien  ;  rien  jamais 

des  gens  de  bien  je  ne  refuse.  Je  suys  tousjours  à  vostre  commen- 

dement. 

—  En  poyant,  dist  Panurge. 
95       —  Cela  s'entend  »,  respondit  Rondibilis. 


Ligne  85.  E  :  envoyeray  —  I,  85-86,  E  :  tousjours  —  1.  87.  E  :  Puis  —  1.  88.  E  : 
quatres  —  1.  89.  E  :  puis  —  1.  91.  E  :  jamais  ne  prencT^  rien  —  1.  92.  E  :  suis —  l.  92-93. 
E  :  commandement  —  1.  94.  E  -.payant 

la  rhubarbe  ?  ou  synonyme  de  barbare,  barba-  malgré  lui,  II,  8),  semble  avoir  été  emprunté 

resque,  au  sens  de  violent  ?  On  retrouve  l'ex-  par  R.  à  Merlin  Coccaïe,   Macaronécs,  VI  : 

pression  «  clistère  barbarin  »  dans  la  Farce  du  Mox  tradit  extra 

Frère  Guillehert.  Brémond  y  veut  voir  une  allu-  Taschellam  septem  quartos,  quos  prsebuit  illi. 

sion  erotique  (harba,  barbe).  (D.)  Cingar  eos  tollit,  medicorum   more  negantum. 

27.  Monnaie  d'or.  V.  1.  I,  ch.  lui,  n.  8.  Peut-être  était-il  du  répertoire  des  facéties  tra- 

28.  Ce  trait,  que  Molière  a  imité  (^Médecin  ditionnelles  sur  les  médecins. 


Comment  Trouillogan,  philosophe,  traicte  la  difficulté  de  mariage. 

Chapitre    XXXV. 

Ces  parolles  achevées,  Pantagruel  dist  à  Trouillogan  le  philosophe: 

«  Nostre  féal  ',  de  main  en  main  vous  est  la  lampe  baillée  '.  C'est  à 

S  vous  maintenant  de  respondre.    Panurge  se  doibt  il  marier,  ou  non. 

—  Tous  les  deux,  respondit  Trouillogan. 

—  Que  me  dictez-vous  ?  demanda  Panurge. 

—  Ce  que  avez  ouy,  respondit  Trouillogan. 

—  Que  ay  je  ouy  ?  demanda  Panurge. 

10       —  Ce  que  j'ay  dict,  respondit  Trouillogan. 

—  Ha,  ha,  en  sommes  nous  là?  dist  Panurge.  Passe  sans  fluz  '.  Et 
doncques,  me  doibz  je  marier  ou  non  ? 

—  Ne  l'un  ne  l'aultre,  respondit  Trouillogan. 

—  Le  Diable  m'emport  (dict  Panurge)  si  je  ne  deviens  resveur,  et 
15   me  puisse    emporter  si  je   vous  entends.  Attendez,  je  mettray  mes 

lunettes  à  ceste  aureille  guausche,  pour  vous  ouyr  plus  clair.  » 

En  cestuy  instant  Pantagruel  apercent  vers  la  porte   de  la  salle  le 
petit  chien  de  Gargantua,  lequel  il  nommoit  Kym  ^,  pource  que  tel  fut 


Ligne  2.  A,  E  :  XXXIV  —  1.  3.  E  :  paroles  —  1.  5.  F  :  nom  —  \.  7.  E:  dides-vous  — 
1.  10.  A  :  ce  que  je  ay  — 1.  11.  A,  E  :  Ha,  ha...  dist  Panurge  manque  —  1.  11-12.  A  : 
Passe  sans  fini,  dist  Panurge,  me  doihijemarier  ou  non  ;  E  :  Passe  sans  flui,  dist  Panurge, 
me  doits  je  marier  ou  non  —  1.  13.  E  :  autre  —  1.  14.  A,  E  :  dist  —  E  :  ne  manque  — 
1.  15.  A  :  metray  —  1.  lé.  A,  E  :  gausche  —  A  :  ouir  —  1.  17.  A  :  apercieut  —  1.  18. 
A  :  feut 

1.  Fidèle.  Archaïsme.  partem  Merulae  tradere,  isque  indicendi  vicem 

2.  Métaphore  prise  de  la  course  du  flambeau       succedit.  »  (P.) 

en  usage  chez  les  Grecs.  Érasme  l'avait  cata-  3.  Passons  outre!  Expression  empruntée  au 

loguée  dans  ses  Adages,  avec  le  sens  que  lui  jeu  de  cartes.  Cf.  1.  I,  ch.xxii,n.  9,  et  R.  E.  R., 

donne  ici  R.  Cf.  Ad.,  I,  2,  38  :  Cursu  lampada  VI,  19.  Elle  était  employée  par  le  joueur  à  qui 

trado.  «  M.  Varro,  De  re  rustica  (III,    15,  9)  :  manquaient  les  cartes  d'une  même  couleur. 

Quibus  verbis  significat  se  alteram   sermonis  4.  Du  grec  zywv,  chien. 


CHAPITRE  XXXV  26  I 

le  nom  du  chien  de  Thobie  ^  Adoncques  dist  à  toute  la  compaignie  : 
20  «  Nostre  Roy  n'est  pas  loing  d'icy  ^  ;  levons  nous.  »  Ce  mot  ne  feut 
achevé  quand  Gargantua  entra  dedans  la  salle  du  bancquet;  chascun 
se  leva  pour  luy  faire  révérence. 

Gargantua,  ayant    debonnairement  salué   toute    l'assistence,  dist  : 

«  Mes  bons  amys,  vous  me  ferez  ce  plaisir,  je  vous  en  prie,  de  non 

25  laisser  ne  vos  lieux  ne  vos  propous.  Apportez  moy  à  ce  bout  de  table 

une  chaire.  Donnez  moy  que  je  boyve  à  toute  la  compaignie.   Vous 

soyez  les  tresbien  venuz.  Ores  me  dictez  :  sur  quel   propous  estiez 

vous?  » 

Pantagruel  luy  respondit  que,  sus  l'apport  de  la  seconde  table, 
30  Panurge  avoit  propousé  une  matière  problematicque,  à  sçavoir  s'il  se 
doibvoit  marier  ou  non,  et  que  le  père  Hippothadée  et  maistre 
Rondibilis  estoient  expédiez  de  leurs  responses  ;  lors  qu'il  est  entré, 
respondoit  le  féal  Trouillogan.  Et  premièrement,  quand  Panurge  luy 
a  demandé  :  «  Me  doibz  je  marier  ou  non  ?  »  avoit  respondu  :  «  Tous 
35  les  deux  ensemblement  »  ;  à  la  seconde  foys  avoit  dict  :  a  Ne  l'un  ne 
l'aultre.  » 

Panurge  se  complainct  de  telles  répugnantes  et  contradictoires 
responses,  et  proteste  n'y  entendre  rien. 

«  Je  l'entends  (dist  Gargantua)   en  mon   advis.    La  response  est 


Ligne  19.  E  :  de  manque  —  1.  20.  E  :  dicy  —  E  :  fut  —  I.  21.  E  :  que  Gargantua 
—  A,  E  :  banquet  —  1.  25.  E  :  laisser  vo\  lieux  —  E  :  propos  —  1.  27.  E  :  venus  —  E  : 
dictes —  E  :  propos  —  1.  30.  A,  E  :  proposé  —  E  :  asçavoir  —  1.  31.  E  :  debvoit  —  E  : 
les  pères  —  A  :  Parathadée  —  1.  }4.  E  :  ha  —  E  :  doibs  —  1.  35.  A,  E  :  fois  —  1.  36. 
E  :  autre  —  1,  39.  E  :  entend^ 

5.  Cf.  Tohie,   II,    9  :   «  Tune  praecucurrit  Agrippa  d'Aubigné,  FirM^5/tf(t.  II,p.  619):  «  Il 

canis,  qui  simul  fuerat  in  via  et  quasi  nuncius  avoit  nomcanh  :  car,  en  la  vulgate,  il  est  dit  no- 

adveniens,  blandimento   suae   caudas    gaude-  tamment  queca«w  erat  semper  cum  illis.  »(P.) 

bat,  »  L'Ecriture  ne  donne  pas  le  nom  de  ce  6.  Gargantua    n'avait      pas    reparu    dans 

chien.  Peut-être  quelque  commentateur  avait-  l'œuvre  du  conteur  depuis  la  fin  du  Gargantua. 

il  pris  le  nom  commun  du  chien,  dans  le  texte  Dans   le    livre   II,    auquel  se  rattachent   les 

grec,  pour  le  nom  particulier  du  chien  de  To-  premiers  épisodes   du    Tiers  Livre,  il    a  été 

bie.  Il  semble  bien  que  le  nom  de  ce  chien  dit  qu'il  fut  transporté  au  pays  des  Phées  (ch. 

ait  été  un  sujet  traditionnel  de   facéties.  Cf.  xxni).  (P.) 


262  LE  TIERS   LIVRE 

40  semblable  à  ce  que  dist  un  ancien  philosophe  ^  interrogé  s'il  avoit 
quelque  femme  qu'on  luy  nommoit:  «Je  l'ay  (dist  il)  amie,  mais  elle 
ne  me  a  mie  ;  je  la  possède,  d'elle  ne  suys  possédé.  » 

—  Pareille  response  (dist  Pantagruel)  feist  unefantesque^  de  Sparte. 
On  luy  demanda  si  jamais  elle  avoit  eu  affaire  à  homme  ;  respondit 

45  que  non  jamais,  bien  que  les  hommes  quelques  foys  avoient  eu 
affaire  à  elle  '. 

—  Ainsi  (dist  Rondibilis)  mettons  nous  neutre  en  medicine  et 
moyen  en  philosophie,  par  participation  de  l'une  et  l'aultre  extrémité, 
par  abnégation  de  l'une  et  l'aultre  extrémité  et,  par  compartiment  du 

50  temps,  maintenant  en  l'une,  maintenant  en  l'aultre  extrémité. 

—  Le  Sainct  Envoyé  '°  (dist  Hippothadée)  me  semble  l'avoir  plus 
apertement  declairé,  quand  il  dict  :  «  Ceulx  qui  sont  mariez  soient 
comme  non  mariez;  ceulx  qui  ont  femme  soient  comme  non  ayans 
femme.  » 

55  —  Je  interprète  (dist  Pantagruel)  avoir  et  n'avoir  femme  en  ceste 
façon,  que  femme  avoir  est  l'avoir  à  usaige  tel  que  Nature  la  créa,  qui 
est  pour  l'ayde,  esbatement  et  société  de  l'homme  ;  n'avoir  femme  est 
ne  soy  apoiltronner  "  au  tour  d'elle,  pour  elle  ne  contaminer  celle 
unicque  et  suprême  affection  que  doibt  Ihomme  à  Dieu,  ne  laisser  les 


Ligne  40.  E  :  interrogué  —  1.  41.  E  :  nomoit  —  E  :  amie  manque  —  1.  42.  E  :  tna 

—  E  :  suis  —  1.  45.  E  :  fois  —  1.  48.  A  :  moien  —  E  :  autre  —  1.  49.  E  :  autre  —  1.  50. 
E  :  autre  —  1.  51.  E  :  Parathadée  —  1.  52  :  appertement  —  E  :  dist  —  1.  53.  E  :  ayant 

—  1.  55.  E  :  dict  —  1.  56.  E  :  facion  —  1. 58.  A,  E  :  autour  —  1.  59.  E  :  doit 

7.  Aristippe,  dont  le  mot  fameux  :  ïy  w  Aa!-  et  Lacon.  Apophtegmata,  24.  Cf.  Erasme,  Apoph. 
8a,  iÀX'oùz  ïyo^o.1,  est  rapporté  par  Diogène  Lacxnanim,  30  :  «  Lacaena  rogata  num  virum 
Laërce,  II,  8,  §  56,  Athénée,  XII,  63,  544  D,  accessisset:  Non,  inquit,  sed  ille  ad  me.  »  (P.) 
Cicéron,  Ad  Div.,  IX,  26  et  Érasme  dans  ses  10.  Le  Saint  Envoyé  est  Saint  Paul.  Voir 
Apophtegmata  m  (AT\st\pp\iS,  31)  :  «  Cuidam  dans  la  I'^^  Épttre  aux  Corinthiens,  VII,  29  : 
objicienti  quod  philosophus  haberetur  a  Laide  '•  «  Reliquum  est  ut  et  qui  hahent  uxores,  tanquam 
Imo  Lais,   inquit,   habetur  a  me,  non  ego  a  non  hahentes  sint.  »  (P.) 

Laide.  »  (P.)  11.  Ce   verbe  a  été  formé  par  R.  de  pol- 

8.  Servante;  de  l'italien/rtn/iî^cfl, même  sens.       tron,    qui  signifie,  au    xvie   s.,  paresseux    et 

9.  D'après  Plutarque,  Cok;w^.  Praetc/^/fl,  18,       lâche. 


CHAPITRE    XXXV  263 

éo  offices  qu'il  doibt  naturellement  à  sa  patrie,  à  la  Republicque,  à  ses 
amys,  ne  mettre  en  non  chaloir  ses  estudes  et  négoces,  pour  conti- 
nuellement à  sa  femme  complaire.  Prenant  en  ceste  manière  avoir  et 
n'avoir  femme,  je  ne  voids  répugnance  ne  contradiction  es  termes.  » 

Ligne  61 .  E  :  nonchaloir  —  1.  63.  A  :  voyds  ;  E  :  voy 


Continuation  des  responscs  de   Trouiîlogan,  philosophe  ephecticque 

et  pyrrhonien. 

Chapitre  XXXVI. 

—  Vous  dictez  d'orgues  '  (respondit  Panurge)  mais  je  croy  que  je  suis 
5  descendu  on  puiz  ténébreux  onquel  disoit  Heraclytus  estre  Vérité 
cachée  \  Je  ne  voy  goutte,  je  n'entends  rien,  je  sens  mes  sens  tous 
hebetez  et  doubte  grandement  que  je  soye  charmé  '.  Je  parleray 
d'aultre  style.  Nostre  féal,  ne  bougez  ;  n'emboursez  rien.  Muons  de 
chanse  "♦  et  parlons  sans  disjunctives  '  ;  ces  membres  mal  joinctz  vous 
10  faschent,  à  ce  que  je  voy. 

ce  Or  ça,  de  par  Dieu,  me  doibz  je  marier  ? 

Trouillogan.  Il  y  a  de  l'apparence. 

Panurge.  Et  si  je  ne  marie  poinct? 

Trou.  Je  n'y  voy  inconvénient  aulcun. 
15       Panur.  Vous  n'y  en  voyez  poinct  ? 

Tro.  Nul,  ou  la  veue  me  déçoit. 

Pan.  Je  y  en  trouve  plus  de  cinq  cens. 

Tro.  Comptez  les. 


Ligne  i.E  :  ephesiicque.  —  1.  3.  A  :  XXXV;  E  :  XXXIII  —  1.  4.  E  :  dictes  —  A  :  siiys 
—  1.  5.  E  :  ûM  —  A,  E  :  puyi  —  A  :  on  quel;  E  :  auquel  —  E  :  Heraclitus  —  1,  8.  E  ; 
autre  —  E  :  emborseï  —  1.  11.  A  ;  cia  —  1.  13.  A,  E  :  ne  me  marie  —  1.  14.  E  : 
TRO  —  F  :  incontinent  —  E  :  aucun  —  1.  15-27.  A,  E  :  PANVR.  —  Vous  ny  en 
voye\  poinct...  A  vostre  commandement  manque 

1.  Vous  dites  parfaitement, aussi  harmonieu-  Démocrite.  Cf.  1.  II,  ch.  xviii,  n.  32.  (P.) 
sèment  que  l'orgue  (Sainéan,  1. 1,  p.  366).  Cf.  3.  Enchanté. 

I.  IV,  ch.  III  :  «  Voicy  (dict  Panurge)  qui  dict  4.  Métaphore  empruntée  au  jeu  de  dés.  La 

d'orgues.  »  (P.)  chance  (cadentia)  était  primitivement  la  chute 

2.  Pour  la  seconde  fois,  R.  prête  à  Héra-      des  dés. 

dite  une  sentence  que  les  anciens  attribuent  à  5.  Terme  de  dialectique.  Cf.  ch.  xxii,  n.  24. 


CHAPITRE   XXXVI  265 

Pan.  Je  diz  improprement  parlant,  et  prenent  nombre  certain  pour 
20  incertain,  déterminé  pour  indéterminé,  c'est  à  dire  beaucoup. 

Trouil.  J'escoute. 

Panur.  Je  ne  peuz  me  passer  de  femme,  de  par  tous  les  diables. 

Trouil.  Houstez  ces  villaines  bestes. 

Panur.  De  par  Dieu  soit,  car  mes  salmiguondinoys  disent  coucher 
25  seul,  ou  sans  femme,  estre  vie  brutale,  et  telle  la  disoit  Dido  en  ses 
lamentations^. 

Trouil.  A  vostre  commandement. 

Panur.  Pe  le  quau  Dé  \  j'en  suis  bien.  Doncques,  me  mariray  je  ? 

Trouil.  Par  adventure. 
30       Pan.  M'en  trouveray  je  bien  ? 

Tro.  Scelon  la  rencontre. 

Pan.  Aussi,  si  je  rencontre  bien,  comme  j'espoire  *,  seray  je  heureux  ? 

Tro.  Assez. 

Pan.  Tournons  à  contrepoil.  Et  si  rencontre  mal  ? 
35       Tro.  Je  m'en  excuse. 

Pan.  Mais  conseillez  moy,  de  grâce.  Que  doibs  je  faire  ? 

Tro.  Ce  que  vouldrez. 

Pan.  Tarabin,  tarahas  ^. 

Tro.  Ne  invocquez  rien,  je  vous  prie. 
40       Pa.  On  nom  de  Dieu  soit  ;  je  ne  veulx  sinon  ce  que  me  conseil- 
lerez. Que  m'en  conseillez-vous  ? 


Ligne  28.  A  :  PANV.  Pe  le  qiiaude  ;  E  :  PAN.  :  Pelé  quaudé  —  E  :  marie- 
ray  je  —  1.  29.  A  :  Ti?.  ;  E  ;  TRO.  —  1.  30.  A  :  PANVR.  ;  E  :  P^.  —  1.  3 1 .  E  :  Seloti 
—  1.  32.  A,  E  :  PA.  —  A  :  Aussy  —  E  :  fespere  —  1.  34.  A,  E  :  PA.  —  1.  35.  A  : 
TROU.  —  1.  36.  A,  E  :  PA.  —  1.  37.  E  :  TR.  —  1.  38.  A,  E  :  PA.—  I.  39.  A  : 
TROUIL.  ;  E:  TR.  —  \.  40.  A  :  PANUR.  —  E  :  Au  nom  —  1.  40-41.  E  :  con- 
seillei 

6.  Virgile,  Enéide,  1.  IV,  v.  550  :  g.  On  prononçait  :  espère.  Cf.  L  I,  ch.  ix, 
Non  licuit  thalami  expertem  sine  crimine  vitam       n.  5  5 . 

DQgere  more  fers...                            (P.)  9.  Et  patatietpatata  !  Cf.  1.  II,  ch.  xii.n.  40. 

7.  Par  le  corps  Dieu!  juron  poitevin.  Cf.  La  réponse  de  Trouillogan  montre  que  ces 
par  la  merdê,  par  la  mère  de  Dieu,  1.  I,  ch.  xiii,  "^ots  étaient  une  sorte  d'imprécation  diabo- 
QQ^g  .r  lique  ou  de  formule  magique. 

LE  TIERS   LIVRE,  34 


2éé  LE    TIERS    LIVRE 

Tro.  Rien. 

Pan.  Me  mariray  je  ? 

Trou.  Je  n'y  estois  pas  '°. 
45       Pan.  Je  ne  me  mariray  doncques  poinct. 

Tro.  Je  n'en  peu  mais. 

Pan.  Si  je  ne  suys  marié,  je  ne  seray  jamais  coqu? 

Tro.  Je  y  pensois. 

Pan.  Mettons  le  cas  que  je  sois  marié. 
50       Tro.  Où  le  mettrons  nous? 

Pan.  Je  dis  :  prenez  le  cas  que  marié  je  soys. 

Tro.  Je  suys  d'ailleurs  empesché. 

Pa.  Merde  en  mon  nez.  Dea,  si  je  ausasse  jurer  quelque  petit  coup 
en  cappe  ",    cela   me   soulageroit   d'autant.    Or   bien,    patience.    Et 
5  5  doncques,  si  je  suys  marié,  je  seray  coqu  ? 

Tro.  On  le  diroit. 

Pa.  Si  ma  femme  est  preude  et  chaste,  je  ne  seray  jamais  coqu  ? 

Tro.  Vous  me  semblez  parler  correct. 

Pa.  Escoutez. 
60       Tro.  Tant  que  vouldrez. 

Pan.  Sera  elle  preude  et  chaste  ?  reste  seulement  ce  poinct. 

Trouil.  J'en  doubte. 

Pan.  Vous  ne  la  veistez  jamais  ? 

Tro.  Que  je  sache. 


Ligne  42.  E  :  TR.  —  1.  43.  A,  E  :  PA.  Me  doibs  je  marier  —  1.  44.  A  :  TROUIL.  ; 
E  :  TR.  —  E  :  estoys  —  1.  45.  A,  E  :  PA.  —  A  :  donq  ;  E  :  doncq  —  1.  46.  A,  E  :  TR. 

—  E  :  peiii  —  1.  47.  A,  E  :  P^.  —  E:  suis  —  E  :  coquu  —  1.  48.  A  :  Ti?.  ;  E  :  TRO. 
manque  —  E  :  pensoys  —  1.  49.  A  :  PANUR.  ;  E  :  PA.  —  A,  E  :  soys  —  1.  50-51. 
A,  E  :  TRO.  Ou  le  mettrons  nous...  que  marié  je  soys  manque  —  1.  5  2.  E  :  TR.  —  E  :  suis, 

—  1.  53.  E  :  PAN.  —  E  :  j'osasse  —  1.  53-54.  A,  E  :  coup  en  rohhe  —  1.  54.  A  :  sou- 
laigeroit  —  I.  55.  E  :  suis  —  E  :  coquu  —  1.  56.  E  :  disait  —  1.  57.  A,  E  :  PAN.  — 
.E  '.prude  —  E:  coquu  —1.  58.  E  :  TROU.  —  \.  60.  E  :  TR.  —  \.  6î.  E  :  PA.  —  E  : 
prude  —  1.  62.  A,  E  :  ri?.  —  1.  63.  A  :  PA.  ;  E  :  PAN.  manque  —  E  :  veistes  —  1.  64. 
E  :  T.  Que  je  saiche 

10.  Désormais,  Trouillogan  cesse  de  parler      berner  Panurge  par  des  réponses  facétieuses, 
en    philosophe    pyrrhonien    :    il    s'amuse    à  11.  Sous    cape,    à   la     dérobée. 


CHAPITRE   XXXVI  267 

65       Pan.     Pourquoy    doncques    doublez    vous   d'une    chose   que    ne 
congnoissez? 

Tro.  Pour  cause. 

Pa.  Et  si  la  congnoissiez  ? 

Tro.  Encores  plus. 
70       Panu.  — Paige,  mon  mignon,  tien  icy  mon  bonnet;  je  le  te  donne, 
saulve  les  lunettes,    et  va  en  la  basse  court   jurer  une  petite  demie 
heure  pour  moy  ;  je  jureray  pourtoy  quand  tu  vouldras.  —  Mais  qui 
me  fera  coqu  ? 

Trouil.  Quelqu'un. 
75       Panur.  Par  le  ventre  beuf  de  boys  '^  je  vous  froteray  bien,  monsieur 
le  quelqu'un. 

Trou.  Vous  le  dictez. 

Pan.  Le  diantre,  celluy  qui  n'a  poinct  de  blanc  en  l'œil  m'emporte 
doncques,  ensemble  si  je  ne  boucle  ma  femme  à  la  Bergamasque  '', 
80  quand  je  partiray  hors  mon  serrail. 

Tr.  Discourez  mieulx. 

Pan.   C'est  bien   chien   chié    chanté  '-^  pour  les  discours.  Faisons 
quelque  resolution. 

Tr.  Je  n'y  contrediz. 
85       Pa.  Attendez.  Puis  que  de  cestuy  endroict  ne  peuz  sang  de  vous 
tirer,  je  vous  saigneray  d'aultre  vene.  Estez  vous  marié,  ou  non  ? 

Tr.  Ne  l'un  ne  l'aultre,  et  tous  les  deux  ensemble. 

Pa.  Dieu  nous  soit  en  ayde.  Je  sue,  par  la  mort  beuf 'S  d'ahan, 
et   sens   ma   digestion    interrompue.   Toutes  mes   phrenes  '^   meta- 


Ligne  65.  A,  E  :  PA.  —  A  :  donques  —  1.  67.  A,  E  :  TR.  —  1.  68.  E  :  congnoisseï  — 
l.  69.  A,  E  -.TR.  —  1.  70.  A,  E  :  PA.  —  I.  71.  E  -.sauve  —  1.  73.  E:  coquu  —  1.74- 
A,  E  :  ri?.  —  1.  75.  A,  E  :  P^.  —  A  :  hois  —  E  :  frotteray  —  1.  77.  A,  E  :  TR. — 
E  :  dictes  —  1.  78.  A,  E  :  PA.  —  E  :  celui  qui  n'ha  —  A,  E  :  m'emport  —  l.  82.  A, 
E  :  PA.  —  E  :  chien  chien  chonté  —  1.  85.  A  :  Puys  —  E  :  endroit  —  1.  86.  E  :  d'autre 
—  E  :  Estes  vous  —  1.  87.  E  :  autre  —  I.  88.  A  :  aide  —  E  :  pour  la  mort  —  1.  89.  E  : 
interrumpue 

12.  Voir,  chap.  XX,  1.  48,  une  forme  plus  14.  C'est  bien  dit.  Cf.  1.  I,  ch.  v,  n.  $0. 
simple  de  ce  juron  euphémique.  15.  Euphémisme  pour  :  par  la  mort  Dieu. 

13.  Les  ceintures  de  chasteté  étaient  primi-  16.  Phrènes,  çpÉvsç,  diaphragme.  «  Les  an- 
tivement  fabriquées  à  Bergame,  en  Itahe.  ciens,    dit    Paré,   ont  appelle  le   diaphragme 


268  LE  TIERS    LIVRE 

90  phrenes'',  et  diaphragmes  sont  suspenduz  et  tenduz  pour  incornifisti- 
buler'^enlagibbessierede  mon  entendement  ce  que  dictez  et  respondez. 
Tr.  Je  ne  m'en  empesche. 
P.  Trut  avant  '^  Nostre  féal,  estez  vous  marié  ? 
Tr.  Il  me  l'est  advis. 
95       Pa.  Vous  l'aviez  esté  une  aultre  foys  ? 
Tr.  Possible  est. 

Pa.  Vous  en  trouvastez  vous  bien  la  première  fois  ? 
Tr.  Il  n'est  pas  impossible. 

Pa.  a  ceste  seconde  fois,  comment  vous  en  trouvez  vous  ? 
100       Tr.  Comme  porte  mon  sort  fatal. 

Panur.  xMais  quoy  ?  A  bon  essiant,  vous  en  trouvez  vous  bien  ? 
Trouil.  Il  est  vray  semblable. 

Panu.    Or    ça,    de    par    Dieu,    j'aymeroys,   par    le    fardeau     de 

sainct  Christofle  ^°,  autant  entreprendre  tirer  un  pet  d'un  asne  mort  ^' 

J05   que  de  vous  une  resolution.  Si  vous  auray  je  à  ce  coup.  Nostre  féal, 

faisons   honte  au  Diable  d'enfer  ;  confessons  vérité.   Feustez    vous 


Ligne  91.  E  :  gibessiere  —  E  :  dicles  —  1.  93.  A,  E  :  PA.  —  E  :  estes  —  1.  95.  E 
autre  —  A  :  fois  —  1.  97.  E  :  irouvastes  —  I.  99.  F  :  PA.  manque  —  1.  loi.  A,  E 
PA.  —  E:  essient  —  1.  102.  A,  E  :  TR.  —  1.  103.  A,  E  :  PA.  —  A  :  cia  —  A,  E 
faymcrois  —  1.  loé.  E  :  Feustes 

phrenes,  qui  est  à  dire  mens  et  pensée  en  fran-  phragme,  Bull,  et  mém.  de  la  Soc.  d'anthropo- 

çois.pour  ceque  alors  qu'il  est  affligé  d'inflam-  logie  de  Paris,  t. III, 7e  S.,  1922, p. 48-54. (D.)  , 
mation  ou  de  solution  de  continuité,  la  raison  17.   Métaphrènes  :  région  de  la  partie  pos- 

est  blessée  pour  la  coUigeance  qu'il  a  avec  le  térieure  du  thorax  correspondant  à  l'étage  des 

cerveau.  » —  «  Hoc  veteres  philosophi  et  poe-  vertèbres  dorsales.  «  La  partie  postérieure  du 

tae  «ppÉvsç  vocarunt...  quasi  prudentiîe  sit  par-  thorax  nommée  meta phrène  est  faite  de  douze 

liceps,  aut  quod  mentis  domicilium  sit  :  cppr,v  vertèbres  »,  dit  A.  Paré,  yi«a/.,  1.  VI,  ch.  xviii. 

enim  mens  dicitur.  Hippocrates  çpÉve;  quidem  (D.) 

ubique  appellavit,  non  quod  sapere  aut  ad  sa-  18.   Filtrer  comme    à    travers  un    cornet, 

pientiam  quicquam  conferre  existimarit,  sed  Terme  burlesque,  d'origine  toulousaine  (Sai- 

ob  niiram  cjus  cum  cerebro  synipathiam.  »(Du  néan,  t.  II,  p.  401). 

Laurens,  Historia  anatomica  Jmmani  corporis,  19.   Cri  de  l'ânier  qui  veut  faire  avancer  sa 

Francfort,  M.  Becker,  s.  d.,  in-fo,  p.  343.)  bête. 

Cf.  Petit,  Sur  la  conception  ancienne,  anato-  20.   Le  Christ  enfant.  Cf.  ch.xxiii,  n.  25. 

niique,  physiologique  et  psychique  du  muscle  dia-  21 .   Même  expression,  1.  I,  ch.  xv,  1.  47. 


CHAPITRE  XXXVI  269 

jamais  coqu  ?  Je  diz  :  vous  qui  estez  icy  ;  je  ne  diz  pas  :  vous  qui  estez 
là  bas  au  jeu  de  paulme. 

Trouil.  Non,  s'il  n'estoit  praedestiné. 

iio  Pan.  Par  la  chair,  je  renie  ;  par  le  sang,  je  renague";  par  le  corps, 
je  renonce.  Il  m'eschappe.  » 

A  ces  motz,  Gargantua  se  leva  et  dist  :  «  Loué  soit  le  bon  Dieu 
en  toutes  choses.  A  ce  que  je  voy,  le  monde  est  devenu  beau  filz 
depuys  ma  congnoissance  première.  En  sommes  nous  là  ?  Doncques 

iï5  sont  huy  les  plus  doctes  et  prudens  philosophes  entrez  on  phrontis- 
tere  ^'  et  escholle  des  pyrrhoniens^-^,  aporrheticques^^  scepticques  et 
ephectiques  *^  ?  Loué  soit  le  bon  Dieu.  Vrayement,  on  pourra  doré- 
navant prendre  les  lions  par  les  jubés  ^^  les  chevaulx  par  les 
crains,    les  bœufz    par   les  cornes,  les    bufles  par   le    museau,    les 

120  loups  par  la  queue,  les  chèvres  par  la  barbe,  les  oiseaux  par  les 
piedz  ^^  ;  mais  jà  ne  seront  telz  philosophes  par  leur  parolles 
pris.  Adieu,  mes  bons  amys.  » 

Ces  motz  prononcez,  se  retira  de  la  compaignie.  Pantagruel  et  les 
aultres  le    vouloient    suyvre,   mais   il  ne    le  voulut  permettre. 

Ligne  107.  E  :  coqtiu  ?  Je  dy  —  E  :  estes  icy  —  E:  dy  —  E  :  estes  —  1.  109.  A  :  TRO.  ; 
E  :  TR.  —  E  -.prédestiné  —  1.  iio.  A,  E  :  PA.  —  1.  iio-iii.  A,  E  :  je  renie,  je 
renonce.  Il  m'eschappe  —  1.  114.  E  :  depuis  —  A  :  Donqiies  —  1.  115.  E  :  entre\  au 
phontistere  —  1.  né.  A,  E  :  eschole  — E  :  apporrheticques  —  1.  117-118.  E  :  doresnavant 
—  1.  118.  E  :  lyons  —  1.  118-119.  A,  E  :  !es  chevaulx  par  les  crains  manque  —  1.  119. 
A  :  beufi  —  1.  120.  A  :  oiseaulx  ;  E  :  oyseaulx  —  1.  120-121.  A,  E  :  le  pied  —  1. 121. 
A,  E  :  leurs  —  1.  122.  E  :  prins  —  1.  123.  E  :  provuncei  —  1.  124.  E  :  autres  —  E  : 
vouloyent  —  A  :  suivre 

22.  Forme  languedocienne  de  je  renie  {SaÀ-  sait,  on  traduisait  tt  on  commentait  beaucoup 
néan,  t.  II,  p.  347).  les  Acadéviiqiies  de  Cicéron  (voir  Busson,   op. 

23.  Proprement  /)^w50îV,  du  grec  ip&ovtta-  czï.,  p.  260).  Ce  scepticisme  de  certains  huma- 
Tr|ptov.  nistes  delà  Renaissance  avait  trouvé  son  expres- 

24.  Pyrrhon,  philosophe  grec,  fut  le  chef  de  sion  dans  le  De  tncertitudine  et  vanitate  scientia- 
la  secte  des  sceptiques.  nmi  de  H.  C.  Agrippa.  (P.) 

25.  Néologisme,  de  à;:oppriTi>'.ot,  incertains;  27.  Crinières.  Latinisme,  de  Jiiba,  même 
nom  donné  aux  sceptiqnes.  sens. 

26.  Néologisme,  de  èçey.Ti/.o',  formé  sur  £-£-  28.  Tout  ce  développement  paraît  avoir 
■/£iv,  suspendre  son  jugement.  pour  point  de  départ  un  brocard  de  droit  que 

R.  constate  donc  que  de  son  temps  le  scep-  R.  traduit  en  partie  ici  :  verba  ligant  homines, 
ticisme  avait  fait  des  progrès.  En  effet,  on  li-       Unironivi  cormia  Juties.  (P.) 


270  LE   TIERS    LIVRE 

125       Issu  Guargantua  de  la  salle,  Pantagruel  dist  es  invitez  : 

c(  Le  Timé  de  Platon,  au  commencement  de  l'assemblée,  compta 
les  invitez  ;  nous,  au  rebours,  les  compterons  en  la  un.  Un,  deux, 
trois '^  Où  est  le  quart  ?  N'estoit  ce  nostre  amy  Bridoye?  » 

Epistemon  respondit  avoir  esté  en  sa  maison  pour  l'inviter,  mais 

130  ne  l'avoir  trouvé.  Un  huissier  du  Parlement  myrelinguoys  en 
Myrelingues  ^°  l'estoit  venu  quérir  et  adjourner ''  pour  personellement 
comparoistre  et  davant  les  sénateurs  '^  raison  rendre  de  quelque 
sentence  par  luy  donnée.  Pourtant  estoit  il  au  jour  procèdent 
departy,    affin    de  soy    reprsesenter    au  jour  de   l'assignation  et    ne 

135  tomber  en  deffault  ou  contumace. 

«Je  veulx  (dist  Pantagruel)  entendre  que  c'est.  Plus  de  quarante  ans 
y  a  qu'il  est  juge  de  Fonsbeton  ;  icelluy  temps  pendent  a  donné  plus 
de  quatre  mille  sentences  définitives.  De  deux  mille  trois  cens  et 
neuf  sentences   par   luy  données   feut  appelle  par   les    parties  con- 

140  demnées  en  la  Court  souveraine  du  Parlement  mirelinguoys  en 
Mirelingues;  toutes  par  arrestz  d'icelle  ont  esté  ratifiées,  approuvées 
et  confirmées,  les  appeaulx  ''  renversez  et  à  néant  mis.  Que  mainte- 
nant doncques  soit  personellement  adjourné  sus  ses  vieulx  jours  ; 
il,  qui,  par  tout  le  passé,  a  vescu  tant  sainctement  en  son  estât,  ne 

145   peut  estre  sans    quelque  desastre.  Je  luy  veulx  de  tout  mon  povoir 


Ligne  126.  E  :  des  Platon  —  1.  130.  A,  E  :  Pallement  —  E  :  myrelingoys  —  1.  131. 
E  :  quérir  el  manque  —  A  :  personnellement  ;  E  :  personnel  —  1.  132.  E  :  devant  — 
1.  133.  E  :  précèdent  —  1.  134.  E  :  représenter  —  \.  i^j.  E  ;  y  ha  —  E  :  iceluy  —  E  : 
ha  donné  —  1.  138.  E  :  diffinitives  —  I.  139.  E  :  fut  —  1.  139-140.  E  :  condannées  — 
1.  140.  A,  E  :  Pallement  —  A  :  myrelinguoys  ;  E  :  myrelingois  —  1.  141.  A  :  Myre- 
lingues ;  E  :  Myrelingue  —  1.  143.  E  :  donques  —  A,  E  :  personnellement  —  E  :  vieux 


29.  Cf.  le  début  du  Timèe,  17  A  :  «  e!;,  ôûo,  celle  d'Aîbingues  (ch.  xxvii,  n.  32)  (Sainéan, 
rpetç,  ô    5È  Sri    TÉtapToç   r][xtv,  w    (pt'Xe  Tt'[j.at£,  t.  II,  p.  451). 

Ttou...  ».  «Un,  deux,  trois,  mais  le  quatrième,  31.   Assigné  à  comparaître  au  jour  fixé, 

où  est-il,  ô  mon  cher  Timée...  ?  »  (P.)  32.   Titre  donné  sous  l'influence  des  huma- 

30.  Nom  de  fantaisie,  forgé  par  R.  de  mire  nistes  aux  magistrats  des  cours  souveraines.  (P.) 
(cî."myrelimofie ,\,  xxii,n.  i']6,Qtmi)elaridaine,  33.  Appels.  L'expression  mettre  à  néant  un 
IV,  xvi)  et  d'une  finale  en  ingurs  analogue  à  appel  était  du  langage  judiciaire  du  temps. 


CHAPITRE    XXXVI  27 1 

estre  aidant  en  aequité.  Je  sçay  huy  '"^  tant  estre  la  malignité  du  monde 
aggravée  que  bon  droict  a  bien  besoing  d'aide,  et  praesentement 
délibère  y  vacquer  de  paour  de  quelque  surprinse.  » 

Allors  feurent  les  tables  levées.  Pantagruel  feist   es   invitez  dons 
150  précieux    et   honorables   de    bagues,  joyaulx   et    vaissele,    tant  d'or 
comme  d'argent,  et,  les  avoir  '^  cordialement  remercié,  se  retira  vers 
sa  chambre. 


Ligne  14e.  E  :  équité  —  E  :  estre  manque  —  1.  147.  E  :  ha  —  A  :  de  aide  ;  E  : 
d'ayde  —  E  :  présentement  —  1.  148.  E  :  peur  —  1.  149.  E  :  Alors  furent  — E  :  feit  — 
1.  150.  E  :  vaisselle 

34.  Aujourd'hui.  35.   Après   les  avoir.    Cf.    ch.   i,   n.   2,  et 

Huguet,  p.  357. 


Comment  Pantagruel  persuade  à  Panurge  prendre  conseil  de  quelque  fol. 

Chapitre   XXXVII. 

Pantagruel,  soy  retirant,  apercent  par  la  guallerie  Panurge  en  main- 
tien de  un  resveur,  ravassant  et  dodelinant  de  la  teste,  et  luy  dist  : 

5  ce  Vous  me  semblez  à  une  souriz  empegée  '  ;  tant  plus  elle  s'efforce 
soy  depestrer  de  la  poix,  tant  plus  elle  s'en  embrene.  Vous,  sembla- 
blement  efforsant  issir  hors  les  lacs  de  perplexité,  plus  que  davant  y 
demourez  empestré,  et  n'y  sçay  remède  fors  un.  Entendez  :  J'ay 
souvent  ouy  en  proverbe  vulguaire  qu'un  fol  enseigne  bien  un  saige. 

10  Puys  que  par  les  responses  des  saiges  n'estez  à  plein  satisfaict,  con- 
seillez vous  à  quelque  fol.  Pourra  estre  que,  ce  faisant,  plus  à  vostre 
gré  serez  satisfaict  et  content.  Par  l'advis,  conseil  et  prasdiction  des 
folz  vous  sçavez  quants  princes,  roys  et  republicques  ont  esté  con- 
servez, quantes  ^  batailles  guaingnées,  quantes  perplexitez  dissolues. 

15  a  Jà  besoing  n'est  vous  ramentevoir  les  exemples.  Vous  acquies- 
cerez en  ceste  raison  ;  car,  comme  celluy  qui  de  près  reguarde  à  ses 
affaires  privez  et  domesticques,  qui  est  vigilant  et  attentif  au  gouver- 
nement de  sa  maison,  duquel  l'esprit  n'est  poinct  esguaré,  qui  ne  pert 
occasion  quelconque  de  acquérir  et  amasser  biens  et  richesses,  qui 

20  cautement  sçayt  obvier  es  inconveniens  de  paoùreté,  vous  appeliez 
saige  mondain  \  quoy  que  fat  soit  il  en  l'estimation  des  intelligences 


Ligne  2.  A  :  Chap.  36  \E  :  Cha.  XXXVI .  —  1.  3.  A  :  apercieut  ;  E  :  apperceui  —  A, 
E  :  gallerie  —  1.  4.  A,  E  :  d'un  —  E  :  dosdelinant  la  teste  —  1.  6.  A  :  poyx  —  1.  7. 
E  :  samblablement  efforçant  yssir  —  E  :  laci  —  E  :  devant  —  I.  9.  A,  E  :  vulgaire  — 
1.  10.  E  :  Puis  —  E  :  sages  n  estes  à  plain  —  1.  13.  A,  E  :  républiques  —  1.  14.  E  : 
gaignées  —  1-  15.  E  :  ramenteveoir  —  1.  lé.  E  :  celuy  —  E  :  regarde  —  1,  18.  E  : 
esgaré  —  1.  19.  A  :  quiconques  ;  F  :  queconques  —  1.  20.  E  :  sçait  —  E  :  Vappellei  — 
1.  21.  E  :  quoy  que  faisait  il  en  ha  l'estimation 

1.  Empêtrée  dans  la  poix,  V.  1.  II,  ch.  m,  3.  Sage  selon  le  monde.  L'expression  ap- 
n.  6.                                                                           partient  aux  livres  d'édification  et  de  spiritua- 

2.  Combien.  Archaïsme.  lité.  (P.) 


CHAPITRE   XXXVII  273 

cœlestes,  ainsi  fault  il,  pour  davant  icelles  saige  estre,  je  diz  sage  et 
praesage  par  aspiration  divine,  et  apte  à  recepvoir  bénéfice  de  divi- 
nation, se  oublier  soymesmes,  issir  hors   de  soymesmes,  vuider  ses 

25  sens  de  toute  terrienne  affection,  purger  son  esprit  de  toute  humaine 
sollicitude  et  mettre  tout  en  non  chaloir,  ce  que  vulguairement  est 
imputé  à  follie. 

«  En  ceste  manière  feut  du  vulgue  imperif*  appelle  Fatuel  le  grand 
vaticinateur  Faunus^  filz  de  Picus,  roy  des  Latins.  En  ceste  manière 

30  voyons  nous  entre  les  jongleurs  \  à  la  distribution  des  roUes,  le  per- 
sonaige  du  Sot  et  du  Badin  '  estre  tous  jours  représenté  par  le  plus 
périt  et  perfaict  joueur  de  leur  compaignie.  En  ceste  manière  diserjt 
les  mathématiciens^  un  mesmes  horoscope  estre  à  la  nativité  des  roys 
et  des  sotz  ^  et  donnent  exemple  de  ^Eneas  et  Chorœbus  '°,  lequel 

35  Euphorion  "  dict  avoir  esté  fol,  qui  eurent  un  mesme  genethliaque. 

«  Je  ne  seray  hors  de  propous  si  je  vous  raconte  ce    que  dict  Jo. 

André  '%  sus  un  canon  dé  certain  rescript  papal  addressé  au  maire  et 


Ligne  22.  E  :  célestes  —  E  :  faut  il  faire  pour  devant  —  E  :  Jj'  —  1.  23.  E  :  presaige 
—  1.  24.  E  :  s'oublier  —  E  :  yssir  —  1.  25.  A  :  terriene  —  1.  26.  E  :  soUcitude  —  A,  E  : 
vulgairement  —  1.  27.  E  :  folie  —  1.  28.  E  :  fut  —  1.  29.  E  :  feunus  —  1.  29-35.  A, 

E  :  En  ceste  manière mesme  genethliaque  manque  —  1.  36.  E  :  propos  —  E  :  foan  — 

1.  37.  E  :  sur 


4.  Néologisme,  créé  par  R.  du  latin  :  vul-  Sénèque,  Apokohkyntose,  \,  'l  i  \  sentence  ca- 
gusimperitum,  foule  grossière.  taloguée  par  Érasme  dans  ses  Adages,  I,  3,  i. 

5.  Faunus,  père  de  Latinus,  fut,  d'après  (P.) 
Servius,  i«  ^«ezd.,  VII,  47,  surnommé/a/MM5,  10.  Chorœbus,  fils  du  roi  phrygien  Myg- 
parce  qu'il  prédisait  l'avenir  (fatum).  Voir  ch.  don,  fiancé  à  Cassandre,  fut  massacré,  pen- 
XXIV,  1.  62.  R.  joue  sur  le  double  sens  de /a-  dantle  sac  de  Troie,  devant  l'autel  de  Minerve. 
tiius,  qui  signifie  à  la  fois  devin  et  7iiais.  (P.)  Son  égarement,  pendant  les  derniers  moments 

6.  Pris  au  sens  de  bateleurs,  de  joueurs  de  de  sa  vie,  était  passé  en  proverbe.  Cf.  Érasme, 
farces.  Adages,  II,  9,  64  :  Stultior  Corœbo,  citant  Ser- 

7.  Mot  d'origine  provençale,  ayant  le  double  vius,  in  jEneid,  II,  341.  (P.) 

sens  de  badaud  et  du  personnage  comiqtie.  (Sai-  11.  L'autorité    d'Euphorion,    historien     et 

néan,  t.  II,  p.  189.)  poète,  bibliothécaire  d'Antiochus  le  Grand,  est 

8.  Astrologues.  alléguée  par  Servius,   in  uEueid.,  II,  341.  (P.) 

9.  «  Autregem,  aut  fatuum  nasci  oportet»,  12.  Giovanni  Andréa,  glossateur  du  xv^  s. 

LE   TIERS    LIVRE.  35 


274  LE   TIERS    LIVRE 

bourgeoys  de  la  Rochelle  '',  et  après  luy  Panorme  '*  en  ce  mesmes 
canon,  Barbatia  '"'  sus  les  Pandectes,  et  recentcment  Jason  '^  en  ses 

40  Conseilz,  de  Seigny  Joan,  fol  insigne  de    Paris,  bisayeul  de  Caillette. 

«  Le  cas  est  tel.   A  Paris,  en  la  roustisserie  du  Petit   Chastelet,  au 

davant  de  l'ouvrouoir  d'un  roustisseur,  un  faquin  mangeoit  son  pain 

à  la  fumée  du  roust,  et  le  trouvoit,  ainsi  perfumé,  grandement  savoureux. 

Le  roustisseur  le  laissoit  faire.  En  lin,  quand  tout  le  pain  feut  baufré, 

45  le  roustisseur  happe  le  faquin  au  collet  et  vouloit  qu'il  luy  payast  la 
fumée  de  son  roust.  Le  faquin  disoit  en  rien  n'avoir  ses  viandes 
endommaigé,  rien  n'avoir  du  sien  prins,  en  rien  ne  luy  estre  débiteur. 
La  fumée,  dont  estoit  question,  evaporoit  par  dehors  ;  ainsi  comn-e 
ainsi  se  perdoit  elle  ;  jamais  n'avoit  esté  ouy  que   dedans  Paris  on 

50  eust  vendu  fumée  de  roust  en  rue.  Le  roustisseur  replicquoit  que  de 
fumée  de  son  roust  n'estoit  tenu  nourrir  les  faquins'',  et  renioit,  en 
cas  qu'il  ne  le  payast,  qu'il  luy  housteroit  ses  crochetz.  Le  faquin  tire 
son  tribart  et  se  mettoit  en  défense.  L'altercation  feut  grande.  Le 
badault   peuple    de    Paris  accourut   au  débat    de   toutes  pars.   Là  se 

Ligne  38.  A  :  bourgeois  —  E  :  mesme  —  1.  41.  E  :  roustherie  —  E  :  ChasteUet  —  1.  42. 
E  :  devant  — E  :  routisseur  —  1.  45.  E  :  rost  —  E  :  parfumé  —  1.  44.  E  :  rostissaur  — 
E  :  fut  —  1.  45.  A  :  colet  —  1.  47.  E  :  emiomagc  —  1.  48.  E  :  doud  —  A  :  quaestion 
—  1.  50.  E  :  rost  —  A,  E  :  répliquait  —  1.  51.  E  :  rost  — A  :  rcnïoit  —  1.  52.  E  :  oste- 
roit  —  1.  5  5.  E  -.fut 

13.  Cerescritdupape  Honorius  III  :  Majori  et  15.  Barbatias,  jurisconsulte  italien  du  xve  s. 
Burgensihus  de  Rupeîla,  fait  partie  des  Décrélales  16.  Maïnus,  dit  Jason  (1485-1519),  juriscon- 
de  Grégoire  IX  (I,  4,  10).  Sur  le  sens  de  ce  suite  italien  fameux  par  ses  Responsa  ou  Con- 
rescrit,  voir  Plattard,  Adolescence  de  R.  en  Poi-  silia.  Cf.  1.  II,  ch.  x,  n.  30.  —  R.  peut  avoir 
/OH,  p.  138.  En  fait,  l'anecdote  que  Pantagruel  emprunté  cette  liste  de  références  à  Tira- 
va  raconter  e.st  citée  à  propos  d'une  lettre  d'In-  queau,  qui  raconte  cette  même  anecdote,  dans 
nocent  III  à  l'évéque  de  Poitiers,  qui  figure  la  ^^  éà'iùon  du  De  legihus  conitubialibiis  (^1^46), 
quelques  pages  avant  la  lettre  d'Honorius  III  et  ajoute,  p.  144  :  «  Quam  quidera  quasstio- 
au  maire  de  La  Rochelle.  Voici  le  teste  d'An-  nem  non  potuisset  Cato  aut  Gratianus,  ut  di- 
dré  :  «  Unus  fatuus  Parisiensis  sonum  unius  cunt  Jo.  And.  et  Panorm..  justius  decidere. 
turonensis  pro  odore  assnti  (un  rôti)  tabernario  Hanc  quoque  historiam  post  illos  recenset  Barb. 
compensandoaltercationem  ipsiuscum  paupere,  in  1.  I,  col.  7,  versic.  pone  quod  furiosus,  55, 
quod  adodorem  illum  panem  unum  in  ponte  De  Verhonim  oblig.,  et  Jason,  Consil.  178.  » 
comedcrat,  diffinivit  :  quod  forsan  Catoni  vel  (P-) 
Gratianorevelatum  non  fuisset.  »  (P.)  17.  Portefaix.   Italianisme  (facchino,  même 

14.  Nicolas  Tedesco,  dit  le  Panormitain.  V.  sens),  entré  dans  la  langue  dès  le  xve  s.  (Sai- 
1.  II,  ch.  X,  n.  56.  néan,  1. 1,  p.  138-9.) 


CHAPITRE    XXXVII 


275 


55  trouva  à  propous  Seigny  '^  Joan  '^  le  fol,  citadin  de  Paris.  L'ayant 
apperceu,  le  roustisseur  demanda  au  faquin  :  «  Veulx  tu,  sus  nostre 
différent,  croire  ce  noble  Seigny  Joan  ?  —  Ouy,  par  le  sambre- 
guoy  ^°  »,  respondit  le  faquin. 

«  Adoncques  Seigny  Joan,  avoir  leur  discord  entendu,  commenda  au 

éo  faquin  qu'il  luy  tirast  de  son  baudrier  quelque  pièce  d'argent.  Le 
faquin  luy  mist  en  main  un  tournoys  Philippus  ^'.  Seigny  Joan  le 
print  et  le  mist  sus  son  espaule  guausche,  comme  explorant  s'il  estoit 
de  poys;  puys  le  timpoit"  sus  la  paulme  de  sa  main  guausche,  comme 
pour  entendre  s'il  estoit  de  bon  alloy  ;   puys  le  posa  sus  la  prunelle 

65  de  son  œil  droict,  comme  pour  veoir  s'il  estoit  bien  marqué  ^K  Tout 
ce  feut  faict  en  grande  silence  de  tout  le  badault  peuple,  en  ferme 
attente  du  roustisseur  et  desespoir  du  faquin.  En  fin,  le  feist  sus 
l'ouvroir  sonner  par  plusieurs  foys.  Puys,  en  majesté  praesidentiale, 
tenent  sa  marote  on  poing  comme  si  feust  un  sceptre,  et  affeublant  en 

70  teste  son  chapperon  de  martres  cingesses  ^"^  à  aureilles  de  papier,  fraizé 
à  poincts  d'orgues,  toussant  préalablement  deux  ou  trois  bonnes 
foys,  dist  à  haulte  voix   :  «  La  Court  vous  dict  que   le  faquin,  qui 


Ligne  55.  E  :  propos  —  1.  $6.  E  :  aperceii  —  E  :  rostisseur  —  E  :  sur —  1.  57.  E  : 
croyre  —  ErOy  —  1.  57-58.  A:  sanhreguoy  —  1.  59.  E  :  Adoncque  —  E  :  commanda 
—  1.  62.  E  :  sur  —  A,  E  :  gausche  —  1.  63.  E  :  ris  pois  ;  puis  —  A,  E  :  gausche  — 
1.  64.  E  :  puis  —  I,  éé.  E  :  fui  —  1.  68.  A  :  ouvrouoir  ;  E  :  oavroir  —  A  :  fois  —  E  : 
Puis  —  A  :  prœsidentale  ;  E  :  presidentale  —  1.  69.  E  :  tenant  —  A,  E  :  marotte  —  E  : 
au  poing  —  E  :  fust  —  E  :  affublant  —  I.  70.  E  :  chaperon  —  E  :  singesses  —  l.  71 .  A, 
E  :  preallablement  —  E  :  troys  —  1.  72.  A,  E  :  fois 


18.  Du  provençal  5e^Hc,  seigneur.  (Sainéan,  22.  Faire  résonner,  terme  usuel  au  xvi*  s. 
t.  II,  p.  191.)  (Sainéan,  t.  II,  p.  204.)  Cf.  Prologue,  n.   118. 

19.  Il  représentait  dans  l'imagination  popu-  23.   Peser  une  pièce  de    monnaie  dans  la 
laire  un  type  de  bouffon  du  vieux  temps.  balance,  la  faire  sonner  sur  le  marbre  et  en 

20.  Sang  Dieu  !  par  déformation    des  deux  vérifier  la  frappe  étaient  trois  opérations  ordi- 
éléments  de  ce  juron.  (Sainéan,  t.  II,  p.  351.)  naires  aux  changeurs. 

21.  Très  ancienne  monnaie,  frappée  à  l'effi-  24.   S'agit-il  de  notre  martre  {Mustelamartes 
gie  de  Philippe  V,  valant  un  sou,  ou  douze  de-  L.),  très  prisée  des  fourreurs  ?  (D.) 

niers  de  Tours. 


276  LE   TIERS    LIVRE 

a  son  pain    mangé  à  la  fumée  du  roust,  civilement  a  payé  le   rous- 
tisseur   au  son  de  son  argent.  Ordonne  la  dicte  Court  que  chascun 

75  se  retire  en  sa  chascuniere  ^\  sans  despens,  et  pour  cause  ^^.  » 

<(  Geste  sentence  du  fol  parisien  tant  a  semblé  équitable,  voire 
admirable,  es  docteurs  susdictz,  qu'ilz  font  doubte,  en  cas  que  la 
matière  eust  esté  on  Parlement  dudict  lieu,  ou  en  la  rotte  ^'  à  Rome, 
voire  certes  entre  les  Areopagites,  décidée,    si  plus  juridicquement 

80  eust  esté  par  eulx  sententié.  Pourtant   advisez  si  conseil   voulez  de 
un  fol  prendre  ^^  ». 


Ligne  73.  E  :  ha  son  pain  —  E  :  rost  —  E  :  ha  payé  —  1.  73-74-  E  :  rostisseur  —  1.  75. 
E  :  chaiiscuniere  —  1.  76.  E  :  ha  —  E  :  voyre  —  1.  77.  E  :  aux  docteurs  —  1.  78.  E  : 
au  Parlement  —  A,  E  :  ou  en  la  rotte  à  Rome  manque  —  1.  79.  E  :  voyre  —  1.  80-81. 
A,  E  :  d'un  fol 

25.  Chacun  dans  sa  maison.  Expression  et  fonctionnait  comme  cour  d'appel  pour  les 
créée  par  R.  Cf.L  II,  ch.  xiv,  1.  150.  juridictions  ecclésiastiques. 

26.  Formule  du  style  juridique  qui  mar-  28.  Sur  les  diverses  formes  et  versions  de 
quait  la  fin  d'un  plaidoyer  :  et  voilà  pour  la  cette  anecdote,  voir  R.E.R.,  I,  13  et  222.  On 
cause  !  lit  une  historiette  analogue  dans  Clément  d'A- 

27.  Cour  ecclésiastique,  composée  de  douze  lexandrie,  Stromates,  IV,  18  (éd.  Stàhlin,  t.  II, 
prélats,  qui  jugeait  de  toute  matière  bénéficiaire  p.  228),  et  dans  le  Novellino.  (P.) 


Comment  par  Pautagniel  et  Pamirge  est   Trihoullet  '  blasonné 


Chapitre  XXXVIII. 


«  Par  mon  ame  (respondit  Panurge)  je  le  veulx.  Il  m'est  advis  que 

le  boyau  m'eslargist  ;  je  l'avois  nagueres  bien  serré  et  constipé.  Mais, 

5   ainsi  comme  avons  choizy  la  fine  crème  de  Sapience  pour  conseil, 

aussi  vouldrois  je  qu'en  nostre  consultation  praesidast  quelqu'un  qui 

feust  fol  en  degré  souverain. 

—  Triboulet  (dist  Pantagruel)  me  semble  competentement  fol,  » 
Panurge  respond  :  «  Proprement  et  totalement  fol.  '  » 


1j  I  Pantagruel 
ti))f.  de  nature, 
^  If.  céleste, 
£  (f.  joviaP, 


«  F.  fatal. 


<jj  (  Pa  :  ('  F.  de  haulte  game, 
^  )f.  de  b  quarre  et  de  b  mol  *, 
^  H.  terrien. 


^  [  f.  joyeulx  et  folastrant. 


Ligne  i,  2.  A,  E  :  manquent  —  1.  2.  F  :  XXXIII  —  1.  3.  A  :  advys  —  1.  4.  A,  E  : 
n'agueres  —  1.  5.  E  :  choysi  —  E  :  cresme  —  I.  6.  A  :  aussy  —  E  : presidasi  —  1.  7.  E  : 
fusi  —  1.  8.  A  :  conpteniement  ;  E  :  contentement  —  1.  9.  E  :  tatallement  —  E  -.fol 
manque  —  1.  10.  A  :  PANT.  —  A,  E  :  fol  fatal  —  1.  13.  A  :  joieulx 


1.  Feurial,  dit  Triboulet,  né  à  Foix-lez- 
Blois,  avait  été  le  fou  de  cour  de  Louis  XII,  puis 
de  François  I".  Il  mourut  vers  1536.  Cf. 
R.E.R.,  VII,  69.  Jean  Marot  le  décrit  ainsi  : 

Triboulet  fut  un  fol  de  la  teste  escorné, 
Aussi  saige  à  trente  ans  que  le  jour  qu'il  fut 

[né  : 
Petit  front  et  gros  yeux,  le  nez  grand,  taille 

[à  voste, 
Estomac  plat  et  long,  haut  dos  à  porter  hotte. 
(Siège  de  PesquaireJ)  (P.) 

2.  Ce  «  blason  »  de  Triboulet  est  une  des- 
cription faite  de  louanges  alternées,  chacun  des 
deux  interlocuteurs  renchérissant  sur  l'autre. 


Sur   les  origines  populaires  et  littéraires  de  ce 
jeu,  voir  Plattard,  op.  cit.,  p.  515. 

5.  Comme  dans  les  litanies  burlesques  des 
ch.  XXVI  et  xxviii,  les  épithètes  se  rangent 
par  séries.  Pantagruel  emprunte  à  l'astrolo- 
gie une  première  série  de  termes,  pendant  que 
Panurge  puise  dans  le  vocabulaire  de  la  mu- 
sique. 

4.  Ces  trois  qualifications  :  de  nature,  de 
bécarre  et  de  bémol,  se  trouvent  appliquées 
aux  sots  dans  le  Sottie  des  trompeurs  (Atic.  th. 
fr.,  t.  II,  p.  244)-  Cf.  R.  E.  R.,  IX,  49.  "•  5- 

5.  Né  sous  l'influence  de  Jupiter,  qui  pro- 
voque la  joie. 


278 


LE   TIERS    LIVRE 


20 


f.  mercurial*, 
15        if.  lunaticque  \ 
f.  erraticque  ', 
f.  ecentricque  ", 
f.  aeteré  et  junonien 
f.  arcticque  '\ 
f.  heroicque, 
3  |f.  2;enial, 
rt^\f.  prédestiné, 
^    f.  auguste, 
f.  cïesarin, 
25         f.  impérial, 
f.  royal, 
f.  patriarchal, 
I  f.  original, 
!  f.  loyal, 
30         f.  ducal, 


i-i 
C 
Oh 


f. 

joUy  et  tblliant, 

f. 

f. 

à  pompettes  ^ 
à  pilettes  '°, 

f. 

à  sonnettes, 

f. 

riant  et  vénérien  '', 

f. 

de  soubstraicte  '^ 

f. 

de  mère  goutte, 

f. 

de  la  prime  cuvée. 

f. 

de  montaison  '*, 

f. 

original, 

f. 

f. 

papal, 
consistorial  '\ 

f. 

conclaviste. 

f. 

buliste, 

f. 

synodal. 

f. 
f. 

episcopal, 
doctoral, 

Ligne  15.  A,  E  :  pompeles  - 
A  :  etheré  ;  E  :  xthcre  —  E  : 
tiné  —  "E  :  de  monialion.  —  1. 
1.  27.  A,  E  :  manque  —  I.  28, 


-  1.  lé.  E  :  palettes  —  1.  17.  E  :  excentricque  —  1.  18. 
riant  vénérien  —  1.  19.  E  :  arctique  —  1.  22.  E  :  predes- 
24.  E  :  cesarin  —  1.  26.  A,  E  :/.  conclaviste  manque  — 
,  A,  E  :  /.  original  manque 


6.  «  Ceux  qui  sont  gouvernés  par  Mercure, 
sont  d'un  naturel  changeant  ».  La  Martinière, 
Le  pronosticateur  véritable,  1666.  (D.) 

7.  «  La  Lune  estant  rétrograde,  elle  rend 
ceux  auxquels  elle  surabonde    maigres,    dé- 
biles......  légers,  remuants,  variables,  craintifs 

et  pauvres  ».  La  Taille  de  Bondaroy,  Géoman- 
cie abrégée,  Paris,  1754.  (D.) 

8.  A  petits  pompons.  Cf.  1.  II,  ch.  i,  n.  52. 

9.  Gouverné  par  les  sept  planètes,  dites 
étoiles  erraticqiies.  (D.) 

10.  Pompons  en  forme  de  petits  pilons, 
accessoires  d'un  bonnet  à  mortier.  (Sainéan, 
t.  II,  p.  127.) 

11.  Désorbité. 

12.  Soumis  à  l'influence  de  Junon  qui  do- 


minait dans  la  partie  supérieure  de  l'air  ou 
éther.  Cf.  ch.  iv,  n.  2. 

15.  «  Venus,  dit  Bondaroy,  fait  ceux  qui 
lui  sont  subjects,  beaux,  gentils,  agréables, 
gaillarts,  amoureux  et  impudiques  ».  (D.) 

14.  Soumis  aux  influences  du  Septentrion 
dont  Cancer  est  le  cœur.  Scorpion  la  partie  se- 
nestre  et  Pisces  la  partie  dextre.  (D.) 

15.  Lie.  Métaphore  tirée,  comme  trois  des 
suivantes,  de  la  vinification.  (Sainéan,  t.  II, 
p.  281.) 

16.  Période  de  lafermentation  de  la  vendange, 
où  le  vin  bouillonne  et  monte  dans  la  cuve. 

17.  Cette  épithète,  comme  les  deux  sui- 
vantes dans  la  série  de  Panurge,  appartient  au 
vocabulaire  de  h  chancellerie  pontificale.  (P.) 


CHAPITRE    XXXVIII 


279 


Î5 


40 


45 


50 


f.  banerol  '\ 

f.  seigneurial, 

f.  palatin, 

f.  principal, 

f.  pretorial, 

f.  total, 

f.  eleu, 

f.  curial, 

'w    f.  primipile, 

tb/f.  triumphant, 

I  |f.  vulguaire, 

(2    f.  domesticque, 

f.  exemplaire, 

f.  rare  et  peregrin 

f.  aulicque, 

f.  civil, 

f.  populaire, 

f.  familier, 

f.  insigne, 

f.  favorit, 


G 


f.  monachal, 

f.  fiscal, 

f.  extravaguant, 

f.  à  bourlet, 

f.  à  simple  tonsure, 

f.  cotai  ■^ 

f.  gradué,  nommé  en  follie, 

f.  commensal, 

f.  premier  de  sa  licence, 

f.  caudataire, 

f.  de  supererogation, 

f.  collatéral, 

f.  alateré  altéré, 

f.  niais  '\ 

f.  passagier  ", 

f.  branchier'^ 

t.  aguard  ^'^, 

f.  gentil  '^ 

f.  maillé  ^^ 

f.  pillart, 


Ligne  33.  A,  E  :  extravagant  —  1.  34.  E  :  de  bourlet  —  1.  33.  E  :  pelorial  - 
A,  E  :  élu  —  E  -.folie  —  1.  41.  A,  E  :  vulgaire  —  1.  43.  A,  E  :  à  lateré  altéré 


18.  Porte-bannière.  Mot  créé  par  R.  (Sai- 
néan,  t.  II,  p.  166  et  247.) 

19.  Mot  formé  par  R.  sur  l'italien  cotale, 
membre  viril.  (Sainéan,  t.  II,  p.  296.) 

20.  Ces  deux  épithètes  d'excellence  s'appli- 
quaient à  tout  produit  exotique  :  perles,  pierres 
précieuses,  et,  en  particulier,  dans  le  langage 
de  la  fauconnerie,  aux  oiseaux  de  passage.  Ces 
mots  déclenchent  donc  dans  la  mémoire  de 
Panurge  une  série  d'épithétesqui  appartiennent 
au  vocabulaire  de  la  «  volerie  ».  (P.) 

21.  «  L'oiseau  niais  est  celuy  qui  a  été  prins 
au  nid  ».   La  Fauconnerie  de    Guillaume  Tar- 


dif, lecteur  du    roi  Charles  VIII  (1492).   (P-) 

22.  Se  dit  de  l'oiseau  de  passage. 

23.  Se  dit  de  l'oiseau  qui  suit  sa  mère  de 
branche  en  branche.  V.  Tardif,  op.  cit.  (P.) 

24.  L'oiseau  hagard  ou  aguard  est  celui  qui 
a  été  pris  après  qu'il  a  mué,  qui  est  plus  farouche 
et  plus  difficile  à  diesser  que  le  niais.  (P.) 

25.  Se  disait  des  oiseaux  réservés  aux  gen- 
tilshommes, comme  les  faucons,  par  opposition 
au  milan,  à  l'épervier,  à  l'autour,  non  réputés 
nobles.  (P.) 

26.  Désignait  l'oiseau  dont  le  plumage  était 
tacheté  en  forme  de  mailles  de  filet.  (P.) 


28o 


LE   TIERS    LIVRE 


55 


éo 


eu 

l-H 


f.  latin, 

f.  ordinaire, 

f.  redoublé, 

f.  transcendent, 

f.  souverain, 

f.  spécial, 

f.  metaphysical, 

f.  ecstaticque  '\ 

f.  categoricque, 

f.  predicable, 

f.  decumane, 

f.  officieux, 

f.  de  perspective  ^*, 

f.  d'algorisme  '^, 

f.  d'algebra, 

f.  de  caballe, 

f.  talmudicque. 


f. 

revenu  de  queue  *^ 

f. 

griays  '^ 

f. 

radotant. 

f. 

__de  soubarbade  ^^ 

f. 

boursouflé, 

f. 

supercoquelicantieux  '°, 

f. 

corollaire, 

f. 

de  levant, 

3 

f- 

soubelin  '% 

f. 

cramoisy, 

f. 

tainct  en  graine  '', 

f. 

bourgeoys, 

f. 

vistempenard  ^\ 

f. 

de  gabie  '", 

f. 

modal  5^ 

1 

1 
1 

f. 

de  seconde  intention  '', 

f. 

tacuin  ^°, 

Ligne  54.  E  :  /.  soubarbade  —  1.  57.  E 
E  :  officineux  —  E  :  bourgeois  —  1.  65.  E  : 
tamudicqiie 

27.  L'oiseau  revenu  de  queue  était  celui  dont 
la  queue  coupée  avait  repoussé.  (P.) 

28.  D'une  façon  générale,  cet  adjectif  dési- 
gnait tout  oiseau  sauvage.  Sur  le  vocabulaire 
de  la  fauconnerie  dans  R.,  voir  R.  E.  R.,  X., 

356-374- 

29.  Soubarbe,  mot  provençal.  (Sainéan,  t. 
II,  p.  191.) 

50.  Superbe,  qui  surpasse  le  coq.  (Sainéan, 
t.  II,  p.  403.) 

31.  «  Ce  mot  a  plusieurs  significations.  Les 
médecins  le  prennent  souvent  pour  une  ex- 
trême aliénation  d'esprit  telle  qu'est  celle  des 

phrénétiques  et  des  maniaques Il  y  en  a  qui 

croyant  que  la  vraye  extase  se  fait  quand  l'âme 
ne  fait  aucune  action  dans  le  corps,  soit  qu'elle 
y  demeure,  soit  qu'en  effet  elle  en  sorte  pour 
quelque  temps,  comme  il  arrive  dans  les  Éner- 
gumènes  et  dans  ceux  qui  sont  ravis  par  l'Es- 


corrolaire  — ■  1.   60.   E  :  cramoisi  —  1.  62. 
model  —  1.  66.  E    :    cabale  —  1.  67.   E  : 

prit  de  Dieu.  »  Cureau  de  la  Chambre,  Les  Cha- 
ractères  des  passions.  Amsterdam,  A.  Michel, 
1653,  in-80,  t.  I,  ch.  II,  p.  71-72.  (D.) 

32.  Sublime.  Cf.  ch.  m,  n.  25. 

53.  En  graine  d'écarlate.  Cf.  1.  I,  ch.  viii, 
n.   58. 

34.  La  perspective  était  une  partie  de  la 
physique,  relative  à  l'optique. 

35.  Le  vistempenard  est  un  plumeau  monté 
sur  un  long  bâton.  C.  1.  II,  ch.  vu,  n.  34. 

36.  Nom  médiéval  de  l'arithmétique  en 
chiffres  arabes.  Cf.  1.  II,  ch.  xii,  n.  59. 

37.  Néologisme,  de  l'italien  da  gahbia,  à 
mettre  en  cage.  (Sainéan,  t.  II,  p.  239.) 

38.  Latinisme,  formé  sur  modus,  mode  du 
syllogisme  ;  terme  de  dialectique. 

39.  Terme  de  dialectique.  Cf.  1.  II,  ch.  vu, 
n.  96,  et  1.  III,  ch.  XII,  n.   39. 

40.  Faiseur     d'almanachs.     Mot     d'origine 


CHAPITRE   XXXVIII 


281 


70 


80 


f.  d'alguamala  "*', 

f.  compendieux, 

f.  abrevié, 

f.  hyperbolicque, 

f.  antonomaticque  "*', 

f.  allegoricque, 

f.  tropologicque  "**, 


75    ^'^f.  pleonasmicque, 


c 

P-i 


f.  capital  ^\ 

f.  cerebreux, 

f.  cordial, 

f.  intestin, 

f.  epaticque  '*^ 

f.  spleneticque  '^°, 

f.  venteux  ^\ 


f.  hétéroclite, 

f.  sommiste, 

f.  abreviateur, 

f.  de  morisque  *% 

f.  bien  bulle, 

f.  mandataire, 

ti^lf.  capussionnaire -^5, 

f.  titulaire, 

f.  tapinois, 

f.  rébarbatif, 

f.  bien  mentulé  "^^j 

f.  mal  empiété  '^^, 

f.  couilart, 

f.  grimault, 

f.  esventé, 


C 


Ligne  67.  A  :  Algamala-,  E  :  Aigamala  —  1.  69-70.  A,  E  :  manque  —  1.  71.  E  :  hyper- 
bolique —  1.  72.  E  :  anatomiqne  —  1.  73.  E  :  allégorique  —  1.  74.  E  :  tropologique  — 
1.  75,  E  :  pleonasmique  —  1.  80.  A,  E  :  couillart 


arabe,  en  bas-latin  :  tacuinus.  (Sainéan,  t.  II, 
p.  24.) 

41.  D'amalgame  (mélange  de  mercure  et 
d'or).  Mot  d'origine  arabe.  (Sainéan,  t.  II, 
p.  25.) 

42.  La  morisque,  proprement  danse  mau- 
resque, était  exécutée  avec  des  grelots  attachés 
aux  jambes.  (Cf.  1.  II,  ch.  vu,  n.  201.) 

43.  Aux  termes  emphatiques.  Cf,  ch.  xxii, 
n.  7. 

44.  Se  disait  de  l'interprétation  morale  de 
l'Écriture  Sainte.  On  distinguait  le  sens  littéral, 
le  sens  allégorique  et  le  sens  tropologique.  (P.) 

45.  Qui  porte  le  capuchon,  attribué  ailleurs 
(1.  II,  ch.  v)  aux  docteurs  en  théologie. 

46.  Cette  épithète,  ainsi  que  les  deux  sui- 
vantes, est  relative  au  siège  anatomique  de  la 
folie  :  tête,  cerveau,  cœur.  (D.) 

47.  Pourvu  avantageusement  de  membre 
viril  (du  latin  mentula,  même  sens). 

LE   TIERS   LIVRE. 


48.  Se  disait  du  faucon  pourvu  de  mauvais 
pieds,  de  serres  faibles.  (D.) 

49.  Cholérique,  par  excès  de   bile.    «  Tel 

humeur rend  l'homme  léger,  subit,  facile  à 

se  cholérer  et  prompt  à  toutes  choses  ».  (Paré, 
Œuvres,  1.  I,  ch.  viii.)  —  Est  et  humor  cho- 
lers  qui  competit  impetuosis. . .  dit  l'Ecole  de 
Salerne  (texte  92).  (D.) 

50.  Hypocondriaque,  en  proie  à  la  mélan- 
cholie  ou  atrabile,  qui  se  déversait  dans  la  rate. 
C'est  la  deu.xième  espèce  de  folie,  d'après  Celse 
(Dere  med.,  1.  III,  ch.  xxviii). 

Cholerœ  substantia  nigra 
Quag  reddit  pravos,  pertristes,  pauca  lo- 
quentes...  dit  encore  l'École  de  Salerne 
(texte  94).  «  Rend  tel  humeur  les  hommes 
tristes,  fascheux,  fermes,  sévères,  et  rudes,  en- 
vieux et  timides  ».  (Paré,  loc.  cit.,  ch.  8.)  (D.) 

51.  En  proie  aux  vents,  fréquents  chez  les 
individus  phlegmatiques  :  «    De  telle  matière 

36 


282 


LE   TIERS    LIVRE 


f.  légitime, 

f.  d'azimuth  ^^, 

85  f.  d'almicantarath  >', 

f.  proportionné, 

f.  d'architrave, 

f.  de  pedestal, 

f.  parraguon, 

90         f.  célèbre, 

f.  alaigre, 

^^(f.  solennel, 

'4—'       \ 

f.  annuel, 

f.  festival, 
95  f.  récréatif, 

f.  villaticque  ^\ 

f.  plaisant, 

f.  privilégié, 

f.  rusticque, 
100         f.  ordinaire, 

f.  de  toutes  heures, 


WD 


f.  culinaire, 

f.  de  haulte  fustaie, 

f.  contrehastier  ^^, 

f.  marmiteux, 

t.  catarrhe  ^\ 

f.  braguart  ^^ 

f.  à  xxiiij  caratz  ", 

f.  bigearre,  '^ 

f.  guinguoys  ^'^, 

f.  à  la  martingualle 

f.  à  bastons, 

f.  à  marotte, 

f  de  bon  bies, 

f.  à  la  grande  laise  ^^ 

f.  trabuchant, 

f.  susanné  ^\ 

f.  de  rustrie, 

f.  à  plain  bust  ^'», 

f.  guourrier  ^\ 


60 


Ligne  85.  E  :  almiicantarath  —  I.  87.  A  :  architrane  —  1.  88.  E  :  piédestal  —  E  : 
braguard  —  1.  89.  A  :  paragon  ;  E  :  parragon  —  1.  92.  E  :  solemnel  —  E  :  de  la  martin- 
gualle —  1.  93.  A,  E  :  bâtons  —  1.  95.  E  :  biais  —  1.  96.  A.  E  :  grand  —  1.  97.  E  : 
trebuschant  —  1.  98.  E  :  suranné  —  1.  loi.  E  :  gourrier 


humide  et  pituiteuse  par  une  chaleur  imbe- 
cille,  telle  qu'est  celle  des  hommes  phlegma- 
tiques,  s'eslèvent  aisément  des  ventositez  ». 
(Paré,  loc.  cit.,  ch.  9.)  (D.) 

52.  Mot  arabe,  qui  désigne  des  «  cercles  im- 
parfaits »,  dit  Jaquinot  dans  son  Astrotahe . 
(Sainéan,  t.  II,  p.  24.) 

53.  Mot  arabe,  désignant  un  cercle  de  la 
sphère  céleste  parallèle  à  l'horizon. 

54.  Chenet  de  cuisine  pour  les  broches. 

55.  Atteint  de  catarrhe. 

56.  Élégants.  Cf.  1.  IV,  ch.  xvi  :  «  quelques 
mignons  hraguars  ». 

57.  C'était  le  titre  le  plus  élevé  de  l'or. 


58.  Bizarre.  Forme  ancienne  du  mot.  Cf. 
R.E.R.,X,  264. 

59.  De  travers.  Vocable  commun  au  Poi- 
tou, à  la  Saintonge,  au  Berry  et  à  la  Gascogne, 
R.  E.  R.,   X,  264. 

60.  Espèce  de  culotte  à  bricole.  Cf.  1.  I, 
ch.  XX,  n.  17. 

61.  Villageois.  Cf.  1.  II,  ch.  xxvii,  n.  2. 

62.  Largeur.  Cf.  1.  II,  ch.  xii,  n.  77. 

63.  Suranné.  Prononciation  parisienne.  (Sai- 
néan, t.  II,  p.  148.) 

64.  Buste.  Cette  forme  est  un  italianisme. 
(Sainéan,  t.  I,  p.  61.) 

65.  Pompeux.  Cf.  1.  I,  ch.  lvii,  n.  8. 


CHAPITRE  XXXVIII 


283 


105 


3 

ci 
*-> 

G 
ci 


110 


/f.  en  diapason, 

f.  résolu, 

f.  hieroglyphicque, 

f.  autenticque, 

f.  de  valleur, 

f.  précieux, 

f.  fanaticque, 

f.  fantasticque, 

f.  lymphaticque, 

f.  panicque, 

f.  alambicqué, 

f.  non  fascheux, 


f.  guourgias  ", 
f.  d'arrachepied  *^ 
f.  de  rébus, 
f.  à  patron, 
f.  à  chapron, 
£flf.  à  double  rebras  *^ 
f.  à  la  damasquine, 
f.  de  tauchie  ^\ 
f.  d'azemine  '°, 
f.  barytonant, 
f.  mouscheté, 
f.  àespreuvede  hacquebutte''. 


Pant.  Si  raison  estoit  pourquoy  jadis  en  Rome  les  Quirinales  on 
115  nommoit  la  feste  des  folz'%  justement  en  France  on  pourroit  instituer 
les  Triboulletinales. 

Pan.  Si  tous  folz  portoient  cropiere,  il  auroit  les  fesses  bien 
escorchées. 


Ligne  102.  A  :  guorgias  ;  E  :  gorgias  —  1.  104.  E  :  hier oglophic que  —  1.  loé.  E  : 
valeur  —  E  :  chapperon  —  1.  108.  E  :  /.  faniasticque  —  /.  109.  E/.  fanaticque  —  E  : 
de  touchie  —  1.  m.  E  :  baritonant  —  1.  112.  E  :  moucheté  —  1.  113.  A,  E  :  hacquebute 
—  1.  1 14.  A  :  PANTAG.  ;  E  :  PANTA.  —  1.  117.  A,  E  :  P^.  —  A  :  il  auraient  ;  E  : 
il  y  auroit  —  E  :  des  fesses  —  1.  119.  A,  E  :  PAN. 


66.  Luxueusement  vêtu  (Sainéan,  t.  II, 
p.  258-9). 

67.  Si  solide  qu'on  ne  peut  le  faire  bou- 
ger. 

68.  A  double  repli.  C.  1.  II,  ch.  viii,  1.  5. 
Le  rebras  était  le  bord  retroussé  du  chaperon . 
(Sainéan,  t.  I,  p.  168.) 

69.  Cf.  ch.  VII,  n.  50. 

70.  Ouvrage  à  la  façon  persane.  (Sainéan, 
t.  I,  p.  128-129.) 

71.  Arquebuse.  Cf.  1.  I,  ch.  xxiii,  n.  144. 


L'expression  à  épreuve  de  hacquehutte  avait  pris 
le  sens  général  de  à  Vépreuve.  Cf.  Heptaméron, 
nouv.  XXIV  (t.  I,  p.  243)  :  «  Si  en  a  il,  en 
ceste  compaignie,  que  l'on  a  aymée  plus  de  sept 
ans  à  toutes  preuves  de  harquehuse  ».  (P.) 

72.  D'après  Plutarque,  Questions  Romaines, 
89(285  D)  et  Ovide,  Fastes,  il,  v.  511-513. 
On  nommait  cette  fête,  qui  tombait  le  13  fé- 
vrier, Stultorum  festa,  parce  qu'elle  était  réser- 
vée à  ceux  qui  ne  savaient  pas  à  quelle  curie 
ils  appartenaient.  (P.) 


284  LE   TIERS  LIVRE 

Pant.  S'il  estoit  Dieu  Fatuel^',  du  quel  avons  parlé,  mary  de  la 
120  dive  Fatue,  son  père  seroit  Bonadies '^  sa  grande   mère  Bonedée '^ 

Pan.  Si  tous  folz  alloient  les  ambles,  quoy  qu'il  ayt  les  jambes 
tortes,  il  passeroit  de  une  grande  toise.  Allons  vers  luy  sans 
séjourner.  De  luy  aurons  quelque  belle  resolution,  je  m'y  attends. 

—  Je  veulx  (dist  Pantagruel)  assister  au  jugement  de  Bridoye.  Ce 
125  pendent  que  je  iray  en  Myrelingues,  qui  est  delà  la  rivière  de  Loyre, 
je  depescheray  Carpalim  pour  de  Bloys  "^  icy  amener  TribouUet.  » 

Lors  feut  Carpalim  depesché.  Pantagruel,  acompaigné  de  ses 
domesticques,  Panurge,  Epistemon,  Ponocrates,  frère  Jan,  Gymnaste, 
Rhizotome   et  aultres,  print  le  chemin  de  Myrelingues. 


Ligne  120.  A,  E  :  divine  —  E  :  grand  mère  —  1.  121.  A,  E  :  PA.  —  1.  122.  E  : 
tortues  —  A,  E  :  d'une  —  A  :  grand' toise  —  l.  123.  E  :  attens  —  1.  125.  E  :  Ce  pen- 
dant—  E  :  firay  —  E  :  Mirelingues  —  E  :  de  la  rivière  de  Loire  —  1.  126.  E  :  je 
te  depescheray  —  E  :  Triboulei  —  1.  127.  E  :  fut  —  l.  128.  E  :  domestiques  —  E  : 
Jean  —  1.  129.  E  :  autres 

73.  Voir  ch.  XXXVII,  n.  5.  nifiait  la  Terre.  On  la  désignait  aussi  par  les 

74.  Dieu  arcadien,  qui  avait  son  temple  sur       noms  de  Maia,  Ops  et  Fauna. 

la  routeduMénale,  d'après  Pausanias,  VIII,  26.  76.  Nous  avons  vu,  note  i,  que  Triboulet 

75.  Bona  Dea,  divinité  italique  qui  person-       était  né  dans  un  faubourg  de  Blois. 


Comment    Pantagruel    assiste  au  jugement  du   juge  Bridoye,    lequel 
sententioit  les  procès  au  sort  des  de^. 

Chapitre  XXXIX. 

Au  jour  subséquent,  à  heure  de  l'assignation,  Pantagruel  arriva 
5  en  Myrelingues.  Les  président,  sénateurs  et  conseilliers  le  prièrent 
entrer  avecques  eux  et  ouyr  la  décision  des  causes  et  raisons  que 
allegueroit  Bridoye  pourquoy  auroit  donné  certaine  sentence  contre 
TesleuToucheronde ',  laquelle  ne  sembloit  du  tout  aequitable  à  icelle 
Court  centumvirale  \ 
10  Pantagruel  entre  voluntiers,  et  là  trouve  Bridoye  '  on  mylieu  du 
parquet  '♦  assis,  et,  pour  toutes  raisons  et  excuses,  rien  plus  ne 
respondent  si  non  qu'il  estoit  vieulx  devenu  et  qu'il  n'avoit  la  veue 
tant  bonne  comme  de  coustume,  alléguant  plusieurs  misères  et 
calamitez  que  vieillesse    apporte  avecques  soy,   les  quelles  not.  per 


Ligne  2.  A  :  sententioyl  —  1.  3.  A  :  37  ;  E  :  XXXVII  —  1.  5.  E  :  Mirelingues  — 
E  :  conseillers  —  1.  6,  E  :  avec  —  A,  E  :  eulx  —  A  :  ouïr  —  1.  6-7.  E  :  qu' allegueroit  — 
1.  8.  A,  E  :  équitable  —  1.  9.  A,  E  :  hiscentumvirale  —  1.  10.  E  :  entra  —  A  : 
voluniier  — E  :  au  milieu  — 1.  12.  E  :  vieil  —  I.  13.  E  :  allegant 

1 .  Ce  nom  qui,  en  Poitou,  signifie  hoque-  juridictions  inférieures  à  venir  plaider  devant 
teau  rond,  est  celui  d'un  lieudit,  proche  de  Li-  elles.  C'était  sur  pièces  écrites  qu'elles  déci- 
gugé,  à  gauche  du  chemin  qui  mène  à  Fon-  daient  des  appels  et  rendaient  leurs  arrêts. Ilya 
taine-le-Comte.  (P.)  donc  là  une  dérogation  à  l'usage.  Elle  était  indis- 

2.  Néologisme,  du  latin  centum,  cent,  et  vir,  pensable  au  conteur  pour  qu'il  pût  faire  le  por- 
homme.  «  Curia  centenaria  —  dit  G.  Budé  dans  trait  de  Bridoye  plaidant  lui-même  sacause.(P.) 
son  glossaire  des  termes  de  droit  (Forensia),  4.  Le /'flr^wef,  dit  un  glossaire  de  droit  fran. 
—  justitiaejus  dicentissedespraecipua.  LaCour  çais  de  1585,  c'est  «  l'auditoire  d'un  juge  ». 
de  parlement  de  Paris,  principal  siège  de  jus-  Cf.  Cent  Nouvelles  nouvelles,  25e  nouv.  :  «  le 
tice.  »  (P.)  bon  compaignon  fut  mis  et  assis  sur  le  petit 

3 .  Dans  la  réalité,  il  n'était  pas  dans  les  habi-  banc  ou  [dans  le]  parquet,  ce  voyant  tout  le 
tudesdescourssouverainesd'inviter  les  juges  des  peuple  et  celle  qui  l'accusoit.  »  (P.) 


286 


LE   TIERS    LIVRE 


15  Archid.'',  d.  ^  Ixxxvj,  c.  tantaj  pourtant  ne  congnoissoit  il  tant  distinc- 
tement les  poinctz  des  dez  comme  avoit  faictpar  le  passé;  dont  povoit 
estre  qu'en  la  façon  que  Isaac,  vieulx  et  mal  voyant,  print  Jacob  pour 
Esaù  ',  ainsi,  à  la  décision  du  procès  dont  estoit  question,  il  auroit 
prins  un  quatre  pour  un  cinq,  notamment  réfèrent  que  lors   il  avoit 

20  usé  de  ses  petits  dez,  et  que,  par  disposition  de  droict,  les  imper- 
fections de  nature  ne  doibvent  estre  imputées  à  crime,  comme 
apert  /.  ®  de  re  milit.,  l.  qui  cum  uno  '  ;  /.  de  reg.  jiir.,  If  ère  '°  ;  ff.  de  edil. 
éd.  per  totuni  ;ff.  de  tenu,  ino.,  1.  Divus  Adrianus''  ;  résolu. per  Lud.  Ro  '^ 
in.  J.  :  si  vero,  ff.  soin,  matri.  ;  et  qui  aultrement  feroit,  non  l'homme 

25  accuseroit,  mais  Nature,  comme  est  évident  in.  l.  maximum  vitium, 
C'  de  lib.  prœter  '\ 


Ligne  15 
facion  —  E 

—  1.  22.  E 

—  1.  2é.  E 


E  :  Archi.  Ixxxvj  —  E  :  cognoissoit  —  1,  lé.  E  :  Dond pouvait  —  I.  17.  A  : 
vieil  —  1.  18.  A  :  ainsy  —  E  :  dond  —  1.  20.  A,  E  :  peiiti  —  1.  2 1 .  E  :  doivent 


appert —  E  :  mili.  — E  :  edil. 
îibe.  —  A  :  praetor 

5.  Archidiaconus,  surnom  du  canoniste  ita- 
lien Guido  Baisius  de  Reggio  (xiii-xive  s.)- 

6.  Dans  l'usage  du  xvie  s.,  l'initiale  d  signi- 
fie Distinction,  division  des  recueils  de  droit  ca- 
nonique, et  l'initiale  c  signifie  Canon.  Le  texte 
visé  ici  appartient  au  recueil  du  Décret  de  Gra- 
tien,  première  assise  du  droit  canonique.  Il  y  est 
question  d'un  certain  évêque,  qui,  avant  de 
dire  la  messe  le  dimanche,  avait  travaillé  à  la 
moisson.  Le  pape  lui  remet  sa  faute  eu  égard  à 
sa  vieillesse  :  «  quia  simplicitatcm  tuam  cum 
seiuctute  cognovimus,  intérim  tacemus.  »  (P.) 

7.  La  Genèse  raconte,  ch.  xxvii,  que  Jacob 
surprit  frauduleusement  la  bénédiction  de  son 
père  vieux  et  à  demi  aveugle.  (P.) 

8.  Le  sigle  §§  est  le  sigle  qui  désigne  le  Di- 
geste, codification  dujusrovmnum,  exécutée  sur 
l'ordre  de  l'empereur  Justinien  (vie  s.)  par  le 
jurisconsulte  Tribonien  et  qui,  découverte  au 
xiie  siècle,  servit  de  base  à  renseignement  du 
droit  laïc  pendant  tout  le  moyen  âge.  La  par- 
tie principale  du  Digeste  était  les  Pandectes 
et,  d'après  Alciat,  le  sigle  §§  serait  une  défor- 
mation de  n,  initiale  du  mot  Yli\ht7.-.a.i.  L'ini- 
tiale /  signifie  loi.  Nous  jugeons  superflu  de 


edi.  —  L 


24.  E  :  ^(7/.  mat.  —  E  :  autrement 


donner  la  référence  aux  titres  du  Digeste  ;  il 
suffit  pour  la  trouver  de  se  reporter  à  l'index 
de  n'importe  quelle  édition  de  ce  recueiL  (P.) 

9.  Lisez  :  Digeste,  De  re  militari,  lege  : 
qui  cum  uno  [testiculo  natus  est,  quive  amisit, 
jure  militabit.]  (P.) 

10.  Lisez  :  Digeste,  De  regulis  juris,  lege  : 
fere  [quibuscunque  modis  obligamur,  iisdem  in 
contrarium  actis  liberamur.]  (P.) 

1 1 .  Lisez  :  Digeste,  De  termino  moto,  lege  : 
Dix-us  Adrianus  ;  resolutio  per...  Cette  loi  pro- 
portionne la  peine  à  l'âge  du  délinquant,  pour 
le  délit  d'arrachement  de  bornes.  (P.). 

12.  Ludovicus  Romanus,  de  son  vrai  nom 
Pontanus,  de  Spoleto  (f  1439)  ^  laissé  des 
commentaires  sur  le  Code  et  le  Digeste.  (P.) 

13.  C.  désigne  le  Code  de  Justinien.  Cette 
habitude  de  citer  les  recueils  de  droit,  en  men- 
tionnant les  titres,  paragraphes,  distinctions, 
causes  et  lois,  était  un  des  traits  de  l'éloquence 
judiciaire.  Le  théâtre  comique  du  xve  s.  s'en 
était  déjà  moqué,  et  des  Périers,  pour  dépeindre 
un  avocat  s'exerçant  à  la  parole,  écrit  simple- 
ment :  il  alléguait  ses  paragraphes.  (P.) 

14.  Le  passage  visé  dans  la  loi   maximum 


CHAPITRE   XXXIX  287 

—  Quels  dez  (demandoit  Trinquamelle '^  grand  président  d'icelle 
court)  mon  amy,  entendez  vous  ? 

—  Les  dez  (respondit  Bridoye)  des  jugemens,  aïea  jiidiciorum '^ ^ 
30  des  quelz  est  escript  par  doct.  26.  q.  ij.  c.  Sors  '^  ;  /.  nec  emptio,  ff.  de 

contrab.  empt.;  1.  quod  debetiir,ff.  depecid.,  et  ihi  Barthoh  '^  et  des  quelz 
dez  vous  aultres,  messieurs,  ordinairement  usez  en  ceste  vostre  Court 
souveraine,  aussi  font  tous  aultres  juges,  en  décision  des  procès, 
suyvans  ce  qu'en  a  noté  D.  Henr.  Ferrandat  '^  et  no.  gl.  in  c.  fin.  de 
35  sortiL,  et  /.  sed  mm  ambo  ^°,ff-  de  judi.,  iibi  doct.  notent  que  le  sort  est 
fort  bon,  honeste,  utile  et  nécessaire  à  la  vuidange  des  procès  et 
dissentions.  Plus  encores  apertement  l'ont  dict  Bal.  ^',  Bart.  et  Alex.  ", 
C.  communia,  de  l.  Si  duo  *'. 

—  Et  comment  (demandoit    Trinquamelle)   faictez  vous,    mon 
40  amy  ? 

—  Je  (respondit  Bridoye)  responderay  briefvement,  scelon  l'ensei- 
gnement de  la  1.  Ampliorem,  §  in  refutatoriis,  C.  de  appella.,  et  ce  que 

Ligne  27.  A,  E  :  queli  — A,  E  -.président  — 1.  31.  E  :  conirahen  —  A,  E  :  /  manque 
—  A,  E  :  Bart.  —  1.  32.  E  :  autres  —  1.  33.  A  :  aussy  —  E  :  autres  —  1.  34.  E  :ha  — 
E  :  Hen.  —  E  :  not.gt.  in.  c.fi.  —  1.  36.  E  :  vuydange  —  1.  38.  E  :  deteg.  l.  —  1.  39. 
E  :  f aides —  1.  41.  E  :  responderay  manque  —  E  :  selon  —  1.  42.  E  :  appel 

vitium,  C.  de  lib[eris]  praeter[itis  vel  exhaere-  i8.  Bartole,  professeur  de  droit  à  Bologne 

datis],  qui  rétablit  une  certaine  égalité,  dans  et  à  Pise  (xive  s.).  Voir  1.  II,  ch.  x,  n.  52. 

les  successions,  entre  filles  et  garçons,  est  le  19.  Henri   Ferrandat,    de    Nevers,    auteur 

suivant  :  «  qui  enim  taies    differentia    indu-  de  commentaires  et  apostilles  sur  les  Décré- 

cunt,  quasi  naturx accusatores  existunt,  cur  non  laies.  (P.) 

totos  masculos  generarit,  ut  unde  generentur  20.  Le  texte  de  la  loi  Sedcum  amho,  qui  est 

non  fiant.  »  (P.)  visé  ici,  est  le  suivant  :  Sed  cum  ambo  ad  ju- 

15.  Ce  nom  signifie  en  toulousain /a«/aro«.  dicium  provocant,  sorte  res  discerni  solet  ;  et  la 
Cf.  1.  II,  ch.  XXX,  n.  45.  glose  explique  :  sorte, per  iaxilîos.  (P.) 

16.  Au  sens  propre,  aléa  signifie,  en  effet,  21.  Balde.  Petrus  Baldus  de  TTbaldis 
la  chute  des  dés.  Dans  l'usage  du  Palais  de  jus-  (xive  s.).  Voir  1.  II,  ch.  x,  n.  51. 

tice,    cette  locution  alca  judiciorum    avait  le  22.  Alexandre   Tartagno,    jurisconsulte  du 

sens  de   hasard   des    jugements.   Bridoye    la  xv^  s.  Voir  1.  II,  ch.  x,  p.  58. 

prend  à  la  lettre  et  échafaude  tout  son  plai-  23.  Lege  :  Si  duobus  vel  tribus  hominibus... 

doyer  sur  ce  jeu  de  mots.  (P.)  Cette  loi  prescrit  de  recourir  au  sort  dans  le 

17.  Lisez  :  per  doctores  [causa]  26  [2e  par-  cas  où  plusieurs  cohéritiers  ne  s'entendent 
tie  du  Dé-cr^;  de  Gratienjquaestio  II.  Canon  Sors  pas  :  sortem  esse  inter  altère antes  adliïbendam. 
[c'est  le  26  canon.]  (P.)  (P.) 


288 


LE   TIERS    LIVRE 


dict  G/.  /.  j.  ff.  quod  met.  eau.  Gaudent  brevitate  moderni  -*.  Je  fays 
comme  vous  aultres,  messieurs,  et  comme  est  l'usance  de  judicature, 

45  à  laquelle  nos  droictz  commendent  toujours  déférer,  ut,  no.  extra.  ^^ 
de  consuet.,  c.  ex  literis,  et  ibi  Innoc.  Ayant  bien  veu,  reveu,  leu,  releu, 
paperasse  et  feueilleté  ^^  les  complainctes^",  adjournemens  *^,  compa- 
ritions^^  commissions'",  informations  '',  avant  procédez  '%  produc- 
tions '^ alleguations  '^, intendictz  '^ contredictz  '^ requestes,  enquestes, 

50  répliques    '",  dupliques  '^  tripliques  '^   escriptures  ^°,   reproches  ^\ 


Ligne  43.  E  :  dist  Glos.  —  E  :  causa  —  E  :  fais  :  —  1.  44.  E  :  autres  —  1.  45.  E  : 
noi  —  E  :  commandent  tousjours  différer  —  1.  46.  E  :  cousue.  —  E  :  Inno.  —  1.  47.  E  : 
fueilleté  —  1.  49.  A,  E  :  allégations  —  1.  50.  E  :  replicques 


24.  Ce  dicton,  cité  dans  la  glose  i  de  la  loi 
Otiod  vietiis  causa  et  dans  la  glose  de  Bartole 
sur  le  paragraphe  In  refutatoriis  îihellis  de  la 
loi  Ampliorem,  titre  62  du  7^  livre  du  Code  : 
De  aspectationihus  et  consultatiouibus,  était  très 
ancien.  Cf.  Epistulz  obscur,  vir.,  éd.  Stokes, 
p.  107  :  «  multa  alla  verba  quae  hic  causa 
brevitatis  omitto,  quia  ut  scitis  ex  antique  dic- 
terio  :  gaudent  brevitate  moderiii.  »  (P.) 

25.  Extra  est  Tabréviation  de  Extravagantes, 
nom  donné  aux  règlements  et  constitutions 
du  pape  Grégoire  IX,  parce  qu'elles  étaient  en 
dehors  (extra)  du  recueil  officiel  du  Décret 
de  Gratien.  (P.) 

26.  L'énumération  suivante  représente  dans 
leur  ordre  normal  presque  tous  les  actes  de  la 
procédure  du  temps.  (P.) 

27.  La  complainte  du  demandeur  ou  complai- 
gnant  était  le  premier  acte  de  procédure  dans 
les  causes  qui  venaient  en  première  instance 
devant  une  juridiction.  (P.) 

28.  V ajournement  était  la  citation  à  paraître 
un  certain  jour  devant  une  juridiction  dési- 
gnée. Cf.  ch.  XXXVI,  1.  ni,  Vajournement  de 
Bridoye  par  un  huissier  du  parlement  myre- 
linguoys.  (P.) 

29.  Lorsque  la  partie  dûment  citée  ne  se  pré- 
sentait pas  en  personne  au  tribunal,  elle  pou- 


vait se  faire  représenter  par  un  procureur 
(avoué).  Dans  l'un  comme  dans  l'autre  cas,  il 
y  avait  comparition.  (P.) 

30.  Les  parties  ouïes,  le  tribunal  donnait 
commission  à  un  rapporteur  de  faire  les  infor- 
mations. (P.) 

31.  Enquêtes. 

32.  <i  Causse  judicium  in  tempus rejectum  et 
interlocutione   ampliatum.   »  Budé,  Forensia. 

(P.) 

35.  Les  pièces  produites  à  l'instruction  par 
les  parties  étaient  désignées  du  terme  général 
de  productions.  (P.) 

34.  Références  ou  autorités  alléguées  à  l'ins- 
truction. (P.) 

35.  L'acte  par  lequel  le  demandeur  s'offrait 
à  prouver  (probare  intendit)  un  certain  nombre 
de  conclusions  s'appelait  intendit.  (P.) 

36.  A  Vintendit  le  défenseur  opposait  ses 
contredits. 

37.  La  réplique  était  la  réponse  du  deman- 
deur aux  contredits. 

38.  Réponse  à  la  réplique. 

39.  Réponse  du  défendeur  à  la  duplique. 

40.  Ce  terme  désignait  les  additions  à  Vin- 
tendit, qu'on  appelait  escriptures  principales. 

41.  L'acte  par  lequel  une  des  deux  parties 
récusait  les  témoins  de  l'adversaire  s'appelait 


CHAPITRE   XXXIX 


289 


griefz,  salvations  -,  recollemens  -,   confrontations  -,  acarations  -^ 
libelles  -,  apostoles,  letres  royaulx  -,  compulsoires  ^\  declinatoires  -' 

TeTo^TZ  ^°;r^^^^°"^  ^  '  -^°^^'^  ^^nvoyz^3,  conclusions,  fin^ 
de  non  procéder  -,  apoinctemens  ^  S  reliefz  ^^  confessions  ",  exploictz  ^« 
55  et  aultres  telles  dragées  et  espisseries  d'une  part  et  d'aultre    comme 
doit  faire  le  bon  juge,  scelon  qu'en  a  no.  Spec.  -,  de  ordinario,  §  «V  et 
/î^.  rf^  o/jÇ.  orn.  jii.,  ^fi.,  et  ^^  rescriptis  présenta.,  $j 


Ligne  51.  A,E  :  gnefi  manque  — E  :  recohmens  —  \.  52.  A  •  lettres -\    ,.    F  • 

apoimtementi  -  E  :  confesions  -  1.  55    E  •  a«/m        A  •  ./,  c^  '       ^         •  ^^'      ' 

E  :  d'autre  -  I.  56.  A  E  •  rfo/^/       E      .L'        a    7       *  f       '"  '  ^  '  "^'''''''  ~ 
.i  •  )o-  ^,  i:.  .  aoiot  —  h  .  ^^/ow  —  A,  E  :  ce  qu'en  —  E:ha  not.  —  E  •  «V 

./  manque  -  I,  „.  E  :  i„  H,.  -  E  :  ojfic.  -  E  :  ;W.  L  A  :  rescripti  ;  E  :  Lj^: 


reprocJjes  de   témoins  (reprohationes).   Cf.  Ré- 
gnier, Sat.  XIII,  V.  37. 

Moi-même,  qui  ne  crois  de  léger  aux  mer- 
veilles, 
Qui  reproche  souvent  mes  yeux   et    mes 
oreilles.  (P.) 

42.  «  Exornationes  testium  et  commenda- 
tiones.  »  Budé,  Forensia.  C'est  l'acte  par  lequel 
on  détruisait  les  reproches  de  témoins.  (P.) 

43-  Récolement  de  la  liste  des  témoins. 

44-  Confrontation  des  témoins  avec  l'ac- 
cusé. 

45-  Terme  usité  en  Languedoc  et  dans  les 
provinces  méridionales  pour  désigner  la  con- 
frontation entre  un  accusé  et  ses  coaccusés 
Voir/?.  XVI^  s.,l,  35.  (P.) 

46.  Les  libelles  et  apostoles  étaient  des 
lettres  demandées  aux  juges  pour  faire  déférer 
la  cause  à  une  autre  juridiction.  (P.) 

47-  Le  demandeur  pouvait  solliciter  des 
lettres  royaux  soit  pour  décider  du  litige,  ou  pour 
rabiller  les  fautes  du  procès.  (P.) 

48.  Acte  par  lequel  on  contraignait  un  no- 
taire ou  un  greffier  soit  à  représenter  des  titres 
ou  actes,  soit  à  en  donner  copie.  Cf.  1   I   ch 
V,  n.  ss.(P.) 

49.  Par  le  décUmloire,  on  soulevait  la  ques- 

LE   TIERS   LIVRE. 


tion  de  l'incompétence  de  la  juridiaion  appe- 
lée à  juger  du  litige.  (P.) 

50.  L'anticipatoire  prévenait  la  partie  ad- 
verse en  plaidant,  ou  en  offrant  ce  que  l'ont 
pensait  qu'elle  plaiderait,  ou  offrirait.  (P.) 

5 1 .  Acte  par  lequel  on  sollicitait  le  renvoi 
devant  une  autre  juridiction.  (P.) 

52.  Devant  une  autre  juridiction. 

53-  Devant  les  premiers  juges  dessaisis. 

54.  Nom  générique,  désignant  toutes  les 
contestations  accessoires  ou  incidents  de  la  cause. 

S  S-  Le  mot  signifie  ici  appointement  d'ins- 
truction, acte  par  lequel  le  juge  invitait  les 
parties  à  articuler  définitivement  les  faits  du 
litige  dans  un  laps  de  temps  qu'il  fixait. 

56.  Le  relief  ou  relèvement  de  sentence  était 
l'acte  par  lequel  on  en  appelait  d'un  jugement 
rendu  par  une  juridiction  à  une  autre  juridic- 
tion. (P.) 

57.  Les  confessions  étaient  les  aveux  du  dé- 
fenseur. (P.) 

58.  Acte  de  notification  ou  d'exécution  de 
la  sentence  ;  dernière  pièce  d'une  procédure 
civile.  (P.) 

59.  Speculator.  Surnom  du  canoniste  Guil- 
laume Durand,  auteur  d'un  grand  répertoire 
de  droit  canonique,  k  Spéculum  judiciale.  Une 
édition  de  cet  ouvrage  parut  à  Lyon  en  1 5  3 1 , 
avec  glose  de  Henri  Ferrandat.  (P.) 

37 


290  LE   TIERS    LIVRE 

(c  Je  pose  SUS  le  bout  de  table,  en  mon  cabinet,  tous  les  sacs   du 
défendeur,  et  luy  livre  chanse  premièrement,  comme   vous  aultres, 

60  messieurs,  et  est  not.,  l.  Favorabiliores,  ff.  de  reg.  jiir.,  et  in  c.  ciim  sunt, 
eod.  lit.  lih.  vj,  qui  dict  :  Cum  sunt  par tium  jura  obscura,  reo  favendum 
est  potiîis  quam  actori  ^°. 

(C  Cela  faict,  je  pose  les  sacs  du  demandeur,  comme  vous  aultres, 
messieurs,   sus  l'aultre  bout,  visiim  visu,  car  opposita,  juxta  se  posita, 

65  magis  elucescunt  ^\  ut  not.  in.  l.  j,  §  videamus,  ff.  de  bis  qui  sunt  sui  vel 
alie.  jur.,  et  in  l.  miinerum  j.  mixta,  ff.  de  muner.  et  honor.  ;  pareillement 
et  quant  et  quand  ^\  je  luy  livre  chanse. 

—  Mais  (demandoit  Trinquamelle)  mon  am}',  à  quoy  congnoissez 
vous  l'obscurité  des  droictz  praetenduz  par  les  parties  playdoiantes  ? 

70  —  Comme  vous  aultres,  messieurs  (respondit  Bridoye),  sçavoir  est 
quand  il  y  a  beaucoup  de  sacs  d'une  part  et  de  aultre.  Et  lors  je  use 
de  mes  petiz  dez,  comme  vous  aultres,  messieurs,  suyvant  la  loy  : 
Semper  in  stipulationibus,ff.  de  reg.  jur.,  et  la  loy  versale  ^^  versifiée,  q,  *'* 
eod.  tit.  Semper  in  obscuris  quod  minimum  est  sequimiir,  canonizée  ^>  in  c, 

75  in  obscuris,  eod.  tit.    lib.   vj .  J'ay  d'aultres   gros  dez  bien  beaulx   et 


Ligne  59.  E  :  autres  —  1.  éo.  E  :  jnris  et  in  cap.  —  I.  éi.  E  :  ti.  lih.  sexto  —  1.  62. 
E  :  quem  —  1.  63.  E  :  autres  —  1.  64.  E  :  autre  —  1.  6$.  A,  E  :  no  —  1.  GG.  A  : 
Munerum^  mixta  —  E  :  hono  —  1.  67.  A,  E  :  quand  et  quand  —  1.  68.  E   :  cognoisseï 

—  1.  G^.  E  :  prétendu^ —  E  :  plaidoyantes  —  1.  70.  E  :  autres  —  1.  71.  E  :  ha  beaucop 

—  A  :  d' aultre  ;  E  :  d'autre  —  E  :  fuse  —  1.  72.  A  :  petiti  —  E  :  autres  —  1.  74. 
E  :  titu  —  1.  75.  E  :  /i.  —  E  :  d'autres  groi 

60.  Axiome  de  droit,  qui  figure  au  chapitre  64.  Que.  C'est  ici  la  conjonction  latine  signi- 

des  Regidae  juris,  dans  le  Sexte,    recueil    de       fiant  et.  R.  appelle   cette   loi  versifiée,   parce 

Décrétales  composé  sur  l'ordre  de  Boniface  VIII      qu'elle  forme  en  effet  un  vers  pentamètre  : 

et  aiouté    aux    cinq   livres  de  Décrétales   de  „_       -    .    ,    •  -  - .  -   n      -j      -  -■       „  -  .. 

ti  djuuic    *UA    v-ioLj  Semper  m  I  obscu|ns  II  quod  mmi  I  mum  est 

Grégoire  IX.  sëquï|mùr.  (P.) 

61.  Nouvel  exemple  de  jeu  de  mots  dans  ^j^^  ,^  ^^  ^^^  ^^^^  j^^  ^^^^j^^  .^^.^^ 
l'argumentation  de  Bridoye  :  il  prend  à  la  lettre 

cet  axiome,  comme  il  l'a  fait  pour  l'expression  65.  Adoptée  par   le  droit  canonique.    Les 

aïea  judiciorum.  Regulae  juris  figurent,  en  effet,  dans  le  Sexte. 

62.  En  même  temps.  Voir  n.  60.  On  trouve  parfois  celle-ci  sous  la 

63.  Proprement  :  majuscule,  en  parlant  formule  In  obscuris  minimum  est  sequendum. 
d'une  lettre.  Cf.  1.  II,  ch.  xii,  n.  71.  Le  sens  de  cette   règle,   c'est    qu'entre  deux 


8o 


CHAPITRE   XXXIX  201 

harmonieux,  des  quelz  je  use,  comme  vous  aultres,  messieurs,  quand 

la  matière  est  plus  liquide,  c'est  à  dire  quand  moins  3^  a  de  sacs. 

—  Cela  faict  (demandoit  Trinquamelle)  comment  sententiez  vous, 
mon  amy  ? 

—  Comme  vous  aultres,  messieurs,  respondit  Bridoye.  Pour  celluy 
je  donne  sentence  du  quel  la  chanse,  livrée  par  le  sort  du  dez,  judi- 
ciaire, tribunian^',  prastorial, premier  advient.  Ainsi  commendent  nos 
droictz, /.  quipo,  inpig.,1.  poiior.leg.  creditor.,  C.  de  consul.,  l,  j, 
et  de  reg.  jur .,  in  vj  :  Qui  prior  est  tempo re  potior  est  jure  ^^    » 


Ligne  76.  E  :  fuse  —  E  :  autres  —  1.  77.  E  :  ha  —  1.  80.  E  :  autres  —  E  :  celuy 

—  1.  82.  E:  pretorial —  E  :  commandent  noi  —  1.  83.  E  :pot.  —  A,  E  :   /.  creditor 

1.  84.  E  :  reguhs  juris 

hypothèses,  lorsque  le  sens  d'un  texte  juri-  66.  Tribunien,  ou  tribunicien,  par  opposi- 

dique  est  douteux,    il   faut   toujours   choisir  tion  à  prastorial. 

celle  qui  entraîne  les  conséquences  les  plus  pe-  67.  Pour  s'assurer  le  bénéfice  de  cet  axiome 

tites.  Cf.  un  exemple  se  rapportant  aux  usages  juridique,  les  candidats  à  un  bénéfice  ecclésias- 

de  Poitiers  dans  Plattard,  VAdol.  de  R.  en  Pot-  tique    s'empressaient    de    prendre   date.  Voir 

ton,  p.   148,  n.  2.  Plattard,  0/7.  n/.,  p.  148,   n.  i. 


Comment  Bridoye  expose  les  causes  pourquoy  il  visitoit  les  procès  qu'il 
decidoit  par  le  sort  des  de^. 

Chapitre  XL. 

«  Voyre  mais  (demandoit  Trinquamele),  mon  amy,  puis  que  par 
5  sort  et  ject  des  dez  vous  faictez  vos  jugemens,  pourquoy  ne  livrez 
vous  ceste  chanse  le  jour  et  heure  propre  que  les  parties  contro- 
verses comparent  '  par  davant  vous,  sans  aultre  delay  ?  De  quoy  vous 
servent  les  escriptures  et  aultres  procédures  contenues  dedans  les 
sacs? 
^°  —  Comme  à  vous  aultres,  messieurs  (respondit  Bridoye),  elles  me 
servent  de  trois  choses  exquises,  requises  et  autenticques. 

(c  Premièrement  pour  la  forme,  en  omission  de  laquelle  ce  qu'on 

a  faict  n'estre  valable  prouve  tresbien  Spec.  %  Ht.  de  instr.  edi.  et  tit.  de 

rescrip. présent.;  d'advantaige,  vous  sçavez  trop  mieulx  que  souvent  en 

^5  procédures  judiciaires  les   formalitez  destruisent  les    materialitez   et 

substances  ;  câi  forma  miitata  mutatur   substantia\  ff.    ad  exhib.,  l. 


Ligne  3.  A  :  ^5  ;  E  :  XXXVIII  —  1.  4.  A,  E  :   Trinquamelle  —  1.  5.  E  :  faictes  voi 

—  1.  7.  E  :  devant  —  E  :  autre  —  1.  8.  E  :  ses  escriptures  et  autres  —  1.  10.  E  :  autres 

—  1.  II.  E  :  troys —  1.  13.  E  :  vallahle  —  È  :  ti.  —  A,  E  :  instru.  —  E  :  et  ti.  — 
1.  14.  E  -.présent.  D'adventaige  —  1.  15.  A  :  destruissent —  1.  lé.  E  :  exhiben 

1.  Comparaissent.  Archaïsme.  Julianus  que  cite  Bridoye  :  «  Forma  est  quas 

2.  Cette  abréviation  doit  se  lire  :  Speculator,  dat  esse  rei  et,  commutata  forma  substantiali, 
surnom  du  jurisconsulte  Guillaume  Durand,  res  non  dicitur  eadem,  sed  diversa  ».  C'est-à- 
qui  avait  donné  un  grand  traité  de  division  dire  que  cet  aphorisme  de  droit  est  fondé 
méthodique  du  droit  canonique,  le  Spéculum  sur  la  doctrine  scolastique,  qui  distingue  la 
judiciale.  Voir  chap.  xxxix,  n.  59.  (P.)  tnutatio  accidentalis  de  la  mutatio  suhstantialis. 

5.  Cet  axiome  juridique  revient  fréquem-  Dans  cette  dernière,  la  matière,  sujet  perma- 
ment  chez  les  jurisconsuhes  du  temps.  Il  est  nent,  change  de  nature,  la  fomie  changeant, 
ainsi  commenté  dans  une  glose  de  cette  loi       (P.) 


CHAPITRE   XL  293 

Julianus  ;  ff.  ad  kg.  falcid.,1.  Si  is  qui  quadringenta,  et  extra.,  de  deci., 
c.  ad  audientiam,  et  de  celehra.  miss.,  c.  in  quadam. 

«  Secondement,  comme  à  vous    aultres,   messieurs,    me    servent 

20  d'exercice  honneste  et  salutaire.  Feu  M.  Othoman  Vadare  ^  grand 
medicin,  comme  vous  diriez,  C.  de  comit .  et  archi.,  lih .  xij  \  m'a  dict 
maintes  foys  que  faulte  d'exercitation  corporelle  est  cause  unicque  de 
peu  de  santé  et  briefveté  de  vie  de  vous  aultres,  messieurs,  et  tous 
officiers  de  justice;  ce  que  tresbien  avant  luy  estoit  noté  par  Bart.  in 

25  /.  y.  C.  desenten.  qux  pro  eo  quod\  Pourtant  sont  comme  à  vous 
aultres,  messieurs,  à  nous  consécutivement,  quia  accessorium  natu- 
ram  sequitur  principalis,  de  reg.  jur.  lih.  vi  et  l.  cum  principalis,  et 
l.  nihil  dolo.,ff.  eod.  titu.  ;  ff.  de  fidejusso.,  l.  fidejussor,  et  extra,  de 
offi.   de  leg.,   c.    j,  concédez    certains    jeuz    d'exercice    honeste    et 

30  récréatif,  ff.  de  al.  lus.  et  aleat.,  l.  soient  \  et  autent.  ut  omnes  ohediant,  in 
princ,  coll.  vij,  et  ff.  de  prœscript.  verh.,  l.  si  gratuitam,  et  L  j.  C.  de 
spect.,  lib.  xj,  et  telle  est  l'opinion  D.  Thom^\  in  secunda  secundm,  quœst. 
clxviij,  bien  à  propous  alléguée  per  D.  Alher.  de  Ros.  \  lequel  fuit  magnu  s 


Ligne  17.  E  :  Jul.  —  E  :  fal.  —  E  :  decis.  —  1.  18.  E  :  mis.  —  1,  19.  E  :  autres  — 
1.  20.  A  :  honeste  —  E  :  Vadere  —  1.  21.  E  :  commit.  —  E  :  li.  —  1.  23.  E  :  autres  — 
1.  24.  E  :  Bar.  —  1.  25.  E  :  sent.  —  1.  26.  E  :  autres  —  E  :  accessorum  —  1.  27.  E 
sequiteur  —E  :  li.  —  I.  28.  E  :  ///.  —  E  :  fide  jus.  l.fidejus.ff.  extra  —  1.  30.  E 
authen.  —  1.  31.  E  :  prin.  —  A  :  praescrip.  —  I.  32.  E  :  libr.  xj  —  1.  32-33.  A 
secunda  secundx  q.  clxviij  ;  E  :  secunda  ij.  q.  clxviij  —  1.  33.  E   -.propos   —  E  :  D. 
manque 

4.  Ce  Vadare,  peut-être  un  Allemand  (Hot-  alexltisu  et  aleatorîbus  dit  :  «  Soient  enim  qui- 
mann  Werder),  est  inconnu.  On  a  proposé  <^^^  cogère  ad  lusum...  Senatusconsultum 
diverses  identifications.  Aucune  ne  porte  sur  vetuit  in  pecuniam  ludere,  prsterquam  siquis 
un  personnage  qui  fût  défunt  (feu)  avant  1546.  """'et  hasta,  vel  pilo  jaciendo,  vel  currenda, 
(P.)  saliendo,  luctando  vel  pugnando,  quod  virtutis 

5.  De  Comitihis  et  Archiatris  Sancti  Palatii  causa  fiât.  »  (P.) 

est  le  titre  xiii  du  livre  XII  du  Code  de  Justi-  8.  Saint  Thomas  d'Aquin,  Sum.  theol..  Il», 

nien.   Les  Archiatri  étaient  des  médecins  sti-  II»e  qu.  168,  art.  2  :  Utrum  in  ludis  possit  esse 

pendiés  soit  par  l'empereur,  soit  par  les  eu-  aligna  virtus.  Voir  une  traduction  de  ce  texte 

riales  des  municipes.  (P.)  dansGilson,5fl/«;  r/;oHW5 (Paris,  I925),p.  350. 

6.  De  sententiis  qux  pro  eo  quod  interesl  pro-  (P.) 

feruntur,  est  la  première  loi  du  Code.  (P.)  9.  Alberic    de   Rosata,   canoniste    de  Ber- 

7.  R.  continue  de  s'amuser  à  de  spécieuses  game  (xive  s.),  déjà  cité  I.  II,  ch.  vu,  1.  105. 
allégations  de  textes.  La  loi  Soient  du  titre  De      (P.). 


294 


LE   TIERS    LIVRE 


practicus  et  docteur  solennel,  comme  atteste  Barbatia  in  prin.  consih  ; 
35  la  raison  est  exposée  per  gl.  in  proœmio  ff.,  §  tie  autem  tertii  '°  ; 

Interpone  luis  interdum  gaudia  cnris  ". 

«  De  faict,  un  jour,  en  l'an  1489,  ayant  quelque  affaire  bursal  '*  en 
la  chambre  de  messieurs  les  Generaulx  ''  et  y  entrant  par  permission 
pécuniaire  '^  de  l'huissier,  comme  vous  aultres,  messieurs,  sçavez  que 

40  pecunix  ohediiint  omnia  '^  et  l'a  dict  Bald.  inl.  Singidaria,  ff.  si  certum 
pet., et  Salie.  '^  in  l.  recepticia,  G.  de  constit.  peciin.,  et  Card.  '^  in  CJe.  j, 
de  baptis.,  je  les  trouvay  tous  jouans  à  la  mousche  '*  par  exercice  salubre, 
avant  le  past  ou  après,  il  m'est  indiffèrent,  pourveu  que  hic  no.  que 
le  jeu  de  la  mousche  est  honeste,  salubre,  antique  et  légal,  a  Musco 

45  inventore,  dequo  C.,de petit.hœred.,l.  sipostmotam  '^,  et  Muscarii^°,  idest 


Ligne  55.  E  :  prœinio  —  1.  37.  E  :  brusal  —  1.  39,  A,  E  :  aultres,  messieurs  manque 
—  1.  40.  A,  F  :  la  dict  —  E  :  Bal.  —  1.  41 ,  E  :  Sillic  —  A,  E  :  receptitia  —  E  :  pec.  — 
1.  43.  E  :  hic  not.  —  I.  45.  E  :  post  mortem 


10.  Par  ce  texte  du  Digeste,  il  est  prescrit 
aux  étudiants  de  troisième  année  (tertii  anni 
auiitores)  de  consacrer  un  jour  de  fête  à  la  mé- 
moire de  Papinien  :  «  et  Istificentur  et  festum 
diem,  quem  cum  primum  leges  ejus  accipie- 
bant,  celebrare  solebant,  peragant.  »  (P.) 

11.  Sentence  de  ce  Dionysius  Cato,  qui 
jouit  d'une  si  grande  vogue  dans  les  écoles  du 
moyen  âge.  Cf.  1.  I,  ch.  xiv,  n.  ii.  Elle  fi- 
gure dans  la  glose  du  Proœmium  Digestonim, 
avec  cette  note  :  Catonis  versus.  (P.) 

12.  D'argent,  proprement  :  débourse. 

13.  Ce  nom  était  donné  à  certains  magis- 
trats de  la  cour  des  Aides,  juridiction  finan- 
cière. (P.) 

14.  Obtenue  par  argent  (pecunia).  Peut-être 
y  a-t-illàun  jeu  de  mots  sur  l'expression  :  per- 
mission peculière,  c'est-à-dire  particulière.  (P.) 

15.  Cette  sentence  de  YEcclésiaste,X,  19,  fi- 
gure parmi  les  Adages  d'Érasme,  I,  3,  87. 
Cf.  R.E.R.,yi,  237  et  IX,  433. 

16.  Salycctus,  jurisconsulte  dont  on  trouve 


le  nom  dans  maints  ouvrages   juridiques  du 
temps. 

17.  Quel  est  le  jurisconsulte  désigné  par 
cette  abréviation  ?  C'était  un  canoniste,  puisque 
son  commentaire  portait  sur  les  Décrétales  : 
m  Clementinis,  De  Baptismale  et  ejus  ejfectu. 
Il  s'agit  apparemment  de  Jean  Lemoyne.  (P.) 

18.  La  mouche  est  un  jeu  d'écoliers,  où 
«  l'un  deux,  choisi  au  sort,  fait  la  mouche,  sur 
qui  tous  les  autres  frappent  comme  s'ils  le 
voulaient  chasser.  »  Trévoux.  Cf.  R.E.R.,  VI, 

355-357- 

19.  Le  Code,  titre  De  petitione  hereditatis, 
loi  Si  post  motam  controversiam,  purle  d'un  cer- 
tain Museus  ;  peut-être  quelques  textes  fautifs 
portaient-ils  Museus;  à  moins  que  R.  n'ait  dé- 
formé ce  nom  de  Museus  pour  le  faire  entrer 
dans  son  argumentation  facétieuse.  (P.) 

20.  Il  est  question,  en  effet,  éièMuscarii  au 
titre  LXIV  du  Code  :  De  excusationibus  artifi- 
cuiii.  Mais  ce  mot  y  désigne  les  parfumeurs, 
«  qui  faciunt  illud  opus  quod  dicitur  muscuvi  ». 


CHAPITRE   XL  295 

ceulx  qui  jouent  à  la  mousche,   sont  excusables  de  droict,  /.  ;',  C,  de 
excus.  art  if.,  lib.  x. 

«  Et  pour  lors  estoit  de  mousche  M.  Tielman  Picquet  ^',  il  m'en 
soubvient,  et  rioyt  de  ce  que  messieurs  de  la  dicte  chambre  guastoient 

50  tous  leurs  bonnetz  à  force  de  luy  dauber  ses  espaules  ;  les  disoit  ce 
nonobstant  n'estre  de  ce  deguast  de  bonnetz  excusables  au  retour 
du  Palais  envers  leurs  femmes,  par  c.  j,  extra.,  de  prœsump.,  et  ihi  gl. 
Or,  resohitorie  loquendo,  je  diroys,  comme  vous  aultres,  messieurs, 
qu'il  n'est  exercice  tel,  ne  plus  aromatisant  en  ce  monde  palatin,  que 

55  vuider   sacs,    feueilleter    papiers,    quotter    cayers,    emplir    paniers, 

et  visiter  procès,  ex  Bart.  et  Jo.  de  Pra.  ",  in  l.  falsa  de  condit.  et  démon,  ff. 

«  Tiercement,  comme  vous  aultres,  messieurs,  je  consydere  que  le 

temps  meurist  toutes  choses  ;  par  temps  toutes  choses  viennent  en 

évidence  ;  le  temps  est  père  de  Vérité  ^\  gl.  in  l.  j,  C.  de  servit.,  Jutent., 

éo  de  restit.  et  ea  quœpa.,  et  Spec.  tit.  de  requis,  cous.  C'est  pourquoy,  comme 
vous  aultres,  messieurs,  je  sursoye,  délaye  et  diffère  le  jugement 
affin  que  le  procès,  bien  ventilé,  grabelé  et  debatu,  vieigne  par  succes- 
sion de  temps  à  sa  maturité,  et  le  sort  par  après  advenent  soit 
plus  doulcettement  porté  des  parties  condemnées,  comme  no.  glo.ff.de 

65  excu.  tut.,  l.  Tria  onera  ^^  : 

Portatiir  leviter,  qiiod  portât  quisgue  libenter. 

Ligne  47.  E  :  excussartif.  lihr.  —  1.  49.  E  :  souvient  —  E  :  gasioient  —  1.  51.  E  : 
degast —  E  :  e\cusables  —  1.  52.  E  :/.  manque  —  A  •.prxsumpt  —  E  :  ihi glo.  —  1.  53. 
E  :  dirois —  A,  E  :  comme  vous  aultres,  messieurs  manque  —  1.  55.  E  :  vuyder  —  E  :  fueil- 
leter  —  E  :  remplir  —  1.  56.  E  :  Joan.  —  E  :  condi.  et  demonsi.  — 1.  57.  E  :  autres  — 
E  :  considère  —  1.  58.  E  :  meurit  —  1.  59.  E  :  Glo.  —  1.  éo.  E  :  restit.  ea  que  —  E  : 
requisi.  cos.  —  1.  61.  E  :  autres  —  E  :  surceoye  —  1.  62.  E  :  vienne  —  I.  63.  A,  E  : 
advenant  —  1.  64.  E  :  doulcement —  ^  '•  gl-  —  1.  65.  A,  E  :  excus.  —  1.  66.  E  :  Por- 
tateur 

21.  Les  Picquet  étaient  une  famille  de  Mont-  23.  Sentence  d'un  vieux  poète,  rapportée 
pellier  ;  Honoré  Picquet,  docteur  régent  de  la  par  Aulu-Gelle,  XII,  11,  7  :  «  Veritatem  Tem- 
faculté  de  médecine  de  cette  ville,  obtint  de  poris  filiam  esse,  »  et  cataloguée  par  Erasme 
Charles  VIII  pour  l'École,  en  mai  1496,  une       dans  ses  Adages,  II,  4,  7.  (P.) 

dotation,  confirmée  par  Louis  XII  le  29  août  24.  Une  glose  de  la  loi  Tria  Onera  du  titre 

1498.  (D.)  De  excusationihus  tutelanim  (Digeste)  dit,    en 

22.  Joannes  de  Prato,  jurisconsulte  floren-  effet  :  «  Onera,  id  est,  très  onerosas  tutelae  et 
tin  (xve  s.).  non  aflfectatse . . .  Si  enim  essent  affectatae,,  non 


296  LE   TIERS    LIVRE 

(c  Le  jugeant  crud,  verd  et  au  commencement,  dangier  seroit  de 
l'inconvénient  que  disent  les  medicins  advenir  quand  on  perse  un 
aposteme  ^'avant  qu'il  soit  meur,  quand  on  purge  du  corps  humain 

70  quelque  humeur  nuysant  avant  sa  concoction^^  ;  car,  comme  est 
escript  in  Autent.,  Hœc  constit.  in  inno.  const.,  prin.,  et  le  répète  gl.  in. 
c.  Cœterum,  extra.,  de  jura,  calum.  :  Qiiod  medicamenta  morbis  exhibent, 
hoc  jura  negotiis.  Nature  d'adventaige  nous  instruict  cuillir  et  manger 
les  fruictz  quand  ilz  sont  meurs,  instit .,de  re.  di.,  §  is  ad  quem,  et  ff.  de 

75  acti.  empt.,  l.  JuUanus;  marier  les  filles  quand  elles  sont  meures,  Jf. 
de  donat.  int.  vir.  et  uxo.,  l.  Cum  hic  status,  §  si  quia  sponsa,  et  ij  q., 
j  c,  Sicut  dict  gl.  : 

Jatn  matura  thorisplenis  adoleverat  annis^i 
Virginitas, 

80       rien  ne  faire  qu'en  toute  maturité  xxiij  q.  ij  §  ult.  &  xxxiij  d.  c.  uît. 


Ligne  69.  A  :  de  corps  —  1.  70.  A,  E  :  nuisant  —  1.  7 1 .  A,  E  :  constit.  inno  —  E  :  consti. 
prin.  —  1.  73.  E  :  davanîaige  —  E  :  cueillir —  1.  75.  E  :  act.  —  E  :  emp.  —  \.  76. 
E  :  dona.  inter  —  1.  76-79.  A,  E  :  ^/  27  q Virginitas  manque  —  I.  80.  A,  E  :  xxxijd.c. 

infèrent  onus  ;  quia  portatur  leviter  quod  por-  turgeant,  »  dit  Hippocrate,^/)/;.,  Sect.  1, 22. (D.) 
tat  quisque  libenter.  »  27.  Vers  calqué  sur   un   vers  de  YÈnéide, 

25.  Abcès.  (D.)  1- VII,  53  : 

26.  «  Concocta  medicamentis  aggredi  oportet  Jam  matura  viro,  jam  plenis  nubUis  annis. 
et  tnovere  non  cruda,  neque  in  principiis,  si  non  (P.) 


Comment  Bridoye  narre  ïhisioire  de  l'apomcteiir  des  procès. 
Chapitre   XLI. 

«  Il  me  souvient  à  ce  propous  (dist  Bridoye  continuant)  que,  on 
temps  que  j'estudiois  à  Poictiers  en  droict  ',  soubs  Brocadiiim  juris  % 
5  estoit  à  Semerve  ^  un  nommé  Perrin  Dendin  '^,  homme  honorable,  bon 
laboureur,  bien  chantant  au  letrain  \  homme  de  crédit  et  aagé  autant 
que  le  plus  de  vous  aultres,  messieurs,  lequel  disoit  auoir  veu  le 
grand  bon  homme  Concile  de  Latran  ^,  avecques  son  gros  chappeau 
rouge  ;  ensemble  la  bonne  dame  Pragmaticque  Sanction,  sa  femme, 
10  avecques  son  large  tissu  de  satin  pers  et  ses  grosses  patenostres  '  de 
gayet  ^ 

a  Cestuy  homme  de  bien  apoinctoit' plus  de  procès  qu'il  n'en  estoit 
vuidé  en  tout  le  palais   de  Poictiers  '°,  en  l'auditoire  de  Monsmoril- 


Ligne  i.  E  :  appoincteur  —  A,  E  :  de  procès  —  1.  2.  A  :  ^^  ;  E  :  xxxix  —  1.  3.  A  : 

souhvient  —  E  :  propos  —  E  :  qumi  -     \.  4.  E  :  estudioys  —  1.  7.  E  :  autres  —  I.  8.  E  : 

avec  —  1.  10.  E  :  avec  —  1.  1 1.  E  :  layet  —  1.  12.  E  :  appoiiicfoit  —  1.  1 3.  E  :  vuydé 

1.  L'Université  de  Poitiers,  fondée  en  143 1,  et  fut  abolie  par  le  Concordat  de  15 16.  Cette 
était  surtout  fameuse  par  sa  faculté  de  droit.  plaisanterie,  dans  laquelle  le  Pirée  est  pris 
Elle  venait  immédiatement  après  l'Université  pour  un  homme,  semble  avoir  eu  cours  au 
de  Paris,  d'après  le  géographe  Mercator,  vers  temps  de  R.  Elle  se  retrouve  dans  les  Comités 
le  milieu  du  xvie  s.  (P.)  et  Joyeux  devis,  nouvelle  LXVI  :  «  vous  parlez 

2.  On  donnait   aux  axiomes   juridiques  le  du  Concile  de  Latran.  Je  l'ai  assez  vu  de  fois  ; 
nom  de  brocards  :  R.  fait  de  ce  mot  latinisé  le  il  avoit  un  grand  chapeau  rouge.  .  .  »  (P.) 
nom  d'un  professeur  de  droit.  (P.)  7.  Chapelet.  Cf.  1.  II,  ch.  xxi,  n.  25. 

3.  Aujourd'hui  Smarve,  comm.,  cant.  de  8.  Jayet,  jais,  nommé  ailleurs  gagates.  (y. 
Villedieu-du-Clain,  arr.  de  Poitiers.  Cf.  ci-dessus,  ch.  xxv,  n.  75.)  Gi7Vg/ est  la  forme 
R.E.R.,  II,  250.  qui  se  rencontre  dans  les  lapidaires  du  xii^  s, 

4.  Ce  mot  signifie   nigaud,  de  contenance  (D.) 

niaise.  Cf.  1.  I,  ch.  xxv,  n.  34.  9.  Arrangeait  par  des  transactions.    Cf.  R. 

5.  Lutrin.  XVI^s.,  I,  37.  (P.) 

6.  Le  concile  de  Latran  se  tint  de  15 12  à  10.  La  justice  à  Poitiers  se  rendait  alors, 
1517;  la  Pragmatique  Sanction  datait  de  1439  comme  aujourd'hui,  dans   l'ancien  palais  des 

LE  TIERS   LIVRE.  3 8 


298 


LE  TIERS    LIVRE 


Ion  ",  en  la  halle  de  Parthenay  le  Vieulx  '\  ce  que  le  faisoit  vénérable  en 

15  tout  le  voisinage.  De  Chauvigny'^Noûaillé'^  Croutelles'^  Aisgne'S 

Legugé  '",  La  Moite  '^  Lusignan  '',  Vivonne  '°,  Mezeaulx  '',  Estables  '' 

et  lieux  confins,  tous  les  debatz,  procès  et  differens  estoient  par  son 

devis  vuidez,  comme  par  juge  souverain,  quoy  que   juge   ne  feust, 

mais  homme  de  bien,  Arg,  in  1.  sed  si  imius,  ff.  de  jureju.,  et  de  verb. 

20  oblig.,  l.  continuiis.  Il  n'estoit  tué  pourceau  en  tout  le  voisinage  dont 

il  n'eust  de   la  bastille  ^'  et  des  boudins,  et  estoit  presque  tous  les 

jours  de  banquet,  de  festin,  de  nopces,  de  commeraige,  de  relevailles 

et  en  la  taverne,  pour   faire   quelque   apoinctement  entendez  ;   car 

jamais  n'apoinctoit  les  parties  qu'il  ne  les  feist  boyre  ensemble,  par 

25   symbole  de  reconciliation,  d'accord  perfaict  et  de  nouvelle  joye,  ut  no. 

per  doct.,  ff.  de  péri,  et  comm.  rei  vend.  1.  j.  *'^. 


Ligne  14.  E  :  Parienay  —  15.  E  :  voysiiiage  —  E  :  Crotelles  —  1.  18.  E  :  vuydei  — 
E  :  fust  — 1.  19.  A,  E  :  jurejur.  —  E  :  ver.  oh.  —  1.  20.  E  :  voysinage  dond  —  I.  23. 
E  :  appoindemeni  —  1.  24.  E  :  appoinctoit  —  E  :  boire  —  1.  25.  A,  E  :  parjaict  —  1.  26. 
E  :  par  Doct.  —  E  :  con.  rei  ven. 


comtes  de  Poitou,  qui  est  remarquable  par  sa 
grande  salle,  de  la  fin  du  xii^  s.,  et  son  donjon, 
duxive.  Cf.  /?.£.i?.,II,  243. 

11.  Chef-1.  d'arr.  (Vienne).  L'auditoire  ou 
palais  de  justice  de  Montmorillon  devait  être 
chargé  de  procès,  car  il  était  le  siège  d'une  an- 
cienne juridiction  transformée  en  sénéchaus- 
sée par  François  I^r,  en  1545,  avec  un  ressort 
très  étendu  (179  paroisses,  à  la  fin  de  l'ancien 
régime).  R.E.R.,  II,  230. 

12.  Village  et  ancien  prieuré,  comm.  de 
Parthenay  (Deux-Sèvres).  La  charte  de  fonda- 
tion du  monastère  dotait  le  bourg  d'une  foire 
annuelle  franche  de  tous  droits.  Le  marché 
entraîna  la  construction  d'une  salle  qui  servait 
aussi  d'auditoire  de  justice.  R.E.R.,  II,  253. 

13.  Cant.,  arr.  de  Montmorillon. 

14.  Comm.,  cant.  de  Villedieu-du-Clain 
(Vienne). 

15.  Comm.,  cant.  sud  de  Poitiers. 

16.  Aujourd'hui  Esgne,  château  et  hameau, 
comm.  d'Iteuil  (\^ienne). 

17.  Ligugé,  comm.,  cant.  sud  de  Poitiers. 


R.  avait  résidé  dans  le  prieuré  de  Saint-Martin 
dont  Geoffi-oy  d'Estissac  était  abbé.  Cf.  Chro- 
nologie t.  L  P-  cxxx,  et  Plattard,  L'Adoles- 
cence de  R.  en  Poitou,  ch.  m,  Rabelais  à  Ligugé. 

18.  Château  et  ferme,  comm.  de  Ligugé- 
R.E.R.,  II,  230. 

19.  Cant.,  arr.  de  Poitiers.  Cf.  1.  Il,  ch.  v, 
n.  16. 

20.  Cant.,  arr.  de  Poitiers. 

21.  Hameau,  comm.  de  Ligugé.  Mezeaulx 
possédait  un  prieuré-cure,  qui  dépendait  de 
l'abbaye  de  Fontaine-le-Comte  dont  Ant. 
Ardillon  était  abbé.  Cf.  1.  II,  ch.  v,  n.  15  et 
R.E.R.,  II,  227. 

22.  Un  hameau  porte  ce  nom,  comm.  de 
Charay  et  de  Blaslay  (Vienne).  Il  est  à  plus  de 
dix  lieues  de  Smarve.  Est-ce  cette  localité  que 
R.  a  visée  dans  cette  énumération  des  lieux 
«  confins  »  du  village  de  Perrin  Dendin  ?  (P.) 

23.  Tranches  de  porc  rôties.  Cf.  1.  II, 
ch.  XXXI,  n.  18. 

24.  Ni  dans  la  loi  alléguée.  De  periculo  et 
commodo  rei  vendit^,    ni    dans  ses    gloses,  il 


CHAPITRE    XLI 


299 


«Il  eut  un  filz,  nommé Tenot  '^  Dendin,  grand  hardeau^^  etgualant 
homme,  ainsi  m'aist  Dieu  ^\  lequel  semblablement  voulut  s'entremettre 
d'appoincter  les  plaidoians,  comme  vous  sçavez  que 

30  Sxpe  solet  similis  filius  esse  patri, 

Et  sequitur  leviter  fi  lia  matris  iter  ^^, 

ut  ait  gl.,  vj.  q.,  j  c.  :  Si  quis  ;  g.  de  cons.,  d.  v,  c.  j  fi.  ;  et  est  no.  per 

doct.,  C.  de  impii.  et  aliis  suhst.,  l.  ult.  et  l.  légitimée,  ff.  de  stat.  hom.,gl.  in  l. 

quod  si  nolit,ff.  deedil.  éd.,  l.  quis,  C.  ad  le.  Jul.  niajest.  Excipio  filios  a 
35  moniali  susceptos  ex  monacho  ^^,  per  gl.  in  c.  Impudicas,  xxvii  q.  j.  Et  se 

nommoit,  en  ses  tiltres,  l'apoincteur  des  procès. 

«  En  cestuy  négoce  tant  estoit  actif  et  vigilant,  câïvigtlanttbiisjura  subve- 

niunt,ex.l.pupillus,ff.quœ  infraud.cred.,eiihid.  l.  non  enim,  et  instit.  inproœ- 

mio  '°,  que  incontinent  qu'il  sentoit,  utff.  si  quad.  pau.fec,  l.  Agaso,  gl.  in 
40  verho  olfecit  i.   nasum  ad  culum  posuit  '',  et  entendoit  par  pays  estre 

meu  procès  ou  débat,  il  se  ingeroit  d'apoincter  les  parties. 

Ligne  27.  E  :  heut  —  E:  et  manque  —  A,  E  :  galant  —  1.  28.  E  :  m'ayd'  —  1.  29.  A  : 
apoinder  —  E  :  plaidoyans  —  E  ;  qiiae  —  1.  31,  E  :  seqiutur  —  1.  12.^  :  gl.  de  cotise,  dt. 
—  A,E:  c.Ji.  —  E  :  not.  —  1.  33.  A.  E  :  impub.  —  A  :  substit.  —  E  :  ho.  —  1.  34. 
E  :  edil.  edict.  —  A,  E  :  juisquis  —  A  :  leg.  Jul.  ;  E  :  /.  Jul.  —  A,  E  :  Excip.  —  1.  36. 
E  :  appoindeur  —  A,  E  -.de  procès  —  I.  37.  E  :  estoit  tant  —  1.  38.  E  :  papHlius  — 
E  :  cre.  —  E  :  prœmio  —  1.  39.  E  :  fe  —  1.  40.  A,  E  :  verh  :  —  E  :  s'entendoit  — 
1.  41.  E  :  s' ingeroit  d'appoincter  les  parties 

n'est  question  de  réconciliation  des  parties  au-  dans  son  De  leg.  conn.,  alléguant  à  l'appui  les 

tour  du  piot.  Mais  l'exemple  du  vin  vendu  est  textes  juridiques  énumérés  par  R.  (P.) 

celui  qu'examine  le  législateur.  «  Si  vinum  ven-  29.  «  J'excepte  les  fils   nés  d'un  moine  et 

ditum  acuerit,  vel  quid  aliud  vitii  susiinuerit,  d'une  nonnain.  »  Cette  exception,  formulée  en 

emptoris  erit  damnum. . .  »  Peut-être  quelque  latin,   est-elle   un  brocard   ou  une  facétie  de 

glossateur  facétieux  proposait-il  de  réconcilier  juriste?  (P.) 

acheteur  et  vendeur  en  leur  faisant  boire  le  vin  30.  Il  est  dit,  dans  la  loi  Piipillus  au  titre 

en  litige  ?  (P.)  qux  in  fraiidern  creditorum  fada  sunt  ut  resti- 

25.  Diminutif  d'Etienne.  tuantur  :  «  jus  civile vigilantibusscriptum  est»  ; 

26.  Gars.  Mot  usuel  alors  en  Anjou,  Maine,  et  la  glose  ajoute  :  «  Vigilantibus  jura  subve- 
Poitou.  Le  féminin,  hardeîte,  fille  de  ferme,  a  niunt...  pigris  et  negligentibus  jura  non  subve- 
survécu.  (Sainéan,  t.  II,  p.  139.)  niant  facit  textus  in  1.  Non  enim  negligenti- 

27.  Ainsi  m'aide  Dieu  !  bus.  »  (P.) 

28.  Dicton  fréquemment  cité  au  moyen  âge  :  31.  Voici  le  texte  de  la  loi,  qui  adonné 
«  nostris^omnibusobvius   »,  dit  Tiraqueau,  lieu  à  une  glose  si  curieuse  :  Digeste,  titre  :  Si 


300  LE   TIERS    LIVRE 

c(  Il  est  escript  :  Qui  non  lahorat  non  manige  ducat  '\  et  le  dict  gJ.  §.  de 
dam.  infect.,  I.  quainvis,  et  cnrrere  plus  que  le  pas  '' 

vetulam  compelliî  egestas  '-^  ; 

45  S^-->ff-  delib.  agnos.,l.  Si  quis  pro  qua  facit  ;  1.   si  plures,  C.   de  cond. 

incer.  Mais  en  tel  affaire  il  feut  tant  malheureux  que  jamais  n'apoincta 

différent  quelconques,  tant  petit  feust  il  que  sçauriez  dire  ;  en  lieu 

de  les  apoincter,  il  les  irritoit  et  aigrissoit  d'adventaige.  Vous  sçavez, 

messieurs,  que 


50 


Senno  datur  cunctis,  animi  sapientia  paucis, 

gl.  ff.  de  alie.  ju.  mu.  caus.  fa.,  l.  ij  '\  et  disoient  les  taverniers  de 
Semarve  que  soubs  luy,  en  un  an,  ilz  n'avoient  tant  vendu  de  vin 
d'apoinctation  (ainsi  nommoient  ilz  le  bon  vin  de  Legugé  '^)  comme 


Ligne  42.  E:g.ff.  —  1.  43.  A  :  quanvis  —  1.  45.  A  :  agnosc  —  1.  46.  E,  condi.  incert. 
—  E  :  fut  —  E  :  appoinda  —  1.  47.  A  :  queconques  —  E  :fusi  —  1.  48.  E  :  appoinder  — 
E  :  agressait  d'aventaige  —  1,  5 1 .  E  :  jur.  —  E  :  eau  —  1.  5 3.  E  :  d'appoinetation 

quadrupes  pauperiem  fecisse  dicatur,  loi  Agaso  :  33.  Plus  vite  que  l'allure  du  pas.  Cf.   Grin- 

«  Agaso  [un  muletier]  cum  in  tabernamequum       gore,  Fie  Mgr  S.  Loys,  t.  II,  p.  124  : 


Fuyr  (auh  plus  tost  que  le  pas. 


deduceret,  mulam  equus  olfecit.  Mula  calcem 

rejecit  et  crus  Agasoni  fregit.  Consulebatur, 

possetne  cum  domino  mute  agi  quod  ea  pau-  34-  On  trouve    ce  dicton   sous  différentes 

perlera  fecisset.  Respondi,  posse.  »  Et  la  glose  ^°^"^^^  ■  Besoing  fait  vieille  trotter. 

interprète  olfecit  :  id  est  nasum  ad  culum  po-  Saepe  necesse  gravera  currere  cogit  anum. 

suit    (P  ~) 

'  ^   '''                                .  Defectus  panum  currere  cogit  anum. 

32.  Cette  sentence   de  l'Ecriture  :  «  quo- 

niam  si  quis  non  vult  operari,  nec  mafiducet  »  K.h.K.,  vil,  372. 

(Saint  Paul  aux  Thessaloniciens,II,  3,  10)  était  35-  La  glose  de  la  loi  2  du  titre  De  aliena- 

devenue  proverbiale.    On    la  trouve  dans  la  tionejudicii  mutandi  causa  fada,  qu'allègue  Bri- 

Moralité  des  Enfans  de  maintenant  :  ^oye,  cite  au  complet  le  distique  de  Caton  : 

L'Escriture  ainsi  le  met  :  Montra  verbosos  noli  contendere  verbis, 

Qui  non  lahorat  nofi  manducet.  Sermo  datur,  etc.  (P.) 

Mourir  de  faim  doibt  endurer  56.  Le  cru  de  Ligugé  était  jadis  très  coté. 

Qui  pour  vivre  ne  veult  ouvrer.  Voir  Raveau,  Vie  économique  en  Poitou  au  XVI' s. 

Bridoye  déforme  manducet  en  manige  ducat,  dans  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de 

par  analogie  avec  manger.  (P.)  /'Om«5/ (1916-17),  p.  258.  (P.) 


CHAPITRE   XLI  3OI 

ilz  faisoient  soubz  son  père  en  demie  heure.  Advint  qu'il  s'en 
55  plaignit  à  son  père  et  referoit  les  causes  de  ce  meshaing  "  en  la  perver- 
sité des  hommes  de  son  temps,  franchement  luy  objectant  que,  si  on 
temps  jadis  le  monde  eust  esté  ainsi  pervers,  playdoiart,  detravé  '^  et 
inapoinctable,  il  son  père  n'eust  acquis  l'honneur  et  tiltre  d'apoincteur 
tant  irréfragable  comme  il  avoit.  En  quoy  faisoit  Tenot  contre  droict, 
60  par  lequel  est  es  enfans  défendu  reprocher  leurs  propres  pères,  per 
gl.  et  Bar.,  l.  iij,  §  Si  quis,ff.  de  condi.  oh  catis.,  et  autent.,  de  nup.,  §  Sed 
quod  sancitum,  coll.  iiij. 

«  Il  fault(respondit  Perrin)  faire  aultrement,  Dendin,  mon  filz.  Or, 

Quand  oportet  vient  en  place, 
65  II  convient  qu'ainsi  se  face  '', 

gl.  C.  de  appelL,  l.  eos  etiam.  Ce  n'est  là  que  gist  le  lièvre  ^°.  Tu 
n'apoincte  jamais  les  differens.  Pour  quoy  ?  Tu  les  prens  dès  le  com- 
mencement, estans  encores  verds  et  cruds.  Je  les  apoincte  tous 
Pourquoy?  Je  les  prens  sur  leur  lin,  bien  meurs  et  digérez  ;  ainsi  dist. 
70  gl.  : 

Dulcior  est  fructus  post  multa  pericula  dtictus, 
l.  non  moriturus^  C.  de  contrah.  et  comit.  stip. 


Ligne  54.  E  :  faisoyent  —  1.  55.  E  :  plelgnit  —  1.  56.  E  :  ûm  —  1.  57.  E  :  plai- 
doyard  —  1.  58.  E  :  inappoinctable  —  E  :  appoincteur  —  1.  59.  A,E:  le  droict— l.  61.  E  : 
Bartol.  —  A  :  nupt.  —  1.  62.  E  :  sencitum  —  1.  63.  F  :  Il  fault  faire  aultre  manque  — 
E  :  autrement  —  1.  66.  E  :  appel.  — 1.  6j.  A  :  apoinctes  ;  E  :  appoinctes  —  1.  68.  F  : 
commencemens  —  E  :  appoincte  —  1.   69.  A,  E  :  sus  —  1.  72.  E  :  contrahen.  et  commit. 

37.  Chagrin.  Il  est  besoing  qu'on  le  face. 

38.  Désordonné.  Cf.   t.  IV,  p.  146,  n.  15.  Quand  o/7or/«/ vient  en  place, 

39.  Ce  dicton  se  rencontre  sous  les  formes  II  n'est  rien  qui  ne  se  face, 
suivantes,  qui  en  précisent  le  sens  :  Cf.  R.  XVI^s.,  VII,  m.  (P.) 

Cum  oportet  in  médium  adducitur,  40.  Traduction  du  dicton  latin  :   Hic  jacet 

Nihil  est  quin  oporteat.  lepus;   c'est  là  qu'est   la   difficulté.  Cf.    1.    I, 

Quand  oportet  vient  en  place,  ch.  xix,  1.  21 .  (P.) 


302  LE   TIERS    LIVRE 

c(  Ne  sçaiz  tu  qu'on  dict,  en  proverbe  commun,  heureux  estre  le 
medicin  qui  est  appelle  sus  la  declination  de  la  maladie  ?  La  maladie 
75  desoy  criticquoit  et  tendoit  à  fin,  encores  que  le  medicin  n'y  survint. 
Mes  plaidoieurs  semblablement  de  soy  mesmes  declinoient  on 
dernier  but  de  playdoirie,  car  leurs  bourses  estoient  vuides  ;  de  soy 
cessoient  poursuyvre  et  solliciter  ;  plus  d'aubert  ^'  n'estoit  en  fouil- 
louse  pour  solliciter  et  poursuyvre  : 

80  Déficiente  pecu,  déficit  omm,  nia  *^. 

«  Manquoit  seulement  quelqu'un  qui  feust  comme  paranymphe  *'  et 
médiateur,  qui  premier  parlast  d'apoinctement,  pour  soy  saulver 
l'une  et  l'aultre  partie  de  ceste  pernicieuse  honte  qu'on  eust  dict  : 
«    Cestuy   cy   premier  s'est   rendu  ;   il    a   premier   parlé    d'apoincte- 

85  ment  ;  il  a  esté  las  le  premier  ;  il  n'avoit  le  meilleur  droict  ;  il 
sentoit  que  le  bast  le  blessoit.  »  Là,  Dendin,  je  me  trouve  à  propous, 
comme  lard  en  poys  **  ;  c'est  mon  heur,  c'est  mon  guaing,  c'est  ma  bonne 
fortune.  Et  te  diz,  Dendin  mon  filz  jolly,  que  par  ceste  méthode 
je  pourrois  paix  mettre,  ou  trêves  pour  le   moins,    entre   le  grand 

90  Roy  *'  et  les  Vénitiens,  entre  l'Empereur  et  les  Suisses,  entre  les  Anglois 
et  Escossois,  entre  le  Pape  ^^  et  les  Ferrarois.  Iray  je  plus  loing?  Ce 

Ligne  73.  E  :  scays  —  1.  76.  E  : plaidoyeiirs  —  E  :  déclinent  au  —  1.  77.  E  :  plaidoyrie 
—  E  :  vtiydes  —  1.  78.  E  :  soliciter  —  E  :  fouilleuse  —  1.  81.  E  :  fust  —  1.  82.  E  : 
appoinctement  —  E  :  saulve —  I.  83.  E  :  autre —  E  :  qu'on  manque  —  1.  84.  'E  :  ha  —  E  : 
appoinctement  ^  1.  85.  E  :  ha  —  1.  86.  E  :  propos  —  1.  87.  E  :  gaing  —  I.  88.  E  :  je  te 
dy  —  E  :  joly  —  1.  89.  A  :  mètre  —  1.  90.  E  :  Suysses  —  E  :  Angloys  —  I.  91.  E  : 
Escossoys  —  E  :  Ferraroys 

41.  Argent.  Terme   de  l'argot  des  gueux,  44.  Ancien  dicton.  Cf.  Patlietin,\.  738: 
comme   le   suivant  :  fouiltouse,  qui  signifiait  Oncq  lart  es  pois  ne  cheut  si  bien. 
bourse,  (Sainéan,  t.  II,  p.  395.)                                    45.  Il  s'agit  évidemment  ici  du  roi  Louis  XII, 

42.  Déformation  du  dicton  :  Déficiente  dont  on  connaît  les  démêlés  avec  les  Vénitiens, 
pecunia,   déficit  omne.  (P.)  entre  1508  et  1513. 

43.  Néologisme,  du  grec  napavjaço;,  mot  46.  R.  rapporte  plusieurs  épisodes  de  ce 
qui  désigne  le  garçon  d'honneur  du  marié.  Pa-  diff"érend  du  pape  et  du  duc  de  Ferrare  dans 
ranymphc  SQ  disait  aussi  du  parrain  qui,  dans  les  lettres  qu'il  envoya  d'Italie  en  1555-36  à 
l'ancienne  Faculté  de  médecine,  escortait  le  Geoffroy  d'Estissac.  Cf.  éd.  Bourrilly,  p.  46 
candidat  à  la  licence.  (P.)  et  73.  (P.) 


CHAPITRE   XLI  3O3 

m'aist  Dieu,  entre  le  Turc  et  le  Sophy^',  entre  les  Tartres  et  les  Mosco- 
vites '^^ 

«  Entends  bien  :  je  les  prendrois  sus  l'instant  que  et  les  uns  et  les 
95  aultres  seroient  las  de  guerroier,  qu'ilz  auroient  vuidé  leurs  coffres, 
expulsé  les  bourses  de  leurs  subjectz,  vendu  leur  domaine,  hypothéqué 
leurs  terres,  consumé  leurs  vivres  et  munitions.  Là,  de  par  Dieu  ou 
de  par  sa  mère,  force  forcée  leurs  est  respirei  et  leurs  felonnies 
modérer.  C'est  la  doctrine,  in  gl.  xxxvii.  d.  c.  si  quando  : 

100  Odero  si  potero  ;  si  non,  invitus  amabo  '*'.  » 


Ligne  92.  E  :  Tartares  —  1.  94.  E  :  et  manque  —  1.  95.  E  :  autres  —  E  :  guer- 
royer—  E  :  vuydé —  1.  96.  E  :  espuisè  —  A,  E  :  dommaine  —  1.  97.  E  :  consommé —  E  : 
monitîons  —  1.  98.  E  :  leur  —  1.  99.  E  :  glo.  —  "E:  d.  manque 

47.  Les  mêmes  lettres  d'Italie  relatent,  construit  sur  la  Volga  la  forteresse  de  Vasili- 
p,  43,  une  furieuse  bataille  entre  le  sophy  de  gorod  pour  tenir  les  Tatares  en  échec.  Le  pro- 
Perse,  Thaamas  1er,  et  les  Turcs  «  la  plus  grande  logue  du  Quart  Livre  fait  allusion  à  de  nou- 
tuerie  qui  fut  faite  depuis  quatre  cens  ans  en  velles  guerres  survenues  entre  ces  deux  peuples 
ça  »,  et  la  revanche  du  Turc,  p.  61.  (P.)  aux  environs  de  l'année  1550.  (P.) 

48,  En  1525,  le  grand  prince  Vassili  avait  49.  Ovide,  Amours,  III,  xx,  v.  35, 


Comment  naissent  les  procès,  et  comment  iJi  viennent  à  perfection. 

Chapitre  XLII. 

«  C'est  pourquoy  (dist  Bridoye  continuant),  comme  vous  aultres, 
messieurs,  je  temporize,  attendant  la  maturité  du  procès  et  sa  perfec- 
5   tion  en  tous   membres,    ce   sont   escriptures  et  sacs  '.  ^rg.   in  l.  si 
major.,  C.  commu.  divi.  et  de  cons.,  d.  j,  c.  Solennitates,  et  ihi  gl.. 

«  Un  procès,  à  sa  naissance  première,  me  semble,  comme  à  vous 
aultres,  messieurs,  informe   et  imperfaict.  Comme  un  ours  naissant 
n'a  pieds   ne  mains,  peau,  poil,  ne  teste  ;  ce   n'est  qu'une  pièce  de 
10  chair  rude  et  informe  ;  l'ourse,  à  force  de  leicher,  la  mect  en  perfec- 
tion des  membres  ',  ut  no.  doct.,fi.  ad  kg.  Aqiiil.,  l.  ii,  in  fi.. 

c(  Ainsi  voy  je,  comme  vous  aultres,  messieurs,  naistre  les  procès, 

à  leurs  commencemens,  informes  et  sans  membres.   Hz  n'ont  qu'une 

pièce  ou  deux  ;  c'est  pour  lors  une  laide  beste.  Mais,  lors  qu'ilz  sont 

15   bien  entassez,  enchâssez'  et  ensachez,  on   les  peut  vrayement  dire 

membruz  et  formez  "^  ;  car  forma  dat  esse  rei,  J.  Si  is  qui,  ff.  ad.  îeg.  FaJci. 


Ligne  2.  A  :  40  ;  E  :  XL.  —  1,  3.  E  :  autres  —  1.  4.  E  :  temporise  —  A  :  attendent 
—  E  :  la  nativité  du  procès  —  1.  4-5.  E  :  parfection  —  1.  6.  E  :  cons.  di.  —  1.  8.  E  : 
autres  E  :  imperjait —  1.  10.  E  :  parfection  —  1.  11.  E  :  net.  —  E  :  /,  Aquil.  —  1.  12. 
E  :  autres  —  1.  13.  E  :  commencement  —  1.  14.  E  :  layde  —  1.  lé.  E  :  /.  Falc. 

1 .  Les  dossiers  étaient  alors  enfermés  dans  mater  lambendo  in  membra  componit.  » 
des  sacs  de  toile.  Cf.  la  R.  XVh  s.  IX,  290,       R.  E.  R.,  IV,  358.  Cf.  Aristote,  Hist.  des  ani- 

où  A.  Lefranc   a  reproduit  un  tableau    du  maux,    VI,   27,    Pline,   Hist.  Nat.,   VIII,  36 

xvie  s.,  représentant  le  cabinet  d'un  homme  54.  (P.) 
de  loi  :  la  table  et  les  rayons  sont  encombrés  3.  Lapsus,  pour  ensachés. 

de  ces  sacs,  tous  munis  d'étiquettes.  (P.)  4.  La  comparaison  devait  être  usuelle  dans 

2.  Cette  légende  est  très  ancienne.  Servius  le  langage  du  Palais.  Cf.  Budé,  Forensia, 
commentant  l'épithète  jn/ormw  (monstrueux)  p.  212  :  «  Ossa  et  tiervi  causz,  ea  pars  est 
que  Virgile  applique  aux  ours,  Géorgiquês,  III,  instrumenti  qua;  auctoritates,  literasque  car- 
247,  dit  :  «  qui  tempore  quo  nascuntur  forma  dinales  vel  testimonia  complectitur.  Qu«  si 
carent  :  dicitur  enim  quaedam  caro  nasci,  quam  pars  intercidat,  causa  jam  delumbata  est.  »(P.). 


CHAPITRE    XLII 


305 


in  c.  cum  dilecta,  extra.,  de  rescrip.  ;  Barbatia\  consil.  12.,  lib.   2,   et 
davant  luy  BaJd.  in  c.  uîti.  extra  de  cousue.,  et  l.  Julianus,  ff.  ad  exib., 
et  /.  Qua^situm,  ff.  de  lega.  iii.  La  manière  est  telle  que  dict  gî.,  p.  q. 
20  7.  c.  Paidus  : 

Débile  principium  melior  fortuna  sequetur. 

«  Comme  vous  aultres,  messieurs,  semblablement  les  sergens, 
huissiers, appariteurs,  chiquaneurs,  procureurs,  commissaires,  advocatz, 
enquesteurs,  tabellions  ^  notaires,  grephiers,  et  juges  pedanées  \  de 
25  quibus  tit.  est  lib.  iij  Cod.,  sugsants  bien  fort  et  continuellement  les 
bourses  des  parties,  engendrent  à  leurs  procès,  teste,  pieds,  gryphes, 
bec,  dents,  mains,  venes,  artères,  nerfz,  muscles,  humeurs.  Ce  sont 
les  sacs  ;  gl.  de  cons..  d.  iiij.  c.  accepisti. 

Qiialis  vestis  eri't,  talia  corda  gerit. 

30  a  Hic  no.  ^  qu'en  ceste  qualité  plus  heureux  sont  les  plaidoyans  que 
les  ministres  de  Justice  ;  car  beatius  est  dare  quant  accipere  ^  ff.  comm.,  l. 
iij.  et  extra,  de  célébra,  miss.,  c.  cum  Marthe,  et  24  q.,  j.  c.  Odi  gl. 


Ligne  17.  E  :  extra,  manque  —  E  :  Barba,  consi.  XII  —  A  :  //.  2  ;  E  :  lib.  ij  —  1.  18. 
E  :  devant  —  E  :  Bal.  —  E  :  ult.  —  A,  E  :  consuet.  —  A,  E  :  exhib.  —  1.  19.  E  :  kg.  — 
E  :  gl.,  pen.  —  1.  22.  E  :  autres  —  1.  23.  E  :  huyssiers  —  1.  25.  A  :  titu.  —  A  : 
sugsans;  E  :  C.  sucçans —  1.  26.  Eipiedi —  A,  E  :  griphes  —  1.  27.  E  :  dent\  —  1.  30. 
E  :  not.  —  1.   32.  E  :  celé.  mis.  —  h., 'E  :  et  24  q...  Odi  gl.  manque 


5.  Barbatias  est  un  jurisconsulte  du  xve  s., 
(cf.  ch.  XXXVII,  n.  15),  ainsi  que  Petrus  Baldus 
de  Ubaldis,  jurisconsulte  du  xive  s.  Cf.  1.  II, 
ch.  X,  n.  51.  (P.). 

6.  Ancien  nom  des  notaires. 

7.  Juges  des  juridictions  inférieures  (prévôts, 
châtelains,  bailes,  viguiers).  Judices  pedarii,  dit 
Budé,  Forensia,  p.  125,  et  Et.  Pasquier,  Juges 
guestrei  et  pedanées  {Recherches...,  II,  4).  On  les 
appelait  ainsi  vraisemblablement  parce  qu'ils 
se  rendaient  à  pied  aux  audiences.  (P.) 

LE   TIERS   LIVRE. 


8.  Hic  nota,  notez  là  que...  Ces  digres- 
sions érudites  étaient  un  trait  de  l'éloquence 
du  Palais.  Gringore  s'en  moquait  déjà  :  «  Velà 
un  nota  non  pareil.  »  Picot,  Recueil  de  Soties, 

II,  143- (P.) 

9.  Sentence  empruntée  aux  Actes  des 
Apôtres,  XX,  35  :  «  Omnia  ostendi  vobis, 
quoniam  sic  laborantes  oportet  suscipere, 
infirmes  ac  meminisse  verbi  Domini  Jesu, 
quoniam  ipse  dixit  :  Beatius  est  magis  dare 
quam  accipere.  »  (P.) 

39 


306  LE  TIERS   LIVRE 

Affectum  dantis  pensât  censura  tonantis  '°. 

c(  Ainsi  rendent  le  procès  perfaict,  gualant  et  bien  formé,   comme 
3  5  dict  gl.  can.  : 

Accipe,  sume,  cape  snnt  verba  placentia  Papx  ", 

ce  que  plus  apertement  a  dict  Alher.  de  Ros.  "%  in  verh.  Roma  : 

Roma  mamis  rodit  ;  qiias  rodere  non  valet,  odil  ; 
Dantes  custodit  ;  non  dantes  spernit  et  odit. 

40       «  Raison  pourquoy? 

Ad  prsesens  ova  crus  pidlis  sunt  meliora  '', 

lit  est  gîo.,  in   l.  Qiim  hi,  ff.  de  transac.  L'inconvénient   du   contraire 
est  mis  in  gl.  c.  de  allii.,  L  F.  : 

Cum  lahor  in  damno  est,  crescit  mortalis  egestas  '•^. 

45        «  La  vraye  etymologie  de  «  procès  »  est  en  ce  qu'il  doibt  avoir  en 
ses  prochatz  '^  pron  sacs,  et  en  avons  brocards  deificques  : 

Litigando  jura  crescunt  ; 
Litigando  jus  acquiritur  ; 


Ligne  33.  A,  E  :  manque  —  1.  34.  E  : parfaict  —  A,  E  :  galant  —  1.  35.  A,  E  : 
gl.  canonica  —  1.  37.  E  :  appertement  ha  —  1.  41.  E  :  presens  —  1.  42.  E  :  o-/.  —  E  : 
cum  —  1.  43.  A,  E  :  /.  fina  —  1.  44.  E  :  estas  —  1,  45.  E  :  en  ces 

10.  La  censure  de  celui  qui  tonne  l'équivalent  du  proverbe  :  Un  tiens  vaut  mieux 

que  deux  tu  l'auras.  (P.)- 
Pèse  la  disposition  de  celui  qui  donne.  14.  c'est  le  second  vers  d'un  distique  de 

(Burgaud  des  Marets.)       Caton  : 

11.  Ce  brocard,  comme  le  suivant,  appar-  Conserva  potius  quae  sunt  jam  parta  labore  ; 
tenait  sans  doute  au  fonds  de  facéties  tradi-  ^um  labor  m  damno  est,  etc.  (P.) 
tionnelles  chez  les    étudiants  en  droit  cano-  15.  Fourchas,   vieux   mot  signifiant  propre- 
nique.  (P.)  ment  :  sollicitation,  recherche.  R.  le  déforme 

12.  Alberic  de  Rosata.  Cf.  ch.  xl,  n.  9.  en  prochati  pour   le  rapprocher   de  procès  et 

13.  Ce  dicton  :  Les  œufs  d'aujourd'hui  obtenir  plus  facilement  le  calembour  prou 
valent  mieux  que  les  poulets  de  demain,  est  sacs  [beaucoup  de  sacs].  (P.). 


CHAPITRE    XLII 


307 


c(  Item  gl  in  c.  illud,  ext.  de  pr^sumpt.,  et  C.  de  proh.,  l.  instrumenta, 
50  /.  Non  epistolis,  J.  Non  midis, 

Et,  cum  non  prosiint  singula,  multa  juvanl  '^. 

—  Voyre  mais  (demandoit  Trinquamelle),  mon  amy,  comment 
procédez  vous  en  action  criminelle,  la  partie  coulpable  ipnnse  flagrante 
crimine  '"  ? 
55  —  Comme  vous  aultres,  messieurs  (respondit  Bridoye)  ;  je  laisse  et 
commende  au  demandeur  dormir  bien  fort  pour  l'entrée  du  procès, 
puys  davant  moy  convenir,  me  apportant  bonne  etjuridicque  attesta- 
tion de  son  dormir,  scelon  la  gl.,  32  ^.  vij  c.  Si  quis  cum, 

quandoque  bonus  dor mitât  Homerus^^. 

60  ((  Cestuy  acte  engendre  quelque  aultre  membre  ;  de  cestuy  là  naist 
un  aultre,  comme  maille  à  maille  est  ûiict  le  aubergeon  "^.  En  fin  je 
trouve  le  procès  bien  par  informations  formé  et  perfaict  en  ses 
membres.  Adoncques  je  retourne  à  mes  dez,  et  n'est  par  moy  telle 
interpollation  sans  raison  faicte  et  expérience  notable  ^°. 


Ligne  49.  E  :  extra  —  E  :  presump.  —  1. 52.  E  :  Voire  —  1.  55.  E  :  autres  —  1. 56.  E  : 
commande  au  commandeur  —  1.  57.  E  :  puis  devant  —  E  :  m'apporiant — 1.  58-59.  A,  E  : 

scelon  la  gl....  Homerus  manque  —  1.  60.  E  :  autre  —  1.  éi .  E  :  autre  —  E  :  Vauhergeon 
—  1.  62.  E  iparfaict  —  1.  63.  E  :  Adonc 

16.  Wtrs  ÔLOviàç,  Remédia  Amoris,/\26,<]ut  saire  :  il  suffit  d'ailleurs  d'un  seul  acte  écrit 
Budé,  Forensia,  p.  i,  cite  sous  cette  forme  :  pour    engendrer  d'autres  écritures.  (P.). 

Quae  singula  non  juvant,  universa prosunt  ;  i8.  Horace,  Art  poétique,  v.  359. 

et    qu'Agrippa  d'Aubigné    traduit    ainsi  :  19.  Diminutif  de /;aMJ^r;.  Sur  ce  proverbe, 

«  Ce  qui  ne  sert  en  détail  et  à  part,  sert  engros.  »  voir  1.  I,  ch.  xi,  n.  48. 

Cf.  Confession  de  Sancy,   éd.   Réaume,   t.  II,  20.  R.  trouvait  le  canevas   de  cette  anec- 

p.  341.  (P.)  dote  chez  l'Arétin,  Dialogo  det  giuoco  (paru  en 

17.  Dans  les  cas  de  flagrant  délit,  «  de  pré-  1545).  Il  a  fait  du  soïdato  de  l'Arétin  un 
sent  meffait  »,  la  procédure  criminelle  pou-  Gascon,  placé  la  scène  au  siège  de  Stockholm 
vait  se  réduire  à  l'interrogatoire  du  coupable  par  Christian  II  de  Danemark  (15 18)  et  donné 
et  à  sa  confrontation  avec  les  témoins.  Mais  à  tout  le  récit  une  couleur  et  une  vie  qui 
Bridoye   estime  que  la   paperasse  est  néces-  manquaient  à  son  modèle  italien.  (P.) 


308  LE  TIERS   LIVRE 

65  a  II  me  soubvient  que,  on  camp  de  Stokolm,  un  Guascon  nommé 
Gratianauld,  natif  de  Sain  Sever^',  ayant  perdu  au  jeu  tout  son  argent 
et  de  ce  grandement  fasché,  comme  vous  sçavez  que  pecunia  est  alter 
sanguis  ^^,  ut  ait  Anto.  de  Biitrio  ^'  in  c.  accedens.,  ij,  extra.,  ut  lit.  non 
contest.,  et  Bald.  in  l.  si  tuis.,  C.  de  op.  II.  per  no.,  et  l.  advocati,  C.  deadvo. 

70  div.  jud.  :  Pecunia  est  vita  hominis  et  optimus  fidejussor  in  necessitatihus,  à 
l'issue  du  berland^'^,  davant  tous  sescompaignons,  disoit  àhaulte  voix  : 
«  Pao  cap  de  bious,  hiliotz,  que  maulx  de  pippe  bous  tresbyre  ; 
ares  que  pergudes  sont  les  mies  bingt  et  quouatté  baguettes,  ta  pla 
donnerien  picz,  trucz  et  patactz.    Sey  degun  de  bous  aulx  qui  boille 

75  truquar  ambe  iou  à  belz  embiz""^  ?  » 

ce  Ne  respondent  persone,  il  passe  on  camp  des  Hondrespondres  ^^ 
et  reïteroit  ces  mesmes  paroUes,  les  invitant  à  combattre  avecques 
luy.  Mais  lés  susdict  disoient  :  «  Der  Guascongner  thut  schich  usz 
mitt  eim  jedemze  schlagen,  aber  er  ist  geneigter  zu  staelen  ;  darumb, 

80  lieben  fravven,  hend  serg  zu  inuerm  hausraut^'  ».  Et  ne  se  offrit  au 
combat  persone  de  leur  ligue. 


Ligne  65.  E  :  souvient  qu'au  —  E  :  Stolipm  —  E  :  Gascon  —  1.  66.  E  :  Giatinauld 

—  1.  67.  E  :  quœ  pecunia  —  1.  68.  E  :  Aiit.  de  But.  —  1.  69.  E  :  Bal.  —  A  :  op.  lib. 
per  no.  \  E  :  op.  lit.  pernot.  — 1.  70.  E  :  jud.  manque —  1.  71.  E  :  y^sue  —  A  :  berband 

—  E  :  devant  —  1.  72.  E  :  bios  —  A,  E  :  mau  —  1.  73.  E  :  bing  —  E  :  quouatre  —  I.  74. 
E  :  de  vous  —  1.  75.  A.  E  :  â  bel\  embi\  manque  —  1.  76.  E  :  respondant  —  A,  E  : 
personne  —  E  :  au  camp  —  1.  77.   A,  E  :  combatre  —  E  :  avec  —  1.  78.  E  :  Mais  es 

—  A,  E  :  susdicti —  E  :  Gascongner  —  1.  79.  E  :  eidem.  —  E  :  schlagen  et  aber  —  E  : 
gneigter  —  E  :  stael  in  darumh  —  1.  80.  A.  frawen  —  E  :  s'offrit  —  1.  8 1 .  A,  E  :  personne 

21.  Saint-Sever,  chef. -1.  arr.  (Landes).  nous    donnerions    [je    donnerais]     coups    de 

22.  Cf.  Érasme,  Adages,  II,  8,  35  ;  Pecuniae  poing,  tapes  et  taloches.  Y  a-t-il  quelqu'un  qui 
z'îViH5:«T'àpYypiov£aTtvaIaay.al'J>uyri  PpoToï;.  »  veuille  se  battre  avec  moi,  à  belles  provoca- 
R.  E.  R.,  VI,  237.  tions?  »    Cf.  R.  E.  R.,  IV,  98,  et  Sainéan, 

25.  Antonio  da  Budrio,  jurisconsulte  bolo-  t.  II,  p.  193. 
nais  (xve  s.),  auteur  de  Consilia  et  de  Coni-  26.  Littéralement  cent  livres,  ou   cent  kilos 

mentarii  sur  le  droit  canonique.  (P.)  (bouder   ponder,    allem.    vulg.     pour   hundert 

24.  Brelan:  jeu.  Pfund),  sobriquet  des  Lansquenets.  (Sainéan, 

25.  «  Par  la  tête  de  bœuf,  enfants,  que  le  t.  II,  p.  18.) 

mal     du    tonneau  [l'ivresse]  vous    renverse!  27.  «  Le  Gascon  se  flatte  de  se  battre  avec 

Maintenant  que  sont  perdues  mes  vingt-quatre  n'importe  lequel  d'entre  nous,  mais  il  est  plus 
vachettes  [pièces  de  monnaie],  tout  aussi  bien       enclin  àvolei;  c'est  pourquoi,  chères  femmes, 


CHAPITRE    XLII 


309 


«  Pourtant  passe  le  Guascon  au  camp  des  aventuriers  François,  disant 
ce  que  dessus  et  les  invitant  au  combat  guaillardement   avecques 
petites  guambades  guasconicques  ;  mais  persone  ne  luy  respondit. 
85       «  Lors  le  Guascon  au  bout  du  camp  se  coucha,   près  les  tentes  du 
gros  Christian,  chevallier  de  Crissé  ^^  et  s'endormit. 

«  Sus  l'heure  un  adventurier,  ayant  pareillement  perdu  tout  son 
argent,  sortit  avecques  son  espée,  en  ferme  délibération  de  combatte 
avecques  le  Guascon,  veu  qu'il  avoit  perdu  comme  luy  : 

90  Ploratur  lachrymis  amissa  pecunia  veris  ^^, 

dict  glos.  de  pœnitent.  dist.  3,  c.  Sunt  plures.  De  faict,  l'ayant  cherché 
par  my  le  camp,  finablement  le  trouva  endormy.  Adoncques  luy 
dist  :  «  Sus,  ho,  hiilot  de  tous  les  diables,  levé  toy  ;  j'ay  perdu  mon 
argent  aussi  bien  que  toy.  Allons  nous  battre  guaillard,  et  bien  à 
95  poinct  frotter  nostre  lard  ?  Advise  que  mon  verdun  '°  ne  soit  poinct 
plus  long  que  ton  espade  ''.  » 

a  Le  Guascon  tout  esblouy  luy  respondit  :  «  Cap  de  sainct  Arnault, 
quau  seys  tu,  qui  me  rebelliez  ?  Que  mau  de  taoverne  te  gyre.  Ho, 
sainct  Siobé,  cap  de  Guascoigne,  ta  pla  dormie  iou,  quand  aquoest 
100  taquain  me  bingut  estée  '^  ». 

((  L'adventurier  le  invitoit  derechef  au  combat  ;  mais  le  Guascon  luy 


Ligne  82.  E  :  Gascon  —  E  :  adventuriers  Fronçois  —  1.  84.  E  :  gambades  gasconicques 

—  A,  E  :  personne  —  1.  85.  E  :  Gascon  —  1.  86.  E  :  Christien  chevalier  —  1.  88-89. 
E  :  avecXt  Gascon  —  1.  90-91.  A,  E  :  Ploratur...  plures  manque  —  1.  93.  E  :  lieve  — 
1.  94.  A  :  aussy  —  A,  E  :  gaillard  —  l.  95.  E  :  froter  —  E  :  point  —  1.  97.  E  :  Gascon 

—  A,  E  :  Arnauld  —  I.  98.  E  :  rebeilles  —  E  :  ie  byre —  1.  99.  E  :  Gascoigne  —  1.  100. 
E  :  ester  —  1.  loi.  E  :  l' invitoit  —  A,  E  :  de  rechief —  E  :  Gascon 

veillez  aux  bagages.  »  Les  lansquenets  emme-  29.  Juvénal,  SiU.  xiii,  v.  134. 

naient  leurs  femmes  avec  eux    en  campagne.  30.  Epée.  Cf.  Prologue,  n.  ^S- 

Cf.  1.  II,  ch.xxviii,  n.  25.  (P.)  51.  Epée.  Italianisme,  de  spada,  même  sens. 

28.  Les  Crissé   étaient  une  famille  de  l'An-  32.  «  Tête  de  saint  Arnaud!  qui  es-tu,  toi  qui 

jou,  alliée  aux  Du  Bellay.  Il  est  question  dans  me  réveilles  ?  que  l'ivresse  te  renverse  !  Ho  ! 

les  Lettres  écrites  d'Italie,  p.  47   de    l'édition  Saint  Sever,  patron  de  la  Gascogne,  je  dormais 

Bourrillv,  d'un  baron  de  Crissé  (probablement  si   bien    lorsque  ce  taquin    m'est   venu    irri- 

Jacques  Turpin  II).  ter!  » 


3IO 


LE  TIERS   LIVRE 


dist  :  «  Hé,  paovret,  iou    te  esquinerie,  ares  que   son    pla  reposât. 

Vayne  un  pauc   qui  te  posai  com  iou  ;  puesse  truqueren  ^^  » 

ce  Avecques  l'oubliance  de  sa  perte  il  avoit  perdu  l'envie  de  com- 

105   batre.  Somme,  en  lieu  de  se  batre  et  soy  par  adventure  entretuer,  ilz 

allèrent  boyre  ensemble,  chascun  sus  son   espée.  Le  sommeil   avoit 

faict  ce  bien  et  pacifié  la  flagrante  fureur  des  deux  bons  champions. 

«  Là  compete'"^  le  mot  doré  dejoan.  And.,  '^  in  c.  ult.  de  sent,  et  re 

judic,  lihro  sexto  :  Sedendo  et  quiescendo  fit  anima  prudens  '^.  » 


Ligne  102.  A  :  paouvret  —  E  :  f esquinerie  —  E  :  plat  — 
quy  —  1.  104.  E  :  ohliance  —  1.  105.  E  :  battre  —  1.  108.  E 
E  :  judi.  libr.  vj 


1.  103.  E  :  poiic  —  A  : 
Ant.  in  cap.  —  1,   109. 


33.  «  Hé  !  pauvret!  je  t'éreinterais,  mainte- 
nant que  je  suis  bien  reposé.  Va  un  peu  là  te 
reposer  comme  moi,  puis  nous  nous  bat- 
trons. » 

34.  Convient.  Archaïsme. 

3  5 .  Jean  André,  jurisconsulte .  Cf.  ch .  xxxvii, 
n.  12. 

36.  Cf.  Aristote,  PJoys.,  VII,  3,  7  :  «  "cto  yàp 
ri[j£[JL^(îat  x.at  OTrjvai  xrjv  Stavotav,  èrîiaTaaOat 
xal  ippovetv  X£Y0îJ.e8a.  »  Ainsi  c'est  sur  une  allé- 
gation que  se  termine  le  plaidoyer  de  Bridoye. 
Cet  abus  des  références  déjà  caricaturé  par  maints 
auteurs,  notamment  par  Martial  d'Auvergne, 


dans  les  Arresta  Anioriim  (voir  les  éditions  de 
S.  Gryphe,  1533  et  1546),  devait  subsister  très 
longtemps  encore.  Pasquier  s'en  plaignait  dans 
une  lettre  à  Loysel  (i  582)  :  «  Je  ne  scay  com. 
ment  s'est  insinué  entre  nous  ce  nouveau 
genre  d'éloquence,  par  lequel  il  faut  non  seule- 
ment que  nous  nommions  les  autheurs  dont  nous 
empruntons  tios  embellissements,  mais  qui  plus 
est,  que  nous  couchions  tout  au  long  leurs 
passages  et  ne  penserions  estre  veus  sçavoir  ni 
bien  dire,  si  nous  n'accompagnions  toute  la 
teneur  de  nos  discours  de  ceste  curiosité.  » 
(P-) 


Comment  Pantagruel   excuse  Bridoye  sus  les  jugemens  JaidT^  au  sort 

des  de^. 

Chapitre  XLIII. 


A  tant  '  se  teut  Bridoye.  Trinquamelle  luy  commenda  issir  hors  la 
5  chambre  du  parquet  :  ce  que  feut  faict.  Alors  dist  à  Pantagruel  : 

«  Raison  veult,  Prince  tresauguste,  non  par  l'obligation  seulement 
en  laquelle  vous  tenez  par  infiniz  biensfaictz  cestuy  parlement  et  tout 
le  marquisat  de  Myrelingues,  mais  aussi  par  le  bon  sens,  discret 
jugement  et  admirable  doctrine  que    le  grand  Dieu,  dateur  de  tous 

lo  biens,  a  en  vous  posé,  que  vous  praesentons  la  décision  de  ceste 
matière,  tant  nouvelle,  tant  paradoxe  et  extrange,  de  Bridoye  qui, 
vous  praesent,  voyant  et  entendent,  a  confessé  juger  au  sort  des  dez. 
Si  vous  prions  que  en  veueillez  sententier  comme  vous  semblera  juri- 
dicque  et  asquitable.  » 

15  A  ce  respondit  Pantagruel  :  «  Messieurs,  mon  estât  n'est  en  pro- 
fession de  décider  procès,  comme  bien  vous  sçavez  ;  mais,  puys  que 
vous  plaist  me  faire  tant  d'honneur,  en  lieu  de  faire  office  de  juge,  je 
tiendray  lieu  de  suppliant.  En  Bridoye  je  recongnois  plusieurs 
qualitez,    par    les   quelles    me    sembleroit  pardon    du    cas    advenu 

20  mériter.  Premièrement  vieillesse  ;  secondement  simplesse  %  es  quelles 


Ligne  3.  A  :  ^r  ;  E  :  xli  —  1.  4.  E  :  commanda  y  ssir  —  1.  5.  E  :/;;//  —  A,  E  :  Allors 

—  1.  7.  A,  E  :  ce  parlement  —  1.  8.  A  :  aussy  —  1.  10.  E    :  ha  —  E  :  présentons  — 
1.  II.  E  :  estrange  —  I.  12.  E  :  présent —  E  :  entendant,  ha  —  1.  13.  E  :  qu'en  vueillei 

—  1.  14.  E  :  juridique  équitable  —  1.  16.  A,  E  :  vous  manque  —  E  :  puis  —  1.  18.  E  : 
recongnoys 

1,  Alors.  D.  86,  can.  tanta,  cité  par  Bridoye,  cli.  xxxix, 

2.  Vieillesse  et  simplesse  étaient  les  deux  1.  15  :  «  Quia  simplicitatem  tuam  cum  senec- 
excuses  alléguées  par  un  pape  pour  absoudre  la  tute  cognovimus,  intérim  tacemus.  »  Cf- 
faute  d'un   évèque,  dans  un  texte   du  Décret,       Plattard,  Adol.  de  R   en  Poitou,  p.  157. 


312  LE   TIERS    LIVRE 

deux  vous  entendez  trop  mieulx  quelle  facilité  de  pardon  et  excuse 
de  mesfaict  nos  droictz  et  nos  loix  oultroyent  ;  tiercement,  je 
recongnois  un  aultre  cas  pareillement  en  nos  droictz  deduict  à  la 
faveur  de  Bridoye  :  c'est  que  ceste  unicque  faulte  doibt  estre  abolie, 

23  extaincte  et  absorbée  en  la  mer  immense  de  tant  d'équitables 
sentences  qu'il  a  donné  par  le  passé,  et  que,  par  quarante  ans  et 
plus,  on  n'a  en  luy  trouvé  acte  digne  de  reprehension,  comme, 
si  en  la  rivière  de  Loyre  je  jectois  une  goutte  d'eauc  de  mer,  pour 
ceste  unique  goutte  persone  ne  la  sentiroit,  persone  ne  la  diroit  sallée. 

30  ((  Et  me  semble  qu'il  y  a  je  ne  sçay  quoy  de  Dieu  qui  a  faict  et 
dispensé  qu'à  ses  jugemens  de  sort  toutes  les  précédentes  sentences 
ayent  esté  trouvées  bonnes  en  ceste  vostre  vénérable  et  souveraine 
Court  :  lequel,  comme  sçavez,  veult  souvent  sa  gloire  apparoistre 
en  l'hebetation   des  saiges,   en    la    dépression    des  puissans   et    en 

35  l'érection  des  simples  et  humbles  K  Je  mettray  en  obmission  toutes 
ces  choses,  seulement  vous  priray,  non  par  celle  obligation  que 
prétendez  à  ma  maison,  laquelle  je  ne  recongnois,  mais  par  l'affection 
syncere  que  de  toute  ancienneté  avez  en  nous  congneue,  tant  deçà 
que   delà  Loire,  en  la  mainctenue  de  vostre   estât  et  dignitez,  que 

40  pour  ceste  fois  luy  veueillez  pardon  oultroyer,  et  ce  en  deux 
conditions  :  premièrement,  ayant  satisfaict  ou  protestant  satisfaire  à  la 
partie  condemnée  par  la  sentence  dont  est  question  (à  cestuy  article 
je  donneray  bon  ordre  et  contentement)  ;  secondement,  qu'en  subside 
de  son  office  vous  luy  bailliez  quelqu'un  plus  jeune,  docte,  prudent, 

45  périt  et  vertueux  conseiller,  à  l'advis  du  quel  dorénavant  fera  ses  pro- 
cédures judiciaires. 

Ligne  23.  E  :  autre  —  E  :  noi  droicti  et  no\  —  1.  24.  A  :  unique  —  I.  26.  E  : 
ha  —  1.  28.  A,  E  :  eau  —  1.  29.  A,  E  :  personne  ne  la  sentiroit,  personne  —  E  :  salée  — 
1.  31.  A,  E: précédentes —  1.  36.  E  :  prieray  —  1.  38.  E  :  congneu  — A  :  decxa  —  1.  39. 
E  :  Loyre  —  E  :  maintenue  —  1.  40.  A  :  foys  —  E  :  viieillei  —  E  :  octroyer  —  1.  42. 
E  :  dond —  1.  44.  E  :  baillei —  1.  45.  A  :  conseillier  —  E  :  doresnavant 

3.  Vhéhétation  (conîxxûon)  des  saiges  est  une  mundielegitDeus,  ut  confundat  fortia.»  Cette 

réminiscence  de  saint  Paul,   /re   aux   Corin-  même   idée  se   trouve   dans  le    Magnificat    : 

thiens,  I,  27   :  «  Sed  quae  stulta  sunt  mundi  «  Deposuit  potentes  de  sede  et  esaltavit  hu- 

elegit  Deus,  ut  confundat  sapientes  :  et  infirma  miles.  »  Luc,  I,  52.  (P.) 


CHAPITRE    XLIII  3  I  3 

«   En  cas    que    le   voulussiez  totalement    de   son   office   déposer, 

je  vous  priray  bien  fort   me  en  faire  un   praesent    et   pur    don.   Je 

trouveraypar  mes  royaulmes  lieux  assez  et  estatz  pour  l'employer  et  me 

50  en  servir.  A  tantsuppliray  le  bon  Dieu,  créateur,  servateur  et  dateur  de 

tous  biens,  en  sa  saincte  grâce  perpétuellement  vous  maintenir.  » 

Ces  motz  dictz,  Pantagruel  feist  révérence  à  toute  la  Court  et  sortit 

hors  le  parquet.  A  la  porte  trouva  Panurge,  Epistemon,  frère  Jan  et 

aultres.  Là  montèrent  à  cheval  pour  s'en  retourner  vers  Garguantua. 

5  5       Par    le  chemin,  Pantagruel   leurs   comptoit  de   poinct  en  poinct 

l'histoire  du  jugement  de  Bridoye. 

Frère  Jan  dist  qu'il  avoit  congneu  Perrin  Dendin  on  temps  qu'il 
demouroit  à  la  Fontaine  le  Conte  ^  soubs  le  noble  abbé  Ardillon  K 

Gymnaste  dist  qu'il  estoit  en  la  tente  du  gros  Christian,  chevallier 
éo  de  Crissé,  lors  que  le  Guascon  respondit  à  l'adventurier. 

Panurge  faisoit  quelque  difficulté  de  croire   l'heur   des  jugemens 
par  sort,  mesmement  par  si  long  temps. 

Epistemon  dist  à  Pantagruel  :  «  Histoire  parallèle  nous  compte  l'on 
d'un  praevost  de  Monslehery  ^  Mais  que  diriez  vous  de  cestuy  heur 
65  des  dez  continué  en  succès  de  tant  d'années  ?  Pour  un  ou  deux 
jugemens  ainsi  donnez  à  l'adventure,  je  ne  me  esbahirois,  mesme- 
ment en  matières  de  soy  ambiguës,  intrinquées  ^  perplexes  et 
obscures.  » 


Ligne  47.  A  :  En  ce  cas  :  E  :  Et  en  cas  que  vous  —  E  :  toiallement  —  1.  48.  E  : 
prieray  —  A,  E  :  m'en  —  A,  E  :  présent  —  1.  49-50.  A,  E  :  m'en  —  1.  52.  E  :  feit  — 
1.  53.  E  :  Jean  —  1.  54.  E  :  autres  —  A,  E  :  Gargantua  —  1.  57.  E  :  Jean  —  E  : 
cogneu  —E:  au  temps  —  1.  58.  E  :  souh~^  —  1.  59.  E  :  dict  —  E  :  Chrestian  —  A,  E  : 
chevalier  —  1.  éo.  E  :  Gascon  —  1.  éi.  E  :  dijiculté  —  1.  63.  E  :  Histoire  pareille  le 
nous  —  1.  64.  E  :  prevost  —  E  :  Monslhery  —  1.  éé.  E  :  aventure  —  A  :  esbahirois 
poinct  ;  E  :  m'eshahyrois  point  —  1.  67.  E  :  intricquées 

4.  Comm. ,  cant.  sud  de  Poitiers.  et-Oise),  fameuse  par  la  bataille  indécise  entre 

5.  Sur  ce  personnage,  cf.  1.  II,  ch.  v,  n.  15.  Louis  XI  et  la  Ligue  du  Bien  public  (1465). 
Il  est  possible  que  l'anecdote  de  Perrin  Dendin,  On  ne  sait  rien  du  prévôt  auquel  R.  fau  ici 
où  sont  multipliés  des  noms  de  localités  poi-  allusion.  (P.) 

tevines  et  des  détails  précis  sur  les  mœurs  des  7.  Embrouillées.  Archaïsme,  qui  a  précédé 

campagnards  du  Poitou  soit  authentique.  (P.)       l'italianisme  intriguer  (lat.  intricarè).  Cf.  Sai- 

6.  Montlhéry,comm.,arr.  de  Corbeil (Seine-       néan,  t.  II,  p.  119. 

40 

LE  TIERS   LIVRE.  ^ 


Comment  Pantagruel  raconte  une  estrange  histoire  des  perplexité-^ 

du  jugement  humain. 

Chapitre  XLIIII. 

«  Comme  feust  (dist  Pantagruel)  la  controverse  debatue  davant 

5   Cn.  Dolabella,  proconsul  en  Asie  '.  Le  cas  est  tel  : 

«  Une  femme,  en  Smyrne,  de  son  premier  mary  eut  un  enfant, 
nommé  Abecé.  Le  mary  defunct,  après  certain  temps  elle  se  remaria, 
et  de  son  second  mary  eut  un  filz,  nommé  Effegé.  Advint  (comme 
vous  sçavez  que  rare  est  l'affection  des  peratres%  vitrices  ',  noverces  ■* 

10  et  meratres  ^  envers  les  enfans  des  defuncts  premiers  pères  et  mères) 
que  cestuy  mary  et  son  filz,  occultement,  en  trahison,  de  guet  à  pens, 
tuèrent  Abecé.  La  femme,  entendent  la  trahison  et  meschanceté, 
ne  voulut  le  forfaict  rester  impuny  et  les  feist  mourir  tous  deux, 
vengeante  la  mort  de  son  filz  premier.  Elle  feut  par  la  justice  appre- 

15  hendée  et  menée  davant  Cn.  Dolabella.  En  sa  praesence  elle  confessa 
le  cas,  sans  rien  dissimuler  ;  seulement  alleguoit  que  de  droict  et  par 
raison  elle  les  avoit  occis.  Cestoit  Testât  du  procès. 

Ligne  1-3.  A,  E  manque  —  I.  4.  A,  E:  feut  — A,  E  :  dist  Pantagruel  manque  —  E  : 
devant  — 1.  9-10.  A  :  l'affection  des  privings^  et  marâtres  envers  ;  E  :  l'affection  des privins 
et  marâtres  envers  —  1.  10.  E  :  defunct^  —  1.  12.  E  :  entendant  —  E  :  meschanceté  —  1.  13. 
E  :  feit  —  I.  14.  A,  E  :  vengeant  —  E  :  fui  —  1.  i $.  E  :  devant  —  A,  E  :  présence  — 
1.  16.  A,  E  :  allegoit  —  1.  17.  A,  E  :  Cestoit  Vestat  du  procès  manque 

1.  Cette  anecdote  est  rapportée  par  Valère-  4.  Belles-mères.  Néologisme,  du  latin  tio- 
Maxime,  VIII,  i,  §  15,  qui  donne  à  Dolabella  verca,  même  sens.  La  haine  des  belles-mères 
le  prénom  Publius,  et  Aulu-Gelle,  Nuits  Atti-  pour  les  enfants  du  premier  lit,  odium  novercale, 
ques,  XII,  7,  chez  qui  Dolabella  a  comme  pré-  est  expliquée  par  Érasme,  Adages,  II,  2,  95. 
nom  Cneins.  C'est  donc  ce  second  auteur  qui  (P.) 

est  la  source  de  R.  (P.)  5.  Prononciation  parisienne  du  mot  wwrair^. 

2.  Beaux-pères.  Mot   formé    sur  phe,   par       (Sainéan,  t.  II,  p.  147.) 

analogie  avec  marâtre.  6.  Enfant  du  premier  lit  (du  latin,  privignus, 

3.  Beaux-pères.  Néologisme,  du  hùnvitri-      même  sens). 
eus,  même  sens. 


CHAPITRE    XLIIII  3  i  c 

Il  trouva  l'affaire  tant  ambigu  qu'il  ne  sçavoit  en  quelle  partie  incliner. 
Le  crime  de  la  femme  estoit  grand,  laquelle  avoit  occis  ses  mary  second 

20  et  enfant.  Mais  la  cause  du  meurtre  luy  sembloit  tant  naturelle  et 
comme  fondée  en  droict  des  peuples,  veu  qu'ilz  avoient  tué  son 
filz  premier,  eulx  ensemble,  en  trahison,  de  guet  à  pens,  non  par 
luy  oultragez  ne  injuriez,  seulement  par  avarice  de  occuper  le  total 
héritage,  que  pour  la  décision  il  envoya  es  Areopagites,  en  Athènes, 

25  entendre  quel  seroit  sur  ce  leur  advis  et  jugement.  Les  Areopagites 
feirent  response  que  cent  ans  après  personellement  on  leurs  envoiast 
les  parties  contendentes,  affin  de  respondre  à  certains  interroguatoires 
qui  n'estoient  on  procès  verbal  contenuz.  Cestoit  à  dire  que  tant 
grande  leurs  sembloit  la  perplexité  et  obscurité  de  la  matière  qu'ilz 

30  ne  sçavoient  qu'en  dire  ne  jugera  Qui  eust  décidé  le  cas  au  sort  des 
dez,  il  n'eust  erré,  advint  ce  que  pourroit.  Si  contre  la  femme,  elle 
meritoit  punition,  veu  qu'elle  avoit  faict  la  vengence  de  soy,  laquelle 
apartenoit  à  Justice.  Si  pour  la  femme,  elle  sembloit  avoir  eu  cause 
de  douleur  atroce. 

35       «  Mais  en  Bridoye  la  continuation  de  tant  d'années  me  estonne  ^ 

—  Je  ne   sçaurois   (respondit  Epistemon)   à  votre  demande  cate- 

goricquement    respondre;  force   est  que  le   confesse.  Conjecturalle- 

ment  je  refererois  cestuy  heur  de  jugement  en  l'aspect  bénévole  des 

cieulx  et  faveur  des  Intelligences  motrices,  les  quelles,  en  contempla- 

40  tion  de  la  simplicité  et  affection  syncere  du  juge  Bridoye,  qui,  soy 
deffiant  de  son  sçavoir  et  capacité,  congnoissant  les  antinomies  et 
contrarietez   des    loix,  des  edictz,   des    coustumes  et  ordonnances, 


Ligne  20.  E  :  de  meurtre  —  1.  21.  A  :  qu'il  —  1,  23.  E  :  d'occuper  —  1.  24.  E  :  heritaige 
—  1.  26.  E  :  personnellement —  E  :  leur  envoyast  —  1.  27,  A,  E  :  interrogatoires  —  1.  28. 
E  :  au  procès  —  1.  29.  E  :  leur  —  I.  32.  E  :  vengeance  —  1.  35.  E  :  m'estonne  —  1.  36. 
A:  respondit  Pantagruel  —  A  :  vostre  —  1,  38.  E  :  referoys  —  E  :  de  manque  —  1.  39. 
E  :  fauteur  des  Intelligences  —  1. 42.  E  :  loix  et  edicti  —  E  :  i«  coustumes,  des  ordonnances 


7.  R.  ajoute  cette   incidente  facétieuse  au      lieris  et    ipsam,  quse   accusabatur,  centesimo 
texte    d'Aulu-Gelle,    qui    dit    simplement    :      anno  adesse  jusserunt.  »  (P.) 
«  Areopagitae  cognita  causa  accusatorem  mu-  8.  Cette  proposition  achève  la  phrase  sur 


3l6  LE   TIERS    LIVRE 

entendent  la  fraulde  du  Calumniateur   infernal,   lequel  souvent   se 
transfigure  en   messagier  de  lumière^  par  ses  ministres,   les  pervers 

45  advocatz,  conseilliers,  procureurs  et  aultres  telz  suppoz,  tourne  le 
noir  en  blanc,  faict  phantasticquement  sembler  à  l'une  et  l'aultre 
partie  qu'elle  a  bon  droict,  comme  vous  sçavez  qu'il  n'est  si  maulvaise 
cause  qui  ne  trouve  son  advocat,  sans  cela  jamais  ne  seroit  procès  on 
monde,  se  recommenderoit  humblement  à  Dieu,  le  juste  juge,  invoc- 

50  queroit  à  son  ayde  la  grâce  céleste,  se  deporteroit  en  l'esprit  sacro- 
sainct  du  hazard  et  perplexité  de  sentence  définitive,  et  par  ce  sort 
exploreroit  son  décret  et  bon  plaisir  que  nous  appelions  arrest, 
remueroient  et  tourneroient  '°  les  dez  pour  tomber  en  chanse  de  celluy 
qui,  muny  de  juste  complaincte,  requeroit  son  bon   droict  estre  par 

55  Justice  maintenu,  comme  disent  les  talmudistes ''  en  sort  n'estre  mal 
aulcun  contenu,  seulement  par  sort  estre,  en  anxiété  et  doubte  des 
humains,  manifestée  la  volunté  divine. 

«  Je  ne  vouldrois  penser  ne  dire,  aussi  certes  ne  croy  je,  tant  ano- 
male estre  l'iniquité  et  corruptele  '^  tant  évidente  de  ceulx  qui  de  droict 

éo  respondent  en  icelluy  parlement  myrelinguois  en  Myrelingues,  que 
pirement  ne  seroit  un  procès  décidé  par  ject  des  dez,  advint  ce  que 
pourroit,  qu'il  est  passant  par  leurs  mains  pleines  de  sang  et  de  per- 
verse affection.  Attendu,  mesmement,  que  tout  leur  directoire  en  judi- 
catureusualea  esté  baillé  par  unTribunian,  homme  mescreant,  infidèle, 


Ligne  44.  A,  E  :  messaigier  —  1.  45.  E  :  autres  —  1.  46.  E  :  fantasticquement  —  E  : 
l'autre  —  1.  47.  F  :  quelle  —  E  :  ha  —  1.  48-49,  E  :  au  monde  —  1.  49.  E  :  recom- 
manderoit  —  1.  51.  E  :  diffinitive  —  I.  53.  E  :  celuy  —  1.  56.  E  :  aulcun  —  1.  58.  E  ; 
aussy  —  1. 58-59.  E  :  anormale  —  l.  éo.  E  :  iceluy  —  \.  64.E  :  ha 

laquelle  se  termine  le  ch.  xliii,  phrase  coupée  dans   lequel  trois  propositions  relatives  sont 

par  cette  longue  incidente  de  l'anecdote   de  emboîtées  l'une   dans  l'autre  et  pour  ainsi  dire 

Dolabella.  (P.)  concentriques,    voir    Huguet,  Syntaxe  de  R.. 

9.  «  Ipse  enim  Satanas  transfigurât  se    in  p.  440.  (P.) 

angelum  lucis.  »  Saint  Paul,  //e  £p,  aux  Corin-  11.  Les  Rabbins.  Cette  sentence  des  savants 

thiens,Xl,  14.  juifs  est   citée  d'après  saint  Thomas  d'Aquin, 

10.  Le  sujet  de  ces    verbes  remueroient  et       Opuscula,  XV,   5. 

tourneroient  est  Les  quelles  (Intelligences  motrices).  12.  Corruption.  Néologisme,   du  latin  cor- 

Sur  la  construction  singulière  de  ce  paragraphe,      ruptela,  même  sens. 


CHAPITRE    XLIIII  3I7 

65  barbare,  tant  maling,  tant  pervers,  tant  avare  et  inique  qu'il  vendoit 
les  loix,  les  edictz,  les  rescriptz,  les  constitutions  et  ordonnances,  en 
purs  deniers,  à  la  partie  plus  offrante'',  et  ainsi  leurs  a  taillé  leurs 
morseaulx  par  ces  petitz  boutz  et  eschantillons  des  loix  qu'ilz  ont  en 
usaige,  le  reste  supprimant  et  abolissant  qui  faisoit  pour  la  loy  totale, 

70  de  paour  que,  la  loy  entière  restante  et  les  livres  des  antiques  juriscon- 
sultes veuz,  sus  l'exposition  des  douze  tables  et  edictz  des  praeteurs, 
feust  du  monde  apertement  sa  meschanceté  congneue. 

«  Pourtant  seroit  ce  souvent  meilleur  (c'est  à  dire  moins  de  mal 
en  adviendroit)  es  parties  controverses  marcher  sus  chausses  trapes, 

75  que  de  son  droict  soy  déporter  en  leurs  responses  et  jugemens, 
comme  soubhaitoit  Caton  de  son  temps,  et  conseilloit  que  la  court 
judiciaire  feust  de  chausses  trappes  pavée  "^.  » 

Ligne  6j.  E  :  ha  —  1.  68.  E  :  morceaux  —  E  :  petii...  de  loix  —  1.  69.  F  :  la  reste 
—  E  :  Malle  —  1.  70,  E  :  peur  —  1.  71.  E  :  prêteurs  —  1.  72.  E  :  fust  —  1.  74.  A,  E  : 
en  manque  —  E  :  sur  —  1.  76.  E  :  souhaytoit  Cato  —  1.  77.  E  :  just 

13.  Cette    invective  contre    Tribonien,    le  indulgens  ut  lucro  vénale  jus  habendum  sem- 

jurisconsulte  qui  compila    les  Pandectes  pour  per  duxerit.  Nam  et  leges  ferme  sordida  dinun- 

l'cmpereurjustinien,  se  retrouve  chez  plusieurs  dinatione  antiquare  identidem  ferreque  insti- 

humanistes  :  Laurent  Valla,  Vives,  Guillaume  tuerat,  ut  cuique  commodum  esset.  »  Annot. 

Budé.    Elle    procède   d'un    jugement    sévère  m  Pa«i.,  CLXV,  p.  681  de  l'éd.  de  1551.  (P.) 

de  Suidas,  que  Budé  traduit  ainsi  :  «  quaestor  14.  D'après   Pline,   Hist.  Nat.,  XIX,    i    : 

Justiniani  fuit,    tanta  vi  ingenii  prseditus,  ut  «  Catonis  Censorii,    qui  sternendum   quoque 

doctrina  prasstantissimus  evaserit,  ac  nulli  asvo  forum  niuricibus  censuerat.   »  Le  mot  est  rap- 

suo  secundus.    Casterum   avaritise   eo   usque  porté  par  Budé  dans  ses  Forcnna .  (P.) 


Comment  Panurge  se  conseille  à  Triboullet. 
Chapitre    XLV. 

Au  sixième  jour  subséquent  Pantagruel  feut  de  retour,  en  l'heure 
que,  par  eaue',  de  Bloys  estoit  arrivé  Triboullet. 
5  Panurge,  à  sa  venue,  luy  donna  une  vessie  de  porc  bien  enflée  et 
résonante  à  cause  despoys  qui  dedans  estoient,  plus  une  espée  de  boys 
bien  dorée,  plus  une  petite  gibbessiere  faicte  d'une  coque  de  tortue, 
plus  une  bouteille  clissée  pleine  de  vin  breton  \  et  un  quarteron  de 
pommes  Blandureau  \ 
10  «  Comment  (dist  Carpalim),  est  il  fol,  comme  un  chou,  à 
pommes?  ^  » 

Triboullet  ceignit  l'espée  et  la  gibbessiere,  print  la  vessie  en  main 
mangea  part  des  pommes,  beut  tout  le  vin. 

Panurge  le  reguardoit  curieusement  et  dist  : 
15       «  Encores  ne  veids  je  oncques  fol,  et  si  en  ay  veu  pour  plus  de  dix 
mille  francs,  qui  ne  beust  voluntiers  et  à  longs  traictz.  » 

Depuys  luy  exposa  son  affaire  en  parolles  rhétoriques  et  eleguantes. 

Davant  qu'il  eust  achevé,  Triboullet  luy  bailla   un  grand  coup  de 
poing  entre   les  deux  espaules,  luy  rendit  en  main    la  bouteille,  le 


Ligne  2.  A  :  42  ;  E  :  xlii  —  1.  3.  A,  E  :  sixiesme  —  E  :  fut  —  \.  4.  A,  E  :  eau  — 
1.  7.  E  :  gibessiere  —  1.  14.  E  :  regardoit  —  1.  17.  E  :  Depuis  —  E  :  rhetoricques 
—  A,  E  :  élégantes  —  1.  18.  E  :  Devant  —  A  :  utig 

1.  La  résidence  de  Pantagruel,  Thélème,  est  3.  «  Le  Blant  dureau  »,  variété  de  pomme 
donc  proche  de  la  Loire.  R.  la  place  sans  doute  cultivée.  Cf.  O.  de  Serres,  Théâtre,  Rouen 
dans  les  fertiles  prairies  enserrées  par  la  Loire,       1663,  1.  VI,  p.  626.  (D.) 

le  vieux  Cher  ou  l'Indre,  près  de  Bréhémont  4.  Peut-être   allusion   au   proverbe  popu- 

ou  d'Ussé.  Cf.  R.E.R.,  IX,  123.  laire  : 

2.  Vin  provenant  du  cépage  rouge  dit  gros  Grosse  tête  et  petit  cou 
cabernet  ou  breton  encore  cultivé  en  Touraine-  C'est  le  commencement  d'un  fou. 

Cf.  1. 1,  ch.  XIII,  n.  58.  (D.) 


CHAPITRE    XLV  319 

20  nazardoit  avecques  la  vessie  de  porc,  et  pour  toute  response  luy  dist, 
branslant  bien  fort  la  teste  : 

«    Par   Dieu,    Dieu,    fol   enraigé,    guare    moine,    cornemuse    de 
Buzançay  \  » 

Ces  parolles  achevées,  s'esquarta  de  la  compaignie,  et  jouoit  de  la 

25  vessie,  se   délectant  au   mélodieux  son   des    poys.    Depuys    ne  feut 

possible  tirer  de  luy  mot  quelconques,  et,  le  voulant  Panurge  d'adven 

taige  interroger,  Triboullet  tira  son  espée  de  boys  et  l'en  voulut  ferir. 

«  Nous  en  sommes  bien,  vrayement  (dist  Panurge).  Voylà  belle 

resolution.  Bien  fol  est  il,  cela  ne  se  peult  nier  ;  mais  plus  fol    est 

30  celluy  qui  me  l'amena,  et  je  tresfol,  qui  lui  ay   communicqué  mes 

pensées. 

—  C'est  (respondit  Carpalim)droict  visé  à  ma  visière. 

—  Sans  nous  esmouvoir  (dist  Pantagruel),  considérons  ses  gestes  et 
ses  dictz.  En  iceulx  j'ay  noté  mystères  insignes,  et  plus  tant  que  je 

35  souloys  ne  m'esbahys  de  ce  que  les  Turcs  révèrent  telz  folz  comme 
musaphiz  ^  et  prophètes.  Avez-vous  considéré  comment  sa  teste  s'est, 
avant  qu'il  ouvrist  la  bouche  pour  parler,  crouslée  '  et  esbranlée  ?  Par 
la  doctrine  des  antiques  philosophes,  par  les  cérémonies  des  mages  et 
observations    des  jurisconsultes  ^,  povez   juger  que   ce   mouvement 

40  estoit  suscité  à  la  venue  et  inspiration  de  l'esprit  fatidicque,  lequel, 
brusquement  entrant  en  débile  et  petite  substance  (comme  vous 
sçavez  que  en  petite  teste  ne  peut  estre  grande  cervelle  contenue),  l'a 

Ligne  20. E  :  avec  —  1.  22.  E  :  Par  Bien,  Bien  —  E:  moyne,  cornemeuse  —  1.  23.  A  : 
Buianciay  —  1.  25.  E  ;  pois.  Depuis  —  E  :  fut  —  1.  26.  A  :  quiconques  ;  F  :  queconques 

—  1.  27.  E  :  interroguer  — 1.  28.  A,  E  :  Nous  (dist  Panurge)  en  sommes —  1.  29.  A,  E  : 
peut  —  1.  30.  E  :  celuy  —  E  :  luy  —  I.  32.  E  :  droict  —  1.  33.  A,  E  :  Sans  (dist  Panta- 
gruel) nous  esmouvoir  —  1.  34.  E  :  misteres  —  1.  35.  E  :  Turqs  —  1.  39.  E  :  observation 

—  1.  42.  A,  E  :  qu'en  —  E  :  Vha 

5.  Buzançais,  sur  l'Indre,  ch.-l.  de  canton,  commentateur  du  Coran  (appelé  aussi  MM55iJ/)/;, 
arr.  de  Chateauroux  (Indre).    La  fabrication       code).  V.  Sainéan,  t.  II,  p.  9. 

des  cornemuses  était  une  spécialité  de  cette  7.  Secouer.  Cf.  Prologue,  1.  93. 

ville.  Cf.  R.E.R.,  VII,  76.  8.  Ces  remarques  sont  consignées  dans  une 

6.  «  En  langue  Turque  et  Sclavonique,  doc-  glose  du  Digeste,  titre  De  sdititio  edicto  I,  1,9, 
teurs  et  prophètes  »,  dit  le  Briefve  déclaration  Apiid  Vivianum,  glose  que  R.  citera  plus  loin, 
Ce  mot  reflète  le  turco-arabe  mushafi,  scribe  et  ligne  72. 


320  LE   TIERS    LIVRE 

en  telle  manière  esbranlée  que  disent  les  medicins  tremblement  adve- 
nir es  membres  du  corps  humain,  sçavoir  est,  part  pour  la  pesanteur 
45  et  violente  impétuosité  du  fays  porté,  part  pour  l'imbécillité  de  la 
vertus  et  organe  portant.  Exemple  manifeste  est  en  ceulx  qui  à  jeun 
ne  peuvent  en  main  porter  un  grand  hanat  ^  plein  de  vin  sans 
trembler  des  mains  '°. 

ce  Cecy  jadis  nous  praefiguroit  la  divinatrice  Pythie  ",  quand,  avant 
50  respondre  par  l'oracle,  escroulloit  son  laurier  domesticque. 

«  Ainsi  dict  Lampridius  '^  que  l'empereur  Heliogaballus,  pour  estre 
réputé  divinateur,  par  plusieurs  festes  de  son  grand  Idole,  entre  les 
retaillatz''  fanaticques '•^j  bransloit  publicquement  la  teste. 

«   Ainsi  déclare  Plante  en   son    Asnerie  '^  que  Saurias   cheminoit 
55  branslant  la  teste,  comme  furieux   et  hors  du  sens,  faisant  paour  à 
ceulx  qui  le  rencontroient,  et  ailleurs'^,  exposant  pourquoy  Charmides 
bransloit  la  teste,  dict  qu'il  estoit  en  ecstase. 

«  Ainsi  narre  Catulle  '\  en  Berecynthia  et  Atys,  du  lieu  on  quel  les 

Maenades,  femmes  bacchicques,  prebstresses  de  Bacchus,  forcenées, 

60  divinatrices,  portantes    rameaulx    de    lierre,    bransloient   les    testes, 

comme  en  cas  pareil  faisoient  les  Gais  escouillez,  prebstres  de  Cybele, 


Ligne  45.  E  :  fais —  E  :  imbecilité  —  1.  46.  E  :  veriu  —  1.  47-  E  :  hanap  —  1.  49. 
E  :  préfigurait  —  1.  51.  E  :  Heliogabalus  —  1.  53.  A  :  hranloyt  —  1.  54.  A,  E  :  declaire 
—  1.  57.  E  :  branlait  —  1.  58.  E  :  auquel —  1.  59.  E:  Menades  —  A  :  farsenées  —  1.  60. 
A,  E  :  portans  —  E  :  leurs  testes  —  1.  éi.  A  :  Cibele 

9.  Hanap.  fafiattcos)  ce  mot  nouveau  dans  la  langue  fran- 

10.  La  plupart  des  éléments  de  cette  argu-  çaise.  «  Fanatici,  expliquait  Budé,  op.  cit., 
mentation  sont  empruntés  à  Guillaume  Budé,  olim  dicti  sunt  homines  numine  afflati.  »  (P.) 
Annoiationes priores  in  Pandectas,  commentant  15.  Asinaria,  II,  3,  405  : 

le  texte  que  nous  avons  cité  n.  8.  (P.)  «  Quassanti capite  incedit. 

11.  Cf.  Virgile,  Enéide,  1.  III,  v.  443-453,  Quisque  obviam  huic  occesserit  irato,  vapu- 
et  1.  VI,  v.  74-76.  [labit.  » 

12.  Lampridius,  HeJiog.  7,  i    :  «    Jactavit  16.  Trinummus,   V,  2,  45  :  «  Quid  quassa. 
autem  caput  inter  prsecisos    fanaticos.  »  Cité  caput  ? —  Cruciatur  cor  mi  et  metuo.  » 
dans  la  glose  du  texte  Apud  Vivianum.  Voir  17,  Catulle,  63,  v.  19  : 

n.  8.  (P.)  Simul  ite,  sequimini 

13.  Eunuques.  Cf.  ch.  xviii,  n.  41 .  Phrygiam  ad  domum  Cybelles 

14.  R.    emprunte   à   Lampridius  (praecisos  Ubi  capita  Monades  vi  juciunt  ederigerse. 


CHAPITRE    XLV 


321 


celebrans  leurs  offices  '**,  dont  ainsi  est  dicte,  scelon  les  antiques 
théologiens,  car  ■/.■j?>iafiy.'.  signifie  rouer  '^  tortre,  bransler  la  teste  et 
faire  le  torti  coUi  ". 

65  c(  Ainsi  escript  T.  Live  ^'  que,  es  bacchanales  de  Rome,  les  hommes 
et  femmes  sembloient  vaticiner,  à  cause  de  certain  branslement  et 
jectigation  du  corps  par  eulx  contrefaicte,  car  la  voix  commune  des 
philosophes  et  l'opinion  du  peuple  estoit  vaticination  ne  estre  jamais 
des  cieulx  donnée  sans  fureur  et  branslement  du  corps  tremblant  et 

70  branslant,  non  seulement  lors  qu'il  la  recevoit,  mais  lors  aussi  qu'il 
la  manifestoit  et  declairoit.  De  faict,  Julian  *%  jurisconsulte  insigne, 
quelques  foys  interrogé  si  le  serf  seroit  tenu  pour  sain,  lequel  en  com- 
paignie  de  gens  fanaticques  et  furieux  auroit  conversé  et  par  adven- 
ture  vaticiné,  sans  toutesfoys  tel  branslement  de  teste,  respondit  estre 

75   pour  sain  tenu. 

c(  Ainsi  voyons  nous  de  praesent  les  prascepteurs  et  pasdaguogues 
esbranler  les  testes  de  leurs  disciples  (comme  on  faict  un  pot  par  les 
anses)  par  vellication ''^  et  érection  des  aureilles  —  qui  est  (scelon  la 
doctrine  des  saiges  égyptiens)  membre^''  consacré  à  mémoire  ^^ — affin 


Ligne  62.  E  :  doiid  —  E  :  selon  —  E  :  anticques  —  I,  63,  E  :  Kubiad  —  1.  65.  E 
Baccanales  —  1.  66-67.  E  :  branslement,  gesticulation  —  1.  68.  A,  E  :  n  estre  —  1.  70.  A 
recievoit  —  A  :  atissy  —  1.  71.  E  :  Julien  —  1.  73.  E  :  furieulx  —  1.  76.  E  :  présent  - 
E  :  précepteurs  —  A  :  padaguoges  ;  E  :  pedaguogues 


18.  Cf.  Budé,  loc.  cit.,  «  Hujusmodi  erant 
Gallimatris  deum  Cybeles,  qui  proptereaCory- 
bantes  dicuntur,  quasi  furibundi  saltantes.  Illi 
enim  in  sacris  suis,  vel  sacrilegiis  fortius,  caput 
rotabant.  »  (P.) 

19.  Tourner.  Ce  mot  traduit  le  rotabant  àw. 
texte  cité  n.  18  et  le  mot  grec  /.'jjÎKjTàv.  Sur 
xujBt'jôac,  V.  dans  l'Introd.,  Notre  texte. 

20.  Le  cou  tordu.  Ce  mot  s'applique  chez 
R.  aux  bigots  qui  prient  en  faisant  des  contor- 
sions. Cf.  1.  II,  ch.  XXX,  n.  16.  Cette  étymo- 
logie  du  mot  Cybele  est  empruntée  à  Budé 
loc.  cit.,  «  Unde  et  Cybele  dicta  e  verbo 
xuêtaià),    quod    in    caput    rotari  significat.    » 

(P.) 

21.  VoirTite  Live,  xxxix,  13,  ^  12  :  «  Vi- 

LE  TIERS   LIVRE. 


ros  veluti  mente  capta  cum  jactitatione  fanati- 
ca  corporis  vaticinari.  »  Mentionné  par  Budé, 
loc.  cit.  (P.) 

22.  R.  citant  de  mémoire  change  en  Julian 
le  nom  de  Vivianus  cité  dans  la  glose  du  Di- 
geste (v.  n.  8)  :  «  Apud  Vivianum  queritur  si 
servus  inter  fanaticos  non  semper  caput  jac- 
taret  et  aliqua  profatus  esset,  an  nihilominus 
sanus  videretur.  Et  ait  Vivianus  nihilominus 
hune  sanum  esse.  »  (P.) 

23.  Pincement.  Néologisme,  du  latin  velli- 
catio,  même  sens. 

24.  Le  mot  était  alors  employé  dans  le  sens 
général  d'organe.  (D.) 

25.  Cf.  Erasme,  Adages,  I,  7,  40,  aurem 
vellere  :  «Ut  frons  antiquitus  erat  sacra  genio... 

41 


322  LE  TIERS    LIVRE 

80  de  remettre  leurs  sens,  lors  par  adventure  esguarez  en  pensemens 
estranges  et  comme  effarouchez  par  affections  abhorrentes,  en  bonne  et 
philosophicque  discipline,  ce  que  de  soy  confesse  Virgile  en  l'esbran- 
lementde  Apollo  Cynthius^^  » 

Ligne  80.  E  :  esgarei  —  1.  83.  E  :  d' Apollo 

veluti  scribit   Servius.  .  .    ita    aiiris    viemorix      Virgile,  Egl.Yl,  3,  Cynthius  aurem  vellit  : 
des.  »  R.E.R.  VI,  237.  «  Aurem,   quia  memoria;  consecrata    est.    » 

26.  Cf.  Servius,  commentant  ces  mots  de       (P.) 


Comment  Pantagruel  et   Panurge  diversement   interprètent  les  parolle 

de    Trihoullet. 


Chapitre  XLVI. 

«  11  dict  que  vous  estez  fol.  Et  quel  fol  ?  Fol  enragé,  qui  sus  vos 
5  vieulx  jours  voulez  en  mariage  vous  lier  et  asservir.  Il  vous  dict  : 
«  Guare  moine  ;  »  sus  mon  honneur,  que  par  quelque  moine  vous 
serez  faict  coqu.  Je  enguaige  mon  honneur;  chose  plus  grande  ne 
sçauroys,  fusse  je  dominateur  unicque  et  pacificque  en  Europe, 
Africque  et  Asie. 

10  «  Notez  combien  je  défère  à  nostre  morosophe  '  Triboullet.  Les 
aultres  oracles  et  responses  vous  ont  résolu  pacificquement  coqu,  mais 
n'avoient  encores  apertement  exprimé  par  qui  seroit  vostre  femme 
adultère  et  vous  coqu.  Ce  noble  Triboullet  le  dict.  Et  sera  le  coquage 
infâme  et  grandement  scandaleux.  Fauldra  il  que  vostre  lict  conjuguai 

15   soit  inceste  et  contaminé  par  moynerie  ? 

c(  Dict  oultre  que  serez  la  cornemuse  de  Buzançay,  c'est  à  dire 
bien  corné,  cornard  et  cornu;  et,  ainsi  comme  il,  voulant  au  roy  Loys 
douzième  demander  pour  un  sien  frère  le  contrerolle  du  sel  à 
Buzançay,   demanda   une    cornemuse,    vous    pareillement,    cuydant 

20  quelque  femme  de  bien  et  d'honneur  espouser,  espouserez  une  femme 


Ligne  3.  A  :  45  ;  E  :  xliii  —  1.  4.  E  :  estes  —  E  :  sur  voi  —  1.  6.  E  :  Guare  moyne 
E  :  sur  —  E  :  quelque  moyne  —  1.  7.  E  :  coquu  —  k  :  je  engaige  ;  E  :  fengaige  —  1.  8. 
E  :  sçaurois  —  E  :  unique  —  1.  11.  E  :  autres  —  E  :  coquu  —  1.  12.  E  :  encore  apper- 
iement  —  A  :  vestre  —  I.  15.  E  :  coquu  —  1.  14.  A  :  conjugal  —  1.  lé.  E  :  outre 
—  A  :  Buianciay  —  1.  17.  E  :  cornu  uiusard  —  1.  18.  A,  E  :  douTJesme  —  1.  19.  A  : 
Bu\anc7jxy  —  1.  20.  A,  E  :  ^/  honneur 

I.  Du  grec  [xtoposoço?,  sage-fou.  Erasme  sa  forme  grecque,  dans  YEloge  de  la  Folie,  V. 
avait  fait  usage  de  ce  mot,  en  lui  conservant      (P.) 


324  LE   TIERS    LIVRE 

vuyde  de  prudence,  pleine  de  vent  d'oultrecuydance,  criarde  et  mal 
plaisante  comme  une  cornemuse, 

«  Notez  oultre  que  de  la  vessie  il  vous  nazardoit,  et  vous  donna  un 
coup  de  poing  sus  l'eschine.  Cela  praesagist  ^  que  d'elle  serez  battu, 

25  nazardé  et  desrobbé,  comme  desrobbé  aviez  la  vessie  de  porc  aux 
petitz  enfans  de  Vaubreton  ^ 

—  Au  rebours  (respondit  Panurge).  Non  que  je  me  vueille  impu- 
dentement  exempter  du  territoire  de  follie  ;  j'en  tiens  "*  et  en  suys,  je 
le  confesse.  Tout  le  monde  est  fol.  En  Lorraine,  Fou'  est  près  Tou  par 

30  bonne  discrétion.  Tout  est  fol.  Solomon  dict  que  infiny  est  des  folz  le 
nombre^  ;  à  infinité  rien  ne  peut  decheoir,  rien  ne  peut  estre  adjoinct, 
comme  prouve  Aristoteles  \  et  fol  enragé  serois  si,  fol  estant,  fol 
ne  me  reputois.  C'est  ce  que  pareillement  faict  le  nombre  des 
maniacques  et  enraigez  infiny.  Avicenne  ^  dict  que  de  manie  infinies 

35   sont  les  espèces;  mais  le  reste  de  ses  dictz   et  gestes  faict  pour  moy. 

«  Il  dict  à  ma  femme  :   «   Guare    moyne.  »   C'est    un    moyneau 

qu'elle  aura  en  délices,  comme  avoit  la  Lesbie  de  Catulle  ^,  lequel 

volera  pour  mousches,  et  y  passera  son  temps   autant  joyeusement 

que  feist  oncques  Domitian  le  croque  mousche  '°. 

Ligne  24.  E  :  presagist  —  1.  25.  A,  E  :  ^/  desrobé;  E  :  comme  desrobé  —  1.  27.  A  : 
veiuille  —  1.  28.  E  :  folie  —  E  :  suis  —  1.  29.  E  :  Tout  —  1.  30.  E  :  Salomon  dist  — 
1.  32.  A,  E  :  seroys  —  1.  33.  A,  E  :  reputoys  —  1.  36.  E  :  moine  —  1.  39.  A,  E  : 
le  croque  mousche  manq^ue 

2.  Présage.  Cf.  ch.  xiv,  n.  22.  delà  Folie.  Voir  Eloge  delà  Folie,  ch.'Ly.i\i.(?.). 

3.  Hameau  de  la  comm.  de  Rivière,  cant.  7.  Cf.  ÉxSiSmQ,  Adages,  IY,%,  4,  Nibil  potest 
L'IIe-Bouchard,  arr.  Chinon.  Cf.  l.I,ch.  XLVii,  nec  addi  nec  adimi.  v<  De  perfectis  operibus  ita 
n.   10.  vulgo  dici  solitum  indicat  Aristoteles.  »  Eth. 

4.  J'en    dépends,   comme   une    terre  tient  A^'/c,  II,  6,  9.  Cf.  i?.  £.  2?.,  VI,  238. 

d'un  fief.  (P.)  8.  Même   allégation  dans    le    Prologue   du 

5.  Fou  est  un  village  à  trois  lieues  de  Toul  Cinquième  livre  :  «  Comme  dict  Avicenne, 
(Meurthe-et-Moselle),  sur  la  route  de  Ligny.  maniae  infinitae  sunt  species.  » 

6.  Cette  sentence  de  VEccIesiaste,  I,  15,  9.  Allusionauxodelettesde  Catulle,  II  et  III: 
«  Stultorum  infinitus  est  numerus  «,  revient  Ad  passerem  Leshiae  et  Luctus  in  morte  passeris. 
souvent  dans  les  œuvres  comiques  du  moyen  10.  Allusion  à  un  trait  de  la  Vie  de  Dotni- 
âge  qui  développent  le  thème  de  la  folie  uni-  tien  par  Suétone  (ch.  m),  consigné  dans  un 
verselle.  Elle  figure  naturellement  parmi  les  adage  d'Érasme,  II,  i,  84;  Ne  musca  quidem  : 
arguments  dont  Érasme  a  composé  l'apologie  «  Domitiani  consuetudinem  notans,  cui  nios 


CHAPITRE   XLVI  325 

40  «  Plus,  dict  qu'elle  sera  villaticque  ' '  et  plaisante  comme  une  belle  cor- 
nemuse de  Saulieu  '^  ou  de  Buzançay.  Le  veridicque  TribouUet  bien  a 
congneu  mon  naturel  et  mes  internes  affections  ;  car  je  vous  affie  que 
plus  me  plaisent  les  guayes  bergerottes  eschevelées,  es  quelles  le  cul 
sent  le  serpouUet,  que  les  dames  des  grandes  cours  ftvecques   leurs 

45  riches  atours  et  odorans  perfums  de  mauljoinct  ''  ;  plus  me  plaist  le 
son  de  la  rusticque  cornemuse  que  les  fredonnemens  des  lucz,  rebecz 
et  violons  auliques  '*. 

c(  Il  m'a  donné  un  coup  de  poing  sus  ma  bonne  femme  d'eschine  ; 
pour  l'amour  de  Dieu  soit,  et  en  déduction  de  tant  moins  des  poines 

50  de  Purgatoire.  Il  ne  le  faisoit  par  mal  ;  il  pensoit  frapper  quelque 
paige'5.  Il  est  fol  de  bien,  innocent,  je  vous  affie '^  et  pèche  qui  de 
luy  mal  pense.  Je  luy  pardonne  de  bien  bon  cœur. 

«  Il  me  nazardoit  ;  ce  seront  petites  foUastries  entre  ma  femme  et 
moy,  comme  advient  à  tous  nouveaulx  mariez.  » 


Ligne  41.  A  :  BuiancTjiy  —  A  :  viridicque  —  E  :  ha  —  1.  42.  A  :  affye  — 1.  44.  E  : 
avec  —  1.  45.  E  :  perfumei  —  1.  46.  E  :  luii  —  1.  48.  E  :  m'ha  —  E  :  sur  —  1.  49. 
E  :  peines  —  1.  52.  A  :  cuew  —  1.  54.  E  :  nouveaux 

erat  quotidie  sibi  secretum  horarium  captare,  gines,  quae  serpillum,  quam  quae  moschum 

nec   intérim  aliud  fere  agebat  nisi  quod  mus-  oient.   R.    l'adapte   au   propos  de  Panurge  et 

cas  captas  stilo  configeret.  »  (P.).  l'aiguise  d'un  jeu  de  mots  sur  benjoin,  dont  il 

11.  Villageoise.  Cf.  1.  II,  ch.  xxvii,  n.  2.  s'est  déjà  servi  au  1.  I,  ch.  xiii,  1.  34.  (P.) 

12.  Saulieu,  ch.-l.  cant.,  arr.  Semur  (Côte-  14.  De  cour.  Latinisme  (azJ/«/5)  entré  depuis 
d'Or).  longtemps  dans  la  langue. 

13.  D'après  Bruyérin-Champier,  De  re  ci-  15.  Les  pages  s'amusaient  à  taquiner  les  fous 
haria,  VII,  35,  c'était  un  dicton  qui  avait  cours  de  cour. 

parmi  les  campagnards  :  succosiores  esse  vir-  16.  Confie.  Cf.  1. 1,  ch.  xxix,  n.  4. 


Comment     Pantagruel   et   Panurge    délibèrent    visiter  r oracle   de   la 

Dive  Bouteille. 

Chapitre   XLVII. 

«  Voy  cy  bien  un  aultre  poinct,  lequel  ne  consyderez;  est  toutesfoys 
5   le  neu  de  la  matière.  Il  m'a  rendu  en   main  la  bouteille.  Cela  que 
signifie  ?  Qu'est-ce  à  dire  ? 

—  Par  adventure  (respondit  Pantagruel),  signifie  que  vostre  femme 
sera  yvroigne. 

—  Au  rebours  (dist  Panurge),  car  elle  estoit  vuide.  Je  vous  jure 
lo  l'espine  de  sainct  Fiacre  en  Brye  '  que  nostre  morosophe  \  l'unicque, 

non  lunaticque  TribouUet,  me  remect  à  la  bouteille,  et  je  refraischiz 
de  nouveau  mon  veu  premier,  et  jure  Stix  et  Acheron  ',  en  vostre 
praesence,  lunettes  au  bonnet  porter,  ne  porter  braguette  à  mes 
chausses,  que  sus  mon  entreprinse  je  n'aye  eu  le  mot  de  la  Dive 
15  Bouteille. 

ce  Je  sçay  homme  prudent  et  amy  mien  qui  sçait  le  lieu,  le  pays  et 
la  contrée  en  laquelle  est  son  temple  et  oracle  ;  il  nous  y  conduira 
sceurement.  Allons  y  ensemble.  Je  vous  supply  ne  me  esconduire. 
Je  vous  seray  un  Achates  "^j  un  Damis  ',  et  compaignon  en  tout   le 


Ligne  3.  A  :  44  ;  E  :  XLIIII  —  1.  4.  E  :  autre  —  E  :  considère^  et  toutes/ois  —  1.  9. 
A,  E  :  vuyde  —  1.  12.  E  :  vœu  —  A,  E  :  Styx  —  1.  13.  A,  E  :  présence  —  1.  14. 
A,  E  :  Dive  manque  —  1.  lé.  E  :  qui  sayt  —  1.  18.  E  :  seurement  —  E  :  supplie  — 
E  :  m  esconduire 

1.  L'épine  dorsale  de  saint  Fiacre,  patron  4.  Compagnon  d'Énée.  Au  1.  II,  ch.  ix, 
de  la  Brie,  était  parmi  les  reliques  conservées  à  1 .  146,  c'est  Pantagruel  qui  annonce  à  Panurge 
la  cathédrale  de  Meaux.  qu'ils  feront  amitié  «  telle  que  feut  entre  Enée 

2.  Sage-fou.  Cf.  ch.   XLVI,  n.  i .  et  Achates.  »  (P.) 

3.  C'était,  dans  l'antiquité,  le  serment  des  5.  C'est  le  nom  du  compagnon  et  disciple 
dieux.  d'Apollonius  de  Tyane. 


CHAPITRE    XLVII  327 

20  voyage.  Je  vous  ay  de  long  temps  congneu  amateur  de  peregrinité  ^ 
et  desyrant  tous  jours  veoir  et  tous  jours  apprendre.  Nous  voirons 
choses  admirables,  et  m'en  croyez. 

—  Voluntiers  (respondit  Pantagruel),  mais,  avant  nous  mettre  en 
ceste    longue    pérégrination,  plene  de    azard,    plene    de     dangiers 

25   evidens... 

—  Quelz  dangiers?  dist  Panurge,  interrompant  le  propous.  Les  dan- 
giers se  refuyent  de  moy,  quelque  part  que  je  soys,  sept  lieues  à  la 
ronde,  comme  advenent  le  prince  cesse  le  magistrat  \  advenent  le 
soleil  esvanouissent  les  ténèbres,  et  comme  les  maladies  fuyoient  à  la 

30  venue  du  corps  sainct  Martin  à  Quande  ^ 

—  A  propous  (dist  Pantagruel),  avant  nous  mettre  en  voye, 
de  certains  poincts  nous  fault  expédier  :  premièrement,  renvoyons 
TribouUet  à  Bloys  Qce  que  feut  faict  à  l'heure,  et  luy  donna 
Pantagruel  une  robbe  de  drap  d'or  frizé)  ;  secondement,   nous   fault 

35  avoir  l'advis  et  congié  du  Roy  mon  père  ;  plus,  nous  est  besoing 
trouver  quelque  Sibylle  pour  guyde  et  truchement.  » 

Panurge  respondit  que  son  amy  Xenomanes  ^  leurs  suffiroit,  et 
d'abondant  deliberoit  passer  parle  pays  de  Lanternoys  '°  et  là  prendre 


Ligne  20.  E  :  cogneii  —  1.  21.  E  :  désirant  —  E  :  verrons  —  1.  24.  E  :  hasard, 
pleine  —  1.  26.  E  :  propos  —  1.  27.  E  :  soye  —  1.  28.  E  :  comme  advenant  —  E  : 
advenant  le  soleil  —  I.  29.  E  :  esvanoissent  —  E  :  fuioymt  —  1.  31.  E  :  propos  — 
1.  32.  A,  E  :  poincti  — E  :  /envoyons  —  1.  53.  E  :  Jut  —  1.  34.  F  :  drap  d'or  fri^e 
—  1.  35.  A  :  avoyr  advys 

6.  Voyage  à  l'étranger.  Néologisme,  du  infirmités.  Cf.  R.E.R.,  VIII,  352.  (P.). 
lâXin  peregrinitas,  même  sens.  9.  Nom  dérivé  du  verbe  grec  Ç£vo;j.av£Ïv,  se 

7.  Axiome  de  droit  public  :  Adveniente  passionner  pour  ce  qui  vient  de  l'étranger.  On 
principe,  cessât  magistratus.  a  vu   dans  ce  personnage    le    capitaine-pilote 

8.  Candes,  cant.  et  arr.  de  Chinon.  Cf.  Jean  Fonteneau,  dit  Alfonse  le  Saintongeois, 
1.  I,  ch.  XXVII,  n.  94.  R.  fait  ici  allusion  vrai-  mort  en  1545.  Cette  identification  est  plutôt 
semblablement  à  une  scène  comique  du  Mis-  douteuse.  Voir  R.E.R.,X,  1.  67.  (P.) 

tère  de  Sainct  Martin,    dans   laquelle  on  voit  10.  Ce  pays  de  Lanternoys  rappelle  le  pays 

un  aveugle  et  un  paralytique  s'effrayer  de  l'ar-  des  Lanternes  du  Disciple  de  Pantagruel  (i537)- 

rivée  du  corps  du  saint  qui  les  guérira  malgré  C'est  le  pays  des  chimères.  Cf.  iî.£'.i?.,X,  463, 

eux  et  les  privera  par  là   de   leurs  lucratives  et  A.  Lefranc,  Navig.  de  Pantagruel,  passim. 


328  LE   TIERS    LIVRE 

quelque  docte  et  utile  lanterne,  laquelle  leurs  seroit  pour  ce  voyage 
40  ce  que  feut  la  Sibylle  à  JEnea.s  descendent  es  champs  Elisiens  ". 

Carpalim,  passant  pour  la  conduicte  de  Triboullet,  entendit  ce 
propous  et  s'escria,  disant  : 

«  Panurge,  ho,  monsieur  le  quitte,  pren  Millort  ''  Debitis  ''  à  Calais, 
car  il  est  goud  fallot  '■*,  et  n'oublie  dehitorihus  '',  ce  sont  lanternes; 
4)   ainsi  auras  et  fallot  et  lanternes. 

—  Mon  prognostic  est  (dist  Pantagruel)  que  par  le  chemin  nous  ne 
engendrerons  melancholie.  Jà  clairement  je  l'apperçois;  seulement  me 
desplaist  que  ne  parle  bon  lanternoys. 

—  Je  (respondit  Panurge)  le  parleray  pour  vous  tous  ;  je  l'entends 
50  comme  le  maternel  ;  il  m'est  usité  comme  le  vulgaire  : 

Brisi?7iarg  d'algotbric  niibst:{ne  :(os 
Isquebfi^  priisq  ;  alborl:^  crinqs  :{acbac. 
Misbe  diJbarlki  inorp  nipp  stanc^  bos. 
SiroDibti  Panrge  wahnap  quost  grufi  bac  '^. 

55       «  Or,  devine,  Epistemon,  que  c'est? 


Ligne  39.  E  :  leur  —  1.  40.  E  :  jut  —  1.  42.  E  :  propos  —  1.  44.  E  :  nohlie  —  1-  45- 

A,  E  :  ainsi...  lanternes  manque  —  1.  46.  A  :   Mon  prognosîic  (dist  Pantagruel)  est  ; 

E  :  mon  prognostic  {did  Pantagruel)  est  —  1.  47.  E  :  n'engendrerons  —  A  :  appercipis  ; 

E  :  apperçoy  —  1.   52.  A  :  albok  —  I.  55.  A  :   dilbarki  ;  E  :  dilbarlu  —  1.  54.  E  : 
Strobt':i  —  E  :  gruf 

11.  Cf.  "Virgile,  Enéide,  1.  VI,  v.  36  et  sui-  15.  Jeux  de  mots  amenés  par  les  deux  précé- 
vants  :  dents.  Debitis,  dette, a  amené debitoribus,  débi- 

12.  Milord.  Ce  mot  anglais  était  depuis  teur  (ces  deux  mots  sont  associés  dans  le  Pa- 
longtemps  entré  dans  la  langue  française.  Voir  ter  :  diminenohisdebitanostrasicutel  nosdimit- 
R.E .R.,  VI,  292.  timus  debitoribus  nostris)  ;  ei  fallot  a  appelé  lan- 

13.  C'est  le  lord  Depiity,  anciennement  /«r;z«.  Ce  dernier  mot  avait  un  sens  libre.  (P.) 
Z)eZ'>'/a/,  de  Calais,  appartenant  alors  à  l'Angle-  16.  C'est  aux  mystères  que  R.  a  emprunté 
terre.  l'idée  de  ce  baragouin  en  langue  de  pays  ima- 

14.  Jeu  de  mots  sur  good  fellmu,  bon  com-  ginaire.  Cf.  R.E.R.,  IX,  40.  Avant  la  publi- 
pagnon.  Le  mot  français  falot,  primitivement  cation  du  Tiers  Livre,  il  avait  introduit  parmi 
fanal,  avait  pris  le  sens  de  drôle.  (Sainéan,  les  langues  parlées  par  Panurge,  1.  II,  ch.  ix,  un 
t.  II,  p. 291.)  fragment  de  lanternoys.  Voir  1.  II,  p.  116.  (P.) 


CHAPITRE    XLVII  329 

—  Ce  sont  (respondit  Epistemon)  noms  de  diables  errans,  diables 
passans,  diables  rampans. 

—  Tes  parolles  sont  brayes  (dist  Panurge),  bel  amy  ;  c'est  le  courti- 
san languaige  lanternoys.  Par  le   chemin  je  t'en  feray  un  beau  petit 

60  dictionaire  '^  lequel  ne  durera  gueres  plus  qu'une  paire  de  souliers 
neufz  ;  tu  l'auras  plus  toust  aprins  que  jour  levant  sentir.  Ce  que 
j'ay  dict,  translaté  de  lanternoys  en  vulgaire,  chante  ainsi  : 

Tout  malheur,  estant  amoureux, 
M'accompaignoit  ;  oncq  n'y  eu  bien. 
65  Gens  mariez  plus  sont  heureux; 

Panurge  l'est,  et  le  sçait  bien. 

—  Reste  doncques  (dist  Pantagruel)  le  vouloir  du  Roy  mon  père 
entendre,  et  licence  de  luy  avoir.  » 


Ligne  59.  E  :  langage  —  l.  60.  E  :  gueres  manque  —  1.  61.  E  :  plustost  —  1.  62. 
A  :  aiusy  —  1.  64.  E  :  heu  —  1.  66.  E  :  sçay  —  1.  67.  E  :    doncq 

17.  L'Utopie  de  Morus  et  nombre  de  récits      comportent  des  glossaires  de  ce  genre. 
de  voyages,  tels  que  ceux  de  Jacques  Cartier, 


TIERS   LIVRE. 


42 


Comment    Garganiiia  remonsîre   nestre    licite    es  cnfans    soy   marier 
sans  le  sceu  et  adveu  de  leurs  pères  et  mères. 

Chapitre  XLVIII. 


Entrant  Pantagruel  en  la  salle  grande  du  chasteau,  trouva  le  bon 
5   Gargantua  issant  du  conseil,   luy    feist    narré    sommaire    de    leurs 
adventures,  exposa  leur  entreprinse,  et  le  supplia  que  par  son  vouloir 
et  congié  la  peussent  mettre  en  exécution. 

Le  bon  home  Gargantua  tenoit  en  ses  mains  deux  gros  pacquetz 

de  requestes  respondues  et   mémoires  de    respondre  ;    les   bailla  à 

10  Ulrich  Gallet',  son  antique  maistre  des  libelles^  et  requestes,  tira  à 

part  Pantagruel,  et,  en  face  plus  joyeuse  que  de  coustume,  luy  dist  : 

<c  Je  loue  Dieu,  fils  trescher,  qui  vous  conserve  en  désirs  vertueux, 

et  me  plaist  tresbien  que  par  vous  soit  le  voyage   perfaict,   mais  je 

vouldroys  que  pareillement  vous  vint  en  vouloir  et  désir  vous  marier; 

15   me  semble  que  dorénavant  venez  en  aage   à  ce  compétent.  Panurge 

s'est  assez  efforcé  rompre  les  difficultez  qui  luy  pouvoient  estre  en 

empeschement  ;  parlez  pour  vous. 

—  Père  tresdebonnaire  (respondit  Pantagruel),  encores  n'y  avoys 

je  pensé,   de  tout  ce  négoce  ;  je  m'en    deportoys    sus   votre    bonne 

20  volunté  et  paternel  commendement.  Plus  tost  prie  Dieu  estre  à  vos 

piedz  veu   roydde  mort  en  votre  desplaisir    que  sans  vostre  plaisir 


Ligne  3.  A  :  45  ;  E  :  xlv  —  1.  5.  E  :  yssant  —  1.  7.  E  :  deussent  —  1.  10.  A,  E  : 
el  requestes  manque  —  1.  12.  A,  E  :  fili —  A  :  treschier  —  1.  13.  E  :  parfaici  —  1.  14. 
E  :  vouldrois  —  1.  15.  E  :  doresnavant  —  E  :  eage  —  E  :  competant  —  1.  16.  E  : 
povoyent  —  1.  18.  E  :  avais  —  1.  19.  A,  E  :  me  deportoys  —  E  :  sur  —  1.  20.  E  :  com- 
mandement —  E  :  voi  —  1.  21.  A.  :  vostre  desplaisir  ;  E  :  vostre  déplaisir 

1.  Sur  ce  personnage,  v.  1.  I,  ch.  xxx,  n.  i.       des  requêtes,  dans  le  latin  de  la  chancellerie, 

2.  Synonyme  de  requêtes.  Le  titre  de  maître       au  xvi«  s.,  est  :  prsefectus  libellorum .  (P.) 


CHAPITRE   XLVIII  3  3  I 

estre  veu  vif  marié.  Je  n'ay  jamais  entendu  que  par  loy  aulcune, 
feust  sacre,  feust  prophane  et  barbare,  ayt  esté  en  arbitre  des  enfans 
soy  marier,  non  consentans,  voulens  et  promovens  leurs  pères,  mères 

25  et  parens  prochains.  Tous  législateurs  ont  es  enfans  ceste  liberté 
tollue  ',  es  parens  l'ont  réservée. 

—  Filz  trescher  (dist  Gargantua),  je  vous  en  croy,  et  loue  Dieu  de 
ce  que  à  votre  notice  ne  viennent  que  choses  bonnes  et  louables,  et 
que  par  les  fenestres  de  vos  sens  rien  n'est  on  domicile  de  vostre 

30  esprit  entré  fors  libéral  sçavoir.  Car  de  mon  temps  a  esté  par  le  con- 
tinent trouvé  pays  on  quel  ne  sçay  quelz  pastophores '^  taulpetiers  \ 
autant  abhorrens  de  nopces  comme  les  pontifes  de  Cybele  en  Phrygie^, 
si  chappons  feussent  et  non  galls  '  pleins  de  salacité  et  lascivie,  les 
quelz  ont  dict  loix  es  gens  mariez  sus  le  faict  de  mariage^  ;  et  ne  sçay 

35  que  plus  doibve  abhominer,  ou  la  tirannicque  praesumption  d'iceulx 
redoubtez  taulpetiers,  qui  ne  se  contiennent  dedans  les  treillis  de 
leurs  mystérieux  temples  et  se  entremettent  des  négoces  contraires 
par  diamètre  entier  ^  à  leurs  estatz,  ou  la  superstitieuse  stupidité  des 


Ligne  22.  E  :  aucune  —  1.  23.  E  :  fust  sacre,  fust  prophane  —  1.  24.  A,  E  :  voulans 
—  1.  27.  A,  E  :  treschier  —  A,  E,  F  :  dist  Pantagruel  —  1.  28.  A  :  que  à  vostre  ;  E  : 
qua  vostre  —  1.  29.  E  :  vo^  —  E  :  en  domicile  —  1.  30.  E  :  /;a  —  I.  31.  E  :  auquel  — 
1.  33.  E  :  fussent  —  E  :  gais  —  1.  34.  A  :  mariaige  —  1.  35.  A,  E  :  tyrannicque pre- 
sumption  —  1.  37.  A,  E  :  s'entremettent  —  F  :  contraire  —  1.   38.  E  :  entiers 

3.  Enlevée.  Archaïsme,  du  lat.  tollere,  faisoient  les  Ga/5  «com///«;ç  prebstres  de  Cybele», 
même  sens.  et  n.   18. 

4.  Chez  les  Egyptiens,  les  pastophores  7.  Le  mot  galliis  signifie  à  la  fois  coq  et 
(TwadTÔifopoç,  Diodore  de  Sicile,  I,  29)  étaient       prêtre  deCybèle.  (P.) 

des  prêtres  chargés  de  porter  les  statues  des  8.  Ce  pays   continental,    dans    lequel    des 

dieux  dans  les  chapelles  du  temple.  Avant  R.,  prêtres  ont  imposé  des  lois  sur  le  fait  de  ma- 

Budé  avait  employé  ce  mot  au  sens  général  de  riage,  est  la  France .  Le  droit  canoniqne  pose 

prêtres.  Cf.  Sainéan,  t.  I,  p.  8  et  t.  H,  p.  33.  en  principe  que  le  mariage  est  fondé  essentiel- 

5.  R.  désigne  de  ce  nom  les  moines,  ren-  lement  sur  le  consentement  des  conjoints,  de- 
fermés  dans  leur  couvent,  comme  la  taupe  vant  un  prêtre  faisant  seulement  office  de  té- 
dans  son  trou.  Cf.  1.  IV,  Prologue  :  «  le  diffe-  moin.  Contre  cette  théorie  protestèrent,  au 
rent  du  clergé  et  de  la  tdulpeterie  de  Lande-  xvi^  s.,  Érasme,  puis  Luther  et  Calvin,  Inst. 
rousse.  »  chrest. ,  (éd.  de  1541),  chap.  xiii.  Voir  Esmein, 

6.  Sur  ces  prêtres,  qui  étaient  eunuques,  Le  mariage  endroit  canonique, t. Il, chap.  1. (P.). 
voir  ch.  XLV,  1.  61  :  «  comme  en  cas  pareil  9.  Néologisme.   R.  empruntait   sans  doute 


3  32  LE   TIERS    LIVRE 

gens   mariez,    qui   ont    sanxi  '°  et  preste    obéissance    à   telles   tant 

40  malignes  et  barbaricques  loigs,  et  ne  voyent  (ce  que  plus  clair  est 
que  lestoille  matute)  "  comment  telles  sanxions  connubiales  toutes 
sont  à  l'adventaige  de  leurs  mystes  '\  nul  au  bien  et  proufict  des 
mariez,  qui  est  cause  suffisante  pour  les  rendre  suspectes  comme 
iniques  et  fraudulentes. 

45  «  Par  reciprocque  témérité  pourroient  ilz  loigs  establir  à  leurs 
mystes  sus  le  faict  de  leurs  cérémonies  et  sacrifices,  attendu  que  leurs 
biens  ilz  déciment  et  roignent  du  guaing  provenent  de  leurs 
labeurs  et  sueur  de  leurs  mains,  pour  en  abondance  les  nourrir  et 
entretenir,  et  ne  seroient  (scelon   mon  jugement)  tant  perverses   et 

50  impertinentes  comme  celles   sont  les  quelles  d'eulx  ilz  ont  receup. 

Car  (comme  tresbien  avez  dict)  loy  on  monde  n'estoit  qui  es  enfans 

liberté  de  soy  marier  donnast  sans  le  sceu,  l'adveu  et  consentement 

de  leurs  pères. 

«  Moyenantes  les  loigs  dont  je  vous  parle,  n'est  ruffien,  forfant, 

55  scélérat,  pendart,  puant,  punais  '',  ladre  ''^,  briguant,  voleur,  meschant, 
en  leurs  contrées,  qui  violentement  ne  ravisse  quelque  fille  il 
vouldra  choisir,  tant  soit  noble,  belle,  riche,  honneste,  pudicque 
que  sçauriez  dire,  de  la  maison  de  son  père,  d'entre  les  bras  de  sa 
mère,  maulgré  tous  ses  parens,  si  le  ruffien  se  y  ha  une  foys  associé 

éo  quelque  myste,  qui  quelque  jour  participera  de  la  praye  'K  Feroient 

Ligne  40.  E  :  loix  —  1.  ^^ i.  E  :  Matutine  —  F  :  sanxi  —  1.  42.  E  :  advantaige  —  A, 
E  :  nulle  —  E  :  profid  —  1.  43-44.  A,  E  :  suspectes  et  iniques  —  l.  44.  A,  E  :  et  frau- 
dulentes manque  —  1-45.  E  :  réciproque  —  E  :  pourroyent  —  E  :  loix  —  1.  47.  E  : 
provenant  —  1.  48-49,  :  A,  E  :  et  en  aise  les  entretenir  —  1.  49-  E  :  seroyent  {selon  — 
1.  50.  E  :  receu  —  1.  51.  E  :  au  monde  —  1.  54.  A  :  Moyenants  ;  E  :  Moyennant  —  E  : 
loix  —  1.  55.  A,  E  :  brigant  —  E  :  volleur  —  1.  56.  E  :  quelle  fille  —  I.  57.  A  : 
honeste  —  1.  59.  E  :  s'il  ha  —  1.  éo.  E  :  proye.  Feroyent 

cette  expression  à  Érasme,  Adages,  I,  20,  45  :  mot  dans  le  sens  général  de  prêtre.  (Sainéan, 

Diametro  distant.  R.E.R.,  VI,  238.  t.  II,  p.  53.) 

10.  Néologisme.  Sanctionné;  du  lat.  san-  13.  Punais,  se  dit  des  personnes  à  l'haleine 
cire,  même  sens.  puante,  et  surtout  par  ozène.  «  Punais  à  cause 

1 1 .  Matinale.  Néologisme  ;  du  lat.  matuta,  que  les  malades  ont  une  haleine  qui  put  comme 
nom  de  la  déesse  de  l'aurore.  (P.)  punaises  »,  dit  A.  Paré,  Œuvres,  1.  I,  ch.  24. 

12.  Néologisme  ;  du  grec  [J.JciTTfç,  propre-  14.  Lépreux.  (D.) 

ment   :  initié  aux  mystères.    R.  emploie  ce  15.  Proie.   La  validité   des  mariages   con- 


CHAPITRE    XLVIIl 


533 


pis  et  acte  plus  cruel  les  Gothz,  les  Scythes,  les  Massagettes  en  place 
ennemie,  par  long  temps  assiégée,  à  grands  frays  oppugnée  '^,  prinse 
par  force  ? 

«  Et  voyent  les  dolens  pères  et  mères  hors  leurs  maisons  enlever 

65  et  tirer  par  un  incongneu,  estrangier,  barbare,  mastin  tout  pourry, 
chancreux  ^\  cadavéreux,  paouvre,  malheureux  leurs  tant  belles, 
délicates,  riches  et  saines  filles,  les  quelles  tant  chèrement  avoient 
nourriez  en  tout  exercice  vertueux,  avoient  disciplinées  en  toute 
honesteté,  esperans  en  temps   oportun  les  colloquer  '^  par  mariage 

70  avecques  les  enfans  de  leurs  voisins  et  antiques  amis,  nourriz  et 
instituez  de  mesmes  soing,  pour  parvenir  à  ceste  félicité  de  mariage, 
que  d'eulx  ilz  veissent  naistre  lignaige  raportant  et  haereditant  non 
moins  aux  meurs  de  leurs  pères  et  mères  que  à  leurs  biens  meubles 
et  haeritaiges.  Quel  spectacle  pensez  vous  que  ce  leurs  soit  ? 


Ligne  éi.  E  :  Goti  —  A,  E  :  Massagetes  —  1.  62.  F  :  assiégé  —  1.  GG.  E  ' 
paoure  —  1.  67.  E  :  avoyent  —  1.  68.  E  :  nourries  —  A,  E  :  toute  exercice  — 
E  :  avoyent  —  1.  70.  E  :  avec  —  E  :  voysins  et  anticques  amys  nourris  —  I.  72.  E  : 
lignage  rapportant  —  E  :  hereditant  —  1.  73.  E  :  qu'a  —  1.  74.  E  :  heritaiges  —  E  : 
leur 


tractés  sans  l'aveu  des  parents  était  une  des 
conséquences  de  la  théorie  canonique  du 
mariage.  «  Les  prêtres,  dit  Calvin,  loc.  cit.,  ont 
ordonné  loix  pour  confirmer  leur  tyrannye, 
mais  lesquelles  sont  en  partie  meschantes 
contre  Dieu,  en  partie  injustes  contre  les 
hommes,  comme  sont  celles  qui  s'ensuyvent  : 
que  les  mariages  faictz  entre  jeunes  personnes, 
qui  sont  soubz  la  puissance  de  leurs  parents, 
sans  le  consentement  de  leurs  dicts  parens, 
demeurent  fermes  et  immuables.  »  Voir  dans  la 
R.  XFJe  s.,  II,  144,  le  récit  de  deux  mariages 
clandestins,  perpétrés  avec  la  complicité  de 
deux  prêtres,  en  juin  1545,  et  dont  le  Parle- 
ment de  Chambéry  dut  reconnaître  la  validité. 
(P.) 


16.  Assaillie.  Néologisme,  du  lat.  oppu^nata, 
même  sens, 

17.  Le  nom  de  chancre  est  actuellement 
réservé  soit  à  l'exulcération  syphilitique  pri- 
maire, soit  au  chancre  mou.  Au  xvie  siècle,  se 
dit  de  toute  tumeur  maligne,  et  en  particulier 
de  nature  ou  d'apparence  cancéreuse:  «  Chancre 
est  une  tumeur  dure,  inégale,  raboteuse,  de 
figure  ronde,  immobile,  de  couleur  cendrée 
ou  livide,  environnée  de  plusieurs  veines  pleines 
de  sang  mélancholique,  apparentes  et  tortues, 
en  manière  des  pieds  d'un  poisson  appelé 
chancre  [crabe]  ».  A.  Paré,  Œuvres,  1.  VII, 
des  Tumeurs  en  général,  ch.  27.  (D.) 

18.  Etablir.  Le  mot  lat.  coUocare  s'emploie 
en  parlant  du  père  qui  marie  sa  fille.  (P.) 


334  LE  TIERS   LIVRE 

75  «  Ne  croyez  que  plus  énorme  feust  la  désolation  du  peuple  romain 
et  ses  confœderez  entendens  le  décès  de  Germanicus  Drusus  '', 

«  Ne  croyez  que  plus  pitoyable  feust  le  desconfort  des  Lacedasmo- 
niens,  quand  de  leurs  pays  veirent  par  l'adultère  Troian  furtivement 
enlevée  Hélène  grecque  ^°. 

80       c(  Ne   croyez   leur  dueil  et  lamentations  estre  moindres   que    de 

Gères,  quand  luy  feust  ravie  Proserpine  sa  fille  ^\  que  de  Isis  à  la  perte 

de  Osyris  ",  de  Venus  à  la  mort  de  Adonis  ^^  de  Hercules  à  l'esgua- 

rement  de  Hylas  ^'^,  de  Hecuba  à  la  substraction  de  Polyxene  ^K 

«  Hz,  toutesfois,  tant  sont  de  craincte  du  dasmon  et  superstitiosité 

85  espris,  que  contredire  ilz  n'ausent,  puis  que  le  taulpetier  y  a  esté 
praesent  et  contractant,  et  restent  en  leurs  maisons  privez  de  leurs 
filles  tant  aimées,  le  père  mauldissant  le  jour  et  heure  de  ses 
nopces,  la  mère  regrettant  que  n'estoit  avortée  en  tel  tant  triste  et 
malheureux  enfantement,  et  en  pleurs  et  lamentations  finent  ^^  leur 

90  vie,  laquelle  estoit  de  raison  finir  en  joye  et  bon  tractement  de 
icelles. 

«  Aultres  tant  ont  esté  ecstaticques  ^^  et  comme  maniacques  *'  que 

Ligne  75.  E:fust  —  1.  j 6.  E  :  confédéral entendans — 1.  77.  E  :  fust  —  E  :  deconfort  — 
E  :  Lacedemoniens  —  1.  78.  A,  E  :  leur  —  E  :  Troyan  —  1.  79.  E  :  eslevée  —  1.  81. 
E  :  fust  —  1,  82.  E  :  esgarement  —  1.  83.  E  :  soubstraction  —  1.  84.  E  :  Ils  —  A,  E  : 
toutesfoys  —  E  :  Démon  —  1.  85.  E  :  n  osent  —  A  :  puys  —  A,  Ë  ;  puis  que  le  mysie 
—  E  :  ha  —  1.  86.  E  :  présent  —  1.  87.  E  :  aymées  —  I.  89.  F  :  leurs  —  1.  90-91. 
E  :  traidement  d'icelles —  1.  92.  E  :  Autres  —  E  :  estaticques  —  E  :  maniacques 

19.  D'après  Tacite,  Annales,  II,  72,  82.  sion  :  extase  au  sens  actuel  du  mot.    Cf.  ci- 

20.  Raconté  dans  V Iliade,  III,  46  et  suiv.  dessus,  ch.  xxxviii,  note  31.  (D.) 

21.  Voir  Ovide,  Métamorphoses,  V,  509  et  28.  Maniaque:  de  [Aavîa,  mot  qui  désigne  plus 
suiv.  particulièrement  les  formes  exaltées  et  furieuses 

22.  Voir  Plutarque,  D'/jîVei  Oi/m,  ch.  XIV,  de  la  folie.  Les  écrits  hippocratiques  ne  lui 
356D.  donnent  pas    un   sens  très    précis.  Celse   (i« 

23.  Voir  Ovide,  Métamorphoses,  X,  717  et  Sympt.  causis,  1.  III,  ch.  7)  dit  :  «  Quae  qui- 
suiv.  dem  cum  febri  sunt,  phrenitides  ;   quse  sine 

24.  Voir  Théocrite,  xiii,  v.  55  et  suiv.  febri  sunt,   insanise,  grcecè  maniae.  »  Arétée 

25.  Voir  Euripide,   Hécube,  v.  391  et  suiv.  caractérise  la  manie  par  l'agitation,  la  violence 

26.  Finissent.  Archaïsme.  et  la  fureur.  On  voit  que  l'acception  moderne 

27.  Extatique  :  de  'éxaiâaiç  ;  signifie  pro-  et  vulgaire  de  ce  mot  (habitude  bizarre,  goût 
prement  hors  de  soi,  hors  de  sens  ;  par  exten-  excessif  et  exclusif)  est  tout  autre.  (D.) 


CHAPITRE   XLVIII  33c 

eulx  mesmes  de  dueil  et  regret  se  sont  noyez,  penduz,  tuez,  impa- 
tiens de  telle  indignité. 
95  «  Aultres  ont  eu  l'esprit  plus  heroïcque,  et,  à  l'exemple  des  enfans 
de  Jacob  vengeans  le  rapt  de  Dina,  leur  sœur^^  ont  trouvé  le  rulTien 
associé  de  son  taulpetier  clandestinement  parlementans  et  subornans 
leurs  filles,  les  ont  sus  l'instant  mis  en  pièces  et  occis  felonnement, 
leurs  corps  après  jectans  es  loups  et  corbeaux  parmy  les  champs  ;  au 

100  quel  acte,  tant  viril  et  chevalereux,  ont  les  symmystes  '"  taulpetiers 
fremy  et  lamenté  misérablement,  ont  formé  complainctes  horribles, 
et  en  toute  importunité  requis  et  imploré  le  bras  séculier  et  justice 
politicque,  instans  ''  fièrement  et  contendens  ''  estre  de  tel  cas  faicte 
exemplaire  punition. 

105  a  Mais  ne  en  aequité  naturelle,  ne  en  droict  des  gens,  ne  en  loy 
impériale  quelconques,  n'a  esté  trouvée  rubricque,  paragraphe,  poinct 
ne  tiltre  par  lequel  fut  poine  ou  torture  à  tel  faict  interminée  ''  : 
raison  obsistante  ''*,  nature  répugnante  ;  car  homme  vertueux  on 
monde  n'est,  qui  naturellement  et  par  raison  plus  ne  soit  en  son  sens 

iio  perturbé,  oyant  les  nouvelles  du  rapt,  diffame  et  deshonneur  de  sa 
fille,  que  de  sa  mort.  Ores  est  qu'un  chascun,  trouvant  le  meurtrier 
sus  le  faict  de  homicide  en  la  persone  de  sa  fille  iniquement  et  de 
guet  à  pens,  le  peut  par  raison,  le  doibt  par  nature  occire  sus  l'instant 


Ligne  95.  E  :  Autres  —  1.  97.  A,  E  :  de  son  myste  —  1.  98.  E  :  felonneusement  —  1. 
105.  E  :  n'en  équité  —  E  :  nen  droict  —  E  :  n'en  loy  — 1.  106.  A  :  queconques  —  E  :  ha 
—  1.  107.  A  :  feust  ;  E  :  fust  —  E  :  peine  —  1.  108.  A,  E  :  ohsistant  —  A,  E  :  répu- 
gnant —  E  :  au  monde —  I.  109.  A  :  soyt  —  I.  112.E  :  d'homicide  —  A,  E  :  personne 

29.  Allusion  à  un  épisode  raconté  dans  la  certains  écrivains  du  temps  (Alciat,  Epist. 
Genèse,  XXXIV  :  Dina,  fille  de  Jacob,  fut  contra  vitant  monasticam),  on  trouve  le  mot 
enlevée  et  violée  par  Sichem,  fils  d'Hémor,  symmisia,  appliqué  aux  frères  d'un  même 
qui  la  demanda  en  mariage.   Les  enfants  de  ordre  religieux. 

Jacob    exigèrent  d'abord   qu'il  se   fît  circon-  3 1.  Pressant. Latinisme,  d'/«5/(?«5,  même  sens, 

cire  lui   et  tout    son  peuple  ;  puis,  quand  il  32.  Prétendant.    Latinisme,   de    contendens, 

eut  accepté,  ils  égorgèrent  tous  les  Sichimites  même  sens, 

et  reprirent  Dina.  Jacob  les  désapprouva.  (P.)  33.  Prescrite.  Cf.  ch.  iv,  1.  100. 

30.  Néologisme  ;  du  grec  CTUfiuLuatr,;,  initié  34-  S'opposant.  Latinisme,  de  obsistens, 
avec  les  autres,  collègue  en  sacerdoce.   Chez  même  sens. 


3  36  LE   TIERS    LIVRE 

et  n'en  sera  par  justice  appréhendé.  Merveilles  doncques  n'est  si,  trou- 
ais vant  le  ruffien,  à  la  promotion  du  taulpetier,  sa  fille  subornant  et 
hors  sa  maison  ravissant,  quoy  qu'elle  en  feust  consentente,  les  peut, 
les  doibt  à  mort  ignominieusement  mettre  et  leurs  corps  jecter  en 
direption  ''  des  bestes  brutes,  comme  indignes  de  recepvoir  le  doulx, 
le  desyré,  le  dernier  embrassement  de  l'aime  et  grande  mère,  la 
120  Terre,  lequel  nous  appelions  sépulture  '^ 

«  Filz   trescher,   après   mon   decés,    guardez   que    telles    loigs    ne 

soient  en  cestuy  royaulme  receues  '^  ;  tant  que  seray  en  ce  corps 

spirant  '^  et  vivent,  je  y  donneray  ordre  tresbon,  avec  l'ayde  de  mon 

Dieu.  Puis  doncque  que  de  vostre  mariage  sus  moy  vous  déportez, 

125  j'en  suis  d'opinion;  je  y  pourvoiray. 

«  Aprestez  vous  au  voyage  de  Panurge.  Prenez  avecques  vous  Epis- 
temon,  frère  Jan  et  aultres  que  choisirez.  De  mes  thesaurs  faictez  à 
vostre  plein  arbitre  ;  tout  ce  que  ferez  ne  pourra  ne  me  plaire.  En 
mon  arcenac  "  de  Thalasse  ^°  prenez  equippage  tel  que  vouldrez,  telz 

Ligne  115.  A,  E  :  promotion  du  myste  —  1.  né.  E  :  fust  —  1.  117.  E  :  ignominieuse 
—  1.  119.  E  :  désiré  — 1.  121.  E  :  gardei  — E  :  loix  —  1.  122.  A  :  recxeues  —  1.  123. 
A,  E  :  vivant  —  E  :  j'y  —  1.  124.  A  :  Puys  —  A,  E  :  doncques  —  1.  125.  A  :  suys  — 
E  :  de  opinion  —  E  :  pourvoyeray  —  1.  12e.  E  ;  avec  —  1.  127.  E  :  Jean  et  autres  — 
E  :  choysirei  —  E  :  thesors  faictes  —  1.  128.  E  :  pourra  me  desplaire 

35.  Déchirement.  Latinisme,  de  direptio,  et  ayde  pour  la  consommation  »  de  ces  ma- 
même  sens.  riages.  (Isambert,  XIU,   469).    De   nouvelles 

36.  R.  semble  se  souvenir  ici  d'un  passage  ordonnances  furent  promulguées  sur  la  même 
de  Pline  {Hist.  Kat.,  II,  65)  dans  lequel  la  question  en  1560,  à  Orléans,  et  en  1579  ^ 
terre  est  décrite  comme  particulièrement  ma-  Blois.  Le  concile  de  Trente,  dans  sa  vingt- 
temelle,  lorsqu'à  la  mort  de  l'homme,  elle  le  quatrième  session  (1563),  se  prononça  contre 
reçoit  dans  son  sein  :  «  novissime  complexa  les  mariages  contractés  «  sine  parentum  con- 
gretnio  jam  a  reliqua  natura    abdicatos,    tutn  sensu.  »  (P.) 

maxime  ut  mater  operiens.  »  (P.)  38.  Animé.    Latinisme,  de   spirans,   même 

37.  Elles  étaient  reçues  en  France.  Mais  sens.  Cf.  Tite  Live,  XL,  8  :  «  vivo  et  spirante 
les  rois  essayaient  d'en  corriger  les   abus  et       me.  » 

R.  s'associe  dans  ce  chapitre  à  leur  politique.  39.  Arsenal.  Forme  antérieure   à  R.  (Sai- 

En    1556,    Henri   II    autorisa    les    parents  à  néan,  t.  II,  p.  315). 

«  exhéréder  »  les  enfants  qui  se  seraient  ma-  40.  Du  grec  ÔaXaaaa,  mer.  R.  précisera  au 

ries  clandestinement  (avant  la  trentième  année  ch.  suivant  la  situation  de  ce  port  «  près  Sam- 

pour  les  garçons  et  la  vingt-cinquième,  pour  malo.  »  Sur  l'identification  de  ce  port  avec  le 

les  filles)  sans  leur  aveu  et  prescrivit  aux  juges  Tallart,  sur  le  territoire  de  Saint-Malo,  voir 

de  poursuivre  ceux  «qui  auroient  donné  conseil  A.  Lefranc,  Navig.  de  Pantagruel,  p.  39.  (P.) 


CHAPITRE    XLVIII  ,,y 


130  pillotz  ^',  nauchiers^%  truschemens  ''  que  vouldrez,  et  à  vent  oportun 
faictez  voile,  on  nom  et  protection  du  Dieu  servateur. 

«  Pendent  votre  absence,  je  feray  les  apprestz  et  d'une  femme  vostre 
et  d'un  festin,  que  je  veulx  à  vos  nopces  faire  célèbre  si  oncques  en 
feut.  » 


Ligne    130.  E  :    truschement  —  1.  151.  E  :  faide  vaille,  au  nom   —  1.   132.  E  : 
Pendant  vostre  —  1.  133.  E  :  célébrer  —  1,  134.  E  :  fut 

41.  Pilote.  De  l'italien /)z7o/o,  même  sens.  43.    Interprètes,    de    l'italien    turcimanno, 

42.  Nocher,  patron  de  petit  bâtiment  ;  de  même  sens.  Le  mot  était  entré  anciennement, 
Vix&Wen  nocchiere,  même  sens.  {R.E.  i?.,  VIII,  sous  cette  forme,  dans  la  langue  {R  E   R 
51.)  VIII,  54.) 


LE   TIERS   LIVRE. 


45 


Comment  Pantagruel  feist  ses  aprest^  pour  monter    sus  mer,  et   de 
ïherhe  nommée  Pantagruelion. 

Chapitre   XLIX. 

Peu  de  jours  après,  Pantagruel,  avoir  prins  congié  du  bon 
5  Gargantua,  luy  bien  priant  pour  le  voyage  de  son  filz,  arriva  au  port 
de  Thalasse,  près  Sammalo  \  acompaigné  de  Panurge,  Epistemon, 
frère  Jan  des  Entommeures,  abbé  de  Theleme,  et  aultres  de  la  noble 
maison  ^  notamment  de  Xenomanes  \  le  grand  voyagier  et  traverseur 
des  voyes  périlleuses,  lequel  estoit  venu  au  mandement  de  Panurge 

10  par  ce  qu'il  tenoit  je  ne  sçay  quoy  en  arrière  fief  de  la  chastellenie 
de  Salmiguondin. 

Là  arrivez,  Pantagruel  dressa  equippage  de  navires,  à  nombre  de 
celles  ^  que  Ajax  de  Salamine  avoit  jadis  menées  en  convoy  des 
Gregoys  à  Troie  K  Nauchiers,  pilotz,  hespaliers  ^,  truschemens,  arti- 

15  sans,  gens  de  guerre,  vivres,  artillerie,  munitions,  robbes,  deniers  et 
aultres  bardes  print  et  chargea,  comme  estoit  besoing  pour  long  et 
hasardeux  voyage.  Entre  aultres  choses,  je  veids  qu'il  feist  charger 
grande  foison  de  son  herbe  Pantagruelion  ',  tant  verde  et  crude  que 
conficte  et  prasparée. 


Ligne  i.  E  :  appresti  —  1.  3.  A  :  46  ;  E  :  XLVI  —  1.  7.  E  :  Jean  —  E  ;  autres  — 
1.  8.  A,  E  :  voyageur  —  1.  11.  A.  E  :  Salmigondin  —  1.  13.  E  :  celle  —  1.  14.  E  : 
Gregeoys  à  Troye  —  E  :  pilloti  —  1.  15.  E  :  artilleries  —  1.  lé.  E  :  autres  —  E  : 
pour  leur  long  —  1.  17.  A,  E  :  hasardeux  —  E  :  autres  —  E  :  vy  —  1.  19.  E  :  préparée 

1.  Saint-Malo,  chef-1.  arr.  (Ille-et- Vilaine).  6.  Ce  mot  (en  provençal,  espaîic)  désignait 

2.  De  la  maison  de  Pantagruel.  le  premier  rameur  d'un  banc,  dans  une  galère 

3.  Cf.  ch.  XLViii,  n.  9.  (Sainéan,  t.  I,  p.  113). 

4.  R.  donne  au  mot  navire,  comme  beau-  7.  C'est  le  chanvre  (Camiahis  sativa  L.) 
coup  d'auteurs  du  xvi^  s.,  le  genre  féminin,  que  R.  va  décrire  sous  le  nom  de  Pania^rMé/ion. 
qui  était  celui  de  navis,  en  latin.  (P.)  L'idée  et  le  plan  même  de  cette  description  du 

5.  C'est-à-dire  douze,  d'après  Homère,  chanvre  lui  ont  été  suggérés  par  celle  que 
Iliade,  H,  557.  Pline  adonnée  du  lin  au  début  du  1.  XIX  de 


CHAPITRE    XLIX 


339 


20 


L'herbe  Pantagruelion  a  racine  petite,  durette,  rondelette,  finante  * 
en  poincte  obtuse,  blanche,  à  peu  de  fillamens,  et  ne  profonde  en 
terre  plus  d'une  coubtée^.  De  la  racine  procède  un  tige  unicque,  rond, 
ferulacée  '°,  verd  au  dehors,  blanchissant  au  dedans,  concave  ''  comme 
le  tige  de  smyrniim  '*,  olusatrum,  febves  '^  et  gentiane,  ligneux,  droict, 

25  friable,  crénelé  quelque  peu  à  forme  de  columnes  legierement  striées, 
plein  de  fibres,  es  quelles  consiste  toute  la  dignité  de  l'herbe  '^ 
mesmement  en  la  partie  dicte  mesa,  comme  moyene,  et  celle  qui  est 
dicte  mylasea. 

Haulteur  d'icelluy  communément  est  de  cinq  à  six  pieds  ;  aulcunes 

30  foys  excède  la  haulteur  d'une  lance,  sçavoir  est  quand  il  rencontre 
terrouoir  doulx,  uligineux  '\  legier,  humide  sans  froydure,  comme 
est  Olone  '^  et  celluy  de   Rosea,  près  Praeneste  en  Sabinie  '\  et  que 


Ligne  20.  E  :  ha  —  \.  21.  E  j:  nest  profonde  —   1.   22.  A   :  couhdée  ;  E  :  couddée 

—  1.  25.  E  :  colomne  —  1.  26,  E  :  striée  —  I.  27,  A  :  moyenne  —  1.  28,  E  :  Mylaseau 

—  1.  29.  E  :  La  haulteur  —  E  :  aucunes  —  1.  31.  A,  E  :  terrouir  —  E  :  froydures  — 
1.  32.  E  :  P  renés  te 


son  Hist.  nat.  V.     Plattard,    L'Œuvre  de  R., 
p.  154-162. 

8.  Finissante.  Archaïsme. 

9.  Coudée.  Archaïsme. 

10.  Semblable  à  la  tige  fistuleuse  de  la 
férule  qui  est,  d'après  Fée,  Ferula  commiinis, 
L.  (Ombellifère).  Le  caractère  de  la  férule, 
dit  Pline,  est  d'être  divisée  en  tiges  partagées 
par  des  nœuds  :  geniailatis  nodata  scapis 
(H.  N.,  XIII,  42).  Cette  tige  est  grosse,  fon- 
gueuse, creusée  d'un  canal  médullaire, 
[medulla]  carnosa...  ferulx,  dit  Théophraste, 
1.  I,  ch.  9,  assez  solide  pour  servir  de  bâton, 
et  néanmoins  assez  légère,  pour  ne  pas  blesser 
ceux  qu'elle  frappe.  Pline,  H.  N.,  XIX,  56, 
range  le  chanvre,  avec  la  thapsie  et  le  fenouil, 
parmi  les  plantes  férulacées.  (D.) 

11.  Creuse.  La  tige  du  chanvre  est  en  effet 
fistuleuse.  (D.) 

12.  Ne  faut-il  point  réunir  ces  deux  mots 


en  un  seul,  Smyrnium  olusatrum  ?  Le  maceron, 
Smyrnium  olusatrum  L.,  est  une  ombellifère, 
jadis  utilisée  en  matière  médicale.  Il  se  peut 
cependant  que  R.  ait  distingué  deux  espèces, 
car  on  trouve  en  France  deux  autres  espèces 
de  Smyrnium.  U olusatrum  de  Pline,  ou  hip- 
poselinon  ou  smyrnion  est  le  S.  olusatrum  L. 
Cf.  Pline,  XIX,  48  ;  XX,  46  ;  XXVII,  109. 
(D.) 

13.  Fève,  Faha  vulgaris  Mœnch.,  Papi- 
lionacée.  (D.) 

14.  «  Improbatur  cortici  proximum  aut  me- 
duUae;  laudatissima  est  e  medio,  quae  mesa  vo- 
catur  ;  secunda  Mylasea.  »  Pline,  H.  N.,  XIX, 
56.  (D.) 

15.  Humide.  Néologisme,  du  lat.  uliginosus, 
même  sens.  (P.) 

16.  Olonne.  Aujourd'hui  les  Sables  d'O- 
lonne,  ch.-l.  arr.  (Vendée). 

17.  D'après  Pline,  XIX,  56. 


340 


LE   TIERS    LIVRE 


pluye  ne    luy  deffault  environ  les  feries  des  pescheurs  '^  et  solstice 

sestival,  et  surpasse  la  haulteur  des  arbres,  comme  vous  dictez  dendro- 
35   malache  par  l'authorité  de  Theophraste  '^  quo}^  que   herbe  soit  par 

chascun  an    dépérissante,   non  arbre  en  racine,    tronc,  caudice  ^°  et 

rameaux  perdurante,  et  du  tige  sortent  gros  et  fors  rameaux. 

Les  feueilles^'  a  longues  trois  foys  plus  que  larges,  verdes  tous  jours, 

asprettes  comme  l'orcanette  ",  durettes,  incisées  au  tour  comme  une 
40  faulcille   et   comme   la   betoine  ^',   finisantes   en  poinctes  de   sarisse 

macedonicque  et  comme   une   lancette   dont  usent  les  chirurgiens. 
La   figure  d'icelle   peu  est   différente  des  feueilles   de  fresne  *•♦  et 

aigremoine^5  qx  tant  semblable  à  eupatoire  ""^  que  plusieurs  herbiers. 


Ligne  33.  A  :  pluie  —  E  :  default  —  1.  34.  E  :  estival  —  E  :  dictes  —  1.  34-55.  E  : 
d' Andromalache —  1.  35.  A  :  soyt  —  1.  36.  A,  E  :  dépérissant  —  1.  37.  E  :  rameaulx 
pardurante — E  :  fors  rameaulx  —  1.  38.  E  :  fueilles  ha  —  A,  E  :  troys  —  1.  40.  E  : 
hretoine  —  E  :  finissantes  —  A  :  larysse;  E  :  larice  —  1.  42.  A  :  icelles  —  E  :  jueilles  — 
1.  43.  E  :  aigremoinne 


18.  Les  fêtes  des  pêcheurs  du  Tibre  se  célé- 
braient, d'après  Ovide,  Fastes,  VI,  235-240, 
le  7  juin,  au  Champ-de-Mars.  (P.) 

19.  Theophraste  (Hist.  pi.,  1.  X,  ch.  5) 
décrit  une  [laXccy^t)  0;:o8ev5poj[jL£vif]  qui  serait, 
d'après  Fraas,  notre  Lavatera  arhorea  L. 
(Malvacée).  C'est  la  même  sans  doute  que  cite 
Pline  :  «  Tradunt  auctores  in  Arabia  malvas 
septimo  mense  arborescere,  baculorumque 
usum  praebere  extemplo  ».  (XIX,  22.)  —  Mais 
R.  l'a  sans  doute  confondue  avec  la  0£v- 
8po[j.aXa-/r,  des  Géoponiques  (XV,  5,  5), 
àvaSsvSpoaaXayr]  de  Galien  (Meth.  vied., 
1.  XIV,  ch.  5),  qui  serait,  d'après  Sainéan 
{H.  N.  R.,  p.  104),  VAlthxa  rosea  Cav.  (D.) 

20.  Pédoncule.  Néologisme,  du  lat.  caudex, 
même  sens. 

21.  R.,  dans  ce  long  passage  sur  les  ana- 
logies foliaires  du  chanvre,  use  surtout  de  la 
comparaison,  procédé  cher  aux  botanistes  de 
l'époque,  qui  classaient  les  végétaux  moins 
par  analyse  exacte  et  rapprochements  anato- 


miques  que  par  analogie  morphologique  ou 
onomastique.  (D.) 

22.  Nom  donné  communément  à  deux 
Borraginées  tinctoriales  du  midi  :  Onostna 
echiotdes  L.  et  Anchusa  tinctoria  L.  ;  celle-ci 
est  V anchusa  de  Pline  (XXII,  23).  Toutes  deux 
ont  les  feuilles  hérissées  de  poils  rudes.  (D.) 

23.  Mauvaise  comparaison  :  qu'il  s'agisse 
ici  de  Betonica  officinalis  L.,  (la  plus  réputée 
dans  l'ancienne  thérapeutique),  ou  de  B. 
alopecuros  L. .  comme  le  pense  M.  Sainéan 
(H.N.R.,  p.  104)  ;  bétoine  a  des  feuilles  cré- 
nelées, tandis  que  les  folioles  du  chanvre  sont 
dentées.  (D.) 

24.  Le  Frêne,  Fraxhius  excelsior  L.  (Olé- 
acée),  a  des  feuilles  composées,  à  folioles 
ovales  lancéolées,  dentées.  (D.) 

25.  L'aigremoine,  Agrimonia  eupatoria  L. 
(Rosacée)  a  des  feuilles  composées,  pinnées,  à 
folioles  lancéolées,  dentées.  (D.) 

26.  L'eupatoire  d'Avicennc,  Eupatoriuni  can- 
nabinum  L.,  (Composée),    a  des  feuilles  cora- 


CHAPITRE    XLIX  3_jl 

l'ayant    dicte   domesticque,    ont   dict   eupatoire  estre   Pantagruelion 
45   saulvaginé,  et  sont  par  rancs  en  eguale  distance  esparses  au  tour  du 
tige  en  rotondité,  par  nombre,  en  chascun  ordre,  ou  de  cinq   ou  de 
sept.  Tant  l'a  chérie  Nature  qu'elle  l'a  douée  en   ses  feueilles  de  ces 
deux  nombres  impars,  tant  divins  et  mystérieux^'.  L'odeur  d'icelles 
est  fort  *^  et  peu  plaisant  aux  nez  delicatz. 
50       La  semence    provient    vers  le  chef  du    tige  et  peu  au  dessoubs. 
Elle    est    numereuse     autant    que    d'herbe    qui    soit,     sphœricque, 
oblongue,  rhomboïde,  noire  claire  et  comme  tannée,  durette,  couverte 
de  robbe  fragile,  délicieuse  à  tous  oyseaulx  canores  '',  comme  linottes  '°, 
chardriers  '',  alouettes,  serins  '%  tarins  "  et  aultres,  mais  estainct  en 
55   l'homme  la  semence  generative,  qui  en  mangeroit  beaucoup  et  sou- 
vent''*; et,  quoy  que  jadis  entre  les  Grecs  d'icelle  l'on  feist  certaines 
espèces  de  fricassées,  tartres    et  beuignets,  les  quelz  ilz  mangeoient 


Ligne  45.  E  :  rencs  —  E  :  esgale  —  1.  47.  A,  E,  F  :  la  chérie  —  1.  50-51.  A,  E  : 
provient...  dessoubs.  Elle  manque  — 1  51.  E  :  sphericque  —  1.  53.  A  :  fragille  —  E  : 
linotes —  1.  54.  E  :  autres  —  1.  55.  A  :  mangeroyt  —  1.  55-62.  A  :  beaulcoup  et 
souvent.  Et  provient  vers  le  chef  du  tige  et  peu  au  dessoubs.  Et  comme  en  plusieurs  ;  E  : 
beaucoup  et  souvent.  Et  prouvient  vers  le  chef  du  tige  et  peu  au  dessoub^.  Et  iomme  en  plusieurs 

posées,  à  3-5  lobes  lancéolés-acuminés,  dentés,  31.  Chardricr,  nom  donné  en  Guyenne  et 

assez  semblables  à'celles  du'chanvre.  (D.)  en   Poitou  au   Chardonneret    (Cardiœlis  car- 

27.  Les  feuilles  du    chanvre  sont  compo        dtielis  L.).  (D.) 

sées  de  5  à  7  folioles.  R.  fait  ici  allusion  à  la  32.  Le    Cini  ou   Serin  vert  de  Provence, 

théorie  des  nombres  :  l'importance  des  jours  Fringilla  serinus  L.,. granivore. 
critiques  impairs  avait   été   signalée  par  Hip-  33.  Fringilla  (Spinits)  spinus  (L.).  (D.) 

pocrate  ;  et  le  nombre  7,  sur  lequel  Cornélius  34.  Le   chanvre    indien    (Cannabis    sativa, 

Agrippa  a  amplement  disserté,  marquait   les  L.  var.  indica)  est  un  antispasmodique  encore 

années  climatériques,  et  bien  d'autres  choses  prescrit  contre  le  satyriasis  :  «  Semen    ejus 

encore.  Numéro  deiis   impare  gaudet,   écrivait  extinguere     genituram     virorum     dicitur.    » 

déjà  Virgile.  (D.)  Pline,    XX,    97.    —    Que    la    semence    du 

28.  R.  donne  à  ce  mot  le  genre  masc.  qu'a-  chanvre  soit  antiaphrodisiaque,  c'est  l'opinion 
vait  le  mot  latin  odor.  de  Dioscoride,  de  Pline,  de  Galien,  d'Oribase, 

29.  Mélodieux.  Néologisme,  du  latin  cano-  d'Aétius,  de  Paul  d'Egine.  Cependant,  Galien 
rus,  même  sens.  observe,  d'autre  part  {De  alim.  facult.,  L.  I, 

30.  La  linotte  (Fringilla  [Acanthis]  canna-  ch.  34),  que  d'aucuns  croquent  le  grain  de 
hina  L.)  pille  les  chenevières.  C'est  un  gra-  chanvre,  grillé  avec  d'autres  desserts,  pour 
nivore  redoutable.  s'exciter    à    la     volupté.  C'était    encore,    au 


342 


LE   TIERS    LIVRE 


après  soupper  par  friandise  et  pour  trouver  le  vin  meilleur,  si  est  ce 
qu'elle  est    de   difficile  concoction  ^K  offense    l'estomach,   engendre 
éo  mauvais  sang,  et  par  son  excessive  chaleur  ferist  le  cerveau  et  remplist 
la  teste  de  fascheuses  et  douloreuses  vapeurs. 

Et,  comme  en  plusieurs  plantes  sont  deux  sexes,  masle  et  femelle  '', 
ce  que  voyons  es  lauriers  ",  palmes  '^,  chesnes  ^^,  heouses  '^°,  aspho- 


xviie  S.,  une  opinion  courante  chez  les  Persans, 
au  rapport  d'Œlschlœger,  et  il  y  [a  moins  de 
50  ans,  d'après  Mattia  di  Martino,  les  paysans 
siciliens  employaient  le  chanvre  comme  talis- 
man amoureux.  Cf.  A.  Garrigues,  Où  Von  voit 
un  oubli  de  Rabelais  conduire  à  une  erreur  théra- 
peutique, Vox  medica,  no  4,  20  septembre  1928, 
p.  8-1 1.  (D.) 

35.  Il  s'agit  ici  de  la  première  concoction, 
ou  digestion  gastrique,  au  sens  où  l'entendent 
Aristote  et  Galien.  (D.) 

36.  On  a  attribué  à  tort  à  R.  le  mérite 
d'avoir  parlé  le  premier  de  la  sexualité  chez 
les  plantes.  Si  Aristote  écrit  que  les  végétaux 
mâles  ne  se  distinguent  point  des  végétaux 
femelles,  par  contre  Théophraste  écrit  :  «  Arbo- 
rum  universarum...  plures  sanè  differentiïe 
intelliguntur...  qua  foemina  masque  distin- 
guuntur  »  (Hist.  Plant.,  III,  9).  Et  Pline  parle 
couramment  d'espèces  mâles  et  femelles. 
Encore  faut-il  noter  que  ces  mots,  dans  la 
langue  des  anciens  botanistes,  ne  caracté- 
risent le  sexe  que  pour  les  plantes  dioïques 
(palmier,  figuier).  Autrement,  ils  désignent 
seulement  certaines  différences  morpholo- 
giques :  mas  signifie  généralement  fort, 
vigoureux,  ou  moins  fécond  ;  foemina,  faible; 
ou  plus  fécond.  Ces  mots  s'inspirent  encore 
de  la  similitude  de  certains  végétaux  avec  les 
organes  sexuels  animaux  ;  ou  enfin  ils  cons- 
tituent un  simple  expédient  de  nomenclature. 
Cf.  Saint-Lager,  Remarques  hist.  sur  les  mots 
plantes  mâles  et  plantes  femelles ,  Paris,  Baillière, 

1884,  48  p.  in-80.  —  R.  n'a  certainement 
pas   approfondi    cette    question,   encore   non 


résolue  de  son  temps.  Césalpin  nie  l'existence 
d'organes  sexuels  chez  les  plantes.  Clusius 
est  le  premier  à  soupçonner  leur  rôle. 

Si  R.  a  véritablement  voulu  parler  de  la 
sexualité  végétale,  la  liste  des  plantes  qu'il 
donne  comme  pourvues  de  sexes  distincts 
(dioïques)  n'est  pas  impeccable,  puisqu'elle 
range  à  côté  du  chanvre,  du  palmier,  du  téré- 
binthe  (dioïques)  le  chêne,  l'yeuse,  le  cyprès 
(monoïques),  le  laurier,  l'asphodèle,  la  man- 
dragore, l'aristoloche,  le  pouliot,  la  pivoine 
(hermaphrodites),  sans  compter  l'agaric  qui  a 
un  mode  de  reproduction  asexué  et  les  fou- 
gères, dont  la  génération  compliquée  ne  fut 
élucidée  qu'au  xixe  siècle  par  Lesczyc- 
Suminsky  et  Hofmeister.  (D.) 

37.  Le  G.  Laurus  a  des  fleurs  hermaphro- 
dites, et  qui  ne  sont  unisexuées  que  par  avor- 
tement.  (D.) 

38.  Palmiers.  Les  fleurs  sont  unisexuées 
dans  la  majorité  des  genres.  En  fait  de  pal- 
miers, Pline  a  surtout  décrit  le  dattier  (Phœiiix 
dactylifera  L.),  et  distingue  avec  raison  le  mas 
et  le  fvmina  (H.  N.,  XIII,  7),  le  dattier  étant, 
en  effet,  dioïque.  (D.) 

39.  Le  chêne  a  des  fleurs  mâles  et  femelles 
distinctes,  mais  portées  sur  le  même  pied 
(monœcie).  Pline,  qui  distingue  à  tort  un 
chêne  é  et  un  Ç,  écrit  :  «  In  querna,  alla 
[glans]  dulcior  molliorque  feminx:  ;  mari 
spissior  »,  XVI,  8.  (D.) 

40.  Yeuse,  Quercus  ilex  L.  Chêne  vert, 
eousé.  —  Heouse,  mot  provençal,  pour  yeuse. 
Bdon,  (Rein.,  1558,  p.  39),  dit  eouse.  Arbre 
monoïque,  à  fleurs  unisexuées  ;    «   Masculas 


CHAPITRE    XLIX 


343 


dele'^',  mandragore  ^% fougère'*',  agaric *'^,aristolochie'*^  cyprès  ■*\  tere- 
65  binthe  *^  pouliof^^  paeone  ^^  et  aultres,  aussi  en  ceste  herbey  a  masle, 


Ligne  64.  E  :   arist  ologie —  1.  65.  E  :  Peom  et  autres  —  A  :  aussy  —  E  :  ha 


ilices  negant  ferre  [glandes]  »,  dit  Pline,  XVI, 
8.  (D.) 

41.  Asphodeîus,  g.  de  Liliacées.  Celui  que 
décrit  Pline  (XXI,  68)  est  A.  ramosus  L. 
(D.) 

42.  Hermaphrodite,  comme  les  autres  So- 
lanées.  Les  vieux  auteurs  prétendaient  retrou- 
ver dans  la  bizarre  conformation  de  la  racine 
une  sorte  d'ébauche  humaine,  tantôt  mâle, 
tantôt  femelle.  (Cf.  H.  Leclerc,  La  mandra- 
gore, Presse  médicale,  n"    102,  23   décembre 

1922,  p.  21 38-2140,  et  J.  Avalon,  La  man- 
dragore, son  histoire,  sa  légende,  ^Esculape, 
13=  année,  no'  10  et  12,  octobre  et  décembre 

1923,  p.  223-227,  271-275.)  Pline  décrit 
2  esp.  de  Mandragore  :  «  Candidus  qui  est 
mas,  niger  qui  femina  existimatur.  »  (XXV, 
94.)  La  mandragore  femelle  de  Pline  est  pour 
Fée  Mandragora  autumnalis  Bert.,  la  mâle, 
M.  vernalis  Bert.  Linnée  n'en  fait  qu'une 
espèce,  M.  officinarum  L.  (D.) 

43.  R.  ignorait  évidemment  le  mode  de 
génération  à  double  cycle,  l'un  asexué,  per- 
manent (sores,  sporanges,  spores)  ;  l'autre 
sexué  et  transitoire  (prothalle,  anthéridie  + 
anthérozoïde,  archégone  -|-  oosphère),  qui 
caractérise  les  fougères.  Sans  envisager  le 
mode  de  reproduction,  les  anciens  botanistes 
grecs  décrivaient  comme  fougère  mâle  la  plus 
haute,  et  cujus  ex  und  radice  complures 
exeunt  filices  (Pline,  XXVII,  5,5),  autre- 
ment dit  notre  Pteris  aquilina  L.,  et  comme 
fougère  femelle  ou  Thelypteris  les  fougères  de 
taille  plus  petite,  à  frondes  multiples  entées 
sur  divers  points  du  rhizome  {Athyrion,  Poîys- 
tichon,  Blechnon).  Une  interprétation  fautive 
et  à  contresens  faite  par  Dodoëns  des  mots 
fougère  mâle  et  femelle  a   entraîné  dans   la 


même  confusion  tous  les  auteurs  modernes. 
(D.) 

44.  Les  agarics  se  reproduisent  au  moyen 
de  spores  exogènes,  développées  à  la  surface 
de  certaines  cellules  des  lames  de  l'hyménium, 
nommées  basides.  Il  n'y  a  point  chez  eux  de 
reproduction  sexuée.  (D.) 

45.  Aristolochia,  aristoloche,  g,  de  la  fam. 
des  Aristolochiées,  à  fleurs  hermaphrodites.  A 
la  suite  des  Grecs,  Pline  en  distingue  4  espèces, 
parmi  lesquelles  «  alteruni  [genus]  masciilae, 
radice  longd  »  (XXV,  54)  qui  correspond, 
pour  Fée,  à  A.  longa  L.  (D.) 

46.  Pline,  XVI,  60,  décrit  deux  espèces  de 
Cyprès  :  «  Meta  in  fastigium  convoluta,  quae 
et  femina  appellatur  ;  mas  spargit  extra  se 
ramos.  »  Le  C.  femina  est  notre  Cupressus 
fastigiata  D.  C;  le  C.  mas,  notre  C.  hori- 
lontalis  MilL,  mais  ces  espèces  sont  toutes 
deux  monoïques.  (D.) 

47.  Pline  en  décrit  plusieurs  espèces  :  «  Ex 
his  mascula  est  sine  fructu  ;  feminarum  duo 
gênera  »  (XIII,  12).  En  réalité,  il  n'y  a  là 
qu'une  espèce,  et  dioïque  :  Pistaciâ  terehinthus 
L.  (Térébinthacées).  (D.) 

48.  Pline,  XX,  54,  distingue  le  pouliot  mâle 
du pouliot femelle:  «  Femina pulegii...  est  autem 
haec  flore  purpureo,  mas  candidum  habet.  » 
Les  mots  mâle  et  femelle  ne  traduisent  ici  que 
des  variations  de  coloris  ;  et  il  n'y  a  qu'un 
pouliot,  hermaphrodite  comme  les  autres  La- 
biées :  Mentha  pulegium  L.  (D.) 

49.  Plante  ainsi  nommée  en  souvenir  de 
Pœon,  lequel  s'en  servit  pour  guérir  Pluton 
blessé  par  Hercule  (Homère,  //.,  ch.  5).  On 
relèveles  îormQSpœonia  (Pline), peone  (xii^s.), 
pioine,  pione,  péonie  (Platearius,  xiii^  s.), 
peon  (P.  Belon,  xvi^  s.)  —  Dioscoride  (III, 


344 


LE   TIERS    LIVRE 


qui  ne  porte  fleur  aulcune  mais  abonde  en  semence,  et  femelle,  qui 
foisonne  en  petites  fleurs  blanchastres,  inutiles,  et  ne  porte  semence 
qui  vaille  ^°,  et,  comme  est  des  aultres  semblables,  ha  la  feuille  plus 
large,  moins  dure  que  le  masle  et  ne  croist  en  pareille  haulteur. 

On  semé  cestuy  Pantagruelion   à  la  nouvelle  venue  des  hyron- 
delles  ;on  le  tire  de  terre  lors  que  les  cigalles  commencent  s'enrouer  ^\ 


Ligne  66.  E  :  aucune  —  1.  67.  E  :  foysonne  —  1.  68.  E  :  autres  —  E  :  fueille 


157),  reconnaît  deux  sortes  de  pivoine,  l'une 
mâle  et  l'autre  femelle  :  c'est  à  la  seconde  que 
l'on  rapporte  la  pivoine  de  Pline  (XXV,  10), 
qui  est  notre  Pœonia  officinalis  L.  La  pre- 
mière, yÀ'jxuaîÔT)  apcr,v,  serait  notre  P.  coral- 
lina  L.  (Fée).  Saint-Lager  dit  que  la  P.  mas  se 
rapporte  à  nos  P.  peregrina  et  P.  officinalis,  et 
la  P.  fœmina  à  P.  corallina.  (D.) 

50.  R.  commet  ici  une  confusion  grave  : 
le  Cannabis  saliva  est  une  plante  dioïque,   à 


pieds  mâles  et  femelles  distincts  ;  le  fruit, 
fécondé  parle  pollen  des  fleurs  mâles,  ne  peut 
évidemment  naître  que  du  pied  femelle.  Mais 
l'erreur  populaire,  partagée  par  Gesner,  Fuchs, 
Dalechamps,  Dodoëns,  Lonicer,  considérait 
comme  mâle  la  plante  porte-graine,  plus  luxu- 
riante ;  comme  femelle  la  plante  plus  grêle  à 
fleurs  pistillées,  non  suivies  de  fruits,  et  qui 
dépérit  la  première.  (D.) 
51.   En  septembre. 


Comment  doibt  estre  préparé  et  mis  en  œuvre  le  célèbre  Pantagruelion. 

Chapitre    L. 

On  pare  '  le  Pantagruelion  soubs  Tasquinocte  automnal  ^  en 
diverses  manières,  scelon  la  phantasie  des  peuples  et  diversité  des  pays. 
5  L'enseignement  premier  de  Pantagruel  feut  le  tige  d'icelle  devestir 
de  feueilles  et  semence,  le  macérer  en  eaue  stagnante,  non  courante, 
par  cinq  jours,  si  le  temps  est  sec  et  l'eaue  chaulde,  par  neuf  ou 
douze,  si  le  temps  est  nubileux  et  Teaue  froyde  '  ;  puys  au  soleil  le 
seicher,  puys  à  l'umbre  le  excorticquer  et  séparer  les  fibres  (es  quelles, 

ro  comme  avons  dict,  consiste  tout  son  pris  et  valeur)  de  la  partie 
ligneuse,  laquelle  est  inutile,  fors  qu'à  faire  flambe  lumineuse, 
allumer  le  feu  et,  pour  Tesbat  des  petitz  enfans,  enfler  les  vessies  de 
porc.  D'elle  usent  aulcunefoys  les  frians  à  cachetés,  comme  de 
syphons,  pour  sugser  et  avecques  l'haleine   attirer   le  vin  nouveau 

15   par  le  bondon. 

Quelques  pantagruelistes  modernes,  evitans  le  labeur  des  mains 
qui  seroit  à  faire  tel  départ,  usent  de  certains  instrumens  catharactes  ^, 
composez  à  la  forme  que  Juno  la  fascheuse  tenoit  les  doigtz  de  ses 
mains  liez   pour  empescher    l'enfantement    de   Alcmene,   mère    de 


Lignes  i  et  2.  A,  E  :  manque  —  I.  3.  A  :  On  la  pare  soubs  ;  E  :  On  la  pare  soubi  — 
E  :  equinocte  autonnal  —  1.  4.  E  :  selon  —  1.  5.  E  :  fut  — 1,  6.  E  :  fueilles  —  A,  E  :  eau 
—  1.  7.  A.  E  :  eau  —  1.8.  A,  E  :  eau  —  E  :  froide  ;  puis  —  1.  9.  E  :  puis  —  E  :  l'excor- 
ticquer  —  1.  11.  E  :  par  laquelle  —  1.  13.  E  :  aucunes  —  A,  E  :  cachettes  —  1.  14.  E  : 
sucçer  et  avec  —  A.  :  la  laine  ;  E  :  Valeine  —  I.  17.  A  :  seroyt  —  A  :  catharacis  ;  E  : 
catharact^  —  1.  18.  A  :  tenoyt  —  1.  19-20.  E  :  d'Hercules 

1.  On  apprête.  3.  C'est  le   rouissage,   toujours  en    usage 

2.  «  Semen  ejus    quum  est  maturum,  ab  dans  l'ouest  de  la  France.  (D.) 
asquinoctio    autumni  distringitur.     »     Pline,  4.  Outils  pour  briser.  Néologisme,  du  grec 
XIX,  56.  (D.)  xatappriYVJvai,  même  sens. 

LE  TIERS   LIVRE.  44 


34^  LE    TIERS    LIVRE 

20  Hercules  ^  et  à  travers  icelluy  contundent  et  brisent  la  partie  ligneuse 
et  la  rendent  inutile,  pour  en  saulver  les  fibres. 

En  ceste  seule  pr^eparation  acquiescent  ceulx  qui,  contre  l'opinion 
de  tout  le  monde  et  en  manière  paradoxe  ^  à  tous  philosophes, 
guaingnent  leur  vie  à  reculions". 

25       Ceulx  qui  à  profict  plus  évident  la  voulent  avalluer  ^  font  ce  que 

l'on  nous  compte  du  passetemps  des  troys  sœurs  Parces  ',  de  l'esbate- 

ment  nocturne  de  la  noble  Circe  '°  et  de  la  longue  excuse  de  Pénélope 

envers  ses  muguetz  amoureux,  pendant  l'absence  de  son  mary  Ulyxes  ". 

Ainsi  est  elle  mise  en  ses  inestimables  vertus,   des  quelles    vous 

30  expouseray  partie  (car  le  tout  est  à  moy  vous  expouser  impossible)  ; 
si  davant  vous  interprète  la  dénomination  d'icelle. 

Je  trouve  que  les  plantes  sont  nommées  en  diverses  manières  '^  Les 
unes  ont  prins  le  nom  de  celluy  qui  premier  les  inventa,  congneut, 
monstra,  cultiva,  aprivoisa  et  appropria,  comme  mercuriale,  de  Mer- 


Ligne  20.  E  :  iceluy  —  1.  21.  E  :  sauver  —  1.  22.  E  :  seule  manque  —  E  :  prépa- 
ration —  1.  24.  E  :  gaignent  —  1.  25.  E  '.  proffit  —  E  :  veulent  avaller  —  1.  26-27.  A, 
E  :  de  V eshatement . . .  Circé  manque  —  1.  28.  A,  E  :  pendent  —  1.  30.  E  :  exposeray 
—  E  :  exposer  —  1.  31.  E  :  devant  —  E  :  domination  —  1,  33.  E  :  celuy  —  1.  34.  E  : 
aprivoysa 


5.  Cf.  Ovide,  Métamorphoses,  IX,  297-301,  et  12.  R.,  comme  on  le  verra,  classe  les  plantes 
Pline,  XXVIII,  17:  «  Adsidere  gravidis,...  en  huit  catégories  d'après  leur  dénomination  : 
digitis  peciinatim  inter  se  implexis,  veneficium  1°  selon  le  nom  de  leur  inventeur,  2°  leur 
est  ;  idque  compertum  tradunt,  Alcmena  Her-  pays  d'origine,  3°  par  antiphrase,  4°  par  leurs 
culem  pariente.  »  (P.  D.)  vertus,   5°  d'après   leurs   particularités,  6°  en 

6.  Paradoxale,  contraire  à  l'opinion  ;  du  souvenir  des  métamorphoses,  7°  par  simili- 
grec  TzapaSoÇo;,  même  sens.  tude,  8°  d'après  la  morphologie.  Cette  répar- 

7.  Les  cordiers.  Ils  marchent  à  reculons  en  tition  lui  a  été  suggérée  par  Pline  qui,  en  son 
tirant  d'un  sac  les  fibres  de  chanvre  dont  se  1.  XXV,  énumère  les  plantes  baptisées  du 
file  la  corde.  (P.)  nom  des  dieux  ou  des  rois,  ou  de  celui  de  cer- 

8.  Mettre  en  valeur.  taines   nations,   ou  trouvées  par  divers   ani- 

9.  Les  Parques.  maux.  On  trouve  d'ailleurs  dans  Pline  (Nohi- 

10.  Argutotenues  percurrens  pectine  telas.  lium  herharum  inventores,  XXV,  ch.  7  et  sqq.) 

Virgile,  Enéide,  VII,  14.    (P.)  la  plupart  des  plantes  rangées  par  R.  dans  la 

11.  Cf.  Homère,  Odyssée,  XIX,  v.  138-150.  première  catégorie.  (D.) 


CHAPITRE    L 


347 


35  cure  '% panacea,  de  Panace,  fillede ^sculapius  '^  armoise, de Arlemis '\ 
qui  est  Diane,  eupatoire,  du  roy  Eupator  '\  telephium,  de  Telephus  '\ 
euphorbium,  de  Euphorbus,  medicin  du  roy  Juba  '\  clymenos,  de 
Clymenus  '\  alcibiadion,  de  Alcibiades  ",  gentiane,  de  Gentius,  roy  de 


Ligne  38.  E  :  Gentias 

15.  La  mercuriale  fut  trouvée  par  Mercure, 
dit  Pline,  XXV,  18,  qui  lui  donne  les  noms  de 
Imoiostis,  parthenion,  hermiipoa,  mercurialis  : 
«  Duo  ejus  gênera,  masculus  et  fœmina.  » 
C'est  Mercurialis  anmia,  L.  Son  usage  théra- 
peutique est  fort  ancien  ;  le  miel  de  mer- 
curiale entre  encore  dans  la  composition  de 
nos  lavements  purgatifs  (D.). 

14.  Pline,  XXV,  11,  en  mentionne  plu- 
sieurs espèces  •:  «  Unum  quippe  Asclepion 
cognominatur,  quoniam  is  filiam  Panaceam 
appellavit  ».  Cette  dernière  est  une  Ombel- 
lifère  du  Levant  (Pastinaca  opopanax,  L.  =r 
Feriila  opopanax,  Spreng.),  dont  on  tirait  une 
gomme  fort  employée  sous  le  nom  d'Opo- 
panax,  et  dont  Pline  parle  longuement  (XH, 
57.)-  Sur  les  div.  acceptions  botaniques  du 
mot  Panacée,  cf.  Mérat  et  de  Lens,  Dict. 
univ.  de  mat.  médicale,  t.  V,  Paris,  1835,  in-80, 
p.  176-177,  216-217.  —Fée,  annot.  à  Pline, 
trad.  de  Grandsagne,  t.  XV,  p.  393-394. 
(D.) 

15.  R.  la  place  sous  l'invocation  d'Artémis, 
ou  Diane  Ilithya.  D'autres,  comme  A.  Paré, 
veulent  qu'il  s'agisse  d'Artémise,  reine  de 
Carie  :  «  Artemisia,  uxor  Mausoli,  adoptata 
herba  quae  antea  parthenis  vocabatur  »,  dit 
Pline,  XXV,  36.  —  Dioscoride  ne  décrit  pas 
moins  de  quatre  artemisia,  que  Fée  rapporte  à 
nos  A.  campestris,  L.,  A.  camphorata,  Vill., 
A.  pontica,  L.,  A.  chanizmelifolia,  Vill.  Ce 
sont  des  plantes  amères,  stomachiques,  aro- 
matiques, emménagogues,  d'un  usage  théra- 
peutique fort  ancien.  (D.) 

16.  «  Eupatoria  quoque  regiam  auctorita- 
tem  habet.  »  Pline,  XXV,  29.  On  a  dédié  à 
Mithridate  Eupator,  roi  de  Pont  :   1°  l'Eupa- 


toire  d'Avicenne,  Eupatorium  caiwaJnnum,  L. 
2°  l'Eupatoire  de  Mésuë,  Achillea  ageratum, 
L.  30  l'Aigremoine,  Agrimonia  eupatoria,  L., 
qui,  pour  Sprengel,  est  la  véritable  Eupatoire 
de  Dioscoride.  Cependant,  l'Eupatoire  décrite 
par  Pline,  et  vantée  par  Galien,  Paul  d'Égine, 
Avicenne,  est  VE.  camiabinum.  (D.) 

17.  Télèphe,  fils  d'Hercule,  fut  blessé  et 
guéri  par  Achille  au  siège  de  Troie.  «  Tele- 
phion  porcilacse  similis  est  et  caule  et  foliis  », 
dit  Pline,  XX VH,  no.  Probablement  Sedum 
telephium,  L.  (Crassulacée.)  Columna  a  voulu 
y  voir  Zygophyllum  fahago,  L.  ;  d'autres  disent 
le  Cochlearia.  (D.) 

18.  «  Invenit  et  patrum  nostrorum  îetate 
rex  Juba,  quam  appellavit  euphorbiam,  medici 
sui  nomine  ».  Pline,  XXV,  38.  C'est  Euphor- 
hia  (Diacanthium)  officinarum,  L.  (D.) 

19.  Climène,  roi  d'Arcadie.  «  Clymenus 
a  rege  herba  appellata  est  ».  Pline,  XXV,  33. 
C'est  d'après  Fée,  -spixXufiEvov  de  Dioscoride, 
(IV,  14),  notre  Lonicera  periclymeniim,  L.  ou 
chèvrefeuille.  Quant  au  xXi'jjlevov  de  Diosco- 
ride (IV,  15),  c'est,  pour  Sibthorp,  Convol- 
vulus  sepium,  L.  ;  pour  Sprengel,  Latbyrus 
clymenum,  L.  (D.) 

20.  Pline  nomme,  sans  le  décrire,  VAlcihion 
(XXVII,  22)  ;  ailleurs,  il  le  nomme  anchusa  ou 
arcebion  (XXII,  25).  Ce  serait,  pour  Fée, 
ràXy.t'Stov  de  Nicandre  (Thér.,  6^j)  :  Alci- 
bii  radicem  echii  pariter  lege..,  notre  Echiutn 
creticum,  L.  —  Mais  Nicandre  parle  encore 
d'une  autre  Alcibie  : 

Est  alla  Alcibii  cognomine  planta... 

(trad.  de  J.  de  Gorris)  ;  Anchusa  altéra,  que 
certains,  dit  Dioscoride,  appellent  'AXxtCtâôetov 


348 


LE   TIERS  LIVRE 


Sclavonie^'.  Et  tant  a  esté  jadis  estimée  ceste  prserogative  de  imposer 

40  son  nom  aux  herbes  inventées  que,  comme    feut  controverse  meue 

entre  Neptune  et  Pallas  de  qui  prendroit  nom  la  terre  par  eulx  deux 

ensemblement  trouvée    qui  depuys   feut   Athènes   dicte    de   Athene, 

c'est  à  dire  Minerve  ",  pareillement  Lyncus,  roy  de  Scythie,  se  mist  en 

effort  de  occire  en  trahison  le  jeune  Triptoleme,  envoyé    par   Ceres 

45   pour  es  hommes  monstrer  le  froment,   lors  encores  incongneu,  affin 

que  par  la  mort  d'icelluy  il  imposast  son  nom  et  feust,  en  honneur  et 

gloire  immortelle,  dict  inventeur  de  ce  grain  tant  utile  et  nécessaire 

à  la  vie  humaine  :  pour  laquelle  trahison  feut  par  Ceres  transformé^' 

en  oince''-^  ou  loupcervier.  Pareillement,  grandes  et  longues  guerres 

50  feurent  jadis  meues    entre   certains   roys    de  séjour   en   Cappadoce, 

pour  ce  seul  différent  :  du  nom  des  quelz  seroit  une  herbe  nommée  ; 

laquelle  pour  tel  débat  feut  dicte  polemonia,  comme  guerroyere  ^K 

Les  aultres  ont  retenu   le  nom   des  régions   des  quelles   feurent 


Ligne  39.  E  :  ha  —  E  :  prérogative  d'imposer  —  1.  40.  E  :  fut  —  1.  42.  E  :  depuis 
fut  —  "E".  de  Athènes  —  1.  44.  E  :  d'occire  —  1.  4é/E  :  iceluy  —  E  :  fust  —  1.  48.  E  : 
fut  —  1.  50.  E  '.furent  —  1.  53.  E  :  autres  —  E  '.furent 


ou  "Ovo/etXÉç  ;  anchusa  minor,  alcihiadion,  ou 
onochiles  de  Pena  et  Lobel,  et  qui  est  aussi  une 
borraginée,  VAÎkanna  tinctoria,  Tausch. 

Ce  nom  vient-il  d'Alcibiade?  ou,  comme 
dit  J.  Grévin,  de  ce  qu'  «  un  homme  nommé 
Alcibie  la  trouva  et  expérimenta  le  premier 
quelle  force  elle  avait  contre  la  morsure  des 
serpens  ?  »  D'autres  étymologistes  ont  pro- 
posé :  àXxif  force,  et  pîoç,  vie.  (D.) 

21.  Gentiana,  genre  de  la  fam.  des  gentia- 
nées,  renfermant  de  nombreuses  espèces. 
«  Gentianam  invenit  Gentius  rex  lUyriorum.  » 
Pline,  XXV,  34.  Gentiana  îutea,  L.,  dit  Fée. 
(D.) 

22.  Cf.  Virgile,  Gc'orgiques,  I,  v.  12-19  (^^ 
le  commentaire  de  Servius  sur  ce  vers),  et 
Ovide,  Métamorphoses,  VI,  v.  75-82. 

23.  Voir  Ovide,  Métamorphoses,  V,  v.  642- 
661. 


24.  Lynx  ou  loup-cervier,  nom  donné  aux 
diverses  espèces  de  Lynx  (Lynchus).  Mais  le 
nom  de  loup-cervier  a  été  également  appliqué, 
par  confusion,  à  la  panthère  (Fe/« /'a/'(iM5,  L.), 
au  guépard,  (Cynaiturus  jubatus,  Erxl.)  et  à 
l'irbis  {Felis  uncia,  Schreb.),  «  Loups-cerviers 
et  onces  qu'on  nomme  autrement  Linces,  » 
dit  P.  Selon,  Obs.,  1.  I,  ch.  76. 

25.  «  Polemoniam,  alii  philetœriam,  a cer- 
tamine  regum  inventionis  appellant  ».  Pline, 
XXV,  6.  C'est  le  :roÀ£ij.œvtov  de  Dioscoride 
(IV,  8).  Tournefort,  le  premier,  reconnut 
dans  cette  plante  la  Valériane  grecque  (Pole- 
monhim  cxruleum,  L.).  C'est  l'avis  de  Fée. 
M.  Sainéan  la  rapporte  à  Hypericiim  (Ascyreia) 
olympicum  L.  La  plante  que  les  botanistes 
appelaient  au  xvie  s.,  avec  Pena  et  Lobel, 
PoUmonium  tnonspelliense  est  notre  fasminum 
fruticans,  L.  (D.) 


CHAPITRE   L 


349 


ailleurs  transportées,  comme  pommes  medices '^  ce  sont  poncires^' 
55  de  Medie,  en  laquelle  feurent  premièrement  trouvées  ;  pommes  pu- 
nicques  ^^  ce  sont  grenades,  apportées  de  Punicie,  c'est  Carthage  ;  ligus- 
ticum,  c'est  livesche  ^^  apportée  de  Ligurie,  c'est  la  couste  de  Gènes  ; 
rhabarbe  '",  du  fleuve  barbare  nommé  Rha,  comme  atteste  Am- 
mianus  ;   santonicque  '\   fœnu    grec  '%   castanes  '\  persicques  ^'^, 

Ligne  54.  E  :  poncitres  —  1.   55.  E  :  jurent  —  1.  56.   E  :  puniques  —  1.  57.  E  : 
Gennes  ;  rheubarbe —  1.  59.  E  :  sanionique  —  E  :  fenoil  ;  E  :  persiques 


26.  Malum  medicum  (Théophr.,  H.  P.,  I, 
22).  «  Malus  assyria  quam  alii  vacant  Medi- 
cam  »,  Pline,  XII,  7.  «  Medica  [mala]  autem 
Gneci  vocant  [citreos]  patrise  nomine  ». 
Pline,  XV,  14. 

27.  Poncires,  pondères  (Belon).  «  Li- 
mones  et  quos  poncerias  appellant.  »  (Bru- 
yerin  Champier).  Pomsires  (pommes  de 
Syrie)  dans  le  Midi.  —  Fruit  d'une  Aurantiacée, 
Citrus  medica,  L.,  citronnier.  Les  Grecs  con- 
nurent ce  fruit  par  les  Mèdes,  d'où  son  nom. 
(D.) 

28.  Grenadier,  Punica  granatiim  L.  (Myr- 
tacée).  Selon  Pline  les  meilleures  grenades 
venaient  de  Carthage  (Ma/HW^M^nVîiw)  :  «  circa 
Carthaginem  punicum  malum  cognomine  sibi 
vindicat  »,  XIII,  34.  Mais  de  CandoUe  pense 
que  cet  arbre  est  originaire  de  Perse,  et  ne  fut 
qu'importé  à  Carthage  par  les  Phéniciens. 
(D.) 

29.  Ligusticum,  Livèche,  de  Liguria,  parce 
qu'elle  se  trouve  communément  sur  la  côte 
génoise.  «  Ligusticum  silvestre  est  in  Liguriae 
suas  montibus  »,  dit  Pline,  XIX,  50.  Genre 
d'Ombellifères  comprenant  div.  esp.  de  Corse, 
des  Alpes,  des  Pyrénées.  S'agit-il  ici  de  Ligus- 
ticum lei'isticum,  L.  ?  (D.) 

30.  Rhubarbe,  Rheum.  (Polygonée).  De 
Rha,  nom  d'un  fleuve  cité  par  Ammien  Mar- 
cellin,  et  qui  est  le  Volga  ;  et  barhartim.  Incon- 
nue des  anciens,  elle  est  mentionnée  pour  la 
première  fois  (Rhetim  barharurn)  par  Isidore  de 
Séville  (vue  s.).  On  trouve  la  forme  Reiiharbe 
dans  Platearius  et  le  Hortiis  sanitatis  (1500). 


Ce  produit,  anciennement  importé  de  la  Perse 
et  de  la  Chine,  est  fourni  par  diverses  esp.  de 
Rheum,  surtout  Rh.  officinale.  En.  Mais  la  dif- 
férenciation en  est  assez  confuse,  et  compli- 
quée par  des  hybridations.  Cf.  H.  Haillon, 
Dict.  des  Se.  méd.  de  Dechambre,  3e  s.,  t.  IV, 
art.  Rhubarbe,  p.  416-436.  (D.) 

51.  M  Santonicum  appellatur  e  Gallias  civi- 
tate  ».  Pline,  XXVII,  28.  Plante  qui  pousse 
au  pays  des  Santones  (Saintes).  «  Absinthe 
xaintonicque  »,  dit  Bernard  Palissy  (Des 
Pierres").  Le  Santonicum  [genus  absinthii]  de 
Pline  serait,  pour  Fée,  Artemisia  santonica. 
L.,  mais  cette  dernière  est  une  espèce  tartare 
et  persane  qu'on  ne  saurait  trouver  en  Sain- 
tonge.  L'absinthe  xaintonique  de  Palissy  est, 
d'après  Audiat,  Artemisia  maritima,  L.,  hôte 
habituel  de  notre  côte  atlantique,  et  dont  une 
var.  porte  le  nom  à' A.  suaveolens,  Lmk.  = 
A.  satitonica,  Woodv.  (D.) 

32.  «  Silicia,  hoc  est  fœnum  grsecum,  sca- 
rificatione  seritur  ».  Pline,  XVIII,  39.  Fenu- 
grec,  Trigonella  fœnum  grsccum,  L.  Légumi- 
neuse  cultivée  comme  fourrage  dès  l'antiquité 
gréco-romaine.  (D.) 

33.  Castanea  vulgaris,  Lam.  Châtaignier. 
Amentacée  probablement  indigène  en  Europe, 
mais  que  Pomponius  Mêla  (II,  3,  35)  dit  ori- 
ginaire de  Castanea,  ville  de  Magnésie.  Pline 
dit,  au  contraire  (XV,  25)  :  «  Sardibus  eas 
provenere  primum  ».  (D.) 

34.  «  Ex  Perside  advecta  [persica]  »,  dit 
Pline  (XV,  13).  C'est  le  pêcher,  Persica  vul- 
garis, D.    C.    Les   Grecs  et  les  Romains    le 


3  50 


LE   TIERS    LIVRE 


60  Sabine  '^  stœchas  '^  de  mes  isles   Hieres,  antiquement  dictez  Stœ- 
chades,  spica  celtica  ",  et  aultres. 

Les  aultres  ont  leur  nom  par  antiphrase   et   contrariété,   comme 
absynthe,    au  contraire  de  pynthe  '^  car  il  est  fascheux   à    boyre  ; 
holosteon  ^\  c'est  tout  de  os  :  au  contraire,  car  herbe  n'est  en  nature 
65   plus  fragile  et  plus  tendre  qu'il  est. 

Aultres  sont   nommées   par  leurs    vertus    et  opérations,    comme 
aristolochia '*°,  qui  ayde  les  femmes  en  mal  d'enfant  ;  lichen '^',  qui 


Ligne  éo.  A  :  dicti  ;  E  :  dictes 
E  :  boire  —  1.  66.  E  :  Autres 


1.   61.  E  :  autres  —  I.  62.  E  :  autres  —  I.   65. 


reçurent  de  la  Perse  ou  de  l'Asie  orientale, 
mais  de  Candolle  le  croit  originaire  de  la 
Chine.  (D.) 

35.  Arbrisseau  commun  en  Italie  dans  le 
pays  des  Sabins  :  «  Herba  sabina...  duorum 
generum  est  »,  dit  Pline,  XXIV,  61.  Les  deux 
espèces  distinguées  par  cet  auteur  ne  sont, 
pour  Fée,  que  deux  var.  du  Juniperus  Sabina, 
L.  (Junipéracée).  (D.) 

36.  Des  îles  Stœchades,  auj.  îles  d'Hyères. 
STor/àç  (Dioscoride,  III,  31).  «  Stœchas  in 
insulis  tantum  ejusdem  nominis  gignitur  odo- 
rata  herba  »,  dit  Pline,  XXVII,  107.  C'est 
Lavandula  stœchas,  L.  (Labiée).  R.  dit  «  mes 
îles  Hieres  »  parce  qu'il  a  pris  le  titre  de 
Calloier    des    îles   Hyères.  Voir    titre,    n.    4. 

(D.) 

37.  Spica  celtica,  nom  bas-latin  du  Nard 
celtique  des  Anciens  (originaire  des  Alpes 
méridionales  ou  Celtiques),  par  opposition  au 
Nard  indique.  Valeriana  celtica,  L.  (Valéria- 
née).  —  Spic  celtic,  dit  Platearius  (xui^  s.). 
(D.) 

38.  «  'A-îv9iov  dictum,  id  est  quod  nemo 
bibere  potest.  »  (Ch.  Estienne).  «  Apinthion, 
c'est-à-dire  non  beuvable,  pour  ce  qu'on  n'en 
peult  boyre  aucunement  à  raison  de  l'amer- 
tume excessive  qui  est  en  elle.  »  (Fuchs.) 
De  a  et  rîvO-.ov,  impotabile,    dit  aussi  le  Dic- 


tionnaire de  Trévoux  (1752).  Lémery,  par 
contre,  donne  comme  étymologie  a  priv.  et 
^vt^oz,  delectatio,  plante  amère  et  désagréable. 
«  Ahsinthii  gênera  plura  sunt  »,  dit  Pline, 
XXVII,  28  :  Santonicum  [Artemisia  santonica, 
L.]  ;  ponticum  [Artemisia  pontica,  L.  ?]  ;  ita- 
licum  [Artemisia  absinihium,  L.].  (D.) 

59.  De  6X0?,  tout,  Ôcttéov  os,  en  tout  dur 
comme  l'os,  nom  donné  par  antiphrase  à  une 
plante  très  molle.  «  Holosteon  sive  duritia 
est  herba  ex  adverso  appellata  a  Grsecis,  sicut 
fel  dulce  ».  L'ôXo'jtiov  de  Dioscoride  (III,  11), 
Holosteon  de  Pline,  XXVII,  65,  holostium  de 
Galien  (De  simpl.  med.  fac,  1.  VIII)  est,  pour 
quelques  auteurs,  Plantago  coronopus  L.  ;  pour 
Fée,  plus  probablement  Plantago  holoslea,Lrnk. 
de  l'Europe  méridionale.  Mais  la  plante  que 
les  botanistes  du  xvi^  s.,  Boutonet,  Pena, 
Lobel,  appelaient  Holosteum  monspelliense,  est 
Plantago  alhicans,  L.,  delà  France  et  de  l'Eu- 
rope méridionales.  Sainéan  (H.  N-  R-,  p.  117) 
croit  reconnaître  dans  l'Holosteon  de  R.  une 
Caryophyllée,  Holosteum  umbellatum,  L.  (D.) 

40.  De  apidToç,  excellent,  "^ôyia.,  lochies  ; 
plante  qui,  d'après  Dioscoride,  facilite  post 
partiim  le  flux  lochial.  «  Inter  nobilissimas 
aristolochicC  nomen  dédisse  gravidas  viden- 
tur,  quoniam  esset  àptarr]  Xoysuouaai;  »,  dit 
Pline,  XXV,   54.   Aristolochia,  genre    d'Aris- 


CHAPITRE   L 


guerist  les  maladies  de  son  nom  ;  maulve''',  qui  mollifie  ;  callithri- 
chum'^',  qui  faict  les  cheveulx  beaulx,  alyssum  ^'^,  ephemerum  ^\  be- 


Ligne  68.  E  :  malve  —  1.  69.  E  :  cheveux 


tolochiées.  Pline  en  mentionne  quatre  esp.  : 
l'une  à  tubercules  ronds  {A  luiea,  Desf.  ?  selon 
Sprengel;  A.  rotunda,  L.  ?  pour  Fée)  ;  la  2^, 
mâle,  à  racine  longue  {A.  longa,  L.  ?)  ;  la  3e, 
clematitis  ou  cretica  (A.  clematitis,  L.  ?)  ;  la  4» 
ou  plistolochia,  ou  poîyrrhiion  (A.  pistolochia, 
L.  ?)  La  plus  employée  en  thérapeutique 
ancienne  était  A.  longa,  L.  (D.) 

41.  Le  mot  lichen  (X£'.yr,v),  déjà  employé 
par  Hippocrate,  désigne  des  affections  cuta- 
nées ou  dartres  de  nature  fort  diverse,  et  diffé- 
rentes du  groupe  de  dermatoses  auquel  les 
nosographes  modernes  ont  réservé  le  nom  de 
lichen.  Des  textes  de  Dioscoride,  Pline  et 
Galien,  il  ressort  que  ce  vocable  fut  transféré 
de  la  pathologie  à  la  botanique,  et  après  avoir 
désigné  les  dartres,  s'appliqua  à  des  crypto- 
games, à  thalle  circiné,  farineux  ou  crustacé, 
simulant  l'aspect  des  lésions  cutanées.  De 
plus,  de  par  la  théorie  des  analogies,  ceux-là 
guérirent  celles-ci.  «  In  lis  [prunis  sylvestribus] 
et  sativis  prunis  est  limus  arborum  quem 
Grseci  lichena  appellant,  rhagadiis  et  condy- 
lomatis  verè  utilis  »,  dit  Pline,  XXIII,  69. 
Ce  lichen  du  prunellier  pourrait  être  Evernia 
prunastri,  Ach.  Par  contre,  les  2  var.  de  lichen 
que  Pline  mentionne  ailleurs,  XXVI,  10,  ne 
semblent  point  se  rapporter  à  des  lichens, 
mais  plutôt  à  des  Hépatiques  :  Marchantia 
polymoipha,  L.,  et  M.  stellata,  Scop.  (D.) 

42.  Malva,  [j.a/.ayTj  ;  (LiaXâ^j'o,  j'amollis, 
allusion  aux  propriétés  émollientes  de  la 
plante.).  Pline  décrit,  XX,  84,  deux  espèces 
de  mauve  cultivée  :  malope  et  malache  ;  deux 
espèces  sauvages:  major,  ou  althxa,  ou  plisto- 
lochia ;  et  minor.  Malache,  MaXa/r,  de  Théo- 
phraste  {H.  P.,  i,  4)  est,  pour  Sprengel, 
Lavatera  arborea,  L.  ;  pour  Fée,  Malva  rotun- 


difolia,  L.  Malope,  et  Malva  silvestris  major 
aut  minor  est  pour  Fée  M.  silvestris  L. 
Quant  à  Malâyri  de  Dioscoride  (II,  144) 
Sprengel  y  voit  soit  M.  rotundifolia,  L.,  soit 
M.  mauritanica.  (D.) 

43.  Le  callitrichos  ou  callitJrrix  ou  Adianton 
de  Pline,  XXII,  30,  XXV,  86  est  VAsplenium 
trichomanes,  L.,  ou  doradille.  Pline  lui  confère 
par  erreur  les  propriétés  de  l'àôîavTov 
xal  -oXjTcf/ov  de  Dioscoride  (IV,  136),  qui 
est  notre  capillaire  de  Montpellier,  Adiantum 
capillus  Veneris,  L.  C'est  le  pétiole  des  frondes 
de  ce  dernier,  brun,  luisant,  lisse  et  mince, 
que  l'on  a  voulu  comparer  à  un  cheveu  (che- 
veux de  Vénus)  et  employer,  en  vertu  de  la 
doctrine  des  analogies,  contre  la  calvitie,  ainsi 
que  le  préconise  en  1644,  avec  enthousiasme, 
Pierre  Formi,  de  Montpellier.  Cf.  H.  Leclerc, 
Le  Capillaire,  Courrier  médical,  72e  année, 
no  43,  26  novembre  1922,  p.  505-506.  (D.) 

44.  De  a  privatif  et  Xûacja,  rage,  plante  qui 
préserve  de  la  rage  :  «  nomen  accepit  quod  a 
cane  morsos  rabiem  sentire  non  patitur, 
potus  ex  aceto,  adalligatusque.  »  Pline,  XXIV, 
57.  L'alysson  de  Pline  — différent  de  celui  de 
Dioscoride,  lequel  est  autre  que  celui  de  Théo- 
phraste  — parait  se  rattacher  à  quelque  Rubia- 
cée  :  Ruhia  lucida,  L.,  pour  Sainéan  (H.N.  R., 
p.  117).  Au  xvie  siècle,  Pena  et  Lobel  appe- 
laient Alysson  Italorum  notre  Alyssum  mariti- 
miim,  Lmk.  L' Alyssum  mentionné  par  Lémery 
comme  antirabique  serait,  pour  Mérat  et  de 
Lens,  A.  montanum,  L.  (D.) 

45.  Plante  décrite  par  Pline,  XXV,  107  : 
«  Ephemeron  folia  habet  lilii,  sed  minora, 
caulem  parem,  fiorem  c^ruleum.  »  Cette  des- 
cription a  donné  lieu  à  une  foule  d'hypothèses: 
Fée  pense    à    Convallaria    verticillata,    L.    Il 


352 


LE   TIERS   LIVRE 


70  chium  ^^  nastiirtium  *\  qui  est  cresson  alenoys,  hyoscyame  ^',  hane- 
banes  '*',  et  aultres. 

Les  aultres  par  les  admirables  qualitez  qu'on  a  veu  en  elles,  comme 
héliotrope  ^°,  c'est  soulcil,  qui  suyt  le  soleil,  car,  le  soleil  levant,  il 


Ligne  70.  A,  hyoscyames  ;  E  :  pyoscyames  ■ 
—  E  :  ha  —  1.  73.  E  :  solcy  —  E  :  suit 

y  a  un  autre  ephemeron,  ainsi  nommé  parce 
que  eodem  die  possit  occidere,  décrit  par  Tiaéo- 
phraste  (H.  P.  IX,  16),  chanté  par  Nicandre: 

Si  quisquam  infestos  Medes  Colchidis  ignés 
Incautus  gustarit  ephemeron,  ille  repente 
Uritur...  (Nie.  Alexipharmacd) 

mentionné  par  Dioscoride  (IV,  84),  prescrit, 
au  ve  siècle,  sous  le  nom  d'hermodacte  par  le 
b3'zantin  Jacques  Psychriste,  et  qui  est  le  col- 
chique :  «  Colchicon,  alii  ephemeron,  Romani 
bulbum  agrestem,  exitu  autumniflorem  fundit 
croceo  similem  »,  dit  RueUius,  De  nat.  stirp. 
lihri  très,  Paris,  S.  de  Colines,  1 5  36,  in-f°,  1.  III, 
ch.  115,  p.  823.  «  Ephemerum,  que  quelques- 
uns  nomment  Colchicon  ou  bulbe  sauvage.  » 
Paré,  1.  XXI,  des  venins,  ch.  43.  C'est  Col- 
chicum  aiitumnale,  L.  —  Le  colchiciim  minus  de 
Pena  et  Lobel  est  C.  arenariuvi,  Wald.  et  Kit. 
Le  colchique  renferme  un  alcaloïde  très  actif, 
la  colchicine.  (D.) 

46.  De  pr^c,  toux,  plante  qui  calme  la  toux. 
«  Tussim  sedat  bechion  qu«  et  tussilago  dici- 
tur  »,  dit  Pline,  XXVI,  16,  qui  pense  pouvoir 
l'identifier,  avec  certains  auteurs,  au  cha- 
mxhuce,  farfarus  ou  farfugim  (XXIV,  85). 
C'est  notre  tussilage  ou  pas  d'âne,  Tussilago 
farfara,  L.  (D.) 

47.  Nasturtium,  de  nasus  torsus,  parce  que 
sa  saveur  acre  fait  froncer  les  ailes  du  nez. 
«  Nomen  accepit  a  narium  tormento,  »  dit 
Pline,  XIX,  44,  qui  parle  encore  du  nasturtitim 
au  1.  XX,  ch.  50.  —  En  langue  d'oc,  nasitord 
(Duchesne,  1544)  ou,  par  corruption,  nasi- 
cord  (1536).  Le  cresson  alénois  est  Lepidium 
sativum,  L.  Le  nom  de  nasturtium  a  été  trans- 
féré par  la  nomenclature  moderne  au  cresson 


-E  :  hanabanes et  autres  —  L  72.  E  :  autres 

de  fontaine,  Nasturtium  officinale,  R.  Br.  (D.) 

48.  De  u;,  porc,  -/.jaixoç,  fève,  fève  de  porc. 
Elien  dit  que  les  sangliers  qui  en  ont  mangé 
sont  atteints  de  mouvements  convulsifs,  et 
contraints  d'aller  boire  et  se  baigner.  «  Apol- 
linaris,  apud  Arabas  altercum,  apud  Graecos 
vero  hyoscyamos  appellatur  ».  Pline,  XXV, 
17.  Pline  en  mentionne  plusieurs  espèces, 
toutes  de  notre  g.  Hyoscyamus  ou  jusquiame, 
et  que  R.  ne  distingue  pas  autrement.  Cepen- 
dant, si  le  mot  Hanebane  ci-dessous  désigne 
H.  niger,  la  jusquiame  que  vise  ici  R.  est 
autre  :  probablement  H.  albus,  L.,  du  Midi. 
(D.) 

49.  Ce  nom  désigne  la  jusquiame,  et  semble 
devoir  être  rapporté  à  Hyoscyamus  niger,  L. 
Il  dérive  pour  les  uns,  de  l'arabe  Hanah  ;  pour 
Sainéan  du  dialecte  wallon  ;  pour  Gentil,  de 
l'anglais  han  ban,  tue  poule  (semence  mortelle 
pour  les  poules).  On  retrouve  la  forme  han- 
nebanne  dans  l'Agriculture  et  maison  rustique 
de  Ch.  Estienne  et  J.  Liébault,  1.  I,  ch.  8. 
(D.) 

50.  «  Heliotropii  miraculum  saspius  dixi- 
mus,  cum  sole  se  circumagentis,  etiam  nubi- 
lo  die  ».  Pline,  XXII,  29.  Pline  en  distingue 
deux  espèces  :  l'helioscopium  ou  verrucaria  qui 
est,  pour  Fée,  notre  herbe  aux  verrues,  Helio- 
tropium  europzum,  L.  ;  et  le  tricoccum  qui  est, 
pour  Fée,  le  tournesol,  Croton  tinctorium,  L. 
Cro:(ophora  tinctoria  Neck.  L'héliotrope  est 
trop  diversement  décrit  par  les  anciens  pour 
que  ces  identifications  soient  certaines  : 
Hcefer  veut  voir  dans  le  Soleil  (Helianthus 
annuus,  L.)  Vheliotropium  de  Dioscoride 
et  Pline,  oubliant  que  c'est  une  plante  du 
Pérou.    Reutter  dit   que    V Heliotropium    des 


CHAPITRE     L 


333 


s'espanouist  :  montant,  il  monte,  déclinant,  il  décline,  soy  cachant,  il 
75   se  cloust  ^'  ;  adiantum  ^\  car  jamais  ne  retient  humidité  quoy  qu'il 
naisse  près  les  eaues  et  quoy  qu'on  le  plongeast  en  eaue  par  bien 
long  temps  ;  hieracia^',  eryngion^'*,  et  aultres. 

Aultres  par  métamorphose  d'hommes  et  femmes  de  nom  semblable, 
comme  daphne,  c'est  laurier  ^^,  de  Daphne;  myrte  ^\  de  Myrsine  ; 


Ligne  76.  E  :  naisce  —  A,  E  :  les  eaux 
E  :  Autres 


A,  E  :  en  eau  —  1,  77.  E  :  autres  —  1.  78, 


contemporains  de  Théophraste  et  d'Horace 
est  la  plante  dite  Sponsa  solis,  solsequinm,  notre 
chicorée  sauvage,  Cichorinm  intybus,  L.  Quant 
à  Rabelais,  il  se  soucie  assez  peu  de  préciser 
des  plantes  qu'il  ne  cite  que  par  parade  d'éru- 
dition :  M.  Sainéan  (H .N.R.,p.  120)  pense  que 
son  Héliotrope  est  H.  europxum  ;  mais  je  ne 
sache  pas  que  celui-ci  ait  jamais  porté  le  nom 
de  Souci.  On  lit  dans  Matthiole  que  le  nom 
à'heliotr opium  fut  parfois  appliqué  à  un  Caltha  : 
or,  le  Caltha  poetariim  de  Pena  et  Lobel  est  bien 
notre  Calendula  arvensis,  L.,  ou  souci.  (D.) 

51.  Il  se  ferme. 

52.  Adiantum,  de  a  privatif  et  ôtaîvw,  je 
mouille,  plante  qui,  trempée  dans  l'eau,  ne 
s'en  imbibe  point.  «  Aquas  respuit,  perfusum 
mersumve  sicco  simile  est  »,  dit  Pline,  XXII, 
30.  IJ Adiantum  de  Pline,  c'est  la  doradille, 
Asplenium  trichomanes  L.  Mais  ce  que  Pena  et 
Lobel  appelaient  Adiantum  avec  Théophraste, 
Nicandre  et  Dioscoride,  est  A.  capillus  Veneris, 
L.  On  observe  à  la  surface  de  beaucoup  de 
plantes  un  revêtement  cireux,  et  même,  sur 
les  feuilles  de  certaines  fougères,  un  saupou- 
drage de  véritable  matière  grasse,  qui  les 
imperméabilise.  (D.) 

53.  De  îîpaÇ,  épervier  :  on  prétendait  que 
l'épervier  s'en  servait  pour  éclaircir  sa  vue  : 
«  Hieraciam  vocent  quoniam  accipitres  scal- 
pendo  eam  succoque  oculos  tingendo  obscuri- 
tatem,  quum  sensere,  discutiant  ».  Pline,  XX, 

LE  TIERS   LIVRE. 


26.  L'espèce  à  feuilles  courtes  et  rondes  dont 
parle  Pline  est  une  Crépis.  L'Upa'xtov  [Aixpdv  de 
Dioscoride  (III,  73)  peut  être  une  Crépis  (C.vi- 
rens,  Vill.  ?),  une  Picris  ou  un  Hieracium.  Ce 
derniernom  est  celui  d'un  genre  trèsnombreux 
de  la  famille  des  Composées,  dont  l'espèce  la  plus 
usitée  dans  l'ancienne  matière  médicale  était  H. 
pilosella,  L.  Vhieracia  de  Rabelais  est,  pour 
Sainéan,  Tragopogon  picroides,  L.  (H.  N.  R., 
120). 

54.  Eryngium,  ripuy-ytov,  de  YJpuyyoi;,  barbe 
de  bouc  ou  de  chèvre,  allusion  à  l'aspect  barbe  lé 
de  la  jeune  pousse.  —  «  Erynge . . .  si ve  ery ngion , 
contra  serpentes  et  venena  omnia  nascens  » , 
dit  Pline,  XXII,  8,  qui  en  décrit  trois  espèces  : 
le  blanc,  notre  E.  campestre,  L.;  le  noir,  E.cya- 
neum,  Sibth.  ;  le  maritime,  E.  marilimum,  L. 

55.  Laurus  nohilis  L.  Laurier.  (Lauracée.) 
Selon  la  fable,  Daphne,  fille  du  fleuve  Pénée, 
fuyant  les  poursuites  d'Apollon,  fut  métamor- 
phosée en  laurier  par  les  dieux. 

Primus  amor  PhœbiDaphnePeneia... 

(Ovide,  M^V.,  I,  452.) 

3  6 .  Le  Myrtus  des  Anciens  est  notre  M.  comniit- 
nis  L.  (Myrtacée.)  —  M.  Sainéan  (H.  N.  R., 
120)  pense  que  cette  Myrsine  est  Myrrha 
fille  de  Cinyre,  roi  de  Chypre  (Ovide,  Met., 
X,  298,  et  sqq.)  qui  fut  changée  en  un  arbre  à 
myrrhe,  que  R.  aurait  confondu  avec  le  myrte. 
(D.) 

4S 


354 


LE   TIERS    LIVRE 


5o  pytis  >",  de  Pytis  ;  cynara  ^^    c'est  artichault  ;  narcisse  5^  saphran  *°, 
smilax^'  et  aultres. 

Aultres  par  similitude,   comme  hippuris  ^-  (c'est  prelle),  car  elle 

Lisne  8i.  E  :  autres  —  1.  82.  E  :  Autres 


57.  Pitys,  jeune  fille  poursuivie  par  Pan  et 
Borée,  ayant  manifesté  quelque  inclination 
pour  ce  dernier,  fut  assommée  par  Pan  contre  un 
rocher.  La  Terre  eut  compassion  de  la  victime 
et  la  changea  en  Pin.  On  plaçait  sur  les  bustes 
de  Pan  des  couronnes  de  pin.  (Lucien,  Dial. 
des  dieux,  XXII.') 

IltTuç  est  d'après  le  Dictionnaire  de  Planche, 
le  pin  ou  picéa.  D'après  Belon  (De  arb.  conif.> 
fo  16  r°  et  vo),  le  picéa  est  le  t^euxt)  des  Grecs, 
et  le  pinus  le  tcîtu;.  Or,  le  picea  de  Belon 
nous  paraît  se  rapporter  soit  au  pin  de  'M.i.cé- 
do'mt  (Pinus peuce,  Grisebach)  soit  aux  diverses 
variétés  du  Pinus  sylvestris,  L.  ;  le  pinus  de 
Belon,  au  Pinus  pinea.L.,  ou  pin  pignon.  Mais 
les  opinions  botaniques  de  R.  n'étaient  peut- 
être  pas  les  mêmes  que  celles  de  Belon,  et  la 
confusion  est  telle,  dans  la  nomenclature  an- 
cienne des  Conifères,  qu'il  est  difficile  de  dé- 
terminer exactement  l'acception,  d'ailleurs  va- 
riable, de  ces  vieux  vocables.  (D.) 

58.  Cynara,  nom  d'une  fille  qui  fut,  selon 
la  fable  rapportée  dans  le  Banquet  d'Athénée, 
métamorphosée  en  plante.  On  trouve  dans 
Pline  (VIII,  41,)  le  mot  Cinare.  Mais  les  Kac- 
tos,  Kinara  et  Scolimos  des  Grecs  et  le  Carduus 
des  Romains  n'étaient  que  le  Cardon,  Cyna- 
ra ca!dunculu5,L.  Les  Anciens,  selon  Targioni, 
n'ont  pas  connu  l'artichaut  (it.  articiocco),  Cy- 
nara scolymus,  L.,  forme culturale probablement 
dérivée  du  précédent,  qui  fut  apportée  en  1466 
de  Naples  à  Florence,  et  importée  en  France 
au  début  du  xvie  s.  (D.) 

59.  Narcisse,  fils  du  fleuve  Céphise  et  de  Li- 
riope,  fille  de  l'Océan,  méprisa  les  nymphes 
séduites  par  sa  beauté  et  laissa  mourir  la  nym- 
phe Écho  sans  daigner  répondre  à  ses  vœux. 


S'étant  miré  dans  une  source,  il  devint  si  épris 
de  lui-même  qu'il  en  sécha  de  langueur.  Les 
dieux  le  changèrent  en  fleuve,  et  une  fleur  per- 
pétua sa  mémoire  (Ovide,  Met.,  III,  541  et 
sqq.)  Pline  (XXI,  12)  décrit,  sous  le  nom  de 
lis  purpurins,  trois  espèces  de  narcisse.  Le 
narcisse  des  Anciens  est  probablement  Narcis- 
suspoeticus,  L.,  de  l'Europe  méridionale  (Ama- 
ryllacée).  (D.) 

60.  Ovide  (Met.,  IV,  283)  rapporte  que  le 
jeune  Crocus,  fort  amoureux  d'une  fillette, 
fut  métamorphosé  en  plante.  Ce  nom  vient 
plutôt  du  grec,  /.poV.o;  (de  xpoy.r),  fil  ou  trame, 
par  allusion  aux  franges  des  stigmates  de  la 
plante,  seuls  employés  en  thérapeutique). 
D'ailleurs  les  étamines  florales  se  nomment  en 
grec  xpox.ûSeç. 

Pline  (XXI.  17)  mentionne  le  Crocum  sil- 
vestre  et  le  C.  sativiim  ;  ils  correspondent  à 
notre  Crocus  sativus,  L.  (Iriacée).  (D.) 

61.  Smilax,  jeune  fille  qui  fut,  selon  la  fable, 
changée  en  plante  avec  son  amant  Crocus. 

EtCrocon  in  parvos  versum  cum  Smilace  flores 

[praetereo... 

(Ovide,  MfV.,  IV,  283-284.) 
Smilax  aspera,   L.,    Salsepareille  d'Europe, 
Asparaginée  grimpante  de  la  France  méridio- 
nale. (D.) 

62.  Hippuris,  de  '.'tc-os,  cheval,  ôupà  queue, 
allusion  à  la  forme  de  la  plante.  —  «  Equise- 
tum  hippuris  a  Graecis  dicta,...  est  autem  pilus 
terrse,  equinas  setse  similis.  »  PHne,  XXVI,  85. 
Ce  nom,  aujourd'hui  transféré  à  une  Hippu- 
ricacée  (Hippuris  vulgaris,  L.),  désignait  alors 
la  prêleou  Equisetum.  Sainéan(iï.  N.  R.,  122) 
y  voit  VElimosum,  L.  Pour  Fée,  l'hippuris  ou 


CHAPITRE    L 


355 


resemble  à  queue  de  cheval  ;  alopecuros  "%  qui  semble  à  la  queue 

de  renard  ;  psylion  ^^  qui  semble  à  la  pusse  ;  delphinium  'J,  au  daul- 
85   phin  ;  buglosse,  à  langue  de  beuf  "  ;  iris  '\  à  l'arc  en  ciel,  en  ses  fleurs  ; 

myosata  ^^  à  l'aureille  de  souriz  ;  coronopous  ^\  au  pied  de  corneille, 

et  aultres. 

Par  reciprocque  dénomination  sont  dictz   les  fabies,  des  febves  • 

les   pisons,   des  poys  ;  les   lentules,   des  lentiles  ;  les   cicerons,    des 
90  poys  chices  '°. 


Ligne  84.  E  :  regnard  —  A,  E  :  psyllion  —  E  :  pulce 
-  1.  87.  E  :  autres 


1.  85.  E  :  hœuf  —  E  :  ces 


ephedron   de   Pline    est    E.   sylvatiaim    L.    et 
Vhiùpuris  altéra  E.  arvense,  L.  (D.) 

63.  'AXoj7:£/.oupoç  (Théophraste,  H.  P.,  VII, 
10.)  —  de  aXujr.r,^,  renard,  oùpa,  queue  ;  allu- 
sion à  la  forme  de  l'épi.  «  Spicam  habet 
mollem  et  lanuginem  densam,  non  dissirai- 
jem  vulpium  caudis  »,  Pline,  XXI,  61.  Il  s'a- 
git évidemment  d'une  graminée  :  Saccharum 
cylindricimi,  Lmk.  ?  si  on  l'interprète  comme 
Dalechamps  ;  ou  Polypogon  monspelUense ,  Desf.  ? 
pour  Fée.  Pena  et  Lobel  appellent  KKtaT.iv.o-Jooi, 
Theophrasti  et  Cauda  vulpis  Monspelliensium 
notre  Lagurus  ovatus,  L.  —  Le  nom  d'Alo- 
pecurus  désigne  aujourd'hui  un  autre  g.  de  Gra- 
minées, le  Vulpin. 

64.  ^ûXXtov,  psyllium,  herbe  aux  puces,  de 
(LuXXa,  puce,  allusion  à  la  forme  des  graines. 
«  Psyllion...  semine  autem  pulici  unde  et 
nomen»,  Pline,  XXV,  90.  —  C est  Pîantago psyl- 
lium, L. 

65 .  AsXotv'.ov  (Dioscoride,  III,  84),  de  Ô£X(pî;, 
dauphin,  allusion  à  la  forme  du  sépale  supé- 
rieur. Delphinium  Ajacis,  L.,  du  Midi,  ou  D. 
consolida,  L.,  vulg.   pied  d'alouette  ? 

66.  De  lîouç,  bœuf,  yXtocxja,  langue,  allusion 
à  l'aspect  des  feuilles  :  «  bouglossos,  boum 
linguae  similem  »,  dit  Pline,  XXV,  40.  La  bu- 
glosse de  Pline  est,  pour  Sprengel  et  Cazin, 
notre  vulgaire  bourrache,  Borrago  officinalis, 
L.  ;  pour  Fée,  Anchusa  paniculata,  Ait.  ;  Sai- 


néan  (/f.  A''.  R.,  122)  rapporte  la  buglosse  de 
R.  à  Anchusa  italica,  Retz . 

67.  "Ipi;,  allusion  aux  couleurs  diaprées  de 
la  fleur,  qui  rappellent  l'arc-en-ciel  ou  écharpe 
d'Iris,  messagère  de  Junon  :  «  Floret  diversi 
coloris  specie,  sicut  arcus  cselestis,  unde  et  no- 
men »,  Pline,  XXI,  19.  —  C'est  probablement 
Iris  florentina,  L.,  peut-être  aussi  quelque  espèce 
africaine,/.  alatahmV.,  I.  viaurilanica Clusius, 
L  stylosa  Desf.,  I.juncea,  Poir.(D.) 

68.  De  au;,  souris,  ouç,  oreille,  allusion  à  la 
forme  des  feuilles  et  aux  poils  qui  les  couvrent. 
«  Alsine  quam  quidam  myosoton  appellant... 
quum  prorepit  musculorum  aures  imitatur  fo- 
liis»,  Pline,  XXVII,  8.  C'est,  pour  Fée,  Pa- 
rietaria  cretica,  L.  (D.) 

69.  De  xopwviQ,  corneille,  ~o\JC:,  pied,  allusion 
à  la  forme  des  feuilles.  «  Aculeatarum  caules 
aliquarum  per  terram  serpunt,  ut  ejus  quam 
coronopum  vocant  »,  Pline,  XXI,  59.  Fée  y 
veut  voir  une  Crucifère,  Cochlearia  coronopus, 
L.  ;  Sainéan,  une  Légumineuse,  Lotus  ornilho- 
pûdioides,  L.  Mais  la  plante  conservée  dans 
l'herbier  de  Rauwolff,  à  Leyde,  sous  le  nom  de 
Coronopus  vulgaris  est  une  Plantaginée,  notre 
Plantago  coronopus,  L.  (D.) 

70.  Ces  quatre  derniers  exemples  de  déno- 
mination de  familles,  d'après  des  noms  emprun- 
tés à  des  plantes,  sont  cités  d'après  Pline, 
XVII,  3. 


3  56  LE   TIERS    LIVRE 

Comme  encores  par  plus  haulte  resemblance  est  dict  le  nombril 
de  Venus  '",  les  cheveulx  de  Venus  ^%  la  cuve  de  Venus  ^',  la  barbe 
de  Juppiter  '^\  l'œil  de  Juppiler  '',  le  sang  de  Mars  '^  les  doigts  de 
Mercure,  hermodactyles  ",  et  aultres. 


Ligne  92.  E  :  cheveux  —  1.  93.  E  :  Jupiter  —  A,  E  :  doigti  —  I.  94.  A,  E  :  hermoda- 
ctyles manque  —  E  :  autres 


71.  Umbilictis  pendulinus,  D.  C,  Crassula- 
cée,  à  feuilles  radicales  arrondies,  concaves, 
ombiliquées.  C'est  le  cotylédon  de  Pline  (XXV, 
loi).  «  Ce  Cotylédon,  autrement  nommé 
Umbilkus  Veneris  »  a  été  figuré  pour  la  pre- 
mière fois  par  P.  Belon,  Ohs.,  1.  I,  ch.  LUI, 
p.  118,  del'éd.de  1588.(0.) 

72.  Capillus  Veneris  (Apulée,  Heib.  47.)  ; 
Capilli  Veneris  (Platearius)  ;  Cheveux  de  Vé- 
nus (01.  de  Serres),  nom  donné  à  V Adianihum 
(Matthiole,  1.  IV,  ch.  131)  en  raison  de  l'élé- 
gante finesse  de  ses  pétioles.  C'est  le  Capillaire 
de  Montpellier,  Adiantum  capillus  Veneris,  L. 
—  On  nomme  aussi  Cheveux  de  Vénus  la 
Nigella  damascena,  L.  (Renonculacée),  par  al- 
lusion aux  fines  découpures  derinvolucre.(D.) 

73.  «  Labrum  venereum  vocant  in  flumine 
nascentem  »,  Pline,  XXV,  108.  Cette  plante 
n'est  point  aquatique  ;  c'est  le  Siil^axoç  de  Dios- 
coride,  autrement  dit  pour  Fée  le  chardon  à 
foulon,  Dipsacus  fullonum  ;  L.  Sainéan  {H.  N.R., 
123)  préfère  y  voir  le  D.  sylvestris,  Mill.  Dans 
ces  deux  espèces,  les  feuilles,  opposées  et 
connées,  forment  à  leur  base  une  sorte  de 
cuvette  où  s'amasse  l'eau  des  pluies.  (Cabaret 
des  oiseaux.  Lavoir  de  Vénus.)  (D.) 

74.  «[Arbor]  quae  appellatur  Jovis  barba... 
in  rotunditatem  spissa,  argenteo  folio»,  Pline, 
XVI,  31.  C'est,  pour  Fée,  Antbyllisharha  Jovis, 
L.  Le  nom  de  barba  Jovis,  Joubarbe,  a  passé 
depuis  Pline  à  une  Crassulacèe,  Sevipervivimi 
tectoriim,  L.  Cette  plante,  placée  sur  les  toits, 
passait,  dit  Albert  le  Grand,  pour  écarter  la 
foudre  lancée  par  le  dieu  du  tonnerre.  (D.) 

75.  Appellation  qu'on  ne  trouve  pas  chez 
les  Anciens.  Pline  cite  seulement  flos    lovis, 


(XXI,  33),  qui  serait  le  <pXoÇ,  des  Grecs,  et 
notre  Agrostemnia  coronaria,  L.,  ou  Coque- 
lourde  des  jardins  ou,  pour  d'autres,  VA.  fos 
Jovis,  D.C.  Le  Aidç  ôçpûç  ou  Sourcil  de  Jupiter 
était  le  nom  magique  de  notre  Anthémis  (Cota) 
tinctoria  L.  var.  discoidea,  Willd.  Pour  J.-B. 
Porta  et  Saumaise,  cité  par  Le  Duchat,  l'œil  de 
Jupiter  est  la  joubarbe,  notre  Setnpervivum 
tectontm,  L.  ;  et  Brémond,  sans  autre  preuve, 
y  veut  voir  l'aunée.  (D.) 

76.  Sang  de  Mars,  sang  d'Ares,  par  allusion 
à  la  couleur  pourpre  des  fleurs  :  c'est  le  nom 
magique  d'une  Aristolochiée,  VAsantm  etiro- 
pztwi,  L.  ou  cabaret  (cf.  Béjottes,  loc.  cit.,  p. 
157,  158),  qui  est  aussi  VAsaruni  de  Pline. 
(XXI,  78).  M.  Sainéan  dit  (//.  A^.  R.,  124), 
qu'il  s'agirait  de  la  Sanguinaire  ;  vise-t-il  notre 
Geraniîifn  sangtiineum ,  L.,  qui  porte  ce  nom, 
ou  la  Sanguinaria  de  Pline  qui  serait,  d'après 
Fée,  le  Polygonuni  aviciilare,  L.  ?  (D.) 

77.  'EpiJ-oBaxTuXoî,  (Diosc.  IV,  42),  Hermo- 
dacte  (Jacques  Psychriste  in  Alexandre  de  Tral- 
les),  Hermodette  (Aldebrandin),  Hermodacte 
(Hortus  sanit.,  A.  Paré),  Hermodactile  (Mon- 
deville),  Ermodaucle,  Hermodaucle  (Platearius) 
Ce  nom  désigne  un  tubercule  importé  du  Le- 
vant, connu  de  Dioscoride  sous  le  nom  d'éphé- 
mère ou  colchique,  déjà  vanté  par  Mésué  contre  la 
goutte,  et  d'ailleurs  encore  usité  en  thérapeu- 
tique anti-goutteuse.  C'est  le  Colchictivi  avtmn- 
nale.  L.  Planchon  a  voulu  —à tort  —y recon- 
naître le  C.  variegatum,  L.  Sainéan  (//.  N.  R., 
124)  y  discerne  soit  C.  illyricum  (?),  soit  Iris 
iuberosa,  L.  Le  nom  d 'hermodacte  a  été  aussi 
appliqué  parles  Arabes  au  Sisyrinoiiim  de  Théo- 
phraste,  qui  est  le  petit  colchique  d'Egypte,  C 


CHAPITRE    L 


357 


95  Les  aultres  de  leurs  formes,  comme  trefeuiP^  qui  ha  trois  feueilles  ; 
pentaphyllon  ^^  qui  ha  cinq  feuilles  ;  serpoullet  ^°,  qui  herpe  contre 
terre;  helxine^',  petasites  ^%  myrobalans  ^^  que  les  Arabes  appellent 
béen  ®'*,  car  ilz  semblent  à  gland  et  sont  unctueux. 


Ligne  95.  E  :  autres  —  A  :  trefeueil;  E  : 
E  :  fueilles 

motanutn,  L.  Enfin  Hermodactyle,  doigt  d'Her- 
mès, est  encore  le  nom  magique  de  la  poten- 
tille  quintefeuille,  dite  aussi  hermobotane  ou 
hermopsoa  (Potentilla  reptatis,L.).  Cf.  sur  cette 
question  fort  embrouillée  A.  Delpeuch,  La 
goutte  et  le  rhumatisme,  Paris,  Carré,  Naud, 
1900,  in-8°,  ch.  XX.  (D) 

78-.  TpîçuXXov,  trt/ûlium,  allusion  auxfeuilles, 
composées  de  trois  folioles,  de  la  plante.  «Folio 
coronat  et  trifolium  »,  dit  Pline,  XXI,  30,  qui 
en  décrit  trois  espèces  :  1°  minyanthès  ou  as- 
phaîtion,  qui  serait  pour  Fée  Psoralea  bitiiminosa, 
L.  (à  ne  pas  confondre  avec  avec  le  ményanthe 
de  Théophraste  (IV,  1 1),  qui  est  le  trèfle  d'eau, 
Menyanthes  trifoliata,  L.).  2°  Oxytriphyllon. 
30  Minutissimum. 

Il  est  probable  que  R.  vise  ici  le  trefeuil 
(treuffle),  notre  trèfle  fourrager,  du  G.  Trifolium 
qui  comprend  de  nombreuses  espèces. (D.) 

79.  Pentaphyllon,  quintefeuille,  allusion  aux 
feuilles  digitées,  à  cinq  folioles,  de  la  plante. 
«Quinquefolium...  Grasci... pentaphyllon...  vo- 
cant  ».  (Pline,  XXV,  62).  Cesi  Potentilla  rep- 
tans,  L.  (Rosacée.)  (D.) 

80.  «  Serpyllum  a  serpendo  putant  dictum,  » 
Pline,  XX,  90.  C'est  le  Serpolet,  Thymus  ser- 
pyllum, L.  (Labiée.)  (D.) 

81.  Helxine,  de  f/.y.w,  j'attire,  allusion  à  la 
rudesse  des  graines  qui  s'attachent  aux  passants. 
Pline  décrit  sous  le  nom  d'Helxine  (XXI,  56), 
notre  Acarna  gummijera,  Willd.,  à  feuilles 
épineuses,  —  et  ailleurs  (XXII,  19),  sous  le 
même  nom,  une  autre  plante  :  «  Semina  in 
capitibus  lappaceis  adhîerentia  vestibus,  unde 
et  helxinem  dictam  volunt.  »  Ce  serait  notre 
Pariétaire,  Parietaria  o/ficinalis,  L.,  Urticacée 
qui,  dit  O.  de  Serres,  «  croist  sur  les  mu- 
railles sans  nul  soin...  on  l'appelle  aussi...  hel- 
xine parce  qu'elle  a  rude  semence,  s'attachant 
aux  habits.  «  (Tljédtre  cT Agriculture,  Rouen, 
Vaultier,  1663,  in-4°,  1.  VI,  p.  569).  Le  Sei- 
gneur du  Pradel  a  copié  Pline  sans  contrôle  : 


trefueil  —  E  :  fueilles  —  1.  96.  A  :  feueilles  ; 


les  achaines  de  la  pariétaire  sont  lisses, 
luisantes  ;  seules  les  feuilles,  rudes  et  velues, 
pourraient  s'agripper  à  qui  les  frôle. 

L'éàÇîvy)  de  Galien  (De  simpl.  med.,  fac.  VI), 
et  Dioscoride(IV,  39),  répond  soit  à  Polygonum 
dumetorum,  L.,  soit  à  Convolvulus  arvensis,  L., 
soit  selon  Sibthorp,  â  Antirrhinum  xgyptia- 
cum,  L. 

82.  De  r.i-aaoi,  chapeau,  parasol,  allusion  à 
l'aspect  des  feuilles.  C'est  le  r.exaa'.xr\i  deDios- 
coride  (IV,  108),  et  quelque  espèce  de  notre 
g.  Pelasites.  (Composées.)  (D.) 

83.  Mirobolanz  (Platearius),  myrobalan, 
mirobolan  (Antid.  Nicolas),  Mirabolain  (Hor- 
tussanit., 1^00). —  «  Myrobalanum  Troglody- 
tis  et  Thebaïdi  et  Arabiae...  commune  est, 
nascens  unguento,  quo  item  indicatur  et 
glandem  esse  arboris,  heliotropio...  simili 
folio  »,  Pline,  XII,  46.  Fée  veut  y  recon- 
naître le  Moringa  oleifera,  Lmk.  (M.  ptery- 
gosperma,  Gïertn.)  des  Indes  orientales.  Il  pa- 
raît plus  probable  de  rapporter  le  myrobolan 
des  Anciens,  avec  de  CandoUe  et  Planchon,  à 
Moringa  aptera,  Gœrtn.  Quant  aux  myro- 
balans  de  la  pharmacopée  moderne,  inconnus 
aux  Anciens,  et  introduits  dans  la  thérapeu- 
tique par  les  Arabes,  ce  sont  des  drupes  de  diver- 
ses esp.  du  G.  Terminalia  (Combrétacée)  de 
l'Inde,  et  des  fruits  de  VEmblica  officinalis, 
G;£rtn.  (Euphorbiacée.)(D.) 

84.  Been  ou  ben,  mot  arabe  tiré  du  Canon 
d'Avicenne,  et  encore  usité  en  botanique 
moderne  :  le  behen  blanc  est  notre  Lychnis 
dioïca,  D.  C. 

D'après  Devic  (Suppl.  du  Dict.  de  Littré) 
il  faut  distinguer  dans  le  Ben  des  Anciens  : 
10  Le  fruit  du  Moringa  oleifera,  ou  bin  des 
Arabes,  dont  la  semence,  ben  album  des  offi- 
cines, fournit  une  huile  à  la  parfumerie,  2°  les 
behen  blanc  et  rouge  (du  persan  behmen),  cités 
par  Rhazi,  et  qui  sont  les  racines  de  la  Centau- 
rea  behen.  (D.) 


Pourquoy  est  dicte  Pantagnielion,  et  des  admirables  vertus  d'icelk. 

Chapitre   LI. 

Par  ces  manières  (exceptez  la  fabuleuse,  car  de  fable  jà  Dieu  ne 
plaise  que  usions  en  ceste  tant  véritable  histoire)  est  dicte  l'herbe 
5  Pantagruelion,  car  Pantagruel  feut  d'icelle  inventeur;  je  ne  diz 
quant  à  la  plante,  mais  quant  à  un  certain  usaige,  lequel  plus  est 
abhorré  et  hay  des  larrons,  plus  leurs  est  contraire  et  ennemy  que 
ne  est  la  teigne  '  et  cuscute  ^  au  lin,  que  le  rouseau  à  la  fougère  ',  que 
le  presle  aux  fauscheurs  *,  que  orobanche  aux  poys  chices  ^  asgilops 


Ligne  2.  A  :  47  ;  E  :  XLVII —  1.  3.  E  :  exceptée  —  1.  5.  E  :fut  —  1.  5-6.  E  :  dy pas 
quand  —  1.  6.  E  :  quand  —  1.  7.  E  :  leur  —  1.  8.  A,  E  :  tie^t  —  E  :  que  rouseau  — 
1.  8-1 1.  A,  E  :  que  la  presle...  aux  murailles  manque 


1.  Ce  mot  parait  être  ici  synonyme  de  cus- 
cute ;  mais  les  anciens  l'appliquaient  aussi  aux 
insectes  parasites  des  végétaux  :  «  Tinese  ver- 
miculis  similes  constant,  quibus  paulatim  ma- 
teries  perforatur  »,  dit  Théophraste  {H.  P., 
1.  V,ch.  s).  Pline(l.  XVII,ch.44)et  Columelle 
(1.  V,  ch.  10)  nomment  aussi  teignes  les  in- 
sectes qui  attaquent  les  plants  de  figuiers.  (D.) 

2.  Ciiscuta,  vulgairement  teignasse,  cheveux 
de  Vénus,  genre  de  Cuscutacées,  qui  vit  en 
parasite  sur  diverses  plantes.  «Miliaria  appella- 
tur  herba  quse  necat  milium  »,  Pline,  XXII, 
78.  C'est,  pour  Sainéan,  Cuscuîa  europxa,  L. 
Mais  la  cuscute  du  lin,  qu'O.  de  Serres  nomme 
pialer  ou  goutte  de  lin  {Théâtre  d'agric,  1.  VII), 
est  la  discuta  densiflora,  S.  W.  (D.) 

3.  Allusion  à  diverses  susperstitions  relevées 
par  Pline  :  «  Aiunt  et  circa  solstitium  avulsas 
[filices]  non  renasci,  nec  arundine  sectas 
necexaratasarundinevomeri  imposita  »  (XVIII, 
8).  Et  ailleurs  (XXIV,  50),  la  racine  de  roseau 


broyée  et  appliquée  fait  sortir  les  échardes  de 
fougère  entrées  dans  la  peau,  et  réciproque- 
ment la  racine  de  fougère  tire  les  échardes  de 
roseau.  —  De  quel  roseau  s'agit-il  ici  ?  Pline 
en  mentionne  vingt-neuf  espèces.  Varundo 
des  Latins  est  généralement  A .  phragtniies ,  L., 
roseau  à  balais  ;  et  le  roseau  à  flûte  des  poètes 
A.  donax,  L.,  roseau  à  quenouille. 

4.  Prêle,  nom  vulgaire  de  diverses  esp.  du 
G.  Equisetum  (Equisétacées).  Pline  a  déjà  no- 
té ((<  Equisetum ...  in  pratis  vituperata  nobis. . .  », 
XXVI,  85)  le  discrédit  où  les  tiennent  les 
faucheurs  :  soit  parce  que  c'est  une  plante  sans 
valeur  et  qui  gâte  le  reste  du  fourrage,  soit 
parce  qu'elle  émousse  le  tranchant  de  la  faux. 
C'est  en  effet  un  des  végétaux  les  plus  riches 
en  silice  :  ses  cendres  en  renferment  90%.  Ajou- 
tons que  les  Equisetum  palustre  et  sylvaticum 
sont  toxiques  pour  les  bovidés.  (D.) 

5.  Tout  ce  passage  est  inspiré  de  Pline. 
(XVIII,  44.)  —  Orobanche  (de  opooo;,  ers, 


CHAPITRE   LI 


359 


lo  à  l'orge  *,  securidaca  ^  aux  lentilles,  antranium  '  aux  febves,  l'yvraye  ^ 
au  froment,  le  lierre  aux  murailles  '°,  que  le  nenufar  ''  et  nymphœa 


Ligne  1 1 .  A  :  nymphœa 

«Y'/.w,  j'étrangle,  allusion  au  parasitisme  de  ces 
plantes  sur  les  légumineuses),  genre  de  plan- 
tes parasites  de  la  fam.  des  Orobanchées.  — 
«  Est  herba  quse  cicer  enecat  et  ervum,  circum- 
ligando  se  :  vocatur  orobanche  »,  dit  Pline, 
XVIII,  44.  Mais  ce  texte  s'applique  plutôt, 
comme  le  fait  remarquer  Fée,  à  la  cuscute. 
(C.  eurcpma,  L.  ?)  Par  contre,  la  plante  que 
Pline  décrit  ailleurs  (XXII,  80),  sous  le  même 
nom  d'orobanche  ou  cynomorion  est  bien  une 
orobanche  :  soit  0.  caryophyllacea,  Smith,  soit 
O.  (Phelypœa)  ramosa,  L.  De  Candolle  assure 
qu'O.  ramosa  nuit  beaucoup,  en  Italie,  aux 
plantations  de  fèves.  L'orobanche  du  pois  chi- 
che est  O.  speciosa,  D.  C.(D.) 

6.  «  Hordeum  [enecat]  festuca  quse  voca- 
tur £gilops,  »  dit  Pline,  XVIII,  44.  Il  s'agit  ici 
pour  Fée,  de  l'jEgylops  ovata,  L.,  qui  naît  au 
milieu  de  l'orge  (  «  in  hordeo  nascitur,  «> 
Pline,  XXV,  95),  la  refoule  et  l'étouffé.  Dale- 
champs  et  le  P.  Hardouin  ont  voulu  y  recon- 
naître notre  Avena  sterilis,  L.  Hugues  de  Solier, 
dans  ses  Scholies  sur  Attius,  rapporte  également 
VMgyhps  au  Sivado  fera  des  Provençaux  {A . 
sterilis.  L.).  Enfin  pour  Ch.  Estienne  ce  serait 
la  folle  avoine  ou  Havron  des  paysans  :  autre- 
ment dit  notre  Avena  fatua,  L.  (D.) 

7.  ft  Lentem  [enecat]  herba  securidaca 
quam  Grasci  a  similitudine  pelecinon  vocant  », 
dit  Pline,  XVIII,  44.  Théophraste  dit  au  con- 
traire qu'elle  nuit  à  Vaphaca  :  «  In  aphacis  au- 
tem  securina  securi  similis  y).  (H.  P.,  VIII,  8.) 
Securidaca,  de  Securis,  hache,  allusion  à  l'as- 
pect de  la  gousse  recourbée  en  forme  de  hache 
à  deux  tranchants.  On  y  a  voulu  reconnaître 
Astragalushamosus,L.  (Securidaca  niinor  de  Rau- 
wolf),  et  Securigera  coronilla,  D.  C.  Fée  pen- 
che pour  Biserrula  pelecinus,  L.  (D.) 

8.  Antranium,  graphie  vicieuse  qui  n'existe 


que  dans  l'éd.  incunable  de  Pline,  Venise,  1469, 
et  que  R.  a  copiée  sans  plus  ample  informé. 
Les  éd .  ou  traductions  postérieures  portent  a/«ra- 
num  (Paris,  15 16),  ateramnos,  ateramos  (du  Pi- 
net,  i ')62) ateramon,  ateratnum,  teramum,  tera- 
mnon,teranion.Da.nsThéophr3.ste(H.  P.,  VIII, 
9),  àTe?â!i.ojv  signifie  dur  cru,  difficile  àcuire,  et 
TEoajAwv  tendre.  Ailleurs  {Décausis  plant.,  IV, 
14)  Théophraste  parle  des  fèves  qui  poussent 
aux  environs  de  Philippes  et  que  les  vents  froids 
durcissent.  Pline  a  copié  ce  passage  à  la  légère 
prenant  ces  adjectifs  pour  le  nom  de  plantes 
nuisibles  aux  fèves  :  «  Circa  Philippos  antranium 
nominant  in  pingui  solo  herbam  qua  faba  ne- 
catur;  teramum  quumin  macro, cumudam  qui- 
dam ventus  adflavit»  (XVIII,  44).  «Aux  envi- 
rons de  la  ville  de  Philippes,  il  en  est  une  [plante] 
qui  fait  périr  la  fève  ;  on  l'appelle  ateramon 
quand  elle  croît  dans  un  terrain  gras,  et  tera- 
mon  quand  elle  vient  dans  un  terrain  maigre , 
et  tue  la  fève  qui  a  reçu  l'impression  du  vent 
étant  mouillée  ».  Et  Duchesne  tombe  dans 
le  même  contresens  :  «  ateramon,  herba  fabas 
enecans  ».  (D.) 

9.  «  Lolium  ex  tritico  et  hordeo  corruptis 
nascitur  »  (Théophr.,  H.  P.,  VIII, 8).  —  «Lo- 
lium inter  frugum  morbos  potius  quam  inter 
terrée  pestes  memoraverim  »,  dit  Pline,  XVIII, 
44).  Lolium  temulentum,  L.  Graminée.  Les 
graines  renferment  une  saponine  toxique, 
la  témuline  ;  mêlées  aux  céréales  comestibles, 
elles  peuvent  entraîner  des  intoxications  (té- 
mentulisme).  (D.) 

10.  Lierre,  Hedera  hélix  L.,  hédéracée  qui, 
par  ses  racines  adventices,  s'accroche  aux  vieux 
murs.  «Inimica...  omnibus:  sepulcra,  muros 
rumpens  »,  dit  Pline,  XVI,  62.  (D.) 

1 1 .  Nénufar,  mot  bas-latin  qui  dès  le  début 
du  xvi=  siècle  tend  à  se  substituer  à  nymphxa. 


360 


LE  TIERS    LIVRE 


heraclia'^  aux  ribaux  moines,  que  n'est  la  férule  ''  et  le  boulas  '"  aux 

escholiers   de  Navarre  ■^  que  n'est  le   chou   à  la  vigne  '\  le  ail  à 

l'aymant  '^  l'oignon  à  la  veue  '^  la  graine  de  fougère  aux  femmes 

15   enceinctes  '^  la  semence  de  saule  aux  nonnains  vitieuses^",  l'umbre 


Licrne  12.  E  :  heraclea  ;  E  :  rihaulx  moynes  —  1.  13.  A  :  l'ayl  ;  E  :  Vayal  à 


12.  Nymphxa  heraclia,  allusion  mytholo- 
gique :  «  Nymphaeanata  traditur  nymphâ  zelo- 
typia  erga  Herculem  mortua,  »  Pline,  XXV, 
37.  Pline  décrit  deux  espèces  de  ce  dernier  : 
celui  dont  la  fleur  est  semblable  au  lis,  notre 
Nymphza  alba,  L.,  et  celui  à  fleur  jaune  qui  est 
probablement  notre  Ntifar  lutenm,  Sm.  En 
disant  nénufar  et  nymphéa,  R.  entend-il  mar- 
quer qu'il  fait  la  diff'érence  des  deux  espèces  ? 
Pline  mentionne  déjà  (XXV,  37)  les  vertus 
antiaphrodisiaques  de  la  racine  de  nénufar  : 
«  Eos  qui  biberint  eam  duodecim  diebus  coitu 
geniturâque  privari  ».  (D.) 

13.  Ferulacommtin{5,D.C.,  ombellifère  dont 
la  tige  servait  à  fustiger  les  écoUers. 

Invisas  nimium  pueris,  grataeque  magistris 

Clara  Prometheo  munere  ligna  sumus,  dit 

Martial,  X,  62,  10.  Et  Juvénal,  Sat.,  I,  v.  15  : 

Et  nos  ergo  munum  fenilœ  subduximus.  (D.) 

14.  Bouleau. 

15.  Sur  ce  collège,  voir  1.  II,  ch.  XVI,  n.  7. 

16.  «  Pernicialia  et  brassicas  cum  vite  odia  : 
ipsum  olus  quo  vitis  fugatur,  adversum  cycla- 
mino...  arescit  »,  dit  Pline, XXIV,  i.  c  Le 
chou,  disent  Ch.  Estienne  et  J.  Liébault,  ne 
doit  estre  planté  prés  la  vigne,  ny  la  vigne  prés 
du  chou  :  car  il  y  a  si  grand  inimitié  entre 
ces  deux  plantes  que  les  deux  plantes  en  un 
mesme  terroir  aj'ant  prins  quelque  croissance 
se  retournent  arrière  l'un  de  l'autre  et  n'en  sont 
tant  fructueuses.  »  (L'agricuUnre  et  maison  rus- 
tique, nouvelle  éd.,  Rouen,  Laudet,  1625,  in- 
40,  1.  II,  p.  15 5.)  Cette  assertion  est  d'ailleurs 
d'origine  légendaire  :  d'après  une  tradition 
transmise  par  le  scoliasie  d'Aristophane  {Les 
Chevaliers'),  Lycurgue,  roi  de  Thrace,  ayant 
fait  détruire  les  vignes,  un  cep  qu'il  allait 
trancher  l'enlaça  tout  à  coup  de  ses  sarments. 


Devinant  la  vengeance  de  Bacchus,  le  barbare 
se  mita  pleurer  ;  de  ses  larmes  naquit  le  chou, 
remède  traditionnel,  préventif  et  curatif  de 
l'ivresse.  (D.) 

17.  Légende  antique  :  «  La  pierre  d'aimant 
n'attire  point  le  fer  quand  il  est  frotté  d'ail  », 
dit  Plutarque  en  ses  Symposiaques  (1.  II,  quest. 
7).  Cf.  ce  que  R.  dit  plus  loin  (1.  V,  ch.  37) 
du  Scordeoii.  Un  écrivain  médiéval,  Philippe  de 
Mézières,  raconte  encore  que  des  nautonniers 
méridionaux  ayant  un  jour  frotté  d'ail  leur 
boussole,  ou  calamité,  ils  perdirent  leur  direc- 
tion :  car  cette  «  souillure  empêche  l'aiguille 
de  regarder  l'étoile  belle,  claire  et  nette  » 
(l'étoile  polaire  ou  tramontane).  (D.) 

18.  (' Omnibus  etiam  [cepae  generibus]  odor 
lacrimosus  »,  dit  Pline,  XIX,  32.  L'oignon 
renferme  du  sulfure  d'allyle,  irritant  pour  la 
muqueuse  conjonctivale.  (D.) 

19.  «  Si  [filix  fœniina]  mulieribus  gravidis 
detur,  abortum  facere,  si  ceteris,  stériles  in  to- 
tum  reddere  aiunt  »  (Théophraste,  H.  P.,  IX, 
20).  «Neutra  [filix]  danda  muHeribus,  quoniam 
gravidis  abortum,  cteteris  sterilitatem  facit  » 
(Pline,  XXVII,  55).  — Le  r.-ipk  de  Diosco- 
ride  et  Théophraste,  blechnon  ou  Fougère 
mâle  de  Pline,  est  pour  Fée  notre  Polypodium 
[Polystichum]  filix  mas,  L.  Le  OiriXujtTspî;  de 
Théophraste  et  Dioscoride,  Nymphsea  pteris  ou 
filix  femina  de  Pline  est  pour  Fée  notre 
Polypodium  [aspknium]  filix femitia,  L.  La  fou- 
gère mâle  passait  jadis  pourabortive.  On  ne  lui 
reconnaît  plus  que  des  vertus  tasnifuges,  encore 
que  les  propriétés  toxiques  de  la  lilicine  en 
rendent  l'emploi  peu  recommandable  pour  la 
femme  enceinte.  (D.) 

20.  «  Semen  salicis  mulieri  sterilitatis  medi- 
camentum  esse  constat  »,  dit  Pline,  XVI,  46. 


CHAPITRE  LI 


361 


de  if  aux  dormans  dessoubs  ",  le  aconite  '"  aux  pards  "'  et  loups  '^ 
le  flair  du  figuier  aux  taureaux  indignez  ^\  la  ciguë  aux  oisons  ^\  le 
poupié  aux  dents  '^  l'huille  aux  arbres  ^^  ;  car  maintz  d'iceulx  avons 
veu  par  tel  usaige  finer  '^  leur  vie  hault  et  court,  à  l'exemple  de 
20  Phyllis,  royne  des  Thraces  '^  de  Bonosus,  empereur  de  Rome  ^°,  de 


Ligne  lé.  E  :  pars  —  1.  17.  A  :  oisons  ;  E  :  oysoyis  —  1.  18.  E  :  poulpié 


«  L'écorce,  les  feuilles  et  la  semence  du  Saule 
sont  astringentes  et  rafraîchissantes,  dit  Leme- 
ry  ;  on  en  fait  prendre  la  décoction  pour  arrê- 
ter les  ardeurs  de  Vénus  ».  (Dict.  des  drogues 
simples,^.  770.)  La  pharmacopée  emploie  en- 
core comme  antispasmodique  le  Salix  nigra 
(D.) 

21.  If,  Taxus  haccata,  L.  (Junipéracée.)  — 
L'ombrage  de  l'if  est  dangereux,  dit  Dioscoride, 
surtout  quand  il  est  en  fleur,  ajoute  Plutarque  : 
«  Ut  qui  obdormiant  sub  eâ  cibumve  capiant 
moriantur  »,  enchérit  Pline,  XVI,  20.  Mais 
Pena  et  Dalechamps  assurent  le  contraire,  et 
avec  raison.  Les  observations  d'éruption  mi- 
liaire  rapportées  en  1 789  par  Harmand  de  Mont- 
garni  ne  semblent  pas  relever  de  cette  cause. 
L'if  renferme  un  alcaloïde,  la  taxine  de  Mar- 
mé,  et  un  glucoside,  la  taxicatine  de  Lefebvre. 
Mais  ils  ne  sont  pas  volatils  ;  on  n'a  observé 
d'empoisonnements  que  par  ingestion  de  dru- 
pes chez  les  enfants  ou  de  feuillage  chez  les 
équidés.  CD-) 

22.  Aconitum  (Jean  Lemaire, ///.  rf^i  GflM/fi, 
I,  20)  ;  Aconite  (d'Aubigné,  IV,  74  ;  Ron- 
sard) ;  Aconit  (A.  Paré).  —  Aconitum,  genre 
de  Renonculacées  qui  renferme  divers  principes 
toxiques,  parmi  lesquels  des  alcaloïdes,  aconi- 
tine,  napelline,  etc.  L'aconit  à  fleurs  jaunes 
des  Alpes,  A.  lycoctonum,  L.  (de  Xjxoç,  loup, 
xTstvfo,  je  tue),  ou  tue-loup,  contient  un  alca- 
loïde particulier  que  Goris  distingue  de  l'aco- 
nitine  sous  le  nom  de  lycoctonine.  On  le  mê- 
lait, haché,  à  une  pâtée  de  viande  pour  empoi- 
sonner les  loups  et  autres  animaux  malfaisants  : 
«  Pantheras  perfricatâ  carne  aconito,  vene- 
num  id  est,barbari  venantur  »,  dit  Pline,  VIII, 

LE   TIERS   LIVRE. 


41,  et  XXVII,  2  :  Tangunt  carnes  aconito,  ne- 
cantque  gustatu  earum  pantheras  ».  (D.) 

25.  Léopard  d'Afrique  ou  panthère  (Felis 
pardus  L.),  pardalis  d'Aristote,  pardus  de  Lu- 
cain  et  de  Pline,  cf.  H.  N.,  VIII,  23  :  «  Pardos, 
qui  mares  [panthera;]  sunt,  appellant  ».  (D.) 

24.  «  D'après  Pline,  XXIII,  64,  «  Caprificus 
tauros  quamlibet  féroces,  collo  eorum  circum- 
data,  in  tantum  mirabili  natura  compescit  ut 
immobiles  prîestet.  »  Cette  légende  se  retrouve 
dans  Plutarque  (Ouast.  Sympos.,  Il,  7)  et 
Isidore  de  SéviUe  (Orig.,  XVII,  7).  Il  s'a- 
git ici  du  figuier  sauvage,  Ficus  carica.  L.  (D.) 

25.  R.  a  mal  lu  :  c'est  l'ortie  que  Pline  (X, 
79)  accuse  de  nuire  aux  oisons  :  «Pullis  eo- 
rum [anserum]  urtica  contactu  mortifera  ».  Au 
reste,  la  ciguë  ne  leur  serait  pas  moins  perni- 
cieuse. (D.) 

26.  R.  a  mal  lu  :  «  Mobiles  dentés  stabilit 
commanducata  [porcilaca]  »,  dit  au  contraire 
Pline,  XX,  81.  «  Commanducata  dentium 
stupores  sedat  »,  écrit  aussi  Dioscoride,  II,  117. 
Il  est  à  noter  que  ce  sont  là  vertus  attribuées 
au  pourpier  cultivé,  Poriulaca  oleracea,  L.,  mais 
Pline  les  insère,  par  erreur,  au  chapitre  de  son 
Porcilaca,  peplis  ou  pourpier  sauvage,  qui  est 
Euphorhid  peplis,  L.,  plante  au  latex  acre  et  cor- 
rosif. Au  reste,  le  pourpier  n'a  pas  plus  d'ac- 
tion sur  les  dents  et  gencives  que  les  autres 
salades.  (D.) 

27.  D'après  Pline,  XVII,  37  :  «  Pix,  oleum, 
adeps  inimica  prsecipue  novellis  ».  (D.) 

28.  Finir.  Archaïsme. 

29.  D'après  Ovide,  Héroïdes,  II,   141, 

30.  Empereur  romain  (me  s.  après  J.-C.) 
qui  se  pendit  après  qu'il  eut  été    vaincu   par 

46 


362 


LE   TIERS    LIVRE 


Amate,  femme  du  roy  Latin  '',  de  Iphis  '%  Auctolia  '\  Licambe  '^, 
Arachne  ^\  Phasda  ^^  Leda  '",  Acheus  ^^  roy  de  Lydie,  et  aultres, 
de  ce  seulement  indignez  que,  sans  estre  aultrement  mallades, 
par  le  Pantagruelion  on  leurs  oppiloit  les  conduitzpar  les  quelz  sortent 

25  les  bons  motz  et  entrent  les  bons  morseaux,  plus  villainement  que 
ne  feroit  la  maie  angine  '^  et  mortelle  squinanche. 

Aultres  avons  ouy,  sus  l'instant  que  Atropos  ^°  leurs  couppoit  le 
fillet  de  vie,  soy  griefvement  complaignans  et  lamentans  de  ce  que 
Pantagruel    les    tenoit    à    la    guorge  ;  mais   (las)    ce    n'estoit    mie 

30  Pantagruel,  il  ne  feut  oncques  rouart^'  ;  c'estoit  Pantagruelion,  faisant 


Ligne  22.  A,  E  :  Phœda,  Leda  manque  —  E  :  autres  —  1.  23.  E  :  autrement  —  A, 
E  :  malades  —  1.  24.  A,  E  :  conduicti  —  1.  25.  A,  E  :  morseaulx  —  ^  :  et  aussi  plus 
vaillamment  que  ne  serait  — 1.  27.  E  :  Autres  —  1.  29.  E  :  gorge  —  1.  29-30.  A,  E  :  ce 
n'estait  mie  luy  —  E  -.fut 


Probus.  Il  pouvait  boire  prodigieusement,  sans 
perdre  son  sang-froid.  Voir  Vopiscus,  Bonosus, 

14,  IS.(P-) 

31.  Elle  se  pendit  de  rage,  n'ayant  pu  em- 
pêcher le  mariage  de  sa  fille  Lavinie  avec  Enée. 
Cf.  Virgile,  Enéide,  XII,  602.  (P.) 

32.  Iphis  se  pendit  du  désespoir  d'être  dé- 
daignée d'Anaxarète.  V.Ovide,  Métamorphoses, 
XIV,  698.  (P.) 

33.  Autolyca,  mère  d'Ulysse,  se  pendit, 
d'après  Eustathe,  in  Ody.,  XI,  196,  lorsque 
Nauplius  imagina,  par  vengeance,  de  lui  dire 
qu'Ulysse  était  mort.  (P.) 

34.  Citoyen  de  Thèbes,  que  les  attaques  du 
poète  Archiloque  poussèrent  à  se  pendre.  Cf. 
Homce.,  Épod.,  Vl,i^,et  Êpîtres,!,  19,  25. (P.) 

55.  Sur  le  suicide  d'Arachné,  voir  Ovide, 
Métamorphoses,  VI,  5. 

36.  Phèdre.  Cf.  Euripide,  Hippolyte,\.'j'jg. 

37.  Léda  ne  s'est  point  pendue.  Ce  nom  est 
entré  dans  le  texte  par  une  erreur  du  typo- 
graphe qui  aura  mal  lu  Phxdra. 

38.  D'après  Ovide,  Ihis,  301,  ses  sujets 
l'auraient  pendu,  au  bord  du  Pactole  parce 
qu'il  les  accablait  d'impôts.   Il  est  difficile  de 


dire  si  R.  a  constitué  lui-même  cette  liste  de 
gens  qui  sont  morts  par  pendaison  ou  s'il  l'a 
trouvée  toute  faite  dans  les  recueils  d'exem- 
ples qui  avaient  cours  de  son  temps.  Voir 
Plattard,  Uœuvre  de  R.,  p.  274. 

39.  Angine,  angina  (Ce\se)dtaiigere,  étran- 
gler. Squinanche,  Synanche  (Galien)  (de  aJv, 
ayyw,  étrangler)  ou  esquinancie,  noms  sous 
lesquels  les  anciens  auteurs  désignaient  les  af- 
fections suffocantes  aiguës  du  pharynx  et  dula- 
rynx  :  angines,  croup,  phlegmons  amygda- 
liens,  rétropharyngiens,  etc.  Ce  terme  était 
comme  on  voit  un  peu  confus  :  «  Nos  apoti- 
caires  barbiers  ne  sçachantz  aucunement  discer- 
ner des  accidentz  qui  adviennent  en  ces 
parties,  lesquels  sans  rien  excepter  ilz  appellent 
Squinancie  »,  dit  Lisset  Benancio,  Déclaration 
des  abui  et  tromperies  que  font  les  apoticaires.  Mé- 
decine anecdotique,  hist.  et  littéraire,  1901, 
p.  302.  (D.) 

40.  L'Inflexible,  nom  d'une  des  Parques. 

41.  Bourreau.  «  Rouart,  dit  Robert  Estienne 
(1549),  c'est  à  dire  prevost  des  mareschaux, 
pour  ce  qu'il  faict  mettre  les  malfaiteurs  sur  la 
roue  ».  (Sainéan,  t.  II,  p.  114.) 


CHAPITRE    LI  363 

office  dehart  et  leurs  servant  de  cornette'*^  ;  et  parloient  improprement 
et  en  solœcisme,  si  non  qu'on  les  excusast  par  figure  synecdochique'^', 
prenens  l'invention  pour  l'inventeur,  comme  on  prent  Ceres  pour 
pain,  Bacchus  pour  vin.  Je  vous  jure  icy,  par  les  bons  motz  qui  sont 

35  dedans  ceste  bouteille  là  qui  refraichist  dedans  ce  bac,  que  le  noble 
Pantagruel  ne  print  oncques  à  la  guorge  si  non  ceulx  qui  sont 
negligens  de  obvier  à  la  soif  imminente  ^^. 

Aultrement  est  dicte  Pantagruelion  par  similitude;  car  Pantagruel, 
naissant  on  monde,    estoit  autant   grand   que  l'herbe  dont  je   vous 

40  parle,  et  en  feut  prinse  la  mesure  aisément,  veu  qu'il  nasquit  on 
temps  de  altération,  lors  qu'on  cuille  ladicte  herbe  et  que  le  chien 
de  Icarus  ^\  par  les  aboys  qu'il  faict  au  soleil,  rend  tout  le  monde 
troglodyte  et  constrainct  habiter  es  caves  et  lieux  subterrains. 

Aultrement  est  dicte  Pantagruelion  par  ses  vertus  et  singularitez  ; 

45  car,  comme  Pantagruel  a  esté  l'Idée  et  exemplaire  de  toute  joyeuse 
perfection  (je  croy  que  personne  de  vous  aultres,  beuveurs,  n'en 
doubte),  aussi  en  Pantagruelion  je  recongnoys  tant  de  vertus,  tant 
d'énergie,  tant  de  perfection,  tant  d'effectz  admirables,  que,  si  elle 
eust  esté  en  ses  qualitez  congneue  lors  que  les  arbres  (par  la  relation 

50  du  prophète)  ^^  feirent  élection  d'un  roy  de^boys  pour  les  régir  et 
dominer,  elle  sans  doubte  eust  emporté  la  pluralité  des  voix  et 
suffrages. 


Ligne  33.  E:  prenant  —  1.  36.  E  :  gorge  —  1.  38.  E  :  Autrement  —  1.  39.  E  :  au 

monde  —  E  :  autand  —  1.  40.  E:  fut  —  E  :  aysement  —  1.  40-41.  E  :  au  temps  d'altéra- 
tion —  1.  43.  E  :  contrainct  —  E  :  soubterrains  —  1.  44.  E  :  Autrement  —  1.  46.  E  : 
parfection  — ■  E  :  autres  —  1.  47.  A  :  aussy  —  1.  52.  E  :  suffraiges 

42.  Pièce  d'étoffe  portée  autour  du  cou.  Cf.  46.  Ce  prophète,  c'est  l'auteur  des  Juges, 
1.  II,  ch.  V,  n.  68.  Samuel,  ou  Ezéchias,  ou  Esdras.  La  parabole 

43.  La  synecdoque  est  une  figure  de  rhéto-  visée  ici  se  trouve  dans  le  discours  de  Jona- 
rique  par  laquelle  on  prend  la  partie  pour  le  than  aux  Sichimites.  Les  arbres  s'assemblent 
tout,  ou  un  nom  propre  pour  un  nom  commun.  pour  élire  un  roi  et  proposent  successivement 
Cf.  Quintilien,  Inst.  Or.,  VIII,  6,  19-21.  (P.)  cette  charge  à  l'olivier,  au  figuier,  à  la  vigne, 

44.  Allusion  à  la  fonction  du  petit  diable  au  buisson.  Celui-ci  accepte,  à  la  condition  que 
Pantagruel.  Cf.  1.  II,  Introd.,  p.  xviii.  ceux  qui  ne  se  reposeront  pas  sous  son  ombre 

45.  Le  chien  d'Icare  est  la  constellation  dite /ca-  seront  dévorés  par  le  feu  qui  sortira  de  lui. 
riusCanisou  Canismajor.  Cf.  Tibulle,  IV,  i ,  10.  (P.) 


364 


LE   TIERS    LIVRE 


Diray  je  plus  ?  Si  Oxylus,  filz  de  Orius,  l'eust  de  sa  sœur 
Hamadryas  engendrée,  plus  en  la  seule  valeur  d'icelle  se  feust 
55  délecté  qu'en  tous  ses  huyct  enfans,  tant  célébrez  par  nos  mythologes 
qui  ont  leurs  noms  mis  en  mémoire  éternelle  "*' .  La  fille  aisnée  eut  nom 
Vigne,  le  filz  puysné  eut  nom  Figuier,  l'autre  Noyer,  l'aultre  Chesne, 
l'autre  Cormier,  l'autre  Fenabregue  ^^,  l'autre  Peuplier  ;  le  dernier  eut 
nom  Ulmeau  '^^,  et  feut  grand  chirurgien  en  son  temps  ^°. 

Je  laisse  à  vous  dire  comment  le  jus  d'icelle,  exprimé  et  instillé 
dedans  les  aureilles,  tue  toute  espèce  de  vermine  qui  y  seroit  née  par 
putréfaction  ^\  et  tout  aultre  animal  qui  dedans  seroit  entré. 

Si  d'icelluy  jus  vous  mettez  dedans  un  seilleau^''  de  eaue,  soubdain 
vous  voirez  l'eaue  prinse,  comme  si  feussent  caillebotes  ",  tant  est 


éo 


Ligne  53.  E  :  d'Orius  —  1.  54.  E  :  fust  —  1.  55.  E  :  huict —  1.  57.  E  :  puis  né  —  A  : 
l'aultre  Noyer  — E  :  l'autre  Chesne  —  1.  58.  A  :  l'aultre  Cormier  —  A  :  l'aultre  Peu- 
plier —  1.  59.  E  :  fut  —  1.  62.  E  :  autre  —  E  :  entrée  —  1.  63.  A  :  seilleau  d'eau  ;  E  : 
seil  d'eau  —  1.  64.  E  :  verrez  —  A,  E  :  l'eau 


47.  Légende  tirée  d'Athénée  (Banquet,  3, 
78).  Oxylus,  fils  d'Orius,  eut  de  sa  sœur  Ha- 
madryas huit  filles  qui  furent  les  Hamadryades, 
et  présidèrent  à  divers  arbres.  Les  noms  d'ar- 
bres sont  dès  lors  féminins  dans  l'original.  R., 
sans  y  prendre  garde,  en  a  traduit  la  majeure 
partie  par  des  noms  masculins,  et  parfois  arbi- 
traires :  si  l'on  retrouve  Ampelos  dans  la  vigne, 
Sikê  dans  le  figuier,  Carya  dans  le  noyer,  Ptelea 
dans  l'ulmeau  ou  orme  (Hœfer  y  veut  voir  un 
peuplier),  par  contre  Balanos  n'est  peut-être 
pas  le  chêne  comme  le  prétend  R.,  mais  quel- 
que arbre  glandifère  indéterminé  (on  a  pensé 
au  Myrobalan)  ;  et  il  n'est  pas  davantage  prou- 
vé qu'Orea  soit  la  nymphe  du  hêtre,  comme 
le  veulent  lesAnciens,  ou  celle  du  Fenabregue 
que  R.  entend  lui  dédier.  (Cf.  A.  Garrigues, 
A  propos  d'un  passage  de  la  botanique  de  R., 
L'association  médicale,  octobre  1923,  p.  219- 
222.)  (D.) 

48.  Corruption  du  mot  provençal  Falabre- 
guié.  C'est  le  Lotus  arbor  des  anciens  botanistes 
et  notre  Celtis  aiistralis,  L.,  ou  micocoulier. 
(D.) 


49.  Nom  berrichon  de  l'ormeau,  Ulmus 
canipestris,  Smith.  (Ulmacée.) 

50.  Allusion  aux  vertus  thérapeutiques  de 
cet  arbre.  Dioscoride  en  vante  la  deuxième 
écorce  contre  les  dermatoses,  et  Pline  dit  : 
<(  Ulmi  et  folia  et  cortex  vim  habent  spissandi 
et  vulnera  contrahendi  ».  XXIV,  33.  (D.) 

51.  On  voit  que  R.  est  encore  imbu  de  la 
théorie  aristotélicienne  de  la  génération  spon- 
tanée. Quant  aux  vertus  parasiticides  du  jus  de 
chanvre,  elles  sont  invoquées  par  Pline,  XX, 
97  :  «  Succus  ex  eo  vermiculos  aurium  etquod- 
cumque  animal  intraverit,  ejicit.  »  (D.) 

52.  Petit  seau,  diminutif  de  seille,  mot 
usuel  en  Anjou  et  Poitou. 

53.  R.a  copié  Pline,  H.N,XX,  23,  97,  sans 
vérification.  Il  est  facile  de  constater  que  ni  le 
jus  des  tiges,  ni  celui  des  sommités  fructi- 
fères du  chanvre,  retirés  par  expression,  ne 
donnent  avec  l'eau  le  moindre  précipité.  Ce 
n'est  qu'au  cours  du  rouissage  que  la  fermen- 
tation putride  des  bottes  de  chanvre  rend  l'eau 
des  routoirs  louche,  écumeuse  et  puante.  — 
Fée  pense  que  dans  ce  passage,  Pline   a    mêlé 


CHAPITRE    LI  365 

65  grande  sa  vertus;  et  est  l'eaue  ainsi  caillée  remède  prassent  aux    che- 
vaulx  coliqueux  et  qui  tirent  des  flans  ^'^. 

La  racine  d'icelle,  cuicte  en  eaue,  remollist  les  nerfs  retirez  ^\  les 
joinctures  contractes,  les  podagres  '^  sclirrhotiques  ^'  et  les  gouttes 
nouées. 
70  Si  promptement  voulez  guérir  une  bruslure,  soit  d'eaue,  soit  de 
feu,  applicquez  y  du  Pantagruelion  crud,  c'est  à  dire  tel  qui  naist  de 
terre,  sans  aultre  appareil  ne  composition,  et  ayez  esguard  de  le 
changer  ainsi  que  le  voirez  deseichant  sus  le  mal  5^ 

Sans  elle  seroient  les  cuisines  infâmes,  les  tables  détestables,  quoy 
75  que  couvertes  feussent   de   toutes    viandes  exquises,    les  lictz    sans 
délices,  quoy  que  y  feust  en  abondance  or,  argent,  electre  ^^,  ivoyre 
et  porphyre. 

Sans  elle  ne  porteroient  les  meusniers  bled  au  moulin  *°,  n'en  rappor- 


Ligne  65.  E  :  vertu  —  A,  E  :  Veau —  E  :  présent  —  1.  67.  A,  E  :  eau  —  E  :  nerfi 

—  1.  68.  E  :  joingtures  —  E  :  schirrhotiques  —  1.  70.  E  :  proprement  —  A,  E  :  eau  — 
1.  71.  E  :  applique^  —  A  :  tel  quil  —  1.  72.  E  :  autre  —  E  :  esgard  —  1-  73-  E  :  verrez 

—  1.  74.  E  :  seroyent  —  1-  75-  E  :  fussent  —  1.  76.  E  :  fust  —  E  :  habondance  — 
E  :  yvoire  —  1.  78.  E  :  musniers 

plusieurs  faits  empruntés  à  Dioscoride,  les  uns  forme  sclérotique,  comme  terme  d'anatomie 
concernant  le  chanvre,  et  les  autres  une  plante  oculaire.  Mondeville  dit  :  Sclirotique.  (D.) 
différente.  Il  s'agirait  ici  d'une  Malvacée  dont  58.  D'après  Pline,  XX,  97  :«  Ambustis  cru- 
la  décoction  est  en  effet  émoUiente  et  mucila-  da  illinitur,  sed  saepius   mutatur    priusquam 
gineuse.  (Althxa  cannabinum,  L.,  de  l'Europe  arescat  ».  (D.) 
méridionale.)  (D.)  59.  Le  mot  electrum  (f;>.£xxpov  des  Anciens) 

54.  D'après  Pline,  XX,  23,97.  désignait  :  1°  l'ambre  jaune  ou  succin  (Pline, 

55.  D'après  Pline,  XX,  97.  «  Radix  con-  XXXVII,  2)  ;  2°  un  alliage  de  4/5  d'or  et  1/5 
tracios  articulos  emollit  in  aqua  cocta,  item  d'argent.  (Pline,  XXXIII,  23.)  On  donna  de- 
podagras  et  similes  impetus.»  puis  à  ce  dernier  le  nom  de  bas  or,  or  blanc, 

56.  Podagre  est  le  nom  antique  de  la  goutte  :  or  d'Allemagne.  (Du  Pinet.)  «  Cum  quinta  ar- 
rioSaypa  xaXoù'iAKt,  ytyvoaÉvT)  tcoSojv  aypa.  Lu-  genti  portio  additur  ad  aurum,  eam  mistu- 
cien,  Tragopodagra,  vers  188.  ram  electrum  facticium  possumus  nominare  » 

«  On  m'appelle  podagre  parce  que  je  suis  un  (Agricola,  Denat.  foss.,  1.  VIII).  Voir  aussi  sur 

piège.  »  Ce  mot  s'applique  ici  non  plus  à  la  l'Electrum  ou  asèni,  alliage  naturel  d'or  et  d'ar- 

maladie,  mais  au  siège  de  la  lésion  :  les  poda-  gent,  Berthelol,  Introd.  à  l'étude  de  la  chimie 

grès  sont  les  engorgements  goutteux  du  pied.  des  anciens  et  du  moyen  âge,   Paris    Steinheil, 

57.  Sclirrhotique    (de    <iv.Xt\^6-r\z,,     dureté),  1889,  in-80.  (D.) 
endurci,  roide.  Ce  mot  s'est  conservé  sous  la  60.  Dans  les  sacs. 


366 


LE   TIERS    LIVRE 


teroient  farine.  Sans  elle,  comment  seraient  portez  les  playdoiers  des 

80  advocatz  à  l'auditoire  ?  Comment  seroit  sans  elle  porté  le  piastre  à 

l'hastellier?  Sans  elle,  comment  seroit  tirée  Teaue  du  puyz?  Sans  elle, 

que  feroient  les  tabellions,  les  copistes,  les  secrétaires  et  escrivains  ? 

Ne  periroient  les  pantarques  ^'  et  papiers  rantiers?  Ne  periroit  le  noble 

art  d'imprimerie?  De  quoy  feroit  on  châssis?  Comment  sonneroit  on 

^^5  les   cloches  ?  D'elle  sont  les   isiacques  *^   ornez,   les   pastophores  ^' 

revestuz,  toute  humaine  nature  couverte  en  première  position.  Toutes 

les  arbres  lanificques  des  Seres  *'^,  les  gossampines  de   Tyle  ^^  en  la 

mer  Persicque,  les  cynes  des  Arabes  ",  les   vignes  de  Malthe  ^^  ne 

vestissent  tant  de  persones  que  faict  ceste  herbe  seulette.  Couvre  les 

90  armées  contre   le  froid  et  la  pluye,  plus  certes   commodément  que 


Ligne  79.  E  :  plaidoyers  —  1.  81.  A,  E  :  eau  —  E  :  puys  - 
1.  83.  E  :  periroyent  —  E  :  rentiers  —  1.  89.  A,  E  :  personnes 
A  :  froyd 


1.  82.  E  :  feroyent  — 
-  E  :  seullette  —  1.  90. 


61.  Pancartes.  Cf.  L  I,  ch.  VIII,  n.  3. 

62.  Prêtres  d'Isis.  Ils  étaient,  en  réalité, 
d'après  Plutarque,  De  Iside  et  Osiride,  revêtus 
de  lin.  (D.) 

63.  Pontifes.  Cf.  ch.  XL VIII,  n.  4.  (P.) 

64.  Sères,  peuple  de  la  Sérique,  contrée  sise 
au  nord  de  l'Inde  (Thibet  ?  et  régions  voi- 
sines) dont  parle  Pline  :  «  Seres,  lanicio  silva- 
rum  nobiles,  perfusam  aqua  depectentes  fron- 
dium  canitiem  :  unde  geminus  feminis  nostris 
labor  redordiendi  fila,  rursumque  texendi.  » 
(VI,  20.)  Pline  cite  ailleurs  «  Lanigeras Sérum.  » 
(XII,  8.)  «  Velleraque  ut  foliis  depectant 
folia  Seres  »,  dit  aussi  Virgile,  Géorg.,  1.  II, 
V.   121. 

Les  arbres  des  forêts  à  laine  des  Sères  — 
si  arbre  il  y  a  —  étaient  sans  doute  des  coton- 
niers. Cependant  Gossellin  a  prétendu  que  cette 
laine  si  renommée  était  tirée  des  chèvres  du 
Thibet.  D'autres  enfin  estiment  qu'il  s'agit  de 
la  soie,  produit  du  Bombyx  du  mûrier,  dont 
on  ne  connut  que  plus  tard  la  véritable  origine. 
(D.) 

65.  Tylos,  île   d'Arabie,  dont  parle  Théo - 


phraste  (H.  P.,  1.  IV,  ch.  9).  —  «  Tylos  in- 
sula  in  eodem  sinu  [Persico]  est...  ejusdem  in- 
sulse  excelsiore  suggestu  lanigeras  arbores  alio 
modo  quam  Sérum...  Ferunt  cotonei  mali  am- 
plitudine  cucurbitas,  quée  maturitate  ruptse 
ostendunt  lanuginis  pilas  ex  quibus  vestes 
pretioso  linteo  faciunt.  Arbores vocantgossym- 
pinos.  »  (Pline,  XII,  21.)  Lémery  a  cru  retrou- 
ver dans  le  Gossampimis  Plinii,  le  Fromager 
{Bomhax  ceyba,  L.).  Mais  la  brièveté  des 
fibres  du  duvet  de  son  fruit  (Kapok)  l'a  rendu 
(sauf  depuis  ces  derniers  temps)  impropre  à 
tout  usage  textile.  Mieux  vaut  y  voir  un  co- 
tonnier, soit  Gossypium  arboreum,  L.,  avec  Fée, 
soit  plutôt,  avec  de  Candolle,  G.  herhaceum,  L. 
(D.) 

66.  «  [Juba  tradit]...  Arabiae...  arbores  ex 
quibus  vestes  faciant,  C3'nas  vocari,  folio  pal- 
mée simili  ».  (Pline,  XII,  22.)  C'est  un  coton- 
nier, et,  d'après  Fée,  le  Gossypium  herhaceum 
L.,  forme  cultivée  du  G.  Stocksii,  d'après  Mas- 
ters.  (D.) 

67.  Quelque  cotonnier  PCicéron  (m  Vtrrem, 
II,  72,  IV,  46)  mentionne  des  étoffes  ou  tapis 


CHAPITRE  LI  367 

jadis  ne  faisoient  les  peaulx  ;  couvre  les  théâtres  et  amphithéâtres 
contre  la  chaleur,  ceinct  les  boys  et  taillis  au  plaisir  des  chasseurs, 
descend  en  eaue,  tant  doulce  que  marine,  au  profict  des  pescheurs. 
Par    elle    sont    bottes,    botines,    botasses,    houzeaulx,    brodequins, 

95   souliers,  escarpins,  pantofles,  savattes  mises  en  forme  et  usaige.  Par 

elle  sont  les  arcs  tendus,  les  arbelestes  bandées,  les  fondes  ^^  faictes. 

Et,  comme  si  feust  herbe  sacre,  verbenicque  ^^  et  révérée  des  Mânes 

et  Lémures,  les  corps  humains  mors  sans  elle  ne  sont  inhumez. 

Je  diray   plus.  Icelle  herbe    moyenante,   les    substances  invisibles 

100  visiblement  sont  arrestées,  prinses  détenues  et  comme  en  prison 
mises  ;  à  leur  prinse  et  arrest  sont  les  grosses  et  pesantes  moles 
tournées  agillement  à  insigne  profict  de  la  vie  humaine.  Et  m'esbahys 
comment  l'invention  de  tel  usaige  a  esté  par  tant  de  siècles  celé  aux 
antiques    philosophes,    veue    l'utilité   impréciable  qui   en    provient, 

105  veu  le  labeur  intolérable  que  sans  elle  ilz  supportoient  en  leurs 
pistrines  "°. 

Icelle  moyenant,  par  la  rétention  des  flotz   aërez  sont  les  grosses 
orchades  "',  les  amples  thalameges  '%  les  fors  guallions,  les    naufz 


Ligne  93.  E  :  descent  —  A,  E  :  eau  —  1.  94.  E  :  elles  —  A,  E  :  bou\eaulx  —  1.  96. 
A,  E  :  tendui  —  E  :  arbalestes  —  1.  97.  E  :  fiist  —  E  :  sacrée  —  A  :  verbenique  —  1.  98. 
E  :  Lemuures —  1.  99.  A  :  moyenant  ;  E  :  moyennant  —  1.  loi.  E  :  meulles  — 1.  102.  E  : 
agilement  —  1.  103.  E  :  ha  —  1.  107.  E  :  moyennant  —  1.  108.  A,  E  :  amples  telamon 
—  A  :  galions  ;  E  :  gallions 

de  Malte,  Melitenses  vestes.  Cf.  1.  II,  ch.   VII,  officinalis,  L.,  la  femelle,  à  notre  V.  supina,  L. 

n.  16  :  «  blanc  comme  coton  de  Malte  ».  (D.)  Cf.  J.-B.  L.  Bejottes,  Le  livre  sacré  d'Hermès 

68.  Frondes.  Cf.  Prol.,  n.  70.  Trismègiste  et    ses   trente-six  herbes    magiques, 

69.  'lepà  poTavT],  Diosc,  IV,  61  ;  verhenaca,  Bordeaux,  Impr.  Barthélémy  et  Clèdes,  191 1, 
hierabotane,  peristereon,  Pline,  XXV,  59.  La  201  p.  in-80,  p.  119-122,  167-170  ;  et  G. 
verveine  est  une  des  trente-six  herbes  magi-  Hubert,  Des  Verbénacées  utilisées  en  matière 
ques  énumérées  au  Livre  Sacré  d'Hermès  Tris-  médicale,  Mayenne,  Impr.  Lechevrel,  1921, 
mégiste  ;  c'était  également  une  plante    sacrée  128  p.  in-80  (D.) 

chez  les  Gaulois  ;  les  Druides  nettoyaient  leurs  70.  Moulins  ;  du  lat.  pistrinum. 

autels  avec  de  petits  balais  de  verveine.  La  re-  71.  Néologisme  ;  du  grec  ôX-z-âos;  vaisseau 

ligion  romaine  en  faisait  aussi  usage,  au  dire  de  charge  et  de  transport. 

de  Pline,  et  les  magiciens  l'employaient   dans  72.  Néologismes;  du  grec  OaÀaar,Yo;,  gon- 

une  foule  de  pratiques.  La  verveine  des  Anciens  doles  égyptiennes  dans  lesquelles  étaient  amé- 

peut  se  rapporter  :    la  mâle,  à  notre  Verbcna  nagées  des  chambres. 


368  LE   TIERS    LIVRE 

chiliandres  et  myriandres  "'  de  leurs  stations  enlevées  et  poussées  à 

i£o  l'arbitre  de  leurs  gouverneurs. 

Icelle  moyenant,  sont  les  nations  que  Nature  sembloit  tenir 
absconses,  imperméables  et  incongneues  à  nous  venues,  nous  à 
elles:  chose  que  neferoientles  oyseaulx,  quelque  legiereté  de  pennaige 
qu'ilz  ayent  et  quelque  liberté  de  nager  en  l'aër  que  leurs  soit  baillée 

115  par  Nature.  Taprobrana  "^  a  veu  Lappia  "^  ;  Java  a  veu  les  mons 
Riphées  '^  ;  Phebol  "  voyra  Theleme  ;  les  Islandoys  et  Engronelands 
boyront  Euphrates  ;  par  elle  Boreas  a  veu  le  manoir  de  Auster, 
Eurus  a  visité  Zephire.  De  mode  que  les  Intelligences  célestes,  les 
Dieux,  tant  marins  que  terrestres,  en  ont  esté  tous  effrayez,  voyans 

120  par  Tusaige  de  cestuy  benedict  Pantagruelion  les  peuples  arcticques 
en  plein  aspect  des  antarcticques  franchir  la  mer  Athlanticque,  passer 
les  deux  Tropicques,  volter  sous  la  zone  torride,  mesurer  tout  le 
Zodiacque,  s'esbattre  soubs  l'iEquinoctial,  avoir  l'un  et  l'aultre  pôle 
en  veue  à  fleur  de  leur  orizon. 

125  Les  dieux  olympicques  ont  en  pareil  effroy  dict  :  «  Pantagruel 
nous  a  mis  en  pensement  nouveau  et  tedieux '^  plus  que  oncques  ne 
feirent  les  Aloïdes  '^  par  Tusaige  et  vertus  de  son  herbe.  Il  sera  de  brief 
marié,  de  sa  femme  aura  enfans.  A  ceste  destinée  ne  povons  nous 
contrevenir,  car  elle  est  passée  par  les  mains  et  fuseaulx  des  soeurs 

150  fatales,  filles  de  Nécessité.  Par  ses  enfans  (peut  estre)  sera  inventée 
herbe  de  semblable  énergie,  moyenant  laquelle  pourront  les  humains 


Ligne  109.  E  :  poulsées  —  1.  m.  E  :  moyennant  —  1.  113.  E  :  feroyent —  1.  115. 
E  :  Taprobana  ha  —  E  :  Jeva  —  1.  né.  E  :  verra  Thelemes  —  1.  117.  E  :  voyront  — 
E  :  ha  veu  —  1.  118.  E  :  Eurus  ha—  A,  E  :  Zephyre  —  1.  119.  E  :  voyant  —  1.  121. 
E  :  Atlanticque  —  1.  122.  E  :  souhi  —  1.  123.  A,  E  :  s'esbatre  —  E  :  soubi  —  E  :  autre 
—  1.  126.  E  :  ha  —  A,  E  :  qu  oncques —  1.  127.  E  :  usage  —  1.   131.  E  :  moyennant 

73.  Néologismes  ;  du  grec  ytÀfavopoi,  qui  ne,  H.  N.,  III,  12,  et  Virgile,  Géorgiques,  l, 
contient  mille  hommes  et  ajp-avSco'.,  qui  en       240.  (P.) 

contient  dix  mille.  77-  D'après  Aristote,  De  Mundo,  3,  c'est  le 

74.  Ceylan,  dans  la  nomenclature  géogra-       nom  d'une  île  du  golfe  d'Arabie. 

phique  du  xvie  s.  78-  Ennuyeux.  Néologisme    formé  sur   le 

75.  La  Laponie.  latin  txdium,  ennui. 

76.  Riphzi  montes,  dans  la  Scythie.  Cf.   Pli-  79-  Nom  de  Géants.  Cf.  ch.  III,  n.  35. 


CHAPITRE    LI  ^^o 

visiter  les  sources  des  gresles,  les  bondes  des  pluyes  el  l'officine  des 
fouldres,  pourront  envahir  les  régions  de  la  Lune,  entrer  le  territoire 
des  signes  célestes  et  là  prendre  logis,  les  uns  à  l'Aigle  d'or,  les 
135  aultres  au  Mouton,  les  aultres  à  la  Couronne,  les  aultres  à  la  Herpe, 
les  aultres  au  Lion  d'argent  ^°,  s'asseoir  à  table  avecques  nous,  et 
nos  déesses  prendre  à  femmes,  qui  sont  les  seulx  moyens  d'estre 
déifiez  '^\ 

En  fin  ont  mis  le  remède  de  y  obvier  en  délibération  et  au  conseil. 


Ligne  135.  E  :  autres  au  Mouton,  les  autres  —  I.  13e,  E  :  Lyon  —  E  :  avec 1.  137. 

E  :  noi —  E  :  seuJi  —  1.  139.  E  :  d'y 

80.  Les  «  signes  célestes  »  passaient,  chez  les  81.  D'après  Servius,  commentaire  sur  VÉ- 

Anciens,  pour  être  les  demeures  des  dieux.  Cf.  néide,  IV,  62  :  «  unde  divinos  honores  non 

Servius,  commentaire  sur  les  Géorgiques,  I,    v.  meruit,  ad  quos  aut  per  convivium  numinum 

33  :  «  Sciendum  deinde  est  in  his  signis  esse  aut  perconjunctionem  veniturdearum.  »  R.  E. 

deorum  domiciha.  (P.)  i?.,  IV,  353. 


LE  TIERS  LIVRE. 


47 


Comment  certaine  espèce  de  Pantagruelion  ne  peut  estre  par  jeu 

consommée. 

Chapitre  LU. 

Ce  que  je  vous  ay  dict  est  grand  et  admirable  ;  mais,  si  vouliez 
5  vous  bazarder  de  croire  quelque  aultre  divinité  de  ce  sacre  Panta- 
gruelion, je  la  vous  dirois.  Croyez  la  ou  non,  ce  m'est  tout  un  ;  me 
suffist  vous  avoir  dict  vérité.  Vérité  vous  diray.  Mais,  pour  y  entrer, 
car  elle  est  d'accès  assez  scabreux  et  difficile,  je  vous  demande  :  si 
j'avoys  en  ceste  bouteille  mis   deux   cotyles  '  de  vin  et  une  d'eau, 

10  ensemble  bien  fort  meslez,  comment  les  demesleriez  vous?  Comment 
les  separeriez-vous  de  manière  que  vous  me  rendriez  l'eau  à  part  sans 
le  vin,  le  vin  sans  l'eau,  en  mesure  pareille  que  les  y  auroys  mis  ? 
Aultrement:  si  vos  chartiers  et  nautonniers  amenans  pour  la  provision 
de  vos  maisons  certain  nombre  de  tonneaulx,  pippes  et  bussars  de  vin 

15  de  Grave,  d'Orléans,  de  Beaulne,  de  Myrevaulx%  les  avoient  buffelez  ' 
et  beuz  à  demy,  le  reste  emplissans  d'eau,  comme  font  les  Limosins 
à  belz  esclotz  -^  charroyans  les  vins  d'Argenton  ^  et  Sangaultier  ^  com- 
ment en  housteriez  vous  l'eau  entièrement  ?  Comment  les  purifieriez 
vous  ? 

20      J'entends  bien,  vous  me  parlez  d'un  entonnoir  de  lierre^.  Cela  est 


Lignes  1-3.  A,  E  :  manque  —  1.  5.  E  :  autre  —  1.  6.  E  :  diroys  —  1.  13.  E  :  Autre- 
ment —  E  :  vo-y^  —  1.  14.  E  :  voi  —  1.  15.  E  :  avoyent  —  1.  17.  E  :  Sangautier  —  I.  18. 
A  :  houstriei  ;  E  :  osteriei  —  A,  E  :  purifriei  —  1.  20.  A  :  entonnouoir 

1.  Néologisme;  du  grec  zot'jÀt],  petite  coupe,  5.  Argenton,  ch.-l.  de  cant.,  arr.  de  Châ- 
et  aussi  petite  mesure  de  capacité  pour  les  li-       teauroux  (Indre). 

quides.  (P.)  6.  Saint-Gaultier,  ch.-l.    de   cant.,  arr.  du 

2.  Vin  du  vignoble  languedocien.  Cf.  1.  II,  Blanc  (Indre),  sur  la  rive  droite  de  la  Creuse. 
ch.  V,  n.  43.  7.  R-  a  déjà  fait  allusion  à  cette  prétendue 

3.  Dérobés.  propriété  du    lierre,  au  1.  I,   ch,  XXIV.  Cf. 

4.  Sabots.  Cf.  ch.  XVII,  1.  44.  n.  65  et  64.  (P.) 


CHAPITRE    LU 


371 


escript,  il  est  vray,  et  avéré  par  mille  expériences.  Vous  le  sçaviez 
desjà.  Mais  ceulx  qui  ne  l'ont  sceu  et  ne  le  veirent  oncques  ne  le 
croyroient  possible.  Passons  oultre. 

Si  nous  estions  du  temps  de  Sylla,  Marius,  Csesar  et  aultres  romains 

25  empereurs  ^  ou  du  temps  de  nos  antiques  druydes,  qui  faisoient 
brusler  les  corps  mors  de  leurs  parens  et  seigneurs  ^  et  voulussiez  les 
cendres  de  vos  femmes  ou  pères  boyre  en  infusion  de  quelque  bon 
vin  blanc,  comme  feist  Artemisia  les  cendres  de  Mausolus  son  mary  '°, 
ou  aultrement  les   reserver  entières  en    quelque  urne  et   reliquaire, 

30  comment  saulveriez  vous  icelles  cendres  à  part  et  séparées  des  cendres 
du  bust  "  et  feu  funeral  ?  Respondez.  Par  ma  figue  '^  vous  seriez 
bien  empeschez.  Je  vous  en  despesche.  Et  vous  diz  que  prenent  de 
ce  céleste  Pantagruelion  autant  qu'en  fauldroit  pour  couvrir  le  corps 
du  defunct,  et  ledict  corps  ayant  bien  à  poinct  enclous  dedans,  lié  et 

35  cousu  de  mesmes  matière,  jectez  le  on  feu  tant  grand,  tant  ardent  que 
vouldrez  ;  le  feu  à  travers  le  Pantagruelion  bruslera  et  rédigera  en 
cendres  le  corps  et  les  oz  ;  le  Pantagruelion  non  seulement  ne  sera 
consumé  ne  ards  ''  et  ne  deperdera  un  seul  atome  des  cendres  dedans 
encloses,  ne  recepvra  un  seul  atome  des  cendres  bustuaires  '"*,  mais 

40  sera  en  fin  du  feu  extraict  plus  beau,  plus  blanc  et  plus  net  que  ne 
l'y  aviez  jecté.  Pourtant  est  il  est  appelle  asbeston  '^  Vous  en  trou- 


Ligne  24.  E  :  autres  —  1.  25.  E  :  noi  anticques  —  E  :  faisoyent  —  1.  27.  E  :  voi 
—  1.  29.  E  :  autrement  —  1.  32.  E  :  depescher —  E  :  dy  —  E  :  prenant  —  1.  35.  E  : 
au  feu  —  1.  38.  E  :  deperdea 

8.  Au  sens  du  latin  imperatores,  comman-  11.  Bûcher.  Néologisme  ;  du  lat.  hustum, 
dants  en  chef.  D'après  Pline,  VII,  54,  l'usage  même  sens. 

de  la  crémation  daterait  de  l'époque  de  Sylla.  12.  Par  ma  foi  !  Ce  juron,  qui  se  rencontre 

(P.)  chez  Des  Périers,  était  usité  en  Berry,  dans  le 

9.  D'après  César,  Z)e  te//o  ^fl///co,  VI,  19.  R.  Bas-Maine  et  en  Languedoc.  (Sainéan,  t.  II, 
a  déjà  fait  allusion  à  ce  passage,  ch.  III,  1.    13.  p.   334.) 

(P.)  13.  Brûlé.  De  ardre,  même  sens  ;  archaïsme. 

10.  Ce  trait  est  rapporté  par  Aulu-Gelle,  X,  14.  Du  bûcher.  Cf.  ProL,  n.  214. 

18  ;  mais  R.  y  ajoute,  de  son  cru,  le  vin  blanc:  15.  Du  grec  asÊsaiov,  incombustible.  Il  n'y 

«    Artemisia...,  ossa   cineremque   ejus  mi>;ta  a   aucune  autre  analogie  que  celle  des  possi- 

odoribus  contusaque  in  faciem  pulveris,  aquœ  bilités  textiles  entre  le  chanvre  et  l'asbeste  que 

indidit,  ebibitque  «.  (P.)  R.  nomme  pantagruelion  asbestin.  Confusion 


372  LE   TIERS    LIVRE 

verez  foison  en  Carpasie  '^  et  soubs  le  climat  Dia  Cyenes  '^  à  bon 
marché.  O  chose  grande,  chose  admirable  !  Le  feu,  qui  tout  dévore, 
tout  deguaste  et  consume,  nettoyé,  purge  et  blanchist  ce  seul  Panta- 

45  gruelion  carpasien  asbestin.  Si  de  ce  vous  défiez  et  en  demandez  asser- 
tion et  signe  usual  comme  juifz  et  incrédules,  prenez  un  œuf  fraiz  et 
le  liez  circulairement  avecques  ce  divin  Pantagruelion.  Ainsi  lié, 
mettez  le  dedans  le  brasier  tant  grand  et  ardent  que  vouldrez.  Laissez 
le  si  long  temps  que  vouldrez.  En  fin  vous  tirerez  l'œuf  cuyt,  dur  et 

50  bruslé,  sans  altération,  immutation  ne  eschauffement  du  sacré  Panta- 
gruelion. Pour  moins  de  cinquante  mille  escuz  bourdeloys  '^  amo- 
derez  "'  a  la  douzième  partie  d'une  pithe^°,  vous  en  aurez  faict  l'expé- 
rience. Ne  me  parragonnez  ""  poinct  icy  la  salamandre  ",  c'est  abus. 
Je  confesse  bien  que  petit  feu  de  paille  la  végète  ^^  et  resjouist.  Mais 

55  je  vous  asceure  que  en  grande  fournaise  elle  est,  comme  tout  aultre 
animant,  suffoquée  et  consumée.   Nous  en  avons  veu   l'expérience. 


Ligne  42.  E  :  Cyenes —  1.  46.  E:  frais —  1.  47.  E  :  avec  —  1.   50.  E  :   n'eschaufe- 

ment  —  I.  52.  A,  E  :  dou\iesme  —  1.  54.  E  :  resjouyt  —  1.  55.  E  :  asseure  —  A,  E  : 
qiien  —  E  :  autre —  I.  56.  A,  E  :  suffocquée 

déjà  commise  par  Pline,  qui  considère  l'asbeste  18.  L'écu  de  Bordeaux  valait  quinze  sous, 

comme  une  var.  incombustible  du  lin  :  «  In-  ou  trois  francs  or. 

ventum  jam  est  etiam  [linum]  quod  ignibus  non  19.  Modérés.  Néologisme  ;  du  lat.  adinodera- 

absumeretur...  Nascitur  in  desertis  adustisque  ri,  même  sens. 

sole  Indise  ubi  non  cadunl  imbres...  vocatur  20.  La.  pite   ainsi    nommée,   dit-on,    parce 

autem  a  Graecis  asbestinum  ».  Pline,  XIX,  4.  qu'elle  avait  été  frappée  à  Poitiers  (apud  Pic- 

L'asbeste,  ou  amiante,   est  une  var.  filamen-  tones),  valait  le  quart  d'un  denier. 

teuse  (par  altération)  de  l'amphibole  trémolite,  21 .  Comparez. 

(silicate  de  chaux  et  de  magnésie).  Les  fila-  22.  Salamandra  maculosa   Laur.  (Batraciens 

ments  soyeux  sont  assez  longs  pour   en  per-  Anoures).  La  légende  antique  prétendait   que 

mettre  le  tissage  ;  les  Anciens  en  faisaient  des  la    salamandre  peut    braver    les    flammes    et 

mèches  perpétuelles  pour  leurs  lampes,  et  des  les  éteindre.  «  Huic  tantus  rigor,  ut  ignem  res- 

linceuls  incombustibles  pour  recueillir  la  cendre  tinguat  non  alio  modo  quam  glacies  ».  (Pline, 

des  morts.  X,  86.)  Dioscoride  s'était  déjà  prononcé  contre 

16.  Carpasium,  ville  de  Chypre.  (Pline,  V,  cette  fable  :   «  Salamandra  lacertœ  genus  est, 
31.)  iners,  varium,  quod  frustra  creditum  est  ignibus 

17.  DiaCyenes,o\xDiaSyenes,\\\\iidL'ÊgY^Xf,  non  uri  ».  (L.   II,  ch.  54.)  Albert  le  Grand, 
terme    géographique     emprunté    aux     Com-  plus  tard,  et  R.  seront  de  son  avis.  (D.) 
mentarii   urbani   de    Volaterra,   Lyon,    1532.  23.  Rendre  vigoureux  ;   du  lat.   scolastique 
(D.)  vegeiare,  même  sens. 


CHAPITRE   LU  373 

Galen  l'avoit,  long  temps  a,  confermé  et  demonstré,  lih.  }.  de  Tempe- 
ramentis'"^,  et  le  maintient  Dioscorides,  lib.  2. 

Icy  ne  me  alléguez  l'alum  de  plume  ^\  ne  la  tour  de  boys  en  Pyrée, 
éo  laquelle  L,  Sylla  ne  peut  oncques  faire  brusler'^  pource  que  Archelaus, 
gouverneur  de  la  ville  pour  le  roy  Mithridates,  l'avoit  toute  enduicte 
d'alum  ^\ 

Ne  me  comparez  icy  celle  arbre  que  Alexander  Cornélius 
nommoit  eonem,  ^^  et  la  disoit  estre  semblable  au  chesne  qui  porte  le 
65  guy  et  ne  povoir  estre  ne  par  eau  ne  par  feu  consommée  ou 
endommagée,  non  plus  que  le  guy  de  chesne  ^^  et  d'icelle  avoir  esté 
faicte  et  bastie  la  tant  célèbre  navire  Argos.  Cherchez  qui  le  croye 
je  m'en  excuse. 

Ne  me  parragonnez  aussi,  quoy  que  mirificque  soit,  celle  espèce 

Ligne  57.  A  :  avoyt  —  E  :  ha  —  1.  58.  A,  E  :  et  le  maintient...  lib.  2.  manque  — 
1.  59.  E  :  m'alleguei  —  A,  E  :  Pirée  —  1.  63-68.  A,  E  :  Ne  me  compare\...  m'en 
excuse  manque  —  1.  69.  A  :  aussy 


24.  «  Sicut  enim  Salamandra  ad  certum  us- 
que  terminum  ab  igné  nihil  patitur,  uritur  au- 
tem  si  longiore  spatio  igné  sit  admota  ».  Gai., 
de  Temperamentis ,  1.  III,  ch.  4.  (D.) 

25.  Alumen  triantes  de  Dioscoride,  alumen 
schistos  de  Pline  (XXXV,  52),  halotrichum, 
alumen  phimeiini,  alun  de  plume,  ou  sulfate 
d'alumine  naturel  fibreux,  «  en  filamens  réu- 
nis par  faisceaux  »  (Haùy)  comme  les  barbes 
d'une  plume.  On  le  trouvait  notamment  dans 
les  grottes  de  l'ile  de  Milo,  où  Tournefort 
(Voy.  au  Levant,  I,  p.  141)  et  plus  tard  Olivier 
l'ont  observé.  Pour  d'autres  commentateurs, 
le  tr  khi  tes  serait  l'amiante,  et  le  schistos  la 
fleur  d'alun  de  roche.  En  tout  cas,  et  même 
au  temps  de  Tournefort  (Zoc.  cit.,  p.  164),  on 
confondait  encore  souvent  l'amiante  avec  l'alun 
déplume.  (D.) 

26.  Le  fait  est  raconté  par  Aulu-Gelle,  XV, 
I  :  «  turrim  ligneam  defendendi  gratia  struc- 
tam,  cum  ex  omni  laterecircumplexa  igni  foret, 
ardere  non  quisse,  quod  alumine  ab  Arche- 
lao  oblita  fuisset.  »  (P.) 


27.  Les  Anciens  confondaient  plus  ou  moins 
les  sels  naturels.  S'agit-il  ici  d'alun,  ou  de 
quelque  autre  produit  ?  On  peut  ignifuger  des 
étoffes  et  des  décors  avec  une  solution  de  six 
parties  de  borax  et  cinq  d'acide  borique  dans 
cent  parties  d'eau.  (D.) 

28.  R.  emprunte  ici  étourdiment  un  accusa- 
tif à  Pline  !  Eonetn  est  l'accusatif  à'eon,  nom 
d'un  arbre  inconnu,  inattaquable  par  l'eau  et 
le  feu,  cité  par  Pline,  XIII,  39,  d'après  le  natu- 
raliste Alexander  Cornélius  :  «  Alexander 
Cornélius  arborem  eonem  appellavit,  ex  qua 
fact<a  esset  Argo,  similem  robori  viscum  ferenti, 
quae  nec  aquâ  nec  igné  possit  corrumpi,  sicuti 
nec  viscum;  nulli  alii  cognitam  quod  equidem 
sciam.  »  (D.) 

29.  Gui,  Viscum  alhiun,  L.,  Loranthacée. 
Commun  sur  les  pommiers,  poiriers,  peupliers, 
le  gui  est  assez  rare  sur  le  chêne.  Aussi  le  gui  de 
chêne  était-il  chez  les  anciens  Gaulois  l'objet 
d'un  culte  superstitieux.  Le  chêne  porte-gui 
était  réputé  incombustible,  de  même  que  son 
parasite.  Cf.  Pline,  XIII,  39.  (D.) 


374 


LE   TIERS    LIVRE 


70  d'arbre  que  voyez  par  les  montaignes  de  Briançon  et  Ambrun  '", 
laquelle  de  sa  racine  nous  produit  le  bon  agaric  '',  de  son  corps  nous 
rend  la  résine  '*  tant  excellente  que  Galen  l'ause  «equiparer  à  la  tere- 
binthine  '';  sus  ses  feueilles  délicates  nous  retient  le  lin  miel  du  ciel, 
c'est  la  manne  ^\  et,  quoy  que  gommeuse  et  unctueuse  soit,  est  incon- 

75  sumptible  par  feu.  Vous  la  nommez  îarrix  ^^  en  grec  et  latin  ; 
les  Alpinois  la   nomment  melze  :   les    Antenorides  '^  et   Venetians, 


Ligne  70.   E  :  Briancion  —  1.  72.  E  :  ose  equiparer 
E  :  Larix  —  1.  76.  E  :  Alpinoys  —  E  :  Vénitiens 


1.  73.  E  :  fueilles  —  1.  75- 


30.  Embrun,  ch.-l.  arr.  Hautes-Alpes,  R. 
fit  probablement  l'exploration  botanique  de 
cette  région  lorsqu'il  était  attaché  à  Guillaume 
du  Bellay,  gouverneur  du  Piémont.  Cf.  Heul- 
hard,  Rabelais...  ses  voyages  en  Italie,  p.  116- 
117. 

3 1 .  Agaric  blanc,  Polyporus  officinalis  Pries 
(Basidiomycétes,  Polyporées).  Ce  champignon 
croît  sur  les  troncs  de  sapin  et  de  mélèze  dans 
les  Alpes  et  le  Dauphiné.  Le  parasitisme  de 
l'Agaric  sur  le  mélèze  est  également  noté 
par  Séb.  Munster  et  par  Belon  (De  arb.  conif., 
f°  26),  bien  que  ce  dernier  le  dise  rare.  Lémery 
réserve  à  l'Agaric  du  mélèze  le  nom  d'Agaric 
femelle.  C'est  le  seul  que  l'on  ait  employé  et 
que  l'on  emploie  encore  en  matière  médicale. 
(D.) 

32.  Le  mélèze  fournit  une  résine  abondante 
et  de  bonne  qualité  :  «  Plusculum  huic  erum- 
pit  liquoris,  melleo  colore,  atque  lentiore, 
numquam  durescentis  ».  Pline,  XVI,  19. 
(D.) 

33.  Térébenthine,  résine  du  Térébinthe 
(Pistacia  terebinthus,  L.),  exploitée  jadis  à 
Chio,  d'où  on  l'exportait  à  Venise.  Là,  mé- 
langée à  la  résine  du  mélèze,  elle  passait  dans 
le  commerce  sous  le  nom  de  Térébenthine 
de  Venise.  «  Mitissimse  vero  duse  inter 
eas  sunt  [résinas],  prima  terebinthina,    larix 


altéra  nuncupatur  ».  Galien,  De  compos.  medic. 
per  gefiera,  1.  I,  c.  12,  (D.) 

34.  On  appelait  manne  une  liqueur  blanche 
et  de  saveur  sucrée  qui  se  déposait  sur  les 
feuilles  de  certains  arbustes.  On  la  dénom- 
mait met  aerium  parce  que  le  goût  en  rappe- 
lait celui  du  miel  et  aussi  parce  qu'elle  avait 
une  origine  analogue  à  celle  du  miel  qui  dans 
les  idées  du  temps  était  récolté,  et  non  fabriqué, 
par  les  abeilles.  Cf.  Gilson,  op.  cit.,  p.  87, 
Il  s'agit  ici  de  la  manne,  dite  de  Briançon,  de 
qualité  médiocre  et  qui  exsude  des  feuilles  du 
mélèze,  Larix  europxa.  (P.  D.) 

35.  Larix  europxa,  D.  C,  mélèze.  (Coni- 
fère,  Abiélinée.)  Larix,  dit  Pline,  «  nec  ardet. 
neccarbonem  facit,  nec  alio  modo  ignis  vi  con- 
sumitur  quam  lapides.  »  (XXVI,  19.)  «  Flam- 
mam  ex  igné  non  recipit  nec  ipse  potest  per  se 
ardere  »,  dit  Vitruve.(II,  9.)  C'est  là  pure  lé- 
gende. Belon  (De arb.  conif.,  fo  24,  ro)  dit  que 
le  mélèze  est  combustible.  A  la  vérité  c'est  un 
bois  dur,  résistant  à  l'immersion,  aux  intem- 
péries, mauvais  bois  de  chauffage  parce  qu'il 
pétille  et  lance  des  éclats,  mais  on  le  peut  ré- 
duire en  charbon  de  bonne  qualité.  (D.) 

36.  Les  descendants  d'Anténor,  fondateur 
dePadoue.  Cf.  Virgile,  £«^7^^,  I,  242,  247,  et 
le  commentaire  de  Servius  sur  ces  vers.  R.E. 
^.,IV,  3S9- 


CHAPITRE   LU  3  73 

larege  ",  dont  feut  dict   Larignum  le  chasteau  en  Piedmont,  lequel 
trompa  Jule  C^esar  venent  es  Gaules  ^^. 
Jule  Csesar  avoit  faict  commendement  à  tous  les  manens  et  habi- 

80  tans  des  Alpes  et  Piedmont  qu'ilz  eussent  à  porter  vivres  et  muni- 
tions es  estappes  dressées  sus  la  voie  militaire  pour  son  oust  passant 
oultre.  Au  quel  tous  feurent  obeissans,  exceptez  ceulx  qui  estoient 
dedans  Larigno,  les  quelz,  soy  confians  en  la  force  naturelle  du 
lieu,  refusèrent  à  la   contribution.    Pour   les  chastier    de   ce    refus, 

85  l'empereur  feist  droict  au  lieu  acheminer  son  armée.  Davant  la 
porte  du  chasteau  estoit  une  tour  bastie  de  gros  chevrons  de  larix 
lassez  l'un  sus  l'aultre  alternativement  comme  une  pyle  de  boys, 
continuans  en  telle  hauiteur  que  des  mâchicoulis  facilement  on 
povoit  avecques  pierres  et   liviers  ''    débouter  ceulx  qui    approche- 

90  roient.  Quand  Caesar  entendit  que  ceulx  du  dedans  n'avoient 
aultres  défenses  que  pierres  et  liviers  et  que  à  poine  les  povoient 
ilz  darder  jusques  aux  approches,  commenda  à  ses  soubdars  jecter  au 
tour  force  fagotz  et  y  mettre  le  feu.  Ce  que  feut  incontinent  faict.  Le 
feu  mis  es  fagotz,  la  flambe  ^°  feut  si  grande  et  si  haulte  qu'elle  couvrit 

95  tout  le  chasteau.  Dont  pensèrent  que  bien  tost  après  la  tour  seroit 
arse  *^'  et  demoUie.  Mais,  cessant  la  flambe  et  les  fagotz  consumez,  la 
tour  apparut  entière,  sans  en  rien  estre  endommagée.  Ce  que  consy. 
derant  Caesar,  commenda  que,  hors  le  ject  des  pierres,  tout  au  tour 
l'on  feist  une  seine '^^  de  fossez  et  bouclus'^^ 


Ligne  77.  E  :  fut  —  1.  78.  E  :  César  venant  —  1.  79.  E  :  César  —  E  :  commandement 

—  E  :  manans  —  1.  81.  E  :  voye  —  1.  82.  E  :  furent  obeyssans  —  1.  85.  E  :  cheminer 

—  E  :  Devant—  1.  87.  A,  E  :  autre  —  A,  E  :  pile  —  1.  88.  E  :  machicolis—  1.  90.  E  : 
César  —  1.  91.  E  :  autres  dcfences  —  E  :  à  peine  —  1.  92.  E  :  commanda  —  1.  93. 
E  :  fut  —  1.  94.  E  :  fut  —  1.  97-98.  E  :  considérant 

37.  Larège,  terme    vénitien  et  padouan,  a  39.  Levier.  Cf.  I.  l,  ch.  XH,  n.  41. 

donné /ar^«  en  patois  genevois  et  savoyard.  (D.)  40.  Flamme.  Archaïsme. 

58.  Cette  anecdote   est    rapportée    par  Vi-  41.  Brûlée.  Dt  ardre,   même  sens  ;  archa- 

truve,  II,  9.  R.    pouvait  la  lire  encore  dans  ïsme. 
Cœlius  Rhodiginus,  Antiq.  lect.,  X,  10.   Bran-  42."  Une  circonvallation. 

tome  la  reproduira,  Daines  gai.  IV.  (P.)  43.  Tranchées. 


376  LE   TIERS    LIVRE 

100  Adoncques  les  Larignans  se  rendirent  à  composition.  Et  par  leur 
récit  congneut  C^sar  l'admirable  nature  de  ce  boys,  lequel  de  soy  ne 
faict  feu,  flambe  ne  charbon,  et  seroit  digne  en  ceste  qualité  d'estre 
on  degré  mis  de  vray  Pantagruelion,  et  d'autant  plus  que  Pantagruel 
d'icelluy  voulut  estre  faictz  tous  les  huys,  portes,  fenestres,  goustieres, 

105  larmiers  et  l'ambrun  ■♦^  de  Theleme  ;  pareillement  d'icelluy  feist  couvrir 
les  pouppes,  prores  •*^  fougons  •'^,  tillacs,  coursies  ^"^  et  rambades  *^  de 
ses  carracons  ^^  navires,  gualeres,  gualions,  brigantins,  fustes  ^°  et 
aultres  vaisseaulx  de  son  arsenac  de  Thalasse  :  ne  feust  que  larix,  en 
grande  fournaise  de  feu  provenent  d'aultres  espèces  de  boys,  est  en  fin 

no  corrumpu  et  dissipé  comme  sont  les  pierres  en  fourneau  de  chaulx  ; 
Pantagruelion  asbeste  plus  tost  y  est  renouvelé  et  nettoyé  que 
corrompu  ou  altéré.  Pourtant, 

Indes  cessez,  Arabes,  Sabiens^', 
Tant  coUauder  vos  myrrhe,  ^'  encent  55^  ebene  5+  ; 
1^5  Venez  icy  recongnoistre  nos  biens, 

Et  emportez  de  nostre  herbe  la  grene. 


Ligne  ici.  E  :  César  —  E  :  bois  —  1.  103.  E  :  au  degré  —  E  :  duvray  —  1.  104. 
E  :  iceluy  —  E  :  faict  —  A.  E  :  gouttières  —  1.  105.  E  :  iceluy  —  1.  107.  E  :  carracons, 
mufres,  galleres  —  A  :  galères  —  A  :  galions  ;  E  :  gallions  —  1.  108.  E  :  autres  — 
E  :  vaysseaulx  —  E  :  fust  —  1.  109.  E  :  fornaise  —  E  -.provenant  d'autres  —  1.  110. 
A,  E  :  corrompu  —  1.  115.  E  :  noi 

44.  Embrun.  Revêtement  (à  rapprocher  de  51.  Sabéens,  peuple  d'Arabie.  Cf.  Pline,  VI, 
etnbruncher,  1.  I,  ch.  LUI,  n.  26.)  Cf.  Sainéan,  28  :  «  Sabaei  Arabum piopier  thurachTissimin . 
t.  I,  p.  35-  (P.) 

45.  Proue.  Néologisme;  du  lat.  prora,  mê-  52.  Gomme  résine  d'une  térébinthacée 
me  sens.  Balsamodendron  Ehrenhergianum,  Berg.  qu'Oli- 

46.  Cuisine.  Du  vénitien /o^o«.  vier  identifie  au  B.  opobaîsamiwi,  Kunt.  Bail- 

47.  Passerelle  allant  de  la  poupe  à  la  proue  Ion  prétend  que  la  myrrhe  du  commerce  pro- 
d'une  galère,  entre  les  bancs  des  rameurs.  De  vient  encore  en  partie  du  B.  Kataf,  Kunt.  (D.) 
l'italien  corsia.  53.  Encens  ou  oliban,  gomme  résine  four- 

48.  Château  d'avant.  De  l'italien  ramhata.  nie  par   des  Térébinthacées-Bursérées    du   g. 

49.  Grande  carraque.  De  l'italien  caraccme.  Bosivellia,  en  particulier   B.    Carteri,    Biron. 

50.  Petite  galère,   à  voiles  et  à  rames.  Du  (D.) 

vénitien /»5fa.  Sur  ces  termes   nautiques,  voir  54.  Bois  fourni  par  diverses  Ébénacées,  sur- 

R.  E.  R.,  VIII,  p.  156.  tom  Diospyros  ebenum,  L.,  plaquerainier.  (D.) 


CHAPITRE    Lir  3yy 

Puys,  si  chez  vous  peut  croistre,  en  bonne  estrene, 
Grâces  rendez  es  cieulx  un  million  : 
Et  affermez  de  France  heureux  le  règne  ' 
120  On  quel  provient  Pantagruelion. 

Fin  du  Iroisiesme  livre 
des  faicts  et  dicts  heroïcques 
du  Ion  Pantagruel. 


Ligne  117.  E  :  Puis  —  E  :  chés  —  1.   120,  E  :  auquel  —  1.   122.  A,  E  :  faict?^  et 
dict\  héroïques 

I .  Royaume.  L'un  des  sens  du  mot  dans  l'ancienne  langue. 


LE    TIERS    LIVRE.  48 


OUVRAGES    CONSULTÉS 


Berthelot,  Introduction  à  l'étude  de  la  chimie  des  anciem  et  du  moyen  âge,  Paris, 

Steinheil,  1889,  i  vol,  in-S". 
BussoN  (H.),  Les  Sources  et  le  développement  du  rationalisme  dans  la  littérature  fran- 
çaise de  laRenaissance  (1533-1601),  Paris,  Letouzey,  1922,  i  vol.  in-8°. 
Castiglione  (Baldassare),  Le  Courtisan,  traduit  par  Jacques  Colin  d'Auxerre, 

Lyon,  Ht.  Dolet,  pour  François  Juste,  1538,  i  vol.  in-8. 
Clouzot  (Henri),  L'ancien  théâtre  en  Poitou,  Niort,  1901,  i  vol.  in-8°. 
Cohen  (Gustave),  Le  livre  de  conduite  du  régisseur  et  le  compte  des  dépenses  pour  le 

mystère  de  la  Passion,  joué  à  Mons  en   1501,  Strasbourg  (Publications  de  la 

Faculté  des  Lettres,  fascicule  23),  1925,  i  vol.  in-8°. 
Du  Vair  (Guillaume),  Actions  et  traicte::  oratoires,  éd.  par  Radouant  (Société 

des  Textes  français  modernes,  191 1). 
FouRaUEVAUX  (Raymond  dePavie,  sieur  de),  Discipline  militaire,  Paris,  Michel 

de  Vascosan,   1548,  in-f°.  Le  titre  complet  est  :  Instruction  sur  lefaict  de  la 

guerre,  extraictes  des  livres  de  Polybe,  Frontin,   Végèce,  Corna:{an,  Machiavel  le 

et  plusieurs  autres  bons  autheurs. 
Franchet  (H.),  Le  poète  et  son  œuvre,  d'après  Ronsard.  Paris,  Champion,  1923, 

I  vol.  in-8''. 
Garrigues  (Albert), ////'//^r  et  Mercure  dans  le  flore  de  Rabelais  (2"  éd.),  Paris, 

1929,  I  vol.  in-8°  (chez  l'auteur). 
Guevara  (Antonio  de),  V  Horloge  des  princes.  .  .,  trad.  par  B.  delà  Grise,  Paris, 

Corrozet,  1550,  in-8°. 
GiLSON,  Rabelais  franciscain,  dans  la  Revue  d'histoire  franciscaine  (1924),  Paris, 

A.  Picard. 
-    Notes  médiévales  du  Tiers  Livre,  ibid.,  année  1925. 
Marguerite  de  Navarre,  Les  dernières  poésies . . .  publiées  pour  la  première  fois 


I.  Liste  complémentaire  de  la  Bibliographie  donnée  dans  Gargantua,  t.  I,  p.  cxliv  et  suiv. 
t.  II,  p.  443  et  suiv.,  et  dans  Pantagruel,  t.  IV,  pp.  349  et  suivantes. 


380  LE    TIERS    LIVRE 

par  Abel  LetVaiic,  Paris,  A.  Colin,  i  vol.  in-8°  (Publication  de  la  Société 
d'Histoire  littéraire  de  la  France),  1896. 

Orsier  (J.),  Henri-Cornélius  Agrippa,  sa  vie  et  son  œuvre  d'après  sa  correspondance 
(1485-1535),  Paris,  1911,  I  vol.  in-8°. 

Plattard  (Jean),  L'adolescence  de  Rabelais  en  Poitou,  i  vol.  in-8°  illustré,  Paris, 
Les  Belles  Lettres,  1923. 

Remy  Belleau,  Œuvres,  éd.  Gouverneur,  3  vol.  in- 12  (Bibliothèque  elzévi- 
rienne),  Paris,  1867. 

Sainéan  (L.),  La  langue  de  Rabelais,  Tome  premier  :  Civilisation  de  la  Renais- 
sance. Tome  deuxième  :  Langue  et  vocabulaire,  Paris,  de  Boccard,  1922- 
1923,  2  vol.  in-8°. 

Saix  (Antoine  du),  LEsperon  de  discipline  pour  inciter  les  humains  aux  bonnes 
lettres,  stimuler  à  doctrine,  animer  à  science,  inviter  à  toutes  bonnes  œuvres  ver- 
tueuses et  morales.  .  .,  Paris,  1538,  i  vol.  petit  in-8°. 


RÉFÉRENCES  JURIDIQUES 
DES    CHAPITRES    XXXIX    A     XLII. 


Au  cours  des  chapitres  XXXIX  à  XLII,  nous  n'avons  pas  donné  les  références  au  Corpus  juris 
civilis  et  au  Corpus  juris  canonici  afin  de  ne  pas  surcharger  l'annotation.  Nous  pensions  les  publier 
dans  la  Revue  du  XV h  siècle. 

A  la  réflexion  il  nous  a  semblé  qu'il  était  plus  naturel  de  les  donner  ici  et  qu'elles  épargneraient 
au  lecteur  des  recherches  parfois  assez  longues.  Nous  nous  sommes  efforcés  de  citer  de  la  façon 
la  plus  claire  —  même  pour  les  non  initiés  —  et  la  plus  concise.  Mais  pour  faciliter  la  lecture 
nous  donnons  l'incipit  du  titre  ou  du  paragraphe  allégué  par  R.  Ainsi  le  lecteur  pourra  se  rendre 
compte  que  les  références  de  R.  ne  sont  pas  toujours  conformes  aux  éditions  modernes  et  cor- 
riger, d'autre  part,  certaines  erreurs  qui  ont  échappé  à  la  correction. 


Chapitre  XXXIX. 

ï^.  c.   24,  D.  86 
22.  fr.  4,  Dig.  XLIX,  16 
reg.  T53,  Dig.  L,  17 

25.  D/^.XXI,  I 

/;-.  2,  D;V.  XLVII,  21 
24.  fr.  64,  Dicr.  XXIV,  3 

26.  /.  4,  CodcWl,  28 
30.  C.  2,  C*  26,  q.  2 
51.  jr.  8,  Dig.  XVIII,  I 

fr.  51,  Dig.  XV,  I 
5S.  c.  3,  A's,  21 

fr.   14,  Dig.  V,  I 
38.  /.  5,  Code  VI,  43 
42.  'î,i,fr.  39.  Coie VII, 62 
43./>-.'.i,  Dig.  IV,  2 
46.  c.  2,  X  1,4 

60.  reg.  I2J,  Dig.  L,  17 

61.  c.  II,  in  VI°,  V,  12 
66.  fr.  I,  Dig.  1,  6 

fr.  18,  Dî;^.  L,  4 

73.  reg.  ^4,  Dig.  L,  17 

74.  reg.  9  jèz'J. 

7S-  ^^i-  30,  t«  ^^°,  V,   12 


lania 

de  rt  militari 

de  regulis  juris 

de  aidilicio  edicto 

de  termina  moto 

de  soluto  matrimonio 

de  liberis pisteritis 

Sors 

de  contrahenda  emptiom 

depeculio 

de  sortilegiis 

de  judicio 

communia 

de  appellationibus 

quod  met  us  causa 

de  consuetudinc 

de  regulis  juris 

cumsunt 

de  his  qui 

de  muneribus  et  honoribus 

de  regulis  juris 

esmper  in  obscur is 


382 


LE    TIERS    LIVRE 


1.  83.//-.  II,  Dig.  XX,  4 

/;-.  3,  ibid. 

1.   I  Code  XII,  5 
I.  84.  reg.  54,  in  VI°,  V,  12 

Chapitre  XL. 

1.  17-  A-  9.  ^'5^-  X,  4 

fr.  80,  D;^.  XXXV,  2 
\.  18.  c.  12,  X  3,  50 

c.  8,  X  5,  41 
L  21.  CoJe  XII,  13 
1.  25.  /.  I.  Corfc  VII,  47 
L  27.  r^f.  42,  in  VI°,  V,  12 

r^^.  178,  Dig.  L,  17 
1.  28.   reg.  129,  li'/ii. 

/r.  16,  D/^'.  XLVI,  I 
L  29.  c.  I,  X.   I,  29 
\.   50.  fr.  2,  D;V.  XI,  s 
1.   31.  Auth.,  coll.  V,  ///.  24,  nov.  69 

/r.  17,  D/^o-.  XIX,  5 
I.  32.  /.  I,  Code  XI,  40 
L  41./;-.   IS,  Dîf.  XII,  I 

h  2,CodelY,  18 
1.  42.  c.  I,  Cleni.,  debapt.  3,  15 
L  45.  /.  2,  CorfcIII,  31 
I.  47.  /.  I,  CûdeX,  64 
1.   52.  c.  I,  X  2,  23 
L  s6.fr.  33,  D/o^.  XXXV,  i 
1.  59.  Z.  I,  Co£/g  III,  34 
l.  60.  ^2<//;.,  coll.  IV,  /î7.  18,  «w.  39 
1.  6).  //-.  h  Dig.  XXVII,  I 
1.  71.  Julh.,  co//.  VIII,  /j7.  12,  nov.  ni 
1.  72.  c.  S,  ^  2,  7 
1.  74.  §  36,  /«J/.  II,  I 
1.  75./r.  13,  D/^^.XIX,  I 
L  76.  §  27,  fr.  32,  D/V.  XXIV,  I 
1.  77.  c.  2,  Ca  27,  q.  1 
l.  80.  c.  4,  C»  23,  q.  2 

c.  7,D.  35 

Chapitre  XLI 

L  19.  /;-.  17.  Dig.  XLVII,  10 
1.  20.fr.  137,  Dig.  XLV,  I 
L  26./»-.  I,  Dig.  XVIII,  6 
1.   32.  c.  22,  C»  6,  q.  I 

rf«  consecraiione  c.  40,  D.  5 


qui  potiores  in  pignore  l.  potior 
1.  creditor 
de  consulibus 
qui  prier 

ad  exhïbendum 

ad  legem  Falcidiam 

de  decimis 

de  celebratione  missartim 

de  coniitibus  et  archiatris 

de  sententiis 

accessorium 

cuinprincipalis 

nihil  dolo 

de  fdejussoribus 

de  ojficio  et  potestate  judicis  dehgati 

de  alex  lusu 

ut  omnes  obediant 

de  pr^scriptis  verbis 

de  spectaculis 

de  rébus  creditis  si  certum  petitur 

de  constituta  pecunia 

de  petitione  hereditatis 

de  excusationibus  artificum 

de  prxsumptionibus 

falsa  demonstratio  [de  condit.  et  démon,] 

de  servitutibus 

de  restitutiotiibus  et  ea  qua;  parit 

de  excusationibus 

hxc  constitutio  innovât  constitulionem 

de  juramento 

de  divisione  rerum 

de  actionibus  empti 

de  donationibus  inter 

sicut 


de  injuriis  et  famosis  libeîlis,  l.  scd  si  unius 
de  verborum  obligationibus 
de  periculo 
Si  ]uis 


REFERENCES   JURIDIQUES    DES    CHAPITRES    XXXIX  A    XLII 


383 


33.  /.  II,  Code  VI,  26 
fr.   19,  Dig.  I,  s 

34.  Jr.  31,  Dig.  XXI,  I 

/.  5,  Code\X,  8 

35.  c.  11,  C*  27,  ç.   I 

38.  fr.  24,  D/V.  XLII,  8 
fr.  16,  Dig.  IV,  6 

39.  /r.  5,  Dig.  IX,  I 
43./;-.  10,  Dig.  XXXIX.  2 

45.  ?,£>/>.  XXV,  3 

46.  /.  6,  Co^<  VI,  46 
SI.  fr.  2,  Dig.  IV,  7 

61.  §6,/r.  3,D/V.  XII,4 

62.  c.  24,  Auth.,  coll.  IV,  ///.  I,  »(>r.  22 
66.  1.  16,  Cotf^  VII,  62 

72.  /.  8,  Corfe  VIII,  38 
99.  D.  37 

Chapitre  XLII 
6.    /.  4,  Code  III,  37 

de  consecratione,  c.  17.  D.  i 
II.//-.  2,  D/V.IX,  2 
16. /r.  80,  Dig.  XXXV,  2 

17.  c.  22,  .Y  I,  3 

18.  c.  II,  X  1,4 
/;-.  9,  Z)r^.  X,  4 

ig./r.  78,  D/^.  XXXII,  3 
20.  peut-être  c  55,  C»  i,  <;  i 


42. 
49- 

50. 

S8. 
68. 
69. 
70. 
91. 
109 


Code  III,  3 

de  consecratione,  c.  92,  D.  4 

//-.  3.  Di'o'.  VIII,  4 

c.  6,  X  3,  41 

fr.%,Dig.ll,  15 

c.  II,  X  2,  23 

/.  s.  Code  IV,  19 

/.  13,  ibid. 

l.  14,  ibid. 

c.  24,' Ca  32,  q.  7 

c.  2,  X2,  6 

/.  7,  Corf«  VI,  4 

/.  14,  Co^é!  II,  8 

de  pœn.  c.  42,  D.  5 

.c.  5,  iH  VI°  2,    14 


i/«  impubernm  et  aliis 

de  statu  hominum 

de  xdilitio  edicto 

ad  legein  Juliam  viajestatis 

impudicas 

qux  infraudevi  crediionini 

non  eniin 

si  qtuidnipes  pauperietn  fecisse  dicitur 

de  damno  infecto 

de  agnoscendis  et  alendis  liheris 

de  conditionibus  insertis 

de  alienatione 

de  condictione  causa  data 

de  nuptiis 

de  appellationibiis 

de  contrahenda  et  conniiittenda  stipulatione 

(si  quando  ?) 

communi  dividundo 

sohnnitates 

ad  legein  Aquiliatn 

ad  ïegem  Falcidiam 

cuin  dilecîa 

de  consuetudine 

ad  exhibendum 

de  legatis 

Paulianistae 

ou  c.  28,  C»  2,  q.  7  Paillas  dicil 
de  pedaneis  jtidicibus 
accepisti 
communia 
de  celébr.  missar. 
de  transactionibus 
de  prxsumptionibits 
instrumenta 
non  epistolis 
non  midis 
si  quis  ciim  noverca 
accedens 

de  operis  libertorum 
de  advocatis  diversorum  judicioruni 
sunt  plurcs 
de  sententia  et  rejudicata 

R.  M. 


ADDENDA    ET  CORRIGENDA  DU  T.  V 


Page  XVI,  1.  20,  ajouter  aptes  moment  :  la  lettre  en  question  semble  bien  indiquer  —  ce  qui  n'a 
jamais  été  remarqué  —  que  R.  était  encore  maître  des  requêtes  au  moment  où  il  quitta 
la  France,  perdant  ainsi  ipso  facto  I.1  fonction  qu'il  remplissait  à  la  cour. 

—  XXXV,   1.  13,    ajouter  après   1526   :   1545,  c'est-à-dire  au  moment  où  le  T/cn- LîVre  allait 

paraître, 

—  Liv,  1.  29,  ajouter  après  Ronsard  :  (ne  pas  omettre  l'apparition  du  Livret  de  Folastries  de 

Ronsard,  de  nature  si  gauloise,  en  1553)  ; 

—  4,  1.  19,  lire  :  faictes  ledict 

—  6,  1.  17,  lire  :  estez 

—  9,  n.  43,  1.  6,  lire  :  brigandine 

—  12,  var.,  68  E  :  genitaires,  ajouter  en  note  :  de  l'espagnol  gineta,  lance  courte  (R.  E.  R.,  V, 

6).  Le  mot  est  ancien,  cf.  Godefroy  :  «  une  javeline  ou  une  fewïfl/îv,  autrement  appellée 
javeline  d'Espagne  ». 

—  14,  1.  75,  lire:  corinthienes 

—  15,  1.  93,  chamailloit,  ajouter  en  note  :  frappera  coup  d'espée,  de  hache  ou  autre  chose  de 

fer  sur  un  hamois  ou  un  autre  fer  rude  (Nicot).  R.  E.  R.,  V,  135  et  IX,  292. 

—  15,1.  98,   amadouoit,   ajouter  en   note  :    frotter  avec  de  l'amadou,    sens  primitif.  Le  sens 

moral  est  courant  dès  le  xvie  s.  Cf.  R.  E.  R.,  IX,  291. 

—  16,  n.  140,  ajouter  :  Servius,  in  ^n.,  1,22,  cite  également  cet  adage  comme  exemple  dédis 

cours  /.aT'àvTi'çpaaiv.  R.  E.  R.,  IV,  552. 

—  17,  1.  125,  lire  :  Solomon 

—  17,  n.  147,  1.  2,  lire:  I,  4,  35. 

—  17,  1.  150  :  f  cassé  dans  foy. 

—  19,  1.  164,  pasx.,  ajouter  en  note  :  repas,  vieux  mot  encore  en  usage  au  xyii^  s. 

—  19,  n.  160,  cette  note  s'applique  également  à  la  p.  16, 1.  m. 

—  19,  n.  161,  ajouter  :  cf.  Sainéan,  t.  II,  p.  195,  forme  livresque  rabelaisienne,  reflet  du  gas- 

con gastadou,  ravageur,  forme  employée  par  Des  Périers  et  d'Aubigné. 

—  20,  n.  168,  lire  :  IX,  234,  n.  i. 

—  20,  n.  169,  lire  :  IX,  431. 

—  22,  n.  182,  ajouter  :  v.  Sainéan,  t.  II,  215  et  250. 

—  23,  1,  219,  inexpuisible,  ajouter  en  note  :  Néologisme  formé  par  R.,  d'après  Erasme,  Ad.,  I, 

10,  33.  Cf.  R.  E.  R.,  VI,  227  et  Sainéan,  t.  II,  p.  m. 

—  25,  n.  215,  ajouter  :  Les  religieux  qui  poursuivent  les  hérétiques  sont  souvent  assimilés  aux 

mâtins.  Voir  R.  E.  R.,  VIII,  147. 

—  28, 1.  21,  lire  :  les  quelz,  des  lors 

—  28,  n.  8,  lire  :  franciscain  français 

—  30, 1.  70,  lire  :  assieté 

—  32,  n.  29,  lire  :  yîvdtjievo; 


ADDENDA  ET    CORRIGENDA   DU    TOME  V  385 

je  32,  n.  30,  1.  5,  lire  :  VII,  376 

-  32,  n.  31,  lire  :  quœsitis  vix 

-  38, 1.  81,  estropiatz,  ajouter  en  note:  premier  ex.  de  ce  mot  formé  sur  le  gascon  estroupiat. 

Voir  Sainéan,  t.  II,  p.  m  et  194. 

-  41,  1.  118,  lire  :  Cela  non  force  ». 
43,  var.,  1.  15.  E  :   lire  :  paeur 

-  44, 1.  ^},ltre  :  Qui  rien  ne  preste  est  créature 

-  44, 1.  45,  lire  :  soit  argent  content? 

-  46,  1.  62,  lire  :  laquelle,  scelon 

-  47,  1.  86,  lire  :  Aloïdes  35,  Geans 

-  1.  88-89,  ^^^^  '■  ^^  sortant 

-  49,  1.  110,  au  fond  de  l'Océan,  ajouter  en  note  :  Cf.  Virgile,  Bue.,  I,  60;  Erasme,  Ad.,  I, 

4,  74,  et  R.  E.  R.,  IV,  353,  et  VI,  229. 

-  49,  var.,  1.  125    E  :  n'empruntant 

-  52,  1.  29,  lire  :  Patelin,  voulant 

-  58,  1.   100,  interminée,  ajouter  en  note  :  menacer  (lat.  interminari),   latinisme  courant  au 

xvie  s.  V.  Sainéan,  II,  74. 

-  65,1.  46,  lire  :  maintenant,  entre  autres 

-  69,1.  II,  lire:  despence 

-  70,  1.37,  lire  :  bonne  est  et  par 

-  71,  var.,  1.  41.  F.  :  visaige 

-  72,  1.  68,  lire  :  induction  que 

-  77, 1.  54  méthode,   ajouter  en  note  :  premier  ex.  de  ce  mot,  Methodus  se  lit  dans  Vitruve 

dans  ce  même  sens.  Cf.  R.  E.  R.,  X,  382,  et  Sainéan,  t.  I,  p.  8. 

-  78,  1.  69,  lire  :  repositoire,  le  germe 

-  86,  1.  23,  lire  :  explorerons,  par  les  vers 

-  88,  1.  5  S,  supprimer  l'appel  après  Romain 

-  ICI,  lire  :  85  ne  la  mangeroys  et  90  —  Je  suys 

-  loi,  1.  90,  lire  :  vault 

-  102,  I.  98,  lire  :  scelon 

-  106,  numéroter  les  lignes  25,  30,  35,  am  lieu  de  20,  25,  30. 

-  106,  var.,  lire  :  1.  26.  E  :  n'advient 

-  106,  var.,  lire  :  1.  32.  F  :  de    sens,  et  supprimer  {3i  var.  de  la  1.  32. 

-  1 10,  1.  90,  lire  :  abaye  l'estomach 

121,  1.  122,  lire  :  StSpa,  et  ajouter  en  var.  :  F  :  8ojpa 

-  121,  n.  33,  ajouter  :  Ce  texte  ainsi  que  tout  le  développement  est  emprunté  au  commen- 

taire deServius,  in  Mn.,  III,  176.  Cf.  R.  E.  R.,  IV,  354 

-  132,  n.  28,  1.  4,  lire  :  in  pondère 

-  134,  n.  8,  1.  4,  lire  :  yp^l'  xafitvoï 

-  150,1.  81,  supprimer  l'appel  après  Croquignoles 

-  151,1.  2,  inceste,  ajouter  en  note  :  Les  canonistes  assimilent,  en  effet,  les  rapports  avec  une 

Deo  sacrata  aux  rapports  avec  une  parente.   Reguliairement  vise  plus  bas  la  procédure 
ordinaire  en  pareil  cas. 

-  153,  Var.,  1.  2,  lire  :  1.  17  au  lieu  de  1.  7. 

-  156,  Var.,  ajouter  :  1.  50.  F  :  Tersion 

LE   TIERS   LIVRE.  49 


386  LE   TIERS    LIVRE 

Page  167,1,  9,  lire  :  filopendoles 

—  177,11.  32, /ir«  :  oùx  ioîooUv.i  [at)  xat  (ri...  Mt'n~r.ti6v .  . . 

—  178,  l.  78,  lire  :  ton  froc  et  ton  domino  et  supprimer  la  var. 

—  183,  n.  7,  I.  2,  supprimer  :  qui  n'existait  pas  encore 

—  183,  n.  14,  L  5,  lire  :  de  1400  à  1444 

—  190, 1.  26-27,  ^"''^  •  l^s  accoubla  par  geomantie 

—  196,  n.  77, 1.  5,  lire  :  convenientes 

—  206,  n.  70,  lire  :  qui  appartient  à  la  métropole,  archiépiscopal 

—  209,  var.  supprimer  la  var.  délai.  18. 

—  217,  n.  31, 1.  2,  lire  :  Sjaxpâaïa.  'La.  Briefve 

—  230,  var.,  1.  2,  lire  :  — 1.  30.  E  :  dyje 

—  232,  n.  22,  lire  :  R.  E.  R.,  IX,  435. 

—  232,  n.  5,1.  4,  lire  :  legihus 

—  235,  var.,  1.  3,//re  :  1.  29,  E  -.fnt 

—  252,  var.,1.  53.  E:  aulcun,  lire  -.aucun 

—  262,  var.,  1.  41.  A,  E  :  aniye  manque 

—  262,  n.  7,  1.  3,  lire  :§  75 

—  502,  n.  44,  lire:  Pathelin,  v.  747. 

—  511,  1.  16,  lire  :  comme  bien  sçavez  etsupprimer  la  tur. 

—  316,  var.,  1.  56,  lire  :  aucun 

—  3 19,  var.,  1.  32,  supprimer  la  var. 

—  327,  n.  8,  lire  :  VIII,  338 

—  337,1.  152, /iVe  :  vostre 

—  3 S 5>  n.  66,  lire  :  yXwGia 

—  557,   1.  96,  lire  :  feueilles  et  supprimer  la  var.  de  A 

—  361, 1.  16,  loups 

—  362,1.  25,  lire  :  morseaulx 

—  368,  1.  1 2 3 , /;re  s'esbatre 

N.  B.  Nous  n'avons  pas  signalé  ici  quelques  variations  isolées  dans  l'accentuation,  ni,  dans  les 
numéros  des  lignes  des  variantes,  certaines  différences  d'une  ligne,  eu  environ,  avec  les  numéros 
du  texte,  produites  par  des  remaniements,  et  qui  ne  peuvent  gêner  en  aucune  manière  les  rappro- 
chements avec  le  texte. 


TABLE  DES  MATIÈRES  DU  TOME  V. 


PAGES 

AVANT-PROPOS v* 

INTRODUCTION 

ÉTUDE  SUR  LE  «  TIERS  LIVRE  » 

PAR  Abel  Lefranc 

CHAPITRE  I 

LA    GENÈSE   ET   l'hISTOIRE    DU    «    TIERS   LIVRE    » 

I .    Rabelais  de  1534a  1546 i 

II .    Rabelais  et  le  pouvoir  royal x 

III .  La  publication  du  Tiers  Livre xv 

IV .  Le  prologue  :  date  et  signification xx 

V.  Un  idéal  de  gouvernement  et  de  justice  chez  Rabelais xxiv 

VI.  Rabelais  et  le  sentiment  national  depuis  Gargantua xxvii 

VII .   L'évolution  des  personnages  du  Tiers  Livre xxviii 

CHAPITRE  II 

LE    «    TIERS    LIVRE    »    ET    LA    QUERELLE    DES    FEMMES 

I .  Les  controverses  de  l'Amour  et  des  Femmes  avant  le  xvi*  siècle.  xxxi 

II .  La  Querelle  de  l'Amour  et  des  Femmes  au  xvr  siècle xxxiv 

III.  André  Tiraqueau  et  la  Question  des  Femmes xxxvii 

IV.  Le  rôle  des  femmes  au  temps  de  la  Renaissance.  La  tradition 

courtoise xli 

V .  Gratien  Dupont.  Evolution  du  sentiment.  Grande  controverse 
féminine.  LAmye  de  Court  et  La  Parfaicte  Amye.  Polémiques 
suscitées  par  ces  ouvrages.  Rabelais  s'y  trouve  mêlé xliii 


388  TABLE    DES    MATIÈRES    DU    TOME    V 

VI.  Caractère  du  Tiers  Livre.  Contrastes  qu'il  offre  avec  les  précé- 
dents. Le  Songe  de  Panlagniel  de  François  Habert  a  donné  à 
Rabelais  l'idée  générale  des  consultations  et  plusieurs  thèmes 
de  son  livre .  Le  Fort  inexpugnable  de  François  de  Billon . 
Preuves  décisives  qu'il  apporte  au  sujet  des  rapports  qui  exis- 
tent entre  le  Tiers  Livre  et  la  Querelle  des  Femmes 


LVI 


CHAPITRE  m 

LA    RÉALITÉ    DANS    LE    «    TIERS    LIVRE    » 

I .   Raminagrobis lxx 

II.   Her  Trippa lxxiv 

m.  Hippothadée lxxx 

IV .   Rondibilis lxxxiv 

V.  Trouillogan lxxxvi 

VI .  Bridoye  et  Perrin  Dendin lxxxviii 

VII .  Trinquamelle xc 

VIII .   Géographie  et  topographie xciv 

IX .  Les  souvenirs  régionaux xcviii 

NOTRE  TEXTE cii 

PAR  Jean  Porcher 

Fac-similé  du  titre  de  l'édition  de  1552  (hors-texte) page  i 

LE  TIERS  LIVRE  DES  FAICTZ  ET  DICTS  HEROÏQUES  DU 
BON  PANTAGRUEL  COMPOSÉ  PAR  iM.  FRAN.  RABELAIS 

DOCTEUR  EN  MEDICINE page  i 

FRANÇOIS  RABELAIS  a  l'esprit  de  la  royxe  de  Navarre 2 

Privilège  du  Roy 3 

PROLOGUE  DU  DOCTEUR  RABELAIS,  AUTHEUR  DU  LIVRE  5 

Chapitre  I.  —  Comment  Pantagruel  transporta  une  colonie  de  Uto- 

piens  en  Dipsodie 27 


TABLE   DES    MATIERES    DU    TOME   V  389 

PAGES 

Chapitre  II.  —  Comment  Panurgc  feut  faict  chastellain  de  Salmi- 

guondin  en  Dipsodie,  et  mangeoit  son  bled  en  herbe 34 

Chapitre  III.  —  Comment  Panurge  loue  les  debteurs  et  emprunteurs.  42 

Chapitre  IIII.  —  Continuation  du  discours  de  Panurge,  à  la  louange 

des  presteurs  et  debteurs 51 

Chapitre  V.  —  Comment  Pantagruel  déteste  les  debteurs  et 
emprunteurs 59 

Chapitre  VI.  —  Pourquoy  les  nouveaulx  mariez  estoient  exemptz 

d'aller  en  guerre 63 

Chapitre  VII.  —  Comment  Panurge  avoit  la  pusse  en  l'aureille,  et 
désista  porter  sa  magnificque  braguette 68 

Chapitre  VIII.  —  Comment  la  braguette  est  première  pièce  de  har- 

nois  entre  gens  de  guerre 74 

Chapitre  IX.  —  Comment  Panurge  se  conseille  à  Pantagruel,  pour 
sçavoir  s'il  se  doibt  marier 80 

Chapitre  X.  —  Comment  Pantragruel  remonstre  à  Panurge  diffi- 
cile chose  estre  le  conseil  de  mariage,  et  des  sors  homériques  et 
virgilianes 8  > 

Chapitre  —  XI.  Comment  Pantagruel  remonstre  le  sort  des  dez 
estre  illicite 92 

Chapitre  XII.  —  Comment  Pantagruel  explore  par  sors  virgilianes 

quel  sera  le  mariage  de  Panurge 96 

Chapitre  XIII.  —  Comment  Pantagruel  conseille  Panurge  prévoir 

l'heur  ou  malheur  de  son  mariage  par  songes 104 

Chapitre  XIIII.  —  Le  songe  de  Panurge  et  interprétation  d'icelluv.  115 

Chapitre  XV.  —  Excuse  de  Panurge,  et  exposition  de  caballe  monas- 

ticque  en  matière  de  beuf  salle 123 

Chapitre  XVI.  —  Comment  Pantagruel  conseille  à  Panurge  de  con- 
férer avecques  une  sibylle  de  Panzoust 128 

Chapitre  XVII.  —  Comment  Panurge  parle  à  la  sibylle  de  Panzoust.  1 3  3 

Chapitre  XVIII.  —  Comment  Pantagruel  et  Panurge  diversement 

exposent  les  vers  de  la  sibylle  de  Panzoust 140 

Chapitre  XIX.  —  Comment  Pantagruel  loue  le  conseil  des  muetz.  147 

Chapitre  XX.  —  Comment  Nazdecabre  par  signes  respond  à  Panurge.  1 5  3 


390  TABLE    DES    MATIERES    DU   TOME   V 

PAGES 

Chapitre  XXI.  —    Comment  Panurge  prent  conseil  d'ung  vieil 

poëte  François  nommé  Raminagrobis i6o 

Chapitre    XXII.    —  Comment   Panurge    patrocine  à  l'ordre  des 

fratres  Mendians 167 

Chapitre  XXIII.  —  Comment  Panurge  faict  discours  pour  retour- 
ner à  Raminagrobis 173 

Chapitre  XXIV.  —  Comment  Panurge  prend  conseil  de  Epistemon.  182 

Chapitre  XXV,  —  Comment  Panurge  se  conseille  à  Her  Trippa. . .  188 

Chapitre  XXVI.  —  Comment  Panurge  prent  conseil  de  frère  Jan 

des  Entommeures 201 

Chapitre  XXVII.  —  Comment  frère  Jan  joyeusement  conseille 

Panurge 208 

Chapitre  XXVIII.  —  Comment  frère  Jan  reconforte  Panurge  sus 

le  doubte  de  Coqùage 214 

Chapitre  XXIX.  —  Comment  Pantagruel  faict  assemblée  d'un  théo- 
logien, d'un  medicin,  d'un  légiste  et  d'un  philosophe,  pour  la 
perplexité  de  Panurge 225 

Chapitre  XXX.  —  Comment  Hippothadée,  théologien,  donne  con- 
seil à  Panurge  sus  l'entreprinse  de  mariage 229 

Chapitre    XXXI.    —    Comment    Rondibilis,    medicin,    conseille 

Panurge 234 

Chapitre  XXXII.  —  Comment  Rondibilis  declaire  Coqiiage  estre 

naturellement  des  apennages  de  mariage 243 

Chapitre  XXXIII. —  Comment  Rondibilis,  medicin,  donne  remède 

à  Coqûage 250 

Chapitre  XXXIIII.  — Comment  les  femmes  ordinairement  appetent 

choses  défendues 254 

Chapitre  XXXV.  —  Comment  Trouillogan,  philosophe,  traicte  la 

difficulté  de  mariage 260 

Chapitre  XXXVI.  —  Continuation  des  responses  de  Trouillogan, 

philosophe  ephecticque  et  pyrrhonien 264 

Chapitre  XXXVII.   —   Comment  Pantagruel  persuade  à  Panurge 

prendre  conseil  de  quelque  fol 272 

Chapitre   XXXVIII.  —  Comment  par  Pantagruel  et  Panurge  est 

Triboullet  blasonné 277 


TABLE    DES    MATIERES    DU   TOME   V  391 


PAGES 


Chapitre  XXXIX.  —  Comment  Pantagruel  assiste  au  jugement  du 

juge  Bridoye,  lequel  sententioit  les  procès  au  sort  des  dez 285 

Chapitre  XL.  —  Comment  Bridoye  expose  les  causes  pourquoy  il 
visitoit  les  procès  qu'il  decidoit  par  le  sort  des  dez 292 

Chapitre  XLI.  —  Comment  Bridoye  narre  l'histoire  de  Tapoincteur 

des  procès 257 

Chapitre  XLII.  —  Comment  naissent  les  procès,  et  comment  ilz 

viennent  à  perfection 304 

Chapitre  XLIII.  —  Comment  Pantagruel  excuse  Bridoye  sus  les 

jugemens  faictz  au  sort  des  dez 311 

Chapitre  XLIIII.  —  Comment   Pantagruel  raconte   une  estrange 

histoire  des  perplexitez  du  jugement  humain 314 

Chapitre  XLV.  —  Comment  Panurge  se  conseille  à  Triboullet. . .  318 

Chapitre  XLVI.  —  Comment  Pantagruel  et  Panurge  diversement 

interprètent  les  parolles  de  Triboullet 323 

Chapitre  XLVII.  —  Comment  Pantagruel  et  Panurge  délibèrent 

visiter  l'oracle  de  la  Dive  Bouteille 326 

Chapitre  XL VIII.  —  Comment  Gargantua  remonstre  n'estre  licite 

es  enfans  soy  marier  sans  le  sceu  et  adveu  de  leurs  pères  et  mères.  330 

Chapitre  XLIX.  — Comment  Pantagruel  feistses  aprestz  pour  mon- 
ter sus  mer,  et  de  l'herbe  nommée  Pantagruelion 338 

Chapitre  L.  —  Comment  doibt  estre  préparé  et  mis  en  œuvre  le 

célèbre  Pantagruelion 345 

Chapitre  LI.  —  Pourquoy  est  dicte  Pantagruelion,  et  des  admirables 

vertus  d'icelle 358 

Chapitre  LIL  —  Comment  certaine  espèce  de  Pantagruelion  ne 

peut  estre  par  feu  consommée 370 

Ouvrages  consultés 379 

Références  juridiques  des  chapitres  XXXIX  à  XLII 381 

Addenda  et  corrigenda  du  tome  V 384 

Table  des  matières  du  tome  V 387 


MAÇON,    PROTAT   FRERES,    IMPRIMEURS.     —    MCMXXXI. 


o 


PQ 
1682 

LU 
1912 
t. 5 


Rabelais,  Frangois 
Oeuvres 


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